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  Gengis Khan

1206-août 1227

Conquête de la Chine Conquête de Carizme, de la Transoxiane et de la Perse La conquête de la Chine Du Kipzak, de la Russie, de la Pologne et de la Hongrie La Sibèrie Gengis Khan ou Zingis Khan, premier empereur des Mongols et des Tartares





Sources historiques : Edward Gibbon




1206-1227

Gengis Khan ou Zingis Khan, premier empereur des Mongols et des Tartares

Gengis Khan
Gengis Khan

Des petites querelles d'une ville avec ses faubourgs, des discordes des Grecs, je vais passer aux brillantes victoires des Turcs, dont l'esclavage civil était ennobli par la discipline militaire, l'enthousiasme religieux et l'énergie du caractère national. L'origine et les progrès des Ottomans, aujourd'hui souverains de Constantinople, se trouvent liés aux plus importantes scènes de l'histoire moderne; mais elles exigent la connaissance préliminaire de la grande irruption des Mongouls ou Mongols et des Tartares, dont on peut comparer les conquêtes rapides aux premières convulsions de la nature, qui agitèrent et changèrent la surface du globe.

Toutes ces émigrations sont sorties successivement des vastes montagnes situées entre la Chine, la Sibérie et la mer Caspienne. Les anciennes résidences des Huns et des Turcs étaient habitées, dans le douzième siècle, par des hordes ou tribus de pâtres, qui descendaient de la même origine et conservaient les mêmes moeurs. Le redoutable Gengis-khan les réunit et les conduisit à la victoire. Il connu primitivement sous le nom de Témugin, s'était élevé, en écrasant ses égaux, au faite de la grandeur. Il descendait d'une famille noble; mais ce fut dans l'orgueil de la victoire que le prince ou son peuple imaginèrent d'attribuer l'origine de la famille de Gengis à une vierge immaculée, mère de son septième ancêtre. Son père avait régné sur treize hordes formant environ trente ou quarante mille familles. Durant l'enfance de Témugin, plus des deux tiers lui refusèrent l'obéissance et le tribut. A l'âge de treize ans, Témugin livra bataille à ses sujets rebelles, et le futur conquérant de l'Asie fut obligé de céder et de prendre la fuite. Mais il se montra supérieur à la fortune; et à l'âge de quarante ans, Témugin faisait respecter son nom et son pouvoir, à toutes les tribus environnantes. Dans un état de société où la politique est encore grossière et la valeur générale, l'ascendant d'un seul ne peut être fondé que sur le pouvoir et la volonté de punir ses ennemis et de récompenser ses partisans. Lorsque Témugin conclût sa première ligue militaire, les cérémonies se bornèrent au sacrifice d'un cheval, et à goûter réciproquement de l'eau d'un ruisseau. Il promit de partager avec ses compagnons les faveurs et les revers de la destinée; et leur distribua ses effets et ses chevaux, conservant pour fortune leur reconnaissance et son espoir. Après sa première victoire, il fit placer soixante-dix chaudières sur une fournaise; et soixante-dix rebelles des plus coupables furent jetés dans l'eau bouillante. Sa sphère d'attraction s'agrandit tous les jours par la ruine de ceux qui résistaient et la prudente soumission des autres; les plus hardis tremblèrent en contemplant, enchâssé dans de l'argent, le crâne du khan des Kéraïtes, qui, sous le nom de Prêtre-Jean, avait entretenu une correspondance avec le pape et les princes de l'Europe. L'ambitieux Témugin, ne négligea pas l'influence de la superstition; et ce fut d'un prophète de ces hordes sauvages, qui montait quelquefois au ciel sur un cheval blanc, qu'il reçut le titre de Gengis, le plus grand, et le droit divin à la conquête et l'empire de l'univers. Dans un couroultaï ou diète générale, il s'assit sur un feutre, qu'on révéra longtemps comme une relique; et on le proclama solennellement grand khan ou empereur des Mongouls (Mongols) et des Tartares. De ces noms devenus rivaux, bien que sortis de la même source, le premier s'est perpétué dans la dynastie impériale, et l'autre, par erreur ou par hasard, s'est étendu à tous les habitants des vastes déserts du Nord.

