Constance Chlore  

1er mai 305 - 25 juillet 306

Constance empereur Galère empereur Les deux Césars, Sévère et Maximin Les deux Césars, Sévère et Maximin Mort de Constance




305-323

Temps des guerres civiles et de confusion

Le système d'administration qu'avait établi Dioclétien, perdit son équilibre dès qu'il ne fut plus soutenu par la main ferme et adroite du fondateur. Ce système exigeait un mélange si heureux de talents et de caractères différents, qu'il eût été difficile de les rassembler de nouveau. Pouvait-on se flatter de voir encore une fois deux empereurs sans jalousie, deux Césars sans ambition, et quatre princes indépendants animés du même esprit, et invariablement attachés à l'intérêt général ? L'abdication de Dioclétien et de Maximien fut suivie de dix-huit ans de confusion et de discordes; cinq guerres civiles déchirèrent le sein de l'empire; et les intervalles de paix furent moins un état de repos qu'une suspension d'armes entre des monarques ennemis, qui, s'observant mutuellement avec l'oeil de la crainte et de la haine, s'efforçaient d'accroître leur puissance aux dépens de leurs sujets.

1er mai 305

Constance empereur

Constance Chlore
Constance Chlore
Altes Museum

Dès que Dioclétien et Maximien eurent quitté la pourpre, le poste qu'ils avaient occupé fut, en vertu des règles de la nouvelle constitution, rempli par les deux Césars. Constance et Galère prirent aussitôt le titre d'Auguste1. Le droit de préséance, et les honneurs dus à l'âge furent accordés au premier de ces princes. Il gouverna sous une nouvelle dénomination son ancien département, la Gaule, l'Espagne et la Bretagne. L'administration de ces vastes provinces suffisait pour exercer ses talents et pour satisfaire son ambition. La modération, la douceur et la tempérance, caractérisaient principalement cet aimable souverain, et ses heureux sujets avaient souvent l'occasion d'opposer les vertus de leur maître aux passions violentes de Maximien, et même à la conduite artificieuse de Dioclétien. Au lieu d'imiter le faste et la magnificence asiatique, qu'ils avaient introduits dans leurs cours, Constance conserva la modestie d'un prince romain. Il disait avec sincérité que son plus grand trésor était dans le coeur de ses peuples; et qu'il pouvait compter sur leur libéralité et sur leur reconnaissance toutes les fois que la dignité du trône et que les dangers de l'Etat exigeraient à quelqu'un un secours extraordinaire2. Les habitants de la Gaule, de l'Espagne et de la Bretagne, pleins du sentiment de son mérite et du bonheur dont ils jouissaient, ne songeaient qu'avec anxiété à la santé languissante de leur souverain, et ils envisageaient avec inquiétude l'âge encore tendre des enfants qu'il avait eus de son second mariage avec la fille de Maximien.

1. M. de Montesquieu (Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, c.17) suppose, d'après l'autorité d'Orose et d'Eusèbe, que dans cette occasion l'empire fut réellement divisé, pour la première fois, en deux parties. Cependant il serait difficile de découvrir en quoi le plan de Galère différait de celui de Dioclétien.

2. Divitiis provincialium (mel. provinciarum) ac privatorum studens, fisci commoda non admodum affectans; ducensque meliùs publicas opes à privatis haberi, quam intra unum claustrum reservari. (Eutrope, Breviar, X, 1). Il portait la pratique de cette maxime si loin, que toutes les fois qu'il donnait un repas, il était obligé d'emprunter de la vaisselle.



