Claude   

24 janvier 41

24 janvier 41 - 13 octobre 54

Claude empereur La mort de Chéréas (Chaerea) La construction du port d'Ostie La mort de Messaline Agrippine Le dessèchement du lac Fucin Néron La mort de Claude Néron empereur Messaline La conquête de la Bretagne




Tentative de restauration républicaine

Claude
Claude
vers 50 ap. J.-C

A la nouvelle que Caligula venait d'être tué, ses soldats germains s'étaient précipités dans le palais et avaient égorgé tous ceux qu'ils y avaient trouvés : trois sénateurs périrent ainsi; puis, revenant au théâtre d'où Caïus (Caligula) sortait quand il rencontra Chéréas (Chaerea), ils pénétrèrent dans l'enceinte l'épée à la main, le visage menaçant. Le sénat, les chevaliers, le peuple même, s'attendaient à un massacre; à chaque instant on apportait des blessés et l'on entassait les têtes des morts sur un autel. Mais un crieur public étant venu annoncer que l'empereur, au lieu d'être, comme on le croyait, légèrement atteint, était tué, le zèle des Germains tomba, et ils se retirèrent. Le sénat délivré s'assembla aussitôt, et, comme le peuple criait autour de la curie: Vengeance ! Vengeance ! Il la fit haranguer par Valerius Asiaticus, qui loua hautement le coup. Plût aux dieux, disait-il, que je l'eusse moi-même happé !

Les républicains trouvaient enfin une situation selon leurs voeux. Il leur semblait que l'expérience d'un gouvernement monarchique, souhaité par plusieurs, devait être maintenant jugée, et, comme Caïus ne laissait ni fils ni collègue de sa puissance tribunitienne, l'avenir n'était pas engagé. Rien donc n'empêchait de revenir à la république. Chéréas (Chaerea) le disait; ses complices demandaient la suppression du principat; on parlait d'abolir la mémoire des Césars, de renverser leurs temples, et le sénat s'abandonnait à la douce espérance de reprendre son pouvoir. Il essaya de s'emparer du mouvement pour faire tourner la révolution à son profit. Un décret honora Chéréas (Chaerea) et ses amis du titre de restaurateurs de la liberté; un autre condamna la mémoire de Caïus et ordonna aux citoyens de se retirer dans leurs maisons, aux soldats de regagner leurs quartiers, sous promesse, pour les uns, d'un dégrèvement d'impôt, pour les autres, de gratifications. Chéréas (Chaerea) s'était assuré des soldats de quatre cohortes; le soir venu, il fit ce qui ne s'était pas fait depuis près d'un siècle : il demanda le mot d'ordre aux consuls, qui lui donnèrent celui de Liberté.

24 janvier 41

Claude empereur

Comme aux ides de mars, les conjurés n'avaient pas fait de plan; pour le moment qui suivrait le meurtre et on perdait le temps en paroles. Mais ou se trouvait la force, depuis que les armes ne se mêlaient plus à la toge ? Le sénat était incapable de prendre une résolution virile, et en face de cette décrépitude se dressait un pouvoir confiant, fier et décidé : les prétoriens, qui avaient une forteresse aux portes de Rome, des armes, la discipline utilitaire et un intérêt évident à ne pas laisser l'Etat retourner aux jours où tout se faisait à la curie et au Forum, rien à l'armée. Pendant que le sénat délibérait et décrétait, ils agirent. Claude, le frère, si longtemps méprisé, de Germanicus était avec son neveu quelques moments avant l'attentat; effrayé du tumulte et des cris de mort dont le palais retentissait, il s'était caché en un coin obscur; un soldat le découvrit et le montra à ses camarades. Claude leur demandait la vie. "Sois notre empereur", répondirent-ils. Et, comme il tremblait à ne pouvoir marcher, ils l'emportèrent à leur camp. Le sénat y envoya quelques-uns de ses membres pour reprocher à Claude cette usurpation de la tyrannie et lui commander d'attendre les décisions du conseil suprême de la république, en l'invitant à venir délibérer avec eux. Les députés tinrent un assez ferme discours, mais ils comprirent bien vite que les quatre cohortes de Chéréas (Chaerea), que les grands menaçaient d'armer; l'autorité consulaire, et les décrets des Pères, seraient un bien faible obstacle pour ces vieux soldats. Ils se jetèrent aux genoux de Claude et le conjurèrent d'éviter une guerre civile, ajoutant plus bas que, s'il voulait l'empire, il le demandât du moins au sénat. Claude répondit d'abord à mots couverts; puis, entraîné par les conseils du roi juif Agrippa et par les instances des gens de guerre, il ne donna plus à une seconde députation que la promesse d'un gouvernement modéré où le sénat aurait une grande part d'influence. Enfin, avec une décision qu'il n'avait pas encore montrée, il harangua les troupes, leur fit prêter serment, leur distribua de l'argent1 et en promit à leurs camarades des légions à l'instar du donativum accordé à ses soldats par un général victorieux, le jour de son triomphe : c'était le prix de l'empire qu'il leur payait. Les soldats érigeront cette coutume en loi, et un jour elle fera de l'empire un domaine à vendre au plus fort enchérisseur.

Les consuls, qui devaient hériter du pouvoir rendu au sénat, ne renonçaient pas à l'espoir de réussir. Durant la nuit, ils disposèrent, dans les lieux propres à prévenir une surprise, les cohortes urbaines toujours jalouses des prétoriens et par conséquent dévouées au sénat, et ils réunirent autour du Capitole un grand nombre de gladiateurs, les soldats de marine, les cohortes des vigiles et quelques prétoriens que Chéréas (Chaerea) avait entraînés. Ces précautions prises et avant que le jour parût, ils convoquèrent le sénat dans le temple de Jupiter. Mais la situation devenait périlleuse; la peur arrêta les timides : cent membres à peine répondirent à l'appel des consuls. Ceux-là du moins semblaient bien décidés à courir tous les risques : en réponse à un message pacifique de Claude, ils s'écrièrent que jamais ils ne rentreraient volontairement en servitude : c'était une déclaration de guerre. Claude leur fit dire par Agrippa que, puisqu'ils voulaient combattre, ils n'avaient qu'à choisir un lieu hors de la ville, pour que Rome au moins et les temples ne fussent pas souillés du sang des citoyens. Cette assurance du prince et les désertions qui d'un instant à l'autre se multipliaient parmi leurs défenseurs, ébranlaient la confiance des plus résolus, lorsqu'un grand tumulte se fit aux portes de la curie : les soldats sur lesquels on avait compté demandaient à leur tour un empereur, ne laissant au sénat que le soin de choisir le plus digne. Aussitôt, dans l'assemblée, les partisans de la république se turent et les ambitions éclatèrent. Un beau-frère de Caïus, Minutianus, offrit de se charger du fardeau de l'empire; Valerius Asiaticus réclama l'honneur de ce dévouement; Scribonianus, d'autres encore, se mirent sur les rangs. Pendant que les consuls discutaient leurs titres. Chéréas (Chaerea) haranguait les soldats, pour leur faire honte d'aimer si peu la liberté : "Vous demandez un empereur", leur disait-il, "je vous en donnerai un, quand vous m'apporterez un ordre d'Eutrychus". C'était un cocher du cirque, favori de Caïus et naguère tout-puissant. Comme ils criaient le nom de Claude : "Après un fou, vous voulez un idiot; mais prenez garde, j'irai vous chercher sa tête". Ce discours réussit mal. "Pourquoi combattre", dit un soldat, "contre nos amis et nos frères, quand nous avons un empereur ?" Et, tirant son épée, il prit la route du camp des prétoriens; tous ses compagnons le suivirent. Le peuple les y avait déjà précédés pour mendier, elle aussi, quelque don de joyeux avènement.

1. 15000 sesterces. (Suétone, Claude,10.) Josèphe dit 5000 drachmes, ou un quart en plus. Malgré une légère différence de poids, la drachme était regardée comme équivalente au denier romain, qui était toujours le quadruple du sesterce. Le donativum était une bien mauvaise coutume, mais d'origine républicaine, comme les distributions de blé à bas prix. A chaque triomphe, le général abandonnait à ses soldats une partie du butin. Pompée donna ainsi 6000 sesterces à chaque soldat (Pline, Hist. nat., XXXVII, 6), César 20000 (Dion, XLIII, 21). L'usage républicain était très légitime, parce que ces gratifications, après la victoire, étaient faites aux dépens des vaincus et partagées seulement entre les vainqueurs : l'usage impérial ne le fut pas, parce que le donativum, prélevé sur le trésor public, et accordé indistinctement à tous les soldats, ne fut pas la récompense d'un service rendu à l'Etat.

Janvier 41

La mort de Chéréas (Chaerea)

Les sénateurs, restés seuls, se reprochèrent les uns aux autres leur folle témérité; puis, laissant là le Capitole et leurs rêves républicains, ils coururent au-devant de celui que tout à l'heure ils proscrivaient. Plusieurs furent blessés par les prétoriens furieux, et beaucoup eussent été tués sans l'intervention de Claude. Chéréas (Chaerea) avait donné un exemple dangereux; le nouveau prince, rentré au palais, l'envoya au supplice : il y marcha courageusement. "Sais-tu tuer ?" demanda-t-il au soldat chargé de l'exécution. "Ton épée n'est peut-être pas bien affilée; celle dont je me suis servi pour Caligula valait mieux"; et il voulut qu'on le frappât du même glaive. Quelques jours après, on célébrait les parentalia, fêtes funèbres où chacun faisait des libations en l'honneur des ancêtres. Beaucoup de citoyens mêlèrent Chéréas (Chaerea) à ces sacrifices domestiques; ils le suppliaient de leur être propice; ils lui demandaient d'oublier leur lâche résignation. Quelques-uns de ses complices périrent avec lui. Un d'eux, Sabinus, que Claude voulait s'associer, refusa la vie; il se jeta sur son épée avec tant de violence que la poignée de l'arme entra dans la blessure1.

1. Josèphe, Ant. Jud., XIX, 1-4, et Bell. Jud., II, 18. Il montre que le peuple regardait la puissance impériale comme un frein nécessaire pour arrêter les desseins et les violences des grands, de nouvelles guerres civiles et les maux dont Rome avait autrefois souffert.

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La poursuite du principat

Telle fut cette révolution avortée. Elle montra les ambitieuses espérances de quelques nobles; la servilité du sénat, l'indifférence des citoyens qui ne sont plus que les bourgeois de Rome, et surtout la faiblesse du pouvoir civil qui ne put se faire respecter de quelques cohortes. Ce n'était pas l'armée, ce n'étaient pas les vingt-cinq légions qui avaient vendu l'empire et vaincu le sénat sans tirer l'épée, sans sortir de leur camp; il avait suffi de quelques milliers de prétoriens. Comme les voiles habilement jetés par le premier prince sur la constitution impériale sont rapidement tombés ! Le quatrième empereur n'est plus que l'élu d'une poignée d'hommes armés auxquels s'est jointe la tourbe de Rome. Il avait suffi des vingt-sept ans écoulés depuis la mort d'Auguste pour assurer cette prépotence de la soldatesque que nous avons montrée comme le terme inévitable de l'institution césarienne.

On voit donc ce qui se trouvait à la base de l'empire : une cause permanente de révolution; Claude nous montre ce qu'il y avait au sommet : une perpétuelle terreur. Toute sa vie il eut présent à l'esprit le souvenir de Caïus (Caligula) assassiné. Il s'entoura de gardes, non seulement au palais, mais au sénat et jusque dans les festins, où des soldats, au lieu d'esclaves, le servaient, tandis que d'autres, la lance à la main, veillaient autour de lui1. Personne ne l'approchait, pas même une femme, ni un enfant, sans qu'on se fût assuré, en les fouillant, qu'ils ne portaient pas d'armes cachées, et, chez ses amis, il n'entrait qu'après avoir fait sonder tous les recoins de la chambre, jusqu'aux matelas des lits. Précautions inutiles : il se garde contre l'épée et le poignard, c'est par le poison qu'il périra; il redoute et surveille tout le monde, et sa femme le tuera !

