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  La Péninsule Ibérique  
154-133 av. J.C.

Guerre en Lusitanie Guerre contre les Celtibères Viriathus Numance La soumission des Galléciens Mancinus Scipion Aemilien

Sources historiques : Théodore Mommsen, Roma Latina

Vous êtes dans la catégorie : République romaine
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201-154 av. J.C.

L'Espagne

En Espagne, les villes grecques et phéniciennes de la côte, Empories (Ampurias), Sagonte, Carthagène, Malaca, Gadès, se soumirent d'autant plus volontiers à la fin de la seconde guerre punique à la domination romaine que laissées à elles-mêmes; elles eussent eu peine à se défendre contre les indigènes. Par les mêmes raisons, Massalie, quoique autrement forte et grande, se rattacha sans hésiter et étroitement à la République. Lui servant tous les jours de station entre l'Italie et l'Espagne, elle avait dans Rome une puissante protectrice assurée. Mais les indigènes d'Espagne donnèrent incroyablement à faire aux Romains. Non qu'il n'y eût à l'intérieur du pays quelques éléments de civilisation propre, et dont nous ne saurions d'ailleurs suffisamment retracer le tableau. Nous trouvons chez les Ibères une écriture nationale au loin répandue, qui se divise en deux branches principales : celle d'en-deçà de l'Ebre et celle de l'Andalousie. L'une et l'autre se subdivisant sans doute en une foule de rameaux, remontaient jusque dans les temps anciens et se renouaient à l'ancien alphabet grec plutôt qu'à celui des Phéniciens. On rapporte que les Turdétans (pays de Séville) possédaient d'antiques chants, un code de lois versifiées contenant six mille vers, et des annales historiques. Ce peuple était assurément l'un des plus avancés parmi tous les autres : il était aussi l'un des moins belliqueux; et ne faisait la guerre qu'avec des soldats mercenaires. C'est à la même contrée que s'appliquent les récits de Polybe, lorsque parlant de l'état florissant de l'agriculture et de l'élève des bestiaux chez les Espagnols, il raconte que faute de débouchés suffisants le blé et la viande y étaient à vil prix, et énumère les magnificences des palais des rois, avec leurs vases d'or et d'argent remplis de vin d'orge. Une partie de l'Espagne, tout au moins, s'appropria rapidement les usages de la civilisation romaine, et même se latinisa de meilleure heure que les autres provinces transmaritimes. Les bains chauds par exemple, sont dès cette époque dans les habitudes des indigènes, à l'instar de l'Italie. Il en est de même de la monnaie romaine : nulle part hors de l'Italie elle n'entre aussi vite dans la circulation usuelle, et la monnaie frappée en Espagne l'imite et la prend pour type, ce dont les riches mines d'argent locales donnent aisément l'explication. L'argent d'Osca (Huesca en Aragon), ou le denier espagnol avec légende en langue ibère est mentionné dès 559 de Rome (195 av. J.-C.), et son monnayage en effet ne peut avoir commencé beaucoup plus tard, puisqu'il est l'exacte copie de l'ancien denier romain. Mais s'il est vrai que dans le Sud et dans l'Est, les indigènes avaient ouvert en quelque sorte le chemin à la civilisation et à la domination romaines, et si elles s'y implantèrent sans obstacle, il n'en fut pas ainsi, tant s'en faut, dans l'Ouest, dans le Nord et à l'intérieur du pays. Là, les nombreuses et rudes peuplades se montraient absolument réfractaires. A Intercatia (non loin de Palencia (Palantia), chez les Vaccéens, dans la Tarraconaise) par exemple, l'usage de l'or et de l'argent était ignoré encore vers l'an 600 de Rome (154 av. J.-C.). Elles ne s'entendaient ni entre elles, ni avec les Romains. La hauteur chevaleresque de l'esprit chez les hommes, et au moins autant chez les femmes, formait le trait caractéristique de ces libres Espagnols. En envoyant son fils au combat, la mère l'enflammait par le récit des exploits des aïeux, et la jeune fille allait spontanément offrir sa main au plus brave. Ils pratiquaient les duels, soit pour remporter le prix de la valeur guerrière, soit pour vider leurs litiges. Les questions d'héritage entre les princes, parents du chef défunt, étaient ainsi tranchées.

Fréquemment, un guerrier illustre sortait des rangs et s'en allait devant l'ennemi provoquer, en l'appelant par son nom un adversaire choisi : le vaincu laissait au vainqueur son épée et son manteau, et parfois concluait avec lui le pacte d'hospitalité. Vingt ans après les guerres d'Hannibal, la petite cité celtibère de Complega (vers les sources du Tage) fit savoir au général des Romains qu'elle réclamait par chaque homme tombé dans la bataille un cheval et un manteau, ajoutant qu'il lui en coûterait cher s'il refusait. Excessifs dans leur fierté et leur honneur militaire, beaucoup ne voulaient pas survivre à la honte de se voir désarmés. Avec cela, toujours prêts à suivre le premier recruteur venu, à aller jouer leur vie dans la querelle des étrangers : témoin ce message qu'un Romain, qui les savait par coeur, expédia un jour à une bande de Celtibères, à la solde des Turdétans : Ou retournez chez vous, ou passez au service de Rome avec double paye, ou fixez le lieu et le jour pour le combat ! Que si nul ne venait les acheter, ils se réunissaient en bandes et allaient guerroyer pour leur compte, ravageant les contrées où régnait la paix, prenant et occupant les villes, absolument comme les brigands de Campanie. Telle était l'insécurité, la sauvagerie des régions de l'intérieur qu'on regardait chez les Romains comme une peine rigoureuse d'être interné dans l'Ouest de Carthagène, et qu'au moindre trouble sur un point de la contrée les commandants romains dans l'Espagne ultérieure ne se mouvaient plus sans une escorte sûre, comptant parfois jusqu'à six mille hommes. En veut-on une autre preuve ? Empuries, à la pointe occidentale des Pyrénées, formait une double ville gréco espagnole, où les colons grecs vivaient côte à côte avec leurs voisins. Installés tous sur une presqu'île séparée de la cité espagnole, du côté de la terre, par une forte muraille, ils y plaçaient chaque nuit, pour la garder, le tiers de leurs milices civiques, et à la porte unique, un de leurs premiers magistrats se tenait à toute heure. Nul Espagnol n'avait l'entrée : les Grecs n'apportaient les marchandises à vendre aux indigènes que sous bonne et solide escorte.

201-195 av. J.C.

Corps romain permanent

C'était une rude tâche que s'imposaient les Romains, à vouloir dompter et, civiliser quand même ces peuples turbulents, amoureux des combats, ardents déjà à la façon du Cid, et emportés comme Don Quichotte. Militairement parlant, l'entreprise n'offrait pas de grandes difficultés. Sans nul doute, les Espagnols avaient fait voir derrière les murailles, de leurs villes ou à la suite d'Hannibal, qu'ils n'étaient pas de méprisables adversaires: souvent ils firent reculer ou ébranlèrent les légions, quand leurs colonnes d'attaque se lançaient sur elles, terribles et armées de la courte épée à deux tranchants que les Romains leur empruntèrent plus tard. S'ils avaient pu se soumettre à la discipline; s'ils avaient eu quelque cohésion politique, ils eussent été assez forts, peut-être, pour repousser victorieusement l'envahisseur venu de l'étranger : mais leur bravoure était, celle du guérillero et non celle du soldat, et le sens politique leur faisait absolument défaut. Il n'y eut jamais chez eux ni la guerre ni la paix, à vrai dire, comme le leur reprochera César un jour : en paix, ils ne se tinrent jamais tranquilles; en guerre, ils se comportèrent toujours mal. Les généraux de Rome culbutaient aisément les bandes d'insurgés auxquelles ils avaient affaire : mais l'homme d'Etat romain ne savait où se prendre pour apaiser leurs incessantes révoltes et leur donner la civilisation : tous les moyens employés n'étaient que des palliatifs, dès que hors d'Italie on ne voulait pas encore, à l'époque où nous sommes, avoir recours au seul et unique procédé qui eût pu être efficace, à la colonisation latine sur une grande échelle.

