Gallien : né vers 218; mort en septembre 268 à Mediolanum (Italie)

Titre : Imperator Caesar Publius Licinius Egnatius Gallienus Pius Felix Invictus Augustus (253-268)

Nom

Gallien
Gallien

Publius Licinius Egnatius Gallienus.

Naissance

vers 218.

Père

L'empereur Valérien Ier.

Mère

Egnazia Mariniana.

Mariage

Il épouse Giula Cornelia Salonina, une grecque, née en Bithynie. C'est une femme d'une grande finesse, d'une sensibilité extrême et d'une culture exceptionnelle.

Cursus

En 253, lorsque les légions du Rhin et du Haut-Danube proclament son père Valérien empereur, Gallien est nommé César, à Rome, par le sénat. Mais son père le proclame immédiatement co empereur.

Portrait

La tradition sénatoriale représentée par les auteurs de l'Histoire Auguste, ou par Aurelius Victor ou encore par Eutrope brosse un portrait fort peu sympathique du personnage. Gallien est un homme cruel, débauché, perfide, indifférent au sort de son père, qui ne fait pas grand-chose pour sauver l'empire du désastre.

Les auteurs grecs, tels que Pierre le Patrice, Zosime ou Zonaras, par contre, sont plus positifs. Ils ne disent pas un mot sur ses débauches, de sa cruauté, de sa perfidie. Au contraire, ils nous dépeignent un empereur actif, entreprenant, courant et se battant sur tous les fronts. A leurs yeux, dans la galerie des portraits des empereurs, Gallien fait bonne figure.

Et aux yeux de l'Histoire ?

Elle est plutôt d'accord avec les auteurs grecs. Si les historiens sénateurs font de Gallien le bouc émissaire de tous les maux dont souffre l'empire à ce moment-là, ce n'est pas sans raison. Ils en veulent à Gallien d'avoir renvoyé leurs collègues à leur chères études en supprimant leur fonction militaire. La situation réclame des hommes courageux. Les sénateurs rechignent à s'exposer ou à se soumettre aux directives impériales. Ils lui en veulent d'avoir laissé se constituer à l'intérieur de l'empire deux Etats indépendants : l'empire de Gaule et le royaume de Palmyre. Ils lui en veulent également d'avoir favorisé le christianisme.

Efficace, Gallien réforme l'armée en séparant radicalement le cursus des carières civiles et militaires. Il tient à confier les commandements aux plus dignes, aux plus capables et non aux "pistonnés". Afin de pouvoir intervenir rapidement sur n'importe quel théâtre de combat, il place sa cavalerie sous un commandement unique et en fait le fer de lance de son armée.

Cultivé, il s'entoure d'une cour qu'anime son épouse Salonina, et qu'éclaire Plotin le philosophe neo-platonicien.

Ami des arts, il favorise leurs éclosion. Les chefs d'oeuvre fleurissent en peinture et en sculpture notamment.

Intelligent, il fait cesser les persécutions contre les chrétiens. La paix à l'intérieur de l'empire (ou de qui en reste) est absolument indispensable pour faire face aux périls qui le menacent de toutes parts. Il promulgue en 260 un édit de tolérance qui ouvre une période de quarante années appelée la "petite paix de l'Eglise".

C'est sur le plan financier qu'il réussit le moins bien. Il ne peut empêcher l'inflation d'atteindre des proportions extraodinaires.

Mais dans l'ensemble, aux yeux de l'Histoire, Gallien n'a surtout pas démérité si l'on prend en compte les conditions dans lesquelles il a dû oeuvrer, car non seulement l'empire est attaqué de tous côtés, non seulement ses chefs militaires lui disputent le pouvoir, mais la peste continue de faire de terribles ravages, décimant soldats et population. L'histoire Auguste avance le chiffre de cinq mille morts par jour.

Dies imperii : 22 octobre 253

Le partage de l'Empire avec Valérien (253-258)

Gallien, de son nom complet Publius Licinius Egnatius Gallienus, est âgé d'environ quarante ans lorsque son père, Valérien, est proclamé empereur en 253. Afin d'assurer la stabilité du nouveau régime, celui-ci l'associe immédiatement au pouvoir : Gallien reçoit d'abord le titre de César, avant d'être élevé, quelques semaines plus tard, à la dignité d'Auguste et de coempereur. L'Empire romain se trouve alors confronté à une crise sans précédent. Menacé simultanément sur plusieurs frontières, il impose à ses deux souverains de se partager les responsabilités.

Dès 254, Valérien quitte Rome pour prendre la direction des opérations contre les Perses sassanides en Orient, tandis que Gallien reçoit la défense des provinces occidentales. Père et fils ne se reverront jamais.