1. Dion, LX, 5. Cet ordre resta depuis Claude l'étiquette de la cour impériale. L'habitude de fouiller ceux qui paraissaient devant l'empereur cessa sous Vespasien. (Suétone, Claude, 35.).

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Son caractère

Claude avait alors cinquante ans1. Presque toujours malade dans son enfance, il était longtemps resté entre les mains des femmes et des affranchis, auprès de Livie son aïeule, et, plus tard, de sa mère Antonia, qui traitèrent durement le pauvre enfant, qu'on n'osait montrer au peuple ni aux soldats2. Tout le monde finit par l'oublier, à quarante-six ans il n'était même pas sénateur. On n'avait trouvé qu'une fonction à lui donner, celle d'augure, et l'on chargea de prévoir l'avenir l'homme qu'on jugeait incapable de comprendre le présent. Il se consola par le travail, écrivit divers ouvrages, quelques-uns en grec, entre autres les Annales des Carthaginois et celles des Etrusques, deux livres dont l'histoire déplore la perte. Il voulut même introduire dans l'alphabet latin trois lettres qui lui manquaient, et Quintilien tenait la réforme pour nécessaire. Ces patientes études en l'honneur de populations étrangères dissipèrent en lui plus d'un préjugé romain et lui donnèrent assez de lumières pour voir souvent juste dans les affaires publiques, mais pas assez de volonté pour gouverner, même sa maison. Comme il n'avait pas une nature capable de se redresser sous les affronts, il resta durant tout son règne ce qu'il avait été dans sa jeunesse, quand il tremblait devant Livie et Antonia, sans tenue ni dignité, parce qu'il était sans caractère, irrésolu, parce qu'il avait pris l'habitude d'obéir, de sorte qu'avec de bonnes intentions il laissa faire presque autant de mal qu'un prince détestable. Les tyrans de Rome peuvent se caractériser par leur genre de cruauté : Tibère l'avait froide et calculée; Caligula, féroce; Claude l'eut peureuse et bête. Il donna aux Romains l'étrange spectacle d'un gouvernement de sérail où les femmes et les esclaves sont tout-puissants. Ceux qui alors le dirigeaient étaient sa femme Messaline, dont le nom est resté celui même de l'impudicité, et les serviteurs qui avaient vieilli dans sa maison.

1. Il était petit-fils d'Antoine et d'Octavie par sa mère Antonia, et de Livie par son père Drusus, le frère de Tibère.

2. Auguste seul eut pour lui quelques bons sentiments, comme on le voit par ses fragments de lettres. (Suétone, Claude, 4.)

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Les affranchis

Dans l'ancienne Rome, la constitution et les moeurs étaient contraires aux affranchis, parce que tout se faisait en public et par les citoyens. Il n'en fut plus de même sous l'empire, où le prince eut besoin d'hommes de confiance dont la vie fût liée à la sienne. Les affranchis ont bien mauvais renom mais la classe des affranchis fournissait nécessairement des hommes distingués, car elle résultait d'une sorte de sélection naturelle faite au sein de l'immense multitude d'hommes tombés dans la servitude. Parmi ceux qui y étaient nés, combien n'avaient-ils pas quelque droit à se croire les frères ou les fils de leurs maîtres ? Les plus intelligents étaient soigneusement instruits et restaient dans la maison à titre de scribes, de grammairiens, de précepteurs, d'artistes, de médecins, ou d'hommes de confiance pour gérer la fortune de leur patron ?

On ne voit pas agir les affranchis de César; Auguste retint les siens dans l'ombre. Le seul ministre qu'ait eu Tibère fut un chevalier (Séjan); sous Claude, ses domestiques régnèrent; c'étaient quatre affranchis : Calliste, qui prétendait l'avoir sauvé du poison sous Caligula; Polybe, son lecteur; Narcisse, son secrétaire, et Pallas, son intendant. Celui-ci se disait descendant des rois d'Arcadie, généalogie acceptée du sénat, où un Scipion vanta le désintéressement du noble affranchi qui, en vue de l'utilité publique, daignait se laisser compter parmi les serviteurs du prince. Ces hommes étaient avides, mais dévoués et fidèles : Narcisse, dit Tacite, eût donné sa vie pour son maître. Claude, qui venait de voir le sénat proclamer la république, ne pouvait, comme Auguste, l'associer à son gouvernement, ni prendre pour conseillers ces grands qui tout à l'heure se disputaient l'empire, qui, tant de fois, conspireront contre lui. Des affranchis étaient plus sûrs; il se livra à eux tout entier et fut, dit Suétone, plutôt leur ministre que leur prince, n'ayant, ajoute Tacite, ni affections ni haines que celles qui lui étaient commandées par eux.

Ces hommes, contrairement à l'habitude des parvenus, se montrèrent favorables aux gens de leur condition, ils en mirent partout. Jusqu'au règne d'Hadrien, les affranchis furent les véritables administrateurs de l'empire, puisqu'ils remplirent tous les bureaux de la chancellerie impériale et quantité de charges au dehors1. Au reste, pour ceux qui regardent ailleurs qu'à Rome, ce gouvernement des libertini ne manqua ni d'activité ni même de gloire.

1. Voyez Hirschfeld, Untersuchungen auf dem Gebiete der röm. Verwalt. Dans les provinces, les bureaux des gouverneurs étaient formés d'esclaves et d'affranchis du prince, qui vivaient et mouraient dans leur emploi; de sorte que, comme dans nos ministères, les gouverneurs passaient, mais les bureaux restaient, conservant les dossiers et la tradition, la connaissance et la pratique des affaires. Voyez le rapport de M. L. Renier sur les fouilles du cimetière de Carthage, 29 avril 1881.

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La modération politique de Claude

Claude
Claude, empereur
Lawrence Alma-Tadema, 1867

Claude débuta sagement. Après s'être fait donner par le sénat la plupart des titres qu'avaient eus ses prédécesseurs, il proclama une amnistie générale. Il sut que Galba, en Gaule, avait été sollicité pour prendre l'empire : il le mit au nombre de ses meilleurs amis; on a vu qu'il avait voulu sauver Sabinus. Il cassa tous les actes de Caligula, mais fit jurer l'observation des lois d'Auguste. Il abolit les nouveaux impôts, rappela les bannis, rendit les biens injustement confisqués et restitua aux villes les statues que Caïus (Caligula) leur avait enlevées. Il interdit l'action de lèse-majesté et livra à leurs maîtres ou fit combattre dans l'arène les esclaves qui avaient servi de délateurs. Naturellement débonnaire, ennemi du faste, qu'il n'avait jamais connu, il prenait sans trop de peine ces façons bourgeoises qui avaient tant servi à la popularité d'Auguste, mais il en perdait le bénéfice par d'étranges inconséquences. Ainsi, il visitait ses amis malades avec une nombreuse et bruyante escorte; il se levait devant les magistrats, sollicitait les consuls, le sénat, comme s'il n'eût compté que sur leur faveur, et les Pères étaient obligés de délibérer sous la surveillance du préfet du prétoire et de ses tribuns admis en armes dans la curie. Il aimait à juger, et souvent jugeait bien, contrairement au droit, mais suivant l'équité, au grand scandale des jurisconsultes, qui ne voyaient que les textes et les formules. Une femme refusait de reconnaître son fils, les preuves étaient douteuses : il lui ordonne d'épouser le jeune homme et la force d'avouer sa maternité; c'était un autre jugement de Salomon. Sa tenue sans dignité, sa tête branlante, ses mains agitées d'un tremblement convulsif, son bégaiement, et parfois des sentences ridicules ou des plaisanteries de bas étage, le déconsidéraient. J'ai ouï dire à des vieillards, raconte Suétone, que les avocats abusaient de sa patience au point de le rappeler, quand il descendait de son tribunal, et de le retenir par le pan de sa toge. Un plaideur grec osa lui dire : "Et toi aussi, tu es vieux et imbécile !"

Pour que les greniers de Rome fussent toujours remplis, il fit, dans l'intérêt du commerce des grains, des règlements qui subsistaient un siècle après lui, et il prenait à sa charge les pertes causées aux fournisseurs par les tempêtes; mais il laissait sa femme (Messaline) et ses affranchis gagner sur les marchés et causer des famines, de sorte qu'une année on fut obligé d'établir un maximum. Il envoyait au supplice ceux qui usurpaient le titre de citoyen; il l'ôtait à tous ceux, même des provinces orientales, qui ne parlaient pas latin, et Messaline, Pallas, vendaient ce titre au plus offrant. Auguste avait aboli la censure, il la rétablit et l'exerça plutôt avec le goût d'un antiquaire amoureux des vieux usages qu'avec la conscience des besoins réels de l'empire. Il n'accepta pas de défense présentée par des avocats et nota des citoyens pour être sortis d'Italie sans sa permission; il fit briser chez le vendeur un char d'argent d'un travail précieux, et publia en un seul jour vingt édits pour avertir de bien goudronner les tonneaux, attendu que les vendanges seraient bonnes; pour recommander le sue d'if contre la morsure des vipères, pour annoncer une éclipse1, etc.

La population, qui se reconnaissait dans ce vieillard peureux et bavard, sensuel et gourmand, grand amateur de jeux2, de procès et de bons mots à gros sel, cruel sans méchanceté, grondeur sans colère, moraliste de petites choses, très paterne et bonhomme au fond3, malgré son goût pour les spectacles de mort et sa facilité à tuer, la population l'aimait, et, un jour qu'elle le crut assassiné, elle fit presque une émeute.

Les affranchis, qu'un long pouvoir n'avait pas encore gâtés et qui se sentaient, comme leur maître, entourés de périls, répondirent aux conspirations par des supplices, mais aussi ils cherchèrent à justifier leur influence par des services. L'on vit ce que sans doute on n'attendait guère : à l'intérieur, de sages mesures et d'utiles travaux; dans les provinces, une administration libérale; au dehors, une politique ferme et que le succès récompensa.

1. Cette éclipse de soleil devant survenir le jour de sa naissance, il eut peur qu'on y vit un mauvais présage et il l'annonça au peuple avec toutes les explications qu'on pouvait alors donner. Il fit, durant sa censure, qu'il partagea avec son grand ami Vitellius, le père du futur empereur, une révision du sénat. Au lieu de punir les indignes, il se contenta, à l'exemple d'Auguste, d'obtenir leur démission volontaire. (Tacite, Ann., II, 25.)

2. Il restait au théâtre même pendant que le peuple allait dîner. (Suétone, Claude, 53.)

3. Un de ses convives lui dérobe une coupe d'or, il l'invite le lendemain et lui fait donner un vase d'argile. (Ibid., 32, cf. 58.)

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La législation civile de Claude

La législation civile de Claude est remarquable; depuis Auguste il ne s'était pas fait d'innovations aussi importantes.

Les esclaves malades étaient tués ou abandonnés par leurs maîtres; les plus heureux étaient portés dans l'île du Tibre, auprès du temple d'Esculape : mais qu'ils y guérissent ou mourussent, cela regardait le dieu; Claude décida que l'abandon équivaudrait au don de la liberté, et que le maure qui tuerait son esclave serait puni comme homicide. Cette loi atteste le mouvement qui s'opérait dans les idées, et dont Sénèque est alors dans la société antique le plus illustre représentant. Les esclaves ne sont pas encore tout à fait des hommes, mais ils cessent d'être des choses dont le propriétaire use et abuse à son gré. Toutefois les affranchis qui entouraient le prince ne demandaient pas qu'on relâchât les liens du patronage : une constitution défendit d'admettre en justice l'affranchi à témoigner contre son patron et menaça d'être rendus à leur maître ceux qui, après avoir reçu de lui la liberté, l'obligeraient à se plaindre de leur ingratitude.