Le pays acquis par Rome au cours des guerres d'Hannibal se divisait naturellement en deux vastes régions : l'ancien domaine de Carthage, comprenant les provinces modernes d'Andalousie, de Grenade, de Murcie, et de Valence; et la région de l'Ebre, ou la Catalogne et l'Aragon actuels, station principale des arméés romaines durant la seconde guerre punique. Ces deux contrées formèrent plus tard les noyaux des deux Provinces ultérieure et citérieure. Quant à l'intérieur du pays, où sont aujourd'hui l'une et l'autre Castille, les Romains lui donnaient le nom de Celtibérie. Ils voulurent aussi le conquérir pied à pied, se contentant de tenir en bride les habitants de l'Ouest, les Lusitaniens entre autres (Portugal et Estramadure), et de les repousser quand ils envahissaient l'Espagne romaine. Restaient les peuples de la côte septentrionale les Gallèques, les Asturiens et les Cantabres (Galice, Asturie et Biscaye) : ceux-là, Rome les laissa complètement de côté.

Mais pour se maintenir et se fortifier dans les conquêtes récentes, il fallait une armée permanente d'occupation : le gouverneur de l'Espagne citérieure avait entre autres à tenir en bride les Celtibères, et celui de l'Espagne ultérieure à repousser chaque année les attaques des Lusitaniens. Il devint nécessaire d'avoir constamment sur pied quatre fortes légions, soit environ 40000 hommes, sans compter les milices du pays soumis qui venaient s'y joindre, et les renforcer sur les réquisitions des Romains : mesure nouvelle et sous un double rapport fort grave. Entreprenant pour la première fois du moins, sur une vaste échelle et d'une façon continue, l'occupation de toute une populeuse contrée, il fallut, pour y pourvoir, allonger le temps du service des légionnaires. N'envoyer les troupes en Espagne que dans les conditions du congé ordinaire, alors que les exigences de la guerre étaient purement transitoires; ne garder les hommes dans les cadres que pour un an, par exemple, comme il était d'usage, sauf dans les guerres difficiles et dans les expéditions importantes, c'eut été aller à l'encontre des nécessités réelles de la situation; c'eut été laisser presque sans défense ces fonctionnaires préposés à des gouvernements éloignés au-delà des mers, en butte à des révoltes continuelles. Retirer les légions était chose impossible : les licencier par masses était chose au plus haut point périlleuse. Les Romains commencèrent à sentir que l'établissement de la domination d'un peuple sur un autre ne coûte pas cher seulement à celui qui porte les chaînes, mais aussi à celui qui les impose. On murmurait tout haut dans le Forum contre les odieuses rigueurs du recrutement pour l'Espagne. Quand les chefs de corps se refusèrent, et avec raison, au licenciement de leurs légions après le temps expiré, il y eut des émeutes, et les soldats menacèrent de quitter l'armée, malgré toutes les défenses.

Pour ce qui est des opérations même de la guerre, on peut dire qu'elles n'avaient qu'une importance secondaire. Elles recommencent après le départ de Scipion, et durent pendant tout le temps de la lutte avec Hannibal. Quand la paix est conclue avec Carthage (553 de Rome (201 av. J.-C.)), le calme se fait aussi dans la Péninsule; mais il est bien vite troublé. En 557 de Rome (197 av. J.C.) une insurrection générale met le feu aux deux provinces; le gouverneur de l'Espagne citérieure se voit serré de près; celui de l'Espagne ultérieure est battu complètement et tué. Tout est à recommencer. Un habile prêteur, Quintius Minucius a pu parer au premier danger, mais le Sénat juge prudent d'envoyer sur les lieux un consul. C'était Marcus Caton (559 de Rome (195 av. J.C.)).

195 av. J.C.

Marcus Caton

A son arrivée à Empories, il trouve la province en-deçà de l'Ebre inondée d'insurgés : à peine, avec la place où il débarque, s'il reste encore à l'intérieur un ou deux châteaux qui tiennent encore. L'armée consulaire livre bataille aux révoltés après une lutte sanglante et corps à corps, la tactique romaine l'emporte, grâce à des réserves sagement ménagées, et qui entrent en ligne au moment décisif. Toute la Citérieure se soumet, soumission qui n'en est pas une, car au bruit du départ du consul pour l'Italie, le soulèvement recommence, mais la nouvelle était fausse. Caton écrase rapidement les peuplades deux fois coupables de révolte : il vend en masse les captifs comme esclaves; ordonne le désarmement de tous les Espagnols de la province. Enfin toutes les villes indigènes, des Pyrénées au Guadalquivir, reçoivent l'ordre d'abattre leurs murailles le même jour. Dans l'ignorance où chacune était de l'universalité de la mesure; n'ayant d'ailleurs pas le temps de se reconnaître et de se concerter elles obéissent presque toutes, et s'il en est quelques unes qui résistent, à la vue des Romains se présentant en armes, elles n'osent affronter les maux d'un assaut. - Ces moyens énergiques produisirent un effet durable. Néanmoins, il ne se passa guère d'année où il ne fallut dans la province soi-disant pacifiée réduire encore quelque vallée, quelque forteresse perchée sur un rocher. Les incursions continuelles des Lusitaniens dans l'Espagne ultérieure donnèrent aussi maille à partir aux Romains, parfois battus dans de rudes rencontres. En 563 de Rome (191 av. J.-C.), par exemple, leur armée dut abandonner son camp après avoir perdu nombre de soldats, et s'en revenir au plus vite en pays ami. Après deux victoires, remportées l'une en 565 de Rome (189 av J.C.) le consul Lucius AEmilius Paullus, l'autre plus considérable encore, où se signala au-delà du Tage la bravoure d'un autre préteur, Gaius Calpurnius (569 de Rome (185 av. JC.C)), les Lusitaniens se tinrent pour quelque temps tranquilles.

179-178 av. J.C.

Tiberius Gracchus

En deçà de l'Ebre, la domination des Romains sur les Celtibères, simplement nominale jusque là, s'affermit par les efforts de Quintus Fulvius Flaccus, qui les défit tous en 573 de Rome (181 av. J.-C.), et réduisit les cantons les plus voisins, et par les efforts surtout de Tiberius Gracchus son successeur (575-576 de Rome (179-178 av. J.C.)). Celui-ci soumit trois cents villes ou villages, mais sa douceur et son habileté lui profitant mieux encore que la force, il établit enfin d'une manière durable l'empire de Rome sur ces fières et droites natures. Le premier il sut amener les notables de la nation à prendre du service dans les rangs des légionnaires : il se créa parmi eux une clientèle; assigna des terres aux bandes errantes, ou les réunit dans les villes (témoin la cité espagnole de Graccurris (l'ancienne Illurcis (chez les Vascons, dans la Tarraconaise, auj. Corella, en Navarre, près de l'Ebre. - V. Tite Live, Epitom. 41.) à laquelle il avait donné son nom romain). C'était là le meilleur remède à la piraterie de terre ! Enfin il régla par de justes et sages traités les rapports entre les divers peuples et les Romains, arrêtant ainsi dans leur source les insurrections futures. Sa mémoire resta vénérée, et malgré de fréquents et partiels tressaillements, on peut dire qu'après lui la Péninsule, relativement du moins, a connu le repos.

