Commode   

18 mars 180 - 31 décembre 192

Commode empereur Tentative d'assassinat Les frères Quintilius Perennis La révolte de Maternus Cléandre Mort de Commode




18 mars 180

Indulgence de Marc Aurèle

Marc-Aurèle fut élevé dans l'école du Portique : la douceur naturelle qui rendait ce prince si cher à ses peuples, était peut-être le seul défaut de son caractère; la droiture de son jugement était souvent égarée par la confiante bonté de son coeur. Il était sans cesse entouré de ces hommes dangereux, qui savent déguiser leurs passions et étudier celles des souverains, et qui, paraissant devant lui revêtus du manteau de la philosophie, obtenaient des honneurs et des richesses en affectant de les mépriser. Son indulgence excessive pour son frère1, sa femme et son fils, passa les bornes de la vertu domestique.

1. C'est-à-dire son frère d'adoption, L. Verus, aussi son collègue : Marc-Aurèle n'avait pas d'autre frère.

18 mars 180

Faustine

Faustine, fille d'Antonin et femme de Marc-Aurèle, ne s'est pas rendue moins célèbre par sa beauté, que par ses galanteries. La grave simplicité du philosophe était un mérite peu propre à charmer une femme légère et frivole, et peu capable de satisfaire ce besoin désordonné de changement qui l'entraînait sans cesse, et qui souvent lui faisait apercevoir un mérite personnel dans le dernier de ses sujets. L'amour chez les anciens était en général une divinité fort sensuelle; et une souveraine obligée par son rang aux avances les plus claires, put difficilement conserver dans ses intrigues, une grande délicatesse de sentiment. Marc-Aurèle paraissait insensible aux désordres de Faustine. Peut-être était-il le seul dans l'empire qui les ignorât. Il éleva plusieurs de ses amants à des emplois considérables; et, pendant trente ans que dura leur union, il ne cessa de lui donner des preuves de la confiance la plus intime; enfin, il eût pour elle une vénération et une tendresse qu'il conserva jusqu'au tombeau. Marc-Aurèle remercie les dieux, dans ses Méditations, de lui avoir accordé une femme si fidèle, et douce, et d'une simplicité de moeurs si admirable. Le sénat complaisant la déclara déesse à sa sollicitation; elle était représentée dans ses temples avec les attributs de Junon, de Vénus et de Cérès. Les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, avaient ordre de s'y rendre le jour de leur mariage, et d'offrir leurs voeux aux autels de cette chaste divinité1.

1. Dion, LXXI , p. 1195 ; Hist. Auguste, p. 33; Commentaire de Spanheim sur les Césars, p. 289. La déification de Faustine est le seul sujet de blâme que le satirique Julien ait pu découvrir dans le caractère accompli de Marc-Aurèle.

18 mars 180

Commode empereur

Nerva
Commode
Roman-Germanic Museum, Cologne

Les vices monstrueux du fils ont affaibli l'éclat des vertus du père : on a reproché à Marc-Aurèle d'avoir sacrifié le bonheur de plusieurs millions d'hommes à une tendresse excessive pour un enfant indigne, et d'avoir choisi son successeur dans sa famille plutôt que dans la république. Cependant la sollicitude de ce tendre père, et les hommes célèbres par leur mérite et par leurs vertus, qu'il appela à partager ses soins, ne négligèrent rien pour étendre l'esprit étroit du jeune Commode, étouffer ses vices naissants, et le rendre digne du trône qu'il devait un jour occuper. En général, le pouvoir de l'éducation est peu de chose, excepté dans ces cas heureux où il est presque inutile. Les insinuations d'un favori débauché faisaient oublier en un moment au jeune César les leçons peu séduisantes d'un philosophe. Marc-Aurèle perdit lui-même le fruit de tous ses soins, en partageant la dignité impériale avec son fils, âgé de treize ou quatorze ans. Ce père trop indulgent mourut quatre ans après; mais il vécut assez pour se repentir d'une démarche inconsidérée, qui affranchissait un jeune prince si impétueux du joug de la raison et de l'autorité.

La soif du pouvoir est, de toutes nos passions, la plus impérieuse et la plus insociable, puisqu'elle amène l'orgueil d'un seul à exiger la soumission de tous. Dans le tumulte des discordes civiles, les lois de la société perdent toute leur force, et rarement celles de l'humanité en prennent la place : l'animosité des partis, l'orgueil de la victoire, le désespoir du succès, le souvenir des injures reçues et la crainte de nouveaux dangers, enflamment l'esprit, et contribuent, à étouffer le cri de la pitié : de là ces scènes cruelles qui ensanglantent les pages de l'histoire. Ce n'est pas à des motifs de ce genre qu'on peut attribuer les cruautés gratuites de Commode, qui, jouissant de tout, n'avait rien à désirer. Le fils chéri de Marc-Aurèle succéda à son père au milieu des acclamations (année 180) du sénat et de l'armée1; et cet heureux prince, lorsqu'il monta sur le trône n'avait autour de lui ni rival à combattre ni ennemis à punir : dans cette haute et tranquille situation, il devait naturellement préférer l'amour de ses sujets à leur haine, et la douce gloire des cinq empereurs qui l'avaient précédé, au sort ignominieux de Néron et de Domitien.

