Gordien III   

29 juillet 238 - 11 février 244

Gordien III empereur Guerre de Perse La mort de Gordien




29 juillet 238

Gordien III empereur

Dans l’espace de peu de mois, l’épée avait tranché les jours de six princes. Gordien, déjà revêtu du titre de César, parût aux prétoriens le seul propre à remplir le trône vacant. Ils l’emmenèrent au camp, et le saluèrent unanimement Auguste et empereur. Son nom était cher au sénat et au peuple : sa tendre jeunesse promettait à la licence des troupes une longue impunité. Enfin, le consentement de Rome et des provinces épargnait à la république, quoiqu’aux dépens de sa dignité et de sa liberté, les horreurs d’une nouvelle guerre civile dans le centre de la capitale1.

1. Quinte-Curce (X, c. 9) félicite l’empereur régnant de ce qu’il a par son heureux avènement, dissipé tant de troubles, fermé tant de plaies, et mis fin aux discordes qui déchiraient l’Etat. Après avoir pesé très attentivement tous les mots de ce passage, je ne vois pas, dans toute l’histoire romaine d’époque à laquelle il puisse mieux convenir qu’à l’élévation de Gordien. En ce cas il serait possible de déterminer le temps où Quinte-Curce a écrit. Ceux qui le placent sous les premiers Césars, raisonnent d’après la pureté et l’élégance de son style mais ils ne peuvent expliquer le silence de Quintilien, qui nous a donné une liste très exacte des historiens romains, sans faire mention de l’auteur de la Vie d’Alexandre. Cette conjecture de Gibbon n’a aucun fondement. Plusieurs passages de l’ouvrage de Quinte-Curce le placent évidemment à une époque antérieure : ainsi, en parlant des Parthes, il dit : Hinc in Parthienen perventum est; tunc ignobilem gentem; NUNC caput omnium qui post Euphraten et Tigrim amnes siti Rubro mari terminantur (VI, 2). L’empire parthe n’eut cette étendue qu’au premier siècle de l’ère vulgaire; c’est donc à ce siècle qu’il faut rapporter l’âge de Quinte-Curce. Quoique les critiques, édit M. de Sainte-Croix, aient beaucoup multiplié les conjectures sur ce sujet, la plupart ont fini néanmoins par adopter l’opinion qui place Quinte-Curce sous le règne de Claude. Voy. Juste-Lipse, ad Ann. Tac., II, c. 20; Michel Le Tellier, Prof. in Curt.;. Tillemont, Hist. des Emp., t. I, p. 251; Dubos, Réflex. crit. sur la poésie, seconde part. § 13; Tiraboschi, Storia della Letter ital., t. II, p. 149; Exam. cric. des. histor. d’Alexandre, 2e éd., p. 104, 849-850.

238-242

Vertus de Gordien III

Gordien III
Gordien III
Musée de Pergame

Comme le troisième Gordien mourut à l’âge de dix-neuf ans, l’histoire de sa vie, si elle nous était parvenue avec plus d’exactitude, ne renfermerait guère que les détails de son éducation et de la conduite des ministres qui trompèrent ou guidèrent tour à tour la simplicité d’un jeune prince sans expérience. Immédiatement après son élévation, il tomba entre les mains des eunuques de sa mère, ces vils instruments du luxe asiatique, et qui, depuis la mort d’Elagabale, infestaient le palais des empereurs romains. Ces malheureux, par leurs intrigues secrètes, tirèrent un voile impénétrable entre un prince innocent et des sujets opprimés. Le vertueux Gordien ignorait que les premières dignités de l’Etat étaient tous les jours vendues publiquement aux plus indignes citoyens. Nous ne savons pas comment l’empereur fut assez heureux pour s’affranchir de cette ignominieuse servitude et pour placer sa confiance dans un ministre dont les sages conseils n’eurent pour objet que la gloire du souverain et le bonheur du peuple. On serait porté à croire que l’amour et les lettres valurent à Misithée (Timésithée) la faveur de Gordien. Ce jeune prince, après avoir épousé la fille de son maître de rhétorique, éleva son beau-père aux premiers emplois de l’Etat (préfet du prétoire). Il existe encore deux lettres admirables qu’ils s’écrivirent. Le ministre, avec cette noble fermeté que donne la vertu, félicite Gordien de ce qu’il s’est arraché à la tyrannie des eunuques, et plus encore de ce qu’il sent le prix de cet heureux affranchissement1. L’empereur reconnaît, avec une aimable confusion, les erreurs de sa conduite passée; et il peint avec des couleurs bien naturelles le malheur d’un monarque entouré d’une foule de vils courtisans, qui s’efforcent perpétuellement de lui dérober la vérité.

