Métamorphoses diverses d'après Ovide

Phtlémon et Baucis

Baucis, femme pauvre et âgée, vivait avec son mari Philémon, aussi vieux qu'elle, dans une cabane couverte de chaume. Jupiter et Mercure, parcourant la Phrygie sous une figure humaine, furent partout rebutés, et ils ne trouvèrent d'asile que sous le toit hospitalier de Philémon et de Baucis. Un dîner champêtre fut servi aux deux voyageurs avec autant de cordialité que d'empressement. A la fin du repas, les dieux s'annoncèrent pour ce qu'ils étaient; et, ayant conduit ces pieux époux sur une éminence voisine, ils leur dirent de tourner la tête et de regarder le pays. Philémon et Baucis virent tous les environs submergés, excepté leur chaumière, qui s'était changée en un temple magnifique. Pendant que ce spectacle les frappait d'étonnement, Jupiter leur promit d'exaucer les voeux qu'ils feraient; les deux époux demandèrent seulement d'être les ministres de ce temple, et de ne pas mourir l'un sans l'autre. Leurs souhaits furent accomplis : la garde du temple leur fut confiée, et, parvenus à une extrême vieillesse, ils furent métamorphosés dans le même instant, Baucis en tilleul, et Philémon en chêne.

Pyrame et Thisbé

Thisbé, la plus aimable des jeunes filles de Babylone, avait pour amant Pyrame, jeune homme accompli, qui habitait une maison contiguë à la sienne. L'hymen eût couronné leur flamme, si leurs parents, désunis par un long procès, n'eussent mis des obstacles à cette alliance. Mais ces obstacles mêmes ne firent qu'augmenter leur attachement.

Après des tentatives réitérées auprès de leurs pères, après bien des soumissions et des démarches infructueuses, ils formèrent l'insensé projet de s'enfuir de Babylone à la faveur de la nuit; et, afin de ne pas s'égarer, ils se donnèrent un rendez-vous au mausolée de Ninus, et sous le mûrier blanc qui le couvre. Tout auprès coulait une source limpide. Thisbé réussit la première à s'échapper de la demeure paternelle, et à sortir des murs de la ville. Couverte d'un voile, elle arrive au tombeau de Ninus et s'assied sous l'arbre indiqué. Une lionne, la gueule encore rougie du sang des boeufs qu'elle venait de dévorer, arrive en même temps au même endroit, pour étancher sa soif dans l'eau de la source. Aux rayons de la lune, Thisbé aperçoit cette bête féroce, et gagne précipitamment la grotte voisine; mais dans sa course elle laisse par malheur tomber son voile. La lionne, désaltérée, s'éloigne et retourne vers les forêts; sur sa route, elle trouve le voile qu'avait perdu Thisbé, et le met en pièces avec ses dents ensanglantées.

Pyrame, qui est sorti plus tard de la ville, reconnaît sur le sable les traces de l'animal, et tremble pour les jours de Thisbé; mais lorsqu'il trouve le voile sanglant, il ne doute plus de l'accident qu'il appréhende; il se persuade qu'elle a péri. Hors de lui-même, il arrive sous l'arbre du rendez-vous; il y arrose de larmes le voile de son amante, et se donne la mort d'un coup d'épée.

Cependant Thisbé, revenue de sa frayeur, sort de la retraite où elle s'était cachée, s'approche du mûrier, et reconnaît le corps inanimé de Pyrame, près du voile fatal qui a causé son erreur, "Je te suivrai dans la mort", dit-elle, "et ne te quitterai point; nos parents ne refuseront pas d'unir nos restes dans le même tombeau." Elle dit, et, appuyant son sein contre la pointe de l'épée encore fumante, elle se laisse tomber, et expire. Le mûrier sous lequel Pyrame et Thisbé venaient de périr fut teint de leur sang, et le fruit qu'il portait devint dès cet instant d'un noir pourpré.

Europe

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L'enlèvement d'Europe
Jean Cousin

Musée des Beaux-arts de blois

Europe, fille d'Agénor roi de Phénicie, et soeur de Cadmus, était d'une beauté éclatante. Jupiter la vit, et résolut de l'enlever. Mais, pour mieux atteindre son but, il se métamorphosa en taureau, se mit à paître dans la prairie, voisine de la mer, où Europe jouait avec ses compagnes, et bientôt par son allure douce et caressante, par ses grâces et par son tendre meuglement, il attira les regards des jeunes phéniciennes. Europe s'approche du paisible animal, l'orne de guirlandes, lui offre des herbes fleuries, flatte mollement son cou de sa blanche main, et ose enfin s'asseoir sur son dos. Ses compagnes allaient suivre son exemple; le perfide taureau ne leur en laisse pas le temps: il s'échappe, court droit à la mer et s'y jette. Europe pousse un cri d'effroi, tend les bras vers le rivage, pâlit, frissonne, quand elle voit les flots entr'ouverts, et les monstres marins qui bondissent à ses côtés.