Cependant Commode n'était pas, comme on nous l'a représenté, un tigre né avec la soif insatiable du sang humain, et capable, dès ses premières années, de se porter aux excès les plus cruels; la nature l'avait formé plutôt faible que méchant : sa simplicité et sa timidité le rendirent l'esclave de ses courtisans, qui le corrompirent par degrés. Sa cruauté fut d'abord l'effet d'une impulsion étrangère; elle dégénéra bientôt en habitude, et devint enfin la passion dominante de son âme.

1. Commode est le premier Porphyrogénète (né depuis l'avènement de son père au trône). Par un nouveau raffinement de flatterie, les médailles égyptiennes datent des années de sa vie comme si elles n'étaient pas différentes de celles de son règne. Tillemont, Hist. des Empereurs, t. II, page 752.



automne 180

Son retour à Rome

Commode, à la mort de son père, se trouva chargé du commandement pénible d'une grande armée contre les Quades et les Marcomans1, et, de la conduite d'une guerre difficile2. Une foule de jeunes débauchés vils flatteurs que Marc-Aurèle avait bannis de sa cour, regagnèrent bientôt auprès du jeune empereur leur rang et leur influence. Ils exagérèrent les fatigues et les dangers d'une campagne dans des contrées sauvages, situées au-delà du Danube, et assurèrent ce prince indolent, que la terreur de son nom et les armes de ses lieutenants suffiraient pour réduire des Barbares effrayés ou pour leur imposer des conditions plus avantageuses qu'une conquête. Ils flattaient adroitement ses goûts et sa sensibilité : on les entendait sans cesse comparer la tranquillité, la magnificence et les agréments de Rome, au tumulte d'un camp de Pannonie, où l'on ne connaissait ni le luxe ni les plaisirs. Commode prêta l'oreille a des avis si agréables : tandis qu'il était partagé entre sa propre inclination, et le respect qu'il conservait pour les vieux conseillers de son père, insensiblement l'été s'écoula; il ne fit son entrée dans Rome que l'automne suivant. Ses grâces naturelles, son air populaire, et les vertus qu'on lui supposait, lui attirèrent la bienveillance publique. La paix honorable qu'il venait d'accorder aux Barbares inspirait une joie universelle : on attribuait à l'amour de la patrie l'impatience qu'il avait montrée de revoir Rome, et à peine condamnait-on dans un jeune prince de dix-neuf ans les amusements dissolus auxquels il se livrait.

Marc-Aurèle avait laissé auprès de son fils des conseillers dont la sagesse et l'intégrité inspiraient à Commode une estime mêlée d'éloignement. Pendant les trois premières années de son règne, ils conservèrent les formes, l'esprit même de l'ancienne administration. Entouré des compagnons de ses débauches, le jeune empereur se livrait aux plaisirs avec toute la liberté que donne la puissance souveraine; mais ses mains n'étaient pas encore teintes de sang; il avait même déployé une générosité de sentiments qui pouvait, en se développant, devenir une vertu solide3 : un incident fatal détermina ce caractère incertain.

1. Les Quades occupaient ce qu'on appelle la Moravie : les Marcomans habitaient d'abord les rives du Rhin et du Mein; ils s'en éloignèrent sous le règne d'Auguste, et chassèrent les Boïens de la Bohême, Boïohem; ceux-ci allèrent habiter la Boïoarie, aujourd'hui la Bavière. Les Marcomans furent chassés à leur tour de la Bohême par les Sarmates ou, Slavons, qui l'occupent actuellement. Voyez d'Anville, Géogr. anc., t. I, p. 131 (Note de l'Editeur).

2. Selon Tertullien (Apolog., c. 25), il mourut à Sirmium; mais la situation de Vienne, Vindobona, où les deux Victor placent sa mort, s'accorde mieux avec les opérations de la guerre contre les Quades et les Marcomans.

3. Manilius, secrétaire particulier d'Avilius-Cassius, fut découvert, après avoir été caché plusieurs années. L'empereur dissipa noblement l'inquiétude publique, en refusant de le voir, et en brûlant ses papiers sans les ouvrir. Dion, LXXII.

182-183?

