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  Constantin III; Héraclonas, Constant II, Constantin IV, Justinien II, Léonce, Tibère III, Philippicos (Philippicus), Anastase II, et Théodose III

11 février 641-25 mai 641 (Constantin III)

25 mai 641-septembre 641 (Héraclonas)

septembre 641-15 septembre 668 (Constant II)

septembre 685-695 (Justinien II)

695-698 (Léonce)

698-21 août 705 (Tibère III)

21 août 705-11 décembre 711 (Justinien II)

11 décembre 711-3 juin 713 (Philippicus)

3 juin 713-août 715 (Anastase II)

mai 715-25 mars 717 (Théodose III)

Constantin III Héracléonas Constant II Constantin IV, surnommé Pogonat Justinien II et Léonce Justinien II et Léonce Tibère III et l'exil de Justinien II Rétablissement de Justinien II Philippicus 
Anastase II Théodose III



Sources historiques : Edward Gibbon




Février 641

Constantin III

Constantin III
Constantin III

Lorsque Martina se montra pour la première fois sur le trône, avec le titre et les attributs de la royauté, elle rencontra une opposition ferme, quoique respectueuse, et des préjugés superstitieux ranimèrent les dernières étincelles de la liberté. Nous respectons la mère de nos princes, s'écria un citoyen; mais ces princes sont les seuls à qui nous devions de l'obéissance, et Constantin, l'aîné de nos deux empereurs, est en âge de soutenir le poids de la couronne : La nature a exclu votre sexe des travaux du gouvernement. Si les Barbares approchaient de la ville royale, soit en ennemis, soit avec de pacifiques intentions, pourriez-vous les combattre ? Sauriez-vous leur répondre ? Les Persans, esclaves eux-mêmes, ne pourraient supporter le gouvernement d'une femme. Que le ciel préserve à jamais la république romaine d'un événement qui déshonorerait la nation ! Martina descendit du trône avec indignation, et se réfugia dans la partie du palais habitée par les femmes. Le règne de Constantin III ne fut que de cent trois jours, il mourut à l'âge de trente ans : sa vie entière avait été une longue maladie; on attribua cependant sa mort prématurée à sa belle-mère, et on crut qu'elle avait employé le poison. Elle recueillit en effet les fruits de cette mort, et s'empara du gouvernement au nom d'Héracléonas.

26 mai 641

Héracléonas

Mais tout le monde abhorrait l'incestueuse veuve d'Héraclius; elle excitait les soupçons du peuple et les deux orphelins qu'avait laissés Constantin devinrent les objets de la sollicitude publique. En vain le fils de Martina, âgé seulement de quinze ans, instruit par sa mère, déclara qu'il servirait de tuteur à ses neveux, dont l'un avait été tenu par lui sur les fonts de baptême; en vain il jura sur la vraie croix de les défendre contre tous leurs ennemis. Peu de moments avant sa mort, le dernier empereur avait fait partir un serviteur fidèle pour armer les troupes et les provinces de l'Orient en faveur des orphelins qu'il laissait en des mains si suspectes : l'éloquence et la libéralité de Valentin lui avaient assuré un plein succès; de son camp de Chalcédoine, il osa demander qu'on punît les assassins, et qu'on rétablît sur le trône l'héritier légitime. La licence des soldats qui saccageaient les vignes et buvaient le vin des domaines d'Asie appartenant aux habitants de Constantinople, excita ceux-ci contre les auteurs de leurs maux, et on entendit retentir l'église de Sainte-Sophie, non pas d'hymnes et de prières, mais des clameurs et des imprécations d'une multitude furieuse. Héracléonas, appelé par des cris impérieux, se montra en chaire avec l'aîné des deux orphelins : Constant seul fut proclamé empereur des Romains, et on plaça sur sa tête, avec la bénédiction solennelle du patriarche, une couronne d'or qu'on avait prise sur le tombeau d'Héraclius; mais, dans le tumulte de la joie et de l'indignation, l'église fut pillée, et Pyrrhus, sectateur de l'hérésie des monothélites, et créature de l'impératrice, pour se soustraire à la violence des catholiques, prit fort sagement le parti de s'enfuir après avoir laissé une protestation sur l'autel. Le sénat, momentanément revêtu de quelque force par l'assentiment des soldats et du peuple, avait à remplir des fonctions plus sérieuses et plus sanglantes. Animé de l'esprit de la liberté romaine, il renouvela l'antique et imposant spectacle d'un tyran jugé par son peuple ! Martina et son fils furent déposés, et condamnés comme les auteurs de la mort de Constantin; mais la sévère justice des pères conscrits fut souillée par la cruauté qui confondit l'innocent avec le coupable.