Pendant que Valérien combat en Asie, Gallien concentre ses efforts sur les frontières du Rhin et du Danube, constamment menacées par les incursions germaniques. Entre 254 et 256, il mène plusieurs campagnes sur le Danube avant de se porter vers le Rhin lorsque la situation s'y dégrade. Les succès remportés au cours de ces opérations lui valent à plusieurs reprises le titre de Germanicus Maximus entre 255 et 258, ainsi que celui de Dacicus Maximus en 257. Les émissions monétaires de l'époque célèbrent elles aussi ces victoires, signe que les frontières occidentales ont momentanément retrouvé une certaine stabilité.

Au début de l'année 258, Gallien revient sur le Danube. Cette période est assombrie par la mort de son fils aîné, Valérien le Jeune, élevé au rang de César deux ans auparavant. Alors que l'empereur poursuit ses opérations sur le Danube moyen, une nouvelle dégradation de la situation militaire se produit cependant plus à l'Ouest.

Entre 258 et 260, les peuples germaniques reprennent l'offensive avec une vigueur exceptionnelle. Les Francs franchissent le Rhin dans la région de Cologne et ravagent la Gaule, tandis que les Alamans percent les défenses de Rhétie. Pour Rome, il s'agit de l'une des plus graves offensives barbares qu'ait connues l'Occident depuis plusieurs décennies.

Malgré cette situation critique, Gallien conserve la maîtrise des armées du Danube. En revanche, il lui devient de plus en plus difficile de contrôler les événements sur le Rhin. Durant l'été 260, tandis que plusieurs bandes alamannes envahissent l'Italie, d'autres poursuivent leurs dévastations en Gaule, alors que les Francs atteignent jusqu'à l'Hispanie et détruisent notamment Tarragone. L'empereur, retenu sur un autre front, est incapable d'intervenir rapidement.

A Cologne, son fils Salonin, récemment élevé au rang d'Auguste, exerce l'autorité impériale sous la tutelle du préfet Silvanus. Mais la situation lui échappe rapidement. Apr&erave;s avoir remporté une importante victoire contre des pillards germaniques, le gouverneur de Germanie inférieure, Marcus Cassianus Latinius Postumus, est proclamé empereur par ses troupes. Il marche aussitôt sur Cologne, assiège la ville et exige qu'on lui livre Salonin ainsi que Silvanus. Une fois les deux hommes capturés, il les fait exécuter et s'impose comme maître des provinces occidentales.

Cette usurpation marque un tournant majeur du règne de Gallien : pour la première fois depuis plusieurs siècles, une vaste partie de l'Occident romain échappe durablement à l'autorité du pouvoir central.

La catastrophe de 260

L'année 260 marque un tournant décisif dans l'histoire de l'Empire romain. Depuis plusieurs années déjà, Gallien lutte pour contenir les invasions qui se multiplient sur les frontières du Rhin et du Danube, tandis que son père Valérien dirige les opérations contre les Perses en Orient. Mais, en quelques mois, la situation bascule et l'Empire connaît l'une des plus graves crises de son histoire.

Profitant des difficultés de Rome, les peuples germaniques reprennent l'offensive avec une vigueur exceptionnelle. Les Francs franchissent le Rhin et ravagent la Gaule avant de pousser leur raid jusqu'en Hispanie, où ils détruisent notamment Tarragone. Dans le même temps, les Alamans forcent le limes de Rhétie et pénètrent en Italie, faisant peser une menace directe sur la péninsule.

Gallien ne reste pas inactif. Il parvient à conserver le contrôle des armées du Danube et accourt en Italie pour repousser les envahisseurs. Près de Milan, il inflige une sévère défaite aux Alamans, mettant un terme à leur avancée. Cette victoire démontre que les armées romaines demeurent capables de vaincre, mais elle ne suffit pas à rétablir une situation devenue critique sur l'ensemble des frontières.

Au même moment, un événement sans précédent frappe l'autorité impériale. Au cours de l'été 260, Valérien est vaincu puis capturé par le roi sassanide Shapur Ier lors de la bataille d'Edesse. Pour la première fois de son histoire, un empereur romain vivant tombe aux mains d'un souverain étranger. La nouvelle se répand rapidement dans tout l'Empire et provoque une immense émotion. Au-delà de la perte militaire, c'est le prestige même de Rome qui vacille.