1er mai 305

Galère empereur

Les qualités de Constance formaient un contraste frappant avec le caractère dur et sévère de son collègue. Galère avait des droits à l'estime de ses sujets; il daigna rarement mériter leur affection. Sa réputation dans les armes, et surtout le succès brillant de la guerre de Perse avaient enorgueilli son esprit naturellement altier, et qui ne pouvait souffrir de supérieur ni même d'égal. S'il était possible de croire le témoignage suspect d'un écrivain peu judicieux, nous pourrions attribuer l'abdication de Dioclétien aux menaces de Galère, et il nous serait facile de rapporter les particularités d'une conversation secrète entre ces deux princes, dans laquelle le premier montra autant de faiblesse que l'autre développa d'ingratitude et d'arrogance1. Mais un examen impartial du caractère et de la conduite de Dioclétien, suffit pour détruire ces anecdotes obscures. Quelles qu'aient pu être les intentions de ce prince, s'il eût eu à redouter la violence de Galère, sa prudence lui aurait donné les moyens de prévenir un débat ignominieux; et comme il avait tenu le sceptre avec éclat, il serait descendu du trône sans rien perdre de sa gloire.

1. Lactance, de Mort. persec., c. 18. Quand les particularités de cette conversation se rapprocheraient d'avantage de la bienséance et de la vérité, on pourrait toujours demander comment elles sont parvenues à la connaissance d'un rhéteur obscur. Mais il y a beaucoup d'historiens qui nous rappellent ce mot admirable du grand Condé au cardinal de Retz : Ces coquins nous font parler et agir comme ils auraient fait eux-mêmes à notre place.
Cette sortie contre Lactance est sans fondement : Lactance était si loin d'être un obscur rhéteur, qu'il avait enseigné la rhétorique publiquement et avec le plus grand succès, d'abord en Afrique, ensuite à Nicomédie. Sa réputation lui valut l'estime de Constantin, qui l'appela à sa cour et lui confia l'éducation de son fils Crispus. Les faits qu'il rapporte dans ses ouvrages se sont passés de son temps; il ne saurait être accusé de fraude et d'imposture. Satis me vixisse arbitrabor et oficium hominis implesse si labor meus aliquos homines, ab erroribus liberatos, ad iter coleste direxerit (De Opificio Dei, cap. 20). L'éloquence de Lactance l'a fait appeler le Cicéron des chrétiens. Voyez Hist. litterar., du docteur Cave, t. I, p. 113. (Anon. gentl.).

1er mai 305

Les deux Césars, Sévère et Maximin

Lorsque Galère et Constance eurent été élevés au rang d'Auguste, le nouveau système de gouvernement impérial exigeait deux autres Césars. Dioclétien désirait sincèrement se retirer du monde : regardant Galère, qui avait épousé sa fille, comme l'appui le plus ferme de sa famille et de l'empire, il consentit sans peine à lui laisser le soin brillant et dangereux d'une nomination si importante. On ne consulta pour ce choix ni l'intérêt ni l'inclination des princes d'Occident. Ils avaient chacun un fils qui était parvenu à l'âge d'homme; et l'on devait naturellement espérer que leurs enfants seraient revêtus de la pourpre. Mais la vengeance impuissante de Maximien n'était plus à craindre; et Constance, supérieur à la crainte des dangers, cédait à son humanité qui lui faisait redouter pour ses peuples les maux d'une guerre civile. Les deux Césars élus par Galère convenaient bien mieux à ses vues ambitieuses : il paraît que leur principale recommandation consistait dans leur peu de mérite et de considération personnelle. L'un d'eux, fils d'une soeur de Galère, se nommait Daza, ou, comme on l'appela dans la suite, Maximin. Il était jeune, sans expérience; ses manières et son langage décelaient l'éducation rustique qu'il avait reçue. Quels furent son étonnement et celui de tout l'empire, lorsque après avoir reçu la pourpre des mains de Dioclétien, il fut élevé à la dignité de César; et qu'on lui confia le commandement suprême de l'Egypte et de la Syrie ! Dans le même instant, Sévère, serviteur fidèle, bien que livré aux plaisirs, et qui ne manquait pas de capacité pour les affaires, se rendit à Milan, où Maximien lui remit à regret les ornements de César et la possession de l'Italie et de l'Afrique. Selon les formes de la constitution, Sévère reconnut la suprématie de l'empereur d'Occident; mais il demeura entièrement dévoué aux ordres de son bienfaiteur Galère, qui, se réservant les provinces situées entre les confins de l'Italie et ceux de la Syrie, établit solidement son autorité sur les trois quarts de l'empire. Persuadé que la mort de Constance le rendrait bientôt seul maître de l'univers romain; Galère avait déjà, dit-on, réglé dans son esprit l'ordre d'une longue succession de princes, et il comptait, après avoir accompli vingt années d'un règne glorieux, passer tranquillement le reste de ses jours dans la retraite.