L'ancienne loi sacrifiait la famille au paterfamilias. Le sénatus-consulte Velléien défendit les femmes contre leur ignorance des subtilités du droit relativement aux obligations, et la mère qui avait perdu ses enfants obtint par une constitution impériale la faculté de leur succéder comme les autres agnats, ad solatium liberorum amissorum. Le mariage était interdit aux soldats : il leur reconnut les droits des pères de famille.

D'après l'ancienne législation, le fils de famille ne pouvait rien acquérir qui lui appartint en propre. Cette incapacité fut peu à peu détruite par la théorie des pécules, surtout par celle du castrense peculium, établi par Auguste, et qui donnait au fils la propriété de ce qu'il acquérait au service militaire. Claude développa ce droit nouveau et essaya de protéger les fils de famille contre eux-mêmes et contre les usuriers. Ceux-ci reçurent défense de prêter à intérêt aux enfants durant la vie des pères. Tacite pense que cette loi arrêta leurs brigandages. C'est peu probable; cependant, en interdisant aux créanciers d'intenter une action au fils, même après la mort du père, le sénatus-consulte Macédonien leur enlevait une garantie qui devait rendre les prêts plus rares, mais aussi plus onéreux pour le débiteur de bonne foi.

Auguste avait attaqué la doctrine si rigoureuse de l'ancien droit à l'égard des legs, en donnant force obligatoire aux codicilles, et les fidéicommis étaient ainsi devenus de véritables dispositions testamentaires; mais la juridiction des fidéicommis n'avait été déléguée jusqu'alors aux magistrats de Rome que comme une commission annuelle, elle leur fut attribuée par Claude à perpétuité; il la concéda même aux autorités provinciales : c'était encore un pas dans une voie libérale.

Les avocats faisaient des gains énormes; un plaideur malheureux et trompé était venu se tuer chez l'un d'eux; Claude eût voulu les supprimer, ce qui était absurde; il fixa du moins pour leurs honoraires un maximum de 10000 sesterces; et leurs exigences en devinrent probablement plus grandes, car ces sortes de lois produisent le contraire de ce que le législateur en attend. Les fêtes prenaient une partie de l'année et diminuaient le travail; le nombre des jours fériés fut réduit.

Ces parvenus qui gouvernaient sous le nom de l'empereur essayèrent aussi de maintenir la distinction des ordres. On ne put devenir citoyen si l'on ne parlait facilement latin, fût-on un des premiers de sa province; chevalier si l'on avait pour père un affranchi; sénateur si l'on n'était au moins arrière-petit-fils d'un citoyen, et l'on n'obtenait la questure, c'est-à-dire l'entrée aux grandes charges publiques, qu'à la condition d'avoir assez de fortune pour donner au peuple un combat de gladiateurs. Une femme libre qui avait commerce avec un esclave tombait en servitude1. Ils firent aussi bonne police dans Rome2.

L'aristocratie, dépouillée à Rome, gardait à l'armée les premiers grades; Claude les lui laissa. Un règlement militaire détermina l'avancement des chevaliers, qui débutaient par le commandement d'une cohorte, puis d'une aile de cavalerie et n'arrivaient qu'ensuite au tribunat légionnaire. On ne voulait cependant pas que l'armée conservât un trop long souvenir de ses nobles chefs : défense fut imposée aux soldats de remplir à l'égard des sénateurs le devoir des clients et d'aller les saluer dans leurs maisons. Claude montra la même défiance lorsqu'il s'attribua le droit, jusqu'alors réservé au sénat, d'accorder à ses membres des congés pour voyager hors d'Italie, et qu'il interdit toute érection de statue dans Rome sans sa permission expresse. Le peuple même ne vit pas respecter les derniers droits qui lui restassent, sa royauté au théâtre; de sévères édits le punirent d'avoir insulté un consulaire et quelques nobles matrones.

Dans les fonctions publiques il fit peu de changements. Le droit, jusqu'alors exercé par les préteurs, de donner des tuteurs aux pupilles, passa aux consuls, et les procurateurs du prince obtinrent que leurs jugements auraient la même force que les siens. La première mesure semble bonne, parce qu'on ne pouvait aller chercher trop haut une protection impartiale pour les orphelins; la seconde était mauvaise, parce qu'elle donnait aux agents financiers une importance dont ils abuseront, et qu'en rendant le fisc juge et partie dans sa cause, elle renouvelait les inconvénients des tribunaux autrefois confiés aux chevaliers. Il chargea trois anciens préteurs de recouvrer les créances de l'Etat, et quelques administrateurs du trésor public ayant été accusés de malversation, il ne les punit pas, mais il examina leurs livres, cassa des baux, et s'imposa l'obligation de veiller de prés sur leurs successeurs3.

1. Ce fut Pallas qui fit proposer cette loi; le sénat l'en remercia en lui donnant les ornements de la préture et 15 millions de sesterces. Il refusa l'argent; mais, suivant Tacite (Annales, XII, 53), il possédait 500 millions de sesterces.

2. Les Juifs troublaient de nouveau la ville, et les bannis des provinces y accouraient : on chassa les uns et les autres. Suétone, Claude, 25 : .... impulsore Chresto. Ce nom, qui en grec signifie utile, bon, était commun à Rome parmi les esclaves; on le voit dans plusieurs inscriptions anciennes. Cf. Orelli, 4426 et n° 4, et on a encore trouvé, en 1875, six esclaves ou affranchis de Statilius Taurus qui s'appelaient ainsi. (Brizio, Scpolcri scoperli sull' Esquil., inscr. N° 362, 371, etc.) On a conjecturé que le Chrestus de Suétone était un Grec converti au judaïsme. Suivant Dion (LX, 6), les Juifs étant trop nombreux à Rome pour qu'on pût les chasser sans occasionner des troubles, Claude se contenta de défendre leurs assemblées; mais si Suétone est suspect quand il raconte des anecdotes, le secrétaire d'Hadrien ne l'est plus, lorsqu'il se réfère à des actes législatifs. Les Actes des Apôtres, XVIII, 2, confirment l'édit d'expulsion.

3. Dion, LX, 4. Il ôta aux questeurs leurs préfectures d'Italie, qu'il abolit; mais leur rendit l'administration du trésor (ibid., 24).

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La construction du port d'Ostie

Tibère
Ostie

Claude, dit son biographe, entreprit de grands travaux, mais il s'attacha moins au nombre qu'à l'utilité. Il acheva un aqueduc commencé par Caligula, qui amenait d'une distance de 40 milles l'eau de plusieurs sources, et la distribuait dans les quartiers les plus élevés de Rome1; il fit, ce que César n'avait pas eu le temps d'exécuter, un port à Ostie, avec deux jetées précédées d'un môle que surmontait une tour semblable au phare d'Alexandrie, pour guider la nuit la marche des vaisseaux. Ce travail était de la plus haute importance pour Rome, car, sans lui, l'approvisionnement de la ville en grains eût été fort mal assuré. Les blés de Sardaigne, de Sicile et d'Afrique arrivaient aisément à Rome, la traversée n'étant pas longue et se faisant dans la bonne saison. Il n'en était pas de même pour la flotte d'Alexandrie qui ne partait qu'en septembre; il lui fallait, dans les meilleures conditions, douze on treize jours de mer pour atterrir à l'embouchure du Tibre, et, à cette époque de l'année, les colères de la Méditerranée commencent2. Aussi avait-on préparé dans le détroit de Messine des refuges pour les vaisseaux désemparés par la tempête. Quand de Sorrente ou de Capri on avait reconnu, à leur voilure particulière, les messagers (tabellarias) qui annonçaient l'approche des navires égyptiens, toute la Campanie descendait à Naples et à Pouzzoles pour saluer la flotte frumentaire pénétrant dans le golfe incomparable dont la grande île d'Ischia protège l'entrée. Là, elle était en sûreté; mais, de Pouzzoles à Rome, il restait plus de 200 kilomètres à faire le long d'une cote sans ports et fort dangereuse dans les gros temps, pour ne trouver à la fin que l'embouchure envasée du Tibre. Claude se résolut à transformer ce mauvais mouillage en un port vaste et sûr. Les ingénieurs déclaraient l'oeuvre impossible, il persista, et un bassin d'une superficie de 70 hectares fut creusé. Dans le même temps il encourageait les armateurs en prenant à son compte les risques de mer et en accordant des privilèges à ceux qui équiperaient les vaisseaux pour le transport des grains : aux citoyens, le bénéfice des lois caducaires; aux matrones, les droits reconnus aux hères de quatre enfants; aux Latins, le jus civitatis, quand ils auraient durant six années apporté du blé à Rome dans un navire portant au moins 10000 modii3. Le port fut creusé, et Rome n'eut plus à craindre la famine; malheureusement le Tibre enlève tant de sable aux terrains qu'il traverse que son delta avance en moyenne de 4 mètres par an, et le port de Claude, changé en un pâturage humide, est aujourd'hui à 2 kilomètres et demi de la mer.

1. Cf. Tacite, Annales, XI, 13, et surtout Pline, Hist. nat., XXXVI, 24 : Tous les aqueducs antérieurs, dit cet écrivain, le cèdent à celui de Claude. Il coûta 55500000 sesterces. C'est une des merveilles du monde.

2. Les blés d'Egypte ne pouvaient descendre le Nil qu'après la crue du fleuve, qui commence à la fin de juin ou dans les premiers jours de juillet et atteint son niveau moyen au milieu de juillet, son maximum entre le 20 et le 30 septembre.

3. Cicéron dit que les navires de charge étaient de 2000 amphores (Fam., XII, 15), et Pline (Hist. nat., VI, 22), que leur capacité allait jusqu'à 3000. L'amphore contenait 25 litres, pesant 25 kilogrammes; les bâtiments dont parlent Cicéron et Pline portaient donc 50 ou 75.000 litres : soit 50 où 75 tonnes métriques. C'est la capacité des navires qui font encore le commerce des vins sur les côtes d'Italie. Cf. N. Guglielmotti, Delle due navi romane, 1866. Pour le blé, les navires étaient plus grands. Ceux de 10000 modii, auxquels Claude accorda un privilège (Suétone, Claude, 18-20, et Ulpien, Lib. regul., III, § 6), jaugeaient 86 tonnes, et l'on trouva bientôt avantage à en construire de plus grands. Lucien (le Navire, 5) parle d'un vaisseau égyptien portant du blé en Italie, long de 55 mètres (220 coudées), large de 14 et profond d'autant.

42-53

Le dessèchement du lac Fucin

Il aurait aussi fallu améliorer la navigation du Tibre, et pour cela creuser son lit ou y faire arriver des eaux plus abondantes; cette idée conduisit à reprendre un projet présenté à Auguste, le dessèchement du lac Fucin. Ce lac, qui couvrait une surface de 16000 hectares, mais dont la plus grande profondeur n'était que de 20 mètres, manquait d'écoulement naturel; aussi les pluies et la fonte des neiges causaient des crues subites et des inondations désastreuses, durant lesquelles les eaux montèrent plus d'une fois de 15 mètres. Les Marses demandaient depuis longtemps qu'on exécutât cet ouvrage, qui eût rendu des terres fertiles à l'agriculture. Claude l'entreprit. Contraint de renoncer au projet primitif d'ouvrir une communication avec le Tibre, il se décida à jeter les eaux du lac dans le Liris. Durant onze années, trente mille hommes travaillèrent sans relâche à creuser, au travers de roches très dures et d'argiles mouvantes, un souterrain long de 5600 mètres, avec une section moyenne de 8 à 9 mètres carrés, et où les ouvriers arrivaient par trente-deux puits de 20 à 130 mètres de profondeur; un même nombre de petites galeries inclinées servait à la sortie des matériaux. Quand cette oeuvre colossale approcha de sa fin, dix-neuf mille hommes montés sur vingt-quatre trirèmes donnèrent sur le lac la représentation d'un combat naval. De peur que cette armée condamnée à périr pour le plaisir du peuple ne tentât quelque coup désespéré, une autre, formée des prétoriens et des cavaliers de l'empereur, bordait le lac sur des esquifs couverts par un rempart où des catapultes et des balistes étaient dressées. Les combattants défilèrent devant le prince en lui jetant le cri des gladiateurs dans l'arène : "Salut, empereur; nous te saluons, nous qui allons mourir !" Claude, tout joyeux de les voir si bien disposés à faire les honneurs de sa fête, ne voulut pas demeurer en reste avec eux : "Salut à vous !" répondit-il. Mais, à cette parole, ils jettent leurs armes, ils refusent de combattre. L'empereur, disent-ils, a prononcé leur grâce. Et l'on vit Claude courir, dans son magnifique costume, le long du lac, menaçant les uns, suppliant les autres, et les décidant enfin à s'égorger.