La disparition de Valérien laisse désormais Gallien seul à la tête d'un Empire profondément ébranlé. A l'Ouest, les invasions barbares se poursuivent; sur le Danube, la pression des peuples voisins ne faiblit pas; en Orient, les Perses semblent en mesure de profiter de leur succès. Partout, les gouverneurs provinciaux doivent prendre des décisions sans pouvoir attendre les ordres d'un pouvoir central débordé par les événements.

Cette situation exceptionnelle favorise l'émergence d'ambitions nouvelles. Convaincus que l'Empire ne peut plus assurer seul la défense de toutes ses provinces, plusieurs chefs militaires commencent à exercer une autorité de plus en plus indépendante. Certains demeurent fidèles à Gallien; d'autres choisissent de revendiquer eux-mêmes le pouvoir impérial.

L'année 260 ne constitue donc pas seulement une succession de défaites. Elle marque l'éclatement d'un système politique qui, depuis près de trois siècles, reposait sur l'autorité incontestée de Rome. Pour Gallien, une nouvelle phase de son règne commence : il ne s'agit plus seulement de repousser les ennemis extérieurs, mais aussi de préserver l'unité d'un Empire désormais menacé de désagrégation.

L'Empire des Gaules

Parmi les nombreux chefs militaires qui profitent des bouleversements de l'année 260, aucun n'exerce une influence aussi durable que Marcus Cassianus Latinius Postumus. Gouverneur de Germanie inférieure et excellent chef de guerre, il s'est illustré en repoussant plusieurs incursions franques sur le Rhin. Ses succès lui valent l'estime de ses soldats, mais aussi une popularité croissante auprès des populations des provinces occidentales, lassées des invasions incessantes.

Le conflit éclate à la suite d'un différend avec Salonin, le jeune fils de Gallien, installé à Cologne sous la protection du préfet Silvanus. Après une victoire contre des pillards germaniques, Postume refuse de remettre le butin à l'administration impériale. L'incident dégénère rapidement. Acclamé empereur par ses troupes, il marche sur Cologne et assiège la ville. Lorsque Salonin et Silvanus tombent entre ses mains, tous deux sont exécutés, ouvrant ainsi une nouvelle phase de la crise impériale.

Postume prend alors le contrôle de la Gaule, de la Bretagne et de la plus grande partie de l'Hispanie. Il fonde ce que les historiens appellent aujourd'hui l'Empire des Gaules, un Etat qui possède désormais son propre empereur, son administration, son trésor, son atelier monétaire et son armée.

Contrairement à l'image transmise par certains auteurs antiques, Postume ne semble jamais avoir nourri l'ambition de renverser Gallien pour régner sur l'ensemble de l'Empire. Son objectif est avant tout de protéger les provinces occidentales, continuellement exposées aux invasions des Francs et des Alamans. Les faits lui donnent en grande partie raison. En quelques années, il rétablit la sécurité sur le Rhin, restaure les fortifications et redonne aux provinces gauloises une stabilité qu'elles avaient perdue depuis longtemps.

Face à cette sécession, Gallien adopte une attitude remarquablement pragmatique. Confronté simultanément aux menaces qui pèsent sur le Danube, à l'instabilité de l'Orient et aux nombreuses usurpations qui éclatent dans l'Empire, il comprend qu'une guerre immédiate contre Postume risquerait d'épuiser des forces dont il a un besoin vital ailleurs. Il choisit donc de différer la reconquête de la Gaule afin de traiter d'abord les crises les plus urgentes.

Cette décision a longtemps été interprétée comme un aveu de faiblesse. Les recherches modernes invitent toutefois à un jugement différent. Gallien fait le choix de préserver l'essentiel de l'Empire plutôt que de disperser ses armées dans une guerre civile dont l'issue demeure incertaine. Cette politique lui permet notamment de maintenir l'Italie, les Balkans et les provinces orientales sous son autorité.

Ce n'est qu'au printemps 265, après avoir rétabli une situation plus stable sur les autres fronts, que Gallien décide d'agir. Il franchit les Alpes et conduit personnellement une campagne contre Postume. Celui-ci évite cependant toute bataille décisive, préférant s'appuyer sur des places fortes solidement défendues et laisser son adversaire s'épuiser.

Au cours du siège d'une de ces villes, Gallien est grièvement blessé par une flèche. Cette blessure l'oblige à interrompre l'expédition avant d'avoir obtenu un résultat décisif. Postume conserve ainsi le contrôle de l'Empire des Gaules, où il continue de régner sans être sérieusement inquiété jusqu'à son assassinat en 269.

L'existence de cet Etat dissident constitue l'un des épisodes les plus singuliers de l'histoire romaine. Loin d'être une simple rébellion, l'Empire des Gaules apparaît aujourd'hui comme une tentative de maintenir l'autorité romaine dans les provinces occidentales alors que le pouvoir central se trouvait submergé par une crise sans précédent. Pour Gallien comme pour Postume, les priorités différaient, mais l'objectif demeurait finalement le même : assurer la survie du monde romain.

