Lucius Sergius Catilina : né en 109, mort en 62 av. J.C.

La conjuration de Catilina
Catilina
Cicéron dénonce Catilina
Cesare Maccari (1840-1919)

Catilina est l'un des plus scélérats dans ce siècle fécond en scélératesses. Ses tours de jeunesse appartiennent aux greffes criminels plutôt qu'à l'histoire : sa face blême, son oeil égaré, sa démarche moitié paresseuse et moitié hâtive trahissent un sinistre passé. Il possède les qualités du chef de bande : ayant le courage, la connaissance des hommes, l'énergie du crime et maniant en maître l'épouvantable enseignement du vice qui pousse les faibles à leur chute et après la chute au forfait.

Avec de tels éléments, c'est chose facile à des hommes ayant l'argent et l'influence que d'ourdir un complot contre l'ordre des choses actuel. Catilina, Pison et leurs pareils se prêtent volontiers à toute combinaison qui leur offre les proscriptions et l'annulation des dettes. Catilina appartenait à cette classe alors si nombreuse de jeunes patriciens qui, perdus de dettes et de vices, se trouvaient écartés des honneurs par leur vie infâme, et n'avaient rien à espérer que d'un bouleversement.

Catilina est issu d'une famille illustre de Rome, la gens Sergia descendante de Sergeste, l'un des compagnons d'Enée. Dès sa jeunesse, il mène une vie dissolue de crimes; sert dans l'armée de Gnaeus Pompeius Strabo, le père de Pompée puis s'enrichit lors des proscriptions de Sylla où il s'était distingué parmi les meurtriers les plus féroces. A cette occasion, il tua l'un de ses parents, Marius Graditianus. Il égorgea son fils et sa femme pour être libre de contracter un nouveau mariage.

En 68 av. J.C., Catilina devient préteur et gouverne la province d'Afrique en 67 et 66 av. J.C. où il y commet d'abominables exactions. Depuis longtemps il était uni à tout ce que Rome et l'Italie renfermaient de mécontents, d'ambitieux trompés, de débiteurs insolvables, d'agents de débauche et de vice. Il les enrôla dans une vaste conjuration; fit, en divers lieux, d'immenses amas d'armes, et gagna les vétérans de Sylla, qui avaient besoin d'une nouvelle guerre civile. Il se sentait si fort, qu'en plein sénat il osa dire: "Le peuple romain est un corps robuste, mais sans tête; je serai cette tête." Ayant été écarté du consulat, il tente de faire assassiner les consuls Aurelius Cotta et Manlius Torquatus qui avaient été ses concurrents au consulat en 65 av. J.C., et les remplacer par deux autres candidats, Cornelius Sylla et Publius Autronius Paetus, poursuivis et condamnés pour brigue; tous les deux entrés dans la conspiration fomentée par Catilina. Crassus alors prendrait la dictature: César serait fait maître de cavalerie avec mission de mettre sur pied une force militaire imposante. Capitaines et soldats, tous sont achetés, tous ont le mot d'ordre. Catilina, posté au jour fixé près de la Curie, n'attendait plus que le signal de César (César devait laisser tomber sa toge de son épaule), sur un mouvement de Crassus qui devait lui transmettre. Il attend en vain : Crassus ne parut pas à la séance où tout se devait décider, et cette fois l'insurrection projetée avorta.

En 64 av. J.C., Catilina échoue encore aux élections consulaires pour l'année 63 et décide d'organiser une nouvelle conspiration : il se présente comme le défenseur des populaires et des vétérans de Sylla. En 63 av. J.C., Cicéron, l'un des nouveaux consuls qui l'a battu aux élections découvre grâce à ses espions, la conspiration et la révèle le 8 décembre 63 au sénat, dans un discours appelé la première catilinaire et qui commence par ces mots suivants : " Quousque Tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?" : jusqu'à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? "Quoi! ni la garde qui veille la nuit sur le mont Palatin, ni les troupes réunies dans la ville, ni la consternation du peuple, ni ce concours de bons citoyens, ni ce lieu fortifié où le sénat s'assemble, ni les regards indignés que tous ici jettent sur toi, rien ne t'arrête!... 0 temps! O moeurs! tous ces complots, le sénat les connaît, le consul les voit, et il vit! Que dis-je, il vit? Il vient au sénat pour y marquer ses victimes." Catilina est obligé de fuir la capitale; il s'exile dans son quartier général, à Foesulae (Fiesole), pour y rejoindre un ancien officier de Sylla, Gaius Manlius, le commandant de la place forte. Lentulus nouent des intelligences avec les députés de la cité gauloise des Allobroges, alors de séjour à Rome : il s'efforce d'engager dans le complot ces représentants, endettés eux-mêmes par-dessus la tête, d'une nation désorganisée. Ceux-ci refusent et avertissent les romains. Quatre conjurés (Lentulus, Cethegus, Gabinius et Stalilius) sont arrêtés et conduits au sénat. Cicéron les force de tout avouer, et le surlendemain ouvre la délibération sur leur compte. Silanus, consul désigné, vote pour la peine dernière. Tous les consulaires se rangent à son avis. César, alors préteur désigné, vote pour la détention perpétuelle dans un municipe avec la confiscation des biens. Il avait ébranlé la plupart des sénateurs, lorsque Caton d'Utique, venant en aide à Cicéron avec sa rude éloquence, entraîna l'assemblée à voter la mort.

Cicéron fit procéder sur-le-champ à l'exécution, sans procès par l'entremise d'un senatus consultum accordé. Lentulus fut étranglé le premier. Sur son cadavre, les autres subirent la même mort. Quand le consul traversa pour la seconde fois le Forum, en descendant de la prison, il ne dit que ces mots : "Ils ont vécu;" et la foule, frappée de stupeur, s'écoula en silence (5 décembre 63 av. J.C.).

Cette énergie intimida le reste des conjurés et une bataille délivra les consuls de leur chef, en janvier 62. Elle eut lieu à Pistoie (Pistorium) en Étrurie. Les troupes romaines étaient commandées par Petreius. Avant l'action, Catilina renvoya son cheval, ne voulant de refuge que dans la victoire, et se plaça au centre avec un corps d'élite. La bataille fut acharnée; pas un de ses soldats ne recula ou demanda quartier: lui-même fut trouvé, bien en avant des siens, au milieu d'un monceau de cadavres ennemis, et respirant encore. On lui coupa la tête et on l'envoya à Rome.

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