Tentative d'assassinat

L'empereur, retournant un soir à son palais, comme il passait sous un des portiques étroits et obscurs de l'amphithéâtre, un assassin fondit sur lui l'épée à la main, en criant à haute voix : "Voici ce que t'envoie le sénat". La menace fit manquer le coup; l'assassin fut pris; et aussitôt il révéla ses complices. Cette conspiration avait été tramée dans l'enceinte du palais. Lucilla, soeur de Commode, et veuve de Lucius Verus, s'indignait de n'occuper que le second rang. Jalouse de l'impératrice régnante, elle avait armé le meurtrier contre la vie de son frère. Claudius Pompeianus, son second mari, sénateur distingué par ses talents et par une fidélité inviolable ignorait ses noirs complots : cette femme ambitieuse n'aurait pas osé les lui découvrir; mais, dans la foule de ses amants (car elle imitait en tout la conduite de Faustine), elle avait trouvé des hommes perdus, déterminés à tout entreprendre, et prêts à servir les mouvements que lui inspiraient tour à tour la fureur et l'amour. Les conspirateurs éprouvèrent les rigueurs de la justice; Lucilla fut d'abord punie, par l'exil et ensuite par la mort.

182-192

Le sénat

Les paroles de l'assassin laissèrent dans l'âme de Commode des traces profondes. Ce prince, sans cesse alarmé, conçut une haine implacable contre le corps entier du sénat (les conjurés étaient sénateurs, et entre autres l'assassin lui-même, Quintien. (Hérodien, t. I, c. 8); ceux qu'il avait d'abord redoutés comme des ministres importuns, lui parurent tout à coup des ennemis secrets. Les délateurs avaient été découragés sous les règnes précédents, on les croyait presque anéantis : ils parurent de nouveau dès qu'ils s'aperçurent que l'empereur cherchait partout des crimes et des complots. Cette assemblée, que Marc-Aurèle regardait comme le grand conseil de la nation, était composée des plus vertueux Romains, et bientôt le mérite devint un crime. Le zèle des délateurs, excité par l'attrait puissant des richesses, cherchait partout de nouvelles victimes : une vertu rigide passait pour une censure tacite de la conduite irrégulière du prince, et des services importants décelaient une supériorité dangereuse; enfin l'amitié du père suffisait pour encourir toute la haine du fils. Le soupçon tenait lieu de preuve, et il suffisait d'être accusé pour être aussitôt condamné. La mort d'un sénateur entraînait la perte de tous ceux qui auraient pu la pleurer ou la venger, et lorsqu'une fois Commode eût goûté du sang humain, son coeur devint inaccessible aux remords ou à la pitié.

182

Les frères Quintilius

Nerva
Villa des Quintili
Luigi Rossini

Parmi les victimes innocentes qui tombèrent sous les coups de la tyrannie, il n'y en eut pas de plus regrettées que Maximus et Condianus, de la famille Quintilienne. Leur amour fraternel a sauvé leur nom de l'oubli, et l'a rendit cher à la postérité. Leurs études, leurs occupations, leurs emplois, leurs plaisirs, étaient les mêmes : jouissant tous deux d'une fortune considérable, ils ne conçurent jamais l'idée de séparer leurs intérêts. Il existe encore des fragments d'un ouvrage qu'ils ont composé ensemble1; enfin, dans toutes les actions de leur vie, leurs corps paraissaient n'être animés que par une seule âme. Les Antonins, qui chérissaient leurs vertus et se plaisaient à voir leur union, les élevèrent dans la même année à la dignité de consul. Marc-Aurèle leur donna dans la suite le gouvernement de la Grèce, et leur confia le commandement d'une armée, à la tête de laquelle ils remportèrent une victoire signalée sur les Germains. La cruauté propice de Commode les unit enfin dans une même mort2.

1. Cet ouvrage traitait de l'agriculture, et a souvent été cité par les écrivains postérieurs. Voyez P, Needham, Prolegomena ad Geopinoca. Cambridge, 1704, in-8°, p. 17, sqq.

2. Casaubon a rassemblé dans une note sur l'Histoire Auguste, beaucoup de particularités concernant ces illustres frères. Voyez son savant Commentaire, p. 94. Philostrate, dans la Vie du sophiste Hérode, dit que les Quintiliens n'étaient pas d'anciens citoyens romains, mais qu'ils étaient d'origine troyenne.

