La Monarchie      
753-509 av. J.C.

Virgile et l'Enéide Numitor et Amulius Romulus et Rémus : la fondation de Rome Romulus, premier roi de Rome Tullus Hostilius Numa Pompilius Ancus Martius, dernier roi latino-sabin de Rome Tarquin l'ancien, premier roi étrusque de Rome Servius Tullius Tarquin le Superbe

La fondation de Rome

Origine du peuple romain

Au centre de l'Italie, entre les Apennins et la méditerranée, s'étend une vaste plaine sillonnée de hautes collines et qu'on nomme le Latium. Cette plaine arrosée, à l'une de ses extrémités, par le Tibre, est d'une extrême fertilité. Aussi le Latium eut-il, dès la plus haute antiquité, une population nombreuse. On n'y comptait pas moins de 30 villes. La plus renommée fut d'abord l'Albe la Longue, ainsi appelée parce qu'elle s'étendait sur les flancs du mont Albain. Rome succèdera à sa puissance.

Les romains entouraient de traditions le berceau de leur origine. Au commencement, disaient-ils, régnait sur les autochtones du Latium, un roi étranger, fils d'Apollon, Janus. Il donna à Saturne, dépossédé par Jupiter, le mont Capitolin, et le dieu, pour prix de cette hospitalité, enseigna aux Latins, l'art de cultiver le blé et la vigne. A Janus, succédèrent Picus, Faunus et l'arcadien Evandre, qui bâtit une ville sur le Palatin. Hercule aussi vint dans la Latium, où il abolit les sacrifices humains, et tua sur l'Aventin le brigand Cacus. Rome plaçait donc des dieux, des demi-dieux et des héros à l'origine de son histoire.

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vers 1185 av. J.C.

Virgile et l'Enéide

L'Enéide est un poème écrit par Publius Virgilius Maro ou Virgile (-70/-19 av J.C.) dans les dix dernières années de sa vie.

Enée, fils d'Anchise et de Vénus, s'étant, dit le poème, échappé des ruines de Troie, vint débarquer, après un périple de dix années à travers la méditerranée, sur les côtes du Latium avec son fils Ascagne, les dieux pénates et le Palladium1 de Troie. Enée envoya des ambassadeurs au roi du pays, Latinus, qui les accueillit avec bienveillance, reconnaissant en Enée le gendre que lui avait donné les oracles. Il se maria avec la fille du roi Latinus, Lavinia et fonda Lavinium.

Dans une bataille contre les Rutules, Enée, vainqueur de Turnus disparait au milieu des flots du Numicus, dont l'eau sacrée sert depuis au culte de Vesta. Les dieux avaient reçu le héros. On l'adora sous le nom de Jupiter Indigète.

Son fils Ascagne (ou Iule) continua la guerre, et dans un combat singulier, tua Mézence, l'allié de Turnus. Quittant alors la côte insalubre où son père avait fondé Lavinium, il alla bâtir Albe la Longue sur le mont Albain, dont la cime domine tout le Latium et laisse voir à la fois le Tibre, la mer et les crêtes tourmentées de l'Apennin. Douze rois du sang d'Enée s'y succédèrent; le dernier, Procas, laissa deux fils, Numitor et Amulius.

Cette épopée se situe entre le XIIe et VIIIe siècle avant J.C. Julius ou Iulius (ou Jules) César, de la famille Julia affirmait descendre de Iule, le fils d'Enée.

1. Le Palladium était une statue de Pallas qu'on disait tombée du ciel et à laquelle étaient attachées, disait-on, les destinées de Troie. Ulysse crut la ravir, mais Enée l'emporta en Italie, et d'Albe elle passa à Rome où elle était conservée dans un lieu secret que le Grand Pontife seul et la grande vestale connaissaient.

Le voyage d'Enée

Le voyage d'Enée

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794-735 av. J.C.

Numitor et Amulius

Le roi d'Albe la Longue, ville fondée par Ascagne, le fils d'Enée, s'appelait Procas. Il avait deux fils, Numitor et Amulius.

Numitor, à titre d'aînée, devait hériter du royaume, mais Amulius s'en saisit, et pour que son frère, qu'il relégua dans un domaine éloigné, n'eût pas de postérité qui revendiquât un jour ses droits, il tua le fils de Numitor et plaça sa fille Rhéa Sylvia parmi les vestales. On appelait ainsi les jeunes filles consacrées au culte d'une antique divinité des peuples italiques. Elles devaient entretenir sur l'autel de la déesse Vesta un feu sacré perpétuel : celle qui le laissait s'éteindre ou qui violait son voeu de chasteté, était enterrée vivante. Mais de grands honneurs récompensaient ces vierges de leur piété et le peuple les entourait du plus grand respect. Ainsi, Numitor était certain que la parenté de son frère n'engendrerait plus de descendance directe.

Mais un jour que Rhéa Silvia s'était rendue sur le bord du Tibre pour y puiser l'eau nécessaire aux cérémonies du culte, le dieu de la guerre Mars s'éprend d'elle et la féconde. Naquirent alors deux jumeaux : Rémus et Romulus.

Devenue mère, Silvia est condamnée à mort selon la rigueur des lois du culte de Vesta. Elle est précipitée dans le Tibre, et ses deux fils jumeaux furent exposés sur le fleuve en crue où ils mourront très probablement (c'est en tout cas ce qu'espère Amulius). Ils ne meurent pas et sont rejetés sur les rives du Mont Palatin au pied d'un figuier sauvage1.

