Rome et Carthage entre la première et la seconde guerre punique (241-218 av. J.C.)

Révolte des mercenaires de Carthage La guerre inexpiable Conquête de l'Espagne par les Carthaginois Conquête par les Romains de la Corse, de la Sardaigne et d'une partie de l'illyrie Nouvelle guerre contre les Gaulois Les troisièmes dépouilles opimes Triomphe de Marcellus

241-218 av. J.C.

Révolte des mercenaires de Carthage (241 av. J.C.)

Carthage n'était pas au bout de ses sacrifices. Le traité signé, les soldats de Rome retournèrent à leurs champs, ceux de Carthage élevèrent de longues et menaçantes réclamations. La solde était en retard, ils exigèrent qu'elle fût payée. On eut beau leur parler des embarras de l'Etat, les supplier de prendre patience; ils ne voulurent rien entendre, et se soulevèrent au nombre de vingt mille : les sujets de Carthage prirent parti pour l'insurrection; Utique, Hippone même se révoltèrent et Carthage se vit réduite à ses seules forces.

La guerre inexpiable (241-239 av. J.C.)

Cette guerre fut atroce : les mercenaires déclarèrent que tout Carthaginois tombé en leur pouvoir périrait dans les supplices, que tout allié de Carthage aurait les mains coupées. Par représailles, Hamilcar fit jeter aux bêtes tous les prisonniers. Il parvint à envelopper une des deux armées ennemies dans le défilé de la Hache. Les mercenaires se trouvèrent réduits par la famine à la nécessité de se nourrir de chair humaine. Les esclaves y passèrent d'abord, mais quand cette horrible ressource manqua, il fallut bien se rendre. Hamilcar fut sans pitié: il les tua tous. Peu après, il extermina l'autre armée dans une bataille. Carthage était sauvée: mais pendant deux années entières, son existence avait été mise en péril (241-239 av. J.C.). On appela cette lutte, à cause des atrocités qui furent commises, la guerre inexpiable.

Conquête de l'Espagne par les Carthaginois (239-227 av. J.C.)

Cette horrible guerre terminée, Carthage envoya son glorieux général soumettre les côtes de l'Afrique jusqu'au détroit de Gibraltar, et conquérir l'Espagne. Hamilcar mourut avant d'avoir achevé son oeuvre: il fut tué dans un combat contre les Lusitaniens. Son gendre, Hasdrubal, ensuite son fils, Annibal (Hannibal), soumirent l'Espagne presque entière. Rome alors s'interposa: inquiète qu'elle était de voir les Carthaginois s'approcher de la Gaule. Un traité conclu en l'an 227 av. J.C. avec Hasdrubal fixa l'Ebre pour limite aux possessions carthaginoises.

Conquête par les Romains de la Corse, de la Sardaigne et d'une partie de l'Illyrie (241-218 av. J.C.)

Par l'occupation de la Sicile carthaginoise, Rome avait mis le pied hors de l'Italie. Dès lors elle chercha des conquêtes tout autour d'elle. Elle profita des embarras de Carthage, durant la guerre des mercenaires, pour se faire céder la Corse et la Sardaigne. Sous prétexte de châtier les pirateries des Illyriens dans la mer Adriatique, elle descendit sur le continent grec et s'y établit à demeure, en occupant une portion de l'Illyrie (229 av. J.C.). Enfin elle essaya de s'emparer de la vallée du Pô et de prendre possession de la barrière des Alpes.

Nouvelle guerre contre les Gaulois (225 av. J.C.)

Mais de ce côté, Rome rencontra une résistance énergique. Les Gaulois Boïens et Insubriens qui possédaient les deux rives du Pô, appelèrent de la Gaule transalpine une armée d'auxiliaires qu'on appela, d'après le nom de l'essieu qu'ils portaient, les Gésates. L'effroi fut au comble dans Rome : on ouvrit les livres sibyllins, et sur le rapport des prêtres on enterra vivants deux Gaulois au milieu du marché aux boeufs. Puis on déclara qu'il y avait tumulte, c'est-à-dire que tous les citoyens, sans exception, durent prendre les armes. Cent cinquante mille soldats furent échelonnés en avant de Rome, six cent vingt mille hommes furent tenus en réserve. L'Italie entière s'était levée pour défendre sa nouvelle capitale. Les Gaulois arrivèrent jusqu'à trois journées de la ville : mais, cernés entre deux armées auprès du cap Télamone, ils furent vaincus. Quarante mille restèrent sur le champ de bataille (225 av. J.C.).

Les troisièmes dépouilles opimes (222-221 av. J.C.)

Quelque temps-après, les Romains passèrent le Pô, et Marcellus remporta les troisièmes dépouilles opimes en tuant de sa main le roi des Gésates. Milan fut prise et les deux colonies romaines de Plaisance et de Crémone, fondées sur les bords du fleuve, commencèrent l'asservissement des Gaulois cisalpins. En 221 av. J.C., l'Istrie fut occupée.

Triomphe de Marcellus (221 av. J.C.)

A Rome, tout ce que l'appareil des fêtes avait de plus magnifique fut déployé pour célébrer la victoire de Marcellus, le troisième triomphateur opime; les rues que devait traverser le cortège étaient jonchées de fleurs, et l'encens fumait partout; une troupe nombreuse de musiciens ouvrait la marche; puis venaient les boeufs du sacrifice dont on avait doré les cornes et, après une longue file de chariots portant les armes enlevées à l'ennemi, les captifs gaulois dont la haute stature et la figure martiale attiraient tous les regards. Un pantomime habillé en femme et une troupe de satyres insultaient par des chants joyeux à leur douleur. Enfin apparaissait au milieu de la fumée des parfums le triomphateur, vêtu d'une robe de pourpre brodée d'or, la tête couronnée de lauriers et le visage peint de vermillon comme les statues des dieux; sur son épaule il portait, ajustés autour d'un tronc de chêne, le casque, la cuirasse et la tunique de Viridomar. A la vue de ce glorieux trophée la foule faisait retentir les airs du cri de: Triomphe! Triomphe! Interrompu seulement par les hymnes guerriers des soldats.

Quand le char du triomphateur tourna vers le Capitole, sur un signe de Marcellus les chefs gaulois furent entraînés vers la sombre prison appelée le Tullianum; des bourreaux les y attendaient; les haches étaient prêtes. Alors le cortège monta au Capitole et entra dans le temple de Jupiter. Lorsqu'un licteur vint annoncer que les prisonniers avaient vécu, Marcellus entonna l'hymne d'actions de grâces et acheva le sacrifice; le triomphateur fixa de ses propres mains son trophée dans le temple dont le pavé avait été creusé. Le lendemain, peut-être, la place publique retentit encore des accusations accoutumées contre ces gaulois qu'il fallait combattre, parce qu'ils immolaient ses captifs et donnaient pour offrande à ses dieux le sang des hommes.

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