Les Dieux supérieurs

Le Ciel et la Terre

Le plus ancien des dieux était le Ciel ou Coelus, qui épousa la Terre, ou Titéa. De ce mariage naquirent deux filles, nommées Cybèle et Thémis, et un grand nombre de fils, entre lesquels Titan, l'aîné de tous, Saturne, l'Océan, et Japet, sont les plus célèbres. Coelus, qui redoutait la puissance, le génie et l'audace de ses fils, les traita avec dureté, les persécuta sans relâche, et enfin les emprisonna dans des cachots souterrains. Titéa n'osait se déclarer en leur faveur. A la fin pourtant, touchée de leur sort, elle s'enhardit, brisa leurs chaînes et leur fournit des armes contre Coelus. Saturne attaqua ce père cruel, le réduisit à l'état de serviteur, et occupa le trône du monde.

Saturne

Titan et Saturne étaient frères, mais Titan, comme l'aîné de la famille, prétendait régner. Leur mère, qui avait une prédilection pour Saturne, mit en usage tant de supplications et de caresses que Titan consentit à se désister de l'empire, pourvu que son frère à son tour prît l'engagement de n'élever aucun enfant mâle, et qu'ainsi la royauté retournât un jour aux Titans. Saturne accepta cette convention, et se mit à dévorer ses fils aussitôt qu'ils avaient vu le jour.

Cybèle, femme de Saturne, ne put voir froidement cette atrocité; elle trompa la vigilance de son époux et substitua à Jupiter dont elle venait d'accoucher, une pierre emmaillotée, que Saturne avala sans se douter de la ruse. Jupiter, porté clandestinement dans l'île de Crète, y fut allaité par une chèvre nommée Amalthée; et pour que les cris du petit enfant ne fussent pas entendus par Saturne, les Corybantes, prêtres de Cybèle, faisaient retentir l'air du bruit des cymbales, des sonnettes et des tambours, ou dansaient près du berceau, en frappant de leurs lances leurs boucliers. La supercherie fut cependant découverte; et Titan, courroucé contre un frère qu'il croyait parjure, lui déclara la guerre, le vainquit et le fit prisonnier.

Jupiter, parvenu à l'âge de l'adolescence, envisageait avec douleur l'esclavage où Saturne gémissait, et il se prépara à le délivrer. Il rassemble une armée, attaque les Titans, les précipite de l'Olympe, et fait asseoir de nouveau son père sur le trône. Mais Saturne jouissait peu de cette gloire : il avait appris des destins qu'un de ses fils le détrônerait; et cette pensée, empoisonnant son existence, lui faisait voir d'un oeil de jalousie la valeur que déployait Jupiter dans un âge encore si tendre. La crainte ferma son coeur aux sentiments de la nature : il dressa ses embûches à un fils digne de son amour. Jupiter, adroit, actif et courageux, évita les pièges, et, après avoir vainement essayé toutes les voies de conciliation, ne garda plus de ménagement, livra bataille à Saturne, le chassa du ciel et s'établit pour jamais monarque des cieux.

Le dieu détrôné alla cacher sa défaite en Italie, près du roi Janus, qui le reçut avec amitié, et daigna même partager avec lui le pouvoir souverain. Saturne, de son côté, touché d'un accueil si généreux, appliqua ses soins à civiliser le Latium (c'est la contrée où régnait Janus), et enseigna à ses grossiers habitants divers arts utiles. On appela Age d'or cette heureuse époque. Alors, pas de lois écrites, pas de tribunaux, pas de juges; la justice et les moeurs respectées; l'abondance, la paix, l'égalité, maintenues. La terre fournissait toute espèce de fruits, un printemps perpétuel souriait à la nature.

La vigne offrait partout des grappes toujours pleines;
Et des ruisseaux de lait serpentaient dans les plaines.

Cet Age d'or dura peu. L'Age d'argent le remplaça. L'année fut partagée en saisons; les vents glacés et les brûlantes chaleurs se firent sentir tour à tour; il fallut cultiver la terre et l'arroser des sueurs de l'ouvrier. A ces deux âges succéda celui d'Airain. Les hommes devenus farouches respirèrent les batailles et recherchèrent le gain, sans s'abandonner pourtant aux excès qui ont caractérisé l'Age de fer. Dans ce dernier âge, la bonne foi, bannie de la terre, fit place à la trahison et à la violence; on ne vécut que de brigandages. La discorde se glissa entre les plus proches parents; le fils osa attenter aux jours de son père; la marâtre à ceux de sa belle-fille et la piété fut tournée en dérision.

Saturne est une image ou emblème du temps. C'est pourquoi on le représente comme un vieillard sec et décharné, dont le visage est triste, la tête courbée. Dans sa main est une faux, qui signifie que le temps détruit tout; il a des ailes et tient une sorte d'horloge pour indiquer la fuite du temps; enfin il dévore ses enfants, pour marquer que le temps engloutit les jours, les mois, les siècles, à mesure qu'il les produit. Les fêtes de Saturne, appelées Saturnales chez les romains, commençaient le seize du mois de décembre, et duraient trois jours, pendant lesquels on fermait les tribunaux et les écoles publiques, on suspendait l'exécution des criminels et l'on n'exerçait d'autre art que celui de la cuisine. Les festins, les jeux, le plaisir, régnaient partout. Durant ces fêtes, qui rappelaient l'égalité et la liberté de l'Age d'or, les esclaves étaient servis à table par leurs maîtres, auxquels ils pouvaient dire impunément des vérités dures, ou lancer des malices et des épigrammes mordantes.

Cybèle

Cybèle ou Rhéa, soeur et femme de Saturne, a plusieurs noms. Elle est appelée Dindymène, Bérécynthe, et Idéa, des trois montagnes de Phrygie (Dindyme, Bérécynthe et Ida), où elle était principalement adorée. Elle est aussi appelée la Grande Mère, parce que la plupart des dieux du premier ordre lui doivent la naissance, entre autres de Jupiter, Neptune, Pluton, Junon, Cérès et Vesta1. Enfin on la nomme Tellus et Ops, parce qu'elle présidait à la terre, et procurait aux hommes protection, secours et richesses2.

On représente cette déesse comme une femme robuste, chargée d'embonpoint. Sa couronne de chêne rappelle que les hommes se sont anciennement nourris du fruit de cet arbre; les tours qui ceignent sa tête indiquent les villes qui sont sous sa garde; et la clef qu'elle tient à la main désigne les trésors que le sein de la terre renferme en hiver et qu'il donne en été. Elle est assise sur un char traîné par des lions; quelquefois elle est entourée de bêtes sauvages. Un tambour est placé près d'elle. Sa robe est parsemée de fleurs.

Quand Saturne fut exilé du ciel, Rhéa le suivit en Italie, où elle seconda ses vues de bienfaisance, et se fit chérir comme lui des peuples du Latium. Aussi les poêtes désignent-ils souvent le temps heureux de l'âge d'or sous le nom de Siècle de Rhéa

Ses prêtres nommés Curètes, Corybantes, Dactyles et Galles, célébraient ses fêtes par des danses qu'ils exécutaient au son du tambour et des cymbales, imprimant à leur corps des mouvements convulsifs, et frappant leurs boucliers avec des épées. Ils mêlaient à ce bruit des cris lamentables, en mémoire du malheur d'Atys, leur patron. Atys était un berger phrygien que Cybèle honorait d'une bienveillance particulière et à qui elle confia le soin de son culte, à condition qu'il ne se marierait pas. Atys oublia son serment, et épousa Sangaride. Cybèle le punit de son parjure en faisant périr cette nymphe; et peu contente de cette première vengeance, elle inspira au coupable une frénésie qu'il tourna contre lui-même; il se déchirait le corps, et allait, dans un accès de fureur, terminer ses jours, lorsque la déesse, émue enfin du spectacle de ses douleurs, le métamorphosa en pin, arbre qu'elle affectionna dès lors, et qui lui fut consacré.

Les Phrygiens avaient institué, en l'honneur de Cybèle, des jeux publics appelés Mégalésiens, qui furent introduits à Rome pendant la seconde guerre punique. Les magistrats y assistaient en robe pourpre; les dames y dansaient devant l'autel de la déesse; les esclaves n'osaient pas y paraître, sous peine de mort.

1. Quelquefois Vesta est confondue avec Cybèle, et elles ne forment ensemble qu'une seule et même divinité.

2. En latin Tellus veut dire terre, et Ops secours.

Durant la seconde guerre punique, les Romains apportèrent de l'Asie le culte de la mère des dieux. Sa fête, Magalesia, commençait le 4 avril, et durait six jours : les rues étaient remplies de folles processions; les spectateurs se rendaient en foule aux théâtres, et l'on admettait aux tables publiques toutes sortes de convives. L'ordre et la police étaient suspendus, et le plaisir devenait la seule occupation sérieuse de toute la ville. Voyez Ovide, de Fastis, IV, 189, etc.

Jupiter

Lucius Junius Brutus
Jupiter
St Petersburg - Hermitage

Devenu maître du monde par la défaite de Saturne, Jupiter partagea l'empire avec ses deux frères; il donna les eaux à Neptune, les enfers à Pluton, et se réserva pour domaine la vaste étendue des cieux.

Le commencement de son règne fut troublé par la révolte des Géants, hommes d'une grandeur colossale, dont quelques uns avaient cinquante têtes et cent bras, d'autres avaient, au lieu de jambes, d'énormes serpents.

Jupiter gouvernait en paix le monde, lorsque ces monstrueux ennemis résolurent de le détrôner. Ils entassèrent montagnes sur montagnes, l'Ossa sur le Pélion, et l'Olympe sur l'Ossa, voulant se former ainsi un marche pied, une sorte d'échelle pour escalader les cieux. Au premier combat qui fut livré, ils remportèrent l'avantage; Jupiter fut vaincu, et, dans son extrême frayeur, appela les dieux à sa défense; mais les dieux tremblèrent aussi en présence des Géants, et se sauvèrent tous, excepté Bacchus, au fond de l'Egypte, où ils prirent, pour mieux se cacher, différentes formes d'animaux, d'arbres et de plantes. Un ancien oracle avait prédit que les habitants du ciel auraient le dessous tant qu'un mortel ne viendrait pas les secourir. Jupiter, réduit aux derniers abois, implora l'assistance d'Hercule, un des Dactyles idéens; et aussitôt les dieux reprenant courage, quittèrent l'Egypte, s'armèrent de toutes pièces, et exterminèrent les Géants. Hercule tua Alcyonée et Eurytus; Jupiter terrassa Porphyrion; Neptune vainquit Polybotès; Vulcain assomma Clytius d'un coup de massue; Encelade et Typhée furent ensevelis sous le mont Etna1; le reste, frappé de la foudre, s'abîma dans les profondeurs du tartare.

Le crime régnait sur la terre.

Prométhée, fils de Japet, avait fait une statue d'homme, et lui avait communiqué le mouvement et la vie en dérobant une parcelle de feu au char du soleil. Jupiter, indigné de ce larcin, ordonna à Mercure d'attacher l'audacieux coupable sur le mont Caucase et l'y faire dévorer par un vautour.

Lycaon, tyran d'Arcadie, se plaisait à immoler aux dieux des victimes humaines, et faisait périr, avec une joie féroce, tous les étrangers qui mettaient le pied dans son royaume. Jupiter quitta l'Olympe et descendit sur la terre pour être témoin de ces attentats; il vint en Arcadie, entra dans le palais de Lycaon, et y demanda l'hospitalité. Les Arcadiens, qui l'avaient reconnu à son air de dignité et de grandeur, se disposaient à lui offrir des sacrifices : Lycaon se moqua de leur puérile crédulité; et pour s'assurer si son hôte était un dieu, il égorgea un enfant, le coupa par morceaux, et en fit cuir la chair parmi d'autres viandes qu'il servit à table. Cet abominable festin fit horreur à Jupiter, qui, saisissant la foudre, mit le feu au palais. Lycaon réussit à s'enfuir; mais à peine était-il sorti de la ville, qu'il fut métamorphosé en loup.

