Auguste : né en 63 av. J.C., mort en 14 ap. J.C.

Titre : Premier empereur romain, Imperator Caesar Divi Filius Augustus (16 janvier 27 av. J.C., 19 août 14 ap. J.C. : 40 ans)

Nom

Caius Octavius Thurinus (Octave). Après son adoption par son grand-oncle, Jules César, en 45 av. J.C., il reçoit le nom de Caius Julius Caesar Octavianus. Le 16 janvier 27 av. J.C., le sénat lui décerne le titre de Imperator Caesar Augustus.

Naissance

Le 23 septembre 63 av. J.C. à Rome.

Famille

Elle est originaire de Velletri, dans le Latium.

Père

Son père Caius Octavius est le premier sénateur de la famille. Il est le gouverneur de la province de Macédoine jusqu'à sa mort en 58 av. J.C. Il meurt de mort subite avant d'avoir pu se mettre sur les rangs pour le consulat. Il laisse de sa première femme Ancharia une fille nommée Octavie, et d'Atia sa seconde femme, une autre Octavie et Auguste. A sa mort, le jeune Octave (âgé de quatre ans) est élevé par Lucius Marcus Philippus, le second mari de sa mère. En 45 av. J.C., Auguste est adopté par son grand-oncle Jules César.

Mère

Atia Balba Caesonia, fille de Julie, la soeur de Jules César. C'est grâce à cette parenté qu'Octave peut conquérir le pouvoir.

Portrait

L'empereur Auguste
L'empereur Auguste
The University of Texas at Austin

D'après Suétone, Auguste était de petite taille, "mais cela ne se voyait point, tant son corps était bien proportionné, et l'on ne pouvait s'en apercevoir qu'en le comparant avec une personne plus grande, debout près de lui... Son corps était, dit-on, couvert de taches, de signes naturels, parsemés sur sa poitrine et sur son ventre... mais aussi de callosités formant en plusieurs endroits des plaques dartreuses, provoquées par des démangeaisons et par son habitude de se frotter vigoureusement avec un strigile... Il souffrait également de la vessie et n'était soulagé qu'après avoir rendu des calculs en urinant." Il connaît tout au long de sa vie des problèmes de santé. Il est sujet à des crises d'épilepsie, digère mal, la hanche, sa cuisse et sa jambe gauche le font parfois boiter; et souffre d'une légère paralysie de la main droite : son index droit est ankylosé. Auguste n'a jamais été un ardent sportif; il pêche à la ligne. Après les guerres civiles, il renonce à faire du cheval et de l'escrime.

Travailleur acharné, intelligent, patient, retors, il réussira à créer une nouvelle constitution politique. Auguste affirmera avoir restauré la république. En fait, il institue un nouveau régime personnel et d'exception qui perdurera pendant plusieurs siècles (Empire).

Son train de vie est des plus simples, comme le sont ses appartements. Il donne l'exemple d'une vie modeste et laborieuse. Il fait filer la laine à l'impératrice et ne porte "guère d'autre costume qu'un vêtement confectionné par sa soeur, sa femme, sa fille et ses petites-filles" (Suét. Aug., 73, 2.).

Auguste entre dans le sénat que revêtu d'une cuirasse sous sa toge, un glaive à la ceinture, et entouré de dix sénateurs choisis parmi les plus robustes. On raconte qu'alors il ne reçoit les Pères Conscrits au Palatin qu'isolément, après les avoir fait fouiller. L'assassinat de Jules César hante constamment son esprit.

Mariage

Auguste se marie trois fois :

Un premier mariage avec Clodia Pulchra, la fille de Fulvie et de Publius Clodius Pulcher, la belle-fille d'Antoine comme gage de bonne entente avec lui. Ils n'ont pas d'enfants et se séparent en 40 av. J.C.