186

Perennis

Après avoir porté la désolation dans le sein des premières familles de la république, le tyran tourna toute sa rage contre le principal instrument de ses fureurs. Tandis que renfermé dans son palais, Commode se plongeait dans le sang et dans la débauche, l'administration de l'empire était entre les mains de Perennis, ministre vil et ambitieux qui avait assassiné son prédécesseur pour en occuper la place, mais qui possédait de grands talents et beaucoup de fermeté. Il avait amassé une fortune immense par ses exactions, et en s'emparant des biens des nobles sacrifiés à son avarice. Les cohortes prétoriennes lui obéissaient comme à leur chef. Son fils, déjà connu dans la carrière des armes, commandait les légions d'Illyrie. Perennis aspirait au trône; ou, ce qui paraissait également criminel aux yeux de Commode, il pouvait y aspirer, s'il n'eût été prévenu, surpris et mis à mort. La chute d'un ministre est un événement de peu d'importance dans l'histoire générale de l'empire; mais la ruine de Perennis (en 186) fût accélérée par une circonstance extraordinaire, qui fit voir combien la discipline était déjà relâchée. Les légions de Bretagne, mécontentes du gouvernement de ce ministre, formèrent une ambassade de quinze cents hommes choisis, et les envoyèrent à Rome, avec ordre d'exposer leurs plaintes à l'empereur. Ces députés militaires, en fomentant les divisions des prétoriens, en exagérant la force des troupes britanniques, et en alarmant le timide Commode, exigèrent et obtinrent, par la fermeté de leur conduite, la mort de Perennis1. L'audace d'une armée si éloignée de la capitale; et la découverte fatale qu'elle fit de la faiblesse du gouvernement, présageaient les plus terribles convulsions.

1. Dion, LXXII, p. 1210; Hérodien, I, p. 22; Hist. Auguste, page 48. Dion donne à Perennis un caractère moins odieux que ne le font les autres historiens : sa modération est presque un gage de sa véracité. Gibbon loue Dion de la modération avec laquelle il parle de Perennis, et suit cependant, dans son propre récit, Hérodien et Lampride. Ce n'est pas seulement avec modération, c'est avec admiration que Dion parle de Perennis : il le représente comme un grand homme qui vécut vertueux et mourut innocent; peut-être est-il suspect de partialité : mais ce qu'il y a de singulier, c'est que Gibbon, après avoir adopté, sur ce ministre le jugement d'Hérodien et de Lampride, se conforme à la manière peu vraisemblable dont Dion rapporte sa mort. Quelle probabilité en effet, que quinze cents hommes aient traversé la Gaule et l'Italie, et soient arrivés à Rome sans s'être entendus avec les prétoriens, ou sans que Perennis, préfet du prétoire, en ait été informé et s'y soit opposé ? Gibbon, prévoyant peut-être cette difficulté, a ajouté que les députés militaires fomentèrent les divisions des prétoriens; cependant Dion dit expressément qu'ils ne vinrent pas jusqu'à Rome, mais que l'empereur alla au devant d'eux; il lui fait même un reproche de ne leur avoir pas opposé les prétoriens, qui leur étaient supérieurs en nombre. Hérodien rapporte que Commode, ayant appris d'un soldat les projets ambitieux de Perennis et de son fils, les fit attaquer et massacrer de nuit.

186-187

La révolte de Maternus

Un nouveau désordre, dont on avait négligé d'arrêter les faibles commencements, trahit bientôt la négligence de l'administration. Les désertions devenaient fréquentes parmi les troupes : après avoir abandonné leurs drapeaux, les soldats, au lieu de se cacher et de fuir, infestèrent les grands chemins. Maternus, simple soldat, mais d'une hardiesse et d'une valeur extraordinaires, rassembla ces bandes de voleurs, et en composa une petite armée. Il ouvrit en même temps les prisons, invita les esclaves à briser leurs fers, et ravagea impunément les villes opulentes, et sans défense de la Gaule et de l'Espagne. Les gouverneurs de ces provinces avaient été pendant longtemps spectateurs tranquilles de ces déprédations; peut-être même en avaient-ils profité; ils furent enfin arrachés à leur indolence par les ordres menaçants de l'empereur. Environné de tous côtés, Maternus prévit qu'il ne pouvait échapper; le désespoir était sa dernière ressource : il ordonne tout à coup aux compagnons de sa fortune de se disperser, de passer les Alpes par pelotons et sous différents déguisements, et de se rassembler à Rome pendant la fête tumultueuse de Cybèle1. Il n'aspirait à rien moins qu'à massacrer Commode, et à s'emparer du trône vacant. Une pareille ambition n'est pas celle d'un brigand ordinaire. Les mesures étaient si bien prises, que déjà ses troupes cachées remplissaient les rites de Rome : la jalousie d'un complice découvrit cette singulière entreprise, et la fit manquer au moment que tout était prêt pour l'exécution.

1. Durant la seconde guerre punique, les Romains apportèrent de l'Asie le culte de la mère des dieux. Sa fête, Magalesia, commençait le 4 avril, et durait six jours : les rues étaient remplies de folles processions; les spectateurs se rendaient en foule aux théâtres, et l'on admettait aux tables publiques toutes sortes de convives. L'ordre et la police étaient suspendus, et le plaisir devenait la seule occupation sérieuse de toute la ville. Voyez Ovide, de Fastis, IV, 189, etc.

