Lucius Quinctius Cincinnatus : né vers 519, mort vers 430 av. J.C. à Rome

Général et homme d'Etat romain
Coriolan
Cincinnatus abandonne sa charrue
pour dicter les lois de Rome

Juan Antonio Ribera

Il est le le fils d'un Lucius Quinctius. Il est peut-être le frère de Titus Quinctius Capitolinus Barbatus, six fois consul en 471, 468, 465, 446, 443 et 439 av. J.-C. Le surnom Cincinnatus proviendrait du fait qu'il porte les cheveux bouclés.

Consul romain en 460 av J.C. et dictateur à deux reprises en 458 et en 439 av J.C. En 460 av. J.C., la crise sociale entre les patriciens et les plébéiens continue de perturber la cité à la différence près qu'aujourd'hui les sabins se sont mêlés au conflit. Le capitole est occupé par une armée d'esclaves et d'exilés avec à leur tête le sabin Appius Herdonius.

A la mort du consul Publius Valerius Publicola, Cincinnatus est élu consul au côté de Caius Claudius Sabinus Regillensis. Il est d'origine patricienne et s'oppose systématiquement aux tribuns de la plèbe. La situation politique se détériore à tel point que son propre fils est condamné par les tribuns de la plèbe et doit s'exiler chez les étrusques. Après son mandat, il se consacre désormais à la culture de ses terres et s'éloigne de la vie politique romaine.

En 458 av J.C., une guerre éclate entre Rome, les Eques et des sabins qui rompent les traités de paix. Le consul Caius Nautius Rutilus mène la guerre contre les sabins et ravage leur territoire; en revanche son collègue Lucius Minucius Esquilius Augurinus est assiégé par les Eques. La situation est catastrophique. Face à la menace que représentent les Eques, les sénateurs viennent supplier Cincinnatus d'accepter le commandement suprême. Il accepte, le sénat le nomme dictateur. Il libère le consul, assiège et bat les Eques à la bataille du Mont Algide. La cité célèbre un triomphe en son honneur. Cincinnatus quitte la vie politique au sommet de sa gloire. Il ne profitera pas de sa forte notoriété pour se venger des tribuns de la plèbe qui avaient expulsé son fils. Au contraire, il abdiquera et retournera cultiver ses terres.

En 444 av J.C., la Lex Canuleia supprime l'interdiction de mariage entre les plébéiens et les patriciens. Le tribun de la plèbe, Caius Canuleius fort de cette victoire en profite pour proposer une loi accordant aux plébéiens l'accès au consulat. Les débats font rage au Sénat et la guerre civile est une nouvelle fois proche. Finalement, afin de satisfaire toutes les parties, une solution est trouvée : c'est la création des tribuns militaires à pouvoir consulaire, patricien ou plébéien, remplaçant les consuls.

Ainsi les nobles, en dépit de leurs efforts opiniâtres, perdent du terrain tous les jours, leur haine croissant à mesure que diminue leur puissance. Ils ne se feront pas faute d'attenter souvent à ces droits qu'ils avaient reconnus au peuple par des conversations expresses; mais leurs attaques ressemblent plutôt aux actes irréfléchis d'une rancune impuissante qu'aux manoeuvres savantes d'une tactique de parti.

Coriolan
Cincinnatus
Guillaume Rouille (1518?-1589)

Ainsi en fut-il du procès fait à Moelius. Spurius Moelius, riche plébéien, avait, durant une disette rigoureuse (315 de Rome/439 av. J.C.), achèté avec sa fortune du blé et du pain pour nourrir la population. Celà faisait tort à l'administration de l'intendant des vivres publics (proefectus annonae), le patricien Gaius Minucius. Celui-ci, irrité, l'accusa de viser à la royauté.

Disait-il vrai ? Nous l'ignorons. Nous avons peine à croire qu'un homme qui n'avait pas même encore été tribun du peuple, ait pu songer sérieusement à se faire tyran. Quoi qu'il en soit, les hauts dignitaires prendront la chose au sérieux: le cri de haro contre la royauté a toujours entraîné la foule à Rome. Titus Quinctius Capitolinus, élu consul (en 439 av J.C.) pour la sixième fois avec son collègue Menelius Agrippa, propose une nouvelle fois à Cincinnatus la dictature pour empêcher la révolution, avec pouvoir de juridiction sans appel, ce qui était une violation ouverte des lois récemment jurées. Cincinnatus a 80 ans et malgré son âge, accepte. Moelius, mandé, fait mine de se soustraire à la citation donnée: il sera tué par le maître de la cavalerie du dictateur, Gaius Servilius Ahala.

La maison de Moelius fut rasée, le grain emmagasiné par lui, distribué gratis au peuple, et l'on se défit de tous ceux qui menaçaient de le venger. Ce meurtre judiciaire restera donc impuni.

Une fois de plus, Cincinnatus démissionnera de son mandat juste après la fin de sa mission. Il meurt vers 430 av. J.C. à 90 ans.