41-54

Les provinces

L'administration provinciale fut, comme sous Auguste et Tibère, vigilante, avec des intentions encore plus libérales. Des concussionnaires furent punis sur la plainte des provinciaux, entre autres Cadius Rufus que les Bithyniens avaient accusé, et, pour qu'on pût toujours citer devant le sénat un gouverneur au sortir de charge, Claude se fit une loi de ne jamais donner de nouvelles fonctions qu'après un intervalle de plusieurs mois. Souvent il répéta dans le sénat qu'une bonne gestion était un service à lui, personnellement rendu. "Ne me remerciez pas", disait-il à ceux qu'il nommait, "ce n'est pas une grâce que je vous ai accordée; nous partagerons ensemble le poids de l'empire, et je serai votre obligé si vous administrez bien".

Auguste avait voulu constituer, au milieu des nations soumises, une minorité romaine qui fût le point d'appui du gouvernement, minorité assez forte pour faire partout respecter l'ordre et que, par ses lois, il essayait de rendre digne de sa mission. Mais, avec ce système, on ne gouvernait encore que dans l'intérêt de Rome. Auguste avait conseillé d'être avare des privilèges de la cité romaine; et, dans le court espace de trente-quatre ans, le nombre des citoyens s'était accru de deux millions : au recensement de l'an 14, ils n'étaient que 4937000, sur plus de 21 millions d'âmes; lorsque Claude ferma le lustre en 48, il en annonça 5984072, ou, selon d'autres chiffres, 6944000, qui représentaient une population de 30 millions, et un accroissement moyen annuel de 260000 citoyens, soit plus d'un pour cent par an. Ainsi, l'oeuvre d'assimilation avançait, mais lentement, et toujours au hasard, sans l'organisation qui eut forme de cette nation nouvelle une masse homogène. Claude, en plein sénat, à la face de ces nobles qui oubliaient que leur laticlave cachait tant d'Italiens et d'étrangers, leurs rappela, avec une rare intelligence de l'histoire, comment Rome s'était formée; il montra que la même loi d'extension continue et d'assimilation progressive qui avait fait la fortune de la république devait être le salut de l'empire. Cette question fut agitée, en l'an 48, à propos d'une pétition des notables de la Gaule chevelue qui, déjà citoyens, sollicitaient le jus honorum, ou le droit d'arriver aux dignités romaines1. Beaucoup de sénateurs s'y opposaient; Claude appuya vivement la demande, et la faculté d'entrer au sénat fut d'abord concédée aux Eduens; elle devait bientôt s'étendre aux citoyens des autres peuples fédérés de la Gaule et de l'Espagne. L'aristocratie en garda rancune au prince.

A l'égard des autres provinces, les textes manquent; on peut cependant affirmer que, dans une mesure un peu différente, la même conduite fut partout suivie. D'après ce que nous rapporte l'historien Josèphe, Claude fut aussi favorable aux Juifs qu'à ses compatriotes des bords du Rhône. Ceux-là, moins ambitieux, n'enviaient pas l'honneur du laticlave; mais, déjà répandus dans toutes les provinces orientales, ils s'y faisaient donner, malgré leur turbulence à Rome, le libre exercice de leur religion et de leurs coutumes, même l'exemption du service militaire. "Il est juste", leur écrivait-il, "que chacun vive dans la religion de son pays".

1. Comme il fallait une fortune de 1200000 sesterces pour entrer au sénat, les riches seuls pouvaient solliciter le jus honorum.

41-54

La religion

Les dieux de la Grèce étant frères de ceux du Capitole, Claude fit reconstruire en Sicile le temple de Vénus Erycine, et il tâcha d'introduire à Rome les mystères d'Eleusis1. En même temps, il provoquait un sénatus-consulte qui chargea les pontifes de remettre en honneur l'antique sagesse de l'Italie, la science des aruspices. Ce retour aux plus vieilles coutumes annonce que l'ancien culte se sentait menacé par les superstitions étrangères, et que le gouvernement essayait de donner satisfaction aux impatiences religieuses, sans sortir de la tradition gréco-romaine. Un seul clergé provincial fut frappé, plutôt encore par raison politique que par motif religieux. Les druides continuaient contre Rome une lutte sourde dont Claude, tout occupé de rendre la Gaule romaine, s'inquiéta. Il reprit la politique de Tibère et poursuivit rigoureusement ceux qui ne s'y conformaient pas. En 43, un chevalier de la Narbonnaise fut mis à mort, parce qu'au tribunal où il plaidait pour un procès on trouva sur lui le talisman druidique de l'oeuf du serpent, qui faisait, croyait-on, gagner toutes les causes2. Mais tandis que le druidisme était proscrit à Rome, Mithra y entrait, et les chrétiens vont y venir.

1. Les initiés de l'autel d'Eleusis étaient choisis vers l'âge de douze à quatorze ans, parmi les Eupatrides et par la voie du sort. L'enfant ainsi désigné se tenait près de l'autel. Chaque année, à la célébration des Eleusinies, il y avait un nouvel initié de l'autel regardé comme un véritable ministre sacré, car les inscriptions nous apprennent qu'il avait rang parmi la plus haute classe du sacerdoce éleusinien.

2. Suétone, Claude, 25; et Pline, Hist. nat., XXIX, 13 : .... interentum non ob aliud sciam. Cet homme portant, devant un tribunal, un talisman magique, tombait sous le coup du décret de Tibère.

43-80

La conquête de la Bretagne

Cette lutte en entraîna une autre. Puisque Rome se prenait corps à corps avec le druidisme pour le déraciner de la Gaule, il fallait qu'elle allât aussi l'abattre dans la Bretagne. Avec le système de tolérance habile suivi par Auguste, la conquête de l'île des Bretons n'était pas nécessaire. Mais les druides maintenant soumis à une persécution sanglante passaient en foule le détroit, et de là envoyaient à leurs anciens disciples de continuelles provocations. L'île devenait un foyer d'intrigues que, pour la tranquillité de la Gaule, il fallait éteindre. Un transfuge montrait d'ailleurs cette expédition comme rendue facile par les querelles intestines des tribus insulaires. Claude se décida à l'entreprendre (43). Les légions de la basse Germanie, effrayées d'une guerre qui depuis César avait mauvais renons, refusaient de partir. Narcisse vint de Rome les haranguer. Mais l'affranchi parut à peine sur le tribunal, que les soldats indignés lui crièrent : "Ah ! Voici donc les saturnales où les esclaves sont maîtres !" Et saisissant leurs enseignes, ils suivirent leur général. Plautius les partagea en trois divisions pour débarquer plus aisément. La côte ne fut pas même défendue. Les Bretons croyaient qu'ils n'avaient, comme leurs hères, qu'à harceler les Romains et à gagner du temps pour les forcer à fuir; mais la Gaule aujourd'hui soumise, et non armée comme elle l'était contre César, aidait à la conquête au lieu de la rendre impossible. Plautius suivit patiemment les Bretons au travers de leurs marais, au fond de leurs bois, dispersa leurs détachements, les poussa jusqu'à la Severn, et gagna au bord de ce fleuve une bataille qui dura deux jours. Puis il tourna vers la Tamise, derrière laquelle les insulaires réunirent toutes leurs forces sous le commandement de Caractac, chef puissant et renommé.

Tout le sud de l'île était soumis. Plautius réserva au prince l'honneur d'achever cette conquête. Sous prétexte de difficultés qui nécessitaient sa présence, il l'invita à passer dans l'île. Claude s'y rendit, franchit la Tamise avec les légions, qui battirent le chef breton et prirent sa capitale, Camulodunum (Colchester). Les insulaires n'étaient pas de force à tenir tête à un empereur romain; ils demandèrent la paix, livrèrent leurs armes, et, au bout de seize jours, Claude repassait en Gaule avec le surnom de Britannicus1.

Plautius, resté en Bretagne, y organisa une nouvelle province. Mais la domination romaine n'avait pas encore franchi cette barrière du pays de Galles où se sont toujours arrêtées les invasions victorieusement faites sur la côte orientale, et le successeur de Plautius, Ostorius Scapula, se trouva en 50 aux prises avec un soulèvement général des peuples de l'Ouest. Les druides de l'île de Mona réunirent autour du drapeau de l'indépendance politique et religieuse toutes les tribus établies derrière les montagnes qui traversent l'Angleterre du nord au sud. Le héros de la première guerre et le plus brave des chefs bretons, Caractac, qui avait préféré l'exil aux bienfaits de l'étranger, eut encore le commandement suprême. Au même moment les Icènes, au sud de l'Humber, prirent les armes, et les Brigantes, peuple puissant qui dominait plus au nord, de l'un à l'autre rivage, préparèrent une défection. La province était enveloppée d'ennemis. Heureusement, il n'y eut pas de concert dans cette triple attaque, et les Icénes, forcés par les seules cohortes auxiliaires dans un camp qu'ils croyaient inexpugnable, les Brigantes, soumis par un mélange de douceur et de sévérité, rentrèrent en repos. Une colonie de vétérans fut établie, pour veiller sur les tribus du nord, à Camulodunum, à proximité de la Gaule, afin d'être facilement secourue, et Ostorius put enfin aller chercher les peuples de l'Ouest, dans les âpres montagnes des Ordoviques (le centre du pays de Galles). Caractac harcela quelque temps l'ennemi, mais des deux côtés on souhaitait une action générale. Les Romains acceptèrent le champ de bataille choisi par les Bretons : un terrain descendant en pente douce de hautes montagnes et dont les approches étaient défendues par une rivière encaissée. Tant qu'on se battit de loin, les insulaires eurent l'avantage; mais lorsque les légionnaires, couverts par la tortue, eurent joint l'ennemi, le javelot et l'épée ouvrirent de larges brèches dans les rangs des Bretons qui n'avaient ni casques ni cuirasses. Ils tombèrent en foule; leur chef, moins heureux, put fuir. Il alla demander asile à la reine des Brigantes, Cartismandua, qui le livra aux Romains. Le Vercingétorix breton conduit à Rome avec sa femme, sa fille et ses frères, y entra au milieu d'une fête pompeuse où l'on étalait ses dépouilles; il demanda sans lâcheté la vie, et, chose nouvelle à Rome, l'obtint. Plus tard, quand il eut visité toutes les merveilles entassées au bord du Tibre, il s'étonnait de l'ambition de Rome. Comment, disait-il, vous avez de si magnifiques palais et vous enviez nos pauvres cabanes ! (51 de J.-C.)

Pendant qu'on triomphait à Rome, les Silures continuaient une guerre de surprises et d'embuscades qui coûtait beaucoup de monde aux Romains. Un jour, ils enveloppèrent un corps laissé dans leur pays pour y construire des forteresses, et ils l'eussent écrasé, si Ostorius n'était accouru avec toutes ses forces. Une autre fois, ils enlevèrent deux cohortes auxiliaires et distribuèrent à leurs voisins le butin et les prisonniers, qui allèrent rougir de leur sang les autels druidiques toujours debout dans l'île de Mona; une légion même fut battue. Mais A. Didius, le successeur d'Ostorius, qui était mort dans sa charge, rendit le calme à la province, sans toutefois en étendre les limites; il se contenta, pour protéger les conquêtes de ses prédécesseurs dans le sud-est de l'île, de jeter en avant de la province un petit nombre de postes fortifiés.