1206-1227

Lois de Gengis Khan

Le code de lois dicté par Gengis à ses sujets protégeait la paix domestique et encourageait les guerres étrangères. Les crimes d'adultère, de meurtre, de parjure, le vol d'un cheval ou d'un boeuf, étaient punis de mort, et les plus féroces des hommes conservèrent entre eux de la modération et de l'équité. L'élection du grand khan fut réservée à l'avenir aux princes de sa famille et aux chefs de tribus. Il fît des règlements pour la chasse, source des plaisirs et de la subsistance d'un camp de Tartare. La nation victorieuse ne pouvait être soumise à aucun travail servile elle en chargeait les esclaves et les étrangers, et tous les travaux étaient serviles à ses yeux, excepté la profession des armes. L'exercice et la discipline des troupes indiquent l'expérience d'un ancien commandant. Elles étaient armées d'arcs, de cimeterres et de massues de fer, et divisées par cent, par mille et par dix mille. Chaque officier ou soldat répondait, sur sa propre vie, de la sûreté ou de l'honneur de ses compagnons et le génie de la victoire semble avoir dicté la loi qui défend de faire la paix avec l'ennemi, qu'il ne soit suppliant et vaincu. Mais c'est à la religion de Gengis que nous devons principalement nos éloges et notre admiration. Tandis que les inquisiteurs de la foi chrétienne défendaient l'absurdité par la cruauté, un Barbare, prévenant les leçons de la philosophie, établissait par ses lois un système de théisme pur et de parfaite tolérance. Son premier et seul article de foi était l'existence du Dieu, l'auteur de tout bien, qui remplit de sa présence la terre et les cieux, créés par son pouvoir. Les Tartares et les Mongouls adoraient les idoles particulières de leur tribu; des missionnaires étrangers en avaient converti un grand nombre à la loi du Christ; à celle de Moïse ou de Mahomet. Ils professaient tous librement et sans querelles, leur religion dans l'enceinte du même camp. Le bonze, l'iman, le rabbin, le nestorien et le prêtre catholique, jouissaient également de l'exemption honorable du service et du tribut. Dans la mosquée de Bochara, le fougueux conquérant put fouler le Coran aux pieds de ses chevaux; mais dans les moments de calme, le législateur respecta les prophètes et les pontifes. La raison de Gengis ne devait rien aux livres: le khan ne savait ni lire ni écrire; et, en exceptant la tribu des Igours, presque tous les Mongouls ou les Tartares étaient aussi ignorants que leur souverain. Le souvenir de leurs exploits s'est conservé par tradition. Soixante-huit ans après la mort de Gengis, on a recueilli et écrit ces traditions. On peut suppléer à l'insuffisance de leurs annales par celles des Chinois, des Persans, des Arméniens, des Syriens, des Arabes, des Grecs, des Russes, des Polonais, des Hongrois et des Latins; et chacune de ces nations. Peut obtenir confiance lorsqu'elle raconte ses pertes et ses défaites.

1210-1214

Conquête de la Chine

Les armes de Gengis et de ses lieutenants soumirent successivement toutes les hordes du désert, qui campaient entre le mur de la Chine et le Volga. L'empereur mongoul (mongol) devint le monarque au monde pastoral, de plusieurs millions de pâtres et de soldats fiers de leur réunion; et impatiens d'essayer leurs forces contre les riches et pacifiques habitants du Midi. Ses ancêtres avaient été tributaires des empereurs de la Chine, et Témugin lui-même s'était abaissé à recevoir un titre d'honneur et de servitude. La cour de Pékin reçut avec surprise une ambassade de son ancien vassal, qui, du ton d'un roi, prétendait lui imposer le tribut de subsides et d'obéissance qu'il avait précédemment payé lui-même, et mettait de traiter le fils du ciel avec le plus grand mépris. Les Chinois déguisèrent leurs craintes sous une réponse hautaine, et ces craintes furent bientôt justifiées par la marche d'une nombreuse armée, qui perça de tous côtés à travers la faible barrière de leur grand mur. Les Mongouls prirent quatre-vingt-dix villes d'assaut ou par famine. Les dix dernières se défendirent avec succès; et Gengis, qui connaissait la piété filiale des Chinois, ouvrit son avant-garde de leurs parents captifs; indigne abus de la vertu de ses ennemis, qui insensiblement cessa de répondre, au but qu'il se proposait. Cent mille Khitans, qui gardaient la frontière, se révoltèrent et se joignirent aux Tartares. Le vainqueur consentit cependant à traiter une princesse de la Chine, trois mille chevaux, cinq cents jeunes hommes, autant de vierges, et en tribut d'or et d'étoffes de soie; furent le prix de sa retraite. Dans sa seconde expédition, il força l'empereur de la Chine à se retirer au-delà de la rivière Jaune, dans une résidence plus méridionale. Le siège de Pékin fut long et difficile: la famine réduisit les habitants à se décimer pour servir de pâture à leurs concitoyens: quand ils manquèrent de pierres, ils lancèrent des lingots d'or et d'argent. Mais les Mongouls firent jouer une mine au milieu de la ville, et l'incendie du palais dura trente jours. La Chine, ravagée par les Tartares, était encore intérieurement déchirée par des factions; et Gengis ajouta à son empire les cinq provinces septentrionales de ce royaume.