Il épouse au printemps 39 av. J.C., également pour des raisons politiques, Scribonia, déjà deux fois veuve et qui appartient à la famille de son autre rival, Sextus Pompée. Elle est la fille de Lucius Scribonius Libo, le beau-père de Sextus et de Cornelius Sulla. Celui-ci maître de la méditerranée, menace de famine l'Italie que contrôle Auguste. Le mariage ouvrirait les voies à un accommodement des deux adversaires. Libo, en effet, s'interposa entre son gendre et les triumvirs (Octave, Antoine et Lépide). Ils ont une fille ensemble, Julia (Julie), à la fin de 39 av. J.C. Il divorce le jour même de la naissance de Julia.

Sa troisième épouse est Livia Drusilla. Elle est la fille de Marcus Livius Drusus Claudianus, de la gens Claudia. Elle épouse Tiberius Claudius Nero (également de la gens Claudia) en 43 av. J.C. et met au monde, le 16 novembre 42 av. J.C. Tibère. Lorsqu'il rencontre la jeune Livia (Livie), Octave oblige son mari à divorcer et n'hésite pas à l'emmener dans sa maison alors que cette dernière est enceinte du second et dernier fils de son premier mariage (Drusus) le 17 janvier 38 av. J.C. Elle est âgée de 20 ans.

Octave

En 46 av. J.C., pendant la campagne d'Espagne, Octave sert sous les ordres de Jules César. En septembre 45 av. J.C., César, n'ayant pas d'enfants, adopte Octave dans son testament, et désigne son petit-neveu comme son principal héritier. En 44 av. J.C., alors qu'il n'a que dix-huit ans, il est nommé commandant en second de l'expédition que projette César contre les Parthes. Le jeune Octave apprend, deux mois après la mort de son grand-oncle, survenue le 15 mars 44 av. J.C., que celui-ci l'avait désigné comme héritier. Contre l'avis de ses proches, il décide de lui succéder.

D'abord, il se résout à venger l'assassinat de son père adoptif, et au prix d'une guerre civile impitoyable, à écarter tous ceux qui veulent lui barrer le chemin. En octobre 43 av. J.C., à Bologne, il forme le second triumvirat avec Antoine, et Lépide, qui exclut le sénat du pouvoir. Cicéron tombera victime des proscriptions ainsi que Brutus et Cassius, les chefs des assassins de César, à la bataille de Philippes dans le nord de la Grèce.

En octobre 40 av. J.C., les vainqueurs de Philippes se partagent l'Empire romain. Antoine prend l'Orient, Octave l'Occident et Lépide l'Afrique. Antoine épouse la soeur d'Octave, Octavie. César est divinisé : Octave s'attribue désormais du titre de Divi Filius, fils d'un dieu. En 36 av. J.C., Marcus Agrippa, ami fidèle d'Octave défait Sextus Pompée, qui contrôle les routes maritimes, en remportant la bataille navale de Myles (Sicile). Lépide, l'un des hommes forts du moment, tente d'enlever à Octave le commandement des légions victorieuses contre Sextus. Octave le neutralise et le relègue à Circeii en lui laissant ses biens et sa dignité de grand pontife (Pontifex Maximus). En octobre 36 av. J.C., Octave fait une entrée triomphale à Rome.

Antoine et Octave sont désormais les deux maîtres du monde romain. Le 1er janvier de l'année 32 av. J.C., le consul Sosius reproche en son nom à Octave d'avoir dépossédé Sextus Pompée, sans partager avec son collègue les provinces du vaincu, d'avoir distribué à ses soldats toutes les terres d'Italie, sans rien réserver pour ses légions d'Orient. Les deux consuls, amis d'Antoine, quittent Rome avec plusieurs sénateurs et vont rejoindre leur patron. Antoine mène, avec Cléopâtre, la reine d'Egypte, une vie qui évoque plus celle d'un souverain hellénique que celle d'un romain. En juillet 32 av. J.C., Octave entre illégalement en possession du testament d'Antoine qui était entre les mains des vestales; il l'enlève et lit au sénat les passages qui peuvent exciter le plus d'irritation. Dans ce document, Antoine fait ainsi des legs généreux aux enfants que lui a donnés Cléopâtre et abjurant sa patrie et ses ancêtres, il ordonne, meurt-il au bord du Tibre, qu'on porte son corps à Alexandrie, dans le tombeau de Cléopâtre. Ce texte est bien éloigné du testament du vrai patriote romain, aussi le sénat décide-t-il de déclarer la guerre.