septembre 641

Châtiment de Martina et d'Héracléonas

Martina et Héracléonas furent condamnés à avoir l'une la langue l'autre le nez coupés, et, après cette cruelle exécution, l'un et l'autre passèrent le reste de leurs jours dans l'exil et dans l'oubli; et ceux des Grecs qui se trouvaient capables de quelque réflexion durent, jusqu'à un certain point, se consoler de leur servitude, en observant où peut aller l'abus du pouvoir remis pour un moment entre les mains de l'aristocratie.

septembre 641

Constant II

Constant II
Constant II et Constantin IV

Quand on lit le discours que Constant II prononça devant le sénat de Byzance (septembre 641), à l'âge de douze ans, on se croit reporté à cinq siècles en arrière, dans le temps des Antonins. Après l'avoir remercié du juste châtiment infligé aux assassins, qui venaient d'enlever à la nation les heureuses espérances que donnait le règne de son père, le jeune prince ajouta : La providence divine et votre équitable décret ont précipité du trône Martina et son incestueuse progéniture. Votre majesté et votre sagesse ont empêché l'empire romain de dégénérer en une tyrannie qui ne connaît plus de lois; mes exhortations et mes prières vous demandent de consacrer au bien public vos conseils et votre prudence. Ces paroles respectueuses, jointes à de grandes largesses, satisfirent les sénateurs; mais les serviles Grecs étaient indignes d'une liberté dont ils faisaient peu de cas, et les préjugés du temps, l'habitude du despotisme, effacèrent bientôt dans l'esprit du nouvel empereur une leçon dont on ne l'avait occupé que quelques instants. Il n'en conserva qu'une crainte inquiète de voir quelque jour le sénat ou le peuple entreprendre sur le droit de primogéniture, et placer son frère Théodose sur le trône, en le revêtant d'un pouvoir égal au sien. Le petit-fils d'Héraclius, promu aux ordres sacrés, devint ainsi inhabile à la pourpre. Mais cette cérémonie, qui semblait profaner les sacrements de l'Eglise, ne suffit pas pour apaiser les soupçons du tyran, et la mort du diacre Théodose put seule expier le crime de son extraction royale. Sa mort fut vengée par les imprécations du peuple; et le meurtrier, alors dans toute la plénitude de sa puissance, fut forcé de se condamner de lui-même à un exil perpétuel. Constant s'embarqua pour la Grèce, et, comme s'il avait voulu rendre à sa patrie les sentiments d'horreur qu'il méritait d'elle, on dit que de sa galère impériale il cracha sur les murs de Constantinople. Après avoir passé l'hiver à Athènes, il se rendit à Tarente en Italie; il alla voir Rome, et termina à Syracuse, où il fixa sa résidence, ce honteux voyage marqué dans tout son cours par des rapines sacrilèges. Mais s'il pouvait échapper aux regards de son peuple, il ne pouvait se fuir lui-même : les remords de sa conscience créèrent un fantôme qui le poursuivit par terre et par mer, la nuit et le jour; sans cesse il croyait apercevoir devant lui la figure de Théodose qui, lui présentant une coupe remplie de sang, et l'approchant de ses lèvres, lui disait ou semblait lui dire : Bois, mon frère, bois; allusion à la circonstance qui aggravait son crime, pour avoir reçu des mains du diacre la coupe mystérieuse du sang de Jésus-Christ. Odieux à lui-même et odieux au genre humain, il mourut dans la capitale de la Sicile par une trahison domestique, et peut-être par une conspiration des évêques. Un domestique qui le servait au bain, après lui avoir versé de l'eau chaude sur la tête, le frappa avec violence du vase qu'il tenait : le prince tomba étourdi du coup, et suffoqué par la chaleur de l'eau; sa suite, étonnée de ne pas le voir paraître, s'approcha de lui et reconnut avec indifférence qu'il était mort. Les troupes de la Sicile revêtirent de la pourpre un jeune homme obscur; dont l'inimitable beauté échappait, comme il est facile de le concevoir, à l'habileté des peintres et des sculpteurs de son temps.