Occupée naguère à cueillir des fleurs dans la prairie, et à tresser gaiement les couronnes destinées aux nymphes, elle ne découvrait plus, dans l'obscurité de la nuit, que les étoiles et les ondes. Sitôt qu'elle eut touché les bords de l'île de Crète: "0 mon père", s'écria-t-elle, transportée de douleur, "ô mes frères et mes amies, près de qui je passais des jours si paisibles! Où suis-je? Où vais-je? Est-ce une illusion qui m'abuse?... Avoir quitté ma patrie et mes pénates! Avoir osé franchir la vaste étendue des mers!... Ah! si l'on me livrait ce monstre exécrable! Dans la fureur qui me possède, je trouverais des forces pour le mettre en pièces, pour briser les cornes de ce taureau que tout à l'heure j'admirais tant!... Malheureuse! Que tardes-tu à quitter la vie? Avec cette ceinture qui t'est restée, tu peux, suspendue à ce chêne, terminer ton sort : à moins que tu n'aimes mieux, esclave avilie, filer de tes royales mains la tâche qu'il plaira à une étrangère de t'imposer." Telles étaient ses plaintes. Vénus l'écoutait avec un malin sourire, et près d'elle son fils, tenant son arc détendu. Quand la déesse eut assez joui de ce barbare plaisir: "Modère", lui dit-elle, "modère cette fureur, si l'odieux taureau vient lui-même te livrer ses cornes pour les briser. Ignores-tu que tu es l'épouse de Jupiter? Apaise tes sanglots : apprends à soutenir la haute fortune où tu es appelée. Une partie de l'univers portera désormais ton nom."

- On a donné à cette fable diverses explications: voici une des plus naturelles. Des marchands crétois qui trafiquaient sur la côte de Phénicie, ayant vu la jeune Europe, dont la beauté les frappa, l'enlevèrent pour leur roi Jupiter-Astérius; et comme leur vaisseau portait sur la proue un taureau blanc, on publia que Jupiter s'était changé en taureau pour enlever cette princesse. La fable ajoute qu'Europe, devenue l'épouse du roi de Crète, sut si bien gagner l'amour de ses peuples qu'ils lui rendirent après sa mort des honneurs divins. Ses fils, Minos, Rhadamanthe et Sarpédon, auraient suffi d'ailleurs pour éterniser son souvenir.

Midas

Midas, riche et stupide roi de Phrygie, était l'ami du dieu Pan et de Bacchus.

Un jour que Pan, au milieu des nymphes, répétait des airs sur sa flûte à sept tuyaux, enorgueilli des éloges dont il était l'objet, il osa préférer les accords de son rustique instrument à ceux de la lyre d'Apollon; il eut même l'audace de proposer un défi, que le dieu de l'harmonie accepta sans balancer. Les deux rivaux prirent pour arbitre le vieux Tmolus, roi de Lydie; autour d'eux les nymphes et Midas formaient un cercle nombreux et attentif. Pan le premier tira de son chalumeau quelques airs grotesques, dont l'oreille de Midas fut ravie. Apollon chanta ensuite, et maria les sons de sa voix aux accords divins de sa lyre. Tmolus, en extase, décida que la flûte de Pan devait céder à la lyre d'Apollon, et les nymphes unanimes applaudirent à ce jugement. Midas seul réclama la victoire pour le dieu Pan, et débita un long discours en faveur de son ami. Il parlait encore, lorsqu'il sentit éclore sous sa chevelure une paire d'oreilles longues et velues... Effrayé de ce prodige, Pan prit la fuite et ne dit mot: Apollon se retira vengé. Midas, confus, essaie de cacher ses oreilles sous un diadème. Son barbier les voit, et brûle de publier une si plaisante aventure. Mais craignant la vengeance de Midas, et ne pouvant garder un secret trop pesant pour lui, il va dans une plaine éloignée, il y creuse la terre, et raconte tout bas, dans le trou qu'il a fait, l'histoire des oreilles miraculeuses; il le referme ensuite, croyant de cette manière avoir enseveli son secret. Peu de mois après, la terre produisit en cet endroit une forêt de roseaux, qui ne cessaient de répéter, quand le vent les agitait: "Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne."

Fatigué de se voir en butte à mille traits satiriques, Midas quitta la Phrygie, et se retira auprès de Bacchus, qui, pour le consoler, offrit de lui accorder la première grâce qu'il demanderait. Le prince était d'une avarice sordide; il demanda et obtint de pouvoir changer en or tout ce qu'il toucherait. Mais, avant la fin du jour, il eut à se repentir cruellement de son souhait. Les aliments, en approchant de ses lèvres, se changeaient en or, et il serait mort de faim au milieu de ses richesses, si Bacchus, touché de sa peine, ne lui eût conseillé de se laver dans le Pactole, fleuve de Lydie. Ce prince obéit, fut délivré de son incommode privilège, et le Pactole roula dès ce jour, avec ses flots, des parcelles d'or.