Les usurpations et la stratégie de Gallien

La capture de Valérien en 260 provoque une onde de choc dans tout l'Empire. L'autorité impériale, déjà fragilisée par les invasions barbares, semble vaciller. Dans plusieurs provinces, des généraux et des gouverneurs estiment devoir assurer eux-mêmes la défense des territoires qui leur sont confiés. Certains restent fidèles à Gallien; d'autres choisissent de revendiquer la pourpre impériale. En quelques années, l'Empire connaît une succession d'usurpations sans précédent.

La première menace apparaît sur le Danube avec Ingenuus, gouverneur de Pannonie inférieure. Inquiet de voir les provinces danubiennes privées d'une partie de leurs troupes au profit d'autres fronts, il reproche à Gallien de négliger leur défense. Vers 258, il se fait proclamer empereur avec l'appui d'une partie de l'armée. Cette révolte demeure toutefois de courte durée. Gallien réagit avec rapidité en confiant l'opération à son meilleur général de cavalerie, Auréole. Les deux armées s'affrontent près de Mursa, en Pannonie. Battu, Ingenuus prend la fuite avant d'être tué par ses propres partisans.

A peine cette rébellion est-elle écrasée qu'une nouvelle crise éclate. Profitant du désordre provoqué par la capture de Valérien, Régalien, laissé en Pannonie pour maintenir la sécurité de la frontière, se proclame lui aussi empereur. Son aventure est cependant rapidement interrompue. Les Sarmates, les Quades et les Roxolans franchissent le Danube et envahissent la région. Submergé par cette nouvelle offensive barbare, Régalien disparaît dans la tourmente, mettant un terme à son éphémère règne.

Face à ces usurpations, Gallien fait preuve d'un remarquable sens des priorités. Il comprend qu'il lui est impossible de combattre simultanément tous ses adversaires. Chaque décision doit désormais être dictée par les nécessités stratégiques plutôt que par le prestige impérial.

C'est dans cet esprit qu'il adopte une attitude inattendue envers Postume. Celui-ci contrôle désormais la Gaule, la Bretagne et une grande partie de l'Hispanie, où il est parvenu à restaurer la sécurité face aux invasions germaniques. Gallien estime alors qu'une guerre immédiate contre ce rival mobiliserait des forces indispensables ailleurs. Il préfère concentrer ses efforts sur les ré:gions où la survie même de l'Empire est directement menacée, remettant à plus tard la reconquête des provinces occidentales.

Cette politique a longtemps été interprétée comme un signe de faiblesse. Les historiens contemporains y voient au contraire une décision pragmatique. Gallien ne renonce pas à l'autorité impériale; il choisit simplement de préserver l'essentiel. Dans une période où les invasions barbares, les offensives perses et les révoltes militaires se succèdent, disperser ses armées sur plusieurs guerres civiles aurait probablement accéléré l'effondrement de l'Empire.

Les auteurs antiques ont retenu de cette époque l'expression des "Vingt Prétendants ou Tyrans", reprise par l'Histoire Auguste pour illustrer la multiplication des usurpateurs sous le règne de Gallien. Ce chiffre est largement exagéré, mais il traduit fidèlement le climat d'instabilité qui règne alors dans le monde romain. Entre 260 et 262, plusieurs généraux ou gouverneurs tentent effectivement de s'emparer du pouvoir, tandis qu'en Orient le royaume de Palmyre acquiert une autonomie croissante.

Paradoxalement, cette succession de crises révèle aussi les qualités de Gallien. Malgré la fragmentation temporaire de l'Empire, il parvient à conserver le contrôle de l'Italie, des Balkans et des provinces danubiennes, tout en empêchant les Perses d'exploiter durablement la capture de Valérien. Si son autorité est contestée sur plusieurs fronts, le coeur de l'Empire demeure intact, offrant à Rome le temps nécessaire pour préparer son redressement.

L'alliance avec Palmyre

En 260, l'Empire romain traverse la plus grave crise de son histoire. A l'Occident, les provinces gauloises viennent de faire sécession sous l'autorité de Postume. Au centre, Gallien conserve l'Italie et les provinces danubiennes, où il doit contenir les invasions barbares et les nombreuses usurpations. A l'Orient enfin, la capture de Valérien ouvre aux Perses sassanides des perspectives qu'ils n'avaient jamais osé espérer. Pour la première fois depuis plusieurs siècles, l'unité de l'Empire paraît sérieusement compromise.