Mars n'abandonne pas les deux enfants : une louve, attirée par leurs cris, ou plutôt envoyée par le dieu dont le loup est le symbole, les sauve et les allaite. Plus tard, un épervier leur apporte des aliments plus forts, tandis que des oiseaux consacrés aux augures planent au dessus de leur berceau pour en écarter les insectes. Témoin de la scène, un berger des troupeaux du roi, Faustulus, ayant vu ces prodiges étranges, les recueillent et les donnent à sa femme, Acca Larentia qui les appelle Romulus et Rémus2. Elevés sur le Palatin, comme les enfants du berger, les fils du dieu Mars grandissent en force et en courage, attaquent hardiment les bêtes sauvages et les brigands et soutenant leur droit par la force. Les compagnons de Romulus se nomment les Quintilii, ceux de Rémus, les Fabii et déjà la division se met entre eux.

A 18 ans, à la suite d'un vol de moutons qui a mal tourné, Rémus est capturé et conduit devant son oncle, le roi Amulius. Les traits du prisonnier, son âge, cette double naissance, frappent Numitor; il se fait amener Romulus. Faustulus décide que le moment est venu de raconter à Romulus le secret de leur naissance. Romulus se met en colère, aidé de ses compagnons, il attaque Amulius, le tue, sauve son frère et fait de son grand-père Numitor le roi d'Albe la Longue. En récompense, Numitor leur abandonne tout le pays qui s'étend du Tibre à la route d'Albe, jusqu'à une distance de six mille pas.

1. Le ficus Ruminalis, religieusement conservé pendant des siècles. Ruma ou rumis a le sens de mamma (Varron, de Re rust., II, I, 20), et le Tibre s'appelait lui-même Rumon, c'est-à-dire le fleuve aux eaux fertilisantes (Serv. in Æn., VIII, 65). De là seraient venus les noms de Rome, de Romulus et de Rémus (Philargyr. in Virg. Ecl., I, 20).

2. Tite Live (I, 4) fait allusion à d'autres récits où l'on donnait à Acca Larentia, à cause de ses moeurs légères, le nom des courtisanes, lupa, la louve. Il n'en aura pas fallu davantage pour que la légende fameuse se format sur ce nom. Elle était déjà populaire en 296, époque où la louve et les jumeaux furent officiellement consacrés sur le Palatin, mais elle n'était pas très ancienne, puisque les monnaies de Rome ont porté l'empreinte de la truie avant celle de la louve qui n'apparaît que sur des quadrans du cinquième siècle. Acca Larentia était une déesse tellurique qui personnifiait la terre où sont déposés les morts et les semences, d'où par conséquent sort la vie : aussi sa fête se célébrait au solstice d'hiver. A la sixième heure, au moment où l'année expirait, le flamine quirinal offrait en l'honneur de la mère des Lares, c'est le sens de son nom, un sacrifice aux mânes, et le reste du jour était consacré à Jupiter, le dieu de la lumière et de la vie renaissante.

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753 av. J.C.

Romulus et Rémus : la fondation de Rome

Romulus et Remus

Après leur victoire sur leur oncle Amulius, Romulus et Rémus décidèrent de fonder une ville près de l'endroit même où la louve les avait sauvés. En effet, l'endroit y est propice, car il est situé au bord du plus grand fleuve de la péninsule italienne, à peu de distance de la mer et sur la frontière de trois peuples, les Sabins, les Latins et les Etrusques, aux dépens desquels, il sera aisé à l'avenir de s'agrandir. En outre plusieurs collines rangées en demi-cercles, rendent ce lieu remarquablement bien situé, et très aisé à défendre.

Mais ils ne peuvent se mettre d'accord, ni sur l'emplacement exact, ni sur le nom à donner à la future ville. De plus, selon l'historien Tite-Live, c'est le droit de nommer la ville, et donc celui de la gouverner qui serait à l'origine du conflit fratricide. Ils décidèrent donc, de s'en remettre aux dieux, et de consulter les auspices. Rémus, placé sur le mont Aventin, Romulus sur le mont Palatin, attendent que le ciel manifeste ainsi sa volonté par quelque signe éclatant.

Rémus voit le premier six vautours qui lui passent au-dessus de sa tête. Aussitôt après, Romulus en voit arriver douze : c'est un bon présage; Romulus l'emporte donc : l'emplacement choisi est le Palatin et la future ville reçoit le nom de Rome1. Respectant les rites et coutumes étrusques, Romulus attèle à une charrue un taureau et une génisse sans tâche, et à l'aide d'un socle d'airain, il trace un sillon autour du Palatin qui représente le circuit des murs, l'enceinte sacrée : le Pomerium2 (21 avril 753 av. J.C.).

Mais piqué au vif, Rémus refuse la volonté divine. Le combat est donc inévitable entre les deux frères. Tite-Live rapporte deux versions. Selon la première, Rémus tombe pendant la bagarre qui suit le décompte des auspices; selon la seconde, Romulus (plus rusé), tente de tromper son frère sur l'issue d'un défi, à savoir : celui qui sera le premier capable d'apercevoir des vautours dans la vallée Murcia (celle du futur cirque Maximus). Une dispute éclate. Rémus franchit le pomerium, le sillon sacré par provocation; Romulus entre en fureur, le tue sans hésiter d'un coup d'épée en s'écriant : "Ainsi périsse quiconque franchira ces murs ! ". Selon une autre version, le meurtrier serait un sicaire étrusque : Celer. Mais pris de remords, Romulus enterrera son frère avec tous les honneurs sous la colline de l'Aventin.

