La seconde guerre punique  
218-202 av. J.C.

L'expansion carthaginoise en Espagne Hannibal La bataille du Tessin La bataille de la Trébie Fabius Cunctator La bataille du lac de Trasimène La bataille de Cannes Syracuse La guerre en Espagne La première guerre macédonienne La bataille de Zama

241-220 av J.C.

L'expansion carthaginoise en Espagne

Après avoir perdu la Corse et la Sardaigne juste après la fin de la première guerre punique, Carthage cherche à s'étendre rapidement dans le sud de l'Espagne. Avec le bassin fertile du Guadalquivir, une agriculture florissante, des mines d'or et de plomb, l'Espagne permet à Carthage de conquérir un nouveau et immense débouché pour son commerce. En même temps cette région aide Carthage à former une armée : les peuplades ibériques fournissent des soldats ou des mercenaires en grand nombre et donne à l'infanterie carthaginoise une solidité remarquable. Le commerce carthaginois retrouve en Espagne tout ce qu'il a perdu en Sicile et en Sardaigne.

Rome ne fait aucun effort pour arrêter la progression carthaginoise en Espagne. La principale raison est son ignorance des faits. Carthage expliquait à Rome que tout ce qu'elle fait en Espagne est de se procurer les moyens pour payer les contributions de guerre.

220 av J.C.

Hannibal

Hannibal
buste d'Hannibal

Hannibal Barca ou Annibal est né en 247 av J.C. à Carthage. Il est le fils aîné du général Hamilcar Barca. Hannibal avait neuf ans à peine quand son père Hamilcar Barca alla conquérir l'Espagne. Selon la coutume, Hamilcar, avant de quitter l'Afrique, sacrifia aux dieux de son pays. Sur le corps fumant des victimes il fit jurer à son fils une haine éternelle aux Romains. Hannibal tiendra son serment avec une implacable fidélité.

A la mort de son père il avait dix-huit ans. Il vient en Espagne. L'armée qui pleure son illustre chef, reçoit cet autre Hamilcar avec des transports de joie. Ce sont les mêmes traits, le même port de tête, la même physionomie énergique. L'enthousiasme redouble quand on le voit braver le froid et le chaud, supporter la faim et la soif, infatigable pour les travaux, pour les veilles. Souvent on le trouve aux avant-postes couché sur la terre nue, dans une casaque de soldat. Nulle recherche dans ses vêtements : il n'a de soin que pour son cheval et pour ses armes. Avec cela, le plus adroit des cavaliers comme des fantassins, et toujours le premier au combat. En un mot, il est le meilleur soldat de l'armée avant d'en être le général. Il commence par obéir pour apprendre à commander.

Sous le généralat du mari de sa soeur, Hasdrubal, il est commandant de la cavalerie. Quelques années après (220 av. J.C.), Asdrubal (Hasdrubal) est assassiné par un esclave gaulois qui voulut venger sur lui la mort de son maître tué en trahison. Les soldats élisent à sa place le fils de leur ancien général (Annibal). Le peuple et le sénat de Carthage confirmèrent l'élection.

219 av J.C.

La rupture entre Rome et Carthage

Dans le traité imposé par Rome à Asdrubal (Hasdrubal), en 227 av. J.C., il avait été formellement stipulé que Sagonte, ville gréco-latine au sud de l'Ebre (Espagne), resterait indépendante des Carthaginois. Contrairement à ce traité, Annibal (Hannibal) vient l'assiéger avec 150000 hommes, sans l'ordre de Carthage, et la prend au bout de huit mois d'une résistance désespérée. Durant le siège, des députés romains étaient allés inutilement en Espagne et en Afrique, pour réclamer contre cette violation de la paix convenue. Une seconde ambassade demanda au sénat de Carthage une solennelle réparation. Comme la discussion se prolongeait, un des députés, Fabius, relevant un pan de sa toge : "Je porte ici la paix ou la guerre", dit-il, "choisissez! Choisissez vous-même", s'écria-t-on de toutes parts. "Eh bien, la guerre!" reprit Fabius; et il laissa retomber sa toge comme s'il secouait sur Carthage la mort et la destruction (219 av. J.C.).

219-218 av J.C.

Les préparatifs d'invasion de l'Italie

La vigoureuse résistance de Sagonte avait coûté à Hannibal toute une année. La campagne finie, il retourne à Carthagène pour y prendre ses quartiers d'hiver (219-218 av. J.C.). Annibal (Hannibal) conçoit un plan hardi. Il ne veut pas attendre en Espagne les légions romaines. C'est en Italie, c'est sous les murs mêmes de Rome qu'il se propose de porter la guerre, espérant y trouver contre elle les haines que Régulus avait trouvées en Afrique contre Carthage. Mais quelle route prendre? Les flottes de Carthage ne dominent plus sur la Méditerranée; une défaite navale aurait, dès le premier jour, ruiné ses projets. Il résout de s'ouvrir un chemin par terre. Des émissaires, envoyés dans les deux Gaules avec de l'argent, achètent la neutralité ou l'alliance des peuples. Le libre passage est assuré jusqu'au Rhône, et, au-delà des Alpes, les Gaulois de la Cisalpine promettent de se lever en masse dès qu'il paraîtra. Il commande 120000 soldats, 16000 cavaliers, 58 éléphants et 50 navires. Il n'utilisera pas toutes ses troupes à l'expédition d'Italie. 20000 soldats retournent en Afrique, 12000 hommes, 2500 cavaliers, la moitié des éléphants et la totalité de la flotte restent en Espagne, Hannibal donnant le commandement de l'armée d'Espagne à son plus jeune frère Hasdrubal.

Carthage devait expédier 20 vaisseaux armés de 1000 hommes avec mission de descendre sur la côte occidentale de l'Italie et d'y porter ravage. Une deuxième escadre de 25 vaisseaux devait assiéger Lilybée et récupérer la ville perdue.

La suprématie navale des romains et leur alliance avec Massalia (Marseille) oblige donc Hannibal à choisir la voie terrestre pour attaquer l'Italie. D'ailleurs, Hannibal pense que les Boïes et les Insubres qui veulent en découdre avec les romains peuvent constituer une excellente base arrière. La route qu'il souhaite suivre est celle des anciennes migrations celtiques; Hannibal se targue d'être non seulement l'allié mais également le sauveur des peuplades celtiques.

Printemps 218 av J.C.

La traversée des Alpes

traversée
La traversée des Alpes

Au printemps 218 av. J.C., Hannibal réunit à Carthagène sa grande armée: 37 éléphants, 90000 hommes d'infanterie et 12000 cavaliers, les deux tiers africains, un tiers espagnols. Les romains, tout en ayant pleinement conscience de leur supériorité militaire n'ont au début de la guerre ni plan, ni but, ni marche assurée. Ils ont un demi-million de soldats et une flotte romaine de 220 vaisseaux. Rome hésite. Elle était restée sourde au sauvetage de Sagonte dont son héroïsme de huit mois n'avait servi à rien. Néanmoins, elle envoie quand même le second consul Publius Cornelius Scipio (Scipion) défendre la frontière en Espagne.