septembre 668

Constantin IV, surnommé Pogonat

Constant avait laissé trois fils dans le palais de Byzance : l'aîné avait été revêtu de la pourpre dès son enfance. Lorsqu'il leur ordonna de venir le trouver en Sicile, les Grecs, voulant garder ces otages précieux, répondirent que c'étaient les enfants de l'Etat, et qu'on ne les laisserait pas partir. La nouvelle de sa mort arriva avec une rapidité extraordinaire de Syracuse à Constantinople, et Constantin, l'aîné de ses fils, hérita de son trône sans hériter de la haine publique. Ses sujets concoururent avec zèle et avec ardeur au châtiment de la province qui avait usurpé les droits du sénat et du peuple; le jeune empereur sortit de l'Hellespont à la tête d'une escadre nombreuse, et réunit sous ses drapeaux, dans le havre de Syracuse, les légions de Rome et celles de Carthage. La défaite, de l'empereur proclamé par les Siciliens était facile, et sa mort était juste; sa belle tête fut exposée dans l'hippodrome; mais je ne puis applaudir à la clémence d'un prince qui, dans la foule de ses victimes, comprit le fils d'un patricien, coupable seulement d'avoir déploré avec amertume l'exécution d'un père vertueux. Ce jeune homme, qu'on appelait Germanus, subit une mutilation déshonorante : il survécut à cette cruelle opération, et son élévation subséquente au rang de patriarche, et de saint a conservé le souvenir de l'indécente cruauté de l'empereur. Constantin, après de si sanglants sacrifices offerts aux mânes de son père, revint dans sa capitale; et sa barbe ayant paru durant son voyage de Sicile; cette circonstance fut annoncée à l'univers par le surnom familier de Pogonat. La discorde fraternelle souilla son règne ainsi que celui de son prédécesseur. Il avait accordé le titre d'Auguste à Héraclius et à Tibère, ses deux frères; mais ce n'était pour eux qu'un vain titre, car ils continuaient à languir dans la solitude du palais, sans exercer aucun pouvoir et sans être chargés d'aucune fonction. A leurs secrètes instigations, les troupes du thême ou province d'Anatolie s'approchèrent de Constantinople du côté de l'Asie : elles demandèrent en faveur des deux frères de Constantin le partage ou l'exercice de la souveraineté, et soutinrent cette demande séditieuse d'un argument théologique. Les soldats s'écriaient qu'ils étaient chrétiens et catholiques et sincères adorateurs à la sainte et indivisible Trinité; que puisqu'il y avait trois personnes égales dans le ciel, il était raisonnable qu'il y eût trois personnes égales sur la terre. L'empereur invita ces habiles docteurs à une conférence amicale, dans laquelle ils pourraient proposer leurs raisons au sénat : ils s'y rendirent, et bientôt la vue de leurs corps, suspendus à un gibet dans le faubourg de Galata, réconcilia leurs camarades avec l'unité, du règne de Constantin. Il pardonna à ses frères; on continua à les nommer dans les acclamations publiques : mais s'étant rendus de nouveau coupables, ou ayant été de nouveau soupçonnés, ils perdirent le titre d'Auguste, et on leur coupa le nez en présence des évêques catholiques qui formaient à Constantinople le sixième concile général. A la fin de sa vie, Pogonat se montra soigneux d'établir le droit de primogéniture. Les cheveux de ses deux fils, Justinien et Héraclius, furent offerts sur la châsse de saint Pierre comme un symbole de leur adoption spirituelle par le pape; mais l'aîné fut seul élevé au rang d'Auguste, et obtint seul l'assurance de la couronne.

