Titus   

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24 juin 79 - 13 septembre 81

Titus empereur Pompéi et Herculanum La mort de Titus




Titus empereur

Vespasien
Titus
Glyptothèque de Munich

Vespasien mort, Titus prit le titre d'Auguste (Titus Flavius Vespasianus, né à Rome le 30 décembre 39 (Suétone, Titus, 2.)). Il avait donc trente-huit ans et demi à son avènement, prit le titre d'Auguste. Elevé à la cour de Néron parmi les jeunes compagnons de Britannicus, il assistait au banquet fatal près de son ami, et goûta peut-être au poison. Il servit avec distinction comme tribun en Germanie, en Bretagne, et on l'a vu terminer la difficile guerre de Judée. Les soldats le comptaient parmi les plus braves; les chefs l'estimaient le plus habile, et d'heureuses qualités lui donnaient une foule d'amis. Cependant le goût qu'il laissait voir pour les festins et les spectacles, sa sévérité dans l'exercice de la préfecture du prétoire et le meurtre de Caecina inspiraient des inquiétudes. Mais les leçons de son père lui avaient profité. Le gouvernement de quatre-vingts millions d'hommes lui parut chose assez sérieuse pour qu'il ne songe plus qu'aux affaires. Son père l'y avait préparé en l'associant à l'empire (Participem atque etiam tutorem imperii agere (Suétone, Titus, 6). Il porta même, du vivant de Vespasien, le titre d'imperator (Orelli, n° 751), non comme prénom, ainsi que faisait le prince régnant, mais parce qu'il avait triomphé avec son père.); il lui avait donné le titre de César, la censure, la puissance tribunitienne, la préfecture du prétoire et sept consulats. Arrivé au pouvoir dans l'âge de la maturité, plein d'expérience, et rassasié de plaisirs par ses excès mêmes, il n'eut plus qu'une passion, celle du bien public. Dès le premier jour il congédia ses amis de débauche; du vivant de son père, il avait déjà fait aux préjugés romains le sacrifice de ses vifs sentiments pour la reine juive Bérénice, qu'il avait renvoyée en Orient1. En prenant possession du grand pontificat, il déclara qu'il garderait ses mains pures de sang, et il tint parole : personne, sous son règne, ne périt par ses ordres. Deux jeunes patriciens avaient été condamnés à mort pour conspiration contre sa personne : il leur pardonna, les fit asseoir à ses côtés aux jeux du Cirque, et quand on lui présenta, suivant l'usage, les épées des gladiateurs, il les leur remit, pour qu'ils choisissent eux-mêmes : confiance peu dangereuse sans doute, mais qui fut fort applaudie. Vespasien, menacé de continuels complots, avait ménagé quelques restes de l'ancienne tyrannie, les délateurs et suborneurs de témoins, sans user de leurs services; Titus les fit battre de verges, vendre ou déporter. Il ruina la délation même lorsqu'il refusa de recevoir les accusations de lèse-majesté, lorsqu'il défendit d'incriminer un fait au nom de plusieurs lois et qu'il accorda la prescription aux morts, en interdisant d'attaquer leur mémoire, passé un certain terme qu'il fixa.

1. Elle était fille du dernier roi des Juifs Agrippa, soeur du jeune Agrippa, roi d'Iturée, veuve de son oncle Hérode, roi de la Chalcidique, et de Polémon, roi de Cilicie. Elle avait treize ans de plus que Titus, et, par conséquent, cinquante-deux ans à la mort de Vespasien. Mais il est probable qu'elle avait quitté Rome cinq ans auparavant. Elle y revint à l'avènement de Titus, sans changer les résolutions du prince. Cf. Josèphe, Ant. Jud., XVIII, 7; XX, 5, etc.; Suétone, Titus, 7; Dion, LXVI, 15, 18.



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Ses prodigalités

Il y avait à craindre que cette bonté ne dégénérât en faiblesse. Ainsi Tibère avait sagement établi que les grâces accordées par un prince seraient confirmées individuellement par son successeur sous peine de nullité; Titus reconnut par un seul acte la validité de toutes les concessions antérieures. C'était plus monarchique, puisque la volonté impériale semblait alors une et immuable, malgré la diversité des princes; mais c'était se priver d'un utile contrôle et lâcher la bride à l'avidité qu'aucune crainte de l'avenir ne retenait plus. Aussi les solliciteurs accoururent; aucun ne fut repoussé; et comme ses conseillers s'effrayaient de ces dons qui épuisaient le trésor et de tant de promesses qu'il ne pouvait tenir : "Il faut", répondit-il, "que personne, ne sorte mécontent de la présence du prince". Au peuple qui, lui, ne sollicitait ni grades ni fonctions, il donna, pour la dédicace du Colisée, des jeux magnifiques qui durèrent cent jours, une naumachie, des gladiateurs, cinq mille bêtes féroces. D'une estrade placée sur le théâtre, il jetait à la foule des boules en bois contenant chacune un bon pour des comestibles ou des vêtements, pour des vases d'or et d'argent, pour des esclaves, des attelages, des troupeaux entiers. Il construisit de nouveaux thermes, où il laissa entrer la population pendant qu'il s'y baignait lui-même; et afin qu'elle retrouvât au moins dans les fêtes sa royauté perdue, il lui montra beaucoup de déférence, plaisantant au théâtre avec l'assistance, déclarant que tout se passerait au gré de l'assemblée, non au sien; que les spectateurs n'avaient qu'à réclamer ce qu'ils voudraient pour aussitôt l'obtenir. Un mot trop admiré peint cette débonnaire facilité : "Ô mes amis !" disait-il en soupirant, "un soir qu'il n'avait rien donné, ô mes amis ! J'ai perdu ma journée !"