Acis et Galatée

Galatée, la plus douce des Néréides, aimait tendrement Acis, berger de Sicile, et elle était payée de retour. Mais Polyphème s'était aussi épris de la belle nymphe: Polyphème, le plus hideux des cyclopes. Sa hauteur était celle d'une montagne; sa bouche, qu'entourait une barbe épaisse, s'étendait jusqu'à ses oreilles; au milieu de son front ridé, un oeil rond et unique dominait deux narines pendantes. Tantôt il gardait ses troupeaux sur le rivage; tantôt il poursuivait dans le fond des bois les daims et les ours; plus souvent il attendait les voyageurs sur des chemins écartés, les attirait dans son antre, les égorgeait pendant leur sommeil, et dévorait leurs membres palpitants. Avec cette figure et ce caractère, Polyphème s'avisa d'aimer Galatée, et il se flatta de s'en faire aimer; il fit tout du moins pour lui plaire. Tantôt sur sa musette à sept tuyaux il murmure des airs lamentables; tantôt avec un râteau de fer il peigne ses noirs cheveux, et taille avec une faux sa barbe touffue; tantôt il s'agenouille piteusement devant la grotte qu'elle habite. Un jour qu'il cheminait, triste et rêveur, sur le bord de la mer, il aperçut Acis, à qui la nymphe semblait promettre un éternel amour. Exaspéré à cette vue, il pousse un cri : Galatée se cache sous les ondes, Acis fuit parmi les roseaux; mais Polyphème a découvert son rival; il saisit une pierre énorme, la lui jette au front et le tue. Galatée au désespoir, et ne pouvant rappeler son amant à la vie, le changea en un fleuve qui coule en Sicile et porte le nom d'Ara.

Périphas

Périphas, un des plus anciens rois de l'Attique, se fit tellement aimer de ses sujets par sa justice et ses vertus, qu'ils lui décernèrent, de son vivant même, les honneurs de l'apothéose, et lui dédièrent un temple, sur le frontispice duquel on lisait en lettres d'or: "A Jupiter Bienfaiteur et Conservateur". Le maître des dieux ne put voir sans jalousie un simple mortel obtenir de pareils hommages, et il résolut d'exterminer Périphas et toute sa famille. Mais, se laissant fléchir aux instances d'Apollon, il changea le prince athénien en aigle, oiseau majestueux qui porte la foudre, et qui est consacré à Jupiter.

Clytie

Clytie, nymphe de l'océan, fut aimée d'Apollon, qui l'abandonna pour s'attacher à Leucothoé, fille d'Orchame roi de Babylone. Clytie inconsolable des froideurs du dieu, se retira dans le désert, où elle se nourrissait des plus grossiers aliments : couchée sur le sable la nuit et le jour, les cheveux en désordre et le visage baigné de larmes, elle tournait continuellement ses regards vers le soleil. Apollon par pitié la changea en héliotrope (ou tournesol), plante qui, selon l'opinion commune, regarde toujours l'astre de la lumière1. Ainsi malgré sa métamorphose, Clytie montre encore l'amour qu'elle conserve pour Apollon.

1. Quelques-uns disent qu'on a donné à cette plante le nom d'héliotrope ou tournesol, parce qu'elle fleurit pendant les grandes chaleurs, lorsque le soleil est dans le tropique du Cancer.

Athamas et Ino

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Fury of Athamas
John Flaxman

Rotunda of Ickworth House, Ickworth House

Athamas, roi de Thèbes, épousa Néphélé, qui le rendit père d'un fils et d'une fille (Phryxus et Hellé), célèbres dans la fable. Ces deux enfants vivaient tranquilles à la cour, lorsque Athamas, d'un caractère léger et d'une humeur inconstante, se dégoûta de sa femme qu'il prétendait atteinte de folie, la répudia, et épousa Ino, princesse illustre, fille de Cadmus. Les noces en furent célébrées avec une pompe extraordinaire. Athamas pouvait se dire le plus fortuné des époux; et deux fils, Léarque et Mélicerte, issus de ce nouveau mariage, ajoutaient encore à son bonheur. Mais ce bonheur devait être aussi fugitif qu'un songe; car Ino, jalouse des enfants du premier lit, auxquels revenait de droit l'empire de Thèbes, ne cessait de leur être hostile, et d'exercer sur eux de barbares traitements. Déjà même elle se familiarisait avec l'idée d'un double attentat, et en tramait le complot, lorsque Phryxus et Hellé, avertis à temps, montèrent sur un bélier ailé et à toison d'or que possédait le riche Athamas, et s'enfuirent au travers des airs en Colchide.

