Les dieux Champêtres

Pan - Vanne - Les Satyres

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Pan
Palais Neuf, Rome

Pan, né en Arcadie, était le dieu des campagnes et des bergers. Il vint au monde avec des jambes et des pieds de bouc, avec des cornes de bouc et une longue paire d'oreilles velues. Sénoé, sa nourrice, et les autres nymphes arcadiennes, poussèrent, en le voyant, un cri d'horreur; Mercure au contraire se prit à rire, enveloppa l'enfant chèvre-pied dans une peau, et le porta au ciel, où sa bizarre structure fut un sujet de divertissement pour les dieux.

Dans le feu de sa jeunesse, Pan poursuivait, près du fleuve Ladon, Syrinx, dont il était épris, et il n'avait plus qu'un pas à faire pour l'atteindre, quand les dieux, touchés de l'angoisse de cette nymphe, la métamorphosèrent en roseau. Pan interdit et troublé soupira longtemps auprès de cette plante nouvelle, qui, agitée par le vent, paraissait rendre des sons plaintifs. Il en coupa quelques tiges, en fit sept tuyaux d'inégale grandeur, et les réunit sur une même ligne; il forma ainsi la flûte pastorale qu'on appelle chalumeau, et dont il sut tirer des accords pleins d'harmonie. Privé de Syrinx, il voulut plaire à la nymphe Pitys; peut-être en eût-il fait son épouse, sans la jalousie de Borée, qui l'aimait aussi, mais qui, ne pouvant se la rendre favorable, la précipita du haut d'un rocher. Les dieux changèrent son cadavre en pin, arbre qui se plaît sur les montagnes, et qui fut consacré à Pan.

Pour se distraire de tant de chagrins, il accompagna Bacchus à la conquête des Indes, partagea sa gloire et contribua à ses triomphes. Ce fut dans cette expédition que le dieu Pan perfectionna la tactique militaire, inventa la manière de ranger les troupes en phalanges, et de donner aux armées une aile droite et une aile gauche.

L'Arcadie lui rendait un culte particulier sur les monts Ménale et Lycée. Evandre, roi d'Arcadie, obligé de fuir son pays natal, transporta le culte du dieu Pan dans le Latium, où ses fêtes furent nommées Lupercales. Ses prêtres les célébraient en immolant des boucs et des chèvres, et en se couvrant de leurs peaux; travestis de la sorte, ils couraient dans les rues, armés de fouets dont ils frappaient les passants, pour exciter le rire de la population.

Les Egyptiens adoraient Pan comme le symbole de la fécondité et le principe de toutes choses. On lui attribuait les alarmes subites et les craintes frivoles ou imaginaires, qui par cette raison sont appelées terreurs paniques.

Faune ou Faunus, fils de Picus et de la nymphe Canente, se rendit recommandable aux habitants du Latium par sa vaillance et par sa profonde sagesse. Protecteur de l'agriculture, il mérita d'être associé après sa mort aux dieux champêtres, et d'obtenir un temple et des autels. - On le représente, comme Pan, avec des jambes et des pieds de bouc, deux cornes à la tête, un nez épaté, des cheveux et une barbe négligée1.

Les Satyres, connus aussi sous les noms de Faunes et de Sylvains, habitaient les bois et en avaient la surveillance. Gais, folâtres, malicieux, ils servaient d'escorte à Bacchus, et participaient à la plupart de ses fêtes. Les bergères les redoutaient; les bergers fuyaient à leur approche, et croyaient les apaiser en leur offrant les prémices des fruits et les premiers-nés des troupeaux.

Les noms de Faunes et de Sylvains étaient inconnus aux Grecs, qui désignaient du nom de Satyres tous les dieux chèvre-pieds.

1. Sylvain, dieu des forêts, est quelquefois confondu ayec Faunus. Les Romains lui élevèrent des temples, et son culte fut toujours chez eux en grande vénération.

Silène

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Silène sur son âne

Silène, divinité champêtre, nous est représenté sous la figure d'un vieillard trapu, dont le nez est camard, les oreilles grandes, le front chauve et couronné de lierre. Presque toujours ivre, il a pour monture un âne sur lequel il se peut à peine soutenir. L'enfance de Bacchus lui fut confiée, et il accompagna ce dieu dans ses pacifiques expéditions. Au retour des Indes, Silène s'établit dans les campagnes de l'Arcadie, où son humeur joviale le fit aimer et rechercher des villageois.

A en croire les anciens auteurs, Silène n'avait rien d'épais que le corps. Doué d'un esprit vif, subtil, enjoué, il était fort agréable aux dieux, qui l'appelaient à leurs festins pour y jouir de ses saillies piquantes et y écouter les adages de sa philosophie. Dans une des églogues de Virgile, on voit Silène, encore échauffé par le vin qu'il a bu la veille, développer en beaux vers les principes d'Epicure sur le chaos et sur la formation du globe terrestre.

Flore - Pales - Pomone

Flore ou Flora, divinité des Romains, épousa Zéphyre, qui lui accorda une jeunesse perpétuelle et la surintendance des jardins et des fleurs.

