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  Zénon, Anastase et Justin  

9 février 474-9 janvier 475 (Zénon)

11 avril 491-10 juillet 518 (Anastase)

10 juillet 518-1er août 527 (Justin)

Zénon Anastase Justin empereur



Sources historiques : Edward Gibbon




474-475

Zénon

Zénon
Monnaie à l'effigie de Zénon

Un héros, issu d'un sang royal, dut mépriser le vil Isaurien revêtu de la pourpre sans la mériter par aucune qualité de l'esprit ou du corps, sans aucun des avantages de la naissance, et sans aucun droit au respect des hommes. Après l'extinction de la famille de Théodose, Marcien et Léon justifièrent à quelques égards, par leur caractère, le choix de Pulchérie et celui du sénat; mais ce dernier prince affermit et déshonora son règne par le meurtre d'Aspar et de sa famille, qui exigeaient de l'empereur trop de soumission et de reconnaissance. Un enfant, fils de sa fille Ariane, hérita sans contestation de l'empire d'Orient, et l'époux Isaurien d'Ariane, l'heureux Trascalisseus, quitta ce nom barbare pour prendre le nom grec de Zénon. Après la mort de Léon, son beau-père, il s'approcha du trône de son fils avec un respect affecté. Il accepta humblement comme une faveur, le second rang dans l'empire et la mort subite et prématurée de son jeune collègue, dont la vie ne pouvait plus favoriser son ambition, fit naître dans le public des soupçons contre lui. Les femmes et leurs passions gouvernaient et agitaient alors le palais de Constantinople. Verina, veuve de Léon, réclamant l'empire comme sa propriété, osa prononcer une sentence de déposition contre l'ingrat serviteur qui ne devait qu'à elle seule le sceptre de l'Orient. Du moment où Zénon fut instruit de la révolte, il s'enfuit avec précipitation dans les montagnes de l'Isaurie, et le servile sénat proclama, d'une voix unanime Basiliscus, frère de Verina, déjà infâme par son expédition d'Afrique; mais le règne de l'usurpateur fut orageux et de courte durée. Basiliscus ne craignit pas d'assassiner l'amant de sa soeur; il offensa celui de sa femme, le frivole et insolent Harmatius, qui, au milieu de toutes les mollesses de l'Asie, affectait de prendre l'habillement, le maintien et le surnom d'Achille. Les mécontents conspirèrent pour rappeler Zénon de l'exil; ils lui livrent les armées, la capitale et la personne de Basiliscus, dont la famille entière fut condamnée aux longues douleurs de la faim et du froid par un vainqueur inhumain, qui n'avait pas le courage de combattre ses ennemis, ni de leur pardonner. L'orgueilleuse Verina, incapable de se soumettre ou de vivre en repos, fit agir les ennemis d'un général alors en faveur, embrassa sa cause dès qu'il fut disgracié, créa un nouvel empereur en Syrie et en Egypte, leva une armée de soixante mille hommes, et soutint jusqu'au dernier moment de sa vie une rébellion infructueuse, qui, suivant l'usage du temps, avait été prédité par des ermites chrétiens et des magiciens du paganisme. Tandis que ses intrigues bouleversaient l'Orient, on admirait dans sa fille Ariane la douceur, la fidélité et toutes les vertus qui appartiennent aux femmes : elle suivit son mari en exil et après son rétablissement, elle implora sa clémence en faveur de sa mère.

491-518

Anastase

A la mort de Zénon, Ariane, fille, mère et veuve d'un empereur, donna sa main et l'empire à Anastase, vieux domestique du palais, qui demeura plus de vingt-sept ans sur le trône, et dont le mérite est attesté par cette acclamation du peuple : Régnez comme vous avez vécu.