186-189

Cléandre

Nerva
Commode

Les princes soupçonneux donnent souvent leur confiance aux derniers de leurs sujets, dans cette fausse persuasion que des hommes sans appui, et tirés tout à coup d'un état vil, seront entièrement dévoués à la personne de leur bienfaiteur. Cléandre, successeur de Perennis, avait pris naissance en Phrygie. Envoyé à Rome comme esclave, il servit d'abord dans le palais impérial, et s'y rendit bientôt nécessaire à son maître, en flattant ses passions. Enfin, il monta rapidement au premier rang de l'empire; son influence sur l'esprit de Commode fut encore plus grande que celle de son prédécesseur. En effet, Cléandre n'avait aucun de ces talents, capables d'exciter la jalousie de l'empereur, ou de lui inspirer de la méfiance.

L'avarice était la passion dominante, de cette âme vile, et le grand principe de son administration. On vendait publiquement les dignités de consul, de patricien et de sénateur. Un citoyen sacrifiait la plus grande partie de sa fortune pour obtenir ces vains honneurs. Son refus de les acheter aurait été interprété comme une marque secrète de mécontentement. Dans les provinces, le ministre partageait avec les gouverneurs les dépouilles du peuple; l'administration de la justice était vénale et arbitraire. Non seulement un criminel opulent obtenait avec facilité la révocation de la sentence qui le condamnait, mais il pouvait aussi faire retomber la peine sur l'accusateur, les témoins et le juge, et ordonner même leur supplice.

Dans l'espace de trois ans, Cléandre amassa des trésors immenses : on n'avait pas encore vu d'affranchi posséder tant de richesses1. Commode, séduit par les présents magnifiques que l'habile courtisan déposait à propos au pied du trône, fermait les yeux sur sa conduite. Cléandre crut aussi pouvoir imposer le silence à l'envie. Il fit élever, au nom de l'empereur, des bains, des portiques et des places destinées aux exercices publics (ces bains étaient situés près de la porte Capêne). Il se flattait que les Romains, trompés par cette libéralité apparente, seraient moins touchés des scènes sanglantes qui frappaient tous les jours leurs regards; il espérait qu'ils oublieraient la mort de Byrrhus, sénateur d'un mérite éclatant, et gendre du dernier empereur, et qu'ils perdraient le souvenir de l'exécution d'Arias Antoninus, le dernier qui eût hérité du nom et de la vertu des Antonins. L'un, plus vertueux que prudent, avait essayé de découvrir à son beau-frère le véritable caractère du favori. Le crime de l'autre était d'avoir prononcé, lorsqu'il commandait en Asie, une sentence équitable contre une des indignes créatures de Cléandre. Après la chute de Perennis, les terreurs de Commode, s'étaient montrées sous les apparences d'un retour à la vertu. On l'avait vu casser les actes les plus odieux de ce ministre, livrer sa mémoire à l'exécration publique, et attribuer à ses conseils pernicieux les fautes d'une jeunesse sans expérience. Ce repentie ne dura que trente jours, et la tyrannie de Cléandre fit souvent regretter l'administration de Perennis.

La peste et la famine vinrent mettre le comble aux calamités de Rome (Hérodien, I, p. 28 - Dion, LXXII : celui-ci prétend que pendant longtemps, il mourut par jour à Rome deux mille personnes). Le premier de ces maux pouvait être imputé à la juste colère des dieux : on crut s'apercevoir que le second prenait sa source dans un monopole de blés soutenu par les richesses et par l'autorité du ministre. On se plaignit d'abord en secret; enfin le mécontentement public éclata dans une assemblée du cirque. Le peuple quitta ses amusements favoris pour goûter le plaisir plus délicieux de la vengeance. Il courut en foule vers un palais situé dans un des faubourgs de la ville, et l'une des maisons de plaisance de l'empereur. L'air retentit aussitôt de clameurs séditieuses. L'on demandait à haute voix la tête de l'ennemi public. Cléandre, qui commanda les gardes prétoriennes2, fit sortir un corps de cavalerie pour dissiper les mutins. La multitude prit la fuite avec précipitation du côté de la ville. Plusieurs personnes restèrent sur la place; d'autres, en plus grand nombre, furent mortellement blessées : mais lorsque la cavalerie prétorienne voulut s'avancer dans les rues, elle fut arrêtée par les pierres et les dards que les habitants faisaient pleuvoir du haut de leurs maisons. Les gardes à pied3, jalouses depuis longtemps des prérogatives et de l'insolence de la cavalerie prétorienne, embrassèrent le parti du peuple. Le tumulte devint une action régulière, et fit craindre un massacre général. Enfin les prétoriens, forcés de céder au nombre, lâchèrent pied, et les flots de la population en fureur vinrent de nouveau se briser, avec une violence redoublée, contre les portes du palais. Commode, plongé dans la débauche, ignorait seul les périls qui le menaçaient. C'était s'exposer à la mort que de lui annoncer de fâcheuses nouvelles. Ce prince avait été victime de son indolente sécurité, sans le courage de deux femmes de sa cour, Fadilla, sa soeur aînée, et Marcia, la plus chérie de ses concubines, se hasardèrent à paraître en sa présence. Les cheveux épars, et baignées de larmes, elles se jetèrent à ses pieds, et, animées par cette éloquence forte qu'inspire le danger, elles peignirent vivement la fureur du peuple, les crimes du ministre, et l'orage prêt à l'écraser sous les ruines de son palais. L'empereur, effrayé sort tout à coup de l'ivresse, du plaisir, et, fait exposer la tête du ministre aux regards avides de la multitude. Ce spectacle si désiré apaisa le tumulte. Le fils de Marc-Aurèle pouvait encore regagner le coeur et la confiance de ses sujets.