Ce fut à l'occasion de ce forfait et d'autres semblables, que Jupiter envoya le déluge, et changea la terre en une mer immense. Les plus hautes montagnes avaient disparu; une seule s'élevait encore au-dessus des flots : c'était le mont Parnasse, en Béotie. Sur cet océan sans rivages et parmi les débris de l'humanité, voguait une frêle barque, jouet des vents; elle portait Deucalion et Pyrrha, époux fidèles et vertueux. Guidés par une main protectrice, ils abordèrent sur la cime du Parnasse, et furent sauvés; mais leurs yeux ne voyaient de toutes parts que des tableaux de destruction et de deuil. Les eaux décroissaient peu à peu; on découvrait les collines et quelques plaines; le couple pieux descendit, et alla consulter l'oracle de Thémis, à Delphes, pour apprendre les moyens de repeupler la terre : "Sortez du temple", s'écria Thémis, "couvrez d'un voile votre visage, et jetez derrière vous, par dessus vos têtes, les ossements de votre grand mère". La piété de Deucalion fut alarmée d'un ordre qui lui paraissait cruel; mais bientôt, réfléchissant que la Terre est notre mère commune, et que les pierres qu'elle renferme peuvent être appelées ses os, il en ramassa quelques unes et les jeta religieusement derrière lui, en fermant les yeux. Ces pierres s'animèrent, prirent une figure humaine et devinrent des hommes; les cailloux lancés par la main de Pyrrha se changèrent en femmes, et le monde fut ainsi repeuplé.

On représente Jupiter assis sur un trône d'or, tenant la foudre d'une main, un sceptre de l'autre, et ayant à ses pieds un aigle aux ailes déployées. Son air est majestueux, sa barbe longue et négligée.

Le chêne lui était consacré, parce qu'à l'exemple de Saturne il avait appris aux hommes à se nourrir de glands. Ses oracles les plus célèbres étaient ceux de Dodone, en Grèce, et d'Ammon, en Libye.

Ses principaux enfants furent, parmi les divinités du ciel, Minerve, Apollon, Diane, Mars, Mercure, Vulcain et Bacchus; parmi les héros et les demi-dieux, Pollux, Hercule, Persée, Minos, Rhadamanthe, Amphion et Zéthus.

1. Les romains attribuaient les tremblements de terre en Sicile aux mouvements que fait Encelade pour se remuer ou changer de position.

Junon

Junon Hera
Junon

Junon, soeur et femme de Jupiter, était la reine des dieux, la maîtresse du ciel et de la terre, la protectrice des royaumes et des empires. Elle présidait aux naissances et aux mariages, et accordait aux épouses vertueuses une protection particulière1. Mais son caractère était impérieux, son humeur difficile et vindicative, sa volonté opiniâtre; elle épiait jusqu'aux moindres actions de Jupiter, et faisait retentir le ciel des cris que la jalousie lui arrachait. Jupiter, de son côté, époux dur et volage, employait souvent la violence pour étouffer les plaintes de son épouse. Il poussa même la barbarie jusqu'à lui attacher une enclume à chaque pied, lui lier les mains avec une chaîne d'or, et la suspendre à la voûte du ciel. Les dieux ne purent la dégager de ses entraves : il fallut recourir à Vulcain qui les avait forgées. Un traitement de cette nature augmenta les ressentiments de Junon, qui ne cessa de persécuter les favoris et les amantes de Jupiter. L'infortunée Io fut le principal objet de son courroux.

Cette nymphe, fille d'Inachus, était un jour poursuivie par Jupiter, qui, pour l'empêcher de fuir, couvrit les campagnes d'un épais brouillard dont elle se trouva enveloppée. Junon étonnée de ce phénomène descendit sur la terre, dissipa le nuage, et découvrit Io qui venait d'être métamorphosée en vache. Mais comme la nymphe sous cette nouvelle forme conservait encore des charmes, Junon, feignant de la trouver de son goût, la demanda à Jupiter avec tant d'instances qu'il n'osa la lui refuser. Maîtresse de sa rivale, elle en confia la surveillance à un gardien qui avait cent yeux, dont cinquante veillaient, tandis que les autres cédaient au sommeil. Argus ne la perdait pas un instant de vue pendant le jour, et la tenait pendant la nuit étroitement liée à une colonne. Jupiter n'avait qu'un moyen de débarrasser Io de cet incommode satellite : il appelle Mercure, et lui intime de le tuer. Mercure aborde Argus au commencement de la nuit, lui raconte des histoires amusantes, enchaîne un récit à un autre, l'endort à la fin, et lui tranche la tête. Privée d'Argus, Junon déchargea toute sa colère sur la jeune vache, bien innocente du crime : elle lâcha contre elle un insecte malfaisant, un taon; qui, la piquant sans relâche, la jetait dans des transports convulsifs. Harcelée, ensanglantée, cette malheureuse parcourut dans sa fuite la Grèce et l'Asie-Mineure, traversa à la nage la méditerranée, et arriva en Egypte, sur les bords du Nil. Epuisée de souffrance et de fatigue, elle supplia Jupiter de lui rendre sa première forme, et elle mit au monde un fils nommé Epaphus. Junon, qui regrettait toujours le fidèle espion tué par Mercure, prit ses cent yeux, les répandit sur la queue du paon et perpétua de cette manière son souvenir.

Orgueilleuse autant que jalouse, Junon ne pardonna pas au troyen Pâris, fils de Priam, de ne lui avoir pas adjugé la pomme d'or, et elle devint l'ennemie du peuple troyen; les Grecs, au contraire, furent les objets constants de sa faveur.

Les Proetides, filles de Proetus, fières de leur excessive beauté, osèrent se comparer à Junon, qui punit leur orgueil en les rendant insensées et maniaques. Leur folie consistait à se croire des génisses, à pousser comme elles des mugissements, et à se cacher au fond des bois pour éviter le joug de la charrue. Le devin Mélampe, médecin habile, offrit de les guérir si leur père s'engageait à l'accepter pour gendre et à lui accorder le tiers de son royaume. Proetus agréa sans peine ces conditions; et Mélampe ayant réussi épousa la plus belle des trois soeurs.

Le culte de Junon était universel, et la plus grande solennité présidait à des fêtes. On l'adorait surtout à Argos, à Samos et à Carthage. Elle est représentée assise sur un trône, avec un diadème sur la tête et un spectre d'or à la main; un ou plusieurs paons sont à ses pieds. Quelquefois deux paons traînent son char; derrière elle Iris, fille de Junon, messagère des dieux, portait leurs ordres sur la terre, sous les eaux et jusqu'aux enfers. Vouée en même temps à des fonctions plus pénibles, elle assistait les femmes agonisantes, et coupait le fil qui attachait leur âme à leur corps : remplissant, au nom de Junon, ce pieux devoir.

1. On l'appelait Lucine, ou Junon-Lucine, ou Ilithye, lorsqu'elle présidait à la naissance des enfants.

Vesta

Le temple de Vesta
Le temple de Vesta
Rome

Vesta, déesse du feu, était la fille de Saturne et de Cybèle. Son culte fut introduit en Italie par Enée, prince troyen. Cinq siècles plus tard, Numa lui bâtit un temple à Rome, où était conservé le palladium, et où brûlait continuellement le feu sacré. - On la représente vêtue d'une longue robe et le front voilé. De la main droite elle tient une lampe ou un flambeau, et de la gauche un javelot ou une corne d'abondance.

Ses prêtresses, appelées Vestales, furent d'abord choisies par les rois et ensuite par les pontifes. Elles devaient être de condition libre, et sans aucun défaut corporel. Leur fonction principale était de garder le temple de Vesta et d'y entretenir le feu sacré, symbole de la perpétuité de l'empire. Si le feu venait à s'éteindre, le deuil était général dans la ville, on interrompait les affaires publiques, on se croyait menacé des plus grands malheurs, et l'on ne se rassurait qu'après avoir obtenu un feu nouveau que les prêtres se procuraient par les rayons du soleil, ou par le feu de la foudre, ou en tournant avec rapidité une tarière dans une pièce de bois.

Un célibat rigoureux était imposé aux Vestales : leur chasteté, leur innocence devaient être exemplaires. La mort était le châtiment réservé aux coupables : et quelle mort! La Vestale était plongée vivante dans un tombeau. Elle y descendait au milieu des cérémonies les plus effrayantes; le bourreau y plaçait près d'elle une petite lampe, un peu d'huile, un pain, de l'eau et du lait; puis on refermait la tombe sur sa tête. Mais les Vestales trouvaient, dans les égards de leurs concitoyens et dans la distinction dont elles jouissaient, un dédommagement aux privations qui leur étaient imposées. Tous les magistrats leur cédaient le pas. En justice, elles étaient crues sur leur simple parole. Quand elles sortaient, un licteur les précédait armé de faisceaux. Si en passant dans les rues, une Vestale rencontrait un criminel qu'on menât au supplice, elle lui sauvait la vie, pourvu qu'elle affirmât que cette rencontre était fortuite. Les testaments, les actes les plus secrets, les choses les plus saintes, étaient déposées entre leurs mains. Elles avaient une place d'honneur au cirque; elles étaient nourries et entretenues somptueusement aux dépens du trésor de l'Etat.

Après trente années de sacerdoce, il leur était permis de rentrer dans le monde, et de quitter le feu de Vesta pour le flambeau de l'hyménée. Mais elles n'usaient que rarement de ce privilège, accordé un peu tard : la plupart préféraient passer la fin de leur vie où s'était écoulé leur printemps. Elles servaient alors de guides et d'exemples aux novices qu'elles initiaient.

Neptune

Neptune
Neptune
Adam Terracotta on Marble 1725
Los Angeles County Museum of Art

Neptune, dieu de la mer, était fils de Saturne et de Cybèle. Dans sa jeunesse, il forma une conspiration contre Jupiter, qui le chassa de l'Olympe et le relégua parmi les mortels. Laomédon bâtissait alors les murailles de Troie, il pria Neptune de l'aider dans ce travail et d'élever, de fortes digues contre la violence de la mer. Le dieu se fit maçon, travailla sous les ordres de ce monarque exigeant, et endura pendant plusieurs mois toute espèce de fatigues et de mécomptes.

Rentré en grâce et réconcilié avec son frère, Neptune s'occupa du soin de gouverner l'empire qui lui était confié; il choisit ses ministres, leur assigna des emplois distincts, promulgua des lois, et promit à tous ses sujets une impartiale justice.

Il voulut ensuite s'associer une épouse et ses voeux se fixèrent sur Amphitrite, fille de l'Océan, nymphe d'une admirable beauté. Il la demanda en mariage à son père, qui accueillit avec joie un voeu dont il était flatté mais la nymphe voulut voir l'époux qu'on lui destinait... Elle recula à son aspect. Ce teint basané, cette chevelure épaisse et en désordre, cette barbe limoneuse, lui inspirèrent un profond dégoût. En vain Neptune fut-il auprès d'elle soumis et respectueux, en vain sa bouche fit-elle entendre les plus aimables propos : rien ne put décider Amphitrite à l'épouser. Triste, solitaire, découragé, Neptune se plaignait amèrement des rigueurs du sort : un dauphin, témoin de sa peine, vint lui offrir son intervention et son ministère. Il se rendit auprès de la nymphe rebelle, lui vanta les richesses du monarque, la grandeur de son empire, les hommages dont elle serait l'objet, les palais somptueux qu'elle aurait pour habitation : cette éloquence triompha. Le dauphin eut la gloire d'amener lui-même Amphitrite à son époux.

Mais le pouvoir de Neptune n'était pas borné aux mers, aux lacs, aux rivières et aux fontaines : il s'étendait sur les îles et les presqu'îles, sur les montagnes et même sur les continents, qu'il ébranlait à son gré. Les secousses violentes, les tremblements de terre étaient son ouvrage.

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie.
Pluton sort de son trône, il pâlit, il s'écrie.
Il a peur que le dieu, dans cet affreux séjour,
D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour.
Boileau.