5 mai 482 ou 11 mai 483

Naissance de Justinien

Justinien naquit1 près des ruines de Sardica, aujourd'hui Sophia, d'une famille obscure2 de ces Barbares du pays inculte et sauvage auquel on a donné successivement les noms de Dardanie, de Dacie et de Bulgarie. Il dut sa fortune, à l'esprit aventurier de son oncle Justin, qui, avec deux autres paysans de son village, abandonna pour la profession militaires, l'emploi plus utile de cultivateur et de berger. Ces trois jeunes gens n'emportant dans leurs havresacs qu'une mince provision de biscuit, suivirent à pied la grande route de Constantinople, et leur force et leur stature les firent admettre bientôt parmi les gardes de l'empereur Léon. Sous les deux règnes suivants, l'heureux Justin parvint à la fortune et aux honneurs : s'il échappa à quelques dangers qui menaçaient sa vie, et lorsqu'il fut sur le trône, on ne manqua pas d'imputer cette délivrance à l'ange gardien, qui veille sur le sort des rois. Ses longs et estimables services dans les guerres d'Isaurie et de Perse n'auraient pas sauvé son nom de l'oubli; mais ils justifient les dignités militaires qu'il obtint successivement dans le cours de cinquante années, il devint tribun, comte, général, sénateur, et il commandait les gardes au moment de crise où mourait l'empereur Anastase. La famille de celui-ci, qu'il avait élevée et enrichie, fut exclue de la couronne, et l'eunuque Amantius, qui régnait au palais, ayant résolu de placer le diadème sur la tête de la plus soumise de ses créatures, imagina d'acheter les gardes en leur distribuant des sommes considérables, et chargea leur commandant de ce dépôt; mais le perfide Justin fit valoir pour lui ces arguments irrésistibles, et aucun compétiteur n'osant se présenter, le paysan de la Dacie fut revêtu de la pourpre, de l'aveu unanime des soldats, qui connaissaient sa bravoure et sa douceur; du clergé et du peuple qui le croyaient orthodoxe, et des habitants des provinces, qui se soumettaient aveuglément aux volonté de la capitale.

1. Il reste quelques difficultés sur l'époque de sa naissance (Ludwig, in. Vit. Justiniani, p. 125); mais on est sûr qu'il naquit dans le district de Bederiane, et dans le village de Tauresium, auquel il donna son nom par la suite. D'Anville, Hist. de l'Acad., etc., t. XXXI, p. 287-292.

2. Les noms goths de ces paysans de la Dardanie : le nom de Justinien était la traduction de celui d'Uprauda; qu'il avait porté d'abord. Son père Sabatius (en langue graeco-barbare, Stipes) s'appelait dans son village Istock; on adoucit le mot de Bigleniza, nom de sa mère, et on en fit Vigilantia.

10 juillet 518

Justin empereur

Justin
Monnaie à l'effigie de Justin

Justin, qu'on appelle l'Ancien, pour le distinguer d'un autre empereur de la même famille et du même nom, monta sur le trône de Byzance à l'âge de soixante-huit ans; et s'il eût été abandonné à lui-même, chaque instant d'un règne de neuf années aurait appris à ses sujets qu'ils avaient bien mal choisi. Son ignorance égalait celle de Théodoric; et il est assez singulier que dans un siècle qui n'était pas dépourvu de science, il se trouvât deux monarques qui ne sussent pas lire. Mais le génie de Justin était bien inférieur à celui du roi des Goths : son expérience de l'art de la guerre ne le mettait pas en état de gouverner un empire; et quoiqu'il eût de la valeur, le sentiment de sa faiblesse le disposait à l'incertitude, à la défiance et à la crainte; mais les affaires de l'administration étaient conduites avec soin et avec fidélité par le questeur Proclus; et le vieil empereur se fit un appui des talents et de l'ambition de son neveu Justinien, qu'il adopta après l'avoir tiré de sa solitude rustique de la Dacie, et l'avoir fait élever à Constantinople comme l'héritier de sa fortune particulière, et ensuite comme l'héritier de l'empire.