On la représente couronnée de roses et tenant à la main une corne d'abondance. Tatius lui éleva le premier un temple à Rome. Les fêtes de cette déesse s'appelaient Florales et duraient six jours. On les institua vers l'an 172 avant notre ère, à l'occasion d'une grande stérilité. C'est durant ces fêtes que les Jeux floraux avaient lieu; ils étaient célébrés la nuit, aux flambeaux, et avec des désordres de toute espèce.

Palès, déesse des pâturages et des bergeries, a une parure simple comme son culte; ses cheveux sont couronnés de laurier et de romarin; sa main tient une poignée de paille, litière des bestiaux. On célébrait, au mois d'avril, sa fête appelée Palilie. Ce jour-là les bergers, pour se divertir, allumaient à des distances égales trois grands feux de paille, par-dessus lesquels ils sautaient à qui mieux mieux, et accordaient le prix au plus agile. Après ce combat d'adresse, on offrait à Palès des fruits et du miel, et l'on terminait la fête par un festin.

Pomone était honorée, chez les Romains, comme déesse des fruits. Elle ne se plaisait que dans les vergers, où elle s'occupait à tailler les arbres, à les greffer, à les arroser. Recherchée en mariage par tous les dieux champêtres, elle n'en voulut écouter aucun, leur interdit l'entrée de ses domaines, et fit clore de murs ses jardins. Mais le dieu des saisons, Vertumne, ne se laissa pas rebuter. Il prit toutes sortes de formes et employa mille déguisements pour parvenir jusqu'à elle et lui parler: il se changea tour à tour en laboureur, en vigneron, en faucheur, en berger; mais inutilement. A la fin, il se métamorphosa en vieille femme, et, sous cette figure, il obtint la liberté de voir Pomone et de lui parler. Son éloquence la toucha, ses instances la persuadèrent. Il reprit alors sa première forme, et Pomone consentit à l'épouser.

On la représente assise sur une corbeille pleine de fleurs et de fruits, tenant un rameau d'une main et des pommes de l'autre.

Vertumne est l'emblème de l'année, de ses variations et de l'inconstance des choses. Son nom vient d'un mot latin qui signifie "tourner, changer."

Les Dryades et les Oréades

Les Dryades étaient des nymphes ou déesses qui présidaient aux arbres et aux bois. Leur nom vient de drys, qui en grec signifie "chêne".

On les distingue en Dryades proprement dites, et en Hamadryades; ces dernières sont incorporées et identifiées avec l'arbre; elles naissent et meurent avec lui. La cognée, qui frappe le tronc, blesse l'Hamadryade et la fait souffrir; les Dryades, au contraire, sont immortelles, et extérieures à l'arbre qu'elles protègent. Le jour, la nuit surtout, elles forment, autour des troncs, une danse légère, à laquelle viennent souvent se joindre les Satyres aux pieds de chèvre. - Cette fable des Dryades a été imaginée sans doute pour empêcher les peuples de détruire imprudemment les bois. Chez les Romains, aucun propriétaire ne pouvait couper un arbre avant que les ministres de la religion eussent déclaré que les nymphes l'avaient abandonné.

On donnait le nom d'Oréades aux nymphes des montagnes. Elles composaient le cortège de Diane, qu'elles accompagnaient dans ses promenades et à la chasse. On croit communément que ce furent les d'Oréades qui détournèrent les hommes de l'anthropophagie, et leur apprirent à se nourrir de plantes, de châtaignes et de miel.

On appelait Napées les nymphes qui présidaient aux collines, aux vallons et aux bosquets.

Aristée

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Aristée
François-Joseph Bosio,

Musée du Louvre

Aristée, honoré par les Siciliens comme une de leurs divinités champêtres, était fils de Cyrène, une des naïades, et d'Apollon. Son éducation fut confiée aux nymphes, qui lui enseignèrent à cultiver les oliviers, à cailler le lait, et à faire des ruches à miel. Un jour qu'il poursuivait dans les campagnes la belle Eurydice, femme d'Orphée, un serpent caché sous l'herbe piqua cette nymphe, et la blessure fut mortelle. Les dieux, pour le punir, envoyèrent parmi ses abeilles une maladie contagieuse qui les détruisit toutes, jusqu'à la dernière. Dans la douleur que lui causait cette perte, il va trouver Cyrène, sa mère, au fond de la grotte qu'elle habitait près de la source du fleuve Pénée, et le coeur gonflé de soupirs : "Ma mère", lui dit-il, "à quoi me sert d'être issu des dieux et fils d'Apollon, si je dois être à jamais en butte aux coups du sort? Ces abeilles qui faisaient ma gloire, ces ruches que j'avais acquises par tant d'opiniâtres travaux et de soins assidus, je les perds aujourd'hui! et tu es ma mère !... Eh bien! achève; arrache, détruis toi-même de tes propres mains les arbres que j'ai plantés; livre mes bergeries aux flammes; brûle mes moissons, puisque l'honneur d'un fils te tient si faiblement au coeur!".