C'est à Neptune qu'est attribuée la création du cheval, un des plus beaux présents que les dieux aient pu faire aux hommes, mais en le créant, il enseigna aussi l'art de le dompter; il apprivoisa ce quadrupède fougueux, et l'assujettit à la main et à la voix du cavalier.

Tous les peuples honorèrent Neptune, le craignirent, lui dressèrent à l'envi des statues et des autels. Les habitants de la Libye le regardaient comme leur principale divinité. Il eut des temples sans nombre dans l'Asie-Mineure, dans la Grèce, en Italie, spécialement dans les contrées maritimes. Il était invoqué par les navigateurs, il était le patron des athlètes aux courses de chars et de chevaux. Les jeux Isthmiques, à Corinthe, et les Consuales, à Rome, furent institués en son honneur. On lui immolait le cheval et le taureau. Les aruspices lui offraient le fiel des victimes, par analogie avec l'amertume des eaux de la mer.

On représente Neptune comme un vieillard robuste, dont la large poitrine et les épaules charnues sont couvertes d'une draperie de couleur azurée. Son sceptre est un trident ou fourche à trois pointes, son char est une vaste coquille, traînée par des hippocampes ou chevaux marins à deux pieds. Les Tritons qui lui servent de cortège annoncent sa présence en soufflant dans une conque, sorte de trompette recourbée qui va toujours en s'élargissant, et dont le bruit éclatant se propage jusqu'aux extrémités du monde.

Il ne faut pas confondre les Tritons avec Triton : celui-ci commande, les autres lui obéissent. Triton, fils de Neptune, a le pouvoir de soulever les flots ou de les calmer : les Tritons sont des subalternes sans autorité et sans importance. Mais tous, tant le maître que les sujets, sont moitié hommes et moitié poissons, et sonnent également de la conque devant le char majestueux du dieu des eaux.

Pluton

Dans le partage du Monde entre les trois fils de Saturne (Jupiter, Neptune et Pluton), c'est à Pluton, comme au plus jeune, que fut abandonné le triste royaume des enfers.

On appelle Enfers les demeures souterraines où vont les âmes des morts pour y être jugées, et y recevoir la peine de leurs crimes ou le salaire de leurs actions vertueuses. A la porte des enfers veille incessamment un chien à trois têtes, Cerbère, qui, par ses triples aboiements et ses morsures, empêche les vivants d'y entrer et les ombres d'en sortir1.

Si l'on en croit les poètes, l'espace entier des enfers est entouré de deux fleuves : l'Achéron et le Styx, qu'il faut traverser pour parvenir à la résidence de Pluton. Mais le batelier Caron, vieillard farouche, repousse durement à grands coups de rame les malheureux qui sont morts sans sépulture, et tous ceux qui ne peuvent lui payer une obole (deux sous) pour prix du passage; il fait asseoir les autres dans sa barque, les transporte sur la rive opposée, et les livre à Mercure, qui les conduit devant le redoutable tribunal. Trois juges y siègent et y rendent la justice au nom et en présence de Pluton : ce sont Minos, ancien roi de l'île de Crète; Éaque, ancien roi de l'île d'Egine, et Rhada-manthe, frère de Minos; tous trois d'une intégrité éprouvée : mais Minos, plus éclairé que ses collègues, a la prééminence, et tient en main un sceptre d'or.

Quand la sentence a été lue, les gens de bien sont introduits dans les Champs Elysées, et les méchants précipités dans le Tartare.

On appelle Elysée ou Champs Elysées le séjour destiné aux bienheureux après la mort. Des bosquets toujours verts, l'haleine embaumée du zéphyr, des prairies émaillées de fleurs, embellissent cette retraite fortunée. Une multitude d'oiseaux y chantent mélodieusement sous l'ombrage; le soleil n'y est jamais voilé par le plus léger brouillard. Le Léthé y coule avec un doux murmure; une terre féconde y renouvelle ses productions trois fois l'année, et présente tour à tour des fleurs et des fruits. Plus de douleurs, plus de maladies, plus de vieillesse. Aux biens du corps se joint l'absence des maux de l'âme. L'ambition, la haine, l'envie et les basses passions qui agitent les mortels, leur sont étrangères.

Le Tartare, où sont enfermés les criminels, est une vaste prison, fortifiée d'un triple mur, et entourée d'un fleuve de feu, nommé Phlégéton. Trois furies, Alecton, Mégère et Tisiphone, en sont les geôlières; et tenant d'une main une torche brûlante, de l'autre un fouet sanglant, elles châtient, elles frappent sans mesure et sans pitié les malfaiteurs dont les crimes appellent une sévère punition. C'est dans le tartare que Titye a le sein rongé par un vautour, que Tantale court après l'onde fugitive, et que les Danaïdes s'efforcent à remplir un tonneau sans fond2. Là sont ceux qui ont haï leurs frères, maltraité leurs parents, trompé leurs pupilles; là gémissent les serviteurs infidèles, les citoyens traîtres à leur patrie, les avares, les princes qui ont fait des guerres injustes. Tous expient leurs fautes; tous voudraient revenir à la lumière, pour y recommencer une existence paisible et vertueuse. Non loin du tartare habitent les Remords, les Maladies, la Misère vêtue de haillons, la Guerre dégoutante de sang, la Mort, les Gorgones aux cheveux de serpents, la Chimère, les Harpyes, et d'autres monstres non moins hideux.

Là, depuis des milliers d'années, régnait Pluton, ennuyé du célibat. L'horreur de sa demeure, la laideur de son visage, la dureté de son caractère, éloignaient de lui toutes les déesses, dont aucune ne voulait consentir à l'épouser : il eut recours à la violence. La fille de Cérès, Proserpine, retirée en Sicile, vers les champs d'Enna, y voyait couler sa jeunesse dans la paix et l'innocence. Un jour que sur le bord des eaux elle s'amusait avec ses compagnes à cueillir des fleurs nouvelles, Pluton l'aperçut, et l'enleva malgré ses cris et malgré les remontrances de Minerve. Ivre d'amour et fier de sa proie, le dieu pousse avec vigueur ses chevaux noirs, ouvre la terre d'un coup de son sceptre, et s'enfonce dans le ténébreux séjour.

Cérès, au premier bruit de ce malheur, partit précipitamment à la recherche de sa fille, parcourut les montagnes, visita les cavernes et les bois, franchit les fleuves, allumant chaque soir deux flambeaux pour continuer ses courses durant la nuit. Parvenue au lac de Syracuse, elle y trouva le voile de Proserpine, et comprit que le ravisseur avait passé dans cet endroit; elle apprit ensuite de la nymphe Aréthuse le nom de cet audacieux amant : c'était Pluton roi des enfers. A cette nouvelle, Cérès monte sur un char attelé de deux dragons3, traverse l'espace des airs, arrive au ciel, et se présente devant Jupiter. Les yeux pleins de larmes, les cheveux épars, la voix altérée, elle demande justice de cet enlèvement. Le père des dieux essaie de l'apaiser, en lui représentant qu'elle doit être flattée d'avoir un monarque pour gendre : "Si cependant", ajoute-t-il, "vous désirez que Proserpine vous soit rendue, j'y consens, pourvu qu'elle n'ait rien mangé depuis son entrée aux enfers : tel est l'arrêt du destin." Plus prompte que l'éclair, Cérès pénètre jusqu'aux bords de l'Achéron, questionne avec anxiété ceux qu'elle rencontre : Proserpine venait de cueillir une grenade, dont elle avait mâché quelques grains. Son retour fut impossible. Cependant, à force de prières, Cérès obtint que sa fille ne resterait que six mois de l'année dans les enfers, et qu'elle passerait sur la terre les six autres mois.

On représente Pluton avec un visage livide, des sourcils épais, des yeux rouges et un regard menaçant. Dans sa main droite est un sceptre, ou une fourche à deux pointes : dans la gauche il tient une clef qui désigne l'impossibilité de sortir des enfers. Sa couronne est faite de bois d'ébène, dont la couleur obscure annonce le dieu des ténèbres; quelquefois sa tête est couverte d'un casque qui le rend invisible. Près de lui sont assises les trois Parques; à ses pieds repose le chien Cerbère.

Seul des divinités supérieures, Pluton n'eut jamais de temples ni d'autels. On lui sacrifiait des victimes noires dont le sang était reçu dans une fosse. Le cyprès et le narcisse lui étaient consacrés.

On représente Proserpine à côté de Pluton, sur un trône d'ébène, ou sur un char traîné par des chevaux noirs. Sa main tient des fleurs de narcisse. Sous le nom d'Hécate, elle présidait à la magie et aux enchantements; son pouvoir s'étendait sur la mer et sur la terre, dans le tartare et dans les cieux. Peuples, rois, magistrats, guerriers, invoquaient son nom, sollicitaient son appui, et lui offraient, pour la rendre propice, des agneaux, des chiens et du miel. Tous les mois on célébrait à Athènes, en l'honneur d'Hécate, des fêtes nommées Hécatésies, durant lesquelles les gens riches offraient dans les carrefours un repas public appelé Repas d'Hécate, destiné surtout aux pauvres de la ville et aux voyageurs indigents.

Les poètes donnent quelquefois aux régions infernales les dénominations de Ténare, d'Erèbe et d'Orcus. Le Ténare est un promontoire de Laconie, à l'extrémité duquel se voyait une caverne profonde, d'où s'exhalaient tant de vapeurs noires et infectes, que l'imagination crédule du vulgaire y avait placé le vestibule de l'enfer. Erèbe est le nom donné à la partie la plus ténébreuse du sombre empire; "la nuit de l'Erèbe," en style poétique, c'est le tombeau, la mort, l'enfer. Orcus, un des surnoms de Pluton, a été appliqué au royaume même que gouverne ce dieu; "descendre dans l'Orcus" est l'équivalent de descendre au séjour des morts.

1. L'ombre tenait le milieu entre l'âme et le corps; elle était immatérielle comme l'âme, et avait la figure du corps.

2. Titye, un des géants, ayant offensé Latone, mère d'Apollon, ce dieu le tua d'un coup de flèche. - Tantale, assassin de son propre fils, était condamné à avoir toujours soif au milieu des eaux et toujours faim près d'un arbre chargé de fruits.

3. Le dragon, animal fabuleux, est un énorme serpent ailé, terrible comme le lion, rapide comme l'aigle, et qui ne dort jamais.

Cérès

Cérès
Cérès
Musée du Louvre

Cérès, déesse des blés et des moissons, chercha longtemps Proserpine sa fille, que Pluton avait enlevée.

Un jour que cette mère infortunée voyageait en Attique sous la figure d'une simple femme, elle s'arrêta près d'Eleusis, et s'assit sur une pierre pour s'y délasser. La fille de Céléus, roi d'Eleusis, l'ayant aperçue, et jugeant à son air abattu qu'elle avait un sujet de chagrin, s'approcha d'elle et la pria de venir se reposer dans la maison de son père. Cérès y entra; et Céléus lui fit un si bon accueil que la déesse, pleine de reconnaissance pour cette hospitalité, rendit la santé à son fils Triptolème, encore au berceau.

Elle fait plus encore; elle se chargea d'élever Triptolème et de le rendre immortel. Dans ce but, elle le nourrissait pendant le jour de son lait divin, et pendant la nuit le mettait sur des chardons ardents, pour le dépouiller de ce qu'il avait de terrestre. L'enfant croissait à vue d'oeil, et d'une manière si prodigieuse que la curiosité de la mère en fut éveillée : elle voulut savoir ce qui se passait pendant la nuit, et quels procédés magiques employait Cérès. Elle se cacha dans un coin de l'appartement, et voyant la déesse prête à mettre son fils dans le feu, elle poussa un tel cri d'effroi que l'enchantement fut détruit. Cérès ne pouvant plus rendre immortel le jeune Triptolème, voulut du moins le faire chérir du monde entier : elle lui apprit l'art de semer le blé et de faire le pain; elle lui donna ensuite un char attelé de deux dragons, et l'envoya par toute la terre pour y enseigner l'agriculture.

De retour de ses voyages, Triptolème établit le culte de Cérès à Eleusis, ville d'Attique, et institua des fêtes à l'honneur de cette bienfaisante divinité.

