Les affaires grecques  
201-183 av. J.C.

La seconde guerre macédonienne La bataille des Cynoscéphales La guerre contre Nabis La bataille des Thermopyles La bataille des Thermopyles Mort d'Hannibal Mort de Scipion

201-196 av J.C.

Guerres avec les Gaulois

Dès l'année de paix avec Carthage (201 av J.C.), la lutte avait recommencé avec les Boïens. Obéissant aux conseils d'Hamilcar, officier carthaginois de l'armée de Magon resté en Italie, les Gaulois font l'année suivante une levée de boucliers en masse. Les Insubres et les Ligures se joignent aux Boïens et se révoltent contre les romains. Plaisance et Crémone sont assiégées et tous les habitants sont massacrés par les Gaulois.

Rome envoie plusieurs légions et remporte une première victoire sous Crémone où Hamilcar tombe parmi les morts qui couvrent le champ de bataille. La guerre se prolonge et l'année suivante en 199 av. J.C., l'armée romaine victorieuse à Crémone essuie une sanglante défaite de la part des Insubres. En 198 av. J.C., les romains reprennent Plaisance à grande peine et en 197 av. J.C., Rome gagne une bataille contre les Gaulois sur les bords du Mincio.

Les Gaulois concluent la paix en 196 av. J.C. Les romains renforcent leurs latinisations comme elle avait fait avec les Etrusques et les Sabelliens. En 181 av. J.C., Rome fonde la colonie d'Aquilée pour empêcher les Macédoniens de pénétrer en Italie et de garantir ainsi la navigation dans le golfe de la mer adriatique. Toute la Cisalpine est colonisée par les latins. Les romains prolongent la voie flaminienne jusqu'à Plaisance : son prolongement prend le nom de voie Emilienne (187 av. J.C.). Le Pô devient la vraie frontière.

Sur le territoire des Ligures, Rome construit la voie Aurélienne allant de Rome à Luna.

200-197 av J.C.

La seconde guerre macédonienne

Philippe V de Macédoine
Philippe V de Macédoine

Philippe en concluant le traité de paix en 206-205 av J.C. avec les Etoliens et les romains avait la ferme intention de se consacrer aux affaires de l'Orient. Ptolémée Philopator, roi d'Egypte était mort en 205 av. J.C. Philippe et Antiochus s'unissent contre son successeur, Ptolémée Epiphanes, un enfant de cinq ans. Antiochus doit prendre l'Egypte et Chypre : Cyrène, l'Ionie et les Cyclades sont pour Philippe. La guerre commence dans l'année même où Rome fait sa paix avec Carthage en 201 av. J.C. Rhodes, Byzance et le vieux roi de Pergame, Attale déclarent la guerre à Philippe.

Rome ne peut pas permettre que Philippe annexe la meilleure partie de l'Asie Mineure grecque. En outre, la chute de l'Egypte et la conquête de Rhodes peuvent gêner le commerce italien en Méditerranée. Ne fallait-il pas défendre Attale, son fidèle allié durant la première guerre macédonienne?

Le vainqueur de Zama est à peine descendu de son char de triomphe, que le sénat vient proposer une nouvelle guerre contre la Macédoine. Tout d'une voix, l'assemblée du peuple la repousse. On a assez de gloire et de combats, on veut du repos. Mais le consul rappelle l'alliance du roi avec Carthage, ses attaques contre les villes libres de Grèce et d'Asie : "Athènes", dit-il, "sera une nouvelle Sagonte, et Philippe un autre Annibal". Le peuple cède.

Dès 201 av. J.C., Rome envoie une flotte de 38 navires, commandée par Marcus Valerius Loevinus dans la mer d'Orient.

En 200 av. J.C., Philippe envahit la Thrace et prend plusieurs places maritimes. Les rhodiens et Attale s'installent à Chios. Les Macédoniens les assiègent : presque tous les hommes valides se font tuer sur les murailles; la plupart des autres habitants périssent de leur propre main après la capitulation. Comme ils se sont livrés à merci, le vainqueur leur avait laissé trois jours pour se donner la mort.