1218-1224

Conquête de Carizme, de la Transoxiane et de la Perse

Vers l'Occident, ses possessions touchaient aux frontières de Mohammed, sultan de Carizme, dont les vastes Etats s'étendaient depuis le golfe Persique jusqu'aux limites de l'Inde et du Turkestan, et qui, ambitieux d'imiter Alexandre le Grand, avait oublié la sujétion et l'ingratitude de ses ancêtres envers la maison de Seljouk. Gengis, dans l'intention d'entretenir une liaison de commerce et d'amitié avec le plus puissant des princes musulmans, rejeta les sollicitations secrètes du calife de Bagdad, qui voulait sacrifier l'Etat et sa religion à sa vengeance personnelle. Mais un acte de violence et d'inhumanité attira justement les armes des Tartares dans l'Asie méridionale. Mohammed fit arrêter et massacrer à Otrar une caravane composée de trois ambassadeurs et de cent cinquante marchands. Ce ne fut cependant qu'après la demande et le refus d'une satisfaction, après avoir prié et jeûné durant trois nuits sur une montagne, que l'empereur mongoul en appela au jugement de Dieu et de son épée. Nos batailles d'Europe, dit un écrivain philosophe, ne sont que de faibles escarmouches; si nous les comparons aux armées qui combattirent et périrent dans les plaines de l'Asie. Sept cent mille Mongouls ou Tartares marchèrent, dit-on, sous les ordres de Gengis et de ses quatre fils; ils rencontrèrent dans les vastes plaines qui s'étendent au Nord du Sihon on Jaxartes, le sultan Mohammed à la tête de quatre cent mille guerriers; et dans la première bataille qui dura jusqu'à la nuit, cent soixante mille Carizmiens, perdirent la vie. Mohammed, surpris du nombre et de la valeur de ses ennemis, fit sa retraite et distribua ses troupes dans les villes de ses frontières, persuadé que ces Barbares, invincibles sur le champ de bataille, se laisseraient rebuter par la longueur et la difficulté d'un si grand nombre de sièges réguliers; mais Gengis avait sagement formé un corps d'ingénieurs et de mécaniciens chinois, instruits peut-être du secret de la poudre, et capables d'attaquer sous sa discipline un pays étranger avec plus de vigueur et de succès qu'ils n'avaient défendu leur patrie. Les historiens persans racontent les sièges et la réduction d'Otrar, Cogende, Bochara, Samarcande, Carizme, Hérat, Merou, Nisabour, Balch et Candahar, et la conquête des riches et populeuses contrées de la Transoxiane, de Carizme et du Khorasan: les ravages de Gengis et des Mongouls nous ont déjà servi à donner une idée de ce qu'avaient pu être les invasions des Huns et d'Attila, et je me contenterai d'observer que depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Indus, les conquérants convertirent en un désert étendue de plusieurs centaines de milles, que la main des hommes avait cultivée et ornée de nombreuses habitations, et que cinq siècles n'ont pas suffi à réparer le ravage de quatre années. L'empereur mongoul encourageait ou tolérait les fureurs de ses soldats: emportés par l'ardeur du carnage, et celle du pillage, ils oubliaient toute idée de jouissance future, et la cause de la guerre excitait encore leur férocité par les prétextes de la justice et de la vengeance. La chute et la mort du sultan Mohammed, qui, abandonné de tous et sans exciter de pitié, expira dans une île déserte de la mer Caspienne, sont une expiation des calamités dont il fut l'auteur. Son fils Gelaleddin arrêta souvent les Mongouls dans la carrière de la victoire; mais la valeur d'un seul héros ne suffisait pas pour sauver l'empire des Carizmiens: écrasé par le nombre dans une retraite qu'il faisait, sur les bords de l'Indus. Gelaleddin poussa son cheval au milieu des flots; et, traversant avec intrépidité le fleuve le plus rapide et le plus large de l'Asie, il excita chez son vainqueur un mouvement d'admiration. Ce fut après cette victoire que l'empereur mongoul, cédant à regret aux murmures de ses soldats enrichis et fatigués, consentit à les ramener dans leur terre natale. Chargé des dépouilles de l'Asie, il retourna lentement sur ses pas, laissa voir quelque pitié pour la misère des vaincus, et annonça l'intention de rebâtir les villes détruites par son invasion. Au-delà de l'Oxus et du Jaxartes, les deux généraux qu'il avait détachés avec trente mille hommes de cavalerie pour réduire les provinces méridionales de la Perse, joignirent son armée. Après avoir renversé tout ce qui s'opposait à leur passage, forcé le défilé de Derbend, traversé la Volga et le désert, et fait le tour entier de la mer Caspienne, ils revenaient triomphants d'une expédition dont l'antiquité n'offrait pas d'exemples, et qu'on n'a jamais essayé de renouveler.

(Mort de Gengis Khan; 1227) Gengis signala son retour par la défaite de tout ce qui restait de peuples tartares rebelles ou indépendants, et mourut plein d'années et de gloire (1227), en exhortant ses fils à achever la conquête de la Chine.
Le harem de Gengis renfermait cinq cents femmes ou concubines, et parmi sa nombreuse postérité, il avait choisi quatre de ses fils, illustres par leur mérite autant que par leur naissance qui exerçaient sous leur père les principaux emplois civils et militaires.

(Conquêtes des Mongols sous les successeurs de Gengis; 1227-1295) Toushi était son grand veneur, Zagatai son juge, Octai son ministre, et Tuli son général. Leurs noms et leurs actions se font souvent remarquer dans l'histoire de ses conquêtes. Fermement unis par le sentiment de leur intérêt et de l'intérêt public, trois de ces frères ainsi que leurs familles se contentèrent de royaumes dépendants, et d'un consentement unanime Octai fut proclamé grand khan ou empereur des Mongouls ou des Tartares. Octai eut pour successeur son fils Gayuk, dont la mort transmit le sceptre de l'empire à ses cousins Mangou et Criblai, fils de Tuli et petits-fils de Gengis. Dans les soixante-huit années qui suivirent sa mort, ses quatre premiers successeurs soumirent presque toute l'Asie et une grande partie de l'Europe. Sans m'asservir à l'ordre des temps ou m'étendre sur les détails des événements, je donnerai un tableau général du progrès de leurs armes, 1° à l'Orient, 2° au Sud, 3° à l'Occident et au Nord.

