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  Isaac II Ange

12 septembre 1185-28 janvier 1204 (Isaac II Ange)



Sources historiques : Edward Gibbon




12 septembre 1185

Isaac II Ange

Le meurtre d'Étienne Hagiochristophoritès par Isaac Ange
Le meurtre d'Etienne
Hagiochristophoritès
par Isaac Ange

Les branches issues de la souche des Comnène avaient insensiblement disparu; et la ligne mâle ne se continua que dans la postérité d'Andronic, qui, au milieu de la confusion publique, usurpa la souveraineté de Trébisonde, si obscure dans l'histoire et si fameuse dans les romans. Un particulier de Philadelphie, Constantin l'Ange, était parvenu à la fortune et aux honneurs en épousant une fille de l'empereur Alexis. Andronic, son fils, ne se distingua que par sa lâcheté. Isaac, son petit-fils, punit le tyran et le remplaça sur le trône; mais il fut détrôné par ses vices et par l'ambition de son frère; et leur discorde facilita aux Latins la conquête de Constantinople, la première grande époque dans la chute de l'empire d'Orient.

(12 avril 1204) Si on calcule le nombre et la durée des règnes, on trouvera qu'une période de six siècles a donné soixante empereurs, en y comprenant les femmes qui possédèrent le trône, et en retranchant de la liste quelques usurpateurs qui ne furent jamais reconnus dans la capitale, et quelques princes gu'ils ne vécurent pas assez pour jouir de leur héritage. Le terme moyen de chaque règne serait ainsi de dix années, c'est-à-dire bien au-dessous de la proportion chronologique de Newton, qui, d'après l'exemple des monarchies modernes plus régulièrement constituées, portait à dix-huit ou vingt ans la durée d'un règne ordinaire. L'empire de Byzance n'eut jamais plus de repos et de prospérité que lorsqu'il put suivre l'ordre de la succession héréditaire. Cinq dynasties, à savoir : la dynastie d'Héraclius, les dynasties Isaurienne, Amorienne, les descendants de Basile et les Comnène, se perpétuèrent chacune à leur tour sur le trône durant cinq, quatre, trois, six et quatre générations. Plusieurs de ces princes comptèrent de leur enfance les années de leur règne; Constantin VII et ses deux petits-fils occupent tout un siècle. Mais dans les intervalles des dynasties byzantines, la succession est rapide et interrompue; les succès de l'un des candidats ne tardaient pas à être effacés, ainsi que son nom, par les succès d'un compétiteur plus heureux. Plusieurs voies conduisaient au trône. L'ouvrage d'une rébellion se trouvait renversé par les coups des conspirateurs, ou miné par le travail silencieux de l'intrigue. Les favoris des soldats ou du peuple, du sénat ou du clergé, des femmes et des eunuques, se couvraient successivement de la pourpre. Leurs moyens d'élévation étaient vils, et leur fin souvent méprisable ou tragique. Un être de la nature de l'homme, doué des mêmes facultés, mais d'une vie plus longue, jetterait un coup d'oeil de compassion et de mépris sur les forfaits et les folies de l'ambition humaine, si ardente à saisir, dans l'étroit espace qui lui est donné, des jouissances précaires et d'une si écourte durée. C'est ainsi que l'expérience de l'histoire élève et agrandit l'horizon de nos idées. L'ouvrage de quelques jours, la lecture de quelques heures, ont fait passer devant nos yeux six siècles entiers, et la durée d'un règne, d'une vie, n'a compris que l'espace d'un moment. Le tombeau est toujours derrière le trône; le succès criminel d'un ambitieux ne précède que d'un instant celui où il va se voir dépouillé de sa proie; et l'immortelle raison, survivant à leur existence, dédaigne les soixante simulacres de rois qui ont passé devant ses yeux, laissant à peine une faible trace dans notre souvenir. Cependant, en considérant que dans tous les siècles, dans toutes les contrées l'ambition a de même soumis les hommes à son irrésistible puissance, le philosophe cesse de s'étonner; mais il ne se borne pas à condamner cette vanité, il cherche le motif d'un empressement si universel à obtenir le sceptre du pouvoir. Dans cette suite de princes qui se succédèrent sur le trône de Byzance, on ne peut raisonnablement l'attribuer à l'amour de la gloire ou à l'amour de l'humanité. La vertu de Jean Comnène se montra seule bienveillante et pure. Les plus illustres d'entre les souverains qui précèdent ou suivent ce respectable empereur, ont marché avec une sorte d'adresse et de vigueur dans les sentiers tortueux et sanglants d'une politique égoïste. Lorsqu'on examine bien les caractères imparfaits de Léon Isaurien, de Basile Ier, d'Alexis Comnène, de Théophile, de Basile II et de Manuel Comnène, l'estime et la censure se balancent d'une manière presque égale; et le reste de la foule des empereurs n'a pu former des espérances que sur l'oubli de la postérité. Le bonheur personnel fut-il le but et l'objet de leur ambition ? Leur condition est de toutes la plus remplie de terreurs et la moins susceptible d'espérances. Les révoltions de l'antiquité donnaient à ces passions opposées bien plus de latitude qu'elles n'en peuvent avoir dans le monde moderne, ou la ferme et régulière constitution des empires ne donne guère lieu de croire que nous puissions aisément voir se renouveler le spectacle des triomphes d'Alexandre et de la chute de Darius. Toutefois, par un malheur particulier aux princes de Byzance, ils furent exposés à des périls domestiques, et ne purent espérer de conquêtes étrangères. Une mort plus cruelle et plus honteuse que celle du dernier des criminels, précipita Andronic du faite des grandeurs; mais les plus illustres de ses prédécesseurs, avaient eu beaucoup plus à craindre de leurs sujets qu'à espérer de leurs ennemis. L'armée était licencieuse, sans courage, et la nation turbulente sans liberté. Les Barbares de l'Orient et de l'Occident pesaient sur les frontières de la monarchie, et la perte des provinces fut suivie de la servitude de la capitale.

La suite des empereurs romains, depuis le premier des Césars jusqu'au dernier des Constantin, occupe un intervalle de plus de quinze siècles; et aucune des anciennes monarchies, telles que celles des Assyriens ou des Mèdes, des successeurs de Cyrus ou de ceux d'Alexandre, ne présente d'exemple d'un empire qui ait duré aussi longtemps sans avoir subi le joug d'une conquête étrangère.

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