197-171 av. J.C.

Administration de l'Espagne

Tout en ressemblant à l'administration de la Sardaigne et de la Sicile, celle des deux provinces espagnoles ne fut cependant pas identique. Ici comme là, le pouvoir suprême fut confié à deux proconsuls, pour la première fois nommés en 557 de Rome (197 av. J.-C.). Cette même année les frontières furent délimitées, et l'organisation administrative complétée dans l'une et l'autre Espagne. La loi Bobia (562 ? (192 av. J.C.)) décida sagement que les préteurs pour la Péninsule seraient à l'avenir nommés pour deux ans : malheureusement les compétitions croissantes en vue des hauts emplois, et la jalousie du Sénat à l'encontre des hauts fonctionnaires, empêchèrent son application régulière: la biennalité des prétures resta l'exception, même dans ces provinces lointaines, difficiles à connaître pour l'administrateur; et tous les douze mois le préteur en charge se voyait dépossédé par l'effet d'une mutation intempestive. Toutes les cités soumises étaient tributaires : mais au lieu des dîmes et péages réclamés aux Siciliens et aux Sardes, les Romains, faisant ce que les Carthaginois avaient fait avant eux, levaient sur les peuplades et les villes d'Espagne des taxes fixes en argent ou d'autres redevances en nature. Seulement, sur la plainte des intéressés, le Sénat défendit en 583 de Rome (171 av. J.C.) de les percevoir à l'avenir par la voie des réquisitions militaires. Les prestations en céréales étaient fournies contre indemnité : les préteurs ne pouvaient réclamer que le vingtième de la récolte, et de plus, le même sénatus-consulte interdisait à l'autorité suprême locale de fixer toute seule le tarif de la valeur en taxe. En revanche et par une mesure toute différente de celles prises ailleurs et notamment dans la tranquille Sicile, les Espagnols eurent à fournir leurs contingents aux armées, contingents soigneusement réglés par les traités. Souvent, aussi leurs villes reçurent le droit de battre monnaie, tandis qu'en Sicile, au contraire, Rome se l'était réservé à titre régalien. Ici, elle avait trop besoin du concours de ses sujets, pour ne pas leur donner les institutions provinciales les plus douces, et y conformer de même son administration. Parmi les cités les plus favorisées, on comptait d'abord les villes maritimes de fondation grecque, phénicienne ou romaine même, comme Gades, Tarragone, colonnes et soutiens naturels de son empire. Rome les avait admises à titre tout particulier dans son alliance. - Somme toute, financièrement et militairement parlant, l'Espagne coûtait, à la République, plus qu'elle ne rapportait, et l'on peut se demander pourquoi elle ne s'était pas débarrassée de son onéreuse conquête, alors que les conquêtes transmaritimes ne cadraient manifestement pas encore avec les visées de sa politique extérieure. Sans doute, elle avait pris en grande considération les intérêts du commerce croissant, les richesses de l'Espagne en minerais de fer, ses mines d'argent plus riches encore et depuis longtemps fameuses jusque dans l'Orient; elle s'en était emparée, comme Carthage avant elle, et Marcus Caton, lui-même, en avait organisé l'exploitation (559 de Rome (195 av. J.-C.)). Mais la raison déterminante de son occupation directe est à mon sens celle-ci. Il n'y avait pas en Espagne de puissance intermédiaire, comme la république massaliote dans les Gaules, comme le royaume numide en Libye. Or, abandonner la Péninsule à elle-même, c'eût été l'offrir de nouveau à l'ambition d'une autre famille de Barcides, et des aventuriers qui ne manqueraient pas d'accourir aussitôt pour s'y tailler un empire !

Dans la péninsule ibérique, les Celtes, les Phéniciens, les Hellènes et les Romains s'y agitant pêle-mêle. On y voyait se croisant et se heurtant dans leur mille contacts les civilisations les plus diverses et les plus inégales : à côté de la Barbarie absolue, la vieille culture des Ibères; dans les places de commerce, les civilisations plus savantes de la Phénicie et de la Grèce, à côté de la Latinité grandissante; celle-ci, représentée surtout par la foule des Italiens travaillant à l'exploitation des mines, ou par les fortes et permanentes garnisons romaines. Faut-il, dans le nombre des villes nouvelles, citer la Romaine Italica (non loin de Séville, aujourd'hui); la colonie latine de Cartéia (Algésiras, suivant les uns; Rocadilla suivant les autres. Quelques-uns veulent y retrouver l'antique Calpé, sur la baie de Gibraltar), l'une, avec Agrigente, la première cité de langue et d'institutions latines qui aurait été fondée au-delà des mers; l'autre, Cartéia, qui aurait été la dernière. Italica avait eu pour fondateur Scipion l'Ancien. Au moment de quitter l'Espagne (548 de Rome (206 av. J.-C.)), il y avait installé ceux de ses vétérans qui voulurent s'y fixer à demeure; non qu'il y eût établi un véritable municipe; il n'en fit plutôt alors qu'une ville de marché1. Cartéia, au contraire, ne fut fondée qu'en l'an 583 de Rome (171 av. J.C.). On voulut pourvoir à l'établissement des nombreux enfants de troupe nés du commerce des soldats romains avec les Espagnoles esclaves. Esclaves eux-mêmes selon la lettre de la loi, ils avaient grandi, libres de fait. Officiellement et formellement affranchis, ils allèrent se fixer à Cartéia, au milieu des anciens habitants de la ville, érigée, dans ces circonstances, au titre de colonie du droit latin. - Pendant près de trente années à dater de l'organisation par Tiberius Sempronius Gracchus de la province de l'Ebre, (575, 577 de Rome (179-177 av. J.C.)), les établissements espagnols avaient joui en somme des bénédictions de la paix : à peine si l'on rencontre à cette époque trace d'une ou deux expéditions contre les Celtibères et les Lusitaniens.

1. Scipion, en effet, n'avait guère fondé à Italica que ce qui s'appelait en Italie un forum et conciliabulum civium Romanorum : elle était alors ce que fut au commencement la ville d'Aquae Sextiae (Aix en Provence), plus tard fondée dans la Gaule. C'est aussi plus tard qu'avec Carthage et Narbonne commence l'ère des colonies de citoyens transmaritimes : mais il n'en est pas moins à noter que, sous certains rapports, la création en a été, comme l'on voit, inaugurée par Scipion l'Africain.

154 av. J.C.