Pour être initié aux Mystères d'Eleusis, il fallait avoir subi un noviciat qui durait au moins une année, et d'ordinaire cinq ans, à l'expiration desquels on était admis à l'autopsie, c'est-à-dire à la contemplation de la vérité. On aspirait à ce dernier état comme à celui de la perfection. La cérémonie d'admission avait lieu de nuit. Les initiés se réunissaient près du temple, dans une enceinte assez vaste pour contenir un peuple nombreux. Ils se couronnaient de myrte, se lavaient les mains, écoutaient la lecture des lois de Cérès, prenaient un léger repas, et entraient dans le sanctuaire, où régnait une obscurité profonde. Ces ténèbres cessaient tout à coup. Une vive lumière éclairait la statue de Cérès magnifiquement parée; mais, tandis que la foule étonnée donnait l'essor à son admiration, la lumière disparaissait; les voûtes du temple étaient sillonnées d'éclairs, qui laissaient apercevoir çà et là des spectres effrayants et des figures monstrueuses. Le bruit du tonnerre achevait de porter l'épouvante dans l'âme de l'initié. Enfin, après un moment de calme, deux hautes portes s'ouvraient, et l'on apercevait, à la lueur des flambeaux, un jardin délicieux disposé pour la danse, les fêtes et le plaisir. C'était là, c'était dans ce champ élyséen que l'hiérophante (ou grand pontife) révélait aux initiés les choses saintes et tout le secret des mystères1. Divulguer ce qu'on avait vu et entendu était un crime odieux et punissable de mort.

Une autre fête, appelée Thesmophories, fut instituée dans l'Attique en mémoire des sages lois que Cérès avait données aux mortels. Les Thesmophories étaient célébrées par des femmes de distinction, qui devaient plusieurs jours d'avance se purifier, s'abstenir de tout divertissement et vivre dans une sobriété exemplaire. Les hommes ne pouvaient y assister. Pendant ces fêtes, qui duraient cinq jours, de jeunes vierges vêtues de robes blanches portaient sur leurs têtes, d'Athènes à Eleusis, les corbeilles sacrées, où étaient enfermés un enfant, un serpent d'or, un van, des gâteaux et d'autres symboles.

On représente Cérès couronnée d'épis, tenant d'une main une torche allumée, et de l'autre un pavot. Le porc lui était immolé, parce que cet animal, en creusant et en fouillant la terre, y détruit le germe des moissons.

1. L'hiérophante devait être athénien, et appartenir à la famille des Eumolpides.

Minerve

Cérès

Minerve, déesse de la sagesse, vint au monde d'une manière extraordinaire. Jupiter, éprouvant de grandes douleurs dans la tête, ordonna à Vulcain de lui fendre le cerveau d'un coup de hache, et Minerve en sortit armée de pied en cap et âgée de vingt ans. Admise au conseil des dieux, elle y obtint les plus grandes prérogatives. Elle avait comme Jupiter le privilège de lancer la foudre; elle donnait l'esprit prophétique, prolongeait la vie des mortels et leur procurait le bonheur après la mort. Toutes ses promesses avaient leur exécution; tout ce qu'elle autorisait d'un signe de tête devait s'accomplir.

Protectrice des savants et des artistes, elle avait inventé l'écriture, la peinture, et la broderie : la musique même ne lui était pas étrangère. Elle jouait agréablement de la flûte; mais comme cet instrument lui gâtait la bouche et lui fatiguait la poitrine, elle le jeta de dépit dans une fontaine.

Fière de ses talents supérieurs et de sa majestueuse beauté, elle voyait d'un oeil de jalousie les femmes qui se vantaient de l'égaler : Méduse fut punie d'avoir comparé ses attraits à ceux de la fille de Jupiter.

Méduse, une des trois gorgones, était née avec tous les agréments de la figure; sa chevelure faisait l'admiration générale, et une foule d'amants la recherchaient pour épouse. Enorgueillie de tant d'hommages, elle osa disputer de beauté avec Minerve, et se préférer à cette déesse. Minerve dans son indignation changea les cheveux de cette gorgone en serpents, couvrit son corps d'écailles, incrusta des ailes à ses épaules, défigura ses traits, et lui donna un regard si affreux que son seul aspect tuait ou changeait en pierre ceux qui avaient le malheur de la rencontrer. On se cachait, on fuyait à son approche.

Arachné fut victime aussi des jalouses fureurs de Minerve. Arachné, fameuse ouvrière de la ville de Colophon, travaillait si bien en broderie que les curieux de tous les pays venaient s'extasier devant ses tableaux. Ce concert unanime de louanges lui inspira une si grande présomption, qu'elle défia Minerve de la surpasser. Le défi fut accepté : elles se mirent l'une et l'autre à l'ouvrage. Le travail de la déesse fut très-beau sans doute, mais celui d'Arachné ne l'était pas moins. Elle avait représenté sur la toile Europe enlevée par Jupiter transformé en taureau; Astérie se débattant contre le même dieu changé en aigle; Léda dont il se fait aimer sous la forme d'un cygne; Alcmène qu'il trompe sous les traits d'Amphitryon. On y voyait encore le roi des dieux s'introduire en pluie d'or dans la tour de Danaé, se changer en flamme auprès d'Egine, et, sous le vêtement d'un berger, gagner le coeur indifférent de Mnémosyne. Le dessin en était si régulier et les figures si vivement exprimées, que Minerve n'y pouvant découvrir aucun défaut, mit en pièces cette belle tapisserie, où les folles aventures de son père étaient trop bien représentées; elle porta même le ressentiment jusqu'à frapper Arachné, qui alla se pendre de désespoir. La déesse, touchée d'une pitié tardive, la soutint en l'air de peur qu'elle n'achevât de s'étrangler, et la changea en araignée. Sous cette nouvelle forme, Arachné conserve encore sa passion de filer et de faire de la toile.

L'événement le plus remarquable de la vie de Minerve est son différend avec Neptune. La déesse voulait donner son nom à la ville que Cécrops venait de bâtir en Attique : Neptune y aspirait aussi. Les dieux promirent cet honneur à celui des deux prétendants qui produirait la chose la plus utile à la nouvelle cité. Neptune frappa la terre de son trident et fit naître le cheval, qui est l'emblème de la guerre; Minerve d'un coup de sa lance produisit l'olivier, symbole de la paix. Les dieux se déclarèrent pour la déesse, et la ville s'appela Athéné (Athènes) : c'est, en grec, le nom de Minerve.

On la représente avec un air grave et sévère, tenant une pique de la main droite et un bouclier de la gauche. Elle a sur sa poitrine la véritable égide, espèce de cuirasse où est sculptée en relief la tête de Méduse. Un casque, surmonté d'un panache ou d'un coq, ombrage son front divin. A ses pieds sont une chouette ou un hibou, oiseaux vigilants, calmes et réfléchis.

Sous le nom de Pallas, elle préside à la guerre et aux batailles. Ce nom lui fut donné quand elle vainquit le géant Pallas, dont elle porta la peau en mémoire de son triomphe.

Vénus

Cérès
Vénus d'Arles
Musée du Louvre

Vénus, déesse de la beauté et de l'amour, naquit, avec tous ses charmes, de l'écume de la mer, et aborda dans l'île de Cythère, où elle fut accueillie par les Heures, qui la firent asseoir sur un char diaphane et la transportèrent dans l'Olympe : elle avait pour cortège les Ris, les Grâces et les Jeux1. Sa ceinture merveilleuse, appelée ceste, ajoutait encore à sa puissance et à ses attraits. Quand elle parut devant les dieux, ils en furent épris, et chacun la demandait en mariage : Jupiter l'accorda à Vulcain, qui venait d'inventer les foudres sous lesquelles avaient péri les géants.

Mais fort ennuyée d'avoir pour mari un forgeron boiteux, noir et farouche, Vénus, déesse inconsidérée et frivole, prêta une oreille complaisante aux flatteries des courtisans. Le dieu des buveurs, le dieu des guerriers, Adonis fils de Myrrha, et bien d'autres, réussirent sans beaucoup de peine à donner le change à ses plaisirs.

Adonis, beau jeune homme, né en Arabie, aimait passionnément la chasse et se livrait sans relâche à cet exercice, malgré les prières de Vénus, qui craignait pour lui la dent cruelle des bêtes féroces. Un jour surtout, emporté par son courage, il oublia les conseils de la déesse. Ayant blessé un sanglier sur le mont Liban, il fut poursuivi par l'animal furieux, qui l'atteignit, le renversa et le mit en pièces. Vénus accourut trop tard au secours de son amant : il était sans vie. Elle arrosa de nectar son sang, qu'elle changea en une fleur appelée anémone. Mais incapable de surmonter la douleur qu'elle éprouvait de cette perte, elle demanda au maître des dieux que son cher Adonis revînt à la vie et lui fût rendu. La loi du destin s'y opposa. Elle obtint seulement qu'il passerait chaque année six mois sur la terre et six mois dans les enfers. On lui éleva des temples; on le mit au rang des dieux, et l'on institua des fêtes en son honneur sous le nom d'Adonies; elles duraient huit jours, dont les quatre premiers se passaient dans le deuil, et les autres dans les réjouissances, pour marquer tour à tour le trépas et l'apothéose du favori de Vénus.

Le culte de cette divinité était universel, mais on ne lui sacrifiait pas de victimes, et ses autels n'étaient jamais souillés de sang; on se contentait d'y brûler de l'encens et des parfums. Ses temples principaux étaient ceux de Paphos, d'Amathonte et d'Idalie, dans l'île de Chypre; ceux de Cnide, en Carie; de Cythère, dans le Péloponèse, et du mont Eryx, en Sicile2. Le sculpteur Praxitèle fit pour les Cnidiens une statue de Vénus qui passait pour un chef-d'oeuvre.

On représente Vénus assise dans un char que traînent des colombes, des cygnes, ou des moineaux. Une couronne de roses et de myrte orne sa blonde chevelure. Le myrte était son arbre de prédilection.

Cupidon ou l'Amour, fils de Vénus, dieu malin, séduisant et trompeur, eut à peine reçu le jour, que Jupiter, prévoyant les maux dont cet enfant serait la cause, voulut contraindre Vénus à s'en défaire. Celle-ci, pour le soustraire aux regards du maître des dieux, le cacha dans les forêts, où il suça le lait des lionnes et des tigresses. Dès qu'il eut assez de force, il se fit un arc de frêne; un cyprès lui fournit le bois de ses flèches. En s'exerçant contre les animaux qui l'avaient nourri, il apprit l'art de percer les hommes de ses traits.

Les monuments de l'antiquité représentent ordinairement Cupidon sous la figure d'un enfant qui s'amuse à quelque jeu de son âge; tantôt il roule un cerceau, badine avec les nymphes, poursuit un papillon, et agite son flambeau; tantôt il joue devant sa mère avec un luth, ou tient un cygne étroitement embrassé. Quelquefois, le pied en l'air, il semble méditer une espièglerie; ou bien il marche en conquérant, le casque en tête, la pique sur l'épaule et le bouclier au bras; souvent on le voit lutinant un centaure, domptant un lion, ou brisant les foudres de Jupiter. Il est toujours peint avec des ailes, parce que la passion qu'il inspire n'est pas durable, et il porte un bandeau sur les yeux, parce que l'amant ne voit pas de défauts dans l'objet de sa tendresse3.

Les compagnes ordinaires de Vénus et de Cupidon sont les trois Grâces : Aglaé, Thalie et Euphrosine. Jeunes, belles et modestes, les cheveux négligemment noués, elles se tiennent par la main dans l'attitude de la danse, ou bien elles élèvent un bras au-dessus des épaules et de la tête, tandis que l'autre, élégamment courbé, va chercher la main de la Grâce voisine. Elles président aux bienfaits, à la reconnaissance et à tout ce que le monde offre d'agréable, de doux et d'attrayant. Elles dispensent aux hommes non-seulement l'amabilité, l'enjouement, l'égalité d'humeur et les autres qualités qui font le charme de la vie sociale, mais encore la libéralité, l'éloquence et la sagesse. On les représente quelquefois au milieu des plus laids Satyres, pour marquer qu'il ne faut pas juger une personne sur l'apparence, et que les défauts de la figure se rachètent par les qualités de l'esprit et du coeur.