Grâce à sa victoire sur la flotte d'Antoine et de Cléopâtre, à Actium, sur la côte Ouest de la Grèce, le 2 septembre 31 av. J.C., Octave se retrouve seul maître incontesté de l'empire. Après avoir marqué une pause pour régler des affaires en Italie, Octave poursuit l'offensive l'année suivante (30 av. J.C.). Lorsqu'il s'empare d'Alexandrie, Antoine se suicide, suivi par Cléopâtre quelques jours plus tard. Le trésor des Ptolémées, les rois d'Egypte, tombe aux mains d'Octave. L'Egypte, quant à elle, devient province romaine.

Mais son autorité ne repose que sur la force de son armée et les pouvoirs exceptionnels que le Sénat a accordés, par la loi du 27 novembre 43 av. J.C., au triumvirat (Octave, Antoine, Lépide). Si le vainqueur n'a pas l'intention de céder le pouvoir, le meurtre de Jules César lui rappelle la nécessité de parvenir à un accord avec le sénat.

Le 11 janvier 29 av. J.C., Octave fait fermer les portes du temple de Janus qui étaient ouvertes depuis plus de 200 ans. Numa avait bâti à Rome un temple qu'on tenait fermé dans les temps de paix, et qui s'ouvrait aussitôt qu'une guerre venait à éclater. Cette volonté de revendiquer la paix lui attire la sympathie du peuple qui réclame la fin des guerres civiles. Pendant l'été 29 av. J.C., Octave peut célébrer trois triomphes.

Auguste

En 28 av. J.C., le sénat lui confère le titre de Princeps Senatus, le prince du sénat.

Le 13 janvier 27 av. J.C., sous couvert de restaurer la république, Octave remet ses pouvoirs au Sénat et au peuple romain. C'est un faux-semblant qui consiste à rendre ses pouvoirs au sénat mais à en recevoir en fait, la plus grande partie en retour. Il continue à se faire élire consul tous les ans entre 31 et 23 av. J.C. Il reçoit du sénat un imperium proconsulaire sur les provinces frontières ou provinces impériales et possède ainsi la haute main sur les forces militaires stationnées dans ces provinces hautement stratégiques. Octave détient l'Egypte, Chypre et les provinces militaires importantes d'Espagne, de Gaule et de Syrie pendant dix ans.

Comme Octave tient à conserver le pouvoir, il propose le 16 janvier 27 av. J.C., un nouveau régime : le Principat. Ce régime est une monarchie cachée derrière une façade républicaine, qui s'efforce de remettre de l'ordre dans toutes les institutions politiques pour assurer une paix durable aussi bien à l'intérieur de l'empire que sur ses frontières. Depuis des années, la république avait péri. Ces temps où les bases qui portaient l'ancienne société se sont écroulées et où les fondements de l'ordre nouveau ne sortent pas encore du sol agité par les révolutions, sont révolus. C'est la paix qui arrive enfin et ira semer autour d'elle la richesse pour les uns, le bien-être pour beaucoup.

Le sénat accepte et lui décerne le titre d'Imperator Caesar Augustus. Il recevra comme nom le titre d'Auguste qui entoure celui qui le porte, de ferveur religieuse. Ce surnom signifie quelque chose comme "sacré" ou "vénérable". Auguste sera désormais son nom.