Guerre en Lusitanie

Mais en l'an 600 de Rome (154 av. J.C.), surgirent des événements plus graves. Conduits par un chef du nom de Punicus, les Lusitaniens se jetèrent sur la province romaine, battirent les deux préteurs réunis, et leur tuèrent beaucoup de monde. Les Vettons (entre le Tage et le Haut-Douro) saisirent aussitôt l'occasion de faire cause commune avec eux; et, renforcés par ces nouveaux alliés, les Barbares poussèrent leurs incursions jusqu'à la Méditerranée. Ils ravagèrent même le pays des Bastulo-Phéniciens, non loin de la capitale romaine de Carthage la Neuve (Carthagène). Leurs attaques parurent assez sérieuses à Rome, pour qu'on s'y décidât à l'envoi d'un consul sur les lieux, ce qui ne s'était pas vu depuis 559 de Rome (195 av. J.-C.). Et comme il y avait urgence à faire partir les secours, les deux consuls entrèrent en charge deux mois et demi à l'avance. A cette cause se rapporte l'investiture des fonctionnaires annuels suprêmes, placée désormais au 1er janvier, au lieu du 15 mars. Par suite, le commencement de l'année fut fixé à la même date, usitée depuis lors jusqu'à nos jours. - Mais avant l'arrivée du consul Quintus Fulvius Nobilior avec ses troupes, le préteur de l'Espagne Ultérieure, Lucius Mummius et les Lusitaniens, guidés par Cosarus, le successeur de Punicus tombé mort dans un combat, en vinrent aux mains (601 de Rome (153 ou 154? av. J.C.)). La fortune sourit d'abord aux romains : l'armée lusitanienne fut culbutée, et son camp pris. Malheureusement les légionnaires, en partie épuisés par de longues marches, ou se débandant en partie dans l'ardeur de la poursuite, donnèrent prise à l'ennemi déjà vaincu. Celui ci, revenant sur eux, les défit totalement. L'armée romaine perdit son camp, et laissa neuf mille morts sur le terrain. Aussitôt l'incendie de la guerre se rallume partout le pays. Les Lusitaniens de la rive gauche du Tage, commandés par Caucaenus, se jettent sur les Celtiques, sujets de Rome (dans l'Alemtéjo), et s'emparent de Conistorgis, leur ville (sur la Guadiana).

153-150 av. J.C.

Guerre contre les Celtibères

Lucius Lucullus
Lucius Lucullus

Là-dessus ils envoient aux Celtibères, en témoignage de leur victoire et comme appel au combat, les insignes militaires conquis sur Mummius. Là non plus ne manquait pas l'élément inflammable. Deux petites peuplades celtibères, voisines des puissants Arévaques (non loin des sources du Douro et du Tage), les Belliens et les Titthiens, avaient résolu de se réunir tous dans Ségéda (S. Jago de la Higuera, près Jaen) l'une de leurs villes. Pendant qu'ils sont occupés à en fortifier les murailles, les Romains leur enjoignent d'avoir à cesser ce travail : toute nation sujette qui se permet de fonder une ville lui appartenant en propre contrevient à l'ordre de choses établi par Sempronius Gracchus ! En même temps, on leur réclame les prestations en argent et en hommes, qu'ils doivent, il est vrai, selon la lettre des traités, mais depuis longues années tombées en désuétude. Les Espagnols se refusent à obéir. Il ne s'agit là que de l'agrandissement d'une ville, et non de sa construction; et quant aux redevances, non seulement elles ont été suspendues, mais même les Romains en ont fait jadis remise. Sur ces entrefaites, Nobilior arrive dans la Citérieure, avec une armée de près de trente mille hommes : il a des cavaliers numides et dix éléphants. Les murs de la nouvelle ville n'étaient pas encore achevés : presque tous les Ségédans se soumirent. Mais quelques-uns, plus déterminés, allèrent se réfugier chez les Arévaques, les suppliant de faire cause commune avec eux. Ceux-ci, enhardis par la victoire récente des Lusitaniens sur Mummius, se lèvent et choisissent pour général Carus, un des émigrés de Ségéda. Trois jours après ce brave chef n'était plus qu'un cadavre mais les Romains battus perdaient six mille des leurs. On était au 23 août, jour de la fête des Vulcanales, jour de triste mémoire depuis lors (Fête de Volcanus ou Vulcain, l'époux de l'antique déesse latine Maia : divinités du feu et de la nature féconde, comme l'Héphaistos et l'Aphrodite des Grecs. - V. Preller, Mythol., p. 523 et suiv.). Toutefois, les Arévaques, consternés de la mort de Carus, se retirèrent dans Numance, leur plus forte place (Garrray, à une lieue espagnole de Soria, sur le Douro). Nobilior les y suivit. Une seconde bataille eut lieu sous les murs mêmes de la ville. Les Romains, grâce à leurs éléphants, refoulèrent d'abord les Barbares dans la forteresse : mais, un des éléphants ayant reçu une blessure, jeta tout à coup le désordre dans les rangs des Romains : les Espagnols, cette fois encore, firent un retour offensif, et défirent leur ennemi.