Une cérémonie religieuse, la fête des Lémures (Lemuria) est instituée par Romulus pour apaiser les mânes de son frère. Après la mort de Rémus, Romulus poursuit son oeuvre; bientôt Rome est fondée et entourée d'un mur puissant.

Les historiens datent la création de la ville le 21 avril 753 avant J.C.

1. Rome, en grec, signifie force, et son nom secret était peut être Valentia, du verbe Valere qui a le même sens. Le nom profane était Roma, le nom sacerdotal Flora; il y avait un troisième nom secret, peut-être Amor, anagramme de Roma, et qu'il était défendu de prononcer sous peine de mort (Munter, De occulto urbis Romo nomine). D'autres disent Valentia ou Angeroma. Cf. Maury, mémoire sur Servius Tullius. On avait grand soin de cacher ce nom, dit Pline (Hist. nat., XXVIII, 4), parce qu'il était en même temps celui de la divinité tutélaire de la ville. Tant qu'il restait inconnu, les prêtres ennemis ne pouvaient décider ce dieu à abandonner son peuple, en lui promettant dans leur ville de plus grands honneurs, ampliorem cultum, ce qui, d'après les idées des anciens, était la raison déterminante de la faveur des dieux.

2. Sous Servius, six collines furent enfermées dans le pomerium; jusqu'à Claude, l'Aventin resta en dehors de cette enceinte.

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753-715 av. J.C.

La Rome des rois

Romulus, premier roi de Rome

Romulus est considéré comme le fondateur de Rome. Après avoir tué son frère et marqué son territoire, Romulus entreprend la construction de sa ville. Il veut augmenter la population de la cité car ses compagnons sont trop peu nombreux. Il ouvre ainsi un asile sur le mont Capitole ou accourent de nombreux aventuriers, de repris de justice, criminels, esclaves en fuite...

Mais la nouvelle cité, lieu de refuge des hommes désormais libres souhaitant changer d'existence, manque singulièrement de femmes. Romulus demande dans les cités voisines de s'unir à son peuple pour des mariages. Partout on refuse avec mépris : "Ouvrez aussi", disait-on, "un asile aux femmes !" L'affront est sanglant. Romulus dissimule sa colère et quelque temps après, annonce l'intention de célébrer avec magnificence les fêtes du dieu Consus. Il y invite tous ses voisins, y convie les Sabins et les peuples de plusieurs villes alentour: Caenina, Crustumerium, Antemnae. Cette fois on y accourt en foule, surtout les Sabins, pour voir les jeux, ainsi que la cité nouvelle et le nouveau peuple. Mais au milieu du spectacle, Romulus élève un voile rouge. A ce signal, les romains se précipitent sur les spectateurs, arrachent les jeunes filles des bras de leurs mères, écartent les Sabins; les dispersent et les forcent à sortir de la ville. Ces derniers s'éloignent en criant vengeance contre Rome.

Furieux, les peuples outragés forment une coalition dirigée par le roi de Cures, Titius Tatius, déclarent la guerre et marchent sur Rome. Mais ils commettent la faute qui perdra plus tard tous les ennemis des romains. Ils n'attaquent pas de front en étant unis, mais agissent isolément et se font battre les uns après les autres. Les Ceniniens, prêts les premiers, seront aussi les premiers vaincus. Romulus tua leur roi, Acron, et après l'avoir dépouillé de ses armes, les consacre à Jupiter Feretrius, c'est à dire à Jupiter qui frappe. Ce furent les premières Dépouilles Opimes. Rome, dans sa longue carrière de gloire militaire n'en vit consacrés que trois fois, car le droit de faire cette offrande n'était reconnu qu'au général commandant en chef une armée romaine qui avait tué de sa main le général ennemi.

Peu après, attaqué par surprise par les Antemnates, Romulus les écrasa également et pris leur ville. Mais à la demande de sa femme, Hersilie, Romulus les épargna, leur accorda son pardon et leur octroya le droit de cité à Antemnae.

Les Sabins, commandés par le roi de Cures, Titius Tatius, rassemblèrent une armée et marchèrent sur Rome. S'ensuivit une guerre entre les romains et les Sabins. Si les premières attaques dirigées contre Rome furent repoussées, grâce à la trahison de Tarpeia, les Sabins purent s'introduire dans la ville et s'emparèrent de la citadelle construite sur le Capitole.

Romulus avait confié la garde de la citadelle du mont Capitole à un vaillant homme, Tarpéius, dont il connaissait la fidélité. Un jour que la fille de ce chef, Tarpéia, sortit des murs pour puiser de l'eau à une source voisine, elle remarqua que les Sabins portaient au bras gauche des bracelets d'or. La vue de cet or la tente, et une pensée mauvaise entre dans son esprit. "Donnez-moi", leur dit-elle, "ce que vous portez au bras gauche et je vous ferai entrer dans la citadelle ?". Eux le promettent par serment, et à l'heure indiquée se glissent jusqu'à la porte que Tarpéia leur ouvre. Elle réclame la récompense promise. "La voici" disent-ils, et ils jettent sur elle leurs boucliers d'airain, dont le poids l'écrase. Ils s'étaient engagés à lui donner ce qu'ils portaient au bras gauche : c'était de ce bras que les anciens portaient le bouclier pour se protéger contre les coups, tandis que le bras droit tenait la lance ou l'épée. Une des hauteurs du mont Capitole garda son nom : c'est de la roche Tarpéienne qu'on précipitait les traitres et les scélérats.