1. Dion-Cassius (LXXII) observe qu'aucun affranchi n'avait encore possédé autant de richesses que Cléandre.

2. Tuncque primum tres profecti protorio fuere : inter quos libertinus. Quelques restes de modestie empêchèrent Cléandre de prendre le titre de préfet du prétoire tandis qu'il en avait toute autorité. Les autres affranchis étant appelés, selon leurs différentes fonctions, a rationibus, ab epistolis, Cléandre se qualifiait a pugione, comme chargé de défendre la personne de son maître. Saumaise et Casaubon ont fait des commentaires très vagues sur ce passage. Le texte de Lampride ne fournit aucune raison de croire que Cléandre ait été celui des trois préfets du prétoire qui se qualifiait a pugione : Saumaise et Casaubon ne paraissent pas non plus le penser. Voyez Hist. Auguste, p. 48; le Comm. de Saumaise, p. 116; le Comm. de Casaubon, p. 95.

3. Hérodien, I, p. 31. - On ne sait si cet auteur veut parler de l'infanterie prétorienne ou des cohortes de la ville, composées de six mille hommes, mais dont le rang et la discipline ne répondaient pas à leur nombre. Ni M. de Tillemont ni Wotton n'ont voulu décider cette question. Il me semble que ce n'en est pas une : le passage d'Hérodien est clair, et désigne les cohortes de la ville. Comparez Dion, p. 797.

189-192

Plaisirs dissolus de Commode

Mais tout sentiment de vertu et d'humanité était éteint dans l'âme de Commode. Laissant flotter les rênes de l'empire entre les mains d'indignes favoris, il n'estimait de la puissance souveraine que la liberté de pouvoir se livrer, sans aucune retenue, à toutes ses passions. Il passait sa vie dans un sérail rempli de trois cents femmes remarquables par leur beauté et d'un pareil nombre de jeunes garçons de tout rang et de tout état. Lorsqu'il ne pouvait réussir par la voie de la séduction, cet indigne amant avait recours à la violence. Les anciens historiens n'ont pas rougi de décrire avec une certaine étendue ces scènes de prostitution, qui révoltent également la nature et la pudeur. Commode, employait dans les plus viles occupations les moments qui n'étaient pas consacrés à la débauche.

L'influence d'un siècle éclairé et les soins vigilants de l'éducation n'avaient pu inspirer à cette âme grossière le moindre goût pour les sciences. Jusqu'alors aucun empereur romain n'avait paru tout à fait insensible aux plaisirs de l'imagination. Néron lui-même, excellait ou cherchait à exceller dans la musique et dans la poésie; et nous serions bien loin de l'en blâmé, si des études qui ne devaient être pour lui qu'un délassement agréable, ne fussent pas devenues à ses yeux une affaire sérieuse et l'objet le plus vif de son ambition. Mais Commode, dès ses premières années montra de l'aversion pour toute occupation libérale ou raisonnable : il ne se plaisait que dans les amusements de la population; les jeux du cirque et de l'amphithéâtre, les combats de gladiateurs et la chasse des bêtes sauvages. Marc-Aurèle avait placé auprès de son fils les maîtres les plus habiles dans toutes les parties des sciences. Leurs leçons inspiraient le dégoût, et étaient à peine écoutées, tandis que les Maures et les Parthes, qui enseignaient au jeune prince à lancer le javelot et à tirer l'arc, trouvaient un élève appliqué, et qui bientôt égala ses plus habile instituteurs dans la justesse du coup d'oeil et dans la dextérité de la main.