Ces victoires gagnées aux extrémités du monde, sur des peuples que César n'avait pu soumettre, qu'Auguste et Tibère n'avaient osé attaquer, eurent un grand retentissement dans tout l'empire. On a récemment trouvé en Asie un monument élevé par Cyzique à Claude, le vainqueur des Bretons.

41-54

Les Germains

Les légions avaient franchi l'Océan; elles passèrent aussi le Rhin. Dès la première année du règne de Claude, les Chattes, les Marses et les Chauques avaient été vaincus, et la dernière des aigles de Varus reconquise; de sorte qu'à ce principat revenait la gloire d'avoir arraché aux Germains, après cinquante ans, leur dernier trophée. Cependant le souvenir même de la grande défaite commandait de ce côté la prudence. La Bretagne n'était qu'une île dont les aigles romaines avaient déjà vu les rives opposées; la Germanie commençait un monde, dont nul ne connaissait les limites. On disait à Rome qu'y gagner une province, c'était citer une goutte d'eau à l'Océan; que mieux valait s'arrêter à la limite naturelle du Rhin, et de la travailler à ruiner les ligues, à diviser les peuples, à placer les chefs dans l'intérêt de l'empire. Cette politique d'Auguste et de Tibère fut aussi celle de Claude, et le succès y répondit, lorsque des Chérusques vinrent lui demander pour roi un neveu d'Hermann (Arminius), né à Rome où il avait toujours vécu et qui portait le nom significatif d'Italicus (47 de J.-C.). Quelque bas que fût tombé ce peuple depuis sa défaite, il s'indigna bientôt d'obéir à un agent de l'empereur. Italicus fut chassé; mais les Langobards, sans doute gagnés par l'or de Rome, le rétablirent, et les patriotes proscrits allèrent offrir leur courage aux Chattes et aux Chauques, les seuls peuples de la Germanie qui osassent encore regarder un Romain en face. Les premiers harcelaient de loin en loin les troupes de la haute Germanie; les seconds, conduits par un transfuge romain, allaient suivre des flottilles ravager les côtes gauloises, que les habitants, énervés par la paix et la prospérité, ne savaient plus défendre. Puis un grand général venait d'arriver dans la basse Germanie, Corbuton, qui rappelait par sa sévérité les temps antiques. Il avait trouvé les légions amollies par une longue oisiveté; une discipline impitoyable et de continuels travaux leur rendirent l'aspect des vieilles phalanges républicaines. On le sut bientôt chez les tribus voisines, et les Frisons, libres depuis dix-neuf ans, consentirent sans combat à recevoir de lui des lois, des magistrats, et à s'enfermer dans les limites qu'il leur fixa; une forteresse fut bâtie pour les contenir. Corbulon voulait encore atteindre derrière eux les Chauques; ses vaisseaux allaient mettre un terme à leurs pirateries et ses soldats menaçaient leurs frontières, lorsqu'un ordre de Claude l'arrêta. En ramenant derrière le Rhin ses aigles qu'il avait cru mener à une conquête, il ne dit que ces mots : Heureux autrefois les généraux romains ! Cette parole fort admirée n'était cependant que le cri ambitieux d'un républicain qui regrettait ces temps où les généraux dédaignaient l'impuissante colère d'un gouvernement sans force, et engageaient à leur gré Rome dans des guerres nouvelles (47 de J.-C.). Pour occuper du moins les soldats, Corbulon leur fît creuser, entre la Meuse et le Rhin, un canal de 25 milles destiné à rendre moins dangereuses les inondations de l'océan. Claude lui accorda en récompense les insignes du triomphe. Son successeur, Curtius Rufus, obtint le même honneur pour avoir ouvert dans le territoire de Mattium une mine d'argent dont le produit fut médiocre et dura peu. Mattium était à plus de 120 milles du Rhin; on voit que ce système avait placé sous l'influence romaine toute la rive droite du fleuve jusqu'assez loin de son cours.

Il y a encore une conséquence à tirer de ces faits : c'est que si le gouvernement impérial était avare pour les légions de gloire militaire, il leur en offrait une autre, celle des grands travaux d'utilité publique. Voici Corbulon qui creuse un canal, Rufus qui ouvre des mines, et l'armée de la haute Germanie qui continue l'immense retranchement des terres décumates. Paulinus achèvera la chaussée de Drusus le long du Rhin, et Vetus voudra ouvrir une communication navigable entre la Saône et la Moselle, c'est-à-dire entre le Rhin et le Rhône, entre la Méditerranée et l'océan du Nord. En Espagne, dans les provinces du Danube, ce sont des ponts, des aqueducs, des routes que les légions construisent; dans l'Asie Mineure, des ports que l'on agrandit ou que l'on ouvre. Partout les loisirs qu'une sage politique leur donne sont utilement employés2.

Tacite ne voit aussi qu'une satisfaction de vanité pour l'impératrice dans l'envoi d'une colonie de vétérans chez les Ubiens, dont la ville, où elle était née, prit dès lors le nom de Colonia Agrippina (50 de J.-C.); mais l'empire avait besoin d'une place forte et toute romaine sur le Rhin inférieur, et le lieu était si bien choisi, que Cologne est restée jusqu'à ce jour une des grandes villes de l'Allemagne. Les Romains même reconnaîtront bientôt, durant la guerre de Civilis, la sagesse de cette mesure.

Dans la haute Germanie, l'empereur se contenta encore de repousser les Chattes sans essayer de les dompter. L'honneur de cette expédition revint tout entier aux cohortes gauloises des Némètes et des Vangions qui allèrent surprendre l'ennemi et délivrèrent quelques soldats de Varus, captifs depuis quarante ans. Pomponius, campé avec ses légions vers le Taunus, y attendait les Chattes, dans la pensée qu'ils poursuivraient jusque-là ses cohortes. Mais la crainte d'être pris à dos par les Chérusques, maintenant amis fidèles des Romains les arrêta, et ce furent des députés et des otages qui vinrent solliciter la paix (50 de J.-C.). Les Frisons rentrés dans une demi servitude, les Chauques contenus, les Chérusques affaiblis, les Chattes humiliés, Claude avait le droit de frapper une monnaie triomphale avec la légende de Germanis.

Au sud, le roi que Drusus avait donné trente ans auparavant aux Suèves de la Moravie, Vannius, menacé d'une révolte, avait imploré le secours des légions : Claude laissa les Germains vider entre eux leur querelle; mais des troupes réunies derrière le Danube se tinrent prêtes à faire respecter par les deux partis le territoire de l'empire. Cette conduite réussit. Le roi dépossédé fut reçu avec ses vassaux dans la Pannonie, et les deux chefs victorieux qui se partagèrent son royaume sollicitèrent eux-mêmes l'amitié de l'empereur (50 de J.-C.).

1. Entre l'Avon et la Severn. Claude décerna à Plautius l'ovation, alla au-devant de lui jusque hors de la ville et l'accompagna en marchant à sa gauche. (Suétone, Claude, 24.).

2. Plures per povincias similia (Tacite, Annales, XI, 20). Probablement, par exemple, en Syrie, où Tacite vante les efforts de Cassius pour rétablir l'ancienne discipline (Ibid., XII, 42.).

41-54

Les autres provinces

La tranquillité des pays de la rive droite du Danube est attestée par le silence même des historiens; un fait d'une certaine importance eut cependant lieu à l'extrémité de ces provinces. Rhémétalcès, que Caligula avait fait seul roi de toute la Thrace, ayant été tué par sa femme, ses anciens sujets se soulevèrent, et Claude en profita pour réduire ce royaume en province (vers l'an 46); vingt ans après, Agrippa disait aux Juifs : Deux mille soldats romains suffisent à garder la Thrace. Byzance avait fourni des secours en cette occasion; elle en donna encore dans la guerre qu'on fit au roi du Bosphore (49), et, en récompense, obtint une exemption de tribut pendant cinq années1.

Ce roi du Bosphore, descendant du grand Mithridate, dont il portait le nom, devait à Claude sa couronne2. L'empereur, peu de temps après son avènement, avait fait une nouvelle distribution des royaumes vassaux. Il avait rendu à Antiochus la Commagène, que Caligula lui avait donnée, puis reprise, délivré l'Ibérien Mithridate, que Caïus avait jeté dans les fers, augmenté le domaine du Juif Agrippa et érigé la Chalcidique en royaume pour son frère Hérode, enfin cédé à Palémon quelques cantons de la Cilicie en échange du Bosphore, transféré à un autre Mithridate. Ce nouveau roi, ambitieux et turbulent, comme pour justifier son origine, voulut s'agrandir aux dépens de ses voisins. Claude le déposa et le remplaça par son frère Cotys. Mithridate essaya d'entraîner dans sa cause quelques peuples de ces régions, séduisit les uns, attaqua les autres et attira sur eux une expédition romaine. Les villes de ses alliés furent enlevées sans peine et cruellement traitées. Une d'elles offrait dix mille esclaves pour se racheter; esclaves et maîtres, on tua tout. Mithridate vint se livrer lui-même. Quand il parut devant l'empereur, il lui dit fièrement : "On ne m'a point amené; je suis venu. Si tu en doutes, laisse-moi partir et fais-moi chercher". (49).

C'était pour qu'il recouvrât l'Arménie que Claude avait donné la liberté à Mithridate l'Ibérien. Les dissensions des Parthes rendaient l'entreprise facile. Ce malheureux peuple était retombé dans son anarchie habituelle, après la mort d'Artaban III (44 de J.-C.). Vardan et son neveu Gotarzès se disputaient le pays, tour à tour fugitifs ou maîtres de la couronne. Pour la troisième fois ils allaient en venir aux mains, à l'extrémité de l'empire, dans la Bactriane, au moment même où Mithridate rentrait en Arménie, avec des troupes romaines qui prirent les villes, tandis que les Ibériens battaient le plat pays. Vardan, resté enfin seul maître de l'empire, réduisit Séleucie, que depuis sept ans les Parthes tenaient assiégée, et se disposa à envahir l'Arménie. Le gouverneur de Syrie, Marsus, le menaça, s'il en passait la frontière, de franchir lui-même l'Euphrate. De nouvelles catastrophes prévinrent cette guerre. Vardan fut tué par les grands dans une partie de chasse, et Gotarzés rentra; mais la noblesse députa en secret vers Claude pour lui demander Méherbate, fils de ce Vonon, ancien candidat d'Auguste et de Tibère au trône des Arsacides. L'empereur s'empressa de déférer à ce voeu, en faisant remarquer au sénat qu'il avait, comme Auguste, la gloire d'avoir reconquis l'Arménie et donné un roi aux Parthes. Mais, au lieu de pousser vivement l'entreprise, Méherbate voulut jouir de sa fragile royauté : le zèle de ses partisans tomba; il fut vaincu et pris (49). Gotarzés lui fit couper les oreilles et le laissa vivre après cette humiliation. Il mourut lui-même presque aussitôt de maladie, et le sceptre passa à son fils Vonon, qui le porta quelques mois seulement (50 ou 51). Vologèse, son successeur, allait régner trente années, non sans gloire.