Cyrène ne put entendre sans émotion les plaintes de son fils, quoiqu'elle en jugeât la cause un peu légère. Elle le serre entre ses bras, essuie ses larmes, calme son agitation, et lui dit : "Dans ta triste position, mon fils, ta mère ne peut rien pour toi: ses lumières ni son bon vouloir ne seraient en cette conjoncture d'aucun secours. Mais le nom du sage Protée, fils de l'Océan, est sans doute parvenu à ton oreille. Va trouver, au bord de la mer carpatienne, ce devin célèbre pour qui l'avenir et les secrets de la nature n'ont pas d'obscurité; il peut seul te révéler la cause de ton malheur, et t'apprendre le moyen infaillible d'obtenir de nouveaux essaims." Aristée part, et arrive chez Protée, qui d'abord refuse de l'écouter, puis élude de mille manières les questions qui lui sont adressées, hésite, tergiverse, cède enfin, et annonce au jeune agriculteur que la vengeance divine le poursuit, qu'il porte la peine d'un grand crime, et que son devoir est d'apaiser le courroux des nymphes, soeurs d'Eurydice; qu'il faut dresser devant la porte de leur temple quatre autels, répandre au pied de ces autels le sang de quatre taureaux et de quatre génisses, abandonner leurs cadavres dans le bois sacré, et ne revenir en cet endroit qu'après neuf jours. Tous ces ordres sont observés; et sitôt que la dixième aurore éclaire l'horizon, Aristée, dans son inquiète curiosité, court vers le bois et y découvre le plus étonnant des prodiges. Il entend bourdonner, dans le ventre de ces cadavres en putréfaction, de nombreux essaims d'abeilles, qui bientôt, s'ouvrant un passage à travers la peau, s'élancent dans les airs, y forment des nuées immenses, puis se réunissant à la cime des arbres, y restent suspendus en forme de grappes. La surprise qu'il en éprouve ne peut être comparée qu'à sa joie.

Dans la suite, Aristée épousa Autonoé, fille de Cadmus, dont il eut Actéon. Après la mort cruelle de ce fils, il se retira dans l'île de Cos, de là en Sardaigne, puis en Sicile, où il répandit ses bienfaits. Vers la fin de sa vie, il se fixa en Thrace, et Bacchus daigna lui-même l'initier aux mystères des Orgies.

Terme

Le dieu Terme était le gardien des propriétés, le protecteur des limites, et le vengeur des usurpations.

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Terme à figure
d'homme barbu

le Louvre

Pendant le règne de Saturne, les champs n'avaient pas de bornes déterminées; tout était en commun, et les hommes ne connaissaient pas encore le tien et le mien. La cupidité donnant lieu aux empiétements, aux querelles et aux procès, Cérès, la législatrice, ordonna que chaque propriétaire distinguât son champ de celui du voisin, par des arbres, par des pierres ou par tout autre signe qui en marquât l'étendue et les limites. Cette borne fut honorée comme un dieu, qu'on appela Terme, et dont le culte fut institué chez les Romains par Numa Pompilius.

La statue de ce dieu n'était d'abord qu'une tuile, une pierre ou un tronc d'arbre; dans la suite, on lui donna la figure d'un homme sans pieds et sans bras, que l'on plaçait sur une borne pyramidale. Le jour de sa fête (appelée Terminales), les deux possesseurs de terres contiguës se rendaient ensemble près de la borne qui séparait leurs champs, y suspendaient des guirlandes et l'arrosaient d'huile. Ils immolaient ensuite des agneaux et de jeunes porcs, qui servaient aux repas des deux familles réunies. Un événement miraculeux accrédita beaucoup le dieu Terme. Tarquin-le-Superbe voulant bâtir un temple à Jupiter sur le Capitole, il fallut déplacer les statues, les niches, les piédestaux. Tous les dieux abandonnèrent sans opposition l'endroit qu'ils occupaient; le dieu Terme résista seul aux efforts qu'on fit pour l'enlever; on fut obligé de le laisser en place, et il se trouva de cette manière au milieu du nouveau temple. Cette fable se débitait parmi le peuple, pour lui persuader que les limites des champs sont sacrées, et qu'il faut dévouer aux Furies l'usurpateur sacrilège qui aurait l'audace de les changer.

Priape

Priape, dieu de l'horticulture et de la fructification, naquit à Lampsaque dans l'Asie-Mineure. Les Romains lui offraient au printemps une corbeille de fleurs variées, et dans l'été une guirlande d'épis. L'âne lui était immolé.

On représente Priape sous la forme d'un Terme, avec une tête d'homme, des cornes de bouc, des oreilles de chèvre, et une couronne de pampre; quelquefois il est armé d'une baguette pour écarter des jardins les oiseaux qui les dévastent, ou d'une massue pour donner la chasse aux voleurs, ou d'une sorte de faucille pour moissonner les blés et tailler les arbrisseaux.

Les dieux Marins

L'Océan et Téthys

L'océan, fils du Ciel et de la Terre, épousa Téthys déesse des eaux, et de ce mariage naquirent les Fleuves et les Océanides.- On représente l'Océan sous la figure d'un vieillard assis sur les ondes, et qui tient une pique dans sa main. Près de lui est un monstre marin d'une forme bizarre et fantastique.

Téthys est représentée assise sur un char qui a la forme d'une coquille. Elle tient d'une main un sceptre d'or, pour commander aux vagues; de l'autre, elle soutient sur ses genoux le petit dieu Palémon. Les Tritons conduisent ses chevaux. On lui offrait des sacrifices sur le rivage, et on lui immolait, comme à Neptune, un taureau noir. Dans les libations qu'on faisait en son honneur, on employait par préférence du vin, de l'huile et du miel1.