Ino triomphait; Ino restait seule l'objet des hommages : un trône attendait ses fils. Mais Junon, qui détestait la famille de Cadmus depuis que Jupiter avait enlevé Europe, soeur de ce prince, ne put voir avec indifférence la prospérité et les joies d'Ino, et, dans l'excès de son dépit, elle forma le plus infâme des projets. Elle appelle Tisiphone, et lui dit : "Je veux que la maison d'Athamas soit réduite en cendres, et que tu engages ce prince dans un crime dont l'univers frémisse d'horreur". - "Vous serez obéie, grande reine : retournez au ciel." A ces mots Tisiphone revêt sa robe ensanglantée, arme sa main droite de serpents, prend de la gauche une torche incendiaire, et sort des enfers.

Arrivée devant le palais d'Athamas, sa présence en fait trembler le seuil; son haleine en infecte les appartements : le soleil épouvanté cache ses rayons. Athamas et son épouse veulent fuir : la Furie les arrête, et, secouant les serpents dont sa main est entrelacée, elle en jette un contre Ino, un autre contre Athamas, et disparaît. Athamas est aussitôt saisi d'une démence mêlée de rage; il se démène, il écume, il parcourt les corridors de son palais, en criant d'une voix rugissante: "Courage, compagnons! Tendez vos filets dans ce bois; j'y découvre une lionne avec ses lionceaux." Et en même temps il poursuit la reine, qu'il prend pour une bête féroce, arrache d'entre ses bras le jeune Léarque, et l'ayant fait pirouetter trois fois, l'écrase contre un mur. En proie à un semblable délire, Ino pousse des hurlements et fuit du palais, où déjà tourbillonne un vaste incendie. Pâle, échevelée, et emportant son fils Mélicerte, elle traverse les campagnes, arrive au bord de la mer, gravit une roche élevée, et se précipite dans l'abîme des eaux. L'abîme les reçoit et les engloutit. Mais à la demande de Vénus, Neptune prit en compassion leur triste sort; et, les dépouillant l'un et l'autre de ce qu'ils avaient de mortel, les changea en deux divinités marines : Ino sous le nom de Leucothoé, et Mélicerte sous celui de Palémon.

Echo - Narcisse

Echo, fille de l'Air, aimait si éperdument Narcisse, qu'elle le suivait dans les bois, à la chasse, au bord des fontaines, au fond des déserts, espérant obtenir de lui quelque mot favorable, quelque regard d'amitié, quelque témoignage d'intérêt. Peine inutile : un opiniâtre dédain était l'unique salaire de tant d'avances. Navrée de chagrin, et honteuse de s'être abaissée à tant de démarches humiliantes, Echo se retira dans l'épaisseur des forêts, n'habita plus que les antres et les cavernes, et tomba dans un tel état de dépérissement et de maigreur, qu'il ne lui resta que les os. Ses os mêmes furent métamorphosés en rocher, et il ne lui resta enfin que la voix.

Narcisse, jeune homme d'une grande beauté, était fils du fleuve Céphise et de la nymphe Liriope.

Quand il vint au monde, sa mère consulta le devin Tirésias sur la future destinée de cet enfant, et elle reçut pour réponse "que Narcisse parviendrait à une vieillesse avancée s'il ne se connaissait jamais." Un jour qu'il parcourait les campagnes, il aperçut son image dans une source limpide, devint amoureux de sa propre figure, et ne voulut plus s'éloigner du miroir des eaux. Plus il se regardait, plus sa folle passion prenait d'accroissement : il soupirait, tendait les bras à l'objet aimé, s'efforçait de le saisir et de l'embrasser, et versait des larmes de dépit et de douleur. Fixé jour et nuit auprès de cette fontaine, il s'y consuma d'inanition, de mélancolie et d'amour. En descendant des montagnes, les nymphes voient Narcisse, qui venait d'expirer, et ne peuvent retenir leurs gémissements. Elles se dispersent dans toute la contrée, et rassemblent à grands cris leurs compagnes pour célébrer les funérailles de leur ami. Couronnées de cyprès, elles s'avancent lentement vers la source fatale : mais elles n'y trouvent plus le corps de celui qu'elles regrettent. A sa place s'élève une fleur nouvelle, qu'on appela narcisse, et qui fut consacrée à Pluton, à Proserpine et aux Euménides.

Egérie

Egérie était une nymphe du Latium à laquelle les Romains rendaient un culte religieux. Numa Pompilius voulant rédiger des lois pour son peuple encore barbare, se retirait fréquemment dans les bois qu'habitait la nymphe Egérie, lui demandait des avis, et obtenait d'elle de précieuses directions. Leur attachement mutuel dura autant que leur vie. Quand Numa mourut, Egérie en fut si désolée qu'elle ne cessait de pleurer, et que ses gémissements, ses cris, ses sanglots, interrompirent plus d'une fois les sacrifices de Diane. Cette déesse, émue de pitié, la changea en une fontaine, qui fut nommée Egérie, et dont les eaux ne tarissent pas.