189-192

Les chasses sauvages

De vils courtisans, dont la fortune tenait aux vices de leurs maîtres, applaudissaient à ces talents si peu dignes d'un souverain. La voix perfide de la flatterie ne cessait de le comparer aux plus grands hommes de l'antiquité. C'était, disait-on, par des exploits de cette nature, c'était par la défaite du lion de Némée et par la mort du sanglier d'Erymanthe, que l'Hercule des Grecs avait mérité d'être mis au rang des dieux, et s'était acquis sur la terre une réputation immortelle. Lorsque l'empire romain se fut élevé sur les débris de tant d'Etats déjà civilisés, depuis longtemps les bêtes farouches fuyaient l'aspect de l'homme, et s'étaient retirées loin des grandes habitations : il fallait traverser des déserts pour les surprendre dans leurs retraites; et on les transportait ensuite, à grands frais, dans Rome, où elles tombaient, avec une pompe solennelle, sous les coups d'un empereur. De pareils exploits ne pouvaient que déshonorer le prince et opprimer le peuple1. Ces considérations échappèrent à Commode : il saisit avidement une ressemblance glorieuse, et s'appela lui-même l'Hercule romain. Ce nom paraît encore aujourd'hui, sur quelques-unes de ses médailles. On voyait auprès du trône, parmi les autres marques de la souveraineté, la massue et la peau de lion. Enfin l'empereur eut des statues où il était représenté dans l'attitude et avec les attributs de ce dieu dont il s'efforçait tous les jours, dans le cours de ses amusements féroces, d'imiter l'adresse et le courage.

1. Les lions d'Afrique, lorsqu'ils étaient pressés par la faim, infestaient avec impunité les villages ouverts et les campagnes cultivées. Ces animaux étaient réservés pour les plaisirs de l'empereur et de la capitale, et le malheureux paysan qui en tuait un, même pour sa défense, était sévèrement puni. Cette loi cruelle, fut adoucie par Honorius, et annulée par Justinien, Code Théod., tome V, p. 92, et Comment. Gothofred.

189-192

Commode, gladiateur

Enivré par ces louanges qui étouffaient en lui par degrés tout sentiment de respect humain, Commode résolut de donner au peuple romain un spectacle dont jusqu'alors quelques favoris avaient seuls été témoins dans l'enceinte du palais. Au jour fixé, la flatterie, la crainte, la curiosité, attirèrent à l'amphithéâtre une multitude innombrable. D'abord on admira l'adresse merveilleuse du prince qu'il visât au coeur, ou à la tête de l'animal, le coup était également sûr et mortel. Armé de flèches dont la pointe se terminait en forme de croissant, Commode arrêtait souvent la course rapide de l'autruche, et coupait en deux le long cou de cet oiseau. Une panthère venait d'être lâchée, déjà elle se jetait sur un criminel tremblant : aussitôt le trait vole, la bête tombe, et l'homme échappe à la mort. Cent lions remplissent à la fois l'amphithéâtre; cent dards, partis de la main assurée de Commode, les percent à mesure qu'ils parcourent l'arène. Ni la masse énorme de l'éléphant ni la peau impénétrable du rhinocéros ne peuvent garantir ces animaux du coup fatal. L'Inde et l'Ethiopie avaient fourni leurs animaux les plus rares; et, de tous ceux qui parurent dans l'amphithéâtre, plusieurs n'étaient connus que par les ouvrages des peintres et les descriptions des poètes1. Dans tous ces jeux, on prenait toutes les précautions imaginables pour ne pas exposer la personne de l'Hercule romain à quelque coup désespéré de la part d'un de ces sauvages animaux, qui aurait bien pu conserver peu d'égards pour la dignité de l'empereur ou la sainteté du dieu.

Mais le dernier de la population ne put voir sans indignation son souverain entrer en lice comme gladiateur, et se glorifier d'une profession déclarée infâme, à si juste titre, par les lois et par les moeurs des Romains2. Commode choisit l'habillement et les armes du sécuteur, dont le combat avec le rétiaire formait une des scènes les plus vives dans les jeux sanglants de l'amphithéâtre. Le sécuteur était armé d'un casque, d'une épée et d'un bouclier. Son antagoniste, nu, tenait d'une main un filet qui lui servait à envelopper son ennemi, et de l'autre un trident pour le percer. S'il manquait le premier coup, il était forcé de fuir et d'éviter la poursuite du sécuteur, jusqu'à ce qu'il fût de nouveau préparé à jeter son filet. L'empereur combattit sept cent trente-cinq fois comme gladiateur. On avait soin d'inscrire ces exploits glorieux dans les fastes de l'empire, et Commode, pour mettre le comble à son infamie, se fit payer, sur les fonds des gladiateurs, des gages si exorbitants, qu'ils devinrent pour le peuple romain une taxe nouvelle autant qu'ignominieuse. On supposera facilement que le maître du monde sortait toujours vainqueur de ces sortes de combats. Dans l'amphithéâtre, ses victoires n'étaient pas toujours sanglantes; mais lorsqu'il exerçait son adresse dans l'école des gladiateurs ou dans son propre palais, ses infortunés antagonistes recevaient souvent une blessure mortelle de la main du prince, forcés ainsi d'appuyer du témoignage de leur sang, l'hommage que leur adulation rendait à sa supériorité (Victor rapporte que Commode ne donnait à ses antagonistes qu'une lame de plomb, redoutant, selon toutes les apparences, les suites de leur désespoir).

