Livius Drusus : né en 124, mort en 91 av. J.C.

Titre : tribun de la plèbe en 91 av. J.C.

Marcus Livius Drusus, tribun du peuple en 91 av. J.C.; descendant des Scipions par sa mère Cornelia, fils d'un père du même nom qui trente ans avant avait été le principal auteur de la chute de Gaius Gracchus et s'était illustré depuis dans la guerre par la soumission des Scordisques; Drusus est comme lui conservateur décidé et lors de l'émeute de Saturninus, il avait par ses actes donné des gages à ses opinions. Comme son père, il cherche à rattacher le peuple au sénat par des largesses et des lois populaires. Appartenant à la plus haute noblesse, possesseur d'une fortune colossale, aristocrate de coeur et de fait, énergique et fier, il dédaigne de se revêtir des insignes de ses charges. Jusqu'au bout, la belle maxime "noblesse oblige" est la règle et la loi de sa vie.

Avec tout l'emportement de sa passion il rejette bien loin les moeurs frivoles et vénales du commun des nobles : homme sûr et austère, il a l'estime plutôt que l'affection des petits, pour qui sa porte et sa bourse demeurent ouvertes : malgré sa jeunesse, la dignité de sa personne et de son caractère lui donne du poids dans le sénat et sur la place publique. En se défendant contre ceux qui l'accusent de concussion, Marcus Scaurus l'avait couragement et hautement invité à mettre la main à la réforme du jury. Avec l'illustre orateur Lucius Crassus, il s'était constitué le plus zélé co-auteur de ses motions.

Mais la masse des aristocrates ne pense pas comme Drusus, Scaurus et Crassus. Le parti des hommes d'affaires compte bon nombre d'adhérents dans le sénat : le consul de -91 av. J.C., Lucius Marcius Philippus, ancien démocrate, aujourd'hui champion ardent et habile des chevaliers; et Quintus Coepion que rien n'arrête dans ses témérités et son ardeur : il se jette dans l'opposition principalement par haine de Drusus et de Scaurus.

Drusus annonce une motion tendant à retirer le jury aux citoyens chevaliers par le cens et de le rendre au sénat qui augmenterait de trois cents membres nouveaux et se verrait ainsi en mesure de suffire à ses devoirs accrus. Il est institué une question criminelle pour connaître des faits de corruption dont les jurés s'étaient rendus ou pourraient se rendre coupables. Une telle loi enlève aux chevaliers leurs privilèges politiques et entraîne la punition des iniquités commises. Mais les plans et projets vont encore plus loin.

Il demande que les distributions de l'annone soient augmentées; que l'on couvre le surplus de dépenses par une émission supplémentaire de deniers de cuivre circulant à côté des deniers d'argent, que tout le domaine italique encore impartagé soit affecté à l'établissement de colonies civiques : enfin, à l'encontre des fédérés italiotes, Drusus va jusqu'à s'engager à leur proposer le droit de cité. Comme Gaius Gracchus l'avait fait autrefois, il tient caché et en réserve son projet le plus grave, celui relatif aux droit de cité romaine à conférer aux Italiques : il n'a mis en avant que les motions sur le jury, la loi agraire et l'annone.

Le parti des capitalistes ou des chevaliers lui oppose aussitôt la plus vive résistance et profitant à la fois des irrésolutions de la majeure partie de l'aristocratie et de la mobilité inconsistance des comices, il aurait assurément fait rejeter la loi du jury si l'on avait procédé par votes spéciaux. Mais Drusus pour parer le coup, fond les trois motions en une seule, obligeant par là même les citoyens intéressés aux distributions de grains et au partage des terres à voter aussi pour la loi sur les tribunaux.

Grâce à leur appui, grâce également à celui des Italiques qui font tous cause commune avec lui, il l'emporte enfin. Mais sa loi n'a pas pu passer qu'après qu'il eut fait saisir par un licteur et conduire en prison le consul Philippus, lequel s'opiniâtre jusqu'au bout dans son opposition. Quant au peuple, il fête le tribun, le proclame son bienfaiteur, lui fait accueil au théâtre, debout et battant les mains. Toutefois le vote n'avait rien décidé. Les opposants de Drusus attaquent sa loi comme contraire à la loi de 98 av. J.C. et comme nulle en la forme. Philippus, son principal adversaire revient à la charge et demande au sénat la cassation : toutefois, le sénat trop heureux de se voir débarrassé des juridictions équestres repousse la rogation du consul.

Philippus alors de déclarer en plein forum qu'il n'est plus possible d'administrer avec de tels sénateurs et qu'il faut à la république un autre corps consultatif : il semble que l'on soit à la veille d'un coup d'Etat. Le sénat est interpellé par Drusus : le débat s'ouvre orageux : il se termine par un blâme et un vote de méfiance contre le consul. Mais déjà dans les rangs de la majorité règne en secret la crainte de la révolution dont lui font peur et Philippus et la plupart des chevaliers.

Une mort soudaine, à peu de jours de là (septembre 91) emporte l'orateur Lucius Crassus, le plus actif et le plus influent des adhérents de Drusus. Ses intelligences avec les Italiotes transpirent peu à peu dans le public : aussitôt ses adversaires furieux se récrient à la trahison et bon nombre des hommes importants du parti conservateur reviennent à eux. Drusus se voit compromis. Philippus reprend avec une insistance nouvelle sa motion contre la loi Livia et la majorité déjà se montre tiède à la défendre.

Puis bientôt le retour à l'ancien état des choses apparaît à la foule comme la seule issue praticable : la loi est annulée pour vice de forme. Drusus se montre triste et résigné, se contentant de rappeler au sénat qu'il venait de rétablir l'odieuse juridiction de la chevalerie : il ne veut même pas user de son droit d'intercession et paralyser ainsi l'effet du senatus- consulte. Un soir que Drusus, dans le vestibule de sa maison prend congé de la foule qui lui avait fait cortège, on le voit tout à coup s'abattre devant la statue de son père : une main meurtrière vient de frapper. L'assassin avait disparu grâce au crépuscule. Nul ne l'avait reconnu. D'enquête judiciaire, il n'y en a pas eu. Le Gracchus aristocratique avait eu la même fin violente et terrible que les réformateurs démocrates. Le sénat fait échouer la réforme alors que cette fois elle était sortie de ses rangs. Drusus avait usé ses forces et jouer sa vie à renverser la suprématie marchande et organiser l'émigration : il vit les marchands s'imposant plus que jamais en maîtres au gouvernement.

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