Galba : né le 24 décembre 3 av. J.C., mort le 15 janvier 69

Titre : Servius Sulpicius Galba Imperator Caesar Augustus (8 juin 68 - 15 janvier 69 : 7 mois)

Nom

Tibère
Servius Sulpicius Galba

Servius Sulpicius Galba. "On ne sait pas au juste pour quel motif le surnom de Galba fut donné au premier des Sulpicii qui le porta, ni d'où il vint. Ce fut, d'après certains, parce que après avoir longtemps assiégé sans succès une place forte d'Espagne, il l'incendia enfin avec des torches enduites de galbanum (suc résineux d'une plante de la famille des ombellifères); selon d'autres, parce que durant une longue maladie, il fit régulièrement usage de galbeum, c'est-à-dire de pansements entourés de laine; quelques-uns l'expliquent en disant fort gras, ce que traduisait le mot galba, en langue gauloise; d'autres, au contraire, que son extrème maigreur le fit comparer aux insectes naissant dans les chênes et qu'on appelle galbae" (Suétone).

Naissance

L'empereur Servius Galba naquit le neuvième jour avant les calendes de janvier (24 décembre) en 5 (ou en 3 av. J.C.), dans le domaine familial de Fundi (Fondi), près de Terracine, en Campanie.

Adopté par sa belle-mère, il prit le nom de Livius et le surnom d'Ocellus, en changeant de prénom; car il porta celui de Lucius au lieu de Servius jusqu'à son avènement au trône.

Famille

Successeur de Néron, Galba n'a aucun degré de parenté avec la famille Julio-Claudienne. Il s'inscrivait toujours sur ses statues arrière-petit-fils de Quintus Catulus Capitolinus; et, lorsqu'il fut empereur, il exposa dans le vestibule du palais sa généalogie qui faisait remonter son origine paternelle à Jupiter et son origine maternelle à Pasiphaé, épouse de Minos. On ne sait quel fut le premier des Sulpicius qui porta le surnom de Galba, ni pourquoi il le prit. Selon les uns c'était pour avoir embrasé avec des torches enduites de "galbanum", une ville d'Espagne qui avait résisté à un long siège. Selon d'autres, c'était parce que, dans une maladie chronique, il faisait un fréquent usage de "galbeum", c'est-à-dire de remèdes enveloppés de laine. Quelques-uns prétendent qu'il était fort gras, et qu'en langue gauloise le mot "galba" signifie "gras". Quelques autres soutiennent au contraire qu'il était très maigre, et que son surnom lui venait d'un insecte qui naît dans le chêne et qu'on appelle "galba". Parmi ceux qui illustrèrent cette famille, on nomme le consulaire Servius Galba, le plus éloquent de ses contemporains. On rapporte qu'ayant obtenu, après sa préture, le commandement de l'Espagne, il fit massacrer par trahison trente mille Lusitaniens et qu'il causa ainsi la guerre de Viriathe. Son petit-fils, irrité d'avoir été repoussé du consulat, conspira avec Brutus et Cassius contre Jules César dont il avait été le lieutenant dans la Gaule. Après lui vinrent l'aïeul et le père de Galba. L'aïeul, plus célèbre par ses études que par ses dignités, n'alla pas au-delà de la préture; mais il publia une histoire fort étendue et pleine d'intérêt. Il eut d'Achaïca deux fils, Gaius et Sergius. Gaius, l'aîné, quitta Rome après avoir dissipé sa fortune, et, n'ayant pu obtenir à son tour un proconsulat de Tibère, il se donna la mort.

Père

Son père, petit de taille et bossu, après avoir été consul, fut un avocat laborieux, mais peu éloquent. Il eut deux femmes, Mummia Achaïca, petite-fille de Catulus, et arrière-petite-fille de Lucius Mummius qui détruisit Corinthe; puis Livia Ocellina, fort riche et fort belle, qui le rechercha, dit-on, à cause de sa noblesse, et même avec beaucoup plus d'empressement, depuis que, à sa demande réitérée, ayant quitté son habit en secret, il lui eut fait voir sa difformité de peur de paraître vouloir la tromper. Livia Ocellina adopte son beau-fils et lui lègue une partie de son immense fortune. De tous les empereurs, Galba sera celui qui possédera la plus grosse fortune privée.

Mère

Galba est le deuxième fils de Mummia Achaïa, la première femme de son père.