Par ailleurs, les macédoniens attaquent Athènes qui appelle Rome à l'aide. Rome déclare la guerre au royaume de Macédoine. Les romains forment six légions nouvelles : deux restent à Rome, deux en Etrurie et deux autres s'embarquent à Brindes pour la Macédoine sous le commandement de Publius Sulpicius Galba.

A l'automne de 200 av J.C. le consul Publius Sulpicius Galba débarque près d'Apollonie. En 199 av J.C., une flotte romaine conduite par Gaius Claudius Cento accoste à Athènes. Il reprend la mer pour assiéger la principale place d'armes de Philippe en Grèce, Chalcis d'Eubée. La garnison est passée au fil de l'épée. Les romains décident de marcher tout droit avec ses légions d'Apollonie au coeur de la Macédoine. Au nord, les Dardaniens et les Illyriens attaquent les macédoniens. A l'est, les flottes combinées des Romains et des Grecs Coalisés se rassemblent devant Egine.

Philippe a 20000 fantassins et 2000 cavaliers; l'armée romaine est à peu près égale en nombre. Philippe occupe les défilés de la chaîne qui sépare la Lyncestide et l'Eordée. La bataille s'engage mais sur ce terrain boisé et inégal, les longues lances macédoniennes sont d'un usage incommode. Les troupes de Philippe perdent beaucoup d'hommes.

Les romains reviennent à Apollonie. Aussitôt leur départ, Philippe se dirige en Etolie où il ravage toute la riche vallée du Pénée. Battus, passés au fil de l'épée, le peu qui ne reste s'enfuit dans les montagnes. Somme toute, Philippe n'a pas trop à se plaindre des résultats de la campagne. Après de rudes et fatigantes marches, les romains se trouvent ramenés à leur point de départ. L'avenir lui promet de grands résultats pourvu qu'Antiochus dont il implore le secours se mette enfin en mouvement et vient le rejoindre.

197 av J.C.

La bataille des Cynoscéphales

Philippe reprend l'offensive en 198 av J.C. et pénètre chez les Atintans en établissant un camp retranché entre les monts Aeropos et Asmaos. En face de lui, vient s'établir aussi l'armée romaine commandée par le consul Titus Quinctius Flamininus. Celui-ci, à peine âgé de trente ans, et bien-qu'il n'eût encore exercé que la questure; sa réputation avait devancé ses services. Il appartient à cette jeune génération qui délaissant les antiques traditions des aïeux commence aussi à se défaire du vieux patriotisme romain et qui sans songer à renier Rome n'a plus guère de yeux que pour l'hellénisme et pour soi-même. La discipline rétablie dans l'armée, Flamininus attaque les macédoniens. Philippe retranché dans son camp s'enfuit avec 2000 hommes. L'hiver arrive. Philippe en profite pour négocier la paix mais sa tentative échoue.

Au lieu de revenir, comme ses prédécesseurs, perdre l'hiver en Epire, Flamininus prend ses quartiers dans la Grèce centrale, et par son éloquence, gagne la ligue Achéenne; par son adresse, les Béotiens. Ceux-ci hésitaient à se déclarer pour lui. Flamininus leur demande une conférence. Les magistrats sortent à sa rencontre avec les principaux Thébains. Il s'avance presque seul, parle à chacun des députés, les flatte, les distrait. Tout en causant, il arrive aux portes et les mène jusqu'à la place publique, entraînant après lui tout ce peuple avide de voir un consul et d'entendre un Romain qui parle si bien leur langue. Mais 2000 légionnaires suivaient à quelque distance: tandis que Flamininus tient la foule sous le charme, ils s'emparent des portes et des murs. Thèbes était prise.

Au retour du printemps, Flamininus va chercher le roi de Macédoine en Thessalie, à la tête de 20000 hommes, dont 8000 sont Grecs.