1234

La conquête de la Chine

Avant l'invasion de Gengis, la Chine était partagée en deux empires ou dynasties du Nord et du midi, et la conformité des lois, du langage et des moeurs, adoucissait les inconvénients de la différence d'origine et d'intérêt. La conquête de l'empire du Nord démembré par Gengis fut totalement accomplie sept ans après sa mort. Forcé d'abandonner Pékin, l'empereur avait fixé sa résidence à Kaifiong, ville dont l'enceinte formait une circonférence de plusieurs lieues, et qui, si l'on peut en croire les annales chinoises, contenait quatorze cent mille familles d'habitants et de fugitifs. Il fallut encore avoir recours à la fuite: il s'échappa suivi de sept cavaliers, et se réfugia dans une troisième capitale, où perdant tout espoir de sauver sa vie, il monta sur un bûcher en protestant de son innocence et accusant son malheur, et ordonna qu'on y mit le feu dès qu'il se serait poignardé. La dynastie des Song, les anciens souverains nationaux de tout l'empire, survécut environ quarante-cinq ans à la chute des usurpateurs du Nord. La conquête totale ne s'exécuta que sous le règne de Cublai; les Mongouls (Mongols), durant cet intervalle, en furent souvent détournés par des guerres étrangères, et les Chinois, qui osaient rarement faire tête à leurs vainqueurs dans la plaine, leur offraient dans les villes, par leur résistance passive, une suite interminable d'assauts à livrer et des millions d'hommes à massacrer. On employait alternativement pour l'attaque et pour la défense les machines de guerre des anciens et le feu grégeois: il paraît qu'on était déjà familiarisé avec l'usage de la poudre, des bombes et des canons. Les sièges étaient dirigés par des musulmans et par des Francs, que les libéralités de Cublai attiraient à son service. Après avoir passé la grande rivière, les troupes et l'artillerie furent transportées, sur une longue suite de différents canaux, jusqu'à la résidence royale de Hamcheu ou Quinsay, dans le pays où se fabrique la soie, et le plus délicieux climat de la Chine. L'empereur, prince jeune et timide, se rendit, sans résistance, et avant de partir pour son exil, au fond de la Tartarie, frappa neuf fois la terre de son front, soit pour implorer la clémence du grand-khan ou pour lui rendre grâces.

(De la Chine méridionale; 1279) Cependant la guerre, désormais appelée révolte se soutenait toujours dans les provinces méridionales, depuis Hamcheu jusqu'à Canton; et les restes obstinés du courage et de la liberté, chassés de la terre, se réfugièrent sur les vaisseaux; mais lorsque les Song se virent enveloppés et accablés par une flotte supérieure: Il est plus glorieux pour un monarque, dit le plus brave de leurs champions, de mourir libre que de vivre esclave, et il se précipita dans la mer tenant dans ses bras l'empereur encore enfant. Cent mille Chinois imitèrent cet exemple, et tout l'empire, depuis Tonkin jusqu'au grand mur, reconnut Cublai pour son souverain. Son ambition insatiable méditait la conquête du Japon; la tempête détruisit deux fois sa flotte, et cette expédition malheureuse coûta inutilement la vie à cent mille Mongouls ou Chinois; mais la force ou la terreur de ses armés réduisit les royaumes circonvoisins de la Corée, du Tonkin, de la Cochinchine, de Pégu, du Bengale et du Thibet, à différents degrés de tribut et d'obéissance. Il parcourut l'océan Indien avec une flotte de mille vaisseaux; une navigation de soixante-huit jours les conduisit, à ce qu'il parait, à l'île de Bornéo, située sous la ligne équinoxiale; et quoiqu'ils n'en revinssent pas sans gloire et sans dépouilles, l'empereur fut mécontent d'avoir laissé échapper le sauvage souverain de cette contrée.