Enfance

On sait que, dans son enfance, étant venu saluer Auguste avec d'autres garçons de son âge, ce prince lui prit la joue et lui dit: "Toi aussi, mon fils, tu goûteras de notre pouvoir."

Mariage

Il se maria; mais, quand il eut perdu sa femme Lepida et les deux filles qu'elle lui avait données, il resta dans le célibat, sans céder à aucune sollicitation, pas même à celle d'Agrippine qui, devenue veuve de Domitius, recherchait sa main, quoique alors il fût encore marié. Elle mit si bien tout en jeu pour le séduire, que la mère de Lepida lui en fit des reproches dans un cercle de femmes, et s'emporta même jusqu'à la frapper.

Il entoura de respects assidus Livie, femme d'Auguste, dont la faveur, tant qu'elle vécut, lui donna beaucoup de crédit, et dont le testament faillit l'enrichir après sa mort. Elle lui avait légué cinquante millions de sesterces. Mais cette somme étant marquée en chiffres, et non écrite en toutes lettres, Tibère la réduisit à cinq cent mille sesterces; encore Galba ne les toucha-t-il pas.

Cursus

Il parvint aux honneurs avant l'âge fixé par la loi. A la célébration des jeux floraux, il donna, comme préteur sous Tibère (il a vingt ans), un spectacle d'un nouveau genre: il fit paraître des éléphants qui dansaient sur la corde. Ensuite il gouverna l'Aquitaine pendant près d'un an. Puis il fut, durant six mois, consul ordinaire (33), et, il succéda dans le consulat à Cn. Domitius, père de Néron, et eut pour successeur Salvius Othon, père d'Othon l'empereur.

Il est nommé par Caligula légat de la Germanie supérieure. Il rétablit l'ordre et la discipline dans l'armée du Rhin. Il repousse les Germains qui se pressent aux frontières de l'empire et dirige les opérations lorsqu'en 40, Caligula traverse le Rhin.

A la nouvelle du meurtre de Caligula, certains de ses amis l'exhortait à briguer le titre impérial; mais il préféra le repos.

L'empereur Claude apprécie le geste et le rangera au nombre de ses amis, et l'honorera d'une si haute considération qu'il retarda l'expédition de Bretagne à cause d'une légère indisposition qui lui était survenue. En 41, peu après l'avènement de celui-ci, Galba, encore légat sur le Rhin, bat les Chattes et rapporte la dernière aigle romaine restée aux mains de ce peuple, après le désastre de Varus en 9.

Il fut deux ans proconsul d'Afrique. On l'avait nommé sans tirage au sort pour ramener l'ordre dans cette province, troublée par des divisions intestines et inquiétée par les incursions des Barbares. Il s'acquitta de cette tâche avec beaucoup de sévérité et de justice, même dans les plus petites choses. Il repousse les nomades du Sud de l'Atlas et rétablit la paix dans cette province.

En récompense de ce qu'il fit alors en Afrique et de ce qu'il avait fait autrefois en Germanie, il reçut les ornements triomphaux et un triple sacerdoce par lequel il fut agrégé aux quindecemvirs, au collège des prêtres Titiens et à celui des prêtres d'Auguste. Depuis ce temps jusque vers le milieu du règne de Néron, il vécut presque toujours dans la retraite, ne sortant jamais hors de la ville en litière sans être suivi d'un fourgon qui portait un million de sesterces en or. Il étale son avarice devant les habitants de la ville de Fondi où il séjourne. Peu à peu, il tomba dans le relachement et la paresse, afin de ne pas donner d'ombrage à Néron. Il avait coutume d'alléguer, pour motif de cette conduite, que personne n'était obligé de rendre compte de son inaction. Il était à Fondi lorsqu'on lui offrit le commandement de l'Espagne tarragonaise.

Il gouverna pendant huit ans cette province avec une extrême inégalité. D'abord actif, prompt et outré dans la répression des délits, il alla jusqu'à couper les mains à un changeur infidèle et à les clouer sur son comptoir. Il fit mettre en croix un tuteur pour avoir empoisonné son pupille, dont les biens devaient lui revenir; et, comme il invoquait les lois en attestant sa qualité de citoyen romain, pour adoucir sa peine par quelques distinctions, il ordonna qu'on changeât sa croix et qu'on lui en dressât une beaucoup plus élevée et d'un bois blanchi.