1. Il ne faut pas confondre Téthys, femme de l'Océan, avec Thétis, la néréide, mère d'Achille.

Nérée - Les Néréides

Nérée, un des dieux de la mer, épousa Boris, fille de l'Océan, et fut le père des Néréides. Il se distingua par sa douceur, sa bienfaisance, sa justice, et surtout par la connaissance parfaite qu'il avait de l'avenir. Quand Hercule reçut l'ordre d'enlever les pommes d'or des Hespérides, Nérée l'instruisit de la contrée et de l'endroit où étaient ces fruits merveilleux. Lorsque Paris emmena Hélène à Troie, Nérée lui apparut au milieu de la traversée, arrêta son vaisseau, et lui annonça les suites fatales de son crime, l'incendie de Troie, la destruction de la famille royale, le châtiment que lui-même subirait, et dont la protection de Vénus ne pourrait le garantir.

Les filles de Nérée ou Néréides étaient au nombre de cinquante, parmi lesquelles on remarquait: Thétis, épouse de Pélée et mère d'Achille; Galatée, amante d'Acis; Cassiopée, mère d'Andromède; Calypso, reine d'Ogygie; Glaucé, Clytie, Aréthuse, Cymothoé, Panope, Spio, Cymodocé et Clymène. On leur consacrait, sur le rivage de la mer, des bois sacrés et des autels; et on leur offrait, pour obtenir une heureuse navigation, du lait, de l'huile et du miel.

Les poètes représentent les Néréides sous la figure de jeunes filles portées sur des chevaux marins, et tenant dans leurs mains le trident de Neptune, ou une couronne, ou un petit dauphin. Quelquefois on les peint moitié femmes et moitié poissons.

Aréthuse

Aréthuse, nymphe d'Elide, fille de Nérée, était attachée au service de Diane, et préférait, comme cette divinité, les ardents plaisirs de la chasse aux charmes amollissants de l'amour. Alphée, épris de sa beauté, s'attachait incessamment à ses pas, mais en vain: la nymphe refusait d'écouter ses voeux. Les dieux, voulant mettre un terme à des poursuites aussi indiscrètes qu'importunes, transportèrent Aréthuse dans un vallon de la Sicile, et l'y métamorphosèrent en fontaine : Alphée demeuré en Elide y fut changé en fleuve. Mais cette métamorphose ne diminua pas l'amour d'Alphée : ses eaux traversaient le fond des mers sans se mêler à l'onde salée, et venaient s'unir, toujours pures et limpides, aux eaux d'Aréthuse. (Les objets qu'on jetait dans le courant de l'Alphée, en Grèce, se retrouvaient, dit-on, dans la fontaine d'Aréthuse, en Sicile. De cette croyance populaire est née la fable qu'on vient de lire).

Les Naïades

C'étaient les nymphes qui présidaient aux fleuves, aux rivières et aux fontaines. Elles habitaient les grottes voisines de la mer et le bord des ruisseaux, sans dédaigner le frais ombrage des bosquets. - On les peint jeunes et jolies, appuyées sur une urne qui verse de l'eau, ou tenant à la main un coquillage et des perles. Une couronne de roseaux ceint leur chevelure flottante. On leur offrait en sacrifice des chèvres et des agneaux; on leur faisait des libations de vin, d'huile et de miel; plus souvent on se contentait de mettre sur leurs autels, du lait, des fruits et des fleurs.

Protée

Protée, dieu marin, né à Pallène en Macédoine, avait pour occupation principale de nourrir sous les eaux les phoques, ou veaux marins, qui composaient le troupeau de Neptune; et ce dieu, pour récompenser son zèle, lui avait donné la connaissance du passé, du présent et de l'avenir : le temps n'avait pour lui aucun voile.

Chaque jour, à l'heure de midi, Protée quittait les profondeurs de la mer, et se retirait dans une grotte du rivage pour s'y endormir au bruit des flots. C'était pendant la durée de ce sommeil qu'il fallait surprendre ce devin, employer la violence, et le garrotter étroitement, si l'on voulait apprendre de lui la révélation de quelque mystère. Il tâchait d'abord, par mille métamorphoses, d'échapper à ceux qui l'avaient enchaîné : tantôt il prenait la figure d'un sanglier, d'un tigre, d'un dragon; tantôt il devenait une eau fluide, une flamme pétillante, un arbre, un rocher. Mais plus il prenait de formes différentes pour tromper les yeux ou effrayer, plus il fallait le serrer fortement et l'étreindre; vaincu, il cédait à ses adversaires, et, reprenant sa première nature, il leur dévoilait l'avenir. Ménélas à son retour de Troie, Aristée après la perte de ses abeilles, obtinrent de lui les réponses qu'il leur importait de savoir.