1. Homère fait naître Venus de Jupiter et de Dioné. Virgile donne le surnom de Diotucus à Jules César qui descendait de Vénus par d'Enée, fils d'Anchise.

2. De là viennent les noms de Cypris, de Cylhérée et d'Eryeine, donnés à Vénus.

3. L'Amour n'est pas toujours un enfant jouant dans les bras de sa mère; quelquefois il se montre avec la fraîcheur de la jeunesse: c'est ainsi qu'on représente l'amant de Psyché.

Vulcain

Vulcain
Vulcain
Museum of Fine Arts of Lyon

Vulcain, fils de Jupiter et de Junon, était si difforme en naissant, que son père, effrayé de sa laideur, le précipita du ciel. L'avorton céleste roula un jour entier dans le vague des airs, et, de tourbillon en tourbillon, arriva le soir dans l'île de Lemnos, dont les habitants le reçurent si à propos qu'il ne se cassa qu'une jambe.

Marié à Vénus, déesse de la beauté, Vulcain ne trouva pas dans cette alliance le bonheur qu'il en espérait. Mais Jupiter le dédommagea des disgrâces de l'amour, en le nommant dieu du feu, honneur auquel il avait d'autant plus de droit que chaque jour voyait sortir de ses ateliers quelque chef-d'oeuvre. A la prière de Thétis, il fabriqua pour Achille un casque, une cuirasse et un bouclier, qui firent l'étonnement et l'effroi des guerriers troyens; sollicité par Vénus, il forgea des armes pour Enée; par ordre de Jupiter, il composa ce merveilleux bouclier d'Hercule que nulle force humaine ne pouvait rompre ni percer. Parmi ses plus beaux ouvrages, il faut ranger le collier magique, dont il fit présent à Hermione, femme de Cadmus; le sceptre d'Agamemnon, et les vingt trépieds à roulettes, qui allaient d'eux-mêmes et sans impulsion à l'amphithéâtre où se réunissaient les dieux.

On représente Vulcain dans sa forge, tout couvert de sueur, le front noirci par la fumée, tenant d'une main un marteau et de l'autre un foudre. Sa poitrine est découverte; sa tête est surmontée d'un bonnet; ses cheveux et sa barbe sont négligés.

Les principaux fils de ce dieu furent : 1° Cécrops, fondateur et roi d'Athènes; 2° Erichthonius, autre roi d'Athènes, qui vint au monde avec des jambes torses, et qui, pour cacher cette difformité, inventa les chars;. 3° le brigand Cacus, tué en Italie par Hercule.

Mars

Cérès
Mars
Musée du Capitole, Rome

Mars, dieu de la guerre, fils de Jupiter et de Junon1, fut élevé par un des Titans, qui lui enseigna la danse et les exercices corporels. Avant lui, les hommes, armés seulement de bâtons ou de pierres, combattaient à l'aventure, sans tactique et sans ordre: il fixa pour l'attaque et la défense des règles certaines; il réduisit en principe l'art de s'entretuer; et le fer, jusqu'alors consacré à des usages innocents, fut converti en épées et en poignards.

Mars déploya beaucoup de valeur dans la guerre contre les géants; mais il donna dans une embuscade, et fut fait prisonnier par les fils d'Aloûs, qui le jetèrent au fond d'un cachot, où il gémit durant quinze mois. Délivré par Mercure, il revint dans l'Olympe, où il s'efforça de plaire à Vénus. Un costume guerrier, l'éclat de ses armes, son héroïque valeur, l'embellissaient aux yeux de la déesse, dont la vanité voyait avec plaisir trembler à ses genoux celui qui intimidait les phalanges. L'époux boiteux, Vulcain, ne tarda pas à devenir jaloux; il se plaignit à Jupiter, et Jupiter accueillit sa juste plainte. Mars quitta le ciel, se retira en Thrace, et habita quelque temps ce pays qu'il affectionnait, et dont il était la divinité principale. De là il parcourut la Grèce. Arrivé en Attique, il y fut témoin des outrages faits à sa fille Alcippa par le cruel Halirrhotius, fils de Neptune; et, ne pouvant maîtriser son indignation, il fit tomber l'agresseur sous ses coups. Neptune cita Mars en jugement devant un tribunal auguste que les Athéniens venaient d'instituer. L'accusé exposa l'affaire à ses juges avec toute la simplicité et la franchise d'un soldat, et plaida si bien qu'il fut renvoyé absous. Ce tribunal prit alors le nom d'Aréopage2.

La guerre de Troie survint, et fournit à la vaillance de Mars un nouveau champ d'exploits. Il se rangea du côté des Troyens, et combattit sous la figure d'Acamas, roi de Thrace.

Le culte de Mars était surtout répandu chez les Romains, nation belliqueuse, qui regardait ce dieu comme le père de Romulus et le protecteur de l'empire. Numa Pompilius institua en l'honneur de Mars un collège de douze prêtres, nommés Saliens, dont la fonction principale était de veiller à la conservation des anciles ou boucliers sacrés. Quand les consuls partaient pour la guerre, ils offraient des prières et des voeux dans le temple de Mars, touchaient avec solennité la lance du dieu, et s'écriaient : "Dieu de la guerre, protège cette république !" Dans les fêtes dont il était l'objet, on lui sacrifiait un cheval, symbole de l'ardeur martiale, ou un loup, emblème de la fureur. Le pivert, oiseau qui passe pour courageux, lui était consacré.

On représente Mars sous les traits d'un homme jeune encore, au regard farouche, à la démarche précipitée. Son vêtement est celui d'un guerrier; un casque ombrage sa tête; sa poitrine découverte semble provoquer les atteintes de l'ennemi. De la main droite il brandit une lance énorme; de la gauche il porte un bouclier ou secoue un fouet. Un coq est à ses pieds. On le voit aussi sur un char traîné par des coursiers fougueux qu'il conduit lui-même ou qu'il laisse diriger par Bellone.

Bellone, déesse de la guerre, soeur de Mars, préparait le char de ce dieu lorsqu'il allait au combat. Les poètes et les peintres la représentent au milieu des batailles, les cheveux épars, armée d'un fouet ensanglanté, et animant, au plus fort de la mêlée, le courage des soldats. Ses prêtres s'appelaient Bellonaires. Dans les fêtes de leur déesse, ils parcouraient les rues comme des furieux, tenant à la main un glaive ou un rasoir, avec lequel ils se déchiraient le corps. Quand ils avaient terminé leurs courses et leurs sacrifices, le peuple se pressait autour d'eux pour les consulter : leurs réponses étaient considérées comme des oracles.

La compagne inséparable de Bellone était La Discorde, exilée du ciel à cause des contestations et des troubles qu'elle y occasionnait parmi les dieux. - On la représente coiffée de serpents au lieu de cheveux, tenant une torche d'une main, et de l'autre une couleuvre ou un poignard.

1. Selon Homère et Hésiode. Mais les poêtes latins racontent que Jupiter ayant fait sortir Minerve de son cerveau, Junon fit naître Mars de l'attouchement d'une fleur, dans les champs d'Olène, ville d'Achaïe.

2. Aréopage ou colline de Mars. Arés en grec signifie Mars, et pagos, colline. L'aréopage siégeait en effet sur la colline où Mars avait plaidé.

Apollon

Apollon
Apollon
Musei Vaticani

Apollon ou Phébus, conducteur du char du soleil, est pris souvent pour le Soleil même. Il naquit dans l'île de Délos, une des Cyclades; sa mère fut Latone; sa soeur Diane.

Le premier usage qu'Apollon fit de ses flèches, fut d'en percer le serpent Python, qui dévastait les champs de la Thessalie; la peau de cet animal servit à couvrir le trépied sur lequel s'asseyait la prêtresse de Delphes. Fier de cette victoire, Apollon osa braver l'Amour et ses traits. Le fils de Vénus tira aussitôt de son carquois deux flèches, dont l'une à pointe d'or donnait l'amour, et l'autre à pointe de plomb inspirait la haine ou le dédain. Il lança la première à Apollon, il décocha la seconde à Daphné, fille du fleuve Pénée. Le dieu éprouve aussitôt une violente passion pour la belle nymphe; et la nymphe, loin de répondre à sa tendresse, prend la fuite et se dérobe à ses regards. Apollon court après elle dans la prairie qui borde le fleuve; il est au moment de l'atteindre... Daphné, épuisée de fatigue, implore le secours de Pénée, qui la métamorphose en laurier. Apollon ne serra entre ses bras qu'un tronc inanimé. Mais cet arbre devint ses délices; il l'adopta, il en détacha un rameau dont il se fit une couronne, et voulut que, dans les siècles suivants, le laurier fût la récompense flatteuse des poètes, des artistes et des guerriers. D'autres disgrâces l'attendaient : il vit mourir son fils Esculape, médecin fameux, que Jupiter foudroya pour le punir d'avoir ressuscité Hippolyte, fils de Thésée. Apollon, n'osant se venger sur Jupiter, tua les Cyclopes, fabricateurs de la foudre; mais cette barbarie eut son châtiment; il fut banni du ciel et condamné à errer sur la terre, soumis aux mêmes infortunes, aux mêmes accidents que les simples mortels. C'est alors qu'il se mit aux gages du troyen Laomédon; c'est alors aussi qu'il chercha une retraite chez Admète, roi de Thessalie, et que, devenu berger, il garda durant plusieurs années les troupeaux de ce prince loyal et hospitalier.

Hyacinthe, fils d'Amyclas, était le plus intime ami d'Apollon; et ce dieu, pour le voir plus souvent, s'était chargé de lui enseigner à tirer de l'arc et à jouer du luth. Zéphyre aimait aussi le jeune Hyacinthe, sans être payé de retour; la confiance et tous les témoignages d'attachement n'étaient que pour Apollon. Tourmenté, aveuglé par la jalousie, Zéphyre ne recula pas devant un crime. Un jour que son heureux rival jouait avec Hyacinthe, il détourna le palet, et le poussa si violemment contre la tempe du jeune homme, que le coup en fut mortel. Apollon appliqua vainement sur la blessure les plantes qui avaient le plus de vertu; son ami expira, et fut changé en une fleur qui porte le nom de hyacinthe on jacinthe.

Apollon avait tout pour plaire : aux qualités de l'esprit, il joignait la beauté du corps, la fraîcheur de la jeunesse, une voix touchante, un port majestueux; et avec tant d'avantages il ne réussit pas toujours à se faire aimer. Coronis, Déiphobe, Cassandre et d'autres femmes, dédaignèrent ses hommages. Son talent même fut méconnu par un satyre nommé Marsyas.

Marsyas, habile musicien de Phrygie, ayant trouvé près d'une fontaine la flûte que Minerve y avait jetée, en tira des accords pleins d'harmonie. Fier des éloges dont il se voyait comblé, il osa faire à Apollon un défi insultant qui fut accepté, mais sous la condition expresse "que le vaincu se mettrait à la discrétion du vainqueur". Les habitants de Nysa furent pris pour juges du combat : Marsyas parut le premier au milieu d'eux. Sa flûte imita tour à tour le gazouillement des oiseaux, le murmure des fontaines, la voix lointaine des échos, les sifflements de l'orage, le cri joyeux des buveurs. L'assemblée ravie éclata en applaudissements. Apollon, sans se laisser intimider par ces marques bruyantes d'approbation, accorda sa voix avec sa lyre, et commanda le silence par un prélude mélancolique. Se livrant ensuite au délire de son art, il fit passer dans tous les coeurs l'ivresse de la volupté. Il chantait "Ariane abandonnée dans une île déserte, Ariane plaintive et gémissante, Ariane qui se reprochait d'avoir quitté un père, une soeur, une patrie pour un volage amant; Ariane qui n'avait pour témoins de sa peine que les rochers insensibles et les vagues mugissantes; Ariane enfin dont la flamme survivait à la trahison du perfide athénien". Les larmes coulèrent des yeux de tous les assistants et la victoire lui fut décernée. Mais sa cruauté ternit la gloire de son triomphe. II fit saisir Marsyas, lui lia les mains derrière le dos, l'attacha au tronc d'un sapin, et l'y écorcha tout vif. Sa mort causa un deuil universel. Les Faunes, les Satyres, les Dryades le pleurèrent, et de leurs larmes naquit un fleuve de Phrygie, qui fut nommé Marsyas.