Galba empereur

Galba avait été gouverneur de l'Aquitaine et de la haute Germanie, puis proconsul d'Afrique. La pacification de cette dernière province lui valut les ornements triomphaux et plusieurs sacerdoces; après quoi il se tint dans la retraite jusqu'au milieu du règne de Néron. Vers l'an 60, ce prince l'envoya dans la Tarraconaise, qu'il administra huit années. Il y fut d'abord, comme ailleurs, vigilant et dur. Ainsi il ordonna de couper les mains à un changeur infidèle et de les clouer sur son comptoir; il condamna au supplice de la croix un tuteur qui avait empoisonné son pupille, dont les biens lui étaient substitués, et, le coupable invoquant les privilèges des citoyens romains, il lui fit dresser une croix peinte en blanc beaucoup plus grande que les autres. Mais la crainte de donner de l'ombrage à Néron ralentit son zèle : "Mieux vaut l'inaction", disait-il; "on ne peut demander compte à qui n'a rien fait". Cependant, quand il vit que Néron se perdait, il travailla à se rendre populaire, et les lettres de Vindex le trouvèrent décidé.

Galba tenait à Carthagène une assemblée provinciale, lorsqu'il apprit le soulèvement des Gaules. Julius Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, qui s'était rebellé contre Néron en 68, recherchait un candidat susceptible de prendre la tête de la rébellion. Il ne balança pas longtemps, car il avait surpris des ordres que Néron avait envoyés en secret à ses agents pour se défaire de lui. Il s'allie ainsi avec Vindex, légat de la Lyonnaise, qui s'est rebellé entre le 9 et le 12 mars. Le 2 avril 68 Galba raconte aux troupes assemblées les crimes de Néron et fut interrompu par des cris qui le saluaient empereur.

Il monta donc sur son tribunal comme s'il allait procéder à un affranchissement; ensuite, plaçant devant lui une grande quantité de portraits des citoyens que Néron avait fait périr, et ayant à ses côtés un noble jeune homme qu'on avait fait venir exprès de la plus voisine des îles Baléares où il était exilé, il déplora l'état où étaient les affaires, fut salué empereur, et déclara qu'il était le lieutenant du sénat et du peuple romain.

Malgré son âge avancé, Galba s'autoproclame empereur le 3 avril, à Carthago Nova (Carthagène). Il reçoit le soutien immédiat des gouverneurs de Lusitanie, de Bétique, d'Egypte, d'Afrique et de Mauritanie.

Puis il annonça que le cours de la justice était interrompu, et leva dans la province des légions et des troupes auxiliaires pour renforcer son armée qui n'était que d'une légion, de deux escadrons et de trois cohortes. Il choisit parmi les plus illustres du pays ceux que recommandaient leur âge et leur sagesse, et en fit une espèce de sénat auquel il pourrait rendre compte des affaires importantes, toutes les fois qu'il en serait besoin.

Il était perclus de goutte et il avait soixante-treize ans; c'était se mettre bien tard en route pour un rude voyage. Cependant, quand il sut la mort de Vindex, il se crut perdu et songeait à se tuer. Ses amis le retinrent; bientôt son affranchi Icelus, arrivé de Rome en sept jours, lui apprit que Néron était mort, et que le sénat avait reconnu l'élection faite par la légion d'Espagne. Tout le monde s'accordait à prendre ce vieillard qui ne pouvait vivre longtemps, et dont chacun espérait hériter.

Avant de quitter sa province, Galba y avait fait tuer les procurateurs de Néron avec leurs femmes, leurs enfants, et il avait châtié quelques peuples dont la soumission se faisait attendre. Dans les Gaules, il gratifia tous les alliés de Vindex du droit de cité et leur remit un quart du tribut; mais les villes qui s'étaient montrées hostiles ou peu empressées, comme celles de la Belgique, furent privées d'une partie de leur territoire, chargées de nouveaux impôts ou condamnées à raser leurs murailles. Reims, Trèves et Langres furent les plus maltraitées; il confisqua les revenus de Lyon et combla Vienne de faveurs : récompenses et punitions également maladroites, car elles créaient deux factions dans la Gaule, en y faisant des vainqueurs et des vaincus. Galba devenait l'homme d'un parti, au lieu de rester l'élu de l'empire, porté au pouvoir par la réprobation universelle contre Néron.