La guerre reste indécise jusqu'au moment où les femmes sabines (dont l'enlèvement avait causé cette guerre) se précipitent entre les combattants pour arrêter la guerre et demandent qu'on se réconcilie. Sabins et romains font la paix, unissent leurs deux peuples, le gouvernement est concentré à Rome qui double sa taille et les romains prennent le nom de Quirites (de Cures) en l'honneur des Sabins.

Tatius et Romulus gouvernent ensemble. Au bout de cinq ans, Tatius est tué par les Laurentins, auxquels il refusait la justice d'un meurtre; Romulus gouverne seul et devient le premier roi de Rome pendant trente-trois ans.

A la tête de 300 soldats, tous dévoués à sa personne, Romulus passe le reste de sa vie à guerroyer contre ses voisins étrusques.

Romulus crée un Sénat ou Conseil des pères de famille et divise la population en trente curies. Il forme également trois tribus : les Ramnes (qui tirent leur nom de Romulus), les Titienses (de Titius Tatius) et les Luceres. Il institue l'assemblée curiate ou réunion du peuple romain regroupée dans les trente curies, l'organisation de la clientèle et crée la légion.

Mais un jour qu'il passait la revue de ses troupes près du marais de la chèvre, un orage dispersa l'assemblée : quand le peuple revint, le roi avait disparu. Un sénateur, Proculus, jura qu'il l'avait vu monter au ciel sur le char de Mars, au milieu de la foudre et des éclairs et on l'adora sous le nom de Quirinus.

Carte du Latium

Carte du Latium

715-673 av. J.C.

Numa Pompilius

Les Sabins et les romains ne peuvent pas s'entendre pour donner un successeur à Romulus, et, pendant une année, les sénateurs gouvernent tour à tour comme interrois. On convient à la fin que les Romains feraient l'élection, à la condition qu'ils choisissent un Sabin. Une voix nomma Numa Pompilius : tous le proclament, mais il n'accepte qu'après avoir obtenu du ciel des signes favorables (715 av. J.C.).

Numa Pompilius est le gendre de Titus Tatius, roi des sabins et collègue de Romulus qui lui donna sa fille unique Tatia en mariage. Numa devient roi à l'âge de quarante ans. Il vit paisiblement retiré depuis la mort de sa femme Tatia dans une ville sabine, Cures. Bien qu'il refuse tout d'abord l'offre de régence, son père le convainc d'accepter la couronne, libre depuis la disparition de Romulus.

Numa, conseillé par la nymphe Egérie (qu'il va consulter la nuit dans la solitude des bois des Camènes ou des muses), est le créateur des institutions politiques romaines, dote la cité de ses institutions religieuses et d'un calendrier officiel. Il règle les rites des prières et des sacrifices pour convaincre les dieux à révéler leurs volontés par le vol des oiseaux ou les éclairs.

Il promulgue une réforme du calendrier en concordant l'année civile avec l'année solaire, divisant l'année en douze mois au lieu de dix utilisés jusqu'alors; par ailleurs, il met en place des sacerdoces : les collèges religieux des quatre Pontifes, gardiens du culte; des Augures, interprètes des volontés divines; des Saliens, qui gardaient le bouclier tombé du ciel (ancile), et célébraient la fête du dieu de la guerre par des chants et des danses armées; des Féciaux, qui prévenaient les guerres injustes et enfin, les flamines de Jupiter, ministres des grands dieux.

Il défend les sacrifices sanglants, la représentation des dieux par des images de bois, de pierre ou d'airain, et honore particulièrement Saturne, le père de la civilisation italienne, le roi de l'âge d'or, des temps de vertu, d'abondance et d'égalité dont la fête, jour de folle joie et de liberté, même pour l'esclave, suspend sur la frontière les hostilités et dans la ville l'exécution des coupables1. Plus tard le temple de ce dieu sera comme le sanctuaire de l'Etat. On y gardera le trésor public, les documents officiels et les enseignes des légions.

Enfin, il initie le culte de la déesse Vesta, un sacerdoce originaire d'Albe (cf. Numitor et Amulius) : il construit le temple de Vesta et de ses Vestales qui, choisies par le grand prêtre dans les plus nobles familles, conservaient le feu perpétuel, le Palladium et les dieux Pénates. Il érige à Janus un temple avec une double porte qu'on ne doit ouvrir qu'en temps de guerre; sous son règne, elle fut constamment fermée. Numa distribue au peuple les terres conquises par Romulus, élève sur le Capitole un temple à la Bonne Foi, et consacre les limites des propriétés (fête des Terminalia), en dévouant aux dieux infernaux ceux qui déplaceraient les bornes des champs.

A sa mort, auprès de son tombeau creusé au pied du Janicule, on ensevelit ses livres, qui contenaient toutes les prescriptions à suivre pour que les rites fussent accomplis de manière à gagner sûrement la faveur des dieux. Retrouvés à une époque où l'idolâtrie grecque avait remplacé la vieille religion, ces livres furent jugés dangereux et brûlés par ordre du sénat2.