Le Principat

Le Principat est une monarchie déguisée en république. A sa tête, le sénat nomme un princeps, le premier des citoyens dont l'autorité morale et politique prévaut sur toute autre. Il peut ainsi accorder la citoyenneté romaine de son propre chef à qui il veut et faire entrer au sénat quiconque lui paraissant digne. Il a l'initiative des lois. La plupart des sénatus-consulte sont préparés par le conseil du prince. Auguste exerce un pouvoir absolu. Le "prince" peut convoquer et présider le sénat et les comices. Par cette position, Auguste pourra accomplir son oeuvre réformatrice. Sa souveraineté sur les provinces est renouvelée. Il aura un imperium proconsulaire à vie et en dehors de toute magistrature. Le sénat lui décerne également la puissance tribunicienne à vie. Etant patricien, Auguste ne pouvait pas être Tribun du peuple. La puissance tribunitienne lui permet de soumettre les lois au sénat et aux assemblées du peuple, et lui donne un droit de veto illimité. Cette puissance tribunitienne deviendra la base de son pouvoir. Désormais, il est formellement le premier, et l'emporte sur tous les autres gouverneurs de province.

La république avait été conquérante, le Principat se donne pour mission d'administrer et d'organiser ces immenses territoires annexés.

Auguste met en place une structure politique très hiérarchisée et réforme la cité sans brutalité, en utilisant les magistratures républicaines existantes.

Il fonde sa puissance sur la force et la fidélité de l'armée. Il est le maître de l'armée. Il la réorganise en stabilisant ses effectifs autour de 300000 hommes (25 légions), alors qu'au début de son règne, il a sous ses ordres 500000 soldats. Il assure son recrutement par des engagements volontaires de 20 ans. Les chevaliers forment les officiers supérieurs; le commandant en chef de la légion, le légat, est nommé par l'empereur.

Les grands travaux

Auguste continuera les grands travaux de César. Pour lui-même, il se construit sur le Palatin une demeure qui commencera cette suite de palais dont les empereurs couvriront la colline royale. Les efforts d'Auguste sont complétés par son fidèle lieutenant Agrippa qui réalise plusieurs grands projets de construction dans la région du Champ de Mars, dont le Panthéon (Santa Maria Rotonda), qui garde ces mots sur son fronton : M. Agrippa L. F. cos. Tertium fecit. et, durant son édilité, répare également le système d'alimentation hydraulique de la cité et érige deux nouveaux aqueducs, l'Aqua Julia et l'Aqua Virgo, source qu'une jeune fille, disait-on, avait découverte et indiquée à des soldats romains altérés; elle donne encore aujourd'hui, à la moitié de Rome, une eau limpide et fraîche (fontaine de Trevi). Il construit le Diribitorium, le plus vaste édifice qui n'ait jamais existé avec un seul toit; il restaure les anciens canaux, établit 700 abreuvoirs, 105 fontaines jaillissantes, 130 réservoirs, 170 bains gratuits, et sur ces constructions il place 300 statues, 400 colonnes de marbre, tout cela en un an. A sa mort, il lègue au prince (Auguste) 240 esclaves ingénieurs qu'il avait formés et dont Auguste fit présent à l'Etat, pour l'achèvement ou l'entretien des travaux de son grand ministre. Le Champ de Mars se couvre ainsi peu à peu de ces constructions et forme une cité nouvelle. Auguste revendique ainsi la restauration de quatre-vingt-deux temples en une seule année. De nouveaux monuments, grandioses, voient également le jour comme le théâtre de Marcellus, le temple d'Apollon sur le Palatin, l'Horologium ou le gigantesque cadran solaire tracé au sol (qui utilise un obélisque égyptien en guise d'aiguille), le grand Mausolée circulaire et l'imposant Forum d'Auguste avec son temple à Mars Ultor, le "Vengeur".

Auguste répare les aqueducs qui tombaient en ruine, et doublé le volume de l'aqua Marcia, en dérivant une nouvelle source dans le conduit qui l'apporte à Rome. Il empêche pour quelque temps le Tibre de ravager périodiquement les bas quartiers de la ville, en élargissant et creusant son lit depuis longtemps obstrué et rétréci par les édifices écroulés. Il attache avec raison tant d'importance à empêcher les désastreuses inondations du fleuve, qu'il constitue une commission spéciale de curatores alvei et riparum Tiberis et cloacarum urbis.