Philippe se remet en marche avec 26000 hommes (dont 16000 phalangistes macédoniens) qu'en enrôlant jusqu'à des enfants de seize ans. La bataille se livre dans une plaine parsemée de collines nommées les Têtes de chiens (Cynoscéphales). L'action fut si vite engagée, que Philippe n'eut ni le temps ni les moyens de ranger sa phalange. Sur ce terrain accidenté, elle perdait sa force avec son unité. En peu de temps elle fut rompue par le choc des éléphants que les Romains avaient amenés, par une attaque dirigée sur ses derrières, et par la pression inégale des légionnaires qui tour à tour attaquaient et reculaient. Les romains beaucoup plus mobiles massacrent les phalanges, 13000 hommes restent sur le carreau tandis que du côté des romains les pertes ne sont pas grandes.

Philippe n'a plus d'armée et demande à traiter. La Macédoine se voit enlever toutes ses possessions du dehors, en Asie Mineure, en Thrace, en Grèce et dans les îles de la mer Egée. Philippe conserve la Macédoine toute entière. Par ailleurs, la Macédoine se voit interdire par Rome de conclure des alliances extérieures, de faire la guerre hors de chez elle, de réduire sa flotte à cinq vaisseaux, donner en otage son jeune fils Démétrius et enfin, de n'avoir pas plus de 5000 hommes sous les armes. Philippe entre ainsi sous le protectorat romain et en outre, doit payer aux romains une contribution de 1000 talents.



195-194 av J.C.

La guerre contre Nabis

Depuis 204 av. J.C., les Achéens et les Spartiates se font la guerre. En vain Flamininus essaie d'amener le roi de Sparte, Nabis à des concessions. Les romains déclarent la guerre à Sparte. La bataille s'engage à Sparte même et Flamininus enlève la place forte facilement.

Il laisse à Sparte son indépendance, sa constitution monarchique et Nabis lui-même est maintenu. Mais Sparte doit abandonner toutes ses possessions extérieures : Argos, Messine, les villes crétoises... et à ne plus faire la guerre, à ne plus avoir de flotte, à donner des otages aux romains et à payer une contribution à la république romaine.

Au printemps de 194 av. J.C., sa tâche achevée, Flamininus réunit à Corinthe pour la dernière fois les députés de toutes les villes de la Grèce. On y célébrait les jeux isthmiques. Tout à coup un héraut réclame le silence et lit un décret qui se terminait ainsi: "Tous les Grecs d'Europe et d'Asie sont libres". Une joie immense éclata à ces paroles. Deux fois l'assemblée se fit répéter le décret, et Flamininus faillit périr étouffé sous les fleurs et les couronnes (194 av. J.C.). Il rembarque avec toutes les troupes italiennes et rentre à Rome.

223-193 av J.C.

Antiochus

Antiochus III
Pièce d'argent d'Antiochos III
Au revers, Apollon assis sur un omphalos
From the 1889 edition of Principal Coins of the Ancients

Depuis 223 av J.C., le roi Antiochus III, petit-fils du fondateur de sa dynastie, porte en Asie le diadème des Séleucides. Ce prince qui se faisait appeler grand et qui pouvait le paraître, grâce aux illusions de l'éloignement, n'aspirait à rien moins qu'à l'empire de l'Asie. Il restaure la souveraineté Séleucide sur les satrapies orientales comme la Médie et la Parthyène. A la mort de Philopator en 205 av. J.C., Antiochus s'associe avec Philippe de Macédoine. Antiochus s'en prend à toutes les possessions extérieures de l'Egypte : la Palestine, la Coelesyrie... En 198 av. J.C., il, remporte une victoire au pied du Panion non loin des sources du Jourdain sur le général égyptien Scopas. Ce succès lui donne la possession incontestée de tous les territoires qui s'étendent jusqu'à la frontière de l'Egypte.

Dès 199-198 av. J.C., Attale demande du secours à Rome contre le roi d'Asie. En 197 av. J.C., c'est Rhodes qui appelle à l'aide Rome. Rome ne bouge pas. La prise d'Ephèse, lui permet d'acquérir l'empire maritime lagide. Antiochus est rejoint par Hannibal, venu de Carthage en fugitif : l'accueil et les honneurs exceptionnels qu'il rend au grand homme équivaut à une déclaration de guerre avec Rome.

Ce grand homme venait d'être contraint à l'exil par les rancunes de Rome. En quelques années de paix, il avait accompli à Carthage une suite de réformes qui allaient régénérer cette ville et lui rendre le moyen de recommencer la lutte. Le sénat demanda sa tête. Il s'enfuit auprès d'Antiochus.

