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  Isaac Ier 

8 juin 1057-22 novembre 1059 (Isaac Ier)



Sources historiques : Edward Gibbon




24 septembre 867

Isaac Ier Comnène

Michel Ier Cérulaire sur le trône patriarcal, miniature du manuscrit madrilène de la Chronique de Jean Skylitzès
Michel Ier Cérulaire sur le trône patriarcal
(Manuscrit Madrid Skylitzès)

Du milieu de cette nuit de servitude, on voit commencer à s'élever un rayon de liberté, ou du moins une étincelle de courage. Les Grecs avaient conservé ou rétabli l'usage des surnoms, qui perpétuent le souvenir des vertus héréditaires; et nous pouvons désormais distinguer le commencement, la succession et les alliances des dernières dynasties de Constantinople et de Trébisonde. Les Comnène, qui soutinrent quelque temps l'empire prêt à s'écrouler, se disaient originaires de Rome; mais en famille était établie dès longtemps en Asie. Leurs domaines patrimoniaux se trouvaient situés dans le district de Castamona, aux environs de l'Euxin; et un de leurs chefs, déjà lancé dans la carrière de l'ambition, revoyait avec tendresse, et peut-être avec regret, l'habitation modeste mais honorable de ses pères. Le premier personnage connu de cette branche fut l'illustre Manuel, qui, sous le règne de Basile II, contribua par ses batailles et ses négociations, à apaiser les troubles de l'Orient. Il laissa deux fils en bas âge, Isaac et Jean, qu'avec la confiance du mérite il légua à la reconnaissance et à la faveur du souverain. Ces nobles jeunes gens furent instruits avec soin dans tout ce qu'enseignaient les moines, dans les arts du palais et les exercices de la guerre; et, après avoir servi dans les gardes, ils parvinrent bientôt au commandement des armées et des provinces. Leur union fraternelle doubla la force et la réputation des Comnène. Ils ajoutèrent à l'éclat de leur ancienne famille, en épousant, l'un une princesse de Bulgarie qui se trouvait captive, et l'autre la fille d'un patricien surnommé Caron, à cause du grand nombre d'ennemis qu'il avait envoyés aux enfers. Les troupes avaient servi malgré elles, bien qu'avec fidélité, une suite d'empereurs faibles. L'élévation de Michel VI était un outrage pour des généraux plus habiles que lui; la parcimonie de ce prince et l'insolence des eunuques augmentaient leur mécontentement. Ils s'assemblèrent en secret dans l'église de Sainte-Sophie, et les suffrages de ce synode militaire se seraient réunis en faveur de Catacalon, vieux et vaillant guerrier, si, par un sentiment de patriotisme ou de modestie, ce respectable vétéran ne leur avait rappelé que la naissance doit accompagner le mérite de celui qu'on veut placer sur le trône. Isaac Comnène réunit toutes les voix. Les conjurés se séparèrent sans délai, et se rendirent dans les plaines de la Phrygie, à la tête de leurs escadrons et de leurs détachements respectifs. Michel ne put soutenir qu'une bataille; il n'avait sous ses drapeaux que les mercenaires de la garde impériale, étrangers à l'intérêt public, et animés seulement par un principe d'honneur et de reconnaissance. Après leur défaite, l'empereur, plein d'effroi, demanda un traité; et telle était la modération d'Isaac Comnène, qu'il allait y consentir; mais Michel fut trahi par ses ambassadeurs, et Comnène averti par ses amis. Le premier, abandonné de tout le monde, se soumit à la voix du peuple; le patriarche affranchit la nation de son serment de fidélité; et, au moment où il rasa la tête de l'empereur, qu'on reléguait dans un monastère, il le félicita d'échanger une couronne terrestre contre le royaume du ciel; échange toutefois que ce prêtre n'aurait probablement pas agréé pour son propre compte. Le même patriarche couronna solennellement Isaac Comnène : l'épée qu'il fit graver sur les monnaies put être regardée comme un symbole insultant, si elle désignait le droit de conquête qui avait assuré le trône à Comnène; toutefois cette épée avait été tirée contre les ennemis de l'Etat, étrangers ou domestiques. L'affaiblissement de sa santé et de sa force diminuèrent son activité; et, se voyant près de la mort, il résolut de mettre quelque intervalle entre le trône et l'éternité. Mais au lieu de laisser l'empire pour dot à sa fille, sa raison, et son inclination se réunissaient pour l'engager à remettre le sceptre dans les mains de son frère Jean, prince guerrier et patriote, et père de cinq fils, qui devaient maintenir la couronne dans sa famille. On put voir d'abord, dans les modestes refus de celui-ci, un effet naturel de sa réserve et de son attachement pour son frère et sa nièce; mais, dans son inflexible obstination à refuser l'empire, bien qu'elle semble revêtir les couleurs de la vertu, on doit condamner un criminel oubli de son devoir, et un tort réel et peu commun envers sa famille et son pays. La pourpre qu'il refusa constamment fut acceptée par Constantin Ducas, ami de la maison des Comnène, et qui à une extraction noble joignait l'habitude des fonctions civiles et de la réputation en ce genre. Isaac se retira dans un couvent, où il recouvra la santé et survécut deux ans à son abdication, soumis aux ordres de son abbé. Il suivit la règle de saint Basile, et remplit les fonctions les plus serviles du monastère; mais le reste de vanité qu'il conservait sous son habit de moine, fut satisfait des visites fréquentes et respectueuses qu'il reçut de l'empereur régnant, dont il était révéré comme un bienfaiteur et comme un saint.

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