Claude : né en 10 av. J.C., mort en 54Titre : Tiberius Claudius Caesar Augustus Germanicus (24 janvier 41, 13 octobre 54 : 14 ans)Nom
Tiberius Claudius Nero Drusus. NaissanceLe 1er août de l'an 10 avant J.-C., à Lyon, également connue sous son nom antique de Lugdunum. PèreDrusus Decimus Nero (38 av. J.-C. - 9 av. J.-C.) est né le 14 janvier 38, trois jours avant le mariage de sa mère, Livie (Livia Drusilla), avec Octave, qui deviendra le futur empereur Auguste. Il était le second fils de Livie et de Tiberius Claudius Nero. Plus tard, Auguste l'adopta. Drusus est également le frère de Tibère, qui sera le second empereur de Rome. Auguste intégra Drusus à sa famille en le mariant à sa nièce, Antonia la Jeune, et lui confia des missions militaires et stratégiques de grande envergure. Il se distingua en devenant le premier général romain à naviguer sur la mer du Nord. Ses exploits furent récompensés par une ovation et les ornements du triomphe. Après sa préture, il fut nommé consul, puis reprit son expédition en Germanie, atteignant la Weser et, en 9 av. J.-C., l'Elbe. Il décéda la même année, des suites d'une chute de cheval. En hommage, le sénat lui attribua ainsi qu'à ses descendants le nom de Germanicus. Drusus eut de nombreux enfants, mais seuls Germanicus, Livilla et Claudius lui survécurent. MèreAntonia la Jeune (36 av. J.-C. - 38 ap. J.-C.), fille de Marc-Antoine et d'Octavie, soeur d'Auguste, eut trois enfants : Germanicus, Livilla et Claude, ce dernier étant son troisième. Livilla épousa Drusus, fils de Tibère, et fut impliquée dans son assassinat. Après la mort de Drusus, Antonia vécut seule jusqu'à sa mort. Elle fut également celle qui informa l'empereur Tibère, son beau-frère, du complot orchestré par Séjan. EnfanceD'après Suétone, "...Abandonné par son père dans son enfance, il la passa tout entière, dans des maladies diverses qui le rendirent si faible de corps et d'esprit, que, parvenu à l'âge de remplir des fonctions, on le regarda comme incapable de tout emploi public ou privé. Longtemps encore, après qu'il fut sorti de tutelle, il fut confié à la garde d'autrui. Sa mère Antonia l'appelait une ombre d'homme, un avorton, une ébauche de la nature; et, lorsqu'elle voulait parler d'un imbécile, elle disait: "Il est plus bête que mon fils Claude". Alors, renonçant à toute ambition, Claude s'abandonna à l'oisiveté, et vécut caché tantôt dans ses jardins ou dans sa villa suburbaine, tantôt dans sa retraite de Campanie. La société des hommes les plus abjects ajouta à sa bêtise habituelle la passion dégradante pour l'ivrognerie et les jeux de hasard". PortraitD'après Suétone, "Sa taille était élancée, mais sans maigreur. Ses cheveux blancs ajoutaient à la beaut� de sa figure. Il avait le cou bien plein. Lorsqu'il marchait, ses genoux chancelaient, ses jambes ont toujours de la peine à le porter; et, soit qu'il plaisantât, soit qu'il fût sérieux, il avait mille ridicules, un rire affreux, une colère plus hideuse encore, qui faisait écumer sa bouche toute grande ouverte en humectant ses narines; un bégaiement continuel et un tremblement de tête qui redoublaient à la moindre affaire; il n'arrive toujours pas à aligner deux mots sans bafouiller, sans bégayer. Sa santé fut mauvaise jusqu'à son avènement au trône, et florissante depuis ce moment. Il éprouvait pourtant des douleurs d'estomac, quelquefois si violentes, qu'il eut, à ce qu'il dit lui-même, des idées de suicide". Il dormait très peu, se réveillant souvent avant minuit. Il avait une passion débordante pour les femmes et était un fervent amateur de jeux de hasard, au point de rédiger un livre sur ce sujet. Il a écrit des ouvrages sur l'histoire étrusque et carthaginoise ainsi qu'une autobiographie. Il n'y avait personne de plus craintif et méfiant que lui. Au début de son règne, il ne prenait jamais un repas sans être entouré de gardes armés de lances et servis par des soldats. Par la suite, il s'entoura constamment d'esclaves dont la tâche était de fouiller minutieusement quiconque s'approchait de lui. Il évitait également de se montrer en public pendant longtemps. Les moindres soupçons ou indices insignifiants suscitaient en lui des