Mais en moins de dix-huit mois deux révolutions inattendues détruisirent ses vastes projets. L'espoir qu'avait Galère de réunir à ses domaines les provinces occidentales fut renversé par l'élévation de Constantin, et bientôt la révolte et les succès de Maxence lui enlevèrent l'Italie et l'Afrique.

274-306

Constantin

La réputation de Constantin a rendu intéressantes aux yeux de la postérité les plus petites particularités de sa vie et de ses actions. Le lieu de sa naissance et la condition de sa mère Hélène sont devenus un sujet de dispute, non seulement parmi les savants, mais encore parmi les nations. Malgré la tradition récente qui donne pour père à Hélène un roi de la Bretagne, elle était fille d'un aubergiste1. D'un autre côté, nous pouvons défendre la légitimité de son mariage contre ceux qui l'ont regardée comme la concubine de Constance2. Constantin le Grand naquit, selon toute apparence, à Naissus, ville de la Dacie3. Il n'est pas étonnant que dans une province, et au sein d'une famille distinguée seulement par la profession des armes, il n'ait pas cultivé son esprit, et qu'il ait montré, dès ses premières années, peu de goût pour les sciences. Il avait environ dix-huit ans lorsque son père fut nommé César (en 292); mais cet heureux événement fut accompagné du divorce de sa mère; et l'éclat d'une alliance impériale réduisit le fils d'Hélène à un état de disgrâce et d'humiliation. Au lieu de suivre Constance en Occident il resta au service de Dioclétien. L'Egypte et la Perse furent le théâtre de ses exploits, et il s'éleva par degrés au rang honorable de tribun de la première classe. Constantin avait la taille haute et l'air majestueux; il était adroit dans tous les exercices du corps; intrépide à la guerre, affable en temps de paix; dans toutes ses actions, la prudence tempérait le feu de la jeunesse; et, tant que l'ambition occupa son esprit, il se montra froid et insensible à l'attrait du plaisir. La faveur du peuple et des soldats qui le déclaraient digne du rang de César, ne servit qu'à enflammer la jalousie inquiète de Galère; et quoique ce prince n'osât pas employer ouvertement la violence, un monarque absolu manque rarement de moyens pour se venger d'une manière sûre et secrète4. Chaque instant augmentait le danger de Constantin et l'inquiétude de son père, qui, par des lettres multipliées, marquait le désir le plus vif d'embrasser son fils. La politique de Galère lui suggéra pendant quelque temps des excuses et des motifs de délai; mais il ne lui était plus possible de rejeter une demande si naturelle de son associé, sans maintenir son refus par les armes. Enfin, après bien des difficultés, Constantin eût la permission de partir, et sa diligence incroyable déconcerta les mesures5 que l'empereur avait prises, peut-être, pour intercepter un voyage dont il redoutait avec raison les conséquences. Quittant le palais de Nicomédie pendant la nuit, le fils de Constance traversa en poste la Bithynie, la Thrace, la Dacie, la Pannonie, l'Italie et la Gaule, au milieu des acclamations du peuple, et il arriva au port de Boulogne au moment même où son père se préparait à passer en Bretagne6.

1. Cette tradition, inconnue aux contemporains de Constantin, et fabriquée dans la poussière des cloîtres, fut embellie par Geoffroy de Motmouth, et par les écrivains du douzième siècle; elle a été défendue, dans le dernier siècle, par nos antiquaires, et, elle est sérieusement rapportée dans la volumineuse Histoire d'Angleterre, compilée par M. Carte (vol. I,. p. 147). Il transporte cependant le royaume de Coil, ce prétendu père d'Hélène, du comté d'Essex à la muraille d'Antonin.

