Les institutions religieuses de Rome

La religion des Romains fut un effroyable chaos: vouloir coordonner en système leurs croyances et leurs superstitions, serait entreprendre une oeuvre impossible, dont jamais aucun de leurs écrivains ne s'avisa.

D'abord, il faudrait distinguer, dans l'histoire de cette religion, trois époques, dont malheureusement les deux premières nous sont inconnues, parce que les Romains eux-mêmes ne les connaissaient pas; et dont la troisième, bien que facile à explorer, renferme en elle-même un principe de désordre qui rend impossible toute combinaison dogmatique.

La première de ces époques correspond à l'origine de Rome, origine fort obscure, comme on sait, et sur laquelle il serait difficile, pour expliquer quelque chose en matière religieuse, d'admettre les légendes que nous ont faits les historiens romains. La prétention de sanctifier toutes leurs institutions en les rattachant indissolublement à la fondation de leur cité les a trop souvent induits en erreur, et plus souvent encore poussés au mensonge. A les en croire, les dieux, les prêtres, le culte des Camille, des Scipion, des César, auraient été les dieux, les prêtres, le culte de Romulus. Il paraît cependant démontré que bien loin de connaître alors les Grecs, qui envoyèrent aux Romains leurs colonies mythologiques, ces derniers ne connaissaient pas même alors les Tusques (Etrusques, Toscans), dont ils devaient emprunter plus tard les superstitions et les cérémonies. Sans doute, la religion de ces premiers temps fut une religion sauvage, à sacrifices humains, un culte grossier rendu à quelques divinités arrivées avec les Sicules, les Osques et les Ombriens, des forêts de la Germanie. Peut-être la migration des Troyens en Italie, si toutefois elle est vraie, avait-elle laissé sur la terre d'Evandre quelques traces bien vagues des fables asiatiques.

La seconde époque est celle de Numa : inconnue comme la précédente, et comme elle couverte de légendes, elle parait avoir été une époque d'épuration dans le culte et de philosophie dans les croyances. Les images grossières de la divinité avaient disparu; les sacrifices humains avaient cessé. Une pierre, sur le Capitole, était l'autel du Dieu éternel, et au pied de la montagne, le feu sacré de Vesta était son emblème. Du reste, la doctrine religieuse de ce temps resta un mystère, comme le personnage même de Numa, à qui l'on voulut toujours attribuer le culte postérieur. Dans le sixième siècle, on trouva dans des fouilles deux livres qui paraissaient être du temps de ce prince; et le sénat, après examen, les fit brûler.

C'est du premier Tarquin que date la troisième époque. Né d'origine grecque, et habitant la Toscane, il apporta à Rome les divinités de la Grèce et les cérémonies des Etrusques. Alors le nom de Jupiter fut prononcé; alors s'éleva le temple du Capitole. Et comme, par respect pour les idées antérieures, on enferma dans son enceinte la pierre sacrée de Numa, on fit de cette pierre un dieu Terme : on dit que seul des dieux il n'avait pas voulu bouger de place, et l'on en conclut l'éternelle immobilité de la puissance romaine.

Il semble que depuis ce moment un principe de crédulité sans limites, qui devint bientôt une tolérance sans scrupules, pour transformer enfin en une indifférence sans raison, domina toute la religion romaine. Rome, pour se concilier les peuples vaincus, ou plutôt pour se les assimiler, parce que d'abord elle avait besoin d'hommes, attira, admit leurs dieux dans son enceinte et leur bâtit des temples, comme elle donnait à leurs prosélytes des terres et des privilèges. Puis, elle fit de cette générosité calculée un moyen de domination : elle s'empara des dieux étrangers comme elle s'emparait des villes et des trésors, pour régner par l'influence de tous les cultes en les centralisant tous. Chaque peuple du monde conquis, trouvant à Rome ses divinités bien logées, bien honorées, entourées de plus d'éclat qu'elles n'en avaient jamais eu, se prosternait devant cet Olympe terrestre, devant cette cité souveraine, rendez-vous général des dieux et des hommes. Il en résulta pour les Romains le plus désolant scepticisme, mais aussi pour Rome le plus immense pouvoir, et pour le christianisme, quand il parut, le plus éclatant triomphe.

I- Les croyances

Les dieux indigètes
Les dieux de la Grèce
Les superstitions populaires

II- Le culte

Les ministres de la religion
Les Temples et les sacrifices
Les Féries romaines