Le roi des Perses, Shapur Ier, entend profiter pleinement de cette situation. Après avoir capturé Valérien près d'Edesse, il lance une nouvelle offensive en Syrie. Antioche tombe de nouveau entre les mains des Perses, qui pillent la ville et ravagent une grande partie des provinces orientales. Pourtant, malgré ces succès spectaculaires, ils se révèlent incapables de conserver durablement leurs conquêtes.

La résistance romaine s'organise rapidement. Ballista, préfet du prétoire nommé par Valérien, rassemble les forces encore disponibles et inflige plusieurs revers aux Perses en Cilicie. Selon la tradition, il parvient même à capturer une partie du harem royal de Shapur. Contraints de se replier au-delà de l'Euphrate, les Sassanides deviennent alors la cible d'un nouvel adversaire : Odénathe, prince de Palmyre et fidèle allié de Rome.

Située au coeur des grandes routes caravanières reliant la Méditerranée à la Mésopotamie, Palmyre occupe une position stratégique exceptionnelle. Depuis plusieurs générations, ses souverains entretiennent des relations étroites avec Rome tout en conservant une large autonomie. Face à l'effondrement temporaire de l'autorité impériale en Orient, Odénathe comprend que la survie de son royaume dépend désormais de la défaite des Perses. Il mobilise donc ses propres forces et prend l'initiative des opérations militaires.

Pendant ce temps, une nouvelle usurpation éclate. Profitant de la disparition de Valérien, Macrien, ancien ministre des Finances de l'empereur, fait proclamer Augustes ses deux fils, Macrien le Jeune et Quiétus. Leur autorité est reconnue dans une grande partie des provinces orientales, notamment en Syrie, en Egypte et en Asie Mineure. Convaincu de pouvoir renverser Gallien, Macrien traverse les Balkans afin de marcher vers l'Italie.

Gallien réagit avec efficacité. Son commandant de cavalerie, Auréole, intercepte les usurpateurs en Illyrie et les écrase en 261. Macrien et son fils aîné trouvent la mort sur le champ de bataille, tandis qu'en Orient Odénathe poursuit la lutte contre Quiétus, qu'il vainc à Emèse avant de le faire exécuter. En quelques mois, la tentative des Macrien s'effondre complètement.

Ces victoires transforment profondément la situation politique de l'Orient romain. Odénathe apparaît désormais comme le principal défenseur des provinces orientales. Gallien comprend immédiatement tout l'intérêt d'une coopération avec ce puissant allié. Plutôt que de tenter de reprendre directement le contrôle d'une région encore instable, il choisit de reconnaître officiellement l'autorité d'Odénathe. Celui-ci reçoit les prestigieux titres de Souverain des Romains, puis de Corrector Orientis, faisant de lui le représentant de l'autorité impériale en Orient sans pour autant être associé au trône comme coempereur.

L'accord profite aux deux hommes. Gallien peut consacrer l'essentiel de ses forces à la défense de l'Europe, tandis qu'Odénathe poursuit la guerre contre les Perses. Entre 262 et 266, ses campagnes militaires remportent un succès remarquable. Les armées palmyréniennes traversent la Mésopotamie, reprennent le contrôle des principales voies commerciales et infligent plusieurs lourdes défaites aux Sassanides. En 266, Odénathe pousse même son offensive jusqu'aux abords de Ctésiphon, la prestigieuse capitale des rois perses, démontrant que l'initiative militaire a définitivement changé de camp.

L'alliance conclue entre Gallien et Odénathe constitue l'un des tournants majeurs du IIIiè siècle. Grâce à cette coopération, Rome évite l'effondrement complet de son Orient au moment même où l'Occident demeure séparé sous l'autorité de Postume. En s'appuyant sur un allié local particulièrement efficace, Gallien démontre une nouvelle fois son sens du réalisme politique. Plutôt que de défendre seul un Empire attaqué sur tous les fronts, il délègue temporairement une partie de son autorité à un homme dont les intérêts coïncident avec ceux de Rome. Cette décision contribue largement à préserver les provinces orientales jusqu'au rétablissement progressif de la puissance impériale.

Les invasions gothiques et la disparition d'Odénathe

Alors que la situation paraît progressivement se stabiliser en Orient grâce à l'action d'Odénathe, Gallien doit affronter une nouvelle série d'invasions sur les frontières danubiennes. A partir de 263, les Goths, rejoints par d'autres peuples installés au Nord du Danube et autour de la mer Noire, lancent de vastes expéditions contre les provinces romaines. Leurs attaques ne se limitent plus aux régions frontalières : elles gagnent désormais l'Asie Mineure et la Grèce, aussi bien par voie terrestre que maritime, laissant derrière elles destructions, pillages et dévastations.