Pour garantir Rome du désordre et du feu, il divise la ville en quatorze régions, chaque région en quartiers. La surveillance des régions est confiée aux magistrats annuels, sous l'autorité supérieure du préfet de la ville; celle des quartiers, à des inspecteurs choisis parmi les habitants eux-mêmes (vicomagistri).

Sept cohortes de gardes nocturnes, réparties en sept postes, un pour deux régions, seront chargées, sous la direction d'un préfet, sorti de l'ordre équestre, de prévenir et d'arrêter les incendies (le praefectus vigilum exerce la juridiction criminelle sur les incendiaires et les voleurs). Les cas graves sont réservés au préfet de la ville. Ces vigiles, tous affranchis, peuvent, après trois années de service, obtenir la tessère frumentaire et, avec elle, le plein droit de cité. Pour la police de jour, elle est faite par les trois cohortes urbaines auxquelles les prétoriens peuvent au besoin prêter main forte. Quand Auguste donne, au Champ de Mars, des jeux où tout le peuple accourt, il fait garder la ville déserte par des soldats, de peur que les bandits ne pillent les maisons vides d'habitants : précaution qui en dit beaucoup sur l'état où cette société avait été mise par vingt ans de guerre civile.

Dans toute l'Italie et sur mille points la population rurale avait été dépossédée, et la propriété, qui avait plusieurs fois changé de main, ne rendait plus ce qu'elle avait coutume de donner. La misère est profonde : tout le monde mendie, même les sénateurs; dans l'Asie, la plus opulente des provinces, la banqueroute est universelle, et Auguste est réduit à décréter une mesure révolutionnaire : l'abolition des dettes. Les impôts ne rentrent plus. Cependant les besoins du trésor croient. Pour empêcher les gouverneurs de piller leurs provinces, Auguste leur alloue un traitement; et pour donner à l'empire la sécurité, il organise une armée permanente de trois cent mille hommes.

Déjà la république avait sillonné de routes toute l'Italie, percé audacieusement d'un grand chemin les montagnes de l'Epire et de la Macédoine et relié l'Espagne à l'Italie par une voie militaire. Auguste fait faire celles de la Cisalpine, et, imprimant la plus vive impulsion à ces travaux productifs, il couvre de chemins toute la Gaule et la Péninsule ibérique. Puis "sur toutes ces routes qui partaient du millinaire d'or élevé au milieu du Forum, il plaça à de très courtes distances des jeunes gens qui servaient de courriers et, dans la suite, des voitures, pour être informé plus tôt de ce qui se passait dans les provinces" (Suétone). Ces postes, qui seront servies avec une grande célérité, ne sont pas utiles au pouvoir seul, mais aux particuliers, dont les lettres sont rapidement portées d'une extrémité à l'autre de l'empire. Une circulation plus active se trouve ainsi établie entre les divers points des provinces. Les montagnes abaissées et entrouvertes par les pionniers romains, les fleuves enchaînés par les ponts jetés sur leur cours laisseront passer la civilisation qui, suivant ces routes comme autant de fils conducteurs, pénétrera dans les retraites les plus solitaires, jusqu'au milieu de populations étonnées et domptées par elle plus sûrement que par les armes. Le commerce naturellement y gagnera et une vie nouvelle se répandra dans cet empire si admirablement disposé pour une grande et longue existence.

La civilisation romaine pénètre partout. Il réorganise les finances de l'Etat en mettant à jour le cadastre général de l'empire, et en tire une mappemonde, qu'il fait graver sous un portique (Table de Peutinger). Auguste fait une distinction entre le trésor public et la caisse impériale. Le contrôle effectué par les fonctionnaires impériaux est plus stricte. Il fait surgir un peu partout dans l'Empire de nouvelles colonies et de nouvelles constructions. César avait envoyé quatre-vingt mille citoyens dans les colonies d'outre-mer; Auguste continue cette politique, moins par principe de gouvernement que comme expédient pour acquitter les promesses faites à ses vétérans.