1. Les Saturnales duraient légalement un jour aux anciens temps, trois aux derniers siècles de la république, cinq sous l'empire, mais on en prenait souvent sept. Pendant ces fêtes, qui par certaines coutumes rappellent notre ancien carnaval, la vie publique était suspendue et les tribunaux se fermaient.

2. Le fait est rapporté par Denys, Tite Live et Cicéron. Cette prétendue découverte des livres de Numa, faite en 181 avant. J. C. fut en réalité une fraude pieuse.

673-641 av. J.C.

Tullus Hostilius

Les Horaces
Le Serment des Horaces
David, Musée du Louvre

Les Sabins, en conséquence de l'accord fait entre les deux peuples pour l'élection de Numa, choisissent son successeur parmi les romains (comme ceux-ci nommeront après Tullus, le Sabin Ancus). Romulus était fils d'un dieu, Numa l'époux d'une déesse; avec Tullus, le règne des hommes commence. Tullus, d'origine romaine, est le petit-fils d'Hostilius, héros romain de la première guerre contre les sabins. Après le sage et pacifique Numa, Tullus est considéré comme un roi guerrier. Le fait le plus important de son règne fut la destruction d'Albe et la réunion des Albains aux romains.

Il institue des fêtes religieuses consacrées à Saturne, les Saturnales.

Il s'oppose à la cité d'Albe la Longue, capitale du Latium. De mutuelles pillages avaient amené la guerre entre les deux peuples; mais longtemps les deux armées n'osèrent engager une lutte sacrilège; Albe est la mère de Rome. On résolut de décider la querelle par un combat singulier (combat des Horaces romains et des Curiaces Albains, nous procurant un tableau de David), les romains gagnent la guerre et déportent la population à Rome sur le Mont Caelius ou Coelius; les patriciens admis dans le sénat et les riches parmi les chevaliers (Tite-Live) : "lorsque les deux armées furent en présence, les romains et les Albains décidèrent qu'au lieu d'en venir aux mains, ils expireraient leurs différents par un combat singulier. Trois champions furent choisis de part et d'autre : les trois Horaces pour Rome, les trois Curiaces pour Albe. Rome fut victorieuse. Un an plus tard, Tullus Hostilius, convaincu de la perfidie des Albains et de leur chef Mettius Fufetius, détruisit Albe et en transporta les habitants à Rome".

Rome hérite des vieilles légendes d'Albe, de sa famille des Jules d'où César sortit et de ses droits comme métropole de plusieurs cités latines. Il agrandit la ville en y incorporant le Mont Caelius.

Tullus combat également la puissante cité étrusque de Véies ainsi que celle de Fidènes, une colonie étrusque dépendante de Véies. Mais il néglige le service des dieux; leur colère attire sur Rome une maladie contagieuse qui atteint le roi lui-même. Comme Romulus, il a une fin tragique et mystérieuse. Il avait cru trouver dans les livres de Numa un moyen d'expiation et le secret de forcer Jupiter Elicius à des révélations1. Une faute commise dans ces conjurations redoutables attire sur lui la foudre, et la flamme dévore son corps et son palais. Un récit plus prosaïque le fait tuer par Ancus.

1. Les prêtres de Jupiter Elicius s'attribuaient le pouvoir de faire descendre le tonnerre, et on les en croyait capables (Pline, Hist. nat., II, 4, et XXVIII, 4).

641-616 av. J.C.

Ancus Martius, dernier roi latino-sabin de Rome

Ancus Martius (ou Marcius), petit fils de Numa Marcus et gendre de Numa Pompilius est lui aussi sabin. Il se préoccupe du ravitaillement de la cité en construisant le premier aqueduc (Aqua Martia) ainsi que le premier pont sur le Tibre (pont Sublicius), le fait en bois, afin qu'on puisse le couper aisément, si l'ennemi veut s'en servir et en défend les approches par une forteresse sur le Janicule.

Il agrandit le temple de Jupiter Férétien, incorpore le mont Janicule dans la ville et met en place le collège des Féciaux. Il restaure et encourage les pratiques anciennes négligées pendant le règne de son prédécesseur Tullus Hostilius. Dès le début de son règne, Ancus charge le grand Pontife de mettre sur des tables les révélations des commentaires de Numa.

Il est pacifique mais les circonstances l'amène à guerroyer contre ses voisins. Les Latins viennent de rompre l'alliance conclue avec Tullus. Quatre de leurs villes sont prises; leurs habitants déportés sur l'Aventin1, et le territoire de Rome étendu jusqu'à la mer. Aux bouches du Tibre était un emplacement favorable pour un port, il y fonde Ostie (Ostia, les bouches), et creuse dans le tuf du mont Capitole la première prison de Rome, la prison Mamertine où l'on monte par l'escalier des Gémonies ou des Gémissements.

Le tuteur de ses enfants, Lucumon un émigré étrusque parvient grâce à d'habiles manoeuvres politiques à se faire élire roi sous le nom de Tarquin après la mort d'Ancus Marcius en 616 av. J.C.

Il deviendra le premier roi étrusque de Rome.

1. Le fait est rapporté par Denys, Tite Live et Cicéron.

616-575 av. J.C.

Tarquin l'ancien, premier roi étrusque de Rome

Tarquin l'ancien est le premier roi d'origine étrusque. Tarquin s'appelait Lucumon et vivait dans la ville étrusque de Tarquinia. (Grec d'origine, mais dont le père, Démarate de Corinthe, s'était établi dans la ville étrusque de Tarquinia). Méprisé malgré sa fortune, il s'installe à Rome ou Lucumon se rebaptise Lucius Tarquinius Priscus.

