Trébonien Galle     

mi-juin 251 - août 253

mi-juin 251

Election de Gallus

Ce coup funeste abattit pour quelque temps l'insolence des légions. Il parait qu'elles attendirent patiemment et reçurent avec soumission le décret du sénat qui réglait la succession à l'empire. Un juste respect pour la mémoire de Dèce éleva sur le trône le seul fils qui lui survécut. Hostilien eut le titre d'empereur; mais, avec un rang égal, on donna une autorité plus réelle à Gallus, dont l'expérience et l'habileté parurent, proportionnées à l'importance des soins qui lui étaient confiés : la tutelle d'un jeune prince, et le gouvernement de l'empire en danger.

252

Traité de paix avec les Goths

Galle
Trébonien Galle

Le premier soin du nouvel empereur fut de délivrer les provinces illyriennes de l'oppression cruelle d'un ennemi victorieux. Il consentit à laisser entre les mains des Goths un butin immense, fruit de leur invasion; et, ce qui ajoutait à la honte de l'Etat, il leur abandonna un grand nombre de prisonniers d'une naissance et d'un mérite distingués. Sacrifiant tout au désir d'apaiser le ressentiment de ces fiers vainqueurs, et de faciliter leur départ, il fournit abondamment leur camp de toutes les provisions qu'ils pouvaient désirer. Il s'engagea même à leur payer tous les ans une somme considérable, à condition qu'ils n'infesteraient plus les provinces romaines (Zonare, XII, p. 628).

Dans le siècle des Scipions, les rois, qui recherchaient la protection de la république ne dédaignaient pas de recevoir des présents de peu de valeur, mais auxquels la main d'un allié puissant attachait le plus grand prix. Une chaise d'ivoire, un simple manteau de pourpre, une coupe d'argent, ou quelques pièces de cuivre1, satisfaisaient les souverains les plus opulents de la terre. Lorsque Rome eut englouti les trésors des nations, les Césars crurent qu'il était de leur grandeur, et même de leur politique, d'exercer envers les alliés de l'Etat une libéralité constante et réglée par une sage modération : ils secouraient la pauvreté des Barbares, honoraient leur mérite, et récompensaient leur fidélité. Ces marques volontaires de bonté ne paraissaient pas arrachées par la crainte; elles venaient seulement de la générosité ou de la gratitude des Romains. Les amis et les suppliants avaient des droits aux présents et aux subsides de l'empereur : ceux qui les réclamaient comme une dette essuyaient un dur refus.

Mais la clause d'un paiement annuel à un ennemi vainqueur ne peut être regardée que comme un tribut ignominieux : les Romains, jusque-là maîtres du monde, n'avaient pas encore été accoutumés à recevoir la loi d'une troupe de Barbares. Le prince qui, par une concession nécessaire, avait probablement sauvé sa patrie, devint l'objet du mépris et de l'aversion générale. Hostilien avait été enlevé au milieu des ravages de la peste; on imputa sa mort à Gallus; le cri de la haine attribua même la défaite de Dèce aux conseils perfides de son odieux successeur Gallus (Zozime). La tranquillité que Rome goûta la première année de son administration (Jornandés) servit plus à enflammer qu'à apaiser le mécontentement public; et, dès que le danger de la guerre eut été éloigné, on sentit plus fortement, et d'une manière bien plus vive l'infamie de la paix.

1. Le riche monarque d'Egypte accepta avec joie et avec reconnaissance une chaise (sella), une robe (toga), et une coupe (patera) d'or du poids de cinq livres (Tite-Live, XXVII, 4). Quina millia oris (qui valaient environ dix huit livres st. en monnaie de cuivre) étaient le présent ordinaire que la république donnait aux ambassadeurs étrangers. Tite-Live, XXXI, 9.

253

Victoire d'Emilien

Mais quel dût être le ressentiment des Romains lorsqu'ils découvrirent qu'ils n'avaient pas assuré leur repos, même au prix de leur honneur ? Le fatal secret de l'opulence et de la faiblesse de l'empire avait été révélé à l'univers. De nouveaux essaims de Barbares, enhardis par le succès de leurs compatriotes, et ne se croyant pas enchaînés par les mêmes traités, répandirent la désolation dans les provinces de l'Illyrie, et portèrent la terreur jusqu'au pied du Capitole. Un gouverneur de Pannonie et de Moesie entreprit la défense de l'Etat, que paraissait abandonner le timide Gallus. Emilien rallia les troupes dispersées et ranima leur courage abattu. Tout à coup les Barbares sont attaqués, mis en déroute, chassés et poursuivis au-delà du Danube. Le général victorieux distribua aux compagnons de ses exploits l'argent destiné pour le tribut, et les acclamations de l'armée le proclamèrent empereur sur le champ de bataille (Zozime, I, 25-26). Gallus semblait avoir oublié les intérêts de l'Etat au milieu des plaisirs de l'Italie; informé presque dans le même instant des succès de la révolte et de la marche rapide de son ambitieux lieutenant, il s'avança au devant de lui jusqu'aux plaines de Spolète. Lorsque les armées furent en présence, les soldats de Gallus comparèrent la conduite ignominieuse de leur souverain avec la gloire de son rival : ils admiraient la valeur d'Emilien; ils étaient attirés par la libéralité avec laquelle il offrait à tous les déserteurs une augmentation de paye considérable (Victor, in Cosaribus).

Mai 253

Mort de Gallus

Le meurtre de Gallus et de son fils Volusien termina la guerre civile (mai 253); le sénat donna une sanction légale aux droits de la conquête. Les lettres d'Emilien à cette assemblée sont un mélange de modération et de vanité : il l'assurait qu'il remettrait à sa sagesse l'administration civile, et que, content de la qualité de général, il maintiendrait la gloire de la république, et délivrerait l'empire en peu de temps des Barbares de l'Orient, et du Nord (Zonare, XII). Son orgueil eut lieu d'être satisfait des louanges des sénateurs. Il existe encore des médailles où il est représenté avec le nom et les attributs d'Hercule le victorieux et de Mars Vengeur (Banduri numismata, p. 94).

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