Après cet échec, que d'autres échecs suivirent, après la perte d'un corps de cavalerie envoyé en quête des contingents que Rome avait réclamés, la situation des Romains dans la Citérieure était des plus mauvaises; à ce point, que la place d'Ocilis, où ils avaient leur caisse et leurs magasins militaires, se rendit aux insurgés. Déjà les Arévaques, dans l'illusion de la victoire, croyaient pouvoir dicter la paix. - Mais Mummius, dans la province méridionale, avait eu meilleure chance, et ses succès venaient contrebalancer les défaites de l'armée du Nord. Tout affaibli qu'il s'était vu lui-même par ses précédents désastres, il sut attaquer en temps opportun les Lusitaniens, imprudemment éparpillés sur la rive droite du Tage; puis, passant sur la rive gauche, où ils parcouraient tout le territoire des Romains et se montraient déjà jusque sur la côte d'Afrique, il dégagea toute la province méridionale. L'année suivante (602 de Rome (152 av. J.-C.)), le Sénat envoya dans le Nord des renforts considérables, et remplaça l'incapable Nobilior par le consul Marcus Claudius Marcellus : celui-ci préteur en Espagne en 586 de Rome (168 av. J.C.), y avait fait ses preuves, et depuis, deux fois consul, avait maintenu sa réputation d'homme de guerre. L'habileté de ses mesures stratégiques, et plus encore sa douceur, rétablirent promptement les affaires. Ocilis se rendit; et, les Arévaques auxquels il avait donné l'espoir de la paix, en échange d'une modique amende, conclurent une trêve, et envoyèrent des députés à Rome. Marcellus libre alors de ses mouvements, passa ensuite dans la province méridionale, où les Vettons et les Lusitaniens, faisant leur soumission au préteur Marcus Atilius, n'avaient plus bougé tant qu'il était resté dans le pays, mais, lui parti, s'étaient révoltés de nouveau, et pillaient les alliés de Rome. Il suffit de l'arrivée du consul pour ramener le calme : il passa l'hiver à Corduba (Cordoue); et pendant ce temps, dans toute la Péninsule, on n'entendit plus le bruit des armes. A Rome, les négociations se suivaient avec les Arévaques. Chose singulière, et qui peint d'un trait la condition intérieure des Espagnes, la paix ne fut pas conclue, à l'instigation des affidés de la faction romaine chez les Arévaques eux-mêmes. Ils représentèrent instamment que la paix leur serait funeste, ajoutant que si Rome ne voulait pas condamner tous ses partisans à la ruine, il fallait qu'elle se décidât ou à expédier chaque année une armée et un consul en Espagne, ou à faire dès maintenant un terrible exemple. Les ambassadeurs arévaques furent donc congédiés avec une réponse qui ne disait rien; et l'on opta pour la continuation de la guerre. Marcellus reçut l'offre de reprendre l'année suivante les opérations militaires (603 de Rome (151 av. J.-C.)). Mais, soit, comme on l'a prétendu, qu'il enviât à son successeur, attendu bientôt en Espagne, la gloire d'avoir mené la guerre à fin; soit que, plutôt et à l'instar de Gracchus, il crût qu'à bien traiter les Espagnols, il y avait la première condition d'une paix vraie et durable, il s'aboucha, dans une secrète entrevue, avec les hommes les plus considérables d'entre les Arévaques; et un traité fut conclu sous les murs de Numance. Ceux-ci se soumettaient à merci; on leur imposa des redevances en argent et la remise d'otages, moyennant quoi ils rentrèrent dans les conditions des anciens traités. - Sur ces entrefaites, le nouveau consul Lucius Lucullus arriva à l'armée. Il trouvait la guerre terminée par un pacte formel : pour lui, ce semble, il n'y avait plus ni gloire ni surtout argent à gagner en Espagne. Mais il y sut bien pourvoir ! Il se jette sur les voisins des Arévaques à l'Ouest, sur les Vaccéens, peuple celtibère, indépendant encore, et qui vivait dans la meilleure intelligence avec Rome. Ceux-ci de demander en quoi ils ont péché : pour toute réponse, Lucullus s'en va surprendre une de leurs villes, Cauca (Coca, 8 lieues espagn. à l'Ouest de Ségovie). Les habitants, épouvantés, achètent une capitulation au poids de l'or; mais, en dépit d'elle, les Romains entrent dans la cité, et sans l'ombre d'un prétexte, les massacrent ou les font esclaves. Après ce noble exploit où vingt mille hommes avaient péri, Lucullus poussa plus loin. Partout le vide s'était fait dans les villages et dans les bourgs : quelques villes, comme la forte place d'Intercatia (Intercatia, dans l'Hispania Tarraconensis, était au Sud-Est de Pattantia), comme Pallantia (Palenza), la capitale du pays, fermèrent leurs portes. La rapacité du consul s'était prise dans ses propres filets. Quelle cité eût osé ou voulu traiter avec un général, violateur de la foi jurée ? Les habitants prirent tous la fuite, ne laissant rien à piller derrière eux. Bientôt il devint impossible de rester plus longtemps dans ces contrées incultes. A Intercatia, du moins, les Espagnols purent entrer en pourparlers avec un tribun militaire d'un nom déjà illustre, avec Scipion Emilien, le propre fils du vainqueur de Pydna, et le fils adoptif du vainqueur de Zama. Prêtant confiance à sa parole, alors qu'ils auraient douté de celle du consul, ils signèrent une convention, aux termes de laquelle l'armée romaine vida la contrée, ayant reçu d'abord du bétail et des vêtements. A Pallantia, au contraire, il fallut lever le siège, faute de vivres; et dans leur retraite, les troupes eurent à se défendre jusque sur les bords du Douro contre les Vaccéens acharnés à les poursuivre. Lucullus passa alors dans le Sud, où, dans cette même année, le préteur Servius Sulpicius Galba s'était fait battre par les Lusitaniens; et les deux généraux prirent leurs quartiers d'hiver tout près l'un de l'autre, Lucullus chez les Turdétans, Galba sous Conistorgis. Puis, en 604 de Rome (150 av. J.-C.), ils attaquèrent les Lusitaniens de concert. Lucullus remporta quelques avantages sur les bords du détroit de Gadès. Galba fit davantage; et, traitant avec trois peuplades lusitaniennes, sur la rive droite du Tage, il leur promit de les établir ailleurs et dans de meilleures demeures : sur quoi les Barbares, venus à lui au nombre de sept mille, avec l'espoir d'une distribution de terres fertiles, se virent tout à coup divisés en trois groupes, et désarmés. Une partie fut vendue, le reste fut taillé en pièces. Jamais peut-être il n'y eut de guerre entachée de plus de perfidie et de plus de cruauté cupide, que celle menée par ces deux Romains. Ils revinrent en Italie, chargés de trésors mal acquis : l'un échappant à la condamnation, l'autre ne fut pas même accusé. C'est ce Galba que, dans sa quatre-vingt-cinquième année, et peu de mois seulement avant de mourir, le vieux Caton voulut traduire devant le peuple, pour y rendre compte de sa conduite : ses enfants, qui supplièrent pour lui, et son or pillé en Espagne, le démontrèrent innocent quand même.



147-139 av. J.C.