Cette fable allégorique nous montre que ceux qui veulent pénétrer dans les secrets de la nature, approfondir les difficultés des arts et des sciences, parvenir en un mot à la connaissance de la vérité, doivent s'y appliquer avec un ardent courage, et sans se laisser rebuter jamais par les obstacles: la lutte tournera enfin à leur profit, et le succès suivra leurs efforts. (Le nom de protée, dans le langage ordinaire, se prend en mauvaise part, et désigne un homme versatile, inconstant, insaisissable, qui change sans cesse d'opinions, et joue toute espèce de rôles.)

Phorcus

Phorcus ou Phorcys, dieu marin, fils de Neptune, est moins connu par lui-même que par sa progéniture. Il donna le jour à divers monstres de la fable, et principalement aux trois Gorgones, Sténo, Euryale et Méduse. Elles avaient des serpents au lieu de cheveux, des mains de fer, des ailes d'or, le corps couvert d'écailles, et ne possédaient à elles trois qu'un oeil, une corne et une dent, dont elles faisaient usage tour à tour. Objets d'effroi et d'horreur, on ne pouvait les envisager sans perdre la vie, ou sans être changé en pierre. Persée, armé de son égide, combattit les Gorgones et trancha la tête à Méduse, du sang de laquelle naquirent Chrysaor et le cheval Pégase.

Glaucus

Glaucus, pêcheur de la ville d'Anthédon en Béotie, ayant vu que les poissons qu'il jetait sur le rivage y prenaient une vigueur nouvelle et s'élançaient dans la mer, soupçonna que l'herbe dont cette plage était tapissée, avait une propriété extraordinaire; il en goûta, et éprouva soudain le désir de vivre dans les ondes. Cette bizarre envie devenant toujours plus pressante, et à la fin irrésistible, il se précipita au sein des flots, et fut métamorphosé en dieu marin.

Un jour qu'il côtoyait le bord de la mer, il aperçut Scylla, fille de Phorcus, devint amoureux d'elle et désira l'épouser; mais la trouvant rebelle à ses voeux, il alla près de Circé, célèbre magicienne, fille du Soleil, et lui demanda un breuvage magique ou philtre, qui pût attendrir Scylla. Glaucus était le plus beau des dieux marins. Circé en le voyant conçut pour lui une violente passion, et lui conseilla d'oublier la fille de Phorcus qui le méprisait, pour s'attacher à une déesse, fille du Soleil, et plus digne de sa tendresse. Glaucus, sourd à cette déclaration, disparut. Circé indignée, forme le dessein de perdre sa rivale, et prépare un suc empoisonné qu'elle répand dans la fontaine où se baignait Scylla. Cette jeune nymphe n'a pas plus tôt mis les pieds dans l'eau, qu'elle se voit entourée de monstres qui aboient et qui semblent faire partie d'elle-même; elle veut les fuir, mais elle les entraîne avec elle et ne s'en peut détacher. Epouvantée des hurlements de tous ces chiens cramponnés à son corps, elle se jette dans la mer, où elle est changée en une déesse malfaisante, qui effraie et tourmente les navigateurs. Vis-à-vis de sa caverne est le gouffre de Charybde, non moins dangereux, et où périssent les vaisseaux qui cherchent à éviter Scylla1.

On représente Glaucus avec une longue barbe, des sourcils épais, des cheveux flottants sur les épaules, et le corps terminé en queue de poisson.

1. Depuis que la navigation s'est perfectionnée, ce détroit a perdu ce qui en faisait le danger; et cette Charybde, anciennement l'effroi des pilotes, mérite a peine aujourd'hui leur attention.

Les fleuves

Les Païens rendaient un culte aux Fleuves, à cause des avantages qu'ils en retiraient pour le commerce et pour la fertilisation des terres. Les Egyptiens, les premiers, déifièrent le Nil. A leur exemple les Etoliens divinisèrent l'Achéloüs, les Phrygiens le Scamandre, les Lacédémoniens l'Eurotas, les Athéniens l'Ilissus, les Romains le Tibre. - Dans les temples des Grecs et des Romains, on voyait en bronze ou en or les statues des principaux Fleuves. Ils y étaient représentés sous la figure de vieillards vénérables, ayant une barbe touffue, la chevelure longue et traînante, la tête couronnée de joncs. Couchés au milieu des roseaux, ils s'appuient sur une urne penchée d'où s'échappe l'eau qui forme la rivière à laquelle ils président. Quelquefois on les représente sous la forme d'un taureau, pour marquer le mugissement de leurs ondes, ou parce que les sinuosités d'un fleuve ressemblent assez aux cornes de ce quadrupède.

Eole

Eole, dieu des Vents, petit-fils d'Hippotas, habitait au centre des îles éoliennes. C'est là qu'il tenait les Vents enchaînés dans un antre profond, et les gouvernait d'une volonté absolue. "Assis sur la montagne la plus élevée", dit un poète, "il modère leur fureur, les arrête dans leur prison, ou les met en liberté. S'il oubliait un seul moment de veiller sur eux, le ciel, la terre, la mer, seraient bouleversés et tous les éléments confondus."

Ce monarque, ou ce dieu, joue un grand rôle dans la poésie, comme excitant les tempêtes et les apaisant. Ulysse s'adresse à lui pour obtenir une heureuse navigation; Junon implore son aide pour disperser la flotte des Troyens, et empêcher Enée d'aborder en Italie. - On représente Eole avec un sceptre, symbole de son autorité: autour de lui s'agitent les Vents, génies inquiets et mutins.