A Rome, il réussit à s'imposer par son habileté politique, sans doute grâce à sa richesse et devient le tuteur des jeunes fils d' Ancus Marcius. Il manoeuvre pour les éloigner de Rome. En 616 av. J.C., les comices l'élisent successeur d' Ancus Marcius.

Une fois roi, il provoque une nouvelle guerre contre les Sabins et les Latins. Des territoires nouveaux sont annexés. La suprématie de Rome dans le Latium, déjà établie par la destruction d'Albe la Longue est définitivement scellée. Tarquin introduit à Rome certaines pratiques religieuses d'origine étrusque telle que l'interprétation des prodiges, signes et présages. Il incorpore les costumes étrusques, la robe royale (de couleur pourpre), le manteau de guerre, la prétexte, la tunique palmée, les douze licteurs, la chaise curule, siège d'ivoire dont les Etrusques allaient demander la matière à l'Afrique et à l'Asie et augmente le nombre des sénateurs (de 200 à 300 ou de 150 à 300) ainsi que le nombre des familles patriciennes.

Tarquin veut changer la constitution mais, malgré sa popularité, il ne réussit pas à modifier l'ordre des tribus en voulant augmenter les centuries équestres. Les patriciens s'y refusent, en faisant parler la religion par la bouche de l'augure Attus Navius. Navius s'oppose en lui déclarant que cela be peut se faire que si les présages sont propices. Et comme preuve de la puissance de sa divination, il coupe une pierre avec une coupe. "Augure" avait dit le roi qui voulait confondre sa vaine science, "la chose à laquelle je pense se peut-elle ? - Oui !" répondit Navius après avoir observé le ciel. - "Coupe donc ce caillou avec un rasoir". L'augure le prit et le coupa. Pour rappeler sans cesse le miracle de Navius au peuple, on dressa la statue de Navius, la tête voilée, comme au moment où l'augure attendait les révélations des dieux, près d'un autel où furent déposés la pierre et le rasoir. Dès lors aucun Romain n'osa douter de la science augurale.

Roi bâtisseur, il fait construire un système de drainage (égout) connu sous le nom de Cloaca Maxima1. Il fait venir des ouvriers étrusques qui dessèchent les bas-fonds marécageux situés entre le Palatin, le Capitole et les dernières pentes du Quirinal qui deviendront le forum et l'entourent de portiques, de sorte que ce qui n'était qu'une plaine marécageuse devient un magnifique lieu de promenade et de réunion. La ville sera ceinte d'une muraille en pierres et de l'autre côté du Palatin, entre cette colline et l'Aventin se trouvait une vallée, la Valus Murcia. Tarquin édifie dans cette vallée le Grand Cirque (Circus Maximus). Il construit également le temple de Jupiter sur le Capitole.

Il est assassiné en 575 av. J.C. à l'instigation des fils d' Ancus Martius. Sa femme, Tanaquil2 fait aussitôt fermer les portes du palais et déclare au peuple que le roi, seulement blessé, charge son gendre Servius de gouverner à sa place. Pendant plusieurs jours, elle cache sa mort, et, lorsqu'on la découvre, Servius reste roi, sans avoir été accepté par l'assemblée des curies, mais du consentement du sénat.

1. Cette construction étonnait, par sa grandeur et par les sommes qu'elle avait coûtées, les contemporains d'Auguste. Trois choses, dit Denys d'Halicarnasse, révèlent la magnificence de Rome, les aqueducs, les voies et les égouts. Presque au-dessus de la bouche de la Cloaca, se voit la petite rotonde, dite temple du Soleil, que déshonore l'abominable toit dont elle a été recouverte pour protéger ses dix-neuf colonnes corinthiennes cannelées, en marbre de Carrare, et qui doit être une construction de l'époque des Antonins.

2. D'autres lui donnent pour femme Gaia Cæcilla, la bonne fileuse et la bienfaisante magicienne, que les jeunes fiancées honoraient (Pline, Hist. nat., VIII, 74).

575-535 av. J.C.

Servius Tullius

Servius accède à la royauté à la suite de l'assassinat de Tarquin l'ancien, son beau-père en 575 av. J.C. : c'est le premier souverain à accéder au pouvoir sans consultation populaire. Il est appelé Servius parce qu'il est le fils d'une captive1. Sa mère, femme du roi de Corniculum, était tombée au pouvoir des romains, après la prise de cette ville, et fut réduite par le droit de la guerre à servir un maître, après avoir été reine. Mais l'enfance de Servius fut marquée par des prodiges, signes manifestes de la faveur divine. On vit une flamme voltiger autour de sa tête pendant qu'il dormait, et s'éteindre quand il se réveilla. Témoin de ce prodige, la reine Tanaquil prit en vive affection le protégé des dieux : après la mort de Tarquin elle lui assura la royauté.

Fondateur de l'organisation administrative et militaire de Rome : il divise la population en quatre tribus, instaure le cens; et répartit la population en cinq classes censitaires selon la fortune. Il recense la population romaine (quatre vingt mille citoyens en âge de porter les armes).