Viriathus

La mort de Publius Decius Mus
La mort de Viriathus
Jose de Madrazo

A dater de ce jour, l'Espagne retombe comme par le passé, sous le régime des prêteurs. Non qu'il faille attribuer ce résultat aux succès sans gloire de Lucullus et de Galba. La cause en est plutôt dans l'explosion de la quatrième guerre de Macédoine, et de la troisième guerre punique de 605 de Rome (149 av. J.C.). Les perfidies de Galba avaient exaspéré les Lusitaniens, bien loin de les réduire. Aussi ne manquèrent-ils pas de se répandre aussitôt sur tout le territoire Turdétan. Le proconsul Gaïus Vetilius1 (607-608 de Rome (147-146 av. J.C.)) marche contre eux, les bat, et les refoule tous sur une colline, où, il semble qu'ils soient perdus sans ressource. Déjà presque, ils ont capitulé. Mais tout à coup Viriathus se lève. D'une naissance obscure, habitué dès l'enfance à défendre bravement son troupeau contre les bêtes fauves et les brigands, il s'est rendu redoutable comme chef de partisans, dans de nombreuses et sanglantes rencontres. Il est de ceux en petit nombre qui naguère ont su échapper au piège tendu par Galba aux Lusitaniens : et aujourd'hui il les exhorte à ne pas croire aux promesses des généraux de Rome; il les sauvera, s'ils le veulent suivre ! Sa voix, son exemple les entraînent; il est mis à la tête des bandes espagnoles. Par son ordre, elles se dispersent et s'enfuient par petites troupes; se rendant par divers chemins au lieu, que Viriathus leur a assigné. Pour lui, il a réuni un corps de mille chevaux d'élite sur lesquels il peut compter; et avec eux il couvre la retraite. Les Romains, qui n'ont pas de cavalerie légère, n'osent courir, divisés, après les Barbares, en face d'un corps qui fait, si bonne contenance. Pendant deux jours entiers, le héros barre le passage avec sa bande à toute l'armée romaine : puis soudain il s'évanouit, et rejoint les Lusitaniens au lieu assigné pour le rendez-vous général. Le chef des Romains, en voulant le poursuivre, donne dans une embuscade habilement préparée, y perd moitié des siens, y est fait prisonnier et tué lui-même : le reste se sauve à grande peine, du côté du détroit et se réfugie dans la colonie de Cartéia. Cinq mille hommes des milices espagnoles sont expédiés en toute hâte, des bords de l'Ebre pour renforcer l'armée battue : mais Viriathus les surprend en marche et les détruit. Il est maître absolu de toute la contrée des Carpétans, à ce point que les Romains ne s'aventurent plus à l'y aller chercher. Reconnu pour roi, il commande désormais à tous les Lusitaniens, sachant unir dans l'exercice du pouvoir et la majesté altière du prince et la simplicité d'allures de l'ancien berger. Pas d'insigne qui le distingue du commun soldat. Le jour de ses noces, il s'assoit à la riche table de son beau-père, le prince Astolpa, dans l'Espagne romaine; puis, sans avoir touché à la vaisselle d'or et aux mets précieux, il prend sa fiancée sur son cheval, et l'emmène dans sa montagne. Jamais sa part de butin ne fut plus forte que celle de ses compagnons. Seules, sa haute taille et sa parole acérée le font reconnaître de ses soldats; il leur donne à tous l'exemple de la modération et de la constance : il dort tout armé : au combat, il est le premier dans la mêlée. Dans ce siècle terre à terre, c'est un héros d'Homère qui ressuscite : le nom de Viriathus retentit glorieusement dans toutes les Espagnes; et la brave nation croit avoir trouvé en lui l'homme qui, enfin brisera les fers apportés par l'étranger. - Des succès prodigieux, dans le Nord et dans le Sud signalèrent en effet ses premières campagnes. Il sut attirer sur la rive droite du Tage le préteur Gaïus Plautius (608-609 de Rome (146-145 av. J.-C.)), dont il avait déjà écrasé l'avant-garde; et le battit si complètement, qu'il lui fallut rentrer dans ses quartiers d'hiver en plein coeur de l'été. Accusé plus tard devant le peuple d'avoir déshonoré Rome, le malheureux fut contraint à s'exiler. Après lui, Viriathus anéantit l'armée de Claudius Unimanus, préteur, ce semble, de la province Citérieure, remporte une troisième victoire sur Gaïus Nigidius, et ravage tout le plat pays. Sur les montagnes on ne voyait plus que trophées portant les insignes des préteurs romains et les armes des légionnaires vaincus : à chaque nouveau triomphe du roi des Barbares, l'étonnement et la honte redoublaient dans Rome. Enfin on donne la guerre à conduire à un meilleur capitaine, au consul Quintus Fabius Maximus AEmilianus, second fils du vainqueur de Pydna (609 de Rome (145 av. J.C.)) : mais en même temps on n'ose pas envoyer dans cette Espagne, où le service est odieux au légionnaire, les vétérans éprouvés revenus de la veille de Macédoine et d'Afrique. Maximus n'emmène avec lui que deux légions toutes neuves, et aussi peu solides que l'armée d'Espagne elle-même, démoralisée par ses revers. Les premières rencontres ayant encore tourné à l'avantage des Lusitaniens, le Romain, homme prudent, tient ses soldats enfermés dans son camp sous Urso (Ossuna, au Sud-Est de Séville), refuse le combat qui lui est tous les jours offert; et ne reprend la campagne que l'année suivante (610 de Rome (144 av. J.C.)), après qu'il a aguerri ses troupes dans de petites courses militaires; et luttant enfin à meilleures chances contre un ennemi de beaucoup supérieur, après d'heureux faits d'armes, il va prendre ses quartiers d'hiver, dans Corduba. Malheureusement, il est remplacé bientôt par le lâche et malhabile préteur Quinctius : les Romains essuient défaite sur défaite : en plein été encore leur général rentre dans Corduba, tandis que Viriathus inonde avec ses bandes toute la province méridionale (611 de Rome (143 av. J.C.)). Il a pour successeur Quintus Fabius Maximus Servilianus, frère adoptif de Maximus AEmilianus, qui, descendu dans la Péninsule avec deux légions et dix éléphants, essaye de pénétrer en Lusitanie. Fabius livre toute une série de batailles indécises; repousse non sans peine un assaut dirigé contre son camp; et en fin de compte, se voit contraint de rentrer dans la province romaine. Viriathus l'y suit : mais, comme à son tour il est délaissé par ses troupes, qui tout à coup s'en retournent chez elles, selon l'usage des insurgés Espagnols, il rentre lui-même en Lusitanie (612 de Rome (142 av. J.C.)). - L'année suivante, Servilianus reprit l'offensive, traversa les bassins du Boetis et de l'Anas, poussa chez l'ennemi, et y occupa nombre de cités.

En 139 av. J.C., Viriathus n'a pas seulement affaire à Coepion qui recommence ses attaques : la province du Nord dégagée cette fois, envoie aussi en Lusitanie son armée commandée par Marcus Popilius. Viriathus demande la paix à tout prix. Il est assassiné un peu plus tard dans sa tente durant son sommeil. Les lusitaniens élisent un nouveau chef de guerre Tautanus qui est attaqué par les romains qui le capture. Son peuple se soumet. On transporte une partie des Lusitaniens sur le rivage de la Méditerranée où fut fondée pour eux la ville de Valence.

1. Rien de moins précis que la chronologie des guerres contre Viriathus. Il est certain que la carrière du héros commence à dater du combat contre Vetilius (Appien, Hispan., 61 ; Tite-Live, 52 ; Orose, 5, 4) et qu'il meurt en 615 (139 av. J.-C.) (Diodore, Vat., p. 110 à alias); mais les uns assignent à son règne une durée de 8 ans (Appien, Hispan., 63), les autres, de 10 (Justin, 44, 2), de 11 (Diodore, p. 597), de 14 (Tite-Live, 54; Eutrope, 4, 16; Orose, 5, 4; Flor., 1, 33), et enfin, de 20 ans (Velleius Paterculus, 2, 90). Le chiffre de 8 ans a pour lui la vraisemblance; suivant Diodore (p. 591 ; Vatic., p. 107-108), comme selon Orose (5, 4), sa révolte est contemporaine de la prise et destruction de Corinthe. Quant aux préteurs qu'il eut à combattre, il en est plusieurs qui appartiennent certainement à la province du Nord, quoiqu'il ait davantage, mais non exclusivement, porté la guerre dans le Sud (Tite-Live, 52) : il ne faut donc pas calculer la durée de son commandement par le nombre des préteurs qu'il a eus en face de lui.

143-140 av. J.C.