Portrait

"A la fin de sa vie, son physique est franchement repoussant : chauve, les yeux bleu sombre, le nez aquilin, il a la petite taille de son père. S'il n'a pas hérité de sa bosse, il est affligé, par contre, sur son côté droit, d'une excroissance de chair si volumineuse qu'il ne peut la contenir qu'au moyen d'un bandage. De plus, la goutte déforme à ce point ses pieds et ses mains qu'il ne peut ni enfler une paire de chaussures, ni même dérouler un simple billet."

"Homme de principes en apparence, il est en réalité un capricieux. Et son entourage est franchement détestable."

"Son goût pour l'austérité le pousse à l'avarice et sa sévérité dégénère trop souvent en cruauté. L'homme est habile certes, mais sa prudence le laisse patauger parfois dans l'indécision".

Cet aristocrate n'est pas un ambitieux. Ses premières monnaies, par exemple, ne portent ni son effigie, ni le titre d'Auguste, mais uniquement la mention de "légat du Sénat et du peuple romain".

Sa passion le portait de préférence vers les mâles, mais il les voulait très vigoureux et mûrs; on rapportait qu'en Espagne, lorsque Icelus, l'un de ses anciens mignons, lui annonça la mort de Néron, non seulement il le serra étroitement dans ses bras devant tout le monde, mais le pria de se faire épiler sur-le-champ et l'emmena à l'écart."

Galba était de taille moyenne. Il avait la tête chauve, les yeux bleus, le nez aquilin, les pieds et les mains tellement contrefaits par la goutte, qu'il ne pouvait ni supporter une chaussure, ni déplier un billet, ni même le tenir.

Il portait au flanc droit une excroissance de chair si proéminente, qu'on pouvait à peine la contenir par un bandage.

On dit qu'il était fort gourmand, et qu'en hiver il mangeait même avant le jour. Sa table était si abondante, que la desserte était portée de main en main autour de la salle et distribuée aux officiers de service.

Dies imperii : 11 juin 68

Règne

Galba arrive à Rome en octobre, précédé d'une réputation d'avarice et de cruauté, parce qu'en Espagne et dans les Gaules il avait frappé d'impôts considérables les villes qui avaient hésité à suivre son parti. Il en avait même puni quelques-unes en détruisant leurs murailles, et condamné au dernier supplice leurs chefs et les agents du fisc avec leurs femmes et leurs enfants. Il avait fait fondre une couronne d'or de quinze livres tirée d'un ancien temple de Jupiter, que la Tarragonaise lui avaient offerte, et exigé le paiement de trois onces qui manquaient au poids.

Il voulut rendre à leur premier état les rameurs que Néron avait transformés en soldats légionnaires; et, comme ils refusaient et réclamaient obstinément leur aigle et leurs enseignes, non seulement il les dispersa avec sa cavalerie, mais il les décima.

Il licencia la cohorte germaine que les Césars avaient créée pour la sûreté de leur personne, et dont la fidélité était à l'épreuve; il la renvoya dans sa patrie sans aucune récompense, sous prétexte qu'elle était trop dévouée à Cn. Dolabella dont les jardins touchaient au camp de cette garde étrangère.

C'étaient T. Vinius, son légat en Espagne, homme d'une cupidité effrénée; Cornelius Laco, qui de simple assesseur était devenu préfet du prétoire, et dont l'arrogance était insupportable; enfin l'affranchi Icelus, déjà décoré de l'anneau d'or et du surnom de Marcianus, et qui prétendait au suprême degré de l'ordre des chevaliers.

Ces trois hommes, dominés par des vices différents, gouvernaient si despotiquement le vieil empereur, qu'il ne s'appartenait plus, tantôt trop dur et trop avare pour un souverain élu, tantôt trop faible et trop insouciant pour un souverain de son âge.

Sur le plus léger soupçon, et sans les entendre, il condamna quelques citoyens marquants des deux ordres.

Il refusa au peuple romain de livrer au supplice Tigellin et Halotus, les plus pernicieux de tous les agents de Néron. Il donna même à Halotus un emploi considérable, et, dans un ordre du jour, il reprocha au peuple sa cruauté envers Tigellin.

Cette conduite blessa presque tous les ordres de l'empire, et le rendit odieux surtout aux soldats.

L'indignation et la crainte aliénèrent également les prétoriens, qui furent pour la plupart éloignés comme suspects et comme amis de Nymphidius.

Les légions de la Haute-Germanie étaient celles qui murmuraient le plus: elles se voyaient privées des récompenses qu'elles attendaient de leurs services contre les Gaulois et contre Vindex.