525

Adoption de Justinien

Après avoir trompé Amantius, il fallait bien lui ôter la vie. On y réussit sans peine en l'accusant d'une conspiration réelle ou fausse; et pour aggraver ses crimes, on eut soin d'informer les juges qu'il était secrètement attaché à l'hérésie de Manès : Amantius perdit la tête; trois de ses compagnons, les premiers domestiques du palais, furent punis de mort ou exilés, et l'infortuné à qui l'eunuque avait voulu donner la couronne, fut mis dans un cachot, assommé à coups de pierre, et jeté ignominieusement dans la mer sans sépulture. La perte de Vitalien présenta plus de difficultés et de périls. Ce chef goth avait obtenu la faveur populaire par la guerre civile qu'il ne craignit pas de soutenir contre Anastase pour la défense des orthodoxes; et ayant obtenu un traité avantageux, il continuait à se tenir dans le voisinage de Constantinople, à la tête d'une armée victorieuse de Barbares. Séduit par de frivoles serments, il se laissa persuader de quitter cette situation avantageuse, et de se hasarder dans les murs de la capitale. On eût l'adresse d'exciter contre lui les habitants et surtout la faction des Bleus, et même de lui faire un crime de son zèle pour la religion. L'empereur et son neveu l'accueillirent comme le fidèle champion de l'Eglise et de l'Etat; ils lui donnèrent d'un air reconnaissant les titres de consul et de général; mais le septième mois de son consulat, il fut percé de dix sept coups à la table du prince1; et Justinien, qui hérita de sa dépouille, fut accusé, par l'opinion publique du meurtre d'un homme de la même communion que lui, auquel il avait récemment engagé sa foi en participant avec lui aux saints mystères. Après la chute de son rival, Justinien fut élevé, sans l'avoir mérité par aucun service militaire, au grade de maître général des armées d'Orient, à la tête desquelles il devait, en cette qualité, marcher contre les ennemis de l'Etat; mais en courant après la gloire, Justinien s'exposait à perdre, par son absence, l'empire que lui donnaient sur son oncle l'âge et la faiblesse de celui-ci; et au lieu de mériter l'applaudissement de ses compatriotes2 par des victoires contre les Scythes et les Perses; ce guerrier prudent sollicita leur faveur dans les églises, dans le cirque et dans le sénat de Constantinople. Les catholiques étaient attachés au neveu de Justin, qui, entre les hérésies de Nestorius et d'Eutychès, gardait l'étroit sentier tracé par l'inflexible et intolérante croyance des orthodoxes. Les premiers jours du nouveau règne, on le dit exciter et flatter l'exaltation du peuple contre la mémoire du dernier empereur. Après un schisme de trente-quatre ans, il parvint à calmer l'orgueil et la colère du pontife de Rome, et à inspirer aux Latins une opinion favorable de son respect pour le siège apostolique. Les différents sièges des Eglises de l'Orient furent occupés par des évêques catholiques dévorés à ses intérêts; il gagna le clergé et les moines par des largesses, et l'on instruisit le peuple à prier pour son futur souverain, l'espoir et l'appui de la véritable religion. Justinien étala sa magnificence dans les spectacles qu'il donna au peuple, objet non moins important aux yeux de la multitude que le symbole de Nicée et de Chalcédoine. Les dépenses de son consulat furent évaluées à deux cent quatre-vingt-huit mille pièces d'or, vingt lions et trente léopards parurent en une seule fois dans l'amphithéâtre; et les conducteurs de char qui avaient remporté le prix aux jeux du cirque, reçurent en outre, de lui, un don extraordinaire de chevaux richement harnachés. En même temps qu'il favorisait les goûts du peuple de Constantinople et prêtait l'oreille aux requêtes des rois étrangers, il cultivait avec soin l'affection du sénat. Ce nom toujours respectable semblait autoriser les sénateurs à déclarer le voeu de la nation, et à régler la succession au trône impérial. Le faible Anastase avait laissé la vigueur du gouvernement se perdre dans une sorte d'aristocratie, et les officiers militaires qui obtenaient le rang de sénateur, continuaient à marcher escortés de leur garde particulière, composée d'une troupe de vétérans dont les armes ou les acclamations pouvaient, dans un tumulte populaire, disposer du diadème de l'Orient. On prodigua les trésors de l'Etat pour acheter les sénateurs, et d'une voix unanime ils prièrent l'empereur de vouloir bien adopter Justinien pour son collègue; mais cette requête, qui avertissait trop clairement Justin de sa fin prochaine, fut mal reçue d'un vieux monarque ombrageux par caractère, et jaloux de conserver un pouvoir qu'il ne pouvait plus exercer; retenant sa pourpre des deux mains, il leur conseilla, puisque le choix d'un candidat était si lucratif, de porter leurs vues sur un homme plus âgé. Malgré ce reproche, le sénat ne procéda pas moins à décorer Justinien du titre royal de nobilissimus; et soit par attachement pour son neveu, soit par des motifs de crainte l'empereur, ratifia le décret. La faiblesse d'esprit et de corps, où le réduisit bientôt une blessure incurable qu'il avait à la cuisse, ne lui permit plus de tenir les rênes de l'empire. Il manda le patriarche et les sénateurs, et, en leur présence, il plaça le diadème sur la tête de Justinien, qui du palais fut conduit au cirque, où il reçut les bruyantes et joyeuses félicitations du peuple. Justin vécut encore quatre mois; mais depuis cette cérémonie on le regarda comme mort pour l'empire qui reconnut pour souverain légitime de l'Orient, Justinien, alors dans la quarante-cinquième année de son âge.

1. Il était arrière-petit-fils d'Aspar, prince héréditaire de la Scythie mineure, et, comte des Goths confédérés de la Thrace. Les Bessi, sur lesquels il avait de l'influence, sont les Goths minores de Jornandès, c. 51.

2. Dans sa première jeunesse, plane adolescens, il avait passé quelque temps à la cour de Théodoric en qualité d'otage. Alemannus (ad Procope, Anecdot., 9, p. 34 de la 1re édition) cite sur ce fait curieux une histoire manuscrite de Justinien, qu'avait composée Théophile, son précepteur. Ludwig (p. 143) voudrait bien faire de Justinien un guerrier.

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