2. Eutrope (X, 2) indique en peu de mots la vérité, et ce qui a donné lieu à l'erreur : Ex obscuriori matrimonio, ejus filius. Zozime (II, p. 78) a saisi avec empressement l'opinion la plus défavorable; il a été suivi par Orose (VII, 25), à l'autorité duquel il est assez singulier que M. de Tillemont, auteur infatigable, mais partial, n'ait pas fait attention. En insistant sur le divorce de Constance, Dioclétien reconnaissait la légitimité du mariage d'Hélène.

3. Il y a trois opinions sur le lieu de la naissance de Constantin :
1° Les antiquaires anglais avaient coutume de s'arrêter avec transport sur ces mots de son panégyriste : Britannias illic oriendo nobiles fecisti; mais ce passage tant relevé peut s'appliquer aussi bien à l'avènement de Constantin qu'à sa naissance.
2° Quelques Grecs modernes ont fait naître ce prince à Drepanum, ville située sur le golfe de Nicomédie (Cellarius, tome II, p. 174), que Constantin honora du nom d'Hélénopolis, et que Justinien embellit de superbes édifices (Procope, de AEdif., v. 2). A la vérité, il est assez probable que le père d'Hélène tenait une auberge à Drepanum et que Constance put y loger, lorsqu'il revint de son ambassade en Perse, sous le règne d'Aurélien. Mais, dans la vie errante d'un soldat, le lieu de son mariage et celui de la naissance de ses enfants ont très peu de rapport l'un avec l'autre.
3° La prétention de Naissus est fondée sur l'autorité d'un auteur anonyme dont l'ouvrage a été publié à la fin de l'Histoire d'Ammien, p. 710, et qui travaillait en général sur de très bons matériaux. Cette troisième opinion est aussi confirmée par Julius Firmicus (de Astrologia, I, c. 4), qui florissait sous le règne de Constantin. On a élevé quelques doutes sur la pureté du texte de Firmicus et sur la manière d'entendre ce passage, mais ce texte est appuyé sur les meilleurs manuscrits; et, quant à la manière dont il faut l'entendre, cette interprétation a été habilement défendue par Juste-Lipse, de Magnitudine rom., IV, c. 11, et supplément.

4. Galère, ou peut-être son propre entourage, exposa sa vie dans deux combats qu'il eut à soutenir, l'un contre un Sarmate (Anon., p. 710) et l'autre contre un lion monstrueux. Voyez Praxagoras, apud Photium, p. 63. Praxagoras, philosophe athénien, avait écrit une vie de Constantin en deux livres, qui sont maintenant perdus. Il était contemporain de ce prince.

5. Zozime, II, p. 78-79. Lactance, de Mort. persec., c. 24. Le premier rapporte une histoire très ridicule : il prétend que Constantin fit couper les jarrets à tous les chevaux dont il s'était servi. Une exécution si sanglante n'aurait pas empêché qu'on ne le poursuivit, et elle aurait certainement donné des soupçons qui auraient pu l'arrêter dans son voyage.
Zozime n'est pas le seul qui fasse ce récit; Victor le jeune le confirme : Ad fustrandos insequentes, publica jumenta quaqua iter ageret interficiens (t. I, p. 633). Aurelius-Victor, de Caesaribus, dit la même chose (t. I, p. 623) (Anon. gentl.).

6. Anon., p. 710; Panebyr. vet., VII, 4. Mais Zozime (II, p. 79), Eusèbe (de Vita Constant., I, c. 21) et Lactance (de Mort. persec., c. 24), supposent, avec moins de fondement, qu'il trouva son père au lit de mort.

25 juillet 306

Mort de Constance

L'expédition de Constance dans cette île, et une victoire facile qu'il remporta sur les Barbares de la Calédonie, furent les derniers exploits de son règne. Il expira dans le palais impérial de York, près de quatorze ans et demi après qu'il eut été revêtu de la dignité de César (25 juillet 306).

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