1258

De la Perse et de l'empire des califes

Les Mongouls firent plus tard la conquête de l'Indoustan sous la conduite des princes de la maison de Timour; mais Holagou-khan, petit-fils de Gengis, frère et lieutenant des deux empereurs Mangou et Cublai, acheva celle de l'Iran ou de la Perse. Sans entrer dans le détail monotone d'une foule de sultans, d'émirs ou d'atabeks qu'il écrasa sous sa puissance, j'observerai seulement la défaite et la destruction des Assassins ou Ismaélites de la Perse, destruction qu'on peut regarder comme un service rendu à l'humanité. Ces odieux sectaires avaient régné durant plus de cent soixante ans avec impunité dans les montagnes situées au Sud de la mer Caspienne, et leur prince ou iman nommait un lieutenant pour conduire et gouverner la colonie du mont Liban, si formidable et si fameuse dans l'histoire des croisades. Au fanatisme du Coran, les Ismaélites joignaient les opinions indiennes de la transmigration des âmes, et les visions de leurs propres prophètes. Leur premier devoir était de dévouer aveuglément leur âme et leur corps aux ordres du vicaire de Dieu. Les poignards de ses missionnaires se firent sentir dans l'Orient et l'Occident. Les chrétiens et les musulmans comptent un grand nombre d'illustres victimes sacrifiées au zèle, à l'avarice ou au ressentiment du Vieux de la montagne, nom qu'on lui donnait par corruption. L'épée de Holagou brisa des poignards, les seules armes dont il sût faire usage: il ne reste aujourd'hui d'autre vestige de ces ennemis de l'humanité que le mot d'assassin, que les langues de l'Europe ont adopté dans son sens le plus odieux. Le lecteur qui a suivi la grandeur et le déclin de la maison des Abbassides, ne verra pas son extinction avec indifférence. Depuis la chute des descendants de Seljouk, les califes avaient recouvré leurs Etats héréditaires de Bagdad et de l'Irak d'Arabie; mais la ville était déchirée par des factions théologiques, et le commandeur des fidèles s'ensevelissait dans son harem, composé de sept cents concubines. A l'approche des Mongouls, il leur opposa de faibles armées et des ambassades hautaines. C'est par l'ordre de Dieu, dit le calife Mostasem, que les fils d'Abbas commandent sur la terre. Il soutient leur trône, et leurs ennemis seront châtiés dans ce monde et dans l'autre. Qui est donc ce Holagou qui ose s'élever contre eux ? S'il veut la paix, qu'il se retire à l'instant de leur territoire sacré, et il obtiendra peut-être de notre clémence le pardon de sa faute. Un vizir perfide entretenait cette aveugle présomption, et assurait son maître que les Barbares fussent-ils dans la ville, les femmes et les enfants suffiraient pour les écraser du haut de leurs terrasses. Mais à peine Holagou eut-il touché le fantôme, qu'il s'évanouit enfumée: après deux mois de siège, Bagdad fut emportée d'assaut et pillée par les Mongouls; leur féroce commandant prononça la sentence du calife Mostasem, dernier successeur temporel de Mahomet, et dont la famille, descendue d'Abbas, avait occupé durant plus de cinq siècles les trônes de l'Asie. Quels que fussent les desseins du conquerrant le désert de l'Arabie protégea contre son ambition les saintes cités de la Mecque et de Médine. Mais les Mongouls se répandirent au-delà du Tigre et de l'Euphrate, pillèrent Alep et Damas, et menacèrent de se joindre aux Francs pour délivrer Jérusalem. C'en était fait de l'Egypte, si elle n'eût été défendue que par ses faibles enfants; mais les Mamelucks avaient respiré dans leur jeunesse l'air vivifiant de la Scythie; ils égalaient les Mongouls en valeur, et les surpassaient en discipline.

(De l'Anatolie; 1242-1272) Ils attaquèrent plusieurs fois l'ennemi dans des batailles rangées, et repoussèrent le cours de ce torrent à l'Orient de l'Euphrate, sur les royaumes de l'Arménie et de l'Anatolie, qu'il envahit avec une violence irrésistible. Le premier appartenait aux chrétiens, et le second était occupé par les Turcs. Les sultans d'Iconium résistèrent quelque temps aux Mongouls; mais enfin l'un d'entre eux, Azzadin, fut forcé de chercher un asile chez les Grecs de Constantinople, et les khans de Perse exterminèrent ses faibles successeurs, les derniers descendants de la dynastie de Seljouk.