Cette évolution témoigne d'un changement profond dans la nature des menaces auxquelles l'Empire est confronté. Les peuples barbares ne cherchent plus seulement à franchir ponctuellement le limes pour y effectuer des raids; ils sont désormais capables d'organiser de véritables campagnes militaires mobilisant plusieurs tribus, des flottes et des contingents importants. Rome doit adapter sa stratégie à cette nouvelle forme de guerre.

Gallien prend personnellement la direction des opérations. Après plusieurs campagnes menées sur le Danube, il parvient à arrêter la progression des Goths et leur inflige une sévère défaite sur les rives du Nestus. Cette victoire contraint les envahisseurs à repasser au-delà du Danube et redonne un répit aux provinces balkaniques, durement éprouvées par plusieurs années de combats.

Pendant ce temps, en Orient, Odénathe poursuit son oeuvre. Devenu le principal défenseur des provinces orientales, il dirige également des opérations contre les Goths qui menacent les marges septentrionales de son royaume. Son autorité s'étend désormais sur une grande partie de l'Orient romain et son prestige n'a jamais été aussi grand. Sans remettre officiellement en cause la souveraineté de Gallien, il exerce dans les faits un pouvoir quasi indépendant.

C'est alors qu'un événement inattendu bouleverse une nouvelle fois l'équilibre politique de l'Empire. En 266 ou 267, au cours d'une campagne militaire, Odénathe est assassiné dans des circonstances qui demeurent obscures. Les sources antiques évoquent une querelle familiale, tandis que certaines accusent Gallien d'avoir favorisé, voire commandité, sa disparition afin d'éliminer un allié devenu trop puissant. Aucune preuve ne permet cependant de confirmer cette hypothèse, qui demeure largement spéculative.

Si Gallien avait réellement souhaité se débarrasser de son allié, l'opération se révéla particulièrement mal inspirée. La disparition d'Odénathe ne permit nullement à Rome de reprendre immédiatement le contrôle de l'Orient. Bien au contraire, les Palmyréniens repoussèrent sans difficulté le général envoyé par Gallien pour rétablir l'autorité impériale.

Le pouvoir passa alors entre les mains de Zénobie, l'épouse d'Odénathe. Gouvernant au nom de son jeune fils Vaballath, elle conserva d'abord l'alliance conclue avec Rome tout en affirmant progressivement l'indépendance de Palmyre. La cour palmyrénienne adopta des titres de plus en plus prestigieux, tels que "roi des rois", Auguste ou empereur, révélant l'ambition croissante de cette monarchie orientale. Sans rompre ouvertement avec Gallien, Zénobie prenait déjà ses distances avec le pouvoir central, préparant ainsi les événements qui allaient marquer les règnes suivants.

Pour Gallien, la disparition d'Odénathe constitue une perte considérable. Depuis plusieurs années, le prince de Palmyre assurait la défense de l'Orient tout en permettant à l'empereur de concentrer l'essentiel de ses forces sur les Balkans, le Danube et l'Italie. Sa mort prive Rome d'un allié exceptionnel au moment même où les Goths accentuent leur pression sur les frontières européennes.

Malgré ces difficultés, Gallien parvient une nouvelle fois à empêcher l'effondrement de l'Empire. Ses succès contre les Goths montrent que les réformes militaires entreprises depuis le début de son règne commencent à porter leurs fruits. L'armée romaine retrouve progressivement sa capacité de réaction et sa mobilité, deux qualités qui se révéleront décisives dans les dernières années de son gouvernement.

La grande invasion gothique et la révolte d'Auréole

L'année 268 ouvre la dernière et l'une des plus dramatiques phases du règne de Gallien. Depuis plusieurs années, les peuples établis au Nord du Danube exercent une pression croissante sur les provinces romaines. Les Goths ont déjà frappé l'Empire à plusieurs reprises, notamment en 256, en 262-263 puis en 267, lorsqu'ils ravagent une partie de l'Asie Mineure. Mais l'offensive qui se prépare est d'une tout autre ampleur.

Au début de 268, les Goths lancent une invasion massive des Balkans, accompagnés notamment par les Hérules et d'autres peuples de la région de la mer Noire. Leurs forces pénètrent profondément dans les territoires impériaux et parviennent jusqu'en Grèce. Athènes elle-même est prise et mise à sac. Une nouvelle fois, Gallien doit abandonner les autres problèmes de l'Empire pour concentrer ses forces contre la menace la plus immédiate.