Le plus célèbre des Vents est Borée, qui faisait son séjour habituel en Thrace, d'où il répandait sur les contrées voisines le froid, la neige et les orages. Epris des charmes d'Orithyie, fille d'Erechthée roi d'Athènes, il la demanda en mariage; mais Erechthée, qui ne voulait pas que sa fille habitât un climat aussi rude et aussi désert que la Thrace, lui refusa la main de cette princesse. Borée, qui chérissait Orithyie et ne pouvait renoncer à sa possession, l'enleva pendant qu'elle traversait l'Ilissus, et la transporta dans son royaume. De leur hyménée naquirent Calais et Zéthès, argonautes fameux, et Chioné, mère d'Eumolpus.

Les dieux Domestiques

Les Pénates ou Lares

On appelait chez les Romains Pénates ou Lares les dieux domestiques, les dieux du foyer, les génies protecteurs de chaque maison, les gardiens de chaque famille. Enée, prince troyen, avait introduit leur culte en Italie.

Lorsque les enfants de qualité, parvenus à l'adolescence, quittaient la bulla ou petite boule d'or, qu'ils portaient au cou en guise de collier, ils offraient cet ornement aux dieux Lares; quand un esclave recevait sa liberté, il consacrait aux dieux Lares sa chaîne, en témoignage de reconnaissance. - On les représente sous la figure de marmousets, ou petites statues faites tantôt d'argent, de bronze ou d'ivoire, tantôt de bois ou de cire. Dans la cabane du pauvre, ces statues étaient placées derrière la porte ou au coin du foyer. Dans l'appartement des riches, elles occupaient une chapelle nommée laraire, et avaient un esclave pour les servir.

On offrait aux dieux Lares du vin et des fruits; on les couronnait de violettes, de myrte et de romarin; on brûlait des parfums en leur honneur, et l'on suspendait devant leurs images des lampes allumées. Rien d'important ne se commençait dans une famille sans avoir consulté les Pénates, dont les réponses étaient regardées comme des oracles. On leur adressait journellement des invocations et des prières:
0 mes Pénates !... Oh ! veillez bien sur notre porte,
Sur nos gonds et sur nos verrous:
Non point par la peur des filous,
Car que voulez-vous qu'on m'emporte?
Je n'ai ni trésors, ni bijoux,
Je peux voyager sans escorte.
Mes voeux sont courts, les voici tous:
Qu'un peu d'aisance entre chez nous:
Que jamais la vertu n'en sorte!

Ducis

Mais si une famille était affligée de quelque revers, ces idoles encensées la veille éprouvaient des traitements rigoureux autant que risibles; on les battait, on les mutilait, on les jetait par la fenêtre. L'empereur Caligula en usa de la sorte envers eux, disant "qu'il était mécontent de leur service."

Génius

Génius ou Génie, divinité des Grecs et des Romains, présidait à la naissance de chaque mortel, s'attachait à lui durant le cours de sa vie, connaissait toutes ses pensées, et le dirigeait dans toute sa conduite. Chaque homme avait deux Génies : l'un bon, qui l'exhortait au bien; l'autre mauvais, qui le poussait au mal. Chaque pays, chaque province, chaque ville, chaque maison, avait son Génie. A Rome on adorait le Génie public, c'est-à-dire la divinité tutélaire de l'Empire. Chaque individu, lorsqu'il célébrait son jour de naissance, sacrifiait à son Génie, auquel il offrait du vin, des fleurs, des fruits, de l'encens; mais le sang des victimes ne coulait jamais sur son autel. - Le bon Génie est représenté sous les traits d'un jeune homme couronné de fleurs, et tenant une corne d'abondance; le mauvais Génie est peint sous la figure d'un vieillard dont la barbe est épaisse et les cheveux courts, et qui porte sur sa main un hibou, oiseau de mauvais augure.

Hymen ou Hyménée

Hyménée, fils de Vénus, présidait au mariage et aux fêtes nuptiales. - On le représente sous la figure d'un jeune homme décemment vêtu, couronné de roses et tenant de la main droite un flambeau.

Des hymnes étaient chantés à sa louange le jour des noces, et son nom se répétait en choeur à chaque refrain: Hymen! Hymen! O Hyménée! Hyménée! Dans les sacrifices qu'on lui offrait, on avait soin d'enlever le fiel du milieu des entrailles de la victime et de le jeter au loin: emblème qui semblait prescrire aux époux de s'abstenir de ces propos amers, de ces paroles aigres, par lesquelles est si souvent compromise la paix domestique.

Les Mânes

C'est le nom donné par les Romains aux âmes séparées des corps. On avait pour les Mânes des parents le même respect que pour les dieux: on les envisageait comme des divinités protectrices, qui habitaient auprès des tombeaux, et prenaient soin des cendres qui s'y trouvaient renfermées. On leur adressait des prières, on leur faisait des libations, et on leur immolait une brebis noire. Le cyprès, arbre funèbre, leur était consacré.