1235-1245

Du Kipzak, de la Russie, de la Pologne et de la Hongrie

Octai avait à peine renversé l'empire du Nord de la Chine, qu'il résolut de porter ses armes jusqu'aux pays les plus reculés de l'Occident. Quinze cent mille Mongouls (Mongols) ou Tartares inscrivirent leurs noms sur les registres militaires; le grand-khan choisit un tiers de cette multitude, dont il confia le commandement à son neveu Batou, fils de Tuli, qui régnait sur les conquêtes de son père au Nord de la mer Caspienne. Après des réjouissances qui durèrent quarante jours, Batou partit pour cette grande expédition; et telle fut l'ardeur et la rapidité de ses innombrables escadrons, qu'ils parcoururent en moins de six années quatre-vingt-dix degrés de longitude; ou le quart de la circonférence du globe. Ils traversèrent les grands fleuves de l'Asie et de l'Europe, le Volga et le Kama, le Don et le Borysthène, la Vistule et le Danube, ou à la nage sur leurs chevaux, ou sur la glace durant l'hiver, ou dans des bateaux de cuir qui suivaient toujours l'armée et servaient à transporter les bagages et l'artillerie. Les premières victoires de Batou anéantirent les restes de la liberté nationale dans les plaines immenses du Kipzak et du Turkestan. Dans sa course rapide, il traversa les royaumes connus aujourd'hui sous les noms de Cazan et d'Astrakhan, et les troupes qu'il détacha vers le mont Caucase pénétrèrent dans le coeur de la Géorgie et de la Circassie. La discorde civile des grands-ducs ou princes de Russie livra leur pays aux Tartares. Ils se répandirent depuis la Livonie jusqu'à la mer Noire. Kiow (Kiev) et Moscou, les deux capitales ancienne et moderne, furent réduites en cendres; calamité passagère et moins fatale peut-être aux Russes que la tâche profonde et peut-être indélébile qu'une servitude de deux cents ans a imprimée sur leur caractère. Les Tartares ravagèrent avec une égale fureur les pays qu'ils se proposaient de conserver et ceux dont ils s'empressaient de sortir. De la Russie, où ils s'étaient établis, ils firent une irruption passagère, mais destructive, dans la Pologne et jusqu'aux frontières de l'Allemagne. Les villes de Lublin et de Cracovie disparurent. Ils approchèrent des côtes de la mer Baltique, défirent dans la bataille de Lignitz les ducs de Silésie, les palatins polonais et le grand-maître de l'ordre Teutonique, et remplirent neuf sacs des oreilles droites de tous ceux qu'ils avaient tués. De Lignitz, qui fut du côté de l'Occident le terme de leur marche, ils se dirigèrent sur la Hongrie; et cette armée de cinq cent mille hommes, excitée par la présence de Batou, sembla animée de son esprit. Leurs colonnes, partagées en différentes divisions, franchirent les montagnes Carpathiennes, et l'on doutait encore de leur approche lorsqu'ils firent éprouver leurs premières fureurs. Le roi Bela IV assembla les forces militaires de ses comtes et de ses évêques; mais il avait aliéné la nation en recevant une horde errante de Comans, composée de quarante mille familles. Un soupçon de trahison et le meurtre de leur prince excitèrent ces hôtes sauvages à la révolte. Tout le pays au Nord du Danube fut perdu en un jour, et dépeuplé dans un été; les ruines des villes et des églises furent parsemées des ossements des citoyens qui expièrent les péchés des Turcs leurs ancêtres. Un ecclésiastique échappé du sac de Waradin a donné la description des calamités dont il avait été le témoin; et les fureurs sanguinaires des sièges et des batailles sont infiniment moins atroces que la perfidie qu'éprouvèrent les fugitifs. Après les avoir attirés hors des bois sous la promesse du pardon et de la paix, on les égorgea de sang-froid lorsqu'ils eurent achevé les travaux de la moisson et de la vendange. Durant l'hiver, les Tartares passèrent le Danube sur la glace, et s'avancèrent vers Cran ou Strigonium, colonie germaine et capitale du royaume. Ils dressèrent trente machines contre les murs, comblèrent les fossés avec des sacs de terre et des cadavres; et à la suite d'un massacre sans choix, le khan fit égorger en sa présence trois cents nobles matrones. De toutes les villes et forteresses de la Hongrie, il n'en demeura que trois sur pied après l'invasion; et l'infortuné Bela courut se cacher dans les îles de la mer Adriatique.

La terreur se répandit dans le monde latin: un Russe fugitif porta l'alarme en Suède; les nations des bords de la Baltique et de l'Océan tremblèrent à l'approche des Tartares, que la crainte et l'ignorance représentaient comme une espèce différente du genre humain. Il avait à craindre que les pâtres de la Scythie n'anéantissent les villes, les arts et toutes les institutions de la société civile. Le pontife de Rome essaya d'apaiser et de convertir les invincibles païens; il leur envoya des moines de l'ordre de Saint-Dominique et de Saint-François. Mais le grand-khan leur répondit que les fils de Dieu et de Gengis étaient revêtus d'un pouvoir divin pour soumettre ou exterminer les nations, et que le pape serait enveloppé dans la destruction générale s'il ne venait visiter lui-même, comme suppliant, la horde royale. L'empereur Frédéric II employa un moyen plus courageux de défense. Il écrivit aux princes d'Allemagne, aux rois de France et d'Angleterre; il leur peignit le danger commun, et les pressa d'armer leurs vassaux pour cette juste et sage croisade. La valeur et la réputation des Francs en imposèrent aux Tartares eux-mêmes; cinquante chevaliers et vingt arbalétriers défendirent avec succès le château de Nestadt en Autriche; et les Barbares levèrent le siège à l'approche d'une armée d'Allemands. Après avoir ravagé dans le voisinage les royaumes de Servie, de Bosnie et de Bulgarie, Batou se retira lentement du Danube au Volga, pour jouir des fruits de ses victoires, dans la ville où le palais de Serai, qui, à son ordre, s'éleva du milieu du désert.

1242

La Sibèrie

Il n'y eut pas jusqu'aux régions pauvres et glacées du septentrion qui n'attirassent les armes des Mongouls. Sheibani-khan, frère du grand Batou, conduisit une horde de quinze mille familles dans les déserts de la Sibérie; et ses descendants régnèrent à Tobolsk durant plus de trois siècles, jusqu'à la conquête des Russes. En suivant le cours de l'Oby et du Jenisey, l'esprit d'entreprise doit les avoir conduits à la découverte de la mer Glaciale; et après avoir écarté des monuments qui nous en restent, ces fables monstrueuses d'hommes avec des têtes de chiens et des pieds fourchus, nous trouverons que quinze ans après la mort de Gengis, les Mongouls (Mongols) connaissaient le nom et les moeurs des Samoïèdes, qui habitent aux environs du cercle polaire, dans des huttes souterraines, et ne connaissent d'autre occupation que la chasse, dont ils tirent leur nourriture et les fourrures qui leur servent de vêtements.