L'empereur prend personnellement la tête de l'armée et marche à la rencontre des envahisseurs. Les opérations culminent avec une importante victoire romaine dans les Balkans, que la tradition rapportée par notre texte rattache à la bataille de Naissus, près de l'actuelle Nis, en Serbie. Les Goths subissent de lourdes pertes et leur progression est brisée. Après des années d'invasions incessantes, Rome démontre une nouvelle fois qu'elle demeure capable de mobiliser rapidement ses forces et de remporter de grandes victoires.

Gallien ne peut cependant pas exploiter pleinement ce succès. Alors qu'il combat dans les Balkans, une nouvelle rébellion éclate en Italie. Elle est d'autant plus dangereuse qu'elle est menée par l'un des hommes auxquels l'empereur avait accordé toute sa confiance : Auréole.

Commandant de la cavalerie et l'un des généraux les plus brillants de son époque, Auréole avait rendu d'importants services à Gallien. Il avait notamment joué un rôle décisif dans l'écrasement des révoltes d'Ingenuus et des Macriens. Chargé de défendre l'Italie du Nord contre une éventuelle offensive de Postume, il dispose à Milan d'importantes forces de cavalerie. Mais, à la fin de 267 ou au début de 268, ses soldats l'acclament empereur.

La menace est considérable. Milan occupe une position stratégique essentielle : la ville commande les voies permettant de franchir les Alpes et constitue l'un des principaux verrous protégeant l'Italie septentrionale. Une rébellion installée à cet endroit représente donc un danger direct pour le coeur même de l'Empire.

Gallien réagit avec sa rapidité habituelle. Il confie la poursuite des opérations contre les Goths à ses généraux et regagne précipitamment l'Italie en passant par Sirmium, Aquilée et Vérone. Il affronte Auréole près de Pontirolo, sur l'Adda, lui inflige une défaite et le contraint à se réfugier dans Milan. L'empereur met alors la ville en état de siège.

Tout semble indiquer que Gallien est sur le point de remporter une nouvelle victoire. Après quinze années passées à combattre les Perses, les Germains, les Goths et une succession d'usurpateurs, ce n'est pourtant pas un ennemi extérieur qui va mettre fin à son règne, mais une conspiration née au sein même de son état-major.

Une nuit de septembre 268, alors que le siège de Milan se poursuit, un messager vient annoncer à Gallien qu'Auréole tente une sortie contre le camp impérial. L'empereur réagit immédiatement. Selon le récit de Zosime, il abandonne son repas, réclame ses armes, monte à cheval et se précipite vers le lieu supposé de l'attaque sans attendre sa garde personnelle. Mais l'alerte est un piège.

Isolé de son escorte, Gallien est attaqué et mortellement blessé par un officier de cavalerie impliqué dans la conspiration. Ainsi disparaît, après environ quinze années de pouvoir, l'un des empereurs les plus controversés du IIIe siècle.

Les circonstances exactes du complot demeurent difficiles à établir. Les traditions antiques divergent sur l'identité de ses organisateurs et sur le rôle joué par les principaux officiers de Gallien. Le texte initial attribue notamment une place importante à Aurélien, futur empereur, tandis que Claude, qui commande une partie de la cavalerie, apparaît comme le bénéficiaire immédiat de la disparition de Gallien. Selon cette tradition, l'empereur mourant aurait même fait transmettre à Claude les insignes impériaux, le désignant ainsi comme son successeur.

La mort de Gallien ne marque pourtant pas une rupture complète avec son oeuvre. Les hommes qui lui succèdent - Claude II, puis Aurélien - appartiennent au milieu militaire dont l'ascension avait été favorisée sous son règne. Ils disposent également d'une armée profondément transformée, notamment grâce au développement d'importantes forces de cavalerie capables d'intervenir rapidement sur les différents fronts. Ce sont ces instruments qui permettront bientôt à ses successeurs de poursuivre le redressement de l'Empire.

Gallien disparaît donc au moment même où commencent à porter leurs fruits plusieurs des transformations engagées sous son gouvernement. Il ne verra ni la défaite définitive des grandes invasions gothiques, ni la reconquête de l'Empire des Gaules, ni la soumission de Palmyre. Mais les empereurs qui accompliront cette restauration hériteront en partie des hommes, des structures militaires et de la stratégie élaborés au cours de son règne.

L'assassinat de Gallien

A l'été 268, Gallien semble une nouvelle fois sur le point de surmonter une crise qui aurait pu lui être fatale. Revenu précipitamment des Balkans pour affronter la révolte d'Auréole, il a vaincu son ancien général près de Pontirolo, sur l'Adda, avant de le contraindre à se réfugier dans Milan. L'empereur met alors la ville en état de siège. Après quinze années d'un règne presque entièrement consacré à la guerre, Gallien paraît en mesure d'éliminer un adversaire supplémentaire. Il ignore cependant que le danger le plus immédiat se trouve désormais au sein même de son état-major.