Hannibal arrive sur l'Ebre. En quelques mois il écrase les peuplades indigènes. Au moment de passer les Pyrénées, beaucoup d'Espagnols s'effraient à la pensée d'aller combattre si loin de chez eux; 7000 désertent. C'est un dangereux exemple, au début de la guerre. Annibal prend son parti vite et bien. Il offre à ceux qui le veulent, de rester en Espagne: beaucoup acceptent. Il se débarrasse ainsi de gens qui augmentent le chiffre de son armée, sans augmenter sa force. A son entrée dans la Gaule, il n'a plus que 50000 fantassins et 10000 cavaliers; mais ce sont tous des hommes entreprenants, résolus à le suivre jusqu'au bout du monde.

Jusqu'au Rhône tout alla bien; intimidés ou séduits, les Gaulois, loin d'inquiéter la marche de l'armée, lui fournissaient des vivres. Mais la puissante tribu des Volks refusa de livrer le passage du fleuve. Il fallait donc employer la force. Les gaulois, rangés sur la rive gauche, insultaient à l'embarras Annibal, car il était difficile qu'une armée encombrée de bagages et qui traîne après soi trente-sept éléphants, puisse franchir ce fleuve rapide et profond en face d'un ennemi résolu. Annibal usa de ruse. Pendant qu'il tenait les Gaulois en échec par de feintes démonstrations, il fait remonter la rive droite à son infanterie espagnole, avec ordre de passer le fleuve, huit lieues plus haut. Ce détachement, commandé par Hannon, devait prendre les gaulois en flanc et par derrière, tandis qu'il les attaquerait de front. Quand un signal de Hannon lui apprend son approche, il fait commencer le passage. Les éléphants sont placés sur d'immenses radeaux, les troupes sur des barques, les chevaux suivent à la nage. Les Espagnols passent sur des outres et sur leurs boucliers. Les Gaulois, à cette vue, accourent; mais derrière eux de grands cris se font entendre, un immense incendie s'allume. C'est Hannon qui vient de brûler leur camp et qui les attaque par derrière. Ils s'enfuient, et les Carthaginois opèrent sans difficulté la descente. A la fin du mois de juillet 218 av. J.C., Hannibal arrive sur le Rhône en face d'Avenio (Avignon).

Le consul Scipion avait débarqué à Marseille (fin juin) en faisant route pour l'Espagne. Toute l'armée était déjà sur la rive gauche, quand une troupe de 300 cavaliers romains, partis de Marseille, où se trouve le consul Scipion avec les légions, rencontre 500 Numides qu'Annibal avait envoyés pour reconnaître le pays. Après une vive escarmouche, ceux-ci furent battus. 200 Numides restèrent sur la place; mais les Romains avaient perdu 140 hommes. Plus tard, on verra dans ce combat un présage de l'acharnement de cette guerre et du sang qu'elle devait coûter. Scipion apprend qu'il est trop tard et qu'Hannibal avait déjà traversé les Pyrénées. Il tient conseil dans Massalia. Scipion fait embarquer pour l'Espagne son armée sous le commandement de Gnoeus son frère tandis qu'il repart en Italie.

Au lieu de marcher au consul, Annibal se dirige vers les montagnes. C'est à la fin d'octobre que les Carthaginois entrèrent dans les Alpes. La neige cachait déjà les pâturages et les sentiers, et la nature semblait frappée d'engourdissement. Un pâle soleil d'automne ne dissipait que lentement l'épais brouillard qui, chaque matin, enveloppait l'armée. De longues et froides nuits, troublées par le bruit des avalanches et des torrents roulant au fond des précipices, glaçaient les membres des hommes d'Annibal.

Cependant et le froid et la neige, et les précipices et les chemins non frayés, ne seront pas les plus grands obstacles. En suivant l'Isère, Annibal arrivait par le val Tarentaine au petit Saint-Bernard, qui, élevé seulement de 2250 mètres au-dessus de la mer, est le plus facile passage qu'il y ait dans toute la chaîne des hautes Alpes. Mais les montagnards essayèrent plusieurs fois de l'arrêter. Un jour il se trouva en face d'un défilé gardé par les Allobroges, et que dominaient dans toute sa longueur des rochers à pic, couronnés d'ennemis. Il fallut s'arrêter et camper : Heureusement les guides gaulois l'avertirent que la nuit les gaulois se retiraient dans leur ville. Avant le jour, Annibal occupa le défilé et les hauteurs avec des troupes légères. Il n'y en eut pas moins un sanglant combat, et, pendant quelques heures, une horrible confusion. Les hommes, les chevaux, les bêtes de somme roulaient dans les précipices; nombre de Carthaginois périrent. Toutefois l'armée passa, prit la ville et y trouva des vivres et des chevaux, qui remplacèrent ceux qu'on avait perdus.

Plus loin, une autre peuplade vint au-devant d'Annibal, portant des rameaux en signe de paix, et offrant des vivres, des otages et des guides. Il accepta, mais en prenant des mesures pour n'être pas trompé. La cavalerie et les éléphants, dont la vue seule effrayait les gaulois, formèrent l'avant-garde; l'infanterie resta derrière, les bagages au centre. Le deuxième jour, l'armée entra dans une gorge étroite où les montagnards l'attendaient, cachés dans le creux des rochers. Pendant toute une nuit, Annibal fut coupé de son avant-garde. Ce fut la dernière attaque.

Après neuf jours de marche, il atteint le sommet de la montagne et s'y arrête deux jours pour faire reposer ses troupes. De là, il leur montre les riches plaines du Pô, et, dans le lointain, le lieu où se trouve Rome, la proie qu'il leur avait promise. La descente fut difficile : on rencontra dans un défilé un glacier recouvert par une neige nouvelle, et où les hommes et les chevaux restaient engagés. La gorge était d'ailleurs si étroite que les éléphants n'auraient pu passer; on perdit trois jours à leur creuser un chemin dans le roc. Enfin, le quinzième depuis son départ des bords du Rhône, il arriva par le val d'Aoste dans le voisinage du territoire des Insubriens, ses alliés. Le passage lui avait coûté près de la moitié de ses troupes : il n'a plus que 20000 fantassins et 6000 cavaliers. Mais il se trouve en Italie, et ce qui lui reste de soldats sont des hommes que rien ne peut plus effrayer.

Hannibal franchit les Alpes vers la fin de l'année 218 av. J.C.

Novembre 218 av J.C.

La bataille du Tessin

Après avoir franchi les Alpes, Hannibal prend Turin. A la nouvelle de cette marche audacieuse, le consul Scipion (Publius Cornelius Scipio), qui se dirigeait vers l'Espagne, rebrousse chemin en toute hâte et accourt à la défense de la Cisalpine. Il passe le Pô et marche sur les carthaginois. Les deux généraux établissent deux camps assez proches. Un jour que la cavalerie romaine se lance en reconnaissance dans la plaine entre le Ticinus (Tessin) et le Sessites (Sesia) dans les environs de Vercelloe (Verceil), elle se heurte contre la cavalerie punique. Des deux côtés les généraux en chef commandent en personne.