Il donne à Rome l'étendue qu'elle eut sous la république, en réunissant à la cité le Viminal, l'Esquilin et le Quirinal, par l'édification d'une muraille (dont il donnera son nom) et une puissante levée de terre (ager) que précédait un fossé large de 100 pieds, profond de 302. Rome a alors la grandeur d'Athènes : deux lieues et demie de tour. Il réforme l'armée et partage la cité en quatre quartiers ou tribus urbaines : Palatine, Suburane, Colline et Esquiline (regio Suburana, Esquillina, Collina, Palatina), chaque quartier ayant son tribun qui dresse les listes pour les contributions et le service militaire.

Servius conclut avec les trente villes latines un traité et pour mieux resserrer les noeuds de cette alliance, on élève, à frais commun, un temple à Diane sur le mont Aventin. Quelques peuples sabins y viennent aussi sacrifier.

Il transforme la constitution romaine de façon radicale : le vote cesse d'être individuel et dépend désormais du cens : le pouvoir va désormais appartenir aux riches. Le territoire est divisé en vingt-six cantons nommés aussi tribus, et tout le peuple, patriciens et plébéiens, d'après le cens c'est-à-dire d'après la fortune, en cinq classes et en cent quatre-vingt-treize centuries dont la dernière est formée par les prolétaires. Ceux-ci sont exclus du service militaire. Servius ne veut pas confier des armes à des citoyens qui ne possédant rien ne puissent prendre intérêt à la chose publique ni donner à l'Etat une garantie de leur fidélité (cf les assemblées du peuple).

Une guerre contre les Véiens et les Etrusques se termine, pour Rome, par un accroissement de territoire; mais la distribution de ces terres que Servius fait aux pauvres augmente encore la haine des patriciens, dont il avait, par ses lois, considérablement diminué la puissance. Aussi favorisèrent-ils la conspiration qui se forme contre le roi populaire.

Les deux filles de Servius avaient épousé les deux fils de Tarquin l'Ancien, Lucius et Aruns. Mais l'ambitieuse Tullie (Tullia) avait été fiancée à Aruns, le plus doux des deux frères, et sa soeur à Lucius, qui mérita par son orgueil et sa cruauté, le surnom de Superbe (Tarquin le Superbe). Tullie et Lucius ne tardent pas à se comprendre, et à unir leurs criminelles espérances. Tullie se débarrassa par le poison, son marie et sa soeur, pour épouser Lucius. Accablé de douleur, Servius veut déposer la couronne et établir le gouvernement républicain. C'est le prétexte qu'offre Lucius aux patriciens pour le renverser. Un jour, en 535 av. J.C., tandis que le peuple était aux champs pour la moisson, il parait dans le sénat revêtu des insignes de la royauté, précipite le vieux roi du haut des degrés en pierre qui conduisent à la curie, et le fait tuer par ses affidés; Tullie, accourant pour saluer roi son époux, fait rouler son char sur le corps sanglant de son père. La rue en garda le nom de via Scelerata. Mais le peuple n'oublia pas celui qui avait voulu fonder les libertés plébéiennes, et chaque année il fêtait la naissance du bon roi Servius.

1. Indépendamment des Saturnales, on accordait aux esclaves un jour de liberté, aux ides du mois d'août, en mémoire de la naissance servile de Servius Tullius (Plutarque, Quest. Rom., 100 ; Festus, s. v. Servorum). Cette fête prouve qu'il faut interroger avec prudence les coutumes qui, nées souvent elles-mêmes d'une légende, paraîtraient donner à celle-ci le caractère d'un fait historique. Cette observation s'applique à beaucoup d'usages romains.

2. Un peu moins de 50 mètres dans un sens et de 10 dans l'autre. Le pied romain équivaut en mètre à 0m,296. - Cette enceinte n'était pas continue. Elle n'existait pas du côté du Tibre, qui parut une défense suffisante depuis que la forteresse du Janicule en protégeait les approches, et certains côtés du Capitole étaient assez abrupts pour paraître inaccessibles. Il existe entre les portes Esquiline et Colline des restes considérables du puissant agger de Servius que Tarquin le Superbe élargit. Dans la coupe que présente la figure est marqué un mur actuellement visible sur une hauteur de 7m,77. Construit par assises régulières, ce mur a pour fondement des blocs ayant en moyenne 3m,63. Pour mieux résister à la poussée des terres qui forment le rempart, le mur est flanqué à intervalles de 5m,59 de contreforts ayant 2m,45 en carré. Le fossé longeait ce mur. Au temps d'Auguste, l'agger fut converti en promenade, par Mécène (Dict. des Ant., p. 140 sq.).

535-509 av. J.C.

Tarquin le Superbe

Le Viol de Lucrèce
Le Viol de Lucrèce
Titien, 1571, Fitzwilliam Museum

Les deux filles de Servius Tullius avaient épousé les deux fils de Tarquin l'ancien, Lucius Tarquinius et Aruns Tarquinius: l'ambitieuse Tullie avait été fiancée à Aruns, le plus doux des deux frères et sa soeur à Lucius qui mérita par son orgueil et sa cruauté le surnom de Superbe. Tullie trompe son mari avec Lucius, son beau-frère. Plus tard, elle se débarrasse par le poison son mari et sa soeur pour épouser Lucius. Poussé par son épouse, Lucius renverse Servius Tullius avant de le faire assassiner par ses gardes. Il interdit qu'on ensevelisse son beau-père et liquide les sénateurs qui avaient soutenu Servius Tullius. Tarquin traite cruellement l'aristocratie romaine et gouverne l'Etat sans faire appel au sénat.