Une conspiration se forme en effet parmi plusieurs hauts responsables de l'armée. Les sources antiques divergent considérablement sur l'identité exacte des conjurés. Héraclianus, préfet du prétoire, apparaît dans plusieurs récits, tandis que les noms de Marcianus, de Claude et d'Aurélien sont également associés, selon les auteurs, à la préparation du complot. Cette diversité des témoignages ne permet pas de reconstituer avec certitude les responsabilités de chacun.

Le stratagème utilisé pour attirer Gallien hors de son camp est en revanche rapporté sous des formes assez proches. Une nuit, alors que l'empereur prend son repas, un messager vient lui annoncer qu'Auréole tente une sortie de Milan et que ses troupes attaquent les positions romaines. Gallien réagit immédiatement. Sans attendre de rassembler son escorte habituelle, il réclame ses armes, monte à cheval et se précipite vers le lieu où le combat est censé avoir commencé.

Mais l'attaque annoncée n'existe pas. L'alerte n'était qu'un piège destiné à isoler l'empereur de ses gardes.

Dans l’obscurité et la confusion, Gallien est assailli par un officier appartenant à la cavalerie dalmate et mortellement blessé. Selon le récit de Zosime, le commandant chargé de l’exécution du complot avait précisément reçu pour mission de profiter de la fausse alerte pour tuer l’empereur lorsqu’il se retrouverait sans protection. Gallien meurt ainsi près de Milan en 268, victime non d’un ennemi extérieur ou d’un usurpateur, mais d’hommes appartenant à l’armée sur laquelle il avait fondé une grande partie de son pouvoir. Les circonstances exactes de sa mort demeurent néanmoins obscures. Les traditions postérieures ont cherché à attribuer la responsabilité du meurtre à différents personnages. Aurélien, futur restaurateur de l’Empire, est ainsi présenté par certaines sources comme l’un des instigateurs du complot, tandis que d’autres ne lui attribuent aucun rôle. Claude, qui succède immédiatement à Gallien, est lui aussi soupçonné d’avoir été associé aux conjurés. Une autre tradition, manifestement plus favorable à Claude, affirme au contraire que Gallien, mortellement blessé, aurait lui-même fait remettre les insignes impériaux à son général, le désignant ainsi comme son successeur. La véracité de cet épisode reste impossible à établir et il pourrait avoir servi à légitimer l’accession au pouvoir de Claude après un assassinat auquel certains de ses proches avaient participé. La disparition de Gallien ouvre donc immédiatement la question de sa succession. Claude est proclamé empereur par l’armée et devient **Claude II**, bientôt surnommé « le Gothique » en raison de ses victoires contre les Goths. Auréole, toujours enfermé dans Milan, ne profite guère de la mort de son adversaire : abandonné à son sort, il est finalement tué peu après. Gallien disparaît ainsi au terme d’un règne exceptionnellement long pour cette période troublée du IIIe siècle. Pendant près de quinze ans, il avait survécu aux invasions, aux défaites, à la capture de son père, à la mort de ses fils, à la sécession de l’Empire des Gaules, à l’autonomisation de Palmyre et à une succession presque ininterrompue d’usurpations. Il avait résisté à tous ces dangers avant de succomber finalement à une conspiration organisée au cœur de sa propre armée. Sa mort présente à ce titre un paradoxe saisissant. Gallien avait profondément renforcé le rôle des officiers professionnels et favorisé l’ascension de militaires talentueux au détriment de l’ancienne aristocratie sénatoriale. Ce sont précisément des hommes issus de ce nouveau milieu militaire qui prennent désormais le contrôle du pouvoir impérial. Mais l’œuvre de Gallien ne disparaît pas avec lui. Claude II, puis Aurélien, poursuivront le redressement militaire amorcé sous son règne. En quelques années, les Goths seront repoussés, Palmyre soumise et l’Empire des Gaules réintégré au monde romain. Gallien n’assistera pas à cette réunification. Pourtant, une partie des instruments qui la rendront possible — une armée plus mobile, des commandements confiés à des militaires expérimentés et une conception plus pragmatique de la défense de l’Empire — avait été développée sous son gouvernement. L’empereur assassiné devant Milan laisse ainsi à ses successeurs un Empire encore divisé et profondément meurtri, mais qui, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre quelques années auparavant, a survécu.

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