La cavalerie romaine se voyant cernée commence à fuir. Scipion blessé parvient à s'échapper grâce à son fils de 17 ans nommé lui aussi Publius Cornelius Scipio (Scipion l'Africain). Ce combat obligera les Romains à repasser le Pô. Ils viennent se réunir à une autre armée consulaire derrière la Trébie.



Décembre 218 av J.C.

La bataille de la Trébie

Après sa défaite au Tessin, Publius Cornelius Scipio préfère repasser le Pô et se replier sur la Trebbia (Trébie), un affluent du Pô, à l'ouest de Plaisance ou l'attend les renforts de l'autre consul Tiberius Sempronius Longus.

Fier d'un léger succès remporté dans une escarmouche, le consul Sempronius veut, malgré Scipion, livrer bataille, pour ne pas laisser aux consuls de l'année suivante l'honneur de délivrer l'Italie. Un matin les Numides viennent insulter son camp, avant l'heure où les soldats prenaient leur repas; ceux-ci quittent tout pour courir à ces maraudeurs et se laissent attirer au-delà des eaux glacées de la Trébie, jusque dans une plaine où Ajmibal avait caché 2000 hommes dans un pli de terrain. Affaiblis par la faim, par le froid, par la fatigue, par la neige que le vent leur fouettait au visage, les Romains sont à demi vaincus quand ils viennent heurter l'infanterie carthaginoise bien repue, bien reposée, et qu'Annibal avait tenue jusqu'au dernier moment sous la tente ou devant de grands feux.

Près de 30000 Romains périrent: 10000 seulement avec Sempronius purent gagner Plaisance, en passant au travers des Gaulois d'Annibal. Comme au Tessin, Annibal dut sa victoire à sa cavalerie, près de trois fois plus nombreuse que celle de l'ennemi. Les pertes carthaginoises sont faibles mais la plupart des éléphants meurent de leurs blessures à cause du froid.

Cette Seconde victoire décide les Gaulois cisalpins à rompre sans retour avec Rome. Ils accourent en foule auprès d'Annibal, et, au printemps de l'année suivante (216 av. J.C.), il se voit à la tête de 90000 hommes. Il franchit l'Apennin et pénètre en Etrurie. Mais il a à traverser d'immenses marais où, pendant quatre jours et trois nuits, l'armée marche dans l'eau et la vase. Grand nombre de soldats périssent. Annibal lui-même, monté sur son dernier éléphant, perdit un oeil par les veilles, les fatigues et l'humidité des nuits.

217 av J.C.

La bataille du lac de Trasimène

En 217 av. J.C., les romains envoient à sa rencontre une armée de quatre légions conduite par le consul Flaminus qui se croit un adversaire digne d'Annibal, et qui était parti de Rome avec la résolution de combattre en quelque lieu que ce fût. Le camp romain s'installe pour la nuit aux abords du lac de Trasimène. Au matin, dans le brouillard, l'armée romaine s'engage sans précaution dans un passage qui semble vide. Hannibal qui a pris position sur les flancs des collines se lance à l'assaut du convoi romain qui se trouve, comme à la Trébie, enveloppée de toutes parts.

La bataille ne dura que trois heures. Les romains qui restaient encore en dehors du passage furent précipités dans le lac par les cavaliers d'Hannibal; le principal corps périt presque sans résistance. Les romains perdent 15000 légionnaires, massacrés ou noyés, Flaminus est tué, 10000 s'échappèrent et 15000 hommes sont fait prisonniers.

L'armée romaine est anéantie. Les carthaginois n'ont perdu que 1500 hommes, gaulois pour la plupart. Toute l'Estrurie est perdue pour Rome. Hannibal peut marcher sur Rome. A Rome on abat les ponts du Tibre ! Quintus Fabius Maximus est nommé dictateur.

217 av J.C.

Fabius Cunctator

A Rome, après la Trébie, on avait dissimulé l'étendue du désastre; après Trasimène, on n'ose rien cacher. Le préteur Pomponius assembla le peuple et ne dit que ces mots : "Vous avez été vaincus dans un grand combat." Rome ne s'abandonne pas.

Hannibal ne marche pas sur Rome. Il libère ses prisonniers espérant susciter d'autres ralliements de peuples soumis par Rome. Il traverse l'Ombrie mettant à feu et à sang le Picenum et les riches propriétés romaines qui le couvrent. Il donne du repos dans cette belle région à ses hommes et à ses chevaux.

A Rome, Quintus Fabius Maximus est nommé dictateur en 217 av. J.C. Il appartient à la très ancienne famille patricienne des Fabii. C'est le chef de la noblesse. Pour plaire au peuple, les comices lui adjoignent comme maître de la cavalerie, un plébéien, Minucius. Fabius est un homme âgé réfléchi et ferme au point d'encourir le reproche de lenteur et d'obstination. Conscient de son manque de moyens, il décide d'harceler Hannibal sans l'attaquer directement, cherchant à l'épuiser dans une guerre d'usure.

Ruiner le plat pays, suivre l'ennemi par les hauteurs, lui couper les vivres, le harceler sans cesse et le détruire en détail, mais refuser partout le combat, tel est le plan de Fabius. Il est plus facile et plus sûr d'user Annibal (Hannibal) que de le vaincre. Excepté les Gaulois, aucun peuple italien ne prend encore parti pour Carthage. Tous craignent cette armée, ramassis de vingt nations. C'est une croyance populaire que les soldats d'Annibal se nourrissaient de chair humaine.

217-216 av J.C.

Minucius

Fabius a donc raison de temporiser : prolonger la guerre c'est ruiner l'ennemi. Mais les alliés, en proie aux ravages des deux armées, souffrent cruellement, et les Romains se sentent humiliés devant leurs sujets de n'accepter jamais le combat.

Après avoir ravagé les Pouilles, Hannibal décide de marcher en Campanie sans avoir réussi à provoquer Fabius. Les carthaginois pillent et incendient tous les villages de la plaine en espérant que la dévastation de cette riche province pousse Fabius à se battre. Fabius refuse le combat et cette stratégie le rend très impopulaire à Rome.

Un jour, Fabius réussit à enfermer Annibal dans un défilé; le Carthaginois était pris. Au milieu de la nuit, il fit chasser vers le haut de la montagne deux mille boeufs portant aux cornes des sarments enflammés. La vue de ces feux courant par la montagne, les cris des animaux qui beuglaient de douleur inquiétèrent les soldats romains chargés de la garde du défilé et leur firent croire que l'ennemi fuyait. Ils quittèrent leur poste; Annibal s'en empara aussitôt. Il était sauvé. Dans le camp romain, on cria à la trahison.

Le peuple donne au maître de la cavalerie (Minucius) les mêmes pouvoirs qu'au dictateur (Fabius). Dès sa nomination, Minucius attaque précipitamment l'ennemi. C'est un désastre. Minucius aurait pu perdre toute son armée, si Fabius n'était pas accouru pour le sauver. Il répare du moins son imprudence en reconnaissant hautement ses torts. Il dépose son commandement et vient se replacer sous les ordres de Fabius qu'il appelle son sauveur et son père.

