Marcius Porcius Cato : né en 234, mort en 149 av. J.C.

Caton l'Ancien ou Caton le Censeur
Caton l'Ancien
Caton l'Ancien ?

Caton, qu'on a surnommé le Censeur pour le distinguer d'un de ses descendants appelé Caton d'Utique, naquit en 234 av. J.C., dans le village de Tusculum, aujourd'hui Frascati et où naîtra Cicéron plus d'un siècle plus tard.

Il cultive longtemps de ses mains une petite propriété dans le pays des Sabins, près de la chaumière de Curius Dentatus. Il s'inspira des exemples de désintéressement et de vie laborieuse et frugale qu'avait donnés ce grand citoyen. Econome pour lui-même comme pour l'Etat, il disait qu'une chose dont on peut se passer, ne valût-elle qu'une obole, est toujours trop chère; et tant qu'il fut à la tête des légions, il ne prit, dans les greniers publics, pour lui et sa suite, que trois médimnes de blé par mois.

Durant son consulat, jamais son dîner ne lui coûta plus de 30 as, et, avant de quitter l'Espagne, il vendit son cheval de guerre pour épargner à la république les frais du transport.

En 205 av. J.C., il est questeur de Scipion l'Africain. Un patricien, Valérius Flaccus, témoin de ses vertus et voulant voir un tel homme arriver aux charges publiques, le fit venir à Rome, où il se fit promptement connaître par un caractère qui ne savait se plier à aucune complaisance mauvaise, et par une éloquence qui réalisait la définition donnée par lui-même de l'orateur: l'homme honnête, habile dans l'art de bien dire. A l'armée, où il servit dès l'âge de dix-sept ans, ses talents, son courage, le firent arriver rapidement au grade de tribun légionnaire.

En 205 av. J.C., il fut donc envoyé en Sicile comme questeur de Scipion l'Africain. En attendant que ses préparatifs fussent achevés, Scipion, à Syracuse, vivait au milieu des livres, du faste et des plaisirs. Caton s'irrita de cette mollesse et de ces dépenses. Il fit des représentations; le général y répondit avec hauteur et le renvoya en disant : "Je n'ai pas besoin d'un questeur si exact." Caton ne le quitta pas à la veille de la guerre, mais de ce jour Scipion lui devint suspect.

Après avoir exercé l'édilité plébéienne (199 av. J.C.), Caton obtint la préture (198 av. J.C.) de Sardaigne. Il bannit de l'île tous les usuriers et refusa l'argent que la province voulait lui allouer, suivant l'usage, pour frais de représentation. Cette conduite, la sévérité de ses moeurs et sa rude éloquence, attirèrent sur lui tous les regards. Dès l'année 195 av. J.C., les comices l'élevèrent au consulat. On demandait alors l'abrogation d'une loi qui limitait la dépense des femmes dans leur parure. Caton s'y opposa par un discours éloquent. Plaute aussi venait de tracer au théâtre, dans l'Aulularia, une mordante satire du luxe des matrones. Mais le poête et le consul échouèrent. La loi fut abrogée. Caton partit aussitôt pour l'Espagne. A son arrivée, il renvoya tous les fournisseurs. "La guerre nourrira la guerre," dit-il. De continuels exercices, une infatigable vigilance rendirent à son armée l'aspect des vieilles légions. Cette campagne, que Caton écrivit, fit beaucoup d'honneur à ses talents militaires, et lui valut le triomphe; sa conduite à la bataille des Thermopyles (191 av. J.C.) accrut encore sa réputation.

Caton voulant régénérer l'Etat par un retour à l'ancienne rusticité, était naturellement l'ennemi de Scipion l'Africain qui introduisait à Rome toute l'élégance des Grecs. En l'année 187 av. J.C., le tribun Pétilius, à son instigation, somma Scipion de rendre compte de l'emploi des trésors que le roi de Syrie lui avait livrés après la bataille de Magnésie, par Antiochus. L'Africain fit apporter ses registres dans le sénat et les déchira en s'écriant : "Il ne sera pas dit que j'aurai subi l'affront de répondre à une pareille accusation; qu'il m'aura fallu rendre raison de 4 millions de sesterces quand j'en ai fait entrer 200 millions dans le trésor."

Caton, décidé à ramener sous le niveau de l'égalité républicaine cet orgueilleux citoyen, dont l'exemple encourageait le mépris des lois et des magistrats, le dédain des moeurs et des institutions de son pays, le fit accuser par un autre tribun d'avoir vendu la paix au roi de Syrie.

Au jour marqué, Scipion monta à la tribune : "Tribuns et vous, Romains", dit-il avec une magnifique insolence, "c'est à pareil jour que j'ai vaincu Annibal et les Carthaginois. Comme il convient, dans une telle journée, de surseoir aux procès, je vais de ce pas au Capitole rendre hommage aux dieux. Venez avec moi les prier de vous donner toujours des chefs qui me ressemblent; car si vos honneurs ont devancé mes années, c'est que mes services avaient prévenu vos récompenses." Et il monta au Capitole entraînant le peuple tout entier sur ses pas.