Elles osèrent donc les premières rompre tout lien d'obéissance, et, aux calendes de janvier, elles ne voulurent prêter serment qu'au sénat. En même temps, elles arrêtèrent qu'on dépêcherait aux prétoriens pour leur dire qu'elles étaient mécontentes de l'empereur élu en Espagne, et les charger d'en choisir un qui eût le suffrage de toutes les armées.

Galba déclara n'être que le lieutenant du sénat et du peuple; sur les monnaies qu'il frappa, le long de sa route, en Espagne et en Gaule, il ne mit pas son image et ne prit pas le nom d'Auguste; on n'y lit que le vieux titre républicain d'Imperator. L'incertitude où il était touchant les dispositions des armées avait commandé cette réserve. Mais les sénateurs, intimidés par les prétoriens, se contentèrent de leur innocente manifestation monétaire, et, sans plus exiger de garanties, ils envoyèrent jusqu'à Narbonne leur serment de fidélité. En même temps il sut que Verginius s'obstinait à refuser l'empire; que personne ne l'offrait à Fonteius Capito et que l'armée de Germanie, après quelque hésitation, avait promis obéissance à l'élu des légions d'Espagne. Alors il prit le titre de César et il agit en empereur. Le rêve d'une restauration républicaine avait duré ce que durent les rêves.

Avant de quitter sa province, Galba y avait fait tuer les procurateurs de Néron avec leurs femmes, leurs enfants, et il avait châtié quelques peuples dont la soumission se faisait attendre. Dans les Gaules, il gratifia tous les alliés de Vindex du droit de cité et leur remit un quart du tribut; mais les villes qui s'étaient montrées hostiles ou peu empressées, comme celles de la Belgique, furent privées d'une partie de leur territoire, chargées de nouveaux impôts ou condamnées à raser leurs murailles. Reims, Trèves et Langres furent les plus maltraitées; il confisqua les revenus de Lyon et combla Vienne de faveurs : récompenses et punitions également maladroites, car elles créaient deux factions dans la Gaule, en y faisant des vainqueurs et des vaincus. Galba devenait l'homme d'un parti, au lieu de rester l'élu de l'empire, porté au pouvoir par la réprobation universelle contre Néron.

A Rome, Nymphidius, le préfet du prétoire, gouvernait au nom du nouveau prince. Ce personnage avait eu la part principale dans la chute de Néron. Il comptait que Galba reconnaissant lui laisserait sa charge et le pouvoir; il portait même ses visées plus haut, se disait fils de Caligula, quoique né probablement d'un gladiateur, et songeait à l'empire, malgré ses amis, qui lui disaient : Mais qui donc à Rome consentirait à t'appeler César ? Quand il vit Galba donner à Cornelius Laco le commandement des gardes, il essaya de soulever ceux-ci, qui le tuèrent. Galba fit rechercher soigneusement et exécuter sans jugement ses complices, vrais ou supposés, parmi eux, un consul désigné, un consulaire et Mithridate, l'ancien roi du Pont. Quand il approcha de la ville, vers la fin de décembre, les soldats de marine, accourus à sa rencontre, lui demandèrent de leur confirmer le titre de légion, que Néron leur avait donné; il repoussa leurs prières, et, comme ils réclamaient avec énergie leur aigle et leurs enseignes, il les fit charger par sa cavalerie, puis décimer; beaucoup périrent.

La réaction prit rapidement les allures d'une persécution contre les amis de Néron. Galba envoya au supplice ses affranchis avec la fameuse Locuste, rappela d'exil tous les bannis et autorisa les poursuites contre les délateurs. La garde germaine, renommée pour sa fidélité aux empereurs, fut licenciée sans récompense, et les prétoriens réclamant le donativum promis par Nymphidius : "J'enrôle des soldats", leur dit-il; "je ne les achète pas"2. Plusieurs tribuns furent cassés; il y eut aussi des destitutions dans les cohortes urbaines et parmi les gardes nocturnes; tous se sentirent menacés.