Hannibal en profite pour ramasser sur les terres de l'ennemi les approvisionnements nécessaires. Il choisit l'Apulie riche en blés et en herbages. Tous les jours les deux tiers de l'armée carthaginoise sortent en fourrageurs.

A la fin de sa dictature, le commandement est remis aux consuls Cneius Servilius Geminus et Marcus Attilus Regulus. Le désastre subit lors de la bataille de Cannes en 216 av. J.C. force finalement les romains à adopter la stratégie de Fabius.

2 Août 216 av J.C.

La bataille de Cannes

Les lenteurs de Fabius provoquent une véritable crise politique à Rome. Deux nouveaux consuls sont nommés : Lucius Aemilius Paullus vainqueur de la seconde guerre illyrienne en 219 av J.C. et Marcus Terentius Varro. Pour arrêter Hannibal, Rome décide à tout prix de lui livrer une bataille. Paullus et Varron arrivent en Apulie au début de l'été 216 av. J.C. avec quatre légions. Leur jonction avec l'ancienne armée de Fabius porte l'armée de Rome à 80000 hommes et 6000 cavaliers.

Les Consuls de l'année 216 av. J.C. ne sont malheureusement pas faits pour s'entendre. Paul-Emile est l'élu des patriciens; Varron appartient au parti populaire. Le premier, élève de Fabius, veut toujours différer, le second toujours combattre.

Paullus remonte la rivière l'Aufidus et établit un camp en face de Cannes ou Hannibal demeure posté sur la rive droite. Comme le commandement alterne chaque jour entre les consuls, la journée suivante, le 2 août, Varron conduit le gros de l'armée et traverse l'Aufidus alors presque à sec et qui se prête facilement au passage. Il prend position tout près d'Hannibal entre celui-ci et le grand camp de Paullus, si près de l'ennemi qu'une retraite est impossible, et, le surlendemain, il fait dès le matin déployer devant sa tente le manteau de pourpre, signal du combat. Hannibal suit les légions et après un court engagement d'avant-garde, engage la bataille.

Hannibal a une armée de 50000 hommes dont 10000 cavaliers. Ses forces ne sont que la moitié de celles des Romains; il ne les a pas moins amenés sur le champ de bataille qu'il a choisi, à Cannes, en Apulie, près de l'Aufidus, au milieu d'une plaine immense, favorable à sa cavalerie, et où le soleil qui darde ses rayons dans le visage des Romains, où le vent, qui porte la poussière contre leur ligne, doivent combattre pour lui.

Dans cette plaine unie, une embuscade semble impossible. Mais 500 Numides se présentent comme transfuges, et, durant l'action, se jettent sur les derrières de l'armée romaine. A Cannes, comme à Trasimène, comme à la Trébie, le plus petit nombre enveloppe le plus grand. Pour opposer plus de résistance à la cavalerie, Varron avait diminué l'étendue de sa ligne et augmenté sa profondeur. Par cette disposition, beaucoup de soldats deviennent inutiles. Annibal, au contraire, donne à son armée un front égal à celui de l'ennemi, et la range en croissant, de manière à ce que le centre, composé de Gaulois, fait saillie sur la ligne de bataille. Derrière eux, les vétérans africains sont formés en un demi-cercle dont les extrémités vont rejoindre les deux ailes. Les Romains attaquent les Gaulois avec furie. Mais ceux-ci, guidés par Annibal lui-même, reculent peu à peu jusque sur la seconde ligne, en arrière des ailes, qui, se repliant, enveloppent les légions. En même temps, les transfuges attaquent par derrière, et Asdrubal, avec sa cavalerie réunie en masses profondes, exécute, sur l'infanterie romaine, des charges à fond qui y portent le désordre et le carnage.

La bataille de Cannes ne coûte à Hannibal que 5500 hommes dont 4000 gaulois mais des 76000 romains mis en ligne, 70000 gisent à terre et parmi eux le consul Lucius Paullus, ses deux questeurs, le proconsul Cnaeus Servillius, 80 sénateurs, des consulaires, dont Minucius, 21 tribuns légionnaires, et une foule de chevaliers (2 août 216 av. J.C.). Paul-Emile blessé aurait pu échapper au carnage, un des siens lui offrit un cheval pour fuir, il refusa. L'autre consul, Varron aurait fui dès le début de la bataille pour se réfugier à Venosa.

216-215 av J.C.

Les résultats de la bataille de Cannes

"Laisse-moi prendre les devants avec ma cavalerie", disait à Annibal (Hannibal), le soir de la bataille, un de ses officiers, "et dans cinq jours tu souperas au Capitole." Mais Annibal connait Rome. Il sait qu'elle ne sera pas abattue par cette défaite au point de devenir une proie facile. Il s'arrête dans le sud de l'Italie pour décider la défection des peuples et des villes de cette région.

Rome, en effet, le premier moment de stupeur passé, retentit du bruit des préparatifs. Fabius prescrit aux femmes de s'enfermer dans leurs demeures, pour ne pas amollir les courages par des lamentations dans les temples; à tous les hommes valides, de s'armer; aux cavaliers, d'aller éclairer les routes; aux sénateurs, de parcourir les rues et les places pour rétablir l'ordre, placer des gardes aux portes, et empêcher que personne ne sorte. Pour en finir promptement avec la douleur, le deuil est fixé à 30 jours. On se croirait à Sparte. Les expiations religieuses ne seront pas oubliées, il y en aura de cruelles. Deux vestales convaincues d'avoir violé leurs voeux seront mises à mort; deux Gaulois et deux Grecs seront enterrés vivants, selon que l'avaient prescrit les livres sibyllins.

Peu de jours après, on apprend qu'un Carthaginois, Carthalon, arrive avec les députés des prisonniers de Cannes, pour parler de paix et de rançon; un licteur court lui interdire l'entrée du territoire romain. 10000 légionnaires environ sont au pouvoir d'Annibal; le sénat refuse de les racheter. 3000 s'étaient sauvés; le sénat ordonne qu'ils iront servir en Sicile, sans solde ni honneurs militaires, jusqu'à ce qu'Annibal soit chassé d'Italie. Mais, par un admirable esprit de conciliation, oubliant ses griefs contre Varron, le consul populaire, Fabius sort en corps au-devant de lui avec tout le peuple, et le remercie de n'avoir pas désespéré de la république.

L'ampleur de la défaite romaine entraîne la défection de la Fédération latine du Bruttium (la Calabre), de Crotone, de Tarente et des gaulois de la Cisalpine. A l'automne 216 av. J.C., Capoue, la seconde ville d'Italie qui se croit l'égale de Rome, et qui gémit de n'être qu'une ville sujette, se donne à Hannibal, après avoir étouffé dans ses bains publics tous les citoyens romains qui se trouvent dans ses murs. Hannibal y installe ses quartiers d'hiver. En revanche, les grecs de l'Italie du Sud, les Latins, les Etrusques et les Ombriens tiennent fermes et restent fidèles à Rome.