1. Hist. Auguste, p. 161. D’après quelques particularités contenues dans ces deux lettres, j’imagine qu’on n’obtint pas l’expulsion des eunuques sans quelque respectueuse violence, et que le jeune Gordien se contenta d’approuver leur disgrâce sans consentir.



242-244

Guerre de Perse

Misithée (Timésithée) avait passé sa vie dans l’étude des lettres, et la profession des armes lui était entièrement inconnue. Cependant telle était la flexibilité du génie de ce grand homme, que lorsqu’il fut nommé préfet du prétoire, il remplit les devoirs militaires de sa place avec autant de vigueur que d’habileté. Les Perses avaient pénétré dans la Mésopotamie, et menaçaient Antioche. Le jeune empereur, à la persuasion de son beau-père, quitta le luxe de Rome, et marcha en Orient, après avoir ouvert le temple de Janus, cérémonie autrefois si célèbre, et la dernière, alors dont l’histoire fasse mention. Dès que les Perses apprirent qu’il s’approchait à la tête d’une grande armée, ils évacuèrent les villes qu’ils avaient déjà prises, et se retirèrent de l’Euphrate vers le Tigre. Gordien eut le plaisir d’annoncer au sénat les premiers succès de ses armes, qu’il attribuait, avec une modestie et une reconnaissance bien recommandables, à la sagesse de son préfet. Pendant toute cette expédition, Misithèe veilla toujours à la sûreté et à la discipline de l’armée. Il prévenait les murmures dangereux des troupes, en maintenant l’abondance dans le camp, en établissant dans toutes les villes frontières de vastes magasins de vinaigre, de chair salée, paille, d’orge et de froment1. Mais la prospérité de Gordien périt avec son ministre, qui, mourut d’une dysenterie. On eut de violents soupçons qu’il avait été empoisonné.

1. Hist. Auguste, p. 162; Aurelius Victor; Porphyre, in Vit. Plotin. ap. Fabricium, Biblioth. grœc., IV, c. 36. Le philosophe Plotin accompagna l’armée, animé du désir de s’instruire, et de pénétrer jusque dans l’Inde.

11 février 244

La mort de Gordien

Philippe, qui fut ensuite nommé préfet du prétoire, était Arabe de naissance; ainsi il avait exercé dans les premières années de sa jeunesse le métier de brigand. Son élévation suppose de l’audace et des talents. Mais son audace lui inspira le projet ambitieux de monter sur le trône, et il fit usage de ses talents pour perdre un maître trop indulgent. Au lieu de le servir, par ses menées artificieuses, il fit naître dans le camp une disette factice. Les soldats irrités attribuèrent cette calamité à la jeunesse et à l’incapacité du prince. Le défaut de matériaux nous empêche de rendre compte des complots secrets et de la rébellion ouverte qui précipitèrent du trône l’infortuné Gordien. On éleva un monument à sa mémoire dans l’endroit1 où il avait été tué (11 février 244), près du confluent de l’Euphrate et de la petite rivière du Chaboras2. L’heureux Philippe, appelé à l’empire par les soldats, trouva le sénat et les habitants des provinces disposés à confirmer son élection3.

1. A vingt milles environ de la petite ville de Circesium (*), sur la frontière des deux empires.
(*) Aujourd’hui Kerkisia, placée dans l’angle que forme l’embouchure du Chaboras ou Al-Khabour avec l’Euphrate. Cette situation parut tellement avantageuse à Dioclétien, qu’il y ajouta des fortifications pour en faire le boulevard de l’empire dans cette partie de la Mésopotamie (D’Anville, Géogr. anc., t. II, p. 196).

2. L’inscription, qui contenait un jeu de mots fort singulier, fut effacée par ordre de Licinius, qui se disait parent de Philippe (Hist. Auguste, p. 165); mais le tumulus, où monceau de terre qui formait le sépulcre, subsistait encore du temps de Julien. Voyez Ammien Marcellin, XXIII, 5.

3. Aurelius Victor; Eutrope, IX, 2; Orose, VII, 20; Ammien Marcellin, XXIII, 5; Zozime, I, p. 19. Philippe était né à Bostra (*), et il avait alors environ quarante ans.
(*) Aujourd’hui Bosra. Elle était jadis la métropole d’une province connue sous le nom d’Arabia, et la ville principale de l’Auranitide, dont le nom se conserve dans celui de Belad-Haûran, et dont l’étendue se confond avec les déserts de l’Arabie (D’Anville, Géogr. anc., t. II, p. 188). Selon Victor (in Cœsar), Philippe était originaire de la Trachonitide; autre province d’Arabie.

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