"Donnez-moi 11000 hommes et 100 vaisseaux", dit-il au roi, "et je soulève l'Italie et le monde".

En 193 av. J.C., Antiochus conclut le mariage du jeune roi d'Egypte avec sa fille Cléopâtre. Il donne son approbation royale aux plans qu'Hannibal lui a soumis : il lui fournira une flotte de 100 voiles et une armée de 10000 hommes avec 1000 cavaliers pour aller à Carthage et rallumer une troisième guerre punique. En Grèce, les Etoliens, nouveaux alliés d'Antiochus déclarent la guerre à Nabis. Nabis périt pendant une revue de troupes, mais les Etoliens se répandent dans Sparte pour piller. Les Lacédémoniens se rassemblent et les tuent tous. La dessus, Sparte entre dans la ligue achéenne : presque tout le Péloponnèse entre dans la faction philoromaine.

191 av J.C.

La bataille des Thermopyles

En 192 av. J.C., le roi Antiochus part avec 40 navires, 10000 hommes, 500 chevaux et 6 éléphants, se dirige vers la Grèce et commence par perdre un hiver à Chalcis dans les plaisirs. Au même moment, le sénat a le temps d'achever ses préparatifs : une armée romaine de 25000 hommes commandée par Marcus Boebius débarque à Apollonie. Au printemps 191 av. J.C., Manius Acilius Glabrio (Glabrion) est le nouveau commandant des troupes romaines, l'amiral de la flotte est Gaius Livius et parmi les tribuns militaires on compte Caton et Lucius Valerius Flaccus. Avec les renforts, l'armée compte désormais 40000 hommes.

Antiochus se retranche dans les Thermopyles pour l'arrêter, comptant faire mieux que Léonidas. Caton, alors lieutenant volontaire d'Acilius, après avoir été consul, surprend et culbute les Etoliens qui gardaient le sentier d'Ephialte. Le combat prend part et l'armée d'Antiochus périt toute entière sur le champ de bataille et dans la déroute. Le roi s'enfuit à Elatée, puis à Chalcis, puis à Ephèse. Les romains deviennent maîtres de la Grèce.

190 av J.C.

Rome entre en Asie pour la première fois

Avant tout, il faut se rendre maître de la mer. La flotte romaine est occupée à préparer le passage des romains en Asie. En 191 av. J.C., Gaius Livius a sous ses ordres 106 vaisseaux. L'amiral syrien Polyxénidas commande 70 navires et accepte le combat sans hésiter. L'avantage est du côté des romains qui coulent une grande partie de la flotte syrienne. Les rescapés retournent à Ephèse. En 190 av. J.C., la flotte romaine met le cap sur l'Hellespont. Hannibal est chargé de barrer la route des romains. Il est défait aux bouches de l'Eurymédon. C'est aussi son dernier combat contre Rome.

Le 23 décembre 190 av. J.C., une autre bataille navale sous le promontoire de Myonnésos a lieu : les romains anéantissent la flotte syrienne de Polyxénidas et lui prennent ou coulent 42 navires. Pour diriger l'expédition d'Asie, Rome fait le choix du vainqueur de Zama. A l'Africain appartient en réalité le commandement nominalement conféré à Lucius Scipion, son frère. Aussitôt qu'on sut qui allait conduire la guerre, 5000 vétérans des guerres puniques se font inscrire voulant servir encore une fois leur général.

Les romains s'établissent sur la côte d'Asie. Le Grand roi sollicite la paix que Scipion refuse.

190-189 av J.C.

La bataille de Magnésie

Non loin de Smyrne en 190 av. J.C., Antiochus avec 80000 hommes dont 12000 cavaliers rencontre Scipion accompagné de 40000 soldats à Magnésie. Scipion l'africain malade, le commandement de l'armée est confié à son frère Lucius Scipion. Les romains anéantissent les syriens dont toute l'armée fuit. Antiochus veut défendre le camp mais sans succès; cet effort ne sert qu'à accroître les pertes en morts et en prisonniers. Tant est grande la confusion tant est le désastre. Quant aux romains qui n'avaient même pas engagés les légions, cette victoire leur coûte 24 cavaliers et 300 fantassins. L'Asie Mineure se soumet.