inquiétudes profondes, le poussant à renforcer sa sécurité et à exercer sa vengeance. MariageClaude se marie une première fois avec Aemilia Lepida (9-24), arrière-petite-fille d'Auguste, en l'an 9, alors qu'il a 18 ans. Le couple a un fils qui décède en bas âge et une fille que Claude suspecte d'être issue d'un adultère. Il divorce en 24 pour cause d'adultère. Par la suite, il épouse Plautia AElia (28-31) avec qui il a une fille. Leur mariage se termine également par un divorce en 31. Il se marie ensuite avec Messaline (38-48), fille de Marcus Valerius Messalia et de Domitia Lepida, en 38. De cette union naissent deux enfants : Octavie en 40 et Britannicus en 41. En quatrièmes noces, Claude épouse sa nièce, Agrippine la Jeune, en 49 (49-54). Agrippine a un fils, Néron, qu'elle marie plus tard à Octavie, la fille de Claude et de Messaline. MessalineLe sénateur Vinicius fut empoisonné sur ordre de Messaline pour le même motif de rejet. Asiaticus perdit la vie à cause de sa grande fortune et des somptueux jardins de Lucullus, que Messaline convoitait; Claude le condamna à mort pour les lui offrir. Julie, fille de Germanicus, offensa l'impératrice par sa familiarité avec l'empereur et son orgueil. Accusée d'adultère sur ordre de Messaline, elle fut exilée puis assassinée. Sénèque, qui jouissait de sa confiance, fut exilé en Corse pour huit ans. Une autre Julie, nièce de Claude, subit le même sort. Les débauches scandaleuses de Messaline - orgies au palais avec des matrones de haut rang sous les yeux de leurs maris, ou nuits de prostitution dans les rues de Rome - dépassaient ce que la pudeur permet de décrire. L'empereur ignorait tout. Lorsque le préfet du prétoire Justus Catonius songea à lui révéler la vérité, il fut aussitôt éliminé. Messaline projetait d'épouser officiellement son amant Silius, jeune consul issu des grandes familles. Seul Narcisse osa avertir Claude, alors à Ostie pour l'approvisionnement de Rome. A l'annonce du retour furieux de l'empereur, Messaline se réfugia dans les jardins de Lucullus tandis que Silius et les autres fuyaient. Elle envoya ses enfants, Octavie et Britannicus, à la rencontre de leur père et supplia la vestale Vibidia d'intercéder pour elle. Mais Narcisse, installé dans le chariot impérial, couvrit ses cris en évoquant le mariage avec Silius et présenta à Claude les preuves de ses infidélités. Conduit chez Silius, l'empereur découvrit les trésors des Nérons et des Drusus offerts en récompense de l'adultère. Sa colère éclata. Au camp des prétoriens, il ordonna le jugement des coupables. Silius demanda une exécution rapide; plusieurs complices furent également mis à mort. Retirée dans les jardins de Lucullus, Messaline rédigeait une supplique désespérée, alternant espoir et accès d'orgueil. Craignant que Claude ne se radoucisse, Narcisse ordonna aux centurions de la tuer sans délai. Evodus la trouva aux côtés de sa mère Lepida, qui l'exhortait au suicide. Hésitante, Messaline ne put se frapper elle-même; un tribun l'acheva d'un coup d'épée.Claude, encore à table, apprit sa mort sans émotion. Il demanda à boire et termina son repas. Les jours suivants, il resta indifférent à la douleur de ses enfants. Le Sénat fit détruire les statues de Messaline et récompensa Narcisse avec les insignes de la questure. Dies Imperii : 25 janvier 41RègneL'assassinat de Caligula plongea Rome dans le chaos. A l'annonce de sa mort, ses soldats germains avaient envahi le palais, tuant tous ceux qu'ils y trouvaient, y compris trois sénateurs. Ensuite, revenant du théâtre où Caligula avait été peu avant d'être assassiné par Chéréas, le tribun des prétoriens, ils firent irruption, épée en main et visages menaçants. Sénat, chevaliers et même le peuple redoutaient un massacre général. Des blessés étaient continuellement apportés et les têtes des victimes étaient empilées sur un autel. Cependant, quand un crieur public annonça que l'empereur n'était pas simplement blessé, mais bel et bien mort, l'ardeur des Germains s'effondra et ils se retirèrent. Libéré, le sénat se réunit immédiatement et, alors que la foule entourant la curie criait " Vengeance ! Vengeance !", il délibéra sur la suite