Sa politique en faveur de la famille ne parvient pas à réformer les moeurs, ni à enrayer la dénatalité. Il veut que les femmes de la maison impériale donnent l'exemple d'une vie modeste et laborieuse. Longtemps il ne s'habille que des étoffes qu'avaient filées sa femme, sa fille et sa soeur. Il punit la séduction par la confiscation d'une partie des biens, par une peine corporelle ou par la relégation; l'adultère, en permettant à l'époux outragé, ou au père, qui surprend les coupables, de les frapper du glaive, et en déclarant que la femme convaincue de ce crime ne sera jamais reçue à contracter mariage avec un homme de naissance libre. Par contre, il donne à l'épouse fidèle une garantie pour ses biens, en interdisant au mari l'aliénation du fonds dotal, et une autre pour sa liberté en affranchissant la mère de famille de la tutelle incommode des agnats.

Auguste vit dans une maison modeste mais spacieuse, située sur le Palatin, évitant les signes apparents de la monarchie. Auguste est tout aussi vigilant concernant le culte impérial. Les sujets des provinces orientales ont depuis longtemps l'habitude de vénérer les souverains de leur vivant et de leur élever des temples. Auguste interdit le culte de sa seule personne, mais encourage, en dehors de la capitale, celui de Rome et d'Auguste. Après Actium, quand il fut évident que le monde romain n'aurait plus qu'un maître, le sénat ordonna que le Génie d'Auguste serait honoré aux mêmes lieux que les dieux Lares. Cette loi ne fut pas obligatoire pour Rome seule. Dans les provinces, l'empereur prend place au milieu de ces divinités locales. On a trouvé, dans le département de l'Allier, deux bustes en bronze d'Auguste et de Livie qui avaient été mis comme dieux Lares dans un édicule gaulois. Les sujets des provinces orientales ont depuis longtemps l'habitude de vénérer les souverains de leur vivant et de leur élever des temples.

Les frontières

Les frontières représentent l'unique stratégie militaire de l'empire. Auguste préfère ainsi pacifier ce qui a à pacifier que de conquérir de nouveaux territoires. Il existe encore un grand nombre de royaumes ou principautés qu'il laisse subsister.

En Occident : il pacifie le nord-ouest de l'Espagne (28-25 av. J.C.), où il dirige lui-même les opérations; les combats contre les Astures et les Cantabres durent cependant jusqu'en 19 av. J.C. Il mène de rudes campagnes pour conquérir également les Alpes (10-6 av. J.C.) et le nord des Balkans dans le but d'établir sur le Danube la frontière romaine. Auguste doit trouver le moyen d'étendre cette ligne jusqu'à la mer du Nord. Les succès militaires en Germanie de Drusus et de Tibère le poussent à choisir l'Elbe et non le Rhin comme frontière de l'empire (6 ap. J.C.). Mais en septembre 9 ap. J.C., trois légions, commandées par Varus, sont anéanties dans la forêt de Teutoburg (Teutberg). Quintilius Varus, commandant des légions du Rhin, avait passé l'été de 9 ap. J.C. sur les rives de la Weser. En septembre, alors qu'il se replie vers ses quartiers d'hiver sur le Rhin, il tombe dans une embuscade dans la forêt de Teutobourg. Ses trois légions sont anéanties. Tibère se rend aussitôt sur la frontière du Rhin pour empêcher l'invasion de la Gaule par les Germains. De son côté, Auguste en fut profondément affecté. On rapporte qu'il porta le deuil pendant plusieurs mois, sans se raser la barbe et les cheveux, et que, parfois, il se cognait la tête contre une porte en criant : "Quintilius Varus, rends-moi mes légions !". Ce désastre militaire décidera finalement Auguste à abandonner la conquête de la Germanie; la frontière est à nouveau fixée sur le Rhin.