Adoption de Pison

En apparence, tout réussissait au vieil empereur. Deux compétiteurs, Fonteius Capito dans la basse Germanie et Clodius Macer en Afrique, avaient été tués; Vespasien lui envoyait ses serments et ceux de Mucien, le gouverneur de la Syrie; son fils Titus, qui les portait, était arrivé déjà à Corinthe, et cette soumission rendait inutiles les assassins que Galba avait dépêchés dans la province. La Gaule et l'Espagne étaient dévouées; les légions d'Illyrie, mandées en Italie par Néron, avaient regagné leurs camps; celles de la Haute Germanie, qui n'avaient pas reçu de récompense pour leur campagne contre Vindex, montraient seules un vif mécontentement. Les députés des cités belges maltraitées par Galba affluaient dans les castra en habits de deuil, et, rappelant aux soldats leurs services méconnus, les poussaient à venger à la fois les injures d'une moitié de la Gaule et l'humiliation de leurs aigles. Quand elles surent qu'à Rome les prétoriens aussi avaient lieu de se plaindre, que le peuple regrettait Néron, que le sénat était peu affectionné au nouveau prince, elles lui refusèrent obéissance. Cette défection précipita la résolution déjà prise par Galba de se donner un héritier. Il hésitait entre Othon, qui dès le premier jour s'était associé à sa fortune, et Pison, que depuis longtemps il avait fait par testament héritier de ses biens et de son nom. On reprochait au premier sa jeunesse débauchée; mais peut-être l'âge et le malheur l'avaient mari; il s'était fait aimer dans, sa province. D'ailleurs il venait de se ruiner pour Galba, et il ne lui fallait pas moins que l'empire pour échapper à ses créanciers : à ce moment il devait 5 millions de drachmes. Pison affectait l'austérité : c'est par là qu'il avait plu au prince; Galba le choisit (12 janv. 69).

En janvier 69, les troupes de Germanie supérieure et inférieure renversent les portraits de Galba et proclament Aulus Vitellius empereur. Elles ne prétèrent serment qu'au sénat (12 janv. 69).

Marcus Salvius Othon, le rival malheureux de Pison, s'empare du pouvoir six jours plus tard, après s'être rallié la garde prétorienne. Gouverneur de Lusitanie sous Néron, Othon a été l'un des premiers à offrir appui à Galba. Il considère donc que c'est lui, et non Pison, qui est le successeur naturel.

La mort de Galba

Des rapports confus parviennent à Galba, dans le palais impérial. Il se demande s'il doit fermer les portes et se préparer à soutenir un siège ou s'il doit sortir hardiment et affronter les rebelles. Il opte pour cette dernière solution et se fait emmener en litière au Forum. Dès que la cohorte qui précédait Galba les aperçut, le porte-enseigne arracha l'image de l'empereur et la jeta à terre. Ce fut le signal de la défection. Quelques javelots lancés au hasard dispersèrent la foule. En un instant le Forum fut désert; les porteurs de Galba, chargés par des cavaliers, laissèrent choir sa litière, et le vieillard roula à terre. Suivant les uns, il demanda d'une voix suppliante quel mal il avait fait, et quelques jours pour payer le donativum. Les autres, en plus grand nombre, disent qu'il présenta sa tête aux meurtriers, les exhortant à frapper si c'était pour le bien de la république. Un soldat lui plongea son épée dans la gorge; les autres se ruèrent sur le cadavre et le mirent en pièces.

Quelques historiens rapportent que, dans le premier moment, il s'écria: "Que faites-vous, camarades? Je suis à vous comme vous êtes à moi," et qu'il leur promit une gratification.

Plusieurs prétendent qu'il leur tendit lui-même la gorge, en leur disant de frapper puisqu'ils le trouvaient bon.

Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'aucun des assistants n'essaya de le secourir, et que de toutes les troupes qui furent mandées, nulle ne tint compte de son ordre, excepté un corps de cavalerie d'une légion de Germanie qui vola à son aide en reconnaissance d'un bienfait récent. Galba avait fait prendre soin de ces cavaliers dans un moment où ils étaient souffrants et épuisés. Mais, ne connaissant pas les chemins, ils s'égarèrent et arrivèrent trop tard.

Pison, sauvé de la première fureur des assaillants par le dévouement d'un centurion qui détourna sur lui leurs coups, se cacha dans le temple de Vesta, où il fut bientôt découvert; on le massacra sous le parvis; Vinius avait été tué avant lui. Les trois têtes furent portées sur des piques parmi les enseignes des cohortes, auprès de l'aigle de la légion (16 janv. 69). Plus tard, Vitellius trouva les requêtes de cent vingt individus qui réclamaient le prix du sang : il les fit mourir.

Pison avait été quatre jours César et Galba sept mois empereurs; Othon régnera quatre-vingt-huit jours.

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