Claude s'était vanté trop vite d'avoir eu en Orient la fortune d'Auguste. Son protégé chez les Parthes était fugitif et déshonoré; son candidat au trône d'Arménie, plus malheureux encore, fut renversé par un neveu, Rhadamiste, qu'il avait comblé de bienfaits, et qui le fit mourir, avec sa femme et ses enfants, étouffé sous des monceaux d'étoffes, pour ne pas violer le serment qu'il lui avait prêté de n'attenter à sa vie ni par le fer ni par le poison. Quelque habitué qu'on fut en Orient aux crimes des maisons royales, on s'indigna de celui-ci. Vologèse crut l'occasion favorable de recouvrer l'Arménie pour son frère Tiridate. Toutes les villes lui ouvrirent leurs portes; mais l'hiver et une contagion le chassèrent. Rhadamiste, revenu d'Ibérie, se baigna dans le sang de ceux qu'il appelait des rebelles. Ils se soulevèrent contre lui, investirent son palais, et il ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Sa femme, Zénobie, enceinte de plusieurs mois, le suivait. Pour ne pas ralentir la fuite de son époux, elle lui demanda la mort; il la frappa lui-même et jeta son cadavre dans l'Araxe. Mais le coup n'était pas mortel; des bergers la recueillirent; elle guérit, et fut conduite vers Tiridate, qui la traita en reine. L'influence romaine en Arménie était perdue; Corbulon la rétablira au commencement du règne suivant.

En Lycie, quelques Romains avaient été tués, et cette petite république était fort troublée; Claude la réunit à la Pamphylie. Il sera question ailleurs des affaires de Palestine; disons seulement qu'à la mort d'Agrippa, en 44, Claude jugeant le fils de ce prince trop jeune pour lui succéder, avait de nouveau réuni la Judée à la province de Syrie.

Pour achever le récit du peu d'événements que nous connaissons sur l'histoire provinciale durant ce principat, rappelons encore les succès de Suetonius Paulinus dans la Maurétanie au commencement du règne de Claude. Ce général franchit l'atlas, dont il trouva les cimes couvertes de neige, et pénétra à travers un pays brûlant jusqu'au Tafilet. Son successeur Geta faillit périr de soif avec toute son armée. La découverte inopinée d'une source les sauva, et une victoire décisive sur les Maures permit de faire de leur pays deux provinces, séparées par le Mulucha : la Maurétanie Césarienne et la Maurétanie Tingitane, où de nombreuses colonies portèrent les coutumes et la langue de Rome. Ces conquêtes valurent à Claude l'honneur de reculer, comme Sylla et Auguste, le pomerium.

A ce règne ou au suivant se rattachent les hardies reconnaissances dont parle Ptolémée, et qui furent poussées dans l'intérieur de l'Afrique par Julius Maternus, jusque dans la contrée d'Agysimba, au pays des rhinocéros, et par Septimius Flaccus, chez les Ethiopiens, à trois mois de marche au-delà de Garama. Pline rapporte (VI, 24) qu'un affranchi du fermier des douanes impériales dans la mer Rouge, ayant doublé l'Arabie, fut poussée; par les vents jusqu'à l'île de Taprobane, qu'il y resta six mois, apprit la langue du pays, et, au retour, ramena quatre ambassadeurs qui donnèrent à Claude de curieux renseignements sur l'île, ses habitants et son commerce.

1. Tacite, Annales, XII, 65. La même faveur fut faite à Apamée ruinée par un tremblement de terre; Rhodes redevint libre, et Bologne, détruite par un incendie, reçut un secours de 10 millions de sesterces. (Ibid., XII, 58.) Cos fut affranchi de tout tribut en l'honneur de son dieu Esculape. (Ibid., 61; cf. Dion, LX, 24.)

2. Cf. Casy, Hist. des rois du Bosphore. - Dans les Alpes, Claude accrut le petit Etat de Cottius et donna à ce chef de montagnards le titre de roi. (Dion, LX, 24.)

41-54

La politique intérieure

Ce principat ne manquait donc pas de gloire militaire et politique. La Maurétanie et la moitié de la Bretagne conquises; les Germains contenus, humiliés et perdant les derniers trophées de leurs anciennes victoires; le Bosphore retenu dans l'obéissance; la Thrace, la Judée, réduites en provinces1, et les divisions des Parthes longtemps entretenues; à l'intérieur, quelques sages lois, d'utiles travaux, une prospérité croissante2; dans les armées, la discipline et une activité tournée vers le bien public, sous la direction de généraux vieillis dans les commandements3; enfin de lointaines ambassades renouvelant le curieux spectacle qui avait tant flatté, sous Auguste, la vanité romaine : certes il y avait dans ces faits, dans ces résultats, de quoi satisfaire l'orgueil d'un prince plus exigeant à cet égard que Claude ne le fut jamais. Mais il nous faut maintenant rentrer dans Rome pour y voir l'agonie de l'aristocratie romaine et quels exemples offraient au monde la maison impériale, où régnait une femme impudique dont la sensualité aurait pu faire la déesse de la débauche et de l'orgie.

Le vice et le bourreau avaient si bien décimé la noblesse romaine, que Claude fut obligé de faire des patriciens, la même année où il ouvrit le sénat aux notables des provinces (48). Une aristocratie se substituait à l'autre : celle du monde remplaçait celle de la cité, signe manifeste que bientôt aussi vont arriver les empereurs provinciaux. Les gentes créées par César et par auguste s'étaient déjà éteintes, et il restait bien peu des cinquante maisons troyennes que Denys d'Halicarnasse comptait encore sous le premier empereur. Claude lui-même avait aidé à en diminuer le nombre : durant son règne périrent trente-cinq sénateurs et plus de trois cents chevaliers : plusieurs, victimes des passions honteuses et de l'avidité de Messaline, quelques-uns emportés par le suicide que des hommes sans croyances et sans utile emploi de la vie4 estimaient la dernière ressource d'une existence fatiguée par le plaisir et la crainte, mais le plus grand nombre frappés à la suite de complots imprudents ou de crimes avérés. On se souvenait de la tentative avortée après la mort de Caïus, et on croyait pouvoir la reprendre; même après Néron, il y aura des républicains, car les folies des nouveaux empereurs ravivaient les regrets pour ce gouvernement qui avait conquis le monde. Plus nombreux encore étaient ceux qui, voyant la première place si étrangement occupée, croyaient facile d'en jeter bas un prince que sa mère appelait une erreur de la nature, un homme commencé et non achevé.

Un assassin, armé d'un poignard, pénétra un jour jusqu'au lit de l'empereur : deux cavaliers essayèrent de le tuer, l'un à la sortie du théâtre, l'autre durant un sacrifice5. Un petit-fils de Pollion, un petit-fils de Messala, tentèrent une révolution et firent entrer dans le complot des gens du palais. Pomponius enfin commença une guerre civile, et Scribonianus souleva l'armée de Dalmatie, en promettant à ses soldats de rétablir la république, tandis que Vinicianus, un des candidats à l'empire, après le meurtre de Caïus, un préteur en charge et nombre de sénateurs et de chevaliers préparaient à Rome un mouvement. Scribonianus, proclamé empereur, écrivit à Claude une lettre pleine de reproches sanglants et lui ordonna de rentrer dans la vie privée, d'où il n'aurait jamais dû sortir. Le timide empereur eût volontiers obéi. Le respect que les légions conservaient pour la famille des Césars le sauva. Effrayés d'un présage contraire, les rebelles refusèrent de marcher sur Rome, et le premier empereur sorti des castra stativa fut tué après cinq jours de royauté. Sa femme dénonça ses complices; tous ceux qui ne purent acheter la faveur de Messaline ou celle des affranchis périrent. Malgré des lois récentes, on reçut les délations des esclaves contre leurs maîtres, et des sénateurs furent envoyés à la question. On épargna les enfants, mais la plupart des femmes partagèrent le sort de leurs époux. Une d'elles s'illustra : Arria, femme du consulaire Paetus. Elle suivit dans une barque le vaisseau qui l'amenait à Rome et, quand elle le vit condamné, au lieu d'implorer pour elle-même Messaline, qui l'aimait, elle saisit un poignard, s'en frappa, puis le donna tout sanglant à Paetus dont le courage faiblissait : "Tiens", lui dit-elle, "cela ne fait pas de mal". Vinicianus et beaucoup d'autres se tuèrent. Par un singulier contraste avec la mollesse de leur vie, ces Romains voulaient qu'on les reconnût au moins a leur dernière heure pour les fils de leurs pères. Quand Valerius Asiaticus n'eut obtenu de Claude, après une défense touchante, que le choix de la mort, redevenu calme depuis qu'il n'avait plus à disputer sa vie, il reprit pour un jour ses exercices ordinaires, se baigna et donna un grand festin, où il montra beaucoup de gaieté. Au sortir de table, avant de se faire ouvrir les veines, il alla visiter son bûcher, dressé dans son jardin, et, le trouvant trop près de ses arbres, il le fit changer de place, de peur qu'il n'endommageât leur magnifique ombrage. Bien mourir était le seul point d'honneur qui restât à ces Romains. Messaline leur donna de fréquentes occasions de le montrer.

1. L'Iturée fut aussi, comme la Judée, réunie à la Syrie après la mort de son roi Sohème, 49. (Tacite, Annales, XII, 23.)

2. En l'an 49 il y eut cependant en Grèce une grande famine : le boisseau de blé s'y vendait 6 drachmes, peut-être même 12, et l'année suivante il y eut une émeute à Rome pour le prix du blé. Claude fut poursuivi par les cris et les menaces du peuple, mais il prit de promptes mesures pour ramener l'abondance. (Eusèbe, Chron., ad ann.; Suétone, Claude, 18; Tacite, Annales, XII, 43.)

3. Les choix de Claude sont loués par Tacite. Voyez sur Cassius, Annales, XII, 12, et sur Corbulon, XI, 20. On peut citer encore Ostorius, ducem haud spernendum (ibid., 50). Suetonius Paulinus, le conquérant de la Bretagne et de la Maurétanie, sous qui Vespasien fit ses premières armes; Burrus, le préfet du prétoire; Galba, qui commanda successivement en Aquitaine, en Germanie et en Maurétanie : Africam moderate.... Hispaniam pari justitia continuit (Hist., I, 49). Vinius qui Galliam Narbonensem severe integreque rexit (ibid., 48). Vitellius même mérite cet éloge de Suétone : in provincia (Africa) singularent innocentiam praestilit biennio continuato (Vitellius, 5).

4. On a vu déjà, au règne de Tibère, avec quelle facilité on se tuait. Dion (LX, 11) raconte que Claude força les chevaliers à venir au sénat toutes les fois qu'ils seraient convoqués. Un jour il fit de si vifs reproches à quelques-uns d'entre eus qui avaient refusé de se rendre à la curie, qu'ils se tinrent.

5. Suétone (Claude, 13) et Dion (LX, 15) croient à la réalité de tous ces complots. Tacite parle d'un chevalier trouvé avec un poignard au milieu de ceux qui venaient saluer le prince (Annales, XI, 22), et Dion (LX, 18) d'un autre chevalier, celui sans doute qu'Othon, gouverneur de la Dalmatie, dénonça (Suétone, Othon, 1), et que les consuls et les tribuns précipitèrent de la roche Tarpéienne. Tacite parle aussi des instances faites par Silius, consul désigné, auprès de Messaline pour qu'elle tuât l'empereur. (Ibid., 26.) Cela ferait neuf ou dix complots, s'il n'y a pas confusion.

41-48

Messaline

Messaline
Messaline

Claude n'était pas fait pour garder l'amour d'une femme. Il avait épousé en premières noces Poetina, qu'il répudia pour des fautes légères, et Urgulanilla, qu'il chassa à cause d'ignobles débauches et d'un soupçon d'homicide. Elle lui avait donné une fille, Claudia; d'abord il l'accepta, puis la fit jeter nue à la porte de sa mère, en disant qu'elle était le fruit d'un commerce adultère. Messaline, sa troisième femme, était arrière-petite-fille de la soeur d'Auguste, la vertueuse Octavie, dont le sang ne prévalut pas dans sa postérité sur le sang vicié d'Antoine. La mère de Messaline, Lepida, lui conseilla, par son exemple, tous les dérèglements, et Claude la prit déjà souillée1.