Dans ces circonstances, la guerre subit un temps d'arrêt. Hannibal est maître de tout le sud de la péninsule mais il doit défendre ses frontières. En 215 av. J.C., Marcus Claudius Marcellus, Tiberius Sempronius Gracchus et le vieux Quintus Fabius Maximus se mettent à la tête de trois armées avec comme mission de reprendre Capoue.

Les nouveaux alliés d'Annibal lui donnent peu de soldats et pas d'argent; il a donc, au milieu de son triomphe, grand besoin de secours; car Rome tient maintenant sous les armes 200000 combattants. Il envoie à Carthage un de ses frères qui répand au milieu du sénat un boisseau d'anneaux d'or enlevés, disait-il, aux chevaliers romains morts sur le champ de bataille. A mesure que cette guerre devient plus implacable, Hannon s'en effraie davantage. De quelque côté que se tourne la victoire, il voit un maître; "Carthage", disait-il, "perdra sa liberté si Annibal triomphe, son indépendance s'il est vaincu". Aussi, fait-il répondre aux demandes du vainqueur de Cannes : "Puisque Annibal a remporté une si grande victoire, il n'a pas besoin d'assistance." On ne lui envoya, en effet, que des secours insignifiants.

Hannibal se tourne vers l'armée d'Espagne et l'alliance avec Philippe de Macédoine. Malheureusement, les troupes espagnoles commandées par son frère Hasdrubal restent bloquées par les Scipions sur l'Ebre. Réduit à ses seules forces, il agite le monde autour de lui pour le soulever contre Rome. Il fomente des troubles en Sardaigne et en Sicile, appelle ses frères d'Espagne avec la puissante armée qu'ils avaient ordre d'y former, conclut une alliance avec le roi Philippe de Macédoine, et tente d'enlever Naples pour se donner un port en Italie. Mais rien ne lui réussit. Philippe est contenu et rejeté des bords de l'Adriatique dans son royaume par des forces que le sénat envoie rapidement contre lui. Les Scipions, en Espagne, ferment à Asdrubal et à Magon, par des victoires, la route de la Gaule. Les Scipions transportent la guerre de l'Ebre sur le Boetis (Guadalquivir) et remportent plusieurs victoires. La situation dégénère à tel point que Carthage envoie en Espagne la majeure partie des renforts en hommes et en argents.

En Italie, les Romains devenus plus circonspects reviennent au plan de Fabius : ils réduisent Annibal à faire une guerre de sièges où il ne peut plus frapper de ces grands coups qui ébranlaient l'Italie et Rome. Devant Nole, Marcellus lui fait même éprouver un échec et lui tue 2000 hommes.

Entre temps, des carthaginois débarquent en Sardaigne escomptant un soulèvement contre les romains mais ils sont anéantis par Titus Manlius Torquatus expédié de Rome avec une armée.

215-212 av J.C.

Syracuse

En Sicile, Carthage fait basculer Syracuse dans son camp. Hiéron, le fidèle allié de Rome, était mort. Son petit fils Hiéronyme, héritier du trône préfère se rapprocher des carthaginois. Mais un peu par l'effet du hasard et surtout par la folie de Hiéronyme, une guerre civile éclate et Hiéronyme et toute la famille royale est massacrée. On proclame la république, et l'on entre dans l'alliance de Carthage. Les carthaginois prennent le contrôle de la cité. Carthage envoie une armée de 25000 hommes et 3000 cavaliers en Sicile sous les ordres d'Himilcon et occupe immédiatement Agrigente.

Le consul Marcus Claudius Marcellus, qu'on surnomme l'épée de Rome, comme Fabius en était le bouclier, débarque en Sicile et assiège Syracuse en 214 av J.C. Cette ville semble inexpugnable, grâce à la force de ses murailles et à sa position avantageuse; et de plus elle a Archimède. Ce grand géomètre couvrit les murs de machines nouvelles qui lancent au loin d'énormes quartiers de roc. Si les vaisseaux romains approchaient du rempart, une main de fer les saisissait, les enlevait, et les laissait retomber avec fracas au fond de la mer où ils s'abîmaient. S'ils se tenaient au large, des miroirs ardents y portaient l'incendie.

Le proconsul désespéré d'emporter de vive force une place si bien défendue; il attend avec une patience digne de Fabius qu'une trahison ou une surprise la lui livre. L'occasion ne se présente qu'en 212 av. J.C. Durant une fête, qui tient le peuple tout occupé dans l'intérieur de la ville, les murs sont escaladés, Archimède, que Marcellus aurait voulu épargner, est tué. L'illustre savant ne s'était même pas aperçu de la prise de la ville, tant il était absorbé dans l'étude de ses problèmes. Un légionnaire lui ordonna de se rendre auprès de Marcellus; il ne l'entendit pas et continua son travail; le soldat irrité le perça de son épée. Agrigente tombe comme était tombée Syracuse, et en 210 av. J.C. les Carthaginois quittent la Sicile pour la dernière fois.

215-207 av J.C.

La guerre en Espagne

massinissa
Massinissa

En Italie, Rome se défend, et péniblement. En Espagne, elle prend l'offensive. Deux Scipions, Gnoeus et Cornélius y combattent depuis l'année 218 av. J.C. contre les Carthaginois.

Les deux proconsuls romains (Gnoeus et Publius Scipion) tiennent constamment fermée la frontière des Pyrénées et empêchent ainsi Hasdrubal de rejoindre son frère Hannibal. En 215 av. J.C., ils vont même livrer plusieurs combats au coeur même de l'Andalousie. En 214 av. J.C., les Scipions reprennent Sagonte et la restaure.

En 213 av. J.C., ils entrent en contact avec Syphax, le plus puissant des chefs numides pour qu'il combatte les puniques. Hasdrubal repasse la mer avec le gros de ses forces et avec l'aide d'un autre chef numide Massinissa, bat Syphax. Après sa victoire, Hasdrubal rentre en Espagne avec de nouveaux renforts et Massinissa. En tout trois armées carthaginoises que commandent Hasdrubal Barca, Hasdrubal Giscon et Magon attaquent l'armée romaine qui est taillée en pièces. Les deux Scipions sont tués et Carthage peut désormais réoccuper l'Espagne jusqu'à l'Ebre.

En 210 av. J.C., un jeune officier, âgé de vingt-quatre ans à peine, fils de Cornelius Publius Scipio mort peu de temps avant en Espagne, portant le même nom et connu sous le nom de Scipion l'Africain obtient un pouvoir consulaire pour l'Espagne.