(Les successeurs de Gengis; 1227-1259) Tandis, que les Mongouls (Mongols) et les Tartares envahissaient à la fois la Chine, la Syrie et la Pologne, les auteurs de ces grands ravages se contentaient d'apprendre et de s'entendre dire que leur parole était le glaive de la mort. De même que les premiers califes, les premiers successeurs de Gengis parurent rarement en personne à la tête de leurs armées victorieuses. Sur les bords de l'Onon et du Selinga, la horde dorée ou royale présentait le contraste de la grandeur et de la simplicité, d'un repas de mouton rôti et de lait de jument, et de cinq cents chariots d'or et d'argent distribués dans un seul jour. Les princes de l'Europe et de l'Asie furent contraints d'envoyer des ambassadeurs ou d'entreprendre eux-mêmes ce long et pénible voyage. Le trône et la vie des grands-ducs de Russie, des rois de la Géorgie et de l'Arménie, des sultans d'Iconium et des émirs de la Perse, dépendaient d'un geste du grand-khan des Tartares. Les fils et les petits-fils de Gengis avaient été habitués à la vie pastorale; mais on vit s'agrandir par degrés le village de Caracorum, où se faisait l'élection des khans, et dans lequel ils fixèrent leur résidence. Octai et Mangou quittèrent leurs tentes pour habiter une maison, ce qui indique un changement dans les moeurs; et leur exemple fut imité par les princes de leur famille et par les grands officiers de l'empire. Au lieu des immenses forêts qui avaient été le théâtre de leurs chasses l'enceinte d'un parc leur offrit un exercice moins fatigant la peinture et la sculpture embellirent leurs nouvelles habitations; et les trésors superflus se convertirent en bassins, en fontaines et en statues d'argent massif. Les artistes de la Chine et de Paris exercèrent leur génie au service du grand-khan. Il avait à Caracorum deux rues occupées, l'une par des ouvriers chinois, et l'autre par des marchands musulmans: on y voyait une église nestorienne, deux mosquées et douze temples consacrés au culte des différentes idoles, d'où l'on peut se former à peu près une idée du nombre des habitants et des nations dont ils étaient composés. Cependant un missionnaire français affirme que la capitale des Tartares n'offrait pas une ville aussi considérable que celle de Saint-Denis, près de Paris; et que le palais de Mangou valait à peine le dixième de l'abbaye des bénédictins de cette ville. Les grands-khans pouvaient amuser leur vanité des conquêtes de la Syrie et de Russie; mais ils étaient fixés sur les frontières de la Chine. L'acquisition de cet empire était le principal objet de leur ambition, et l'habitude de l'économie pastorale leur avait appris sans doute que le berger trouve son avantage à protéger et à multiplier ses troupeaux. J'ai déjà célébré la sagesse, et la vertu d'un mandarin; qui prévint la destruction de cinq provinces fertiles et peuplées. Durant une administration de trente ans, exempte de tout reproche, ce bienfaisant ami de son pays et de l'humanité travailla constamment à suspendre ou adoucir les calamités de la guerre, à ranimer le goût des sciences, à sauver les monuments, à mettre des bornes au despotisme des commandants militaires, en rétablissant les magistrats civils; enfin, à inspirer aux Mongouls (Mongols) des sentiment de paix et de justice. Il lutta courageusement contre la barbarie des premiers conquérants; et ses leçons salutaires furent payées, dès la seconde génération, par une abondante récolte. L'empire du Nord, et insensiblement, celui du midi, se soumirent au gouvernement de Cublai, le lieutenant et ensuite le successeur de Mangou; et la nation fut fidèle à un prince élevé dans les moeurs de la Chine. Il lui rendit les anciennes formés de sa constitution; et les vainqueurs adoptèrent les lois, les usages, et jusqu'aux préjugés du peuple vaincu. On peut attribuer ce triomphe paisible, dont il y eut plus d'un exemple, à la multitude et en même temps à la servitude des Chinois. Les empereurs des Mongouls (Mongols) voyaient leur armée absorbée en quelque manière dans l'intense population d'un vaste royaume; ils adoptaient avec plaisir un système politique qui offrait aux princes les jouissances réelles du pouvoir despotique, et abandonnait aux sujets les vains noms de philosophie, de liberté et d'obéissance filiale. Sous le règne de Cublai, on vit fleurir les lettres et le commerce; les peuples jouirent des bienfaits de la justice et des douceurs de la paix. On ouvrit le grand canal de cinq cents milles, qui conduit de Nankin à la capitale. Le monarque fixa sa résidence à Pékin, et déploya dans sa cour la magnificence des plus riches souverains de l'Asie. Cependant ce savant prince s'écarta de la pureté et de la simplicité de la religion adoptée par son grand-père: il offrit des sacrifices à l'idole de Fo; et sa soumission aveugle pour les lamas et les bonzes de la Chine, lui attira la censure des disciples de Confucius. Ses successeurs souillèrent le palais d'une foule d'eunuques, d'empiriques et d'astrologues, tandis que dans les provinces treize millions de leurs sujets périssaient par la famine. Cent quarante ans après la mort de Gengis, les Chinois, révoltés expulsèrent du trône la dynastie des Yuen, lignée dégénérée de ce fameux conquérant; et les empereurs mongouls allèrent s'ensevelir dans l'obscurité du désert. Avant l'époque de cette révolution, ils avaient déjà perdu leur suprématie sur les différentes branches de leur maison: les khans du Kipzak ou de la Russie, du Zagathai ou de la Transoxiane, de l'Iran ou de la Perse, d'abord simples lieutenants du grand-khan, avaient trouvé dans leur pouvoir et dans leur éloignement les moyens de se dégager des devoirs de l'obéissance; et après la mort de Cublai, ils dédaignèrent d'accepter un sceptre ou un titre de ses méprisables successeurs. Conformément à leur situation, les uns conservèrent la simplicité primitive des moeurs pastorales, et les autres adoptèrent le luxe des villes de l'Asie; mais les princes et les peuples étaient également disposés à recevoir un nouveau culte. Après avoir hésité entre l'Evangile et le Coran, ils se décidèrent pour la religion de Mahomet, adoptèrent les Arabes et les Persans pour leurs frères et renoncèrent à toute communication avec les Mongouls (Mongols) ou les idolâtres de la Chine.