Après un long exil, Apollon fut rappelé dans l'Olympe, et Jupiter lui rendit son premier emploi.

De tous les dieux, Apollon est celui dont les poètes ont publié le plus de merveilles. Il était le dieu de la Médecine, l'inventeur de la Poésie et de la Musique, le protecteur des campagnes et des bergers; il possédait au plus haut degré la connaissance de l'avenir. La Grèce et l'Italie respectaient ses oracles, dont les plus célèbres étaient ceux de Délos, de Ténédos, de Claros, de Patare, et surtout de Delphes. Les habitants de l'île de Rhodes élevèrent à son honneur une statue colossale de bronze, qui passait pour une merveille. En sa qualité de dieu de la poésie, Apollon instruisait les Muses, et habitait avec elles tantôt les sommets du mont Parnasse, de l'Hélicon et du Pinde, tantôt les bords fleuris du Permesse et de la fontaine d'Hippocrène.

Comme dieu des arts, on le représente sous la figure d'un jeune homme sans barbe, la chevelure flottante, une lyre à la main, et le front ceint de laurier. Comme dieu de la lumière, on le voit, couronné de rayons, parcourir les cieux sur un char attelé de quatre chevaux blancs.

Ses principaux enfants furent l'Aurore; Esculape, dieu de la médecine; Circé, magicienne fameuse; Linus, qui fut le maître d'Orphée, et Phaéton, dont la mort tragique mérite d'être détaillée.

Phaéton, fils d'Apollon et de Clymène, eut un jour un vif démêlé avec Epaphus. Dans la dispute ils s'échauffèrent et en vinrent aux injures. Epaphus alla jusqu'à reprocher à Phaéton de n'être pas le fils du Soleil. "On connaît ton origine", lui dit-il; "ta mère facile n'a imaginé des amours divines que pour mieux cacher sa conduite déréglée". Outré de ce reproche, Phaéton court à la demeure de Clymène : "On me conteste ma naissance", s'écrie-t-il d'un ton pénétré; "on attaque votre honneur, ô ma mère! Vengez votre fils, vengez-vous, ou dites-moi ce qu'il faut faire". Le plan est bientôt conçu. La mère conseille à Phaéton de demander au Soleil la conduite de son char pendant un jour, afin de prouver ainsi à ses détracteurs son origine céleste.

Phaéton monte au palais du Soleil, lui expose l'affront qu'il a reçu, et le supplie de lui accorder une faveur qui démontre à l'univers entier qu'il est son fils. Le Soleil chérissait Phaéton; il jura par le styx de ne lui refuser aucune de ses demandes. "Eh bien, mon père", lui dit-il, "laissez-moi conduire pendant un jour le char de la lumière : à cette marque de votre tendresse, mes ennemis connaîtront l'auteur de mon être". Phébus avait juré par le styx; le serment était irrévocable. Il essaya donc de détourner son fils d'une entreprise aussi périlleuse; mais voyant toutes ses représentations inutiles et le jeune homme de plus en plus obstiné, il appelle en soupirant les Heures matinales. Elles accourent, précédées de l'Aurore; elles attellent les coursiers au char du soleil. Phaéton s'y élance avec orgueil, saisit les rênes étincelantes et daigne à peine écouter son père, qui lui crie: "Dans ton vol trop timide ou trop ambitieux, évite également et la terre et les cieux. Suis le milieu: c'est là le chemin qu'il faut prendre".

Apollon parlait encore, et déjà le présomptueux Phaéton planait sous la voûte azurée. Les coursiers impétueux, ne reconnaissant plus la main de leur maître, se détournent de la route accoutumée; tantôt ils s'élèvent trop haut et menacent d'embraser le ciel; tantôt ils descendent trop bas et dessèchent les rivières. La Terre, calcinée jusque dans ses fondements, gémit, s'agite, lève vers le ciel sa tête brûlante, et conjure le souverain des dieux de mettre fin à ses tourments... Jupiter alarmé saisit la foudre et en frappe l'enfant de Clymène. Tandis que les coursiers achèvent au hasard la carrière du jour, Phaéton, jouet des vents et de la foudre, tourbillonne et tombe dans l'Eridan. Ses soeurs ne peuvent commander à leur désespoir et sont changées en peupliers. Cycnus, ami de Phaéton, succombe au poids de sa douleur et se trouve métamorphosé en cygne. Deux moralités se cachent sous cette fable : Phaéton nous représente un ambitieux, qui forme des entreprises extravagantes et au-dessus de ses forces. Le Soleil est l'image de ces pères faciles, qui n'osent rien refuser à leurs enfants, et causent leur perte par une aveugle condescendance.

Diane

diane
Diane de Versailles
Musée du Louvre

Diane, fille de Latone et soeur d'Apollon, présidait à la chasse. Vouée à ce mâle exercice, elle resta inaccessible aux goûts de son sexe: aucun des prétendants qui cherchèrent à s'en faire aimer ne put y réussir, et le nom de Chaste Diane lui est demeuré. L'histoire d'Endymion ne contredit pas cette histoire. Endymion, berger de Carie, avait obtenu de Jupiter le privilège de ne pas vieillir, et de conserver, jusqu'à la fin de sa vie, l'éclat et la fraîcheur de la jeunesse. Une nuit, à la clarté de la lune, Diane l'aperçut qui dormait sur le mont Latmos, et fut si frappée de sa beauté qu'elle attacha longtemps sur lui un regard admirateur : voilà la fable. La vérité est qu'Endymion, habile astronome de Carie, passait souvent la nuit au sommet des monts, où il s'occupait à observer et à calculer la marche des astres. La lune (ou Diane) éclairait ses veilles prolongées, dans lesquelles, épuisé de travail, il cédait quelquefois au sommeil. Quand la fable dit qu'Endymion ne vieillissait pas, la fable dit vrai, puisque le génie et la science peuvent rendre l'homme immortel. Mais cette même déesse, habituée à combattre les animaux les plus féroces et à répandre leur sang, avait par cela même un naturel farouche, et se portait sans scrupule à des actes d'inhumanité. La mort d'Actéon en est un exemple mémorable.

Actéon, fils d'Aristée et d'Autonoé, n'avait d'autre passion que la chasse. Un jour qu'il avait tué un grand nombre de bêtes sauvages sur le mont Cythéron, et que le soleil était brûlant, il appelle ses compagnons qui se livraient encore, au travers des bois, à leur impétueuse ardeur: "Soyez contents de votre matinée", leur dit-il, "pliez vos toiles, et ne vous tourmentez pas davantage". On obéit et l'on se repose. Près de là était la vallée de Gargaphie, consacrée à Diane, retraite charmante, ombragée de pins et de cyprès, au milieu desquels, entre deux rives émaillées de fleurs, coulait une eau fraîche et limpide. Diane, fatiguée de ses courses, venait d'y arriver avec les nymphes de sa suite pour s'y baigner; Actéon, qui se promenait sans but dans la forêt, eut le malheur de pénétrer dans ce même vallon et de s'approcher du même ruisseau. Les nymphes entendant du bruit et voyant tressaillir le feuillage, poussent un cri... Diane s'indigne contre le téméraire chasseur; et puisant, avec le creux de sa main, de l'eau dans la source, la lui jette à la tête. Sa tête est à l'instant surmontée de cornes rameuses; son cou s'allonge, ses bras deviennent des jambes longues et menues, et tout son corps est couvert d'un poil tacheté : il est métamorphosé en cerf. Ses chiens, qui le découvrent, s'élancent... Il veut leur crier : "Je suis Actéon, reconnaissez Actéon, votre maître!" il ne trouve plus de paroles, plus de voix, et il meurt déchiré par ces mêmes chiens qu'il avait élevés et nourris, et qui, tout à l'heure, bondissant de joie à ses côtés, lui prodiguaient les plus caressantes marques de leur amour.

Les habitants de la Tauride (aujourd'hui Crimée) dont Diane était la divinité, croyaient lui plaire en égorgeant devant ses autels tous les étrangers que la tempête jetait sur le rivage. Elle avait à Aricie un temple desservi par un prêtre qui ne pouvait parvenir à cette fonction qu'en tuant son prédécesseur1. Les Lacédémoniens lui offrirent tous les ans des victimes humaines jusqu'au siècle du sage Lycurgue, qui substitua à cet horrible usage la flagellation. Les noms de Diane ou de Délie lui étaient donnés sur la terre2; mais on l'appelait Lune ou Phébé dans le ciel; Hécate ou Proserpine dans les enfers. De là, les noms de Triple Déesse, de Triple Hécate, de Déesse à trois formes, qu'on trouve quelquefois dans les poètes; de là aussi les sacrifices qu'on lui offrait dans les places où aboutissaient trois chemins.

On représente Diane armée d'un carquois et d'un arc, et suivie d'une meute de chiens; ses jambes et ses pieds sont nus, ou couverts d'un brodequin. On la reconnaît au croissant qu'elle porte sur le front, et à son habit de chasseresse : elle surpasse de toute la tête les nymphes de sa cour. La biche lui était consacrée.

1. Ce temple d'Aricie fut élevé à Diane par Hippolyte, fils de Thésée, après qu'Esculape l'eut ressuscité et que Diane l'eut transporté en Italie.

2. Délie, c'est-à-dire née dans l'île de Délos.

Mercure

mercure
Mercure

C'est en Arcadie, sur le mont Cyllène, que naquit Mercure, fils de Jupiter et de Maïa. Le jour même de sa naissance, il était déjà si adroit et si fort, qu'il lutta avec Cupidon, le renversa d'un croc-en-jambe, et lui vola son carquois. Au moment où les dieux le félicitaient de sa victoire, il déroba l'épée de Mars, le trident de Neptune, la ceinture de Vénus et le sceptre de Jupiter; il allait escamoter la foudre : la crainte de s'y brûler les doigts l'en empêcha.

Tant de friponnerie et d'audace le firent bannir du ciel : il vint sur la terre, en Thessalie, où il passa son adolescence et sa jeunesse. Apollon, exilé, gardait alors les boeufs du roi Admète: Mercure, berger comme lui, trouva commode de se procurer un troupeau à peu de frais. Il profita d'un moment où Apollon, dans un tendre délire, célébrait sur la flûte ses amours pastorales, et adroitement détourna ses boeufs, qu'il emmena et cacha au fond d'une forêt. Ces larcins multipliés le firent envisager comme le dieu des voleurs et des filous. Cependant Apollon ayant découvert l'auteur du vol, se fâcha beaucoup, puis s'adoucit, et tout se termina à l'amiable : Apollon reçut de Mercure une lyre à trois cordes, et lui donna en retour une baguette de coudrier, qui avait la propriété d'apaiser les querelles et de réconcilier les ennemis. Mercure, pour éprouver le pouvoir de ce talisman, le jeta entre deux serpents qui se battaient; soudain ils se réunirent autour de la baguette, y demeurèrent entrelacés, et formèrent ainsi le caducée, principal attribut de Mercure.

La vie pastorale qu'avait menée Mercure, en Thessalie, le fit adorer comme dieu des bergers. L'invention de la lutte, et les exercices corporels dans lesquels il se montrait supérieur, le firent passer pour le dieu des athlètes.

Mais peu satisfait de ces honneurs vulgaires, il essaya une carrière plus brillante : il parcourut les grandes villes, s'établit au milieu des places publiques, et y exerça l'art de l'éloquence. Les orateurs, les rhéteurs se mirent sous sa protection, et il fut appelé le dieu des arts libéraux et des belles-lettres. Voulant joindre l'utile à l'agréable (car la littérature n'enrichit guère), il entreprit le négoce, perfectionna le commerce des échanges, inventa les poids et les mesures, et son nom ne tarda pas à être en honneur chez les marchands et les négociants, qui l'appelèrent le dieu du commerce.