1. Commode tua une girafe (Dion, LXXII), Cet animal singulier, le plus grande et le plus doux des grands quadrupèdes, ne se trouve que dans l'intérieur de l'Afrique. On n'en avait pas encore vu en Europe depuis la renaissance des lettres; et M. de Buffon, en décrivant la girafe (Hist. nat., tome XIII), n'avait pas osé la faire dessiner.

2. Les princes sages et vertueux défendirent aux sénateurs et aux chevaliers d'embrasser cette indigne profession sous peine d'infamie, ou, ce qui semblait encore plus redoutable à ces misérables débauchés, sous peine d'exil. Les tyrans, au contraire, employèrent pour les déshonorer des menaces et des récompenses : Néron fit paraître une fois sur l'arène quarante sénateurs et soixante chevaliers. Juste-Lipse, Saturnalia, II, 12. Ce savant a heureusement corrigé un passage de Suétone, in Nerone, c. 12.

189-192

Son infamie

Commode dédaigna bientôt le nom d'Hercule; celui de Paulus, sécuteur célèbre, fut désormais le seul qui flattât son oreille : il fut gravé sur des statues colossales, et répété avec des acclamations redoublées (les sénateurs furent obligés de répéter six cent vingt-six fois : Paulus, premier des sécuteurs, etc.), par un sénat consterné, et forcé d'applaudir aux extravagances du prince. Claudius Pompeianus, cet époux vertueux de la coupable Lucilla, osa seul soutenir la dignité de son rang. Comme père, il permit à ses fils de pourvoir à leur sûreté en se rendant à l'amphithéâtre; comme Romain, il déclara que sa vie était entre les mains de l'empereur, mais que pour lui, il ne pourrait jamais se résoudre à voir le fils de Marc-Aurèle prostituer ainsi sa personne et sa dignité. Malgré son noble courage, Pompéianus n'éprouva pas la colère du tyran; il fut assez heureux pour conserver sa vie avec honneur1.

1. L'intrépide Pompéianus usa cependant de quelque prudence, et il passa la plus grande partie de son temps à la campagne, donnant pour motif de sa retraite son âge avancé et la faiblesse de ses yeux. Je ne l'ai jamais vu dans le sénat, dit Dion, excepté pendant le peu de temps que régna Pertinax. Toutes ses infirmités disparurent alors subitement, et elles revinrent soudain dès que cet excellent prince eût été massacré. Dion, LXXIII.

192

La conspiration

Commode était parvenu au dernier degré du vice et de l'infamie. Au milieu des acclamations d'une cour avilie, il ne pouvait se dissimuler à lui-même qu'il méritait le mépris et la haine de tout ce qu'il y avait d'hommes sages et vertueux : cette conviction, l'envie qu'il portait à toute espèce de mérite, des alarmes bien fondées, l'habitude de répandre le sang, qu'il avait contractée au milieu de ses plaisirs journaliers, tout irritait son caractère féroce. L'histoire, nous a laissé une longue liste de consulaires sacrifiés à ses soupçons. Il recherchait avec un soin particulier ceux qui étaient assez malheureux pour avoir des relations, même éloignées, avec la famille des Antonins; il n'épargna pas les ministres de ses crimes et de ses plaisirs1. Enfin sa cruauté lui devint funeste. Il avait versé impunément le sang des premiers citoyens de Rome; il périt dès qu'il se rendit redoutable à ses propres domestiques. Marcia sa favorite, Eclectus chambellan du palais, et Lætus, préfet du prétoire, alarmés du sort de leurs compagnons, et de leurs prédécesseurs, résolurent de prévenir leur perte, qui semblait inévitable; ils tremblaient sans cessé d'être les victimes du caprice aveugle de l'empereur, ou de l'indignation subite du peuple.

1. Les préfets étaient changés tous les jours, et même presque à toute heure. Le caprice de Commode devint souvent fatal à ceux des officiers de sa maison qu'il chérissait le plus. Hist. Auguste, p. 46, 51.

31 décembre 192

Mort de Commode

Un jour (31 décembre 192) que Commode revenait de la chasse très fatigué, Marcia profita de cette occasion pour lui présenter une coupe remplie de vin. Ce prince voulut ensuite se livrer au sommeil; mais tandis qu'il était tourmenté par la violence du poison et les effets de l'ivresse, un jeune homme robuste, lutteur de profession, entra dans sa chambre, et l'étrangla sans résistance. Le corps fut porté secrètement hors du palais avant que l'on eût eu le moindre soupçon dans la ville, ni même à la cour, de la mort de l'empereur. Ainsi périt le fils de Marc-Aurèle, et ainsi fut abattu, sans la moindre peine, un tyran détesté, qui, défendu par les moyens artificiels de l'autorité, avait opprimé pendant treize ans plusieurs millions d'hommes, dont chacun en particulier avait reçu de la nature une force semblable et des talents égaux à ceux du prince.

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