des événements. Ainsi, rien n'entravait le retour à la république. Chéréas (Chaerea) le proclamait, et ses complices réclamaient la fin du principat. Un décret reconnut Chéréas et ses alliés comme les restaurateurs de la liberté; un autre condamnait la mémoire de Caïus (Caligula) et ordonnait aux citoyens de se confiner chez eux et aux soldats de retourner dans leurs casernes, promettant des allègements fiscaux pour les uns et des primes pour les autres. Comme lors des ides de mars, les conspirateurs n'avaient aucun plan précis. Le sénat, manquant de résolution, faisait face à un pouvoir confiant et déterminé : les prétoriens, qui disposaient d'une forteresse aux portes de Rome, d'armes, d'une discipline pratique et d'un intérêt manifeste à maintenir l'Etat loin de l'époque où tout se décidait au Sénat et au Forum, sans rôle pour l'armée. Alors que le sénat discutait et décrétait, les prétoriens passaient à l'action. Claude, le frère longtemps méprisé de Germanicus, se trouvait avec son neveu peu avant l'attaque; pris de panique par le tumulte et les cris de mort qui résonnaient dans le palais, il s'était dissimulé dans un coin sombre, jusqu'à ce qu'un soldat le trouve et le désigne à ses camarades. Claude implorait pour sa vie. "Deviens notre empereur", lui répondirent-ils. Incapable de marcher de peur, ils le portèrent jusqu'à leur camp le 24 janvier. Le sénat envoya des délégués pour lui reprocher cette usurpation de la tyrannie et lui ordonner d'attendre les décisions du conseil suprême de la république, l'invitant à venir délibérer avec eux. Les envoyés, bien que fermes dans leur discours, réalisèrent rapidement que ni les quatre cohortes de Chéréas menaçant de s'armer, ni l'autorité consulaire, ni les décrets des sénateurs ne représentaient un obstacle sérieux pour ces vétérans. Ils se prosternèrent devant Claude, le suppliant d'éviter une guerre civile, et lui suggérèrent discrètement que, s'il désirait l'empire, il devrait au moins le demander au sénat. Avec une fermeté inédite, il harangua les troupes, leur fit prêter serment, distribua de l'argent (une gratification significative de 15000 sesterces à chaque prétorien pour renforcer leur loyauté) et promit des récompenses similaires aux camarades des légions, à l'image des dons faits par un général victorieux lors de son triomphe. C'était le prix de l'empire qu'il leur offrait. Les soldats instaureraient cette pratique comme une tradition, et un jour, cela transformerait l'empire en bien à vendre au plus offrant. Vingt-quatre heures après la mort de Caligula, Claude était solidement établi sur le trône. Les sénateurs, restés seuls, se reprochaient mutuellement leur audace imprudente; abandonnant ensuite le Capitole et leurs aspirations républicaines, ils se hâtèrent de rejoindre celui qu'ils avaient précédemment banni. Plusieurs furent blessés par des prétoriens en colère, et bien d'autres auraient perdu la vie sans l'intervention de Claude. Le précédent dangereux établi par Chéréas (Chaerea) ne fut pas ignoré; une fois de retour au palais, le nouveau prince ordonna son exécution. Il commença son règne avec sagesse. Après avoir obtenu du Sénat la majorité des titres de ses prédécesseurs, il déclara une amnistie générale. Conscient que Galba en Gaule avait été sollicité pour prendre le pouvoir, il le compta parmi ses proches alliés; il avait également tenté de sauver Sabinus. Il annula tous les décrets de Caligula, mais exigea un serment pour le respect des lois d'Auguste. Il supprima les nouveaux impôts, rappela les exilés, restitua les biens confisqués injustement et redonna aux villes les statues que Caligula avait saisies. Il abolit les accusations de lèse-majesté et fit livrer à leurs maîtres ou combattre dans l'arène les esclaves qui avaient agi comme délateurs. Ainsi, il se montrait respectueux devant les magistrats, cherchait à gagner la faveur des consuls et du sénat, qui devaient délibérer sous l'oeil du préfet du prétoire et de ses tribuns armés présents dans la curie. Cependant, son manque de dignité, sa tête instable, ses mains tremblantes, son bégaiement, ainsi que ses remarques parfois ridicules ou ses plaisanteries