1240-1304

Danger de Constantinople et de l'Empire grec

On peut s'étonner que dans le bouleversement général, l'empire romain, démembré par les Grecs et les Latins, ait échappé à l'invasion des Mongouls (Mongols). Moins puissants qu'Alexandre, les Grecs se trouvaient, comme lui, pressés en Asie et en Europe par les pâtres de Scythie; et Constantinople aurait inévitablement partagé le sort de Pékin, de Samarcande et de Bagdad, si les Tartares eussent entrepris de l'assiéger. Lorsque Batou, comblé de gloire, repassa volontairement le Danube, la vanité des Grecs et des Francs insulta sa retraite. Le conquérant se mit une seconde fois en marche, dans le dessein d'attaquer la capitale des Césars; mais la mort le surprit et sauva Byzance. Son frère Borga conduisit les Tartares dans la Thrace et dans la Bulgarie; mais il fut détourné de la conquête de Constantinople par un voyage à Norogorod, située au cinquante-septième degré de latitude, où il fit le dénombrement des Russes et régla les tributs de la Russie. Le khan des Mongouls fit une alliance avec les Mamelucks contre ses compatriotes de la Perse. Trois cent mille hommes de cavalerie passèrent le défilé de Derbend; et les Grecs se félicitèrent de ce commencement de guerre civile. Après avoir recouvré Constantinople, Michel Paléologue, éloigné de sa cour et de son armée fut surpris et environné par vingt mille Tartares; dans un château de la Thrace; mais leur expédition n'avait pour but que de délivrer le sultan turc Azzadin, et ils se contentèrent, en l'emmenant, d'emporter les trésors de l'empereur. Noga, leur général, dont le nom s'est perpétué dans les hordes d'Astrakhan, excita une révolte redoutable contre Mengo-Timour, le troisième khan du Kipzak; il obtint en mariage Marie, fille naturelle de Paléologue, et défendit les Etats de son beau-père et de son ami. Les irruptions suivantes ne furent composées que de brigands fugitifs, et quelques milliers d'Alains et de Comans chassés de leur patrie, renonçant à leur vie errante s'enrôlèrent au service de l'empereur grec. Tel fut en Europe l'effet de l'invasion des Mongorus: loin de troubler la paix de l'Asie romaine, la première terreur de leurs armes assura sa tranquillité. Le sultan d'Iconium sollicita une entrevue personnelle avec Jean Vatacès, dont la politique artificieuse encouragea les Turcs à défendre leur barrière contre l'ennemi commun. Cette barrière, à la vérité, ne résista pas longtemps, la défaite et la captivité des Seljoucides mit à découvert le dénuement des Grecs. Le formidable Holagou menaça de marcher à Constantinople à la tête d'une armée de quatre cent mille hommes; et la terreur panique qui s'empara des habitants de Nicée donnera une idée de l'effroi qu'il inspirait. La cérémonie accidentelle d'une procession et la répétition de la litanie lugubre: Préservez-nous, mon Dieu, de la fureur des Tartares ! furent répandre dans la ville, la fausse nouvelle d'un assaut et d'un massacre. Les rues frirent aussitôt remplies d'une multitude d'habitants des deux sexes, aveuglés par la frayeur et fuyant sans savoir où ni pourquoi: ce ne fut qu'au bout de plusieurs heures que la fermeté des officiers de la garnison parvint à délivrer la ville de ce malheur imaginaire. La conquête de Bagdad détourna heureusement l'ambition de Holagou et de ses successeurs; ils soutinrent dans la Syrie une longue guerre, dont ils ne furent pas toujours victorieux; leur querelle avec les musulmans les disposa à s'unir aux Grecs et aux Francs; et par générosité ou par mépris, ils offrirent le royaume de l'Anatolie pour récompense à un de leurs vassaux arméniens. Les émirs qui occupaient des villes et des montagnes, se disputèrent les débris de la monarchie des Seljoucides; mais ils reconnurent tous la suprématie du khan de la Perse, et il interposa souvent son autorité, quelquefois même ses armes, pour arrêter leurs déprédations et maintenir la paix et l'équilibre de sa frontière turque.

(Déclin des empereurs ou Khans mongols de la Perse; 31 mai 1304) La mort de Cazan, un des plus illustres descendants de Gengis, anéantit cette salutaire suprématie; et le déclin des Mongouls (Mongols) laissa le champ libre à l'élévation et aux progrès de l'empire ottoman.

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