Les devoirs d'un chef d'empire sont plus austères, et la popularité acquise de cette sorte, aux dépens des ressources de l'Etat, n'est pas la meilleure; celle de Titus était immense, on le comprend, après l'administration sévère de Vespasien. Hâtons-nous de dire que les populations affligées de quelque fléau le trouvèrent aussi prompt à soulager leurs misères que les courtisans à satisfaire leurs désirs. Une éruption du Vésuve engloutit Herculanum, Pompéi et Stabies; une peste enleva, dans Rome seulement, des milliers de personnes; enfin un incendie, qui dura trois jours, dévora encore une fois le Capitole, la bibliothèque d'Auguste et le théâtre de Pompée. Dans la Campanie, il envoya des consulaires avec beaucoup d'argent, et il appliqua au soulagement des survivants les biens dévolus au lise, par la mort de ceux qui avaient péri dans le désastre sans laisser d'héritiers. A Rome, il se chargea de tout réparer, et, pour faire les fonds nécessaires, il vendit les meubles du palais impérial.

13 septembre 81

La mort de Titus

Ce règne ne dura que vingt-six mois, du 23 juin 79 au 13 septembre 81. Comme Titus allait visiter ses biens paternels dans la Sabine, il fut pris d'une fièvre violente qui bientôt ne laissa plus d'espoir. On rapporte qu'entrouvrant les voiles de sa litière il regarda le ciel avec des yeux pleins de larmes et de reproches. "Pourquoi", disait-il, "sitôt mourir ? Dans toute ma vie il n'y a pourtant qu'une seule chose dont j'aie à me repentir". Quelle chose ? On l'ignore.

Quelques écrivains ont parlé de poison que Domitien lui aurait donné; mais Suétone, qui accepte si aisément les rumeurs sinistres, ne croit pas à celle-là, et les médecins de Titus ont dit à Plutarque que ce prince mourut de bains pris mal a propos. Les Juifs en savaient bien plus long sur cette mort prématurée, et le Talmud raconte encore que Titus, retournant en Italie avec les vases sacrés ravis par lui dans le temple de Jéhovah, fut assailli par une furieuse tempête : "Le Dieu des Juifs", s'écria-t-il, "n'a donc de force que sur la mer où il a déjà englouti Pharaon. S'il est vraiment Dieu, qu'il me combatte sur terre". A ces mots une voix répondit : "Méchant, fils de méchant, j'ai donné la vie à une créature infiniment petite, c'est elle qui combattra pour moi". Dès que Titus eut touché le rivage d'Italie, un moucheron entra dans ses narines et monta dans son cerveau qu'il rongea durant sept années. Un jour que le prince passait devant la boutique d'un forgeron, le bruit du marteau sur l'enclume arrêta l'insecte et l'atroce souffrance. Titus alors donna quatre pièces d'argent par jour à un homme qui se tint près de lui en frappant incessamment sur une enclume. Pendant un mois, le moyen réussit; mais au bout de ce temps l'insecte, accoutumé au bruit, se remit à ronger. Quand Titus mourut, on ouvrit son crâne et on y trouva un moucheron gros comme une hirondelle, armé d'ongles de fer et d'un bec d'airain. Avec cette histoire qu'ils contaient à leurs enfants, les Juifs poursuivaient de leur haine implacable la mémoire du destructeur de Jérusalem.

23 août 79

Pompéi et Herculanum

Les anciens avaient bien reconnu la nature volcanique de cette montagne; mais aucun de ceux qui nous ont conservé les traditions les plus lointaines ne savait qu'elle eût vomi des flammes. Au premier siècle de notre ère, il ne restait qu'une moitié de l'ancien cratère, qu'on peut reconnaître encore, la Somma; l'autre moitié, du côté de la mer, s'était effondrée, et un large plateau couvert de vignes sur ses flancs, à son sommet de buissons hantés par les sangliers, occupait la place du cratère actuel. Pour se représenter les lieux tels qu'ils étaient alors, il faut donc supprimer le cône de cendres noires, haut de 400 mètres, qui s'est élevé au-dessus de l'ancien plateau et d'où le voyageur a une vue incomparable sur Naples, son golfe, ses îles et les cités qui se pressent le long de ces rives enchantées, tandis que sous ses pieds la bouche du volcan s'emplit de bruits menaçants, de fumée et de vapeurs sulfureuses, qui déposent çà et là, sur les pierres tombées à son pourtour, des teintes éclatantes de rouge, de jaune, d'orangé, de violet, comme pour mettre au front de la sombre montagne les restes d'un diadème brisé.