C'est un jeune homme qui avait de bonne heure attiré sur lui les regards du peuple par son maintien grave, sa piété et son courage. On le voyait passer de longues heures dans le temple de Jupiter, comme s'il était en relations avec les dieux, et on parlait dans le peuple de ses visions nocturnes, des inspirations qu'il recevait d'en haut. Au combat de la Trébie, il avait sauvé la vie à son père blessé, en le couvrant de son bouclier et en le défendant seul contre les ennemis. Après Cannes, il avait contraint, le poignard sur la gorge, un Métellus et d'autres jeunes nobles à jurer qu'ils n'abandonneraient pas l'Italie. A 22 ans, il se mit sur les rangs pour obtenir l'édilité. Les tribuns objectaient sa jeunesse : "Je suis assez âgé", dit-il, "si les Romains veulent m'élire." A 24 ans, personne ne se présentant pour le commandement de l'Espagne qui semblait plein de dangers, il le demanda, bien qu'il n'eût pas l'âge, et fut élu. Il habituait déjà le peuple à le regarder comme au-dessus des lois.

En 209 av. J.C., Scipion se rend en Espagne, accompagné du propréteur Marcus Selanus et Gaius Loelius son chef de la flotte. A peine arrivé, il médite une entreprise audacieuse. Scipion avec toute son armée de 30000 hommes et sa flotte surprend et attaque à la fois par mer et par terre la faible garnison d'un millier d'hommes que les puniques ont laissé à Carthagène. Carthagène, l'arsenal et le trésor des Carthaginois dans la Péninsule, était défendue par une forte citadelle et par de hautes murailles, couverte par la mer et un étang : aussi passait-elle pour imprenable. Scipion l'attaque en plein jour, au moment où l'ennemi s'y attend le moins, et l'enlève dès le premier assaut, en profitant d'un marais que les Carthaginois croyaient impraticable, et qui touche à une partie du mur mal gardé (210 av. J.C.). Avec la capitale punique en Espagne, les romains s'emparent de 91 navires, de tout le matériel de guerre, d'immenses approvisionnements, de la caisse militaire contenant 600 talents, des otages espagnols et font 18000 prisonniers.

La ville renfermait tous les otages que les Carthaginois avaient exigés des Espagnols. Scipion les traite avec bonté, donnant à tous des présents, même aux enfants : aux garçons des épées, aux filles des bracelets, puis il les renvoie vers leurs proches. Une conduite si différente de celle des généraux de Carthage vaut à Scipion la reconnaissance de ces peuples : ils passeront en foule de son côté.

Tous les espagnols en deçà de l'Ebre se soumettent aux romains. Pendant l'hiver 209/208 av. J.C., Scipion dissout la flotte, ajoute à son armée tous les hommes qui en retire et affronte en Andalousie, Hasdrubal Barca qui marchait vers le nord au secours de son frère. Scipion gagne la bataille et fait 10000 prisonniers. Mais Hasdrubal malgré ses pertes arrive tant bien que mal aux passages des Pyrénées qui n'étaient pas gardés et entre en Gaule. Hasdrubal parti, les deux chefs de corps, Magon et Hasdrubal, fils de Giscon quittent l'Espagne pour les îles Baléares. En 207 av. J.C., trois armées carthaginoises reviennent en Espagne mais perdent contre les romains, deux fois moins nombreux à la bataille de Llipia (207 av. J.C.). Toute l'Espagne est conquise. Gadès, la plus ancienne colonie punique ouvre ses portes à Scipion. Après une guerre de 13 ans, l'Espagne deviendra province romaine (197 av. J.C.). Les territoires espagnols conquis sont divisés en deux provinces : l'Hispanie Ultérieure et l'Hispanie Citérieure.

Les Carthaginois chassés d'Espagne, Scipion songe à aller les chercher en Afrique, et, pour se ménager d'avance des alliés sur ce continent, il ose se rendre seul à la cour de Syphax, roi des Numides, qu'il essaie de gagner aux intérêts de Rome (206 av. J.C.).

214-205 av J.C.

La première guerre macédonienne

En 215 av. J.C., après la bataille de Cannes, Philippe V de Macédoine décide de s'allier avec Hannibal. En échange de l'aide macédonienne, Carthage s'engage à aider les macédoniens à conquérir la Grèce. Des ambassadeurs macédoniens de retour d'Italie sont attrapés par la flotte romaine commandée par Publius Valerius Flaccus et révèlent le projet d'alliance.

Rome décide alors d'envoyer une flotte de 55 vaisseaux commandée par Marcus Valerius Laevinus en Macédoine. La guerre commence en 214 av. J.C. avec la prise de la ville d'Oricum par Philippe qui assiège juste après Apollonie, une autre cité alliée de Rome. Les romains reprennent rapidement Oricum et massacre l'armée macédonienne qui assiège Apollonie. Philippe rentre en Macédoine

En 211 av. J.C., l'amiral romain Marcus Valerius Laevinus tirant parti des imprudences et des injustices de Philippe convainc la Ligue Etolienne de s'allier avec Rome en échange de la cession du territoire Arcananien au profit des Etoliens. De toute la Grèce, les états hostiles à Philippe se joignent aux romains. Par ailleurs, Rome obtient le ralliement des tribus de la Thrace et de l'Illyrie, les éternels adversaires des macédoniens et également celui d'Attale, le roi de Pergame.

En 210 av. J.C., les Etoliens attaquent l'Acarnanie qui appelle Philippe à l'aide. Par ailleurs, Publius Sulpicius Maximus remplace Laevinus qui doit retourner à Rome pour exercer son nouveau mandat de consul. La guerre dure jusqu'en 208 av. J.C., date à laquelle les Archeens tentent d'établir la paix entre les Etoliens et Philippe afin de réduire l'interventionnisme romain et celui d'Attale dans les affaires grecques.

Les pourparlers échouent. En 207, Philippe reprend la guerre contre les Etoliens et Attale de Pergarme qui décide finalement de retourner dans son royaume avec son armée. Rome délaisse la Ligue Etolienne pour se consacrer à la guerre contre Hannibal. En 205, Philippe gagne enfin la guerre contre les Etoliens et signe un traité de paix qui lui est favorable. Juste après, Rome et Philippe signe un traité de paix.

213-203 av J.C.

La guerre en Italie

La partie étant perdue en Espagne, Carthage ordonne en 207 à Magon de ramasser vaisseaux, argent, soldats et d'aller porter secours à Hannibal en Italie. Impossible à Scipion d'empêcher ce départ. Magon débarque avec 12000 hommes dans le golfe de Gênes. Il s'empare de la ville mais échoue à soulever les Ligures et les Gaulois. En 203 av. J.C., Publius Quinctilius Varus et Marcus Cornelius Cethegus livrent une bataille à Magon sur le territoire des Insubres. Les puniques perdent et Magon, blessé lors des combats, quitte l'Italie pour Carthage. Durant le trajet, Magon meurt de sa blessure.

Hannibal est à Arpi avec son corps principal : en face de lui Tiberius Gracchus à la tête de quatre légions. Entre temps, une autre armée romaine formée de quatre légions sous les ordres de Quintus Fabius et de Marcus Marcellus assiègent Capoue. En 213 av. J.C., Arpi est reprise par les romains.