Au roi succède le tyran. Entouré d'une garde de mercenaires et secondé par une partie des sénateurs qu'il avait gagné, Tarquin gouverne sans souci : dépouillant les uns de leurs biens, bannissant les autres et punissant de mort tous ceux qui lui inspirent des craintes. Pour affermir son pouvoir, il s'allie avec des étrangers et donne sa fille à Octavius Mamilius, dictateur de Tusculum.

Sans cesse en guerre contre les Latins, Lucius Tarquinius surnommé le Superbe fait la paix avec les Eques et renouvelle les traités de paix avec les Etrusques. Devenu le chef obéi de la confédération latine à laquelle appartiennent aussi les Herniques et les villes Volsques d'Ecetra et d'Antium, Tarquin assiège et prend la riche cité de Suessa Pometia qui refuse d'entrer dans la ligue. La ville latine de Gabies menace de se révolter, malgré la présence d'un des fils du roi (Sextus). Celui-ci, effrayé, fait demander conseil à son père. Tarquin ne répond pas; mais il mène l'envoyé dans le jardin du palais, et en se promenant, il abattit avec une baguette la tête des pavots qui s'élevaient au-dessus des autres. Le fils comprend ce terrible apologue, et fait mettre à mort les plus notables citoyens de Gabies.

Sur les terres enlevées aux Volsques, Tarquin fonde deux colonies. Elles sont composées de citoyens romains et latins qui doivent fournir leur contingent à l'armée de la ligue. C'est le premier exemple de ces colonies militaires qui, multipliées par le sénat sur tous les points de l'Italie, y répandront les lois et la langue du Latium. En même temps elles seront des garnisons permanentes, des postes avancés, qui arrêteront l'ennemi loin de la capitale et d'où l'on tirera au besoin de vaillants soldats.

Il abolit la constitution de Servius; comme son père, Tarquin aime la pompe et la magnificence. Il appelle d'habiles ouvriers étrusques et avec le butin fait sur les Volsques, achève la construction du grand égout ou Cloaca Maxima et commence la construction sur le Capitole d'un temple dédié à Jupiter le Meilleur et le plus grand (Optimus Maximus), à Junon et à Minerve. En creusant dans le sol pour jeter les fondements de cet édifice, on trouva une tête qui semblait fraîchement coupée. Le roi l'avait fait placer là pour fournir aux augures l'occasion de déclarer que ce mystère signifiait que le nouveau temple serait la tête du monde.

Au dessous du Capitole, on renferme dans un coffre de pierre les livres sibyllins, recueil de phrases obscures où l'on s'ingéniait à trouver un sens prophétique. Une prophétesse, la sibylle de Cumes, était venue, sous les traits d'une vieille femme, offrir au roi de lui vendre neuf livres. Sur son refus, elle en brûla trois et revint demander la même somme pour les six autres. Un second refus lui en fit brûler trois encore. Tarquin, étonné, acheta ceux qui restaient au prix qu'elle voulut, et les confia à la garde de deux patriciens.

Cependant des signes menaçants effrayèrent la famille royale. Afin de connaître les moyens d'apaiser les dieux, Tarquin envoie ses deux fils consulter l'oracle de Delphes dont la réputation avait pénétré jusqu'en Italie. Un neveu du roi, Lucius Junius Brutus1, les accompagne. Quand le dieu eut répondu, les jeunes gens demandèrent lequel d'entre eux remplacerait le roi sur le trône : "Celui-là", dit la pythie, "qui embrassera le premier sa mère". Brutus comprend le sens caché de l'oracle : il se laissa tomber et baisa la terre, notre mère commune.

En 509 av J.C., son fils Sextus Tarquin tombe amoureux de Lucrèce, épouse vertueuse d'un de ses parents, Tarquin Collatin (Lucius Tarquinius Collatinus) et la viole. Lucrèce s'étant suicidée de honte, Collatinus, avec l'aide de son cousin Lucius Junius Brutus, montre le corps sanglant de la victime et appelle à la vengeance le sénat, que Tarquin avait décimé, et le peuple qu'il avait accablé pour ses constructions, d'odieuses corvées. Un senatus-consulte, confirmé par les curies, proclame la déchéance du roi, son exil et celui de tous les siens. Les romains renversent la monarchie et installent la république. Puis Brutus court au camp devant Ardée qu'il soulève tandis que Tarquin, revenu à Rome en toute hâte, en trouve les portes fermées et est réduit à se réfugier avec ses fils Titus et Aruns dans la ville étrusque de Cære. Le troisième, Sextus, retiré à Gabies, y fut tué par les parents de ses victimes.

509 av J.C. : date légendaire de la révolution romaine et de la naissance de la république romaine.

1. Il était le tribun des Célères qui était après le roi, le premier magistrat de l'Etat. Son nom qui dans l'ancien latin signifie l'homme grave et fort (Festus, s. v. Brutum) mais qui eut aussi le sens d'idiot, a donné lieu à la légende sur sa folie.

Livrets :

  1. La fondation de Rome dans la boutique de Roma Latina
  2. Romulus dans la boutique de Roma Latina
  3. La Rome Royale dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Enée de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Enéide de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Le texte en latin de Latin Library
  4. Romulus et Remus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. La fondation de Rome de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Romulus, Plutarque traduction en ligne
  7. Numa Pompilius de l'encyclopédie libre Wikipédia
  8. Plutarque : Numa
  9. Ancus Marcius de l'encyclopédie libre Wikipédia
  10. Tarquin le superbe de l'encyclopédie libre Wikipédia
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