Un tremblement de terre, qui, le 5 février 63, secoua la Campanie et renversa presque toute la ville de Pompéi (Sénèque, Quaest. nat., VI, 1. Herculanum fut aussi en partie détruite. Nucérie, Naples même, en souffrirent), annonçait que les feux souterrains reprenaient leur activité. Le calme revint cependant et dura seize ans, jusqu'au milieu de l'été de 79. Alors les agitations du sol recommencèrent; les puits et les sources tarirent, la mer bouillonnait, et l'on entendait de sourds grondements. Enfin, le 23 août, une immense nuée, semblable à un pin gigantesque dont la tête montait à 5000 mètres de hauteur, apparut au-dessus du Vésuve, sombre et répandant la nuit autour d'elle, mais constamment déchirée par les éclairs. Pline le naturaliste, qui commandait la flotte de Misène, surpris de cet étrange phénomène, voulut, avec une curiosité de savant, l'étudier de près. Il fit armer les galères pour prendre à bord les soldats de marine stationnés à Resina et les gens de la côte qui étaient affolés de terreur. Mais le fond de la mer s'était relevé, et il ne put toucher au rivage, où les vagues brisaient avec fureur, tandis que la cendre, les pierres, pleuvaient sur les vaisseaux. La position devenait dangereuse et sans utilité pour personne; il alla débarquer un peu plus loin, à Stabies, d'où il vit le Vésuve couvert de feux; la lave débordant du nouveau cratère qu'elle venait de s'ouvrir et coulant par les fissures latérales; les gaz combustibles qui s'enflammaient au contact de l'air; enfin la nuée toujours suspendue au-dessus de la montagne et qui, au milieu des ténèbres dont tout le pays était enveloppé, reflétait l'immense incendie. Pline observait tranquillement tous ces phénomènes, prenait des notes et dictait. Sur le soir, il se coucha et dormit d'un profond sommeil. Mais la cour de la maison s'emplissait de cendres; la maison elle-même pouvait à chaque instant s'écrouler. Ses gens l'éveillèrent, et il sortit la tête couverte d'un oreiller, à cause des pierres qui tombaient. On se rendit au bord de la mer; elle était très grosse, et l'on ne put s'embarquer. Pline, fatigué d'une marche pénible, s'étendit à terre. A ce moment, des flammes parurent s'approcher, précédées d'une odeur de soufre. Il se leva soutenu par deux esclaves, mais trop tard, et retomba mort, asphyxié sans doute par l'acide carbonique qui, dans les éruptions volcaniques, se dégage en abondance et, plus lourd que l'air, reste à la surface du sol, où Pline, en se couchant, l'avait respiré (tout ceci, moins la fin bien entendu, est tiré d'une lettre de Pline le Jeune, fils adoptif de son oncle. Une seconde lettre sur la fuite de sa mère et la sienne complète son intéressant récit). Il n'avait que cinquante-six ans.

Pendant que Pline mourait à Stabies, Pompéi, petite ville marchande de douze mille habitants, bâtie près de l'embouchure du Sarno, sur une ancienne coulée de lave, était ensevelie sous 5 mètres de pierres ponces et de cendres; Herculanum, sous 60 ou 80 pieds de boues liquides qui, solidifiées par le temps, portent aujourd'hui les deux villes de Portici et de Resina. Sur une tessera, ou jeton de spectacle, trouvée à Pompéi, étaient marqués la place où celui qui la possédait devait s'asseoir, et le titre d'une comédie de Plaute, Casina, qu'on représenta peut-être la veille du jour où la ville périt.

Les deux cinquièmes de Pompéi sont aujourd'hui déblayés, et le visiteur a l'étrange spectacle d'une ville romaine qui reparaît au jour après dix-huit siècles : petite ville assurément, petites maisons, rues étroites, monuments sans grandeur, art sans éclat, quoique non sans grâce, et cependant tout cela produit une impression profonde. Ce peuple romain a laissé de tels souvenirs, que rien qu'à se trouver dans un de ses plus obscurs municipes, mais d'où il semble titre sorti d'hier, on éprouve une sorte d'impression religieuse.

Livret :

  1. Les Flaviens dans la boutique de Roma Latina

Références supplémentaires :

  1. Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs
  2. Dion Cassius, Histoires romaines
  3. Tacite, Histoires
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