L'exil de Mercure faisait un vide à la cour céleste: on l'y rappela; et comme il avait montré sur la terre beaucoup d'adresse et d'intelligence, Jupiter le nomma son ministre, son interprète et le messager de l'Olympe. En cette qualité, il exécute les commissions des dieux, leurs négociations publiques ou secrètes, importantes ou frivoles, et remplit tour à tour le rôle de valet, d'échanson, d'espion, d'ambassadeur, de satellite et de bourreau. Par l'ordre des dieux, il tua l'incommode Argus, cloua Prométhée sur le mont Caucase, délivra Mars de la prison où l'avaient enfermé les géants, porta Bacchus aux nymphes de Nysa, accompagna Pluton quand ce dieu enleva Proserpine... Il serait trop long de poursuivre ces détails.

Des occupations si nombreuses semblaient devoir absorber son temps et ses forces. C'était lui cependant qui avait le soin de conduire jusqu'aux enfers les âmes des morts, et d'assister à leur jugement définitif devant le tribunal de Minos; c'était lui enfin qui ramenait ces mêmes âmes sur la terre après mille ans écoulés, et les introduisait dans de nouveaux corps.

On représente Mercure jeune, leste, riant, et vêtu d'un petit manteau. Il a des ailes à ses talons, à son bonnet et à son caducée, parce qu'il est le messager des dieux; une chaîne d'or lui sort de la bouche, pour marquer avec quel pouvoir un habile orateur enchaîne les volontés de ceux qui l'écoutent; il tient de la main droite le caducée, emblème d'un ministre plénipotentiaire et conciliateur; de la main gauche, il présente une bourse, symbole du dieu qui protège les marchands. A ses pieds est un coq ou une tortue. Le coq désigne la vigilance que réclament tant de fonctions importantes et difficiles; la tortue rappelle qu'il est l'inventeur de la lyre, faite originairement d'une écaille de cet animal.

Sur les grands chemins, Mercure avait des statues de forme carrée, qui servaient à montrer la limite des champs, ou à indiquer la route aux voyageurs égarés, les statues, appelées en grec Hermès, se plaçaient aussi au milieu des carrefours, et avaient autant de faces qu'il y avait, en cet endroit, de rues aboutissantes. On lui offrait en sacrifice du miel, du lait, et surtout les langues des victimes, parce qu'il était le dieu de l'éloquence.

Bacchus

bacchus
Silène avec Dionysos enfant
Copie de l'école de Lysippe

Bacchus, dieu du vin, fils de Jupiter et de Sémélé, vint au monde dans l'île de Naxos, et fut porté par Mercure en Arabie, chez les nymphes de Nysa, qui le nourrirent dans leurs montagnes. Silène lui apprit à planter la vigne; les Muses lui enseignèrent le chant et la danse.

Quand les géants escaladèrent le ciel, Bacchus revêtit la forme d'un lion, et combattit contre eux avec autant de succès que de vigueur. Jupiter l'excitait dans la bataille en lui criant : Evohé! évohé! courage, courage, mon fils!

Devenu grand, Bacchus entreprit la conquête des Indes. Il marchait, dans cette expédition, à la tête d'une troupe d'hommes et de femmes qui n'avaient d'autres armes que des thyrses, des cymbales et des tambours. Pan, Silène, les Satyres, les Corybantes, et Aristée, l'inventeur du miel, suivaient ses pas. Sa conquête ne coûta pas de sang : les peuples se soumettaient avec joie à un conquérant plein d'humanité, qui leur imposait de sages lois, leur enseignait l'art de cultiver les champs, et leur découvrait l'usage de la vigne. Pressé un jour par la soif, dans les déserts sablonneux de la Libye, il implora le secours de Jupiter; et aussitôt le maître des dieux fit paraître un bélier, qui conduisit Bacchus à une fontaine, où il se désaltéra lui et sa troupe. Dans l'effusion de sa gratitude, il fit bâtir en cet endroit, à l'honneur de Jupiter-Ammon, un temple devenu bientôt célèbre, et où, des trois parties du monde, venaient en foule les adorateurs, quoiqu'il fallût traverser, pour y parvenir, un désert immense et brûlant. A son retour en Grèce, Bacchus épousa une des filles de Minos, roi de Crète, Ariane, abandonnée dans l'île de Naxos par Thésée1.

Malgré sa bienveillance naturelle, Bacchus châtia sans ménagements ceux qui ne voulurent pas le reconnaître pour un dieu, ou qui méprisèrent ses bienfaits.

Les Minéides et Lycurgue éprouvèrent le fatal effet de son courroux.

Les Minéides, filles de Minée, étaient au nombre de trois, Iris, Clymène et Alcithoé. Habiles à broder et à faire de la tapisserie, elles cherchaient, dans le travail, leur plus douce récréation. La fête solennelle de Bacchus était arrivée; toute la population d'Orchomène y prenait part. Les Minéides seules, qui méprisent un culte extravagant, ne veulent quitter ni leurs navettes ni leurs fuseaux, pressent leurs esclaves plus que de coutume, et, se moquant de l'accoutrement des Bacchantes, tournent en ridicule les peaux dont elles s'affublent, le thyrse qu'elles agitent, les couronnes qui ceignent leurs fronts. Ni les conseils de leurs parents, ni les avertissements des prêtres, ni les menaces faites au nom de Bacchus, ne fléchissent leur résolution; elles s'obstinent à travailler, et, sous prétexte de plaire à Minerve, déesse des arts, elles dérobent à Bacchus les heures qui lui sont destinées. Tout à coup, sans voir personne, elles entendent un bruit confus de tambours, de flûtes et de trompettes; elles respirent une odeur de myrrhe et de safran; la toile qu'elles ourdissaient se couvre de verdure; un cep de vigne s'élève de leurs métiers; le palais frémit et s'ébranle; elles croient voir briller dans leurs appartements des torches allumées, et entendre hurler des bêtes féroces. Effrayées de ce prodige et enveloppées de fumée, les Minéides veulent fuir; mais pendant qu'elles cherchent, pour s'y cacher, l'endroit le plus secret du palais, une peau déliée s'étend sur leurs membres, des ailes minces et transparentes couvrent leurs bras. Sans avoir de plumes, elles se soutiennent en l'air; elles s'efforcent de parler : un cri est la seule voix qui leur reste. Devenues chauves-souris, elles se plaisent autour des maisons, et n'habitent pas les forêts; elles fuient la clarté du jour, et ne volent que pendant la nuit.

Lycurgue, roi des Edones en Thrace, ami de Bacchus, l'avait aidé à planter la vigne sur les bords du fleuve Strymon; mais un jour, ayant bu immodérément de la nouvelle liqueur, dont il ignorait l'effet, il tomba dans l'ivresse, outragea sa mère et frappa son fils. Dès ce moment, ennemi déclaré du vin, il s'opposa de toutes ses forces à la propagation de la vigne, coupa les ceps qui tapissaient les coteaux de son territoire, et intima à ses sujets de suivre son exemple. Bacchus ne put envisager froidement des actes qu'il taxait d'impiété; et bannissant de son coeur les sentiments d'amitié qui l'avaient uni à Lycurgue, il fit saisir ce roi, l'entraîna violemment au sein des forêts du mont Pangée, et l'ayant garrotté à un arbre, l'y abandonna aux bêtes féroces.

Les fêtes de Bacchus s'appelaient Orgies ou Bacchanales. Les femmes qui les célébraient se nommaient Bacchantes, Ménades, Thyades, et Bassarides.

Un point essentiel de ces fêtes, était d'y paraître couvert de peaux de boucs, de tigres ou d'autres animaux, soit domestiques, soit sauvages. On s'y barbouillait le visage avec du sang, avec de la lie de vin rouge, ou avec le jus des mûres. On se travestissait comme dans une mascarade; on courait çà et là en poussant des cris, comme le feraient des frénétiques; c'était à qui inventerait le plus de scandales ou de folies. Pour faire le personnage de Bacchus, on choisissait un gros garçon bien nourri, bien réjoui, que l'on plaçait sur un chariot auquel s'attelaient les prétendus tigres, tandis que les boucs et les chèvres gambadaient autour, à l'instar des Faunes et des Satyres. Le vieillard, qui représentait Silène, paraissait sur un âne, à la suite du cortège, et excitait par sa tournure grotesque les éclats de rire des spectateurs. Ces tumultueuses fêtes avaient lieu principalement sur le mont Cithéron, près de Thèbes, et sur les monts Ismare et Rhodope, en Thrace.

Penthée, roi de Thèbes et petit-fils de Cadmus, voyait avec douleur cette licence effrénée des Orgies; et voulant y mettre enfin un terme, il se rendit en personne sur le mont Cithéron, bien déterminé d'y châtier les Bacchantes et leur abominable cortège. Mais ces femmes furieuses, parmi lesquelles se trouvaient sa mère Agavé et ses tantes, se jetèrent sur lui et le massacrèrent.

On représente Bacchus sous la figure d'un jeune homme sans barbe, frais, joufflu, couronné de lierre ou de pampre, tenant le thyrse dans une main, et des grappes de raisin ou une coupe dans l'autre; son vêtement est une peau de léopard. Tantôt il se repose à l'ombre d'une vigne, tantôt il est assis sur un tonneau; quelquefois on le voit dans un char attelé de tigres et de lions; on le peint souvent avec des cornes, symbole de force et de puissance. Les Grecs lui immolaient la pie, parce que le vin rend indiscret, et le bouc, parce que cet animal détruit les bourgeons de la vigne. Sa plante favorite était le lierre, dont la vertu est d'empêcher l'ivresse ou d'en affaiblir le fâcheux effet.

Entre les noms et surnoms donnés à Bacchus par les Grecs et les Romains, six méritent surtout d'être connus. Il est appelé Dionysus ou Dionysius, mot d'une origine controversée; - il est appelé Liber, c'est-à-dire libre, parce que le vin, en épanouissant l'esprit de l'homme, le dégage momentanément de tout souci, et le jette dans une certaine liberté d'actions et de discours; - Evius, mot formé du cri évohé ! par lequel Jupiter encourageait son fils pendant le combat contre les géants; - Iacchus, d'un verbe grec, qui veut dire "crier, vociférer," à cause des clameurs des ivrognes et des éclats bruyants dont retentissent les cabarets; - Thyonéus, du nom de Thyoné que porta Sémélé, mère de Bacchus, après que Jupiter l'eut rappelée à la vie, et admise au séjour des immortels; - enfin Lénéus, c'est-à-dire dieu des pressoirs, ou qui en fut l'inventeur.

Chez les poètes, il est quelquefois surnommé l'Amant d'Erigone, dénomination élégante dont voici l'origine: Erigone, fille d'Icarius roi de Laconie, était la soeur de Pénélope, et avait, comme elle, un caractère timide, circonspect et réservé. Bacchus visitant les diverses contrées de la Grèce, séjourna dans les états d'Icarius, auquel il enseigna l'art d'améliorer la culture de la vigne et d'obtenir des plants d'une qualité supérieure. Erigone était jeune et belle : elle enflamma bien vite le coeur du dieu, qui ne rêva plus qu'aux moyens de plaire, et déploya pour se rendre aimable toutes les saillies d'un esprit jovial, tous les charmes d'une conversation variée et bouffonne. Mais, hélas! Il perdait son temps et sa peine. Les allures bruyantes du dieu-vendangeur, son ton cavalier, ses propos extravagants, ses éternels couplets, étaient antipathiques à la modeste jeune fille; et l'éloignement qu'elle sentait pour lui, croissait avec la persistance même de ses hommages. A peine ouvrait-il la bouche pour lui faire une déclaration ou un simple compliment, qu'elle souriait de pitié, et le laissait achever seul sa harangue. Tout espoir d'être même écouté semblait perdu, et le vainqueur de l'Inde, vaincu à son tour, allait tristement partir, lorsqu'il découvrit qu'Erigone aimait avec passion les raisins, et s'échappait chaque soir pour en aller manger à son aise sur le coteau. Ravi de cette découverte, il court à la vigne d'Icarius, se place sur le passage de la jeune princesse et revêt la forme d'une grappe vermeille pendant à un cep. Erigone arrive, elle aperçoit la grappe à la lueur du crépuscule, s'élance et la cueille. Bacchus reprend aussitôt son premier état, et peut enfin faire écouter à la belle indifférente une déclaration commencée tant de fois, et jamais finie.