- Quelques auteurs ont voulu voir dans Egérie le symbole de la solitude, qui prodigue ses faveurs à l'esprit méditatif, au philosophe, au sage. - D'autres ont prétendu que Numa ne feignit des conférences avec une nymphe inspirée que pour donner à ses lois une sanction divine, et rendre le peuple romain plus docile à s'y conformer.

Latone et les Lyciens

Latone, fille du titan Céus, était si parfaitement belle qu'elle captiva le coeur du maître des dieux, et causa tant de dépit à Junon que cette reine jalouse lui voua une haine éternelle, la bannit de l'Olympe, et fit promettre à la Terre de ne lui accorder aucun lieu pour se reposer. Peu satisfaite de cette vengeance, elle envoya contre elle un serpent monstrueux nommé Python, qui la poursuivait partout et qui allait la dévorer, lorsque Neptune, d'un coup de son trident, fit sortir du milieu des flots et rendit stable Délos, île jusqu'alors cachée et flottante. Latone, que Jupiter venait de métamorphoser en caille, s'y réfugia, y recouvra sa première forme, et mit au monde, à l'ombre d'un palmier (d'autres disent d'un olivier), Apollon et Diane. Mais le calme dont elle jouissait à Délos ne fut pas de longue durée : Junon découvrit cette retraite, et Latone fut contrainte de s'enfuir. Elle erra longtemps en diverses contrées, et parcourut la plus grande partie de l'univers.

Un jour qu'elle traversait la Lycie, elle arriva près d'un marais où travaillaient quelques paysans. Epuisée de fatigue et de soif, elle leur demande de l'eau pour se désaltérer. "Vous me sauverez la vie", dit-elle; "venez à mon aide!" Mais les Lyciens, excités par Junon, lui refusent ce léger service, et troublent même l'eau, en y jetant des pierres et des bâtons. Latone indignée invoque Jupiter, qui, pour punir ces inhumains, les change en grenouilles, animaux qui aiment et habitent la fange.

Niobé

Niobé, fille de Tantale roi de Lydie, épousa Amphion, roi de Thèbes, et en eut quatorze enfants, qui tous répondirent aux soins que cette mère attentive avait pris de leur éducation. Ses fils étaient bien faits, agiles, vigoureux; ses filles possédaient toutes les vertus de leur sexe et de leur rang. Niobé pouvait se dire la plus heureuse des mères.

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Mort des enfants de Niobé
Abraham Bloemaert

National Gallery of Denmark, Copenhagen

Mais tout entière à ses devoirs domestiques, elle négligeait trop le culte des dieux de la patrie. Latone surtout, qui n'avait que deux enfants (Apollon et Diane), était l'objet de son indifférence, quelquefois même d'une raillerie coupable; et tandis que le peuple se rendait en foule au sanctuaire d'Apollon, Niobé se promenait sur un char avec sa brillante famille, comme pour braver la divinité de Thèbes et lui ravir l'encens des mortels. Offensée de tant d'orgueil, Latone invoqua son fils et sa fille, et les pria de la venger: voeu cruel, qui ne tarda pas à être accompli. Apollon découvrit, dans les plaines voisines de Thèbes, les fils de Niobé qui s'exerçaient à la lutte et à la course, et il les perça de ses flèches. A cette affreuse nouvelle, les soeurs de ces princes accoururent tout éplorées sur les remparts, et elles tombèrent au même instant sous les coups invisibles de Diane. Niobé se traîne mourante vers le théâtre de tant d'horreurs; elle s'assied devant les cadavres de ses enfants; elle y demeure immobile; elle ne donne plus aucun signe de vie; elle est métamorphosée en rocher.

Un tourbillon de vent l'emporta en Lydie, vers le sommet du mont Sipyle; et dès ce jour coulèrent de ce rocher deux sources d'eau vive.

- Cette fable est fondée sur un événement des plus tragiques. Sous le règne d'Amphion, époux de Niobé, la ville de Thèbes fut envahie par la peste. Les sept fils du roi et ses sept filles en furent atteints et succombèrent, malgré la promptitude des secours. Niobé vit expirer en quelques heures sa famille entière, et elle ne put mourir ! Sa constitution physique résista aux miasmes pestilentiels, et aux déchirements de son coeur. Muette et impassible, elle resta plusieurs jours dans un état d'immobilité, dont un rocher battu par les flots peut donner quelque idée. Couverte de voiles funèbres, pâle, abattue, cette infortunée sortit de Thèbes, sans cortège, et retourna en Lydie, son pays natal, pour y épancher sa douleur. A l'aspect des lieux de son enfance, à la vue de sa vieille nourrice et des compagnes de son jeune âge, les larmes de l'attendrissement inondèrent ses joues; des sanglots et des cris soulagèrent sa poitrine oppressée... Mais elle ne vécut que peu de mois; et l'on grava cette inscription sur une statue élevée à sa mémoire : MERES FECONDES, MOI AUSSI J'AI CONNU VOS JOIES : PUISSIEZ-VOUS A JAMAIS IGNORER MES PEINES!