septembre 685

Justinien II et Léonce

Justinien II hérita de l'empire après la mort de son père, et le nom d'un législateur triomphant fut déshonoré par les vices d'un jeune homme qui n'imita le réformateur des lois que dans le luxe des bâtiments. Ses passions étaient fortes, mais son jugement faible : il exaltait, avec l'enivrement d'un sot orgueil, le droit de naissance qui lui soumettait des millions d'hommes, tandis que la plus petite communauté ne l'aurait pas choisi pour son magistrat particulier. Ses ministres favoris étaient un eunuque et un moine, c'est-à-dire les deux êtres par leur état les moins susceptibles des affections humaines : à l'un il abandonnait le palais, et à l'autre les finances; le premier châtiait à coups de fouet la mère de l'empereur; le second faisait suspendre les débiteurs insolvables, la tête en bas, sur un feu lent et exhalant une épaisse fumée. Depuis les jours de Commode et de Caracalla, la crainte avait été le mobile ordinaire de la cruauté des souverains de Rome; mais Justinien, doué de quelque vigueur de caractère, se plaisait à voir les tourments de ses sujets, et brava leur vengeance l'espace d'environ dix ans, jusqu'au moment où il eut comblé la mesure de ses crimes et celle de leur patience. Léontius (Léonce), général renommé, avait gémi plus de trois ans dans un cachot avec quelques patriciens des plus nobles familles et du nombre de ceux qui avaient le plus de mérite; le souverain l'en tira tout à coup pour lui donner le gouvernement de la Grèce : cette grâce, accordée à un homme outragé, annonçait le mépris plutôt que la confiance. Ses amis l'accompagnant jusqu'au port où il devait s'embarquer, il leur dit en soupirant qu'on ornait la victime pour le sacrifice, et que la mort le suivrait de près. Ils osèrent lui répondre que la gloire et l'empire seraient peut-être la récompense d'une résolution généreuse; que toutes les classes de l'Etat abhorraient le règne d'un monstre, et que deux cent mille patriotes n'attendaient que la voix d'un chef. Ils choisirent la nuit pour le moment de leur délivrance; et, dans les premiers efforts des conspirateurs, le préfet de la capitale fut égorgé, et on força les prisons : les émissaires de Léontius crièrent dans toutes les rues : Chrétiens, à Sainte-Sophie ! Le texte choisi par le patriarche, Voici le jour du Seigneur, fut l'annonce d'un sermon qui acheva d'enflammer tous les esprits; et, quittant l'église, le peuple indiqua une autre assemblée dans l'hippodrome. Justinien, en faveur duquel on n'avait pas tiré un seul glaive, fut traîné devant ces juges furieux, qui demandèrent qu'on le punît de mort au même instant. Léontius (Léonce), déjà revêtu de la pourpre, vit d'un oeil de compassion le fils de son bienfaiteur, et le rejeton d'un si grand nombre d'empereurs, prosterné devant lui. Il épargna la vie de Justinien; on lui coupa, d'une manière imparfaite, le nez et peut-être la langue : l'heureuse flexibilité de l'idiome grec lui donna sur-le-champ le nom de Rhinotmète; et le tyran, ainsi mutilé, fut relégué à Cherson, bourgade solitaire de la Tartarie-Crimée, qui tirait des blés, des vins et de l'huile des pays voisins, comme des objets de luxe.


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695-705

Tibère III et l'exil de Justinien II

Justinien, banni sur la frontière des déserts de la Scythie, nourrissait toujours l'orgueil de sa naissance et l'espoir de remonter sur le trône. Après trois ans d'exil, il apprit avec joie qu'une seconde révolution l'avait vengé, et que Léontius (Léonce) avait été détrôné et mutilé à son tour par le rebelle Apsimar, qui avait pris le nom plus respectable de Tibère. Mais les prétentions de la ligne directe devaient être redoutables à un usurpateur de la classe du peuple; et ses inquiétudes étaient augmentées par les plaintes et les accusations des habitants de Cherson, qui retrouvaient les vices du tyran dans la conduite du prince exilé. Justinien, suivi d'une troupe de gens attachés à sa personne par une même espérance ou un même désespoir, s'éloigna de cette terre inhospitalière, et se réfugia chez les Chozares, qui campaient entre le Tanaïs et le Borysthène. Le khan, ému de compassion, traita avec respect un tel suppliant : il l'établit à Phanagoria, ville jadis opulente, située sur la rive du lac Maeotis, du côté de l'Asie. Justinien, oubliant alors tous les préjugés romains, épousa une soeur du Barbare, qui cependant, d'après son nom de Théodora, semble avoir reçu le baptême; mais l'infidèle khan fut bientôt séduit par l'or de Constantinople, et sans la tendresse de sa femme, qui lui révéla les projets qu'on formait contre lui, Justinien aurait péri sous le glaive des assassins, ou bien eut été livré au pouvoir de ses ennemis. Après avoir étranglé de sa main les deux émissaires du khan, il renvoya Théodora à son frère et s'embarqua sur l'Euxin pour chercher des alliés plus fidèles. Une tempête assaillit le vaisseau qu'il montait, et l'un des hommes de sa suite lui conseilla d'obtenir la miséricorde du ciel, en faisant le voeu d'un pardon général si jamais il remontait sur le trône. Pardonner ! s'écria l'intrépide tyran, plutôt mourir à l'instant même ! Que le Tout-Puissant m'engloutisse dans les vagues de la mer si je consens à épargner la tête d'un seul de mes ennemis ! Il survécut à cette menace impie; il arriva à l'embouchure du Danube, et osa se hasarder dans le village habité par le roi des Bulgares, Terbelis, prince guerrier et païen, dont il obtint des secours en lui promettant sa fille et le partage des trésors de l'empire. Le royaume des Bulgares se prolongeait jusqu'aux frontières de la Thrace, et les deux princes se portèrent sous les murs de Constantinople avec quinze mille cavaliers. Apsimar (Tibère III) fut déconcerté par cette brusque apparition de son rival dont la tête lui avait été promise par le Chozare, et dont il ignorait l'évasion. Dix années d'absence avaient presque effacé le souvenir des crimes de Justinien; sa naissance et ses malheurs excitaient la pitié de la multitude, toujours indisposée contre les princes qui la gouvernent, et les soins actifs de ses partisans l'introduisirent dans la ville et le palais de Constantin.