Toutefois, ne prévoyant désormais qu'attaques de la jalousie et débats avec les tribuns, il se retira à Liternum pour ne pas comparaître. On allait le condamner absent. Un tribun, Sempronius Gracchus, s'écria : "Tant que Publius Scipion ne sera pas de retour à Rome, je ne souffrirai pas qu'il soit mis en cause. Eh quoi! Ni les services, ni les honneurs mérités, n'assureront donc jamais aux grands hommes un asile inviolable et sacré, où, sinon entourés d'hommages, du moins respectés, ils puissent reposer leur vieillesse?" L'affaire fut abandonnée, et le sénat en corps remercia Gracchus d'avoir sacrifié ses inimitiés personnelles à l'intérêt général. Retiré dans sa villa, dont n'aurait pas voulu le plus obscur des contemporains de Sénèque, Scipion y acheva sa vie dans le culte des Muses. Polybe place sa mort en la même année que celle de Philopoemen et d'Annibal (Hannibal) (183 av. J.C.). On croit voir encore aujourd'hui à Patrica, l'antique Liternum, son tombeau et le second mot de cette inscription qu'il y avait fait graver : "Ingrate patrie, tu n'auras pas mes cendres."

L'exil de Scipion enhardit ses ennemis; Caton fit reprendre l'accusation contre Scipion l'Asiatique, qui laissa saisir et vendre ses biens. Leur produit ne put couvrir l'amende. Sa pauvreté prouvait son innocence.

Caton triomphait. Les Scipions étaient humiliés et avec eux toute la noblesse. En l'année 184 av. J.C., le peuple, malgré la vive opposition des nobles, donna la censure à cet homme nouveau. La noblesse et les publicains furent rudement flagellés. Il raya sept membres du sénat et parmi eux un consulaire. Il afferma les impôts à de très-hauts prix et les travaux publics au rabais. Il comprit dans le recensement de la fortune des citoyens les bijoux, les voitures, les parures des femmes et les jeunes esclaves pour une valeur décuple du prix qu'ils avaient coûté, et il les frappa d'un impôt onéreux- Il supprima les prises d'eau qui appauvrissaient les fontaines publiques au profit de quelques riches particuliers. Il fit paver les abreuvoirs, nettoyer et construire des égouts, percer un chemin à travers la montagne de Formies, et élever la basilique Porcia1. Il fit défendre aux rois de venir à Rome, où ils laissaient toujours quelques vices de leur cour, et chasser le philosophe Carnéade qui enseignait le mépris des dieux.

Un parti nombreux sympathisait avec le rigide censeur, et quand il sortit de charge, le peuple lui érigea une statue avec cette inscription : "A Caton, pour avoir, par de salutaires ordonnances et de sages institutions, relevé la république romaine, que l'altération des moeurs avait mise sur le penchant de sa ruine."

Dans cette rude guerre que Caton fit aux moeurs de son temps, il eut des luttes à soutenir : il fut cinquante fois accusé et appelé en justice. La dernière fois il avait 83 ans. A 85, il cita encore devant le peuple Servilius Galba, car il avait, dit Tite Live, une âme et un corps de fer, et la vieillesse qui use tout ne put le briser. De son censorat à sa mort à 85 ans en 149 av. J.C., Caton n'occupera aucune magistrature publique mais il continuera à se distinguer au sénat. Sa dernière activité publique consistera à souligner à ses compatriotes la nécessité d'entamer la Troisième Guerre punique et la destruction de Carthage. En 157 av. J.C., il est l'un des députés envoyés à Carthage pour servir d'arbitre aux Carthaginois et à Massinissa, roi de Numidie.

Marcus Caton était le chef de la commission. Les Carthaginois refusèrent de se soumettre à un tribunal où leur ennemi avait d'avance gagné sa cause, et Massinissa garda ce qu'il avait usurpé. Etonné et mécontent à la fois, Caton constata de ses propres yeux le réveil florissant de l'ennemi héréditaire de Rome. Dans sa conviction honnête il se disait que le salut de Rome n'était pas assuré tant que Carthage restait debout. Revenu à Rome, il s'empressa d'en dire son avis en plein sénat. Il avait trouvé, avec surprise et colère, Carthage riche, peuplée, prospère. Quand le vieillard revint à Rome, il laissa tomber dans la curie des figues qu'il tenait dans un pli de sa toge; et comme les sénateurs en admiraient la beauté: "La terre qui les porte", dit-il, "n'est qu'à trois journées de Rome"; depuis ce jour il ne cessa de répéter à la fin de ses discours: "Et, de plus, je pense qu'il faut détruire Carthage, delenda est Carthago." La majorité décida qu'à la première occasion favorable, la guerre serait déclarée à Carthage et que Carthage serait rasée.

A la mort de sa première épouse, Caton déjà d'un âge très avancé choisit l'une de ses esclaves d'âge nubile pour seconde épouse.

1. Basilique, bâtiment qui servit d'abord aux négociants pour leurs affaires, plus tard aux tribunaux, plus tard encore au culte chrétien.

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