En Orient, le désert syrien et l'Euphrate constituent une frontière naturelle. Grâce à sa victoire à Actium sur Cléopâtre et Antoine, il met la main sur l'Egypte. Cette province deviendra la principale source d'approvisionnement en blé de la population de Rome. Il annexera ensuite la Galatie (25 av. J.C.) et la Judée (6 ap. J.C.). Auguste obtient un autre grand succès en Orient, en 20 av. J.C. Il récupère les enseignes des légions enlevées par les Parthes à Crassus, en 53 av. J.C., lors de la bataille de Carrhae.

Dans son testament, il recommandera à son successeur, Tibère, de maintenir les frontières actuelles de l'empire.

La succession

Seul maître de l'empire après sa victoire sur Antoine, Auguste connaîtra un long règne de 40 ans. En principe, il est censé utiliser les institutions républicaines pour nommer le chef de l'Etat. Hors de question de désigner son successeur comme dans la monarchie. Auguste ne veut pas que sa mort soit la fin de tout ce qu'il a construit. Il institue le principe de désigner, de son vivant, à l'attention du sénat et du peuple, celui qu'il désire avoir comme successeur. Auguste utilisera une astuce. Il en appelle à l'autorité des dieux qui ont élu sa famille. Comme il n'a pas de fils, il utilisera sa fille Julie. L'homme à qui il donnera sa fille pour épouse sera son successeur.

Il la donne d'abord, en 25 av. J.C., à Marcellus, le fils de sa soeur Octavie et de Gaius Claudius Marcellus Minor. Il adoptera son neveu dans la foulée. Mais Marcellus meurt deux ans plus tard. Il porte alors son choix sur son fidèle compagnon, Agrippa, âgé de 41 ans. Agrippa épouse, en 21 av. J.C., Julie, âgée de 18 ans. Mais Agrippa meurt en 12 av. J.C.

Auguste se reporte ainsi sur ses deux petits-fils : Caius et Lucius César, les deux enfants de Julie et d'Agrippa. Malheureusement, Lucius meurt en 2 ap. J.C. et Caius en 4 ap. J.C.

Auguste adoptera alors leur petit frère, Agrippa Postumus, né en 12 av. J.C., quelques jours après la mort de son père, Agrippa. Mais Agrippa Postumus que l'on dit atteint de troubles mentaux est écarté et exilé.

Auguste est frappé dans tous les siens, comme si le génie du mal planait sur sa maison, pour y jeter le deuil et la honte. Reste Tibère. Finalement, il se décide à faire enfin une grande place au fils de Livie (Tibère). Il l'adopte et, pour la troisième fois, en 11 av. J.C., il ordonne à sa fille Julie de l'épouser. Dans le même temps, Auguste lui ordonne de répudier son épouse, Vipsania Agrippina, qu'il aimait, lui avait déjà donné un fils et commençait une seconde grossesse. Auguste le force, bien qu'il ait lui-même des enfants, d'adopter son neveu Germanicus. Il reportait sur ce jeune homme l'affection qu'il avait eue pour Drusus, son père (et le frère de Tibère), et il voulait s'en faire au besoin une ressource et un appui contre son héritier (4 de J. C.).

Cette succession, qui avait déjà reposé sur tant de têtes, était donc réglée. Car, malgré le mensonge officiel des droits du sénat et du peuple, tous acceptaient d'avance l'hérédité.

Dès 13 ap. J.C., alors qu'il sent la mort approcher, Auguste associe de plus en plus Tibère aux affaires de l'Etat si bien que celui-ci lui succédera sans aucun problème une année plus tard (14 ap. J.C.). On prendra la précaution d'évacuer toute contestation possible en éliminant Agrippa Postumus.

Auguste meurt à Nola, près de Pompéi, le 19 août 14 ap. J.C., autour des 15 heures à 77 ans.

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