Le bruit du fer, le son de l'airain, leur étaient insupportables et les faisaient fuir; mais la vue du feu les réjouissait: de là vient qu'en Italie on plaçait de petites lampes dans les sépulcres. Les Romains avaient coutume d'inscrire ces mots: Aux dieux Mânes ! sur les marbres funéraires, pour rappeler aux profanes et aux impies la sainteté des tombeaux.

Souvent le nom de Mânes est employé par les poètes latins pour désigner les Enfers et Pluton. Souvent aussi les Mânes sont confondus avec les dieux Lares et avec les Lémures.

On appelait Lémures ou Larves une sorte de déesses fantômes, une espèce de revenants, de lutins, dont l'occupation favorite était d'effrayer les vivants. Le meilleur moyen de les mettre en fuite était de leur jeter des fèves ou d'en brûler: la fumée de ce légume rôti leur causait un dégoût insurmontable. Quelquefois on distingue les Lémures des Larves : les premières sont envisagées comme bienveillantes et propices; les Larves, au contraire, comme redoutables et malfaisantes.

Plutus

Plutus était le dieu des richesses. Privé de la vue, il ne pouvait distinguer les bons des méchants, les sages des fous, et distribuait indifféremment ses largesses aux uns et aux autres. Au reste, comme le dit spirituellement un poète: Tout est aveugle en cet humain séjour;
On ne va qu'à tâtons sur la machine ronde.
On a les yeux bouchés à la ville, à la cour.
Plutus, la Fortune et l'Amour
Sont trois aveugle-nés qui gouvernent le monde.

Voltaire

Les Grecs représentent Plutus sous la figure d'un vieillard qui tient une bourse à la main. Il arrive à pas lents et en boitant, et s'en retourne avec des ailes: ce qui veut dire que les richesses s'acquièrent difficilement, mais qu'elles se dissipent très vite. Quelquefois on met Plutus au rang des divinités infernales, et on le confond avec Pluton, parce que l'or et l'argent se tirent des entrailles de la terre.

Comus

Comus, dieu des festins, de la joie et des danses nocturnes, n'avait pas de temple ni de prêtres. On n'égorgeait ni quadrupèdes ni volatiles en son honneur; mais avant et après le repas on lui adressait quelque invocation. Ceux qui célébraient ses fêtes, couraient déguisés et masqués pendant la nuit, à la lueur des flambeaux. - On le représente sous les traits d'un jeune homme couronné de roses, chargé d'embonpoint, la face enluminée, et pouvant à peine soutenir sa tête appesantie. Il s'appuie d'une main sur une longue pique de chasseur; de l'autre il porte négligemment un flambeau renversé.

A Comus est ordinairement associé Momus, dieu du badinage, de la raillerie et des bons mots. Sa tête est surmontée d'un bonnet orné de grelots: il tient d'une main un masque, et de l'autre une marotte, sorte de poupée, qui est le symbole de la folie. Chacun a sa marotte, dit le proverbe, c'est-à-dire chacun a un goût de prédilection, chacun a un penchant favori qui l'entraîne, et le domine.

Les divinités allégoriques

La fortune

La Fortune, déesse toute-puissante, fille de Jupiter, était la dispensatrice des biens et des maux, des plaisirs et des peines, de la richesse et de la pauvreté. On l'honorait dans plusieurs cantons de la Grèce, et elle avait divers temples en Italie, dont les plus fameux étaient à Antium, ville du pays des Volsques, et à Préneste. Le temple d'Antium était enrichi d'offrandes et de présents magnifiques; la statue de la déesse y rendait des oracles; elle répondait aux demandes des suppliants par un mouvement de tête et par des gestes.

On représente la Fortune avec un bandeau sur les yeux, et une corne d'abondance à la main. Un de ses pieds reste en l'air, tandis que l'autre s'appuie sur une roue qui tourne rapidement. Quelquefois elle a des ailes; plus souvent elle tient dans ses bras une statue de Plutus ou un gouvernail.

La vengeance

La Vengeance ou Némésis punissait certains coupables qu'épargnait la justice humaine: les ingrats, par exemple, les orgueilleux, les parjures, les coeurs inhumains. Ses châtiments étaient rigoureux, mais équitables, et les rois mêmes ne pouvaient s'y soustraire.

On la représente avec des ailes, pour montrer avec quelle promptitude la punition suit le crime. Elle tient une lance dont elle frappe le vice, et une coupe pleine d'une liqueur divine dont elle fortifie la vertu contre le malheur. Son front est calme, son regard sévère, sa démarche assurée. Une couronne de narcisse couvre sa chevelure. Souvent sa tête est voilée, parce que la vengeance céleste est impénétrable, et atteint à l'improviste les criminels. Les Grecs l'adoraient sous le nom d'Adrastée et de Rhamnusie. A Rome, elle avait un autel sur le Capitole.

La liberté

Le père des Gracques lui éleva le premier, à Rome, un temple sur le mont Aventin. Un incendie consuma cet édifice, que Pollion fit rebâtir avec plus de magnificence et dans lequel il établit la première bibliothèque publique qu'aient eue les Romains. - Sur les médailles et dans les tableaux, la Liberté est représentée vêtue de blanc comme une dame romaine, et coiffée d'un bonnet phrygien. Ses autres attributs sont un sceptre, un joug rompu, et un chat, animal qui ne peut supporter aucune contrainte.