Numance

Pendant que la province du Sud était visitée par les bandes de Viriathus et de ses Lusitaniens, dans le Nord et chez les peuples celtibères, non sans le concours des premiers, une guerre également sérieuse avait éclaté. Les succès éclatants de Viriathus avaient également suscité en 610 de Rome (144 av. J.-C.) la révolte des Arévaques, forçant par là le consul Quintus Caecilius Metellus, envoyé en Espagne au secours de Maximus AEmilianus, à se tourner d'abord contre les Celtibères. Il déploya sur ce terrain nouveau, et momentanément, dans le siège de la ville de Contrebia (Santander ?) tenue avant lui pour imprenable, les talents militaires qui avaient signalé déjà sa campagne victorieuse contre le faux Philippe en Macédoine (v. infra) : au bout des deux années de son commandement (611, 619 de Rome (143-142 av J.C.) la province septentrionale était pacifiée. Seules, les places de Termantia et de Numance (Termantia, ville celtibérienne voisine de Numance. - Numance, lieu principal des Arévaques : on en croit retrouver les ruines, près de Puente de don Garray, sur le Douro. v. supra.) tenaient encore leurs portes fermées; mais bientôt une capitulation fut conclue, et les Espagnols en accomplirent à peu près les conditions. Toutefois, quand on en vint à la remise des armes, leur fierté se souleva, comme l'avait fait la fierté de Viriathus : ils voulaient garder leur épée dont ils savaient si bien se servir; et ils se résolurent, conduits par un chef audacieux, Megaravicus, à continuer la lutte. Il y avait folie à le tenter. L'armée romaine, dont le consul Quintus Pompeius venait de prendre le commandement (613 de Rome (141 av. J.C.)) comptait quatre fois autant de soldats que la population armée de Numance. Pourtant le général malhabile de Rome essuya sous les murs des deux villes de pénibles défaites (613, 614 de Rome (141-140 av. J.C.)); et ne pouvant imposer la paix aux Barbares, il aima mieux la faire par la voie des négociations. Il semble qu'il se serait définitivement accordé avec Termantia; il renvoya aussi tous les prisonniers aux gens de Numance, leur promettant sous main d'équitables conditions si la ville se rendait à merci. Les Numantins, fatigués de la guerre, accueillirent ses propositions, et dans le fait, le général romain se montra d'abord aussi modéré que possible. Déjà captifs et transfuges étaient restitués, déjà les otages avaient été remis ainsi qu'en grande partie la somme d'argent convenue, quand (en 615 de Rome (139 av. J.-C.)) arriva au camp le nouveau général envoyé de Rome, Marcus Popillius Loenas. Aussitôt que Pompée se vit déchargé du commandement qui passait sur d'autres épaules, afin de n'avoir plus à rendre compte à Rome d'une paix honteuse dans l'opinion de ses concitoyens, il enfreignit sa parole; bien mieux, il la nia; et les Numantins se présentant, apportant le solde de leur contribution de guerre, il soutint en face d'eux et de ses propres officiers qu'aucun traité n'avait été conclu. L'affaire est déférée à la sentence du Sénat, et pendant qu'elle s'instruit, la guerre chôme devant Numance. Loenas, de son côté, pousse une pointe en Lusitanie, où il contribue à précipiter la chute de Viriathus; il se jette aussi chez les Lusons, voisins des Numantins et ravage leur territoire. Enfin la sentence est envoyée : elle ordonne la continuation de la guerre: le Sénat s'est fait le complice de la friponnerie de Pompée. Loin de faillir, les Numantins exaspérés acceptent la lutte; ils battent Loenas d'abord, et après lui Gaïus Hostilius Mancinus, son successeur (617 de Rome (137 av J.C.)).


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136 av. J.C.

Mancinus

L'heure de la catastrophe allait sonner, bien moins amenée par l'héroïsme guerrier des Numantins, que par les vices de l'armée romaine, où tout allait à la débandade, où le chef donnait l'exemple de la mollesse et de l'indiscipline, où de jour en jour les excès et la débauche, les dérèglements et la lâcheté ruinaient le soldat. Sur une simple et fausse rumeur que les Cantabres et les Vaccéens marchaient au secours de Numance, l'armée évacua ses campements durant la nuit, sans en avoir reçu l'ordre, et alla se cacher derrière les lignes que Nobilior avait construites seize ans avant. Aussitôt les Numantins, avertis de cette fuite, se lancent après les Romains qu'ils enveloppent; il ne reste plus à ceux-ci qu'à s'ouvrir la route l'épée au poing, ou qu'à conclure la paix aux conditions dictées aujourd'hui par l'ennemi. Le consul était un honnête homme, faible de caractère et de nom obscur; heureusement Tiberius Gracchus était questeur à l'armée. Digne héritier de l'influence de son père, l'ancien et sage ordonnateur de la province de l'Ebre, il pesa sur les Celtibères, et, persuadés par eux, les Numantins se tinrent pour satisfaits d'une paix équitable que jurèrent tous les hauts officiers des légions. Mais le Sénat de rappeler aussitôt son général, et de porter devant le peuple, après un long délibéré, la motion qu'il convenait d'agir comme à l'époque du traité des Fourches Caudines. La ratification sera refusée, et la responsabilité du traité sera rejetée sur ceux qui l'ont souscrit. Dans la règle du droit, tout le corps des officiers, sans exception, aurait dût être frappé: mais, grâce à leurs relations, Gracchus et les autres sont épargnés; Mancinus qui, malheureusement pour lui, ne tenait pas à la haute aristocratie, est seul désigné et paye pour sa faute et pour la faute commune. On vit en ce jour un consulaire romain dépouillé de ses insignes et traîné jusqu'aux avant-postes ennemis; et comme les Numantins ne voulaient pas le recevoir (c'eût été admettre la nullité du traité), le général dégradé resta tout un jour, nu et les mains attachées derrière le dos, devant les portes de la ville; lamentable spectacle pour tous, amis et ennemis ! Si cruelle qu'elle était, la leçon n'en fut pas moins perdue pour le successeur de Mancinus, Marcus Amilius Lepidus, son ex-collègue dans le consulat. Pendant qu'à Rome s'instruit le procès du malheureux, il se jette, sous le plus futile prétexte, sur les Vaccéens, comme Lucullus l'avait fait seize ans avant, et, de concert avec le gouverneur de la province ultérieure, met le siège devant Pallantia (618 de Rome (136 av. J.-C.)). Mauvais soldat, il se montra non moins mauvais citoyen : après s'être attardé niaisement devant la grande et forte ville, sans vivres, sans ressources, au milieu d'une rude et hostile contrée, il battit en retraite, abandonnant ses blessés et ses malades, et perdit en route la moitié de ses soldats tombés sous le fer des Pallantins. Bien lui en prit que ceux-ci ne poussassent pas plus loin leur succès; nul doute que l'armée romaine, déjà en pleine dissolution, n'eût péri tout entière; mais il était de noble naissance, et il en fut quitte pour une amende à son retour. Il eut pour successeurs Lucius Furius Philus (618 de Rome (136 av. J.C.)) et Quintus Calpurnius Pison (619 de Rome (135 av. J.C.)). Ceux-ci eurent encore à combattre les Numantins; et si leurs campagnes furent nulles, du moins s'en tirèrent-ils sans défaite ni désastre. Enfin le gouvernement de la république sentit qu'il y avait péril à la continuation d'un tel état de choses. On voulut en finir avec la petite peuplade espagnole qui tenait Rome en échec; et le meilleur homme de guerre des Romains, Scipion Emilien, reçut par extraordinaire le commandement de l'armée. Hâtons-nous de dire qu'on lui mesura les moyens d'action avec une sotte parcimonie : on lui refusa net la permission de lever des soldats, bien qu'il l'eût demandée. Les intrigues des coteries politiques, la crainte d'irriter le peuple souverain étaient tout puissantes. Il n'en partit pas moins escorté d'une bande nombreuse d'amis et de clients, parmi lesquels se faisait remarquer son frère Maximus AEmilianus, le même qui, plusieurs années avant, avait commandé les légions dans les guerres contre Viriathus. Avec l'appui de cette troupe choisie et sûre, dont il se fit une sorte de garde du corps, Scipion entreprit la réorganisation complète de l'armée dégénérée d'Espagne (620 de Rome (134 av. J.-C.)). Tout d'abord il eut à purger le camp des deux mille filles de joie, des mauvais prêtres et de la foule des diseurs de bonne aventure qui le remplissaient. Devenu propre à se battre, le soldat dut travailler aux lignes et marcher tous les jours. Durant tout l'été, Scipion évita toute rencontre : seulement il détruisit les approvisionnements dans toute la contrée, châtia les Vaccéens, coupables d'avoir vendu du grain aux gens de Numance, et les contraignit à reconnaître la suzeraineté de Rome. Vers l'hiver il concentra enfin son armée sous Numance. Outre le contingent des cavaliers numides, les soldats de pied, les douze éléphants amenés par le prince Jugurtha, outre les auxiliaires espagnols non moins nombreux, Scipion disposait de quatre légions au complet. Soixante mille hommes environ allaient investir une ville qui comptait à peine huit mille hommes portant les armes.