705-711

Rétablissement de Justinien II

Constant II
Justinien II

Justinien, en récompensant ses alliés, en rappelant sa femme, prouva qu'il n'était pas tout à fait étranger à des sentiments d'honneur et de reconnaissance. Terbelis se retira avec un monceau d'or dont l'étendue fut déterminée par la portée de son fouet; mais jamais voeu ne fut si religieusement accompli que le serment de vengeance prononcé au milieu des drames de l'Euxin. Les deux usurpateurs (car c'est pour le vainqueur que doit être réservé le nom de tyran) furent amenés dans l'hippodrome, l'un de sa prison et l'autre de son palais. Léontius (Léonce) et Apsimar (Tibère III), avant d'être livrés aux bourreaux, furent étendus chargés de chaînes sous le trône de l'empereur, et Justinien, établissant l'un de ses pieds sur le cou de chacun d'eux, regarda plus d'une heure la course des chars, tandis que le peuple inconstant répétait ces paroles du Psalmiste : Tu marcheras sur l'aspic et sur le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon. La défection universelle qu'il avait jadis éprouvée, put le porter à désirer, comme Caligula, que le peuple romain, n'eût eu qu'une tête. Ce désir ne convenait pas à un tyran ingénieux, puisqu'au lieu des tourments variés dont il accablait les victimes de sa colère, un seul coup aurait terminé les plaisirs de sa vengeance et de sa cruauté. Ces plaisirs furent en effet inépuisables : ni vertus privées ni services publics ne purent expier le crime d'une obéissance active ou même passive à un gouvernement établi, et, dans les six années de son nouveau règne, la hache, la corde et la torture, lui parurent les seuls instruments de la royauté. Mais ce fut surtout contre les habitants de Cherson, qui avaient insulté à son exil et enfreint les lois de l'hospitalité, que se dirigèrent les efforts de son implacable haine. Comme leur position éloignée leur laissait quelques moyens de défense, ou du moins d'évasion, Constantinople fut chargée d'un impôt qui devait payer les frais d'une escadre et d'une armée levée contre eux : Ils sont tous coupables et ils doivent tous périr, tel fut l'ordre de Justinien; il chargea de l'exécution de ce sanguinaire arrêt Etienne, son favori, recommandé près de lui par son surnom de Sauvage. Cependant le sauvage Etienne ne remplit qu'imparfaitement les intentions de son souverain. La lenteur de ses attaques permit à la plus grande partie des habitants de se retirer dans l'intérieur du pays, et le ministre des vengeances du prince se contenta de réduire en servitude les jeunes gens des deux sexes, de brûler vifs sept des principaux citoyens, d'en jeter vingt dans la mer, et d'en réserver quarante-deux qui devaient recevoir leur condamnation de la bouche de Justinien. Au retour d'Etienne, son escadre échoua sur les rochers qui hérissent les côtes de l'Anatolie, et Justinien applaudit à l'obéissance de l'Euxin, qui avait enveloppé dans un même naufrage tant de milliers de ses sujets et de ses ennemis. Cependant, altéré de sang, le tyran ordonna une seconde expédition pour anéantir les restes de la colonie qu'il avait proscrite. Dans ce court intervalle, les Chersonites étaient revenus dans leur ville et se préparaient à mourir les armes à la main : le khan des Chozares avait abandonné la cause de son détestable beau-frère; les exilés de toutes les provinces se réunirent à Tauris; et Bardanes fût revêtu de la pourpre sous le nom de Philippicus. Les troupes impériales ne voulant ni ne pouvant exécuter les projets vindicatifs de Justinien, échappèrent à sa fureur en renonçant à son obéissance; l'escadre conduite par Philippicus arriva heureusement aux havres de Sinope et de Constantinople; toutes les bouches prononcèrent la mort du tyran, tous les bras s'empressèrent d'y concourir : il était dénué d'amis, il fut abandonné des Barbares qui le gardaient, et le coup qui termina sa vie fut célébré comme un acte de patriotisme et l'effet d'une vertu romaine. Tibère, son fils, s'était réfugié dans une église; sa grand-mère, fort avancée en âge, en défendait la porte; l'innocent jeune homme suspendit à son cou toutes les reliques les plus respectées; il s'appuya d'une main sur l'autel et de l'autre sur la vraie croix : mais la fureur populaire, lorsqu'elle ose fouler aux pieds la superstition, est sourde aux cris de l'humanité, et la dynastie d'Héraclius s'éteignit après avoir porté la couronne durant un siècle.