Battus

Quand Mercure déroba les troupeaux d'Apollon, et les cacha dans la forêt de Nélée, le berger Battus fut le seul témoin de ce vol. Mercure, craignant qu'il ne le dénonçât, lui offrit la plus belle des génisses s'il voulait garder le silence sur ce larcin. Battus accepta sans peine la génisse, et promit de se taire. Mais comme le dieu prudent se défiait de la discrétion du berger, il fit semblant de se retirer, et vint peu après, sous une autre figure et avec une autre voix, lui offrir un boeuf et un vêtement complet, s'il voulait révéler le lieu où étaient cachés les troupeaux. Tenté par l'appât de ce nouveau gain, Battus raconta ce qu'il savait. Mercure alors, ne pouvant contenir son indignation, se révéla à cet infidèle berger, et le métamorphosa en pierre de touche.- Cette pierre, indiscrète comme Battus, ne sait rien cacher : elle fait connaître la nature des métaux que l'on frotte à sa superficie; elle découvre aux orfèvres la qualité de l'or, sa pureté, sa finesse, son titre.

Progné, Térée et Philomèle

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Tereus confronté à la tête de son fils
Paul Rubens

Prado Museum, Madrid

Progné, fille de Pandion roi d'Athènes, épousa Térée roi de Thrace, et en eut un fils appelé Itys.

Il y avait cinq ans que Progné vivait en Thrace, lorsqu'un matin elle dit à son époux : "Si vous m'aimez, permettez que ma soeur Philomèle, dont je suis séparée depuis si longtemps, vienne me voir: j'implore cette grâce de votre bonté." Térée y consent. Il fait mettre un vaisseau en mer, y monte lui-même, et arrive au port d'Athènes. Dès qu'il est dans le palais de son beau-père, il lui expose le but de son voyage et les voeux si naturels de Progné. Il parlait encore, lorsque Philomèle entra, parée de ses plus riches ornements, mais plus belle de ses attraits. A sa vue, le coeur de Térée s'enflamme; son discours devient plus vif et plus pressant; ses instances sont mêlées de sanglots. Philomèle, qui chérit sa soeur, et qui ignore ce qui se passe dans l'âme de son beau-frère, insiste avec non moins d'ardeur. Pandion ne peut résister; il cède, mais à regret; une vague inquiétude le suit.

Aussitôt que le navire est en pleine mer, Térée avoue à Philomèle les émotions qu'il éprouve, et lui déclare son amour. Elle demeure interdite, elle s'indigne, elle repousse de téméraires propos, elle cherche à ramener son beau-frère à des sentiments de générosité et de vertu. Térée la menace : Philomèle ne peut plus se contenir. "Monstre!" s'écrie-t-elle, "ne crois pas m'effrayer par tes menaces! A peine sortie de ce vaisseau, je publierai ton odieux procédé; je soulèverai contre toi ton peuple et le mien; et, en attendant, j'appelle sur ta tête scélérate les foudres de Jupiter !" A ce discours, Térée dont la colère l'emporte sur l'amour, saisit Philomèle par les cheveux, lui lie les mains derrière le dos, et tandis qu'elle implore la pitié des dieux, lui saisit la langue avec des tenailles, et l'arrache. Philomèle tombe évanouie, baignée de sang. Revenue peu à peu à elle et ouvrant les yeux, elle se trouve enfermée dans un château solitaire, au milieu des bois.

Après ce crime, Térée ose encore approcher de la demeure de Progné, qui, ne soupçonnant rien, et du plus loin qu'elle le voit paraître, s'élance au-devant de lui, et demande sa soeur. Il ne répond que par des gestes et des soupirs artificieux; il lui dit enfin, en pleurant, "qu'elle a cessé de vivre". Les larmes qu'il versait en abondance persuadèrent Progné; elle prend des habits de deuil, dresse un cénotaphe, et rend à Philomèle les devoirs funèbres. Un an s'était écoulé depuis que Philomèle gémissait dans sa prison, où elle n'avait d'autre délassement que de travailler à des ouvrages de tapisserie. Ne pouvant fléchir ses gardiens par des prières, puisqu'elle était muette, ni se dérober à leur vigilance, elle imagina de tracer avec de la soie rouge sur un canevas blanc sa déplorable aventure. Quand l'ouvrage fut achevé, elle le remit à une des esclaves, et lui fit comprendre, par des signes expressifs, qu'elle destinait ce voile à Progné. La commission fut exécutée. Progné, déployant ce tissu, y découvrit le crime de Térée, et, sans s'arrêter à de vaines lamentations, médita aussitôt les moyens de punir le tyran. Les dames de Thrace célébraient alors les fêtes de Bacchus, appelées orgies; le mont Rhodope retentissait du bruit des tambours et des cymbales, lorsque Progné sortit du palais pendant la nuit, vêtue en bacchante, un thyrse à la main et couronnée de pampre. Confondue avec les autres Ménades, elle feignit un enthousiasme surnaturel, et les conduisit au vieux château où sa soeur était captive. Les portes en sont brisées, et le gardien massacré. Philomèle, tirée de sa prison, revêt un costume de bacchante, et arrive en même temps que sa soeur au palais du roi.