134-133 av. J.C.

Scipion Aemilien

Scipion Emilien
Scipion Emilien

Les assiégés osèrent leur offrir le combat. Mais sachant bien que l'indiscipline et la désorganisation, quand elles ont duré des années, ne peuvent se corriger d'un seul coup, Scipion refusa ses troupes. Dans les escarmouches auxquelles donnaient lieu les sorties fréquentes des assiégés, les légionnaires prenaient la fuite : il fallait pour les arrêter l'intervention du général en chef en personne, et leur lâche conduite ne justifiait que trop sa prudence. Jamais capitaine ne traita ses soldats avec plus de mépris : le sans façon de ses actes allait de pair avec l'amertume de son langage. Pour la première fois, là où il eût fallu tirer l'épée, les Romains, bon gré mal gré, guerroyèrent la pioche et la bêche à la main. L'enceinte entière de la ville assiégée, fut enfermée dans une double ligne de circonvallation, deux fois plus grande, avec murailles, tours et fossés; et le Douro lui-même, par où de hardis mariniers et des plongeurs apportaient des vivres à l'ennemi, fut hermétiquement barré. N'osant pas donner l'assaut, les Romains prenaient la place par la famine; sa chute était d'autant plus sûre, que durant la belle saison les habitants n'avaient pas pu amasser de provisions. Bientôt ils manquèrent de tout. Un des plus audacieux Numantins, Rétogène, parvint avec quelques camarades à forcer les lignes romaines; il alla chez ses compatriotes des pays voisins, les supplia de ne pas laisser périr Numance; et ses instances ne restèrent pas impuissantes auprès des habitants de Lucia, l'une des cités des Arévaques. Mais avant qu'ils eussent pris leur parti, Scipion, averti par les gens de la faction romaine, se montra en force devant leur ville, et obligea les chefs à lui livrer les meneurs (ils étaient quatre cents jeunes gens appartenant aux meilleures et plus notables familles), et leur fit couper à tous les mains. Les Numantins voyaient tomber leur dernier espoir. Ils envoyèrent à Scipion une ambassade, offrant de se soumettre à certaines conditions; et s'adressant au brave soldat, ils demandaient d'être traités en braves. L'ambassade revint: Scipion voulait une soumission à merci. Le peuple furieux mit ses envoyés en pièces; et le blocus continua, jusqu'à ce que la faim et la maladie eussent achevé leur oeuvre. Enfin de nouveaux députés se montrèrent, disant que la ville se rendait sans conditions. Les habitants reçurent l'ordre de se rendre le lendemain devant les portes. Ils réclamèrent quelques jours encore pour laisser le temps de mourir à ceux qui ne voulaient pas survivre à la liberté de leur patrie. Scipion leur accorda ce dernier délai. Beaucoup en profitèrent. Le reste, une troupe misérable, se rangea devant les murs. Le Romain choisit cinquante des plus notables, pour les traîner à son triomphe; les autres, vendus, devinrent esclaves. La ville fut rasée, et son territoire partagé entre les cités voisines. La catastrophe eut lieu à l'automne de 621 de Rome (133 av. J.-C.), dans le quinzième mois du généralat de Scipion. Numance tombée, les derniers tressaillements de l'opposition contre Rome cessèrent dans toute la contrée : il suffit par la suite de quelques promenades militaires et de quelques amendes frappées sur les récalcitrants, pour amener dans toute l'Espagne citérieure la reconnaissance complète de l'empire de Rome.

138-123 av. J.C.

La soumission des Galléciens

La domination romaine s'était aussi fortifiée dans la province Ultérieure; et accrue par la soumission de la Lusitanie. Le consul Decimus Junius Brutus, successeur de Copion, établit les Lusitaniens, prisonniers de guerre, dans les alentours de Sagonte, et donna à Valencia (Valence), leur nouvelle cité, l'institution latine, pareille à celle de Cartéia (616 de Rome (138 av. J.C.)) : il parcourut dans tous les sens la région des côtes ibères occidentales (616-618 de Rome (138-136 av. J.C.)), et le premier parmi les Romains atteignit vers ce point les rivages de l'Atlantique. Il força les villes lusitaniennes opiniâtrement défendues par leurs habitants, hommes et femmes tout ensemble, tua cinquante mille hommes, dit-on, dans une grand- bataille livrée aux Gallèques, jusque-là indépendants, et les réunit à la province romaine. Les Vaccéens, les Lusitaniens et les Gallèques domptés, la Péninsule tout entière, à l'exception de la côte septentrionale, et nominalement tout au moins, était assujettie. - Une commission sénatoriale s'y rendit, ayant charge de se concerter avec Scipion et d'organiser les pays nouvellement conquis. Scipion mit tout en oeuvre pour réparer le mal fait par la politique déloyale et sotte de ses prédécesseurs. Dix-neuf années auparavant, simple tribun militaire, il avait vu Lucullus maltraiter indignement les Caucans : aujourd'hui, il les fait inviter à rentrer dans leur cité et à en rebâtir les maisons. Une suite de temps relativement meilleurs commençait pour l'Espagne. La piraterie s'était installée comme en un dangereux repaire dans les Baléares. Quintus Métellus les occupe en 631 de Rome (123 av. J.-C.); détruit les pirates, et oeuvre aux Espagnols les facilités d'un commerce bientôt prospère. Fertiles par elles-mêmes, habitées par un peuple d'une incomparable adresse à manier la fronde, ces îles étaient pour Rome une avantageuse acquisition. Déjà la langue latine était en tous lieux parlée dans la péninsule, témoin les trois mille Latins-Espagnols importés à Palma et à Pollentia (Pollenza), dans les îles que nous venons de nommer. Somme toute, et en dépit de nombreux et graves abus, l'administration romaine se conserva dans le pays telle que l'avait faite jadis le génie de Caton et de Tiberius Gracchus. Les frontières des provinces n'eurent cependant pas peu à souffrir encore des incursions des peuplades non soumises, ou soumises à demi, du Nord ou de l'Ouest. Chez les Lusitaniens, la jeunesse pauvre avait pour habitude de s'assembler en bandes de pillards; de se jeter en masse, tuant et ravageant; sur ses voisins, sur les gens des campagnes; et jusque dans les siècles postérieurs, les fermes et métairies isolées ressemblèrent à des forteresses en état de résister à un coup de main. Jamais les Romains n'ont pu étouffer complètement le brigandage dans les montagnes inhospitalières et impénétrables de la Lusitanie. Désormais toutefois, il n'y aura plus, à vrai dire, de guerres : les hordes tumultueuses seront facilement repoussées par les préteurs, même les moins capables. En dépit de ces désordres, qui se renouvellent seulement dans les districts de la frontière, l'Espagne, sous les Romains, devient l'une des contrées les plus florissantes et les mieux gouvernées : là, pas de dîmes, pas d'exploitants intermédiaires : en même temps la population s'accroît en nombre, et le pays s'enrichit en céréales et en bétail.

Livret :

  1. La Péninsule Ibérique dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. L'Hispanie de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  2. Les Celtibères de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Guerre de Numance de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. Gaius Hostilius Mancinus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Aemilii de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Scipion Emilien de l'encyclopédie libre Wikipédia
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