Lors de l'hiver 213/212 av. J.C., Tarente ouvre ses portes à Hannibal. Toutefois, la garnison romaine a le temps de se réfugier dans la citadelle et bloque l'accès au port. A ce moment là, Tiberius Gracchus qui ferme la route de Capoue à Hannibal périt par la trahison d'un Lucanien et sa mort équivaut à une grande défaite.

Autour de Capoue sont rassemblées les armées romaines : l'une commandée par Appius Claudius, l'autre par Quintus Fulvius et une troisième par Claudius Nero. Le sénat est bien décidé à tirer de Capoue une éclatante vengeance, à punir sans pitié la ville qui avait la première donné le signal de la défection. En 211 av. J.C., elle est enveloppée par les légions du proconsul Appius. Annibal, qui vient de prendre Tarente, accourt pour la sauver (211 av. J.C.), mais il trouve les retranchements si forts, les généraux si réservés, que, pour délivrer la ville, il conçoit l'audacieuse pensée d'enlever Rome elle-même par surprise. Quand il parait devant Rome, le peuple entier court aux murailles, et deux légions nouvelles qu'on exerçait dans la ville, sortent audacieusement à sa rencontre. Le coup est manqué.

Il espère alors qu'à la nouvelle du danger de leur patrie, les légions établies devant Capoue lèveraient le siège pour accourir à la défense de Rome. Mais les Romains ne lâchent pas leur proie; Appius reste dans ses lignes! Toute l'habileté d'Annibal est déjouée par la constance romaine. Il s'enfuit jusqu'à Rhégium, pour ne pas entendre les cris de détresse de cette ville qu'il n'a pas pu sauver.

Capoue ouvre ses portes. Le châtiment est terrible; 70 sénateurs périssent sous les verges et la hache; 300 nobles seront condamnés aux fers; tout le peuple est vendu. La ville et son territoire seront déclarés propriété romaine. Quelques sénateurs auraient voulu effacer jusqu'au dernier vestige de cette cité qui avait rêvé la domination de l'Italie.

En 209 av. J.C., Fabius Cuntactor pour la cinquième fois consul prend Tarente. La répression est terrible : la cité est pillée et 30000 habitants seront vendus comme esclaves.

23 juin 207 av. J.C.

La bataille du Métaure

Hannibal
Buste de Scipion l'Africain
National Archeological Museum, Naples

Depuis ce revers, Annibal est cerné dans le midi de l'Italie, et, malgré des prodiges d'habileté, perd chaque année du terrain. Il n'est jamais battu, et toutes les fois qu'il rencontre des légions, il compte un succès de plus. Mais ses victoires restent stériles, parce que Rome remplace par des troupes plus nombreuses celles qui avaient été vaincues, tandis que lui, laissé par Carthage sans secours, il s'épuise par ses triomphes mêmes.

En 208 av. J.C., le bouillant Marcellus attiré dans une embuscade y périt avec ses principaux officiers. En 207 av. J.C., c'est Rome même qui faillit périr. Après la bataille contre Scipion l'Africain, Hasdrubal (Asdrubal) quitte l'Espagne en 208 av. J.C. avec une armée de 60000 hommes qui se recruta en Gaule, et franchit les Alpes en 207 av. J.C. Annibal, posté à Canusium, en Apulie, dans un camp retranché, attend qu'Asdrubal lui envoie des nouvelles certaines de sa marche.

Si les deux généraux carthaginois se réunissent, la lutte est finie. Rome succombe. Le sénat place entre eux cent mille légionnaires qu'il partage entre les consuls Livius et Néron.

Le consul Marcus Livius se rend à la rencontre d'Hasdrubal tandis que l'autre consul Gaius Nero barre en toute hâte la route du nord à Hannibal (Annibal). Celui-ci rencontre Néron à Grumentum, repousse les romains et entre en Apulie non sans pertes sensibles. Néron le suit.

Asdrubal envoya bien à son frère des Numides porteurs de ses dépêches, mais ces messagers tombèrent dans les avant-postes de Néron qui campait en face d'Annibal. Néron prend la résolution la plus hardie de cette guerre. Il choisit 7000 hommes d'élite, quitte son camp sans qu'Annibal s'en doute, traverse toute l'Italie centrale en six jours, et rejoint Livius sur le point de jonction désigné des deux armées carthaginoises. Il est convaincu qu'Hannibal ignore le plan de son frère. Il rejoint son collègue Marcus Livius à Sena Gallica. Il entre de nuit dans le camp de son collègue pour qu'Asdrubal ignore son arrivée; mais, au réveil des troupes, les trompettes sonnent deux fois; Asdrubal reconnaît à ce signe que les deux consuls sont réunis; il croit son frère vaincu, tué peut-être, et toutes les forces de Rome rassemblées contre lui. Il fuit, mais ses guides l'égarent; les consuls l'atteignent; et il est obligé de combattre dans un poste désavantageux, sur les bords d'un torrent, le Métaure. 56000 hommes avec leur général resteront sur le champ de bataille. Ce sont les représailles de Cannes (207 av. J.C.).

La nuit même qui suivit le combat, Néron se remet en route, et, le treizième jour après son départ, il rentre dans ses lignes, en Apulie. La tête d'Asdrubal, jetée dans le camp de son frère, apprend à celui-ci la ruine de ses dernières espérances. "Je reconnais-là", dit-il amèrement, "la fortune de Carthage." Alors il se renferme dans le Bruttium; il y résiste cinq années encore aux efforts des Romains pour le chasser d'Italie.

202 av J.C.

Dénouement en Afrique

Les meilleurs capitaines des armées romaines étaient tombés sur les champs de bataille ou bien comme Quintus Fabius et Quintus Fulvius sont trop vieux pour terminer la guerre. Gaius Nero et Marcus Livius, les vainqueurs de Sena, tenant trop à l'aristocratie ne peuvent pas être élus par le peuple pour terminer la guerre. A ce moment revient d'Espagne Publius Scipion, chargé d'honneur et de gloire, favori du peuple est élu consul pour l'année avec l'intention de conduire l'armée en Afrique. Il répète sans relâche, que pour arracher d'Italie le formidable capitaine qui s'obstine à y rester, il faut attaquer Carthage elle-même. Il demande au sénat l'autorisation de passer en Afrique. Le vieux Fabius s'oppose vainement à ce qu'il appelle une témérité. Les Italiens sont las de voir s'éterniser la guerre : Scipion reçoit mission de se rendre en Sicile, de construire une flotte et la formation du corps expéditionnaire. Rome lui met à disposition l'armée de Sicile et deux légions. De plus, on lui permet de recruter en Italie. Au printemps 204 av. J.C., Scipion part de Lilybée avec deux fortes légions de 30000 hommes, 40 navires de guerres et aborde au Beau promontoire, près d'Utique.

Scipion compte sur les deux rois de Numidie, Syphax et Massinissa, avec lesquels il avait déjà traité. Mais le premier venait d'être regagné par Carthage : on lui avait donné en mariage la belle Sophonisbe, fille d'un des principaux citoyens. Le second, fidèle à l'alliance romaine, avait été dépouillé du trône de ses pères.