Pendant que Progné roule dans son esprit un projet de vengeance, elle aperçoit Itys, son fils, qui accourt à elle pour l'embrasser. Cet objet, loin de l'attendrir, accroît sa frénésie : elle le saisit, le coupe par morceaux, sans même détourner les yeux, et le fait cuire pour le repas du soir. Térée, qui ne s'est aperçu de rien, se met à table sans défiance, et, sur la fin du souper, demande qu'on lui amène son fils. "Ce que tu demandes est ici", lui dit froidement Progné. Il se retourne, et voit entrer Philomèle, les cheveux épars, qui lui jette la tête de l'enfant. A cette vue, il pousse un cri de désespoir, et prend son épée, dont il veut frapper les cruelles soeurs; mais elles fuyaient si rapidement qu'elles semblaient voler : elles avaient en effet des ailes. Philomèle, métamorphosée en rossignol, chercha la solitude des bois, et y soulagea sa tristesse par des accords pleins d'une touchante langueur; Progné, changée en hirondelle, conserva sur son plumage les traces du sang d'Itys. Pandion, leur père, ne survécut pas à tant de malheurs, et mourut dans un âge peu avancé.

Memnon

Memnon, roi d'Ethiopie, fils de Tithon et de l'Aurore, fut dès son adolescence un héros. Neveu de Priam, il vint avec dix mille guerriers au secours de son oncle, dont les Grecs assiégeaient la capitale, et sa bravoure y excita les applaudissements des deux armées. Plusieurs capitaines ennemis, atteints de sa lance, avaient succombé, et entre autres Antiloque, fils du vieux Nestor; mais lui-même tomba sous les coups d'Achille, dont Nestor avait réclamé le bras vengeur. A la nouvelle de ce fatal événement, l'Aurore, inconsolable, alla conjurer le maître de l'Olympe d'accorder à Memnon quelque honneur qui le distinguât de tous les autres mortels; et Jupiter lui promit que ce fils, objet de son désespoir, reprendrait la vie, mais sous une forme différente. En effet, lorsque la flamme consuma le corps de Memnon, on vit sortir de son bûcher des oiseaux blancs, qui se divisèrent en deux bandes, et se rassemblèrent ensuite sur son tombeau, pour y combattre les uns contre les autres, et faire de leur sang une libation en son honneur : on appela ces oiseaux Memnonides. Mais cette distinction accordée à son fils ne put adoucir les regrets de l'Aurore : chaque jour, depuis ce temps, elle n'a cessé de verser des larmes, qui forment la rosée, et que boit avidement la terre languissante.

- A en croire la Fable, les Ethiopiens élevèrent près de Thèbes, à la mémoire de Memnon, une statue colossale, qui, frappée des premiers rayons du jour, rendait un son clairet harmonieux, et le soir dans l'obscurité, faisait entendre des sons plaintifs: comme si elle jouissait du retour de l'Aurore, et s'affligeait de son départ. Les ruines de ce monument subsistent encore, et sont un sujet d'admiration pour les voyageurs.

Céyx et Alcyone

Céyx, roi de Trachine en Thessalie, avait vu mourir en peu d'années un frère qui était son meilleur ami, une nièce chérie dont il était le père adoptif, et un jeune fils, dont les succès précoces faisaient concevoir à la patrie les plus glorieuses espérances. Ces catastrophes successives avaient jeté ce prince dans une mélancolie profonde; le souvenir de tant de séparations le suivait partout, l'assiégeait partout, dans la solitude comme dans les fêtes, au sein des affaires publiques et dans ses occupations privées. Il forma donc le projet d'aller consulter, sur cette fatale disposition, l'oracle d'Apollon à Claros.