Avec cette femme impudique, nous allons trouver, pour la première fois en Occident, la vie des cours asiatiques : mélange de complots, de supplices et de monstrueuses dissolutions. Il était inévitable qu'en s'établissant au Palatin, le despotisme oriental y amènerait à sa suite les moeurs d'Alexandrie et de Ctésiphon : la rivalité des femmes, l'influence des affranchis, les conspirations de palais. Du premier coup, Rome dépasse les scandales les plus fameux. Il n'y a eu jusqu'à présent dans l'histoire qu'une Messaline, et Juvénal poursuit encore l'impériale courtisane du fouet sanglant de son vers indigné.

L'histoire oublierait les débauches de Messaline, si ce scandale public n'en avait pas encouragé d'autres et si la cruauté ne s'était pas mêlée à l'orgie. Son beau-père, Silanus, ose dédaigner ses avances; elle l'accuse d'un complot que Narcisse confirme, parce qu'un songe le lui a révélé, et, sans autre examen, Silanus est mis à mort. Le sénateur Vinicius se rend coupable du même dédain, elle le fait empoisonner. Pour Asiaticus, la cause de sa mort est son immense richesse : il avait encore embelli les jardins de Lucullus, Messaline veut les avoir, et Claude le condamne. Julie, fille de Germanicus, semble inspirer à son oncle un intérêt trop vif, et par sa fierté blesse l'impératrice; celle-ci invoque les moeurs, parle d'adultère, et Julie, envoyée en exil, y trouve bien vite des assassins. Sénèque, bel esprit et grand moraliste, qui eut le tort de mettre rarement sa conduite d'accord avec ses écrits, avait la confiance de Julie, il est relégué en Corse et y resta huit ans. Une autre Julie, nièce aussi de l'empereur, a le même sort. Poppée lui disputait le danseur Mnester; elle l'accusa d'adultère et la poussa au suicide; quant à l'histrion, il reçut, de l'empereur même, l'ordre d'obéir en tous points à Messaline. Il faudrait les libertés de la langue latine pour redire les débordements de l'impériale courtisane et ses honteuses orgies, soit au fond du palais, en compagnie des plus nobles matrones livrées à la promiscuité sous les yeux mêmes de leurs époux2, soit la nuit, dans les rues de Rome, au milieu des victimes de la débauche publique : lassata viris, nec dum satiata (Juvénal).

L'empereur ignorait tout. Justus Catonius, préfet du prétoire, montrait quelque indignation et parlait d'ouvrir les yeux du prince : il périt aussitôt. Messaline en vint à vouloir légaliser l'adultère et légitimer la prostitution, afin de trouver dans la débauche un attrait de plus, celui du vice jouant avec la loi et bafouant les derniers restes de la pudeur publique.

1. C'était une femme très vicieuse, mais certainement malade. Elle n'avait pas vingt-quatre ans quand elle mourut.

2. Dion, LX, 18. Sur le désordre des moeurs, cf. Sénèque, de Ben., III, 16 : Les femmes comptent les années, non par le nombre des consuls, mais par celui de leurs maris.... On ne prend un mari que pour piquer un amant. La chasteté n'est plus qu'une preuve de laideur, et il faut être une femme bien repoussante pour se contenter d'une seule paire d'amants.

48

Messaline et Silius

Si l'on en croit un récit conservé par Tacite (Annales, XI. 36. Les femmes avaient le droit de signifier l'acte de divorce), mais que Josèphe ne connaît pas, elle aurait voulu épouser, suivant les formes ordinaires, un de ses amants, Silius. Leur union aurait été annoncée d'avance, consignée dans des actes authentiques, consacrée par les prières des augures, par les cérémonies religieuses, par un sacrifice et un banquet solennel. Claude qu'effrayaient des prodiges qui menaçaient, disait-on, l'époux de Messaline, aurait signé lui mène au contrat, afin de détourner de sa tête les malheurs annoncés.

Pour l'impératrice, cette parodie effrontée des rites ordinaires devait aiguiser le plaisir de débauchés en quête d'inventions nouvelles. Silius s'y prêtait dans la pensée que la comédie finirait de tragique façon par la suppression non seulement du mari, mais du prince. Quant au vieillard, crédule et peureux, il se disait sans doute, avec l'esprit formaliste des anciens, ou on lui avait persuadé, que le destin serait satisfait par un mariage accompli suivant les prescriptions de la loi et qui n'irait pas au-delà des apparences1.

Les affranchis, d'abord troublés de cette étrange aventure, commencèrent à s'effrayer, quand ils virent Messaline dépouiller le palais pour orner la demeure de Silius et tous les trésors des Claudes s'entassent chez le nouvel époux. Jeune, hardi, Silius ne se laisserait pas mener, et, apparenté aux plus grandes familles, investi en ce moment du consulat, il était redoutable. Ce qu'il venait d'oser montrait son ambition; évidemment il ne s'arrêterait pas dans la dangereuse position qu'il avait prise; déjà il pressait Messaline de le débarrasser de Claude. Calliste et Pallas hésitaient cependant à braver la colère de l'impératrice; ils se souvenaient de Polybe qu'elle avait sacrifié, bien qu'il eût pour se défendre contre elle la complicité de l'adultère. Narcisse persista : il dévoila tout à Claude, alors à Ostie pour veiller aux approvisionnements de Rome. "Sais-tu", lui dit-il, "que tu es répudié ?" Silius a eu pour témoins le peuple, le sénat et l'armée; tes esclaves, tes richesses, sont chez lui : que tu tardes un moment, et Rome est en son pouvoir". Claude, à ce récit, que des sénateurs confirment, retombe dans ses terreurs ordinaires; il croit Silius déjà proclamé et demande à ceux qui l'entourent s'il est encore empereur. Mais Narcisse sentait qu'il avait joué sa vie, qu'il fallait aller jusqu'au bout ou périr; il entraîne son maître à Rome.

1. C'est probablement ainsi que Messaline comptait se défendre, quand elle demandait à Claude de l'écouter et que la première vestale s'indignait qu'on la condamnât sans l'entendre, indefensa. (Tacite, Annales, XI, 54.) Dans l'Apokolokyntosis, l'accusation qui revient sans cesse, c'est que Claude condamnait sans laisser l'accusé se défendre. Il est à remarquer que Sénèque, exilé par Messaline et écrivant sous le règne de sa rivale, n'a pas contre elle les paroles sévères de Tacite, Suétone, Juvénal et Dion; mais Pline (X, 85), d'un mot, va plus loin qu'eux.

48

La mort de Messaline

On était alors au milieu de l'automne; Messaline, dans son palais, représentait une scène de vendanges : les pressoirs foulaient les raisins; le vin coulait dans les cuves; des femmes, à demi vêtues, comme les bacchantes, d'une peau de daim, dansaient à l'entour, et Messaline, les cheveux épars, le thyrse en main, Silius couronné de lierre, accompagnaient des choeurs lascifs. Un de leurs compagnons de débauche monte sur un arbre, pour jouer de là sans doute le personnage de quelque dieu caché dans le feuillage des bois. "Que vois-tu de là-haut ?" lui crie-t-on. "- Je vois", répond-t-il, "un orage furieux du côté d'Ostie".

L'orage, qu'il vint du ciel ou de la terre, approchait. Des bruits d'abord se répandent que Claude arrive irrité, et bientôt des courriers l'annoncent. La fête se disperse, car ces libertins, tout au plaisir, n'avaient rien préparé pour la résistance. Messaline se réfugie dans les jardins de Lucullus; Silius se rend au Forum, en apparence pour y remplir sa charge; les autres courent çà et là; mais les centurions sont déjà à leur poursuite et les saisissent dans les rues, dans les retraites où ils se cachent. Après quelques instants de trouble, l'impératrice retrouve son assurance. Elle commande à ses enfants, Octavie et Britannicus, d'aller au-devant de leur père; elle conjure Vibidia, la première des vestales, de se rendre auprès du souverain pontife pour implorer sa clémence; elle-même, suivie de trois personnes qui seules de toute sa cour ne l'ont pas abandonnée, traverse à pied la ville entière, monte dans un de ces tombereaux qui servent à emporter les immondices des jardins, et prend la route d'Ostie.

Si le prince eût été seul, elle était sauvée. Mais Narcisse, pour ne pas le quitter, avait pris place sur le char qui le ramenait à Rome avec ses deux amis Cecina et Vitellius. Celui-ci, type accompli du courtisan servile, attendait, pour avoir un avis, que le Prince eût parlé, et Claude parlait de façon bien embarrassante : tantôt s'emportant contre sa femme, tantôt s'attendrissant au souvenir de leurs enfants. Aussi Vitellius ne disait que ces mots : O crime, O forfait ! Narcisse n'en put tirer davantage.

Cependant Messaline approchait et criait qu'elle était la mère d'Octavie et de Britannicus, qu'on devait écouter sa défense. Narcisse couvrit sa voix en rappelant Silius et le mariage; mais il eut soin de faire avancer le char, et, pour occuper les yeux de Claude, il lui remit un mémoire sur les débauches de sa femme. Aux portes de Rome, ses enfants l'attendaient; on les fit éloigner. Toutefois Vibidia pénétra jusqu'au prince et lui représenta combien il serait odieux qu'une épouse fût livrée à la mort sans avoir pu se défendre. Narcisse répondit que le prince l'entendrait, qu'il lui serait permis de se justifier, et il pressa la vestale de retourner à ses pieuses fonctions.

L'affranchi conduisit Claude droit à la maison du coupable, où il lui montra les richesses des Nérons et des Drusus, devenues le prix de l'adultère. A cette vue, Claude s'émut enfin, et sa colère éclata; il se laissa mener au camp des prétoriens, les harangua et les rendit juges des coupables. Silius, amené devant eux, ne chercha pas à se défendre et demanda qu'on hâtât sa mort. Plusieurs chevaliers romains, d'un rang illustre, montrèrent la même fermeté. Le préfet des gardes nocturnes, l'intendant des jeux, un sénateur, furent aussi mis à mort. Un pauvre diable d'acteur, Mnester, mêlé à cette tragédie, espéra un moment se sauver; il invoqua l'exprès commandement par lequel Claude lui-même l'avait soumis aux volontés de Messaline; ce n'était pas, comme d'autres, l'intérêt ou l'ambition, mais la nécessité qui l'avait fait coupable, et il eût péri le premier si l'empire fût tombé aux mains de Silius. Les affranchis répondirent qu'après avoir immolé de si grandes victimes on ne devait pas épargner un histrion; que, volontaire ou forcé, l'attentat n'en était pas moins énorme. On n'admit pas même la justification du chevalier romain Montanus, jeune homme de moeurs honnêtes, mais d'une beauté remarquable, que Messaline, aussi capricieuse dans ses dégoûts que dans ses fantaisies, avait appelé chez elle et chassé : dès la première nuit.

Durant ces exécutions, Messaline, retirée dans les jardins de Lucullus, dressait une requête suppliante, non sans un reste d'espoir et avec des retours de colère, tant elle avait conservé d'orgueil en cet extrême danger. Si Narcisse n'eût hâté sa mort, le coup retombait sur lui. Claude était revenu dans son palais, et, charmé par les délices d'un repas dont on avança l'heure, il laissait tomber sa colère. "Qu'on aille", dit-il, "avertir la malheureuse Messaline de venir demain se justifier !" Narcisse comprend qu'il est perdu si tout n'est pas terminé avant la nuit; il sort brusquement et signifie aux centurions et au tribun de garde d'aller tuer Messaline; un autre affranchi, Evodus, est chargé de veiller à l'exécution.