A la nouvelle du débarquement de Scipion, Massinissa accourt dans le camp des romains et s'allie avec les latins. Scipion se met en marche et vient mettre le siège devant Utique. Mais Syphax à la tête de 50000 hommes et 10000 cavaliers force les romains à lever le siège. En 203 av. J.C., Scipion bat une armée commandée par Hasdrubal Giscon et Syphax aux Grandes Plaines. Massinissa capture Syphax près de Cirta et prend Sophonisbe pour épouse; mais Scipion se souvenant qu'elle avait détaché Syphax du parti de Rome, exige que la Carthaginoise lui soit livrée. Massinissa envoya à Sophonisbe, comme présent nuptial, une coupe de poison. Elle but sans hésiter. Carthage sent que la guerre est perdue et négocie avec Scipion. Elle accepte les conditions qu'il lui impose : abandon des possessions espagnoles et des îles de la Méditerranée, cession de la flotte carthaginoise et le paiement d'une contribution de 4000 talents.

202 av J.C.

La bataille de Zama

Ces importants succès rendent à Scipion l'appui de tous les Numides, c'est-à-dire d'une cavalerie excellente; et Carthage menacée se décide à rappeler Annibal. Il lit à l'Italie de sanglants adieux.

A cette occasion, le Sénat décerne la couronne de gazon au dernier survivant des vieux généraux romains qui avaient honorablement combattu Hannibal dont Quintus Fabius alors presque nonagénaire. Recevoir la récompense que l'armée votait d'ordinaire au capitaine qui l'avait sauvée c'est là le plus grand des honneurs auquel un citoyen romain peut prétendre. C'est aussi la dernière distinction offerte au vieux général qui meurt dans cette même année (203 av. J.C.).

Hannibal débarque à Leptis après 36 années d'absence. La paix est rompue par les puniques par un incident mineur : une flotte de transport romaine est pillée par les puniques sur le littoral carthaginois pendant qu'un navire amenant des envoyés de Rome est capturé par les carthaginois. Scipion lève aussitôt son camp près de Tunis en 202 av. J.C. Les deux généraux ont une entrevue où Hannibal tente d'obtenir de Scipion des conditions de paix meilleures. Scipion refuse. La paix, sans une défaite d'Annibal, aurait été sans gloire et sans durée.

Tout ce qu'enseignaient l'art de la guerre et une vieille expérience fut de part et d'autre appliqué (19 octobre 202 av. J.C.). Du côté d'Annibal, plus de ces ruses auxquelles s'étaient laissé prendre tant de consuls, mais d'admirables dispositions. Sur ses ailes, les plus mauvaises troupes, pour occuper les Numides et les entraîner à leur poursuite loin du champ de bataille. En avant-garde une ligne formidable de 80 éléphants; derrière, ses mercenaires gaulois et ligures, pour émousser les épées romaines et rompre l'ordonnance des légions. Au corps de bataille, les Carthaginois et les Africains, pour tomber sur les Romains troublés et fatigués par un premier combat; enfin, à un stade en arrière, ses vieilles bandes d'Italie, ses soldats les plus dévoués, ménagés avec soin, pour achever la victoire ou le suivre dans sa retraite et l'accompagner à Carthage, où il ne voulait pas rentrer désarmé.

Mais Scipion avait ménagé dans ses lignes, des intervalles où les éléphants criblés de traits s'engagèrent. Les mercenaires d'Annibal, rompus par les Romains et rejetés sur leur seconde ligne, y portèrent le désordre, Scipion, au contraire, arrêta ses soldats après le premier succès, rétablit les rangs, et les lança à un second combat, avec l'ordre qu'ils auraient eu au sortir d'un camp. Durant ce choc terrible, Massinissa, au lieu de se laisser emporter à la poursuite des cavaliers ennemis, avait ramené ses Numides sur l'arrière-garde; Annibal était à son tour enveloppé. Quand il se retira de ce champ de bataille, les corps de 20000 de ses soldats jonchaient la terre. Les romains anéantissent l'armée carthaginoise. Hannibal arrive à se sauver.

202-201 av J.C.

La fin de la seconde guerre punique

Annibal rentre dans Carthage trente-cinq ans après en être sorti, mais il y rentre vaincu; lui-même conseille la paix.

Scipion ne demande pas qu'on lui livre son grand adversaire; il fixe les conditions suivantes : Carthage renoncera à tout ce qu'elle possède hors de l'Afrique, c'est-à-dire à l'Espagne, à Malte, aux îles Baléares; ne plus entrer en lutte contre Rome, ne plus porter ses armes hors d'Afrique, et en Afrique même, à ne faire jamais la guerre sans la permission de la République, payera en cinquante ans une contribution de guerre de 200 talents pendant cinquante années, livrera enfin tous ses éléphants et toutes ses galères, excepté dix.

Ces conditions sont acceptées. Les Carthaginois remettent à Scipion cinq cents galères, qu'il fait aussitôt brûler. Quand il fallut payer le premier terme du tribut, les sénateurs de Carthage éclatèrent en gémissements; seul, Annibal se mit à rire, et comme l'un d'eux l'en reprit: "Si l'on pouvait lire dans les âmes;" répondit le grand homme, "comme avec les yeux du corps, vous verriez bien que ce rire est un signe de désespoir, non pas de joie. Et cependant il est plus raisonnable que vos larmes. J'aurais compris ces pleurs le jour où l'on nous ôta nos armes, où l'on brûla nos vaisseaux, le jour où Carthage se trouva livrée, sans force et sans défense, aux haines des Africains. Mais alors pas un de vous n'a gémi. Et maintenant qu'il vous faut prendre sur votre avoir pour payer le tribut, vous pleurez! Ah! Vous verrez trop tôt, je le crains bien, que ce qui vous arrache aujourd'hui tant de larmes est le moindre de nos malheurs."

La seconde guerre punique est terminée.

Scipion célébra à son entrée dans Rome le triomphe le plus splendide. Il apportait au trésor cent vingt-trois mille livres pesant d'argent. Il apportait à Rome, mieux que ces trésors, la domination du monde. Carthage, en effet, tombée et Annibal vaincu, il n'y avait plus de puissance capable d'arrêter les Romains. Aussi le peuple, dans sa joie, offrit à Scipion le consulat et la dictature à vie : il ne prit que le surnom d'Africain.

Livret :

  1. La deuxième guerre punique dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. La deuxième guerre punique de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. La deuxième guerre punique de histoire des civilisations européennes
  3. Hannibal Barca de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. La bataille du Tessin de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. La bataille de la Trebbia de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. La bataille du lac Trasimène de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. La bataille de Cannes de l'encyclopédie libre Wikipédia
  8. Syracuse de l'encyclopédie libre Wikipédia
  9. Massinissa de l'encyclopédie libre Wikipédia
  10. Philippe V de Macédoine de l'encyclopédie libre Wikipédia
  11. Première guerre macédonienne de l'encyclopédie libre Wikipédia
  12. Magon Barca de l'encyclopédie libre Wikipédia
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