Alcyone, sa femme, attachée à lui par la plus tendre affection, n'envisageait ce voyage qu'avec crainte, et s'efforçait de l'en détourner, à Céyx, lui disait-elle, "les plus sinistres pressentiments me troublent, depuis que votre dessein m'est connu. Je rêve chaque nuit à des tombeaux et des fantômes; chaque nuit j'entends gronder à mon oreille la voix des tempêtes. Renoncez à partir, ou permettez que je vous suive. Eloignée de vous, mon esprit sera en proie à de continuelles alarmes; à vos côtés, je ne souffrirai que des maux réels." Céyx qui n'avait pas moins d'amour pour Alcyone qu'elle n'en avait pour lui, fut d'abord ébranlé; mais bientôt réfléchissant à l'urgente nécessité de ce voyage, il lui dit: "Quoique la moindre absence doive nous paraître un siècle à tous deux, je vous jure, par la clarté du ciel, que si les destins ne s'opposent invinciblement à mon retour, vous me reverrez avant deux mois." Cette promesse calma un peu la douleur d'Alcyone; et dans l'espoir d'une courte séparation, elle n'insista plus. Le vaisseau fut équipé et mis en mer.

Pendant cette scène, Alcyone dormait : mais de quel sommeil! Elle s'agitait, se tourmentait dans sa couche, poussait des soupirs entrecoupés : Céyx lui apparaissait en songe; Céyx s'approchait d'elle, et, s'appuyant sur son lit, lui disait : "Ma chère Alcyone, reconnaissez-vous Céyx? La mort l'a-t-elle assez changé pour le rendre méconnaissable? Jetez les yeux sur moi, et vos doutes cesseront; mais au lieu de votre époux, vous ne verrez que son ombre. Vos voeux, ma chère Alcyone, n'ont point été exaucés : j'ai perdu le jour; vous n'aurez pas la douceur de me revoir. Assailli par la tempête, mon vaisseau a été submergé, dans le temps même que je prononçais votre nom. Ce n'est point une personne suspecte qui vient vous annoncer cette nouvelle; ce ne sont point des bruits populaires et toujours incertains qui vous en informent : c'est moi-même, c'est votre cher Céyx, qui vous apprend l'histoire de son malheur. Levez-vous promptement, donnez des larmes au plus tendre des époux, revêtez vos habits de deuil, et ne permettez pas que mon ombre descende aux enfers sans avoir reçu le tribut légitime de vos regrets."

A ce songe affreux, à ce discours déchirant, Alcyone pousse un cri, se lève en sursaut, cherche de tous côtés si elle ne le voit pas... Ses femmes s'étaient aussi réveillées à ce bruit, étaient accourues avec des flambeaux, et lui demandaient la cause de son trouble. "Alcyone n'est plus!" s'écrie-t-elle d'une voix égarée; "elle n'est plus! Elle a perdu la vie avec son cher Céyx! Le même naufrage les a fait périr l'un et l'autre. Je l'ai vu, je l'ai reconnu, pâle, défiguré, et se soutenant à peine: voilà la place où il était, voilà où je viens de le voir. Séparés par son voyage, nous serons du moins réunis par le trépas." L'agitation l'empêcha de continuer. Mais, au point du jour, elle courut sur le rivage, à l'endroit même d'où Céyx était parti, et tandis qu'elle se retraçait douloureusement leur dernier adieu, elle aperçut flotter sur les eaux un cadavre qu'elle reconnut pour celui de son époux. A l'entrée du port s'élevait un môle, destiné à rompre l'effort des vagues: Alcyone y monte, ou plutôt elle y vole; car déjà elle frappait l'air avec les ailes qui venaient de lui naître : et voltigeant sur la surface de la mer, elle faisait entendre je ne sais quel son plaintif, semblable au cri d'un oiseau. Quand elle fut près du corps de Céyx, elle s'y posa doucement, elle le couvrit de ses ailes, et le becqueta avec amour. Ceux qui furent témoins de cette scène affirment que Céyx semblait ému de ses caresses, et que sa tête paraissait donner des marques de sensibilité. Les dieux, touchés du sort de ces malheureux époux, les avaient changés en alcyons (ou martins-pêcheurs).

Depuis cette métamorphose, ils conservent l'un pour l'autre le même attachement; et pendant les neuf jours qu'Alcyone couve ses oeufs dans un nid, à la surface de l'eau, la mer est tranquille, et la navigation sans danger : Eole, en faveur de ses petits-fils, ne permet à aucun vent de souffler1.

1. Selon Ovide, Alcyone était fille d'Eole, dieu des Vents. Mais, selon d'autres auteurs, elle descendait d'un Eole, fils d'Hellen.

Stellio

Quand Cérès parcourait le monde, cherchant de tous côtés sa fille que Pluton venait d'enlever, elle se sentit accablée de fatigue et épuisée d'inanition, et fut trop heureuse de rencontrer une bonne femme, qui lui offrit une terrine de soupe. L'appétit assaisonne les mets les plus communs : Cérès trouvait celui-ci délicieux. Un jeune enfant, nommé Stellio, témoin de l'avidité qu'elle apportait à ce chétif repas, se mit à rire : la déesse, dans un mouvement de colère, lui jeta au visage le reste de la bouillie, et le métamorphosa en lézard.

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