Le traité de paix comprend les otages donnés par le roi (dont son plus jeune fils portant aussi le nom Antiochus), une contribution de guerre de 15000 talents, l'abandon de toutes ses possessions européennes et en Asie Mineure en dehors de la Cilicie. Il lui est interdit de faire la guerre, il n'aura pas plus de dix vaisseaux, plus d'éléphants de combat, ne peut plus enrôler de soldats en dehors de la Cilicie, son royaume, ne recevra ni transfuge politique ni déserteurs.

Au lendemain de la bataille de Magnésie, le royaume des Séleucides demeure rayé de la liste des grandes puissances. En 187 av. J.C., Antiochus va piller le Temple de Bel à Elymaïs sur le golfe persique. Il compte sur les trésors sacrés pour remplir ses coffres vides. Le peuple furieux le tue.

Le frère de Scipion l'Africain rapportera de cette guerre le surnom d'Asiatique.

189 av J.C.

L'expédition contre les Celtes d'Asie Mineure

Antiochus abattu, ses alliés et ses satrapes dans l'intérieur du pays hésitent à se soumettre. Pour les Gaulois d'Asie Mineure qui sans être les alliés officiels d'Antiochus pensaient n'avoir rien à craindre des romains. Le général Gnoeus Manlius Vulso qui vient de remplacer Lucius Scipio en Asie en 189 av. J.C. veut soumettre les Gaulois ou les Gallo-Grecs ou Galates. Ce peuple, d'origine gauloise, s'était établi vers la fin du III siècle entre la Phrygie et la Cappadoce. Il avait acquis par son courage une grande influence et de telles richesses qu'un de ses chefs fit annoncer dans toute l'Asie Mineure qu'il tiendrait table ouverte pendant une année entière; et il avait fait ce qu'il avait promis.

Manlius Vulso part tout à coup d'Ephèse saccageant sans raison les villes du Haut-Méandre, de la Pamphylie et se dirige vers la région des Celtes. A son approche, ils se retirèrent sur les hauteurs avec leurs femmes et leurs enfants. Mais, comme ils ne s'étaient pas pourvus d'armes de jet, les Romains purent aisément faire de loin un grand massacre. Vaincus pour ainsi dire sans combat, ils demandèrent à traiter. Les romains deviennent les maîtres de la Galatie.

183 av J.C.

Mort de Philopoemen

Le roi de Macédoine, Philippe, ne pouvait se résigner à sa défaite et il se préparait en secret à une guerre nouvelle. Le sénat romain devine ses projets, et, pour en diminuer le danger, songea à se défaire de deux hommes dont il redoutait le génie : Philopoemen en Grèce, Annibal en Asie. Le vainqueur de Cynoscéphales accepte la honteuse mission de délivrer le peuple-roi de ces deux vieillards.

Flamininus passa d'abord par Messène, ville de la ligue Achéenne qu'il poussa à se séparer de la confédération, dont Philopoemen était alors le général. A peine, en effet, Flamininus eut-il quitté Messène qu'une sédition y éclata contre les Achéens. Malgré ses soixante-dix ans et une maladie récente, Philopoemen fit dix-sept lieues en un jour, pour étouffer l'insurrection; mais dans une rencontre avec les Messéniens, il tomba de cheval, fut pris et condamné par eux à boire de la ciguë (183 av. J.C.). Lycortas, son ami, le vengea sur ceux qui l'avaient fait périr, et la Grèce entière lui fit de magnifiques funérailles. Le grand historien Polybe porta dans cette pompe lugubre l'urne qui renfermait les cendres du héros.

183 av J.C.

Mort d'Hannibal

Antiochus faisant la paix, a dû promettre de livrer le carthaginois et celui-ci s'était réfugié en Crète d'abord puis en Bithynie. Il vit actuellement à la cour de Prusias lui prêtant son concours dans ses démêlés avec Eumène de Pergame. Prusias, le trahit et se fait un plaisir de le vendre aux romains. Hannibal (Annibal) voit sa maison tout à coup investie par les assassins. Il avait fait préparer à sa maison sept issues secrètes; quand il voulut fuir, elles étaient toutes gardées. "Délivrons", dit-il, "les Romains de leurs terreurs," et il prit un poison violent qu'il portait toujours sur lui et meurt en 183 av. J.C. à l'âge de soixante-dix ans.