grossières le discréditaient. Pour assurer que les greniers de Rome restent constamment approvisionnés, il instaura des règles pour le commerce des grains qui perdurèrent un siècle après lui, et il compensait les fournisseurs pour les pertes subies lors de tempêtes. Il condamnait à mort ceux qui prétendaient faussement être citoyens romains et retirait la citoyenneté à ceux, y compris dans les provinces orientales, qui ne parlaient pas latin. Bien qu'Auguste ait aboli la censure, il la rétablit, l'appliquant davantage par passion pour les anciennes coutumes que par une réelle compréhension des nécessités de l'empire. La population s'identifiait à ce vieillard peureux et bavard, à la fois sensuel et amateur de bonne chère, passionné de jeux, friand de procès et amateur de plaisanteries salées. Cruel sans être méchant, ronchon sans colère, moraliste sur les petites choses, il était perçu comme très paternel et affable, malgré son goût pour les spectacles de mort et sa propension à la violence. La population l'appréciait et, un jour, croyant qu'il avait été assassiné, elle faillit déclencher une émeute. Pomponius déclencha une guerre civile et Scribonianus leva l'armée de Dalmatie en promettant de restaurer la république. Vinicianus, un des prétendants à l'empire après l'assassinat de Caïus, un préteur en fonction, ainsi que de nombreux sénateurs et chevaliers, préparaient un soulèvement à Rome. Proclamé empereur, Scribonianus envoya à Claude une lettre pleine de vifs reproches, lui intimant de se retirer dans la vie privée, d'où il n'aurait jamais dû sortir. L'empereur, de nature timide, aurait volontiers obéi, mais le respect que les légions portaient à la famille des Césars le sauva. Les rebelles, découragés par un présage défavorable, refusèrent d'avancer sur Rome, et Scribonianus fut tué après seulement cinq jours de règne. Les affranchis et le gouvernementOn ne voit pas agir les affranchis de César; Auguste retint les siens dans l'ombre. Le seul ministre qu'ait eu Tibère fut un chevalier (Séjan); sous Claude, ses domestiques régnèrent; c'étaient quatre affranchis : Calliste, qui prétendait l'avoir sauvé du poison sous Caligula; Polybe, son lecteur; Narcisse, son secrétaire, et Pallas, son intendant. Ces hommes étaient avides, mais dévoués et fidèles : Narcisse, dit Tacite, eût donné sa vie pour son maître. Contrairement à ce que l'on observe souvent chez les parvenus, ces hommes se sont montrés bienveillants envers ceux de leur condition, les plaçant à divers postes influents. Jusqu'au règne d'Hadrien, les affranchis furent de véritables administrateurs de l'empire, occupant toutes les fonctions clés de la chancellerie impériale et de nombreux autres rôles importants. Les affranchis de l'empereur, tels que Narcisse, Polybe, Pallas, et Calliste, ayant acquis de vastes pouvoirs, ont administré l'empire avec ordre, efficacité et autorité, transformant le régime en une monarchie bureaucratique centralisée. Leur influence s'accroissait à mesure que les pouvoirs de l'empereur se centralisaient et que les responsabilités augmentaient. Ces affranchis avaient même la capacité de parler officiellement au nom de l'empereur, comme lorsque Narcisse s'adressa aux troupes avant la conquête de la Grande-Bretagne. Claude a contribué à améliorer l'approvisionnement en eau de la capitale en construisant deux aqueducs : l'Aqua Claudia, dont les travaux avaient débuté sous Caligula, et l'Aqua Anio Novus. Il a également restauré un troisième aqueduc, l'Aqua Virgo, et a procédé à l'agrandissement du port d'Ostie. Il est un auteur prolifique, ayant rédigé plusieurs ouvrages importants. Parmi ceux-ci, on trouve son "Histoire du règne d'Auguste", une oeuvre majeure sur l'histoire des Etrusques, une histoire de Carthage, un dictionnaire de la langue étrusque et un livre sur le jeu de dés. Il a également pris la plume pour défendre la mémoire de Cicéron. Il a également réformé l'alphabet latin, en différenciant la lettre U de la lettre V, et en introduisant des points pour séparer les mots, une nouveauté pour le latin primitif qui ne connaissait pas les espaces. La Bretagne et les provincesInitialement envisagée par Caligula