L'occasion

C'était la déesse de l'à-propos, c'est-à-dire qu'elle présidait au moment le plus favorable pour réussir dans les entreprises. - On la représente comme une jeune femme qui a une touffe de cheveux sur le devant de la tête, mais qui est chauve par derrière. Un de ses pieds repose sur une roue rapide, l'autre est en l'air. Sa main droite tient un rasoir. Ces emblèmes signifient que l'occasion étant fugitive, il faut la saisir dès qu'elle s'offre à nous, et trancher tous les obstacles. Quand elle est passée, on ferait pour l'atteindre de vains efforts.

La renommée

La Renommée, divinité allégorique des Grecs et des Romains, a cent yeux continuellement ouverts et cent bouches infatigables. Toujours en mouvement, toujours agitée, elle court, elle vole, le jour et la nuit, d'une extrémité de la terre à l'autre, divulguant avec la même assurance ce qu'elle sait et ce qu'elle ignore, le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Les poètes modernes la représentent comme une femme ailée qui fend les airs, et tient une trompette à la main.

La paix

Toute l'antiquité païenne éleva à cette bienfaisante divinité des statues et des autels. Les Romains lui dédièrent dans la voie Sacrée le plus beau temple qui fût à Rome. Cet édifice, commencé par Agrippine et achevé par Vespasien, reçut les riches dépouilles que cet empereur et son fils avaient enlevées du temple de Jérusalem. - On représente la Paix sous la figure d'une femme couronnée de fleurs, tenant d'une main une branche d'olivier et de l'autre une corne d'abondance.

Les colombes de Vénus faisant leur nid dans le casque de Mars, sont une image ingénieuse et douce, qu'on a souvent employée comme un emblème de la paix.

Le travail

Il est ordinairement représenté sous la figure d'un homme nerveux, plein de force, d'une haute taille et d'un teint coloré. Dans ses mains et près de lui sont des instruments propres à différents travaux. Quelquefois il a pour emblème un jeune homme assis, écrivant à la clarté d'une lampe, et ayant près de lui un coq.

S'occuper, c'est savoir jouir;
L'oisiveté pèse et tourmente.
L'âme est un feu qu'il faut nourrir,
Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.

Voltaire

Le ciel, par les travaux veut qu'on monte à la gloire:
Pour gagner un triomphe, il faut une victoire.

Corneille

La nuit- le sommeil

La Nuit, fille du Chaos, était la mère du Destin, du Sommeil et de la Mort. - Les anciens poètes la représentent couronnée de pavots, enveloppée d'un voile noir semé d'étoiles, et parcourant sur un char la vaste étendue des cieux. On lui immolait, de même qu'aux Furies et aux Parques, des brebis noires; on lui sacrifiait aussi un coq, parce que les cris perçants de cet oiseau interrompent le calme des nuits.

Le Sommeil, disent les poètes, habite un palais impénétrable aux rayons du jour. Jamais le coq matinal, jamais les oies vigilantes ni les chiens n'en troublèrent la tranquillité. Le doux repos y fait sa demeure habituelle; le fleuve d'Oubli y roule mollement ses eaux languissantes, dont le faible murmure invite à dormir. Au milieu de ce palais est un lit d'ébène, entouré de rideaux noirs: là repose, sur la plume et le duvet, le dieu paisible, environné de Songes de toute espèce. Morphée, ministre du Sommeil, veille à la porte de l'appartement, et empêche qu'on ne fasse à l'entour le plus léger bruit.

Les Songes, enfants du Sommeil, sont aussi nombreux que les feuilles des forêts et que les sables de la mer. Les uns, insignifiants ou trompeurs, sortent des enfers par une porte d'ivoire; les autres, vrais et prophétiques, sortent par une porte de corne.

La mort

La Mort, fille de la Nuit, habitait le seuil du Tartare. La Grèce ne lui éleva ni temples ni autels; et, quoique reconnue pour déesse, elle n'eut jamais aucun prêtre dans cette contrée. Le cyprès et Vif lui étaient consacrés. - Les modernes représentent la Mort sous la figure d'un squelette couvert d'un manteau noir. Dans sa main droite est un glaive ou une faux; dans sa gauche une clepsydre, sorte d'horloge. Au-dessus de sa tête un papillon prend son vol: c'est le symbole de la vie future.

Les peintres et les sculpteurs de l'antiquité, craignant sans doute de réveiller des idées pénibles, ne peignirent la Mort que sous des emblèmes gracieux. Tantôt c'est un Amour qui renverse ou éteint son flambeau; tantôt c'est un enfant qui s'endort; tantôt c'est une rose sur un cercueil.

Laissons au vulgaire des hommes
Redouter de la mort les pièges imprévus:
Elle n'est point tant que nous sommes;
Quand elle est, nous ne sommes plus.

L'abbé Mangenot

La déesse des funérailles s'appelait Libitine, chez les Romains, et était la protectrice de tous les employés et administrateurs des pompes funèbres. Elle avait à Rome un temple où l'on venait apporter un denier d'argent pour chaque personne qui décédait: institution ancienne, qui remonte au règne de Servius Tullius. Le nom de Libitine est quelquefois donné à Hécate et à Proserpine.

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