183 av J.C.

Mort de Scipion

Dans la même année meurt aussi Publius Scipion, le vainqueur d'Hannibal. Il donna à la République l'empire sur l'Espagne, l'Afrique et l'Asie. Et pourtant, lui aussi consuma ses dernières années dans l'amertume et la tristesse: il fut accusé de corruption, de détournement de deniers et finit ses jours dans l'exil volontaire. Caton voulant régénérer l'Etat par un retour à l'ancienne rusticité, était naturellement l'ennemi de Scipion l'Africain qui introduisait à Rome toute l'élégance des Grecs.

En l'année 187 av. J.C., le tribun Pétilius, à son instigation, somma Scipion de rendre compte de l'emploi des trésors que le roi de Syrie lui avait livrés après la bataille de Magnésie, par Antiochus. L'Africain fit apporter ses registres dans le sénat et les déchira en s'écriant : "Il ne sera pas dit que j'aurai subi l'affront de répondre à une pareille accusation; qu'il m'aura fallu rendre raison de 4 millions de sesterces quand j'en ai fait entrer 200 millions dans le trésor."

Caton, décidé à ramener sous le niveau de l'égalité républicaine cet orgueilleux citoyen, dont l'exemple encourageait le mépris des lois et des magistrats, le dédain des moeurs et des institutions de son pays, le fit accuser par un autre tribun d'avoir vendu la paix au roi de Syrie.

Au jour marqué, Scipion monta à la tribune : "Tribuns et vous, Romains", dit-il avec une magnifique insolence, "c'est à pareil jour que j'ai vaincu Annibal et les Carthaginois. Comme il convient, dans une telle journée, de surseoir aux procès, je vais de ce pas au Capitole rendre hommage aux dieux. Venez avec moi les prier de vous donner toujours des chefs qui me ressemblent; car si vos honneurs ont devancé mes années, c'est que mes services avaient prévenu vos récompenses." Et il monta au Capitole entraînant le peuple tout entier sur ses pas.

Toutefois, ne prévoyant désormais qu'attaques de la jalousie et débats avec les tribuns, il se retira à Liternum pour ne pas comparaître. On allait le condamner absent. Un tribun, Sempronius Gracchus, s'écria : "Tant que Publius Scipion ne sera pas de retour à Rome, je ne souffrirai pas qu'il soit mis en cause. Eh quoi! Ni les services, ni les honneurs mérités, n'assureront donc jamais aux grands hommes un asile inviolable et sacré, où, sinon entourés d'hommages, du moins respectés, ils puissent reposer leur vieillesse?" L'affaire fut abandonnée, et le sénat en corps remercia Gracchus d'avoir sacrifié ses inimitiés personnelles à l'intérêt général. Retiré dans sa villa, dont n'aurait pas voulu le plus obscur des contemporains de Sénèque, Scipion y acheva sa vie dans le culte des Muses. Polybe place sa mort en la même année que celle de Philopoemen et d'Annibal (Hannibal) (183 av. J.C.). On croit voir encore aujourd'hui à Patrica, l'antique Liternum, son tombeau et le second mot de cette inscription qu'il y avait fait graver : "Ingrate patrie, tu n'auras pas mes cendres."

L'exil de Scipion enhardit ses ennemis; Caton fit reprendre l'accusation contre Scipion l'Asiatique, qui laissa saisir et vendre ses biens. Leur produit ne put couvrir l'amende. Sa pauvreté prouvait son innocence.

Il avait dépassé la cinquantaine.

Livret :

  1. Les affaires grecqques dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. L'Hellade de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  2. Titus Quinctius Flamininus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Bataille de Cynoscéphales de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. Guerre contre Nabis de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Antiochos III (ou Antiochus III) de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Bataille de Magnésie de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. Guerres antiques Miltiade
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