en 40, la conquête de la Bretagne fut entreprise par Claude trois ans plus tard. Rome, engagée dans une lutte acharnée pour éradiquer le druidisme en Gaule, devait également le combattre en Bretagne. Sous le règne d'Auguste, avec sa politique de tolérance habile, la conquête de l'île des Bretons n'était pas jugée nécessaire. Cependant, les druides, désormais victimes de persécutions sanglantes, traversaient en masse le détroit pour inciter leurs anciens disciples à résister depuis l'île, qui était devenue un nid d'intrigues. Pour assurer la tranquillité de la Gaule, il devenait impératif d'éliminer ce foyer de troubles. Un transfuge affirmait que l'expédition serait facilitée par les conflits internes des tribus insulaires. Ainsi, en 43, Claude décida de lancer l'invasion, confiant le commandement des troupes à Aulus Plautius. Les défenses côtières britanniques ne furent même pas organisées. Les Bretons pensaient pouvoir simplement harceler les Romains et gagner du temps pour les contraindre à se retirer; mais la Gaule, maintenant soumise et non armée comme elle l'était sous César, facilitait la conquête. Plautius poursuivit patiemment les Bretons à travers leurs marais et forêts, dispersa leurs troupes, les repoussa jusqu'à la Severn et remporta là une bataille qui dura deux jours. Ensuite, il se dirigea vers la Tamise, où les insulaires regroupèrent toutes leurs forces sous le commandement de Caractac, un chef puissant et renommé. Le Sud de l'île était déjà conquis. Plautius laissa à Claude l'honneur de parachever cette conquête. Prétextant des difficultés requérant sa présence, il invita le prince à se rendre dans l'île. Claude y arriva, traversa la Tamise avec les légions, qui vainquirent le chef breton et s'emparèrent de sa capitale, Camulodunum (Colchester). Les insulaires, dépassés en force, ne purent résister à un empereur romain; ils demandèrent la paix, remirent leurs armes, et, après seize jours, Claude retourna en Gaule, ayant acquis le surnom de Britannicus. Les victoires remportées aux confins du monde contre des peuples que César n'avait pas réussi à dominer et que ni Auguste ni Tibère n'avaient osé affronter résonnèrent dans tout l'empire. Récemment, un monument dédié à Claude, le vainqueur des Bretons, a été découvert à Cyzique en Asie. Le long du Rhin et du Danube, il continua la politique d'Auguste et de Tibère, renforçant la ligne de défense par la construction de forts supplémentaires. Il initia également la construction de la Via Claudia Augusta, qui relie la Rhétie au Nord de l'Italie. A sa mort, l'empire s'était agrandi de cinq nouveaux territoires : la Bretagne, la Thrace, la Lycie, la Mauritanie et la Norique. Dans les provinces, Claude s'est montré généreux dans l'octroi de la citoyenneté romaine, faisant même de chefs gaulois des sénateurs à Rome malgré de vives oppositions. Agrippine et la successionClaude épousa Agrippine en 49. Déterminée à devenir impératrice et à voir son fils empereur, Agrippine dut surmonter le fait que Claude était son oncle, une union interdite par les lois romaines. Un sénatus-consulte écarta cette interdiction. Une fois devenue impératrice, Agrippine prit le contrôle. Claude, efficace pour maintenir la paix dans l'empire, ne parvenait pas à imposer l'ordre dans son entourage. L'impératrice et les affranchis se disputèrent l'influence sur l'empereur, mais Agrippine remporta la lutte, et après avoir obtenu l'adoption de son fils, son objectif principal, elle empoisonna Claude. Agrippine exerce une maîtrise sérieuse des affaires, contrairement à la légèreté de Messaline. L'autorité devint grave, presque virile. En public, elle affichait de la sévérité, souvent de la hauteur; au palais, les désordres étaient absents, sauf s'ils servaient le pouvoir; mais elle manifestait une avidité insatiable, justifiée par le besoin d'accroître les ressources de l'Etat. Fille, soeur, et épouse d'imperators, elle se considérait destinée à partager un empire que ses proches avaient fondé ou consolidé, et aspirait à recevoir les mêmes honneurs que Claude, incluant les respects du sénat, les actions de grâces des ambassadeurs, les prières des captifs, et, dans