Evodus court aux jardins où Messaline était étendue à terre, près de sa mère, Lepida, qui l'exhortait à honorer sa mort en se frappant elle-même. Mais cette âme corrompue était sans énergie; elle s'abandonnait aux larmes, aux plaintes vaines, quand tout à coup les portes s'ouvrent avec violence et les soldats paraissent, le tribun gardant le silence : l'affranchi, avec la bassesse d'un esclave, se répandant en injures. Alors, pour la première fois, elle comprit qu'il fallait mourir, et accepta un poignard; tandis que d'une main tremblante elle l'approchait de sa gorge et de son sein sans oser frapper, le tribun la perça d'un coup d'épée. Claude était encore à table quand on lui annonça que Messaline était morte, sans dire si c'était de sa main qu'elle avait péri. Il ne s'en informa pas, demanda à boire et acheva tranquillement son repas. Même insensibilité les jours suivants; il vit sans donner un signe de colère ou de tristesse la joie des accusateurs, la douleur de ses enfants. Le sénat fit abattre les statues de Messaline et décerna au meurtrier les ornements de la questure.

48-54

Agrippine

Messaline
Agrippine

Claude avait juré aux prétoriens assemblés de garder le célibat, puisque le mariage lui réussissait si mal, et de se laisser tuer par eux s'il violait son serment. Ce n'était pas le compte des affranchis; ils voulaient faire une impératrice pour rester maîtres du palais, et s'occupèrent aussitôt de marier l'empereur une quatrième fois. Chacun soutint des prétentions rivales. Narcisse protégeait Paetina, que Claude avait répudiée; Calliste, la riche et belle Lollia Paulina, divorcée de Caïus; Pallas, une fille de Germanicus, Agrippine. Celle-ci, a qui sa mère avait légué son esprit impérieux et son ambition, était veuve de Domitius AEnobarbus, qui lui avait laissé un fils alors âgé de onze ans1. Quoiqu'elle fût belle, elle n'avait rien de la femme, mais elle avait tout de l'ambitieux sans coeur : la longue persévérance, les froids calculs et, au moment opportun, les résolutions implacables, sans hésitation, sans remords. Elle avait décidé qu'elle serait impératrice et son fils empereur. Il fallait donc épouser Claude : mais Claude était son oncle, et les lois romaines défendaient le mariage entre parents à ce degré. Un sénatus-consulte leva cet obstacle, et un chevalier fournit un exemple. Dès qu'Agrippine fut entrée dans la couche impériale, elle voulut commander. Claude, qui savait maintenir la paix dans l'empire, ne sut jamais la faire régner autour de lui, parce qu'il était capable d'avoir des idées justes, mais absolument impropre à dominer des hommes. Les affranchis et l'impératrice se disputèrent le vieillard : il resta à celle-ci, qui, après avoir obtenu ce qu'elle voulait, l'adoption de son fils, l'empoisonna.

Les affranchis étaient en mauvaise position pour lutter contre elle. La crainte que les enfants de Messaline, Octavie et Britannicus, ne fussent un jour en état de venger leur mère sur ceux qui l'avaient perdue, les enchaînait à la fortune de la nouvelle impératrice. Aussi eut-elle tout aussitôt l'influence et le pouvoir, quelle saisit d'une main ferme et qu'elle sut garder. Les allures du gouvernement changèrent, dit Tacite, Agrippine un maître qui ne se jouait pas des affaires avec la légèreté de Messaline. L'autorité fut grave, presque virile. En public, de la sévérité, plus souvent de la hauteur; dans le palais, pas de désordres, à moins qu'ils ne fussent utiles au pouvoir; mais une insatiable avidité, qui se couvrait du prétexte d'augmenter les ressources de l'Etat. Fille, soeur, épouse d'imperators, elle se disait appelée au partage d'un empire que les siens avaient fondé ou affermi, et elle voulait recevoir les mêmes honneurs que Claude, les respects du sénat, les actions de grâces des ambassadeurs, les prières des captifs, et, spectacle nouveau, assister aux revues des troupes, présider en habit militaire aux enseignes romaines. Le sénat lui avait décerné le privilège de monter au Capitole dans la litière où l'on portait les choses saintes, et le droit qu'avait eu Livie de mettre sur la monnaie son image à côté de celle du prince. Elle fut la première femme et la seule qui ait osé fonder une colonie avec les rites consacrés, et cette colonie subsiste encore, Cologne; elle était moins l'épouse que le collègue de l'empereur.

1. Suétone (Néron, 6) l'accuse d'avoir empoisonné son second mari Crispus Passienus pour en hériter plus vite. Néron était né le 15 décembre 37.

49-54

Néron

Son premier acte fut de casser les fiançailles d'Octavie avec Silanus, qui, regardant cette rupture comme un arrêt de mort, se tua le jour même des noces de l'empereur, et tout aussitôt elle fiança Octavie avec son fils Domitius (Néron) (49). Pour lui gagner un peu de la popularité dont jouissait un écrivain célèbre par ses talents et ses disgrâces, elle plaça près de lui comme précepteur Sénèque, qu'elle fit rappeler d'exil1 et nommer préteur. L'année suivante (50), Pallas arracha à Claude, en lui citant l'exemple d'Auguste et de Tibère, l'adoption de Domitius (Néron), bien que celui-ci n'eût que deux années de plus que Britannicus, le fils de l'empereur. Le nouveau prince impérial prit depuis ce jour le nom de Néron; il fut bientôt entouré des honneurs qui montraient en lui l'héritier de l'empire. On lui décerna le consulat pour le jour où il aurait vingt ans; en attendant, il fut consul désigné, prince de la jeunesse et eut hors de Rome le pouvoir proconsulaire. On distribua en son nom un donativum aux soldats, un congiarium au peuple, et sa mère, qui ne perdait aucune occasion de le produire en public, de le présenter comme le successeur naturel de Claude, lui fit célébrer des jeux magnifiques, et donner, quand il eut la préture, un combat de gladiateurs. Elle en fit encore l'avocat des provinces; en l'an 52, il harangua en grec, dans le sénat, pour solliciter des grâces en faveur d'Ilion, de Rhodes et d'Apamée; en latin, pour faire envoyer un secours d'argent à Bologne. Claude, oubliant son propre sang, laissait tout faire. Aux jeux du cirque, où Néron parut avec la robe triomphale, Britannicus n'eut que la prétexte; peu à peu ses partisans furent éloignés, et, après une parole où Agrippine voulut voir une insulte pour son fils, on chassa ses affranchis, ses esclaves; on mit à mort ses gouverneurs. Les deux préfets du prétoire passaient pour lui être dévoués, ils furent remplacés par Burrus, brave soldat et ministre dévoué au bien de l'Etat, mais qui, en acceptant cette charge des mains d'Agrippine, prenait l'engagement de servir les intérêts de son fils aux dépens de ceux de Britannicus, isolé maintenant et comme prisonnier dans le palais de son père.

Une vengeance de femme, la mort de Lollia Paulina, qui avait osé disputer à Agrippine la main de Claude, et l'exil de Calpurnie, dont l'empereur avait un jour loué la beauté, causa peu d'étonnement, malgré un hideux détail conservé par Dion. Agrippine avait commandé qu'on lui apportât la tête de Lollia; ne reconnaissant pas ces restes défigurés par la mort, elle ouvrit la bouche pour s'assurer à certain signe des dents que c'était bien la tête de sa victime. Une accusation intentée au proconsul d'Afrique, Statilius Taurus, sous prétexte de concussions, fit plus de bruit et rendit au sénat un instant de courage. Statilius avait d'immenses richesses, c'était là son crime. Comme tant d'autres, il se tua avant le jugement. Malgré les instances d'Agrippine, le sénat déclara l'accusation calomnieuse et chassa de son sein le délateur. Un autre sénateur venait d'être banni pour une délation contre Vitellius.

1. Tacite, Annales, XII, 8. Le mariage de Domitius avec Octavie n'eut lieu qu'après l'adoption de Domitius par Claude; alors, pour qu'il n'épousât pas sa soeur, on fit passer Octavie dans une maison étrangère. (Dion, LX, 55.)

13 octobre 54

La mort de Claude

Cependant Britannicus grandissait. Un retour de tendresse dans le coeur du vieil empereur était à craindre. Quelques menaces lui étaient échappées dans l'ivresse, et Narcisse ne cachait plus qu'il croyait une nouvelle catastrophe nécessaire; il flattait Britannicus; il priait les dieux d'abréger son adolescence pour qu'il pût chasser les ennemis de son père. Malheureusement il tomba malade, et, pour se rétablir, il fut contraint d'aller prendre les eaux de Sinuessa. Sa vigilante fidélité ne protégeant plus la vie de l'empereur, Agrippine se résolut à mettre un terme à ses anxiétés. Elle s'était récemment préparée à ce dernier crime en faisant périr sa belle-soeur, Domitia Lepida, tante de Néron, et qui lui disputait le coeur de son fils. Elle s'adressa à une empoisonneuse de profession, Locuste, qu'on venait de condamner pour un de ces crimes où elle était si habile, et, ajoute Tacite, que l'on ménagea longtemps comme un instrument nécessaire de la politique impériale. Locuste fut chargée de préparer un mets favori de Claude; l'estomac trop chargé n'ayant pu garder le poison, un médecin, sous prétexte de faciliter les vomissements, introduisit dans la gorge du prince une plume imprégnée d'un venin subtil (13 oct. 54). Mais l'assassinat avait été consommé avant l'heure fixée par les astrologues comme la plus favorable au nouveau prince; on ferma donc toutes les issues et l'on répandit le bruit que Claude allait mieux. Il était déjà mort que le sénat, les consuls et les pontifes faisaient encore des voeux pour lui dans les temples, et qu'on appelait des comédiens pour le distraire.

13 octobre 54

Néron empereur

Dans le palais, tout se préparait pour assurer l'empire à Néron. Agrippine, feignant ruse douleur profonde, tenait Britannicus embrassé, l'appelait la vivante image de son père, et, par de perfides caresses, l'arrêtait près d'elle avec ses soeurs Antonia et Octavie. Enfin, à midi, les portes du palais s'ouvrirent tout à coup, et Burrus présenta Néron à la cohorte de garde. Cette troupe, sur un signe de son préfet, le reçut avec acclamation. Quelques soldats demandèrent bien à plusieurs reprises où était Britannicus, mais, leurs paroles ne trouvant pas d'écho, ils suivirent le mouvement. Néron se rendit au camp des prétoriens; il les harangua, leur promit la même gratification que Claude leur avait donnée, et les soldats, ratifiant le marché, le proclamèrent empereur. Le sénat ne vint qu'après; il confirma la décision des soldats, et les provinces l'acceptèrent sans balancer. Personne, en face de l'impérieuse impératrice, à qui tout obéissait, et le palais, et le sénat, et l'armée, n'osait prononcer le nom du malheureux prince que son père lui-même semblait avoir déshérité. Narcisse, son seul défenseur, reçut l'ordre de se tuer. Un autre personnage, Silanus, descendant, des Césars, et qui pouvait aussi devenir un rival, fut empoisonné. Agrippine avait elle-même commandé ces exécutions, pour que son fils ne trouvât pas un obstacle sur la route qu'elle lui avait ouverte par un parricide.

On avait tué Claude; ce n'était pas une raison pour ne pas en faire un dieu. On lui décerna donc les honneurs divins1. En réalité, ce décret du sénat n'était que l'engagement officiellement pris de n'inquiéter personne au sujet du dernier règne, puisqu'on déclarait ainsi que tous les actes du prince mort étaient ratifiés et que son nom serait maintenu sur la liste des empereurs. Cependant Sénèque vengea la conscience publique par un pamphlet très injurieux pour le dieu nouveau et pour ses collègues en divinité2.

1. Il eut un temple, des sacrifices, des prêtres, sodales augustales. Agrippine fut même, comme l'avait été Livie, prêtresse du nouveau dieu : elle eut le flaminium Claudiale. (Borghesi, Oeuvres, V, 202.)

2. L'Apokolokyntosis. Le texte, du reste fort incomplet, de cette satire, ne renferme pas la métamorphose que le titre annonce. (Borghesi, Oeuvres, V, 202.)

Livret :

  1. Les Julio-Claudiens dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Monnaies de Claude
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