décembre 711

Philippicus

Constant II
Philippicus

Entre la chute de la dynastie des Héraclides et l'avènement de la dynastie isaurienne, se trouve un intervalle de six années seulement divisé en trois règnes. Bardanes ou Philippicus (Philippicos) fut reçu à Constantinople comme un héros qui avait délivré son pays d'un tyran; et les premiers transports d'une joie aussi sincère qu'universelle, purent lui faire goûter quelques moments de bonheur. Justinien avait laissé un grand trésor, fruit de ses cruautés et de ses rapines; mais son successeur ne tarda pas à le dissiper par de vaines profusions. Le jour de l'anniversaire de sa naissance, Philippicus donna au peuple les jeux de l'hippodrome; il se montra ensuite dans toutes les rues précédé de mille bannières et de mille trompettes, alla se rafraîchir dans les bains de Zeuxippe, et, de retour a son palais, il y donna un festin somptueux à sa noblesse. A l'heure de la Méridienne, il se retira au fond de son appartement, enivré d'orgueil et de vin, et oubliant que ses succès avaient rendu ambitieux chacun de ses sujets, et que chaque ambitieux était secrètement son ennemi. Au milieu du désordre de la fête, de hardis conspirateurs pénétrèrent jusqu'à lui, surprirent le monarque endormi, le garrottèrent, lui crevèrent les yeux et le déposèrent avant même qu'il eût eu le loisir de sentir toute l'étendue de son danger. Mais les traîtres ne profitèrent pas de leur crime; le choix du sénat et du peuple revêtit de la pourpre Artémius, qui exerçait auprès de l'empereur déposé les fonctions de secrétaire.

4 juin 713

Anastase II

Artémius prit le nom d'Anastase II, et, durant un règne court et rempli d'agitations, déploya, soit dans la paix, soit dans la guerre, les vertus qui conviennent à un souverain. Mais, par l'extinction de la ligne impériale, le frein de l'obéissance avait été rompu, et chaque avènement au trône répandait les germes d'une nouvelle révolution.

janvier 716

Théodose III

Constant II
Théodose III

Dans un soulèvement de la flotte, un obscur officier du fisc fut revêtu malgré lui de la pourpre; après quelques mois d'une guerre navale, Anastase abdiqua la couronne, et Théodose III, son vainqueur, se soumit à son tour à l'ascendant supérieur de Léon, général des troupes de l'Orient. On permit à Anastase et à Théodose d'embrasser l'état ecclésiastique : l'ardeur impatiente du premier le conduisit à risquer et à perdre la vie dans une conspiration; les derniers jours du second furent honorables et tranquilles. On ne grava sur sa tombe que ce mot : santé, dont la simplicité sublime exprime la confiance de la philosophie ou celle de la religion, et le peuple d'Ephèse garda longtemps le souvenir de ses miracles. Les ressources qu'offrait l'Eglise purent ainsi quelquefois rendre aux princes la clémence plus facile; mais il n'est pas sûr qu'en diminuant les périls d'une ambition malheureuse, on ait travaillé pour l'intérêt public.

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