une démarche innovante, à assister aux revues des troupes et à présider en tenue militaire aux côtés des enseignes romaines. Elle fut la première et la seule femme à oser fonder une colonie, Cologne, suivant les rites consacrés, se positionnant moins comme épouse que comme collègue de l'empereur. Son objectif principal était de garantir que son fils, Lucius Domitius Ahenobarbus, et non Britannicus (le fils de Claude et Messaline), hérite de l'empire après la mort de Claude. Son premier acte fut d'annuler les fiançailles d'Octavie avec Silanus, qui, percevant cette rupture comme une condamnation à mort, se suicida le jour même du mariage de l'empereur. Agrippine fiança alors rapidement Octavie à son fils, Domitius (Lucius Domitius Ahenobarbus, plus tard connu sous le nom de Néron), en 49. Afin de lui conférer une partie de la popularité d'un écrivain célèbre, reconnu pour ses talents et ses mésaventures, elle nomma Sénèque comme précepteur de Néron, le faisant rappeler de l'exil et lui attribuant la préture. L'année suivante, en 50, Pallas convainquit Claude de suivre l'exemple d'Auguste et de Tibère en adoptant Domitius (Néron), bien que celui-ci ne fût que de deux ans l'aîné de Britannicus, le fils biologique de l'empereur. Dès lors, le nouveau prince impérial adopta le nom de Néron et commença à recevoir les honneurs dus à un héritier de l'empire. Le consulat lui fut promis pour ses vingt ans; en attendant, il fut désigné consul, proclamé prince de la jeunesse (Princeps Juventutis) et se vit attribuer le pouvoir proconsulaire hors de Rome. Des dons furent distribués en son nom aux soldats et au peuple, et sa mère, saisissant chaque occasion de le mettre en avant, organisa en son honneur des jeux grandioses et, lorsqu'il devint préteur, un combat de gladiateurs. Lors des jeux du cirque, Néron parut vêtu de la robe triomphale tandis que Britannicus ne portait que la toge prétexte; progressivement, les partisans de Britannicus furent écartés, et après une remarque qu'Agrippine interpréta comme une insulte envers son fils, ses affranchis et ses esclaves furent chassés, et ses gouverneurs exécutés. Les deux préfets du prétoire (Lucius Geta et Rufrius Crispinus), réputés lui être fidèles, furent remplacés par Burrus, un brave soldat et ministre dévoué au bien de l'Etat, mais qui, en acceptant cette charge de la main d'Agrippine, s'engagea à servir les intérêts de son fils au détriment de ceux de Britannicus, désormais isolé et comme prisonnier dans le palais de son père. La prééminence de Néron fut définitivement scellée en 53 par son mariage avec Octavie, la fille de Claude. La mort de ClaudePour accomplir pleinement les plans d'Agrippine, il ne manquait plus que la mort de Claude. A la fin de 52 ou au début de 53, il avait déjà été malade, peut-être même de manière grave. Agrippine, ne voulant pas attendre davantage, fait appel à Locuste, une empoisonneuse renommée, financée par le palais. Halotus, le goûteur impérial, imbibait de poison un appétissant plat de champignons que Claude, toujours friand, consommait avec empressement. Au début, il ne ressentit aucun effet, puis il fut pris de diarrhée. Craignant un échec, Agrippine demanda alors au médecin Xénophon d'appliquer une seconde dose de poison sur la plume qu'il insérait dans la gorge de Claude pour provoquer des vomissements. Claude s'éteint dans la nuit du 12 au 13 octobre 54, laissant son beau-fils Néron comme successeur. Il reste mystérieux pourquoi il a négligé son propre fils, Britannicus, le laissant dans une position aussi vulnérable et dangereuse. Il est possible que Claude ait eu des réticences à voir Britannicus comme héritier suite aux tumultes liés à Messaline. Il est important de noter que, à cette époque, Néron n'avait pas encore manifesté les comportements mégalomaniaques qui entacheront plus tard sa réputation. Au début de son règne, Néron s'assure de la divinisation de Claude. Quelques années plus tard, lors d'un banquet, il fait une remarque qui suggère presque sa responsabilité dans la mort de Claude, en affirmant que "les champignons sont la nourriture des dieux, car grâce aux champignons, Claude est devenu un dieu." |