1. Suivant une tradition bien différente, Ariane, trahie par Thésée, se donna la mort. Racine y fait allusion dans ces vers de la tragédie de Phèdre; c'est Phèdre qui parle ( act. I, se. 5): Ariane, ma soeur, de quel amour blessée,
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée!

L'Aurore

L'aurore, avant-courrière du Soleil, préside à la naissance du jour. - Les poètes la représentent couverte d'un voile, et assise dans un char vermeil que traînent quatre chevaux blancs. Elle ouvre avec ses doigts de rose les portes de l'orient, répand la rosée sur la terre et fait croître les fleurs. Le Sommeil et la Nuit fuient devant elle; les étoiles disparaissent à son approche.

Elle aima si tendrement Tilhon, qu'elle pria Jupiter d'accorder à ce prince l'immortalité1. Ses voeux furent accomplis; mais comme elle oublia de demander en même temps que Tithon ne vieillît pas, il devint si caduc et si infirme qu'il fallut l'emmailloter et le bercer comme un enfant. Dans cet état, la vie lui sembla un fardeau insupportable; il souhaita mourir, et fut métamorphosé en cigale.

Janus

Le temple de Vesta
Janus
Musée du Vatican

Janus, le plus ancien roi du Latium, était originaire de Thessalie. Lorsqu'il arriva sur les bords du Tibre, les habitants de ces lieux sauvages vivaient sans religion et sans lois. Janus adoucit la férocité de leurs moeurs, les rassembla dans des villes, leur donna des lois, leur fit sentir les charmes de l'innocence, et leur inculqua l'amour de ce qui est juste et honnête. Saturne chassé du ciel choisit le Latium pour sa retraite; et Janus poussa la générosité envers lui jusqu'à l'associer à son empire. Saturne à son tour le doua d'une sagacité extraordinaire, par laquelle il connaissait le passé, le présent et l'avenir. - On représente Janus comme un jeune homme qui a deux ou quatre visages; il tient de la main droite une clef, parce qu'il inventa les portes, et de la gauche un bâton, comme présidant aux chemins. On l'invoquait le premier dans les cérémonies religieuses, et on lui offrait des sacrifices sur douze autels, pour marquer les douze mois de l'année.

Numa lui bâtit à Rome un temple qu'on tenait fermé dans les temps de paix, et qui s'ouvrait aussitôt qu'une guerre venait à éclater. Alors les chefs de la nation, les magistrats, les pontifes, se rendaient solennellement au temple de Janus, détachaient des voûtes du sanctuaire les anciles ou boucliers sacrés, les agitaient, frappaient dessus en cadence, et s'écriaient tous ensemble: "Mars, Mars, réveille-toi!" A l'issue des hostilités, les portes en étaient de nouveau fermées, non d'une manière ordinaire, mais par d'énormes barres de fer et par cent verrous, pour qu'il fût long et difficile de les ouvrir, et que le peuple comprît par là que la guerre, source infinie de calamités, ne doit pas être entreprise sans d'impérieux motifs, et sans avoir été mûrement délibérée.

Les Muses

Les Muses, filles de Jupiter et de Mnémosyne, présidaient aux arts, aux lettres et aux sciences.

On en compte ordinairement neuf:
Calliope, Clio, Melpomène, Thalie, Euterpe, Terpsichore, Erato, Polymnie;
En voilà huit : ajoutez Uranie.

Elles naquirent sur le mont Piérus, et habitèrent tour à tour le Parnasse au double sommet, dans la Phocide; le Pinde, en Thessalie; l'Hélicon, en Aonie (ou Béotie). Le cheval Pégase leur servait de monture. Jupiter les appelait souvent auprès de lui sur le mont Olympe, où elles chantaient les merveilles de la nature, et réjouissaient la cour céleste par leurs concerts. Elles se plaisaient aussi sur les bords du fleuve Permesse, et près des fontaines de Castalie, d'Hippocrène et d'Aganippé.

S'étant un jour éloignées de leur demeure, elles furent assaillies par un orage, et contraintes de chercher un abri. Pyréné, roi de Phocide, vint à leur rencontre, et leur offrit dans son palais une retraite qu'elles acceptèrent. Mais à peine eurent-elles franchi le seuil de cette dangereuse maison, que les portes se fermèrent sur elles, et qu'on les déclara esclaves du tyran. Sa brutalité croyait cette proie assurée, et déjà il marquait de l'oeil sa première victime, lorsque soudain ces neuf soeurs prennent des ailes, s'envolent et fuient avec la légèreté des oiseaux. Pyréné, pour les atteindre, monte à l'étage supérieur du palais, s'élance à leur poursuite, tombe, et se tue.

Une autre fois les Piérides, filles de Piérus roi de Macédoine, fières du talent qu'elles avaient dans la poésie et la musique, traversèrent la Thessalie et une partie de la Grèce, pour venir disputer aux Muses le prix du chant. "Si vous êtes vaincues", dirent-elles aux filles de Mnémosyne, "vous nous céderez le mont Parnasse et les bords fleuris de l'Hippocrène; mais si vous remportez la victoire, nous vous abandonnerons les vallées de la Macédoine et nous chercherons un asile sur les monts glacés de la Thrace". Les Muses acceptèrent le défi, et les Piérides commencèrent. Elles chantèrent longuement, et en vers monotones, le combat de Jupiter et des géants, et exaltèrent outre mesure le courage de ces enfants de la Terre. Pas de vie, pas de couleur dans leurs chants, pas d'ensemble ni d'accord. Calliopese se chargea de répondre. Elle célébra d'abord la puissance infinie du maître de l'univers, qui d'un souffle anime la création et d'un regard plonge tous les êtres dans le néant. Elle chanta ensuite l'histoire de Cérès, ses courses errantes, sa sollicitude maternelle, ses alternatives d'espoir et de crainte, les nombreux bienfaits qui lui méritèrent des temples et des autels. A peine eut-elle fini, que les nymphes prises pour juges lui décernèrent la victoire. Les filles de Piérus éclatèrent alors en murmures, et se mirent à frapper leurs rivales; mais tout à coup leurs corps se couvrirent de plumes noires et blanches; elles furent changées en pies, et allèrent se percher sur les arbres voisins. Sous cette nouvelle forme, elles conservent le même babil, et continuent d'être importunes.

Les Athéniens, passionnés pour la poésie, élevèrent un autel aux Muses; Rome leur consacra trois temples, dans l'un desquels on les invoquait sous le nom de Camoenes ou Chanteuses, parce qu'elles célébraient dans leurs hymnes les dieux et les héros. Les poètes les appellent tantôt Piérides, du mont Piérus où elles naquirent, et de leur victoire sur les filles de Piérus; tantôt les Doctes Soeurs, les Nymphes de la double colline, les Filles de Mémoire, les Neuf Soeurs.

On les représente jeunes, belles, modestes, vêtues simplement, assises à l'ombre d'un laurier ou d'un palmier, et se tenant par la main:
Les Muses, filles du Ciel,
Sont des soeurs sans jalousie;
Elles vivent d'ambroisie,
Et non d'absinthe et de fiel.
Voltaire

Quelquefois Apollon est à leur tête, jouant de la lyre : on lui donne alors le surnom de Musagète, c'est-à-dire de conducteur ou chef des Muses.

Calliope présidait à la Poésie héroïque. On la représente couronnée de laurier, tenant de la main droite une trompette et de l'autre les trois meilleurs poèmes épiques, l'Iliade, l'Odyssée et l'Enéide.

Clio présidait à l'Histoire. Son occupation principale était de conserver le souvenir des actions généreuses et des exploits éclatants. On la représente, (comme Calliope), couronnée de laurier, tenant une trompette de la main droite, et de la gauche un livre ouvert.

Melpomène présidait à la Tragédie. Son costume est riche, son maintien grave, son visage sérieux; elle tient d'une main un poignard ensanglanté, de l'autre un sceptre ou des couronnes. Son front est orné d'un diadème; elle a pour chaussure le cothurne. Quelquefois elle s'appuie sur une massue, pour faire comprendre aux auteurs que la tragédie est un art difficile, qui exige un génie puissant et une imagination vigoureuse.

Thalie, muse de la Comédie, tient un masque à la main. Elle a l'air vif et le regard moqueur; sa tête est couronnée de lierre1 : ses pieds sont chaussés de brodequins.

Euterpe, dont le nom veut dire agréable, réjouissant, présidait à la Musique. On la représente couronnée de fleurs et tenant une flûte à la main.

Terpsichore présidait à la Danse. L'air enjoué, la taille svelte, une attitude légère, des guirlandes autour d'elle, une lyre : voilà ce qui la caractérise.

Erato présidait à la Poésie lyrique et amoureuse. On la représente le front ceint de myrte et de roses, tenant de la main gauche un luth, instrument à cordes dont elle fut l'inventrice. Des tourterelles se becquètent à ses pieds. Près d'elle est un Amour ailé, équipé d'un arc, d'un carquois et d'un flambeau.

Polymnie présidait au Chant et à la Rhétorique. On la représente couronnée de perles, et vêtue d'une robe blanche. Sa main droite est toujours en action, comme celle d'un orateur; sa gauche tient un sceptre ou des chaînes, symbole du pouvoir qu'exerce l'éloquence.

Uranie, muse de l'Astronomie, tient d'une main le globe du monde, et de l'autre un compas. Sa couronne est composée d'étoiles; sa robe en est semée. A ses pieds sont épars quelques instruments de mathématiques.

1. Le lierre, plante toujours verte, est l'emblème de celle immortalité à laquelle aspirent les poêtes.

Le Destin- Les Parques

Le Destin est un dieu aveugle, fils du Chaos et de la Nuit. Il tient sous ses pieds le globe terrestre, et dans ses mains l'urne fatale où est contenu le sort des mortels. Ses arrêts sont irrévocables. Son pouvoir s'étend sur les dieux mêmes. Les Parques, filles de Thémis, exécutent ses ordres.

Les Parques étaient au nombre de trois : Clotho, Lachésis et Atropos, et habitaient ensemble le royaume de Pluton. - On les représente, le plus souvent, sous la figure de femmes pâles et maigres, qui filent en silence à la lueur d'une lampe. Clotho, la plus jeune, tient une quenouille qui est chargée de fils de toutes couleurs et de toutes qualités : d'or et de soie pour les hommes dont l'existence sera heureuse; de laine et de chanvre pour la foule de ceux qu'attendent la pauvreté et le malheur; Lachésis tourne le fuseau où vient s'enrouler le fil que lui a transmis sa soeur; Atropos, la plus âgée, l'oeil morne et attentif, considère leur travail, et, maniant de larges ciseaux, tranche à l'improviste et quand bon lui semble, le tissu fatal. Jeunes et vieux, riches et pauvres, bergers et monarques, rien n'échappe à l'inexorable déité.

Thémis

Thémis ou la Justice, fille du Ciel et de la Terre, tient un glaive d'une main et une balance de l'autre. Elle a un bandeau sur les yeux, pour marquer qu'elle ne doit voir ni le rang ni la qualité des personnes qui ont recours à ses jugements; elle s'appuie sur un lion, pour indiquer que la justice doit être secondée de la force.

Pendant l'âge d'or, la terre fut son séjour de prédilection; mais les crimes de l'âge de fer l'ayant épouvantée, elle se réfugia au ciel, et y fut placée dans cette partie du zodiaque qu'on appelle la Vierge.

Astrée, fille de Thémis, est souvent prise pour la déesse de la justice, et elle ne forme avec sa mère qu'une seule et même divinité.

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