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  Nicéphore Ier; Staurakios ou Stauracius, Michel Ier Rhangabé, et Léon V l'Arménien

31 octobre 802-26 juillet 811 (Nicéphore Ier)

26 juillet 811-2 octobre 811 (Staurakios ou Stauracius)

2 octobre 811-10 juillet 813 (Michel Ier Rhangabé)

10 juillet 813-25 décembre 820 (Léon V l'Arménien)



Sources historiques : Edward Gibbon




31 octobre 802

Nicéphore Ier

Sans doute il y a eu des tyrans plus criminels que Nicéphore, mais il n'en est peut-être aucun qui ait excité plus universellement la haine de son peuple. Trois vices méprisables, l'hypocrisie, l'ingratitude et l'avarice, souillèrent son caractère des talents ne suppléaient pas à son défaut de vertu, et il n'avait pas de qualités agréables qui rachetassent son défaut de talent. Malhabile et malheureux à la guerre, il fut vaincu par les Sarrasins et tué par les Bulgares; et sa mort fut regardée comme un bonheur qui, dans l'opinion publique, compensa la perte d'une armée romaine.

25 juillet 811

Staurakios ou Stauracius

Solidus de Nicéphore Ier et son fils Staurakios
Solidus de Nicéphore Ier
et son fils Staurakios

Stauracius, son fils et son héritier, n'échappa du combat qu'avec une blessure mortelle; mais six mois d'une vie qui ne fut qu'une agonie prolongée suffirent pour démentir la promesse agréable au peuple, mais indécente en elle-même, qu'il avait faite d'éviter en tout l'exemple de son père. Lorsqu'on vit qu'il lui restait peu de jours à vivre, toutes les voix, soit dans le palais, soit dans la ville, se réunirent en faveur de Michel, grand-maître du palais, et mari de Procopia, sa soeur. Il ne manqua à Michel que celle de son envieux beau-frère. Obstinément attaché à retenir un sceptre qui s'échappait de ses mains, celui-ci conspira contre la vie du successeur qu'on lui désignait, et se laissa séduire à l'idée de faire de l'empire romain une démocratie; mais ces desseins irréfléchis ne servirent qu'à enflammer le zèle du peuple et à dissiper les scrupules de Michel. Il accepta la pourpre, et avant de descendre dans la tombe, le fils de Nicéphore implora la clémence de son nouveau souverain.

2 octobre 811

Michel Ier Rhangabé

Si Michel fût monté dans un temps de paix sur un trône héréditaire, il aurait pu être chéri et regretté comme le père de son peuple; mais ses paisibles vertus convenaient surtout à l'obscurité de la vie privée, et il ne fut pas en état de réprimer l'ambition de ses égaux, ou de résister aux armes des Bulgares victorieux. Tandis que son défaut de talents et de succès l'exposait au mépris des soldats, le courage de sa femme Procopia excita leur indignation. Les Grecs même du neuvième siècle furent blessés de l'insolence d'une femme qui, placée devant les étendards, osait se charger de diriger leurs mouvements et d'animer leur valeur; et leurs clameurs tumultueuses avertirent la nouvelle Sémiramis de respecter la majesté d'un camp romain. Après, une campagne malheureuse, l'empereur laissa dans les quartiers d'hiver de la Thrace une armée mal affectionnée et commandée par ses ennemis : leur éloquence artificieuse persuada aux soldats de s'affranchir de l'empire des eunuques, de dégrader le mari de Procopia et de rétablir le droit de l'élection militaire. Ils marchèrent vers la capitale; cependant le clergé, le sénat et le peuple de Constantinople, soutenaient la cause de Michel, et les troupes et les trésors de l'Asie pouvaient l'aider à prolonger les calamités d'une guerre civile; mais Michel, par un sentiment d'humanité que les ambitieux nommeront faiblesse, protesta qu'il ne laisserait pas verser pour sa querelle une goutte de sang chrétien, et ses députés offrirent aux troupes, arrivées de la Thrace, les clefs de la ville et du palais. Son innocence et sa soumission les désarmèrent, on n'attenta pas à sa vie. On ne lui creva pas les yeux; Michel entra dans un monastère où, après avoir été dépouillé de la pourpre et séparé de sa femme, il jouit plus de trente deux ans des consolations de la solitude et de la religion.

11 juillet 813

Léon V l'Arménien

Constant II
Léon V l'Arménien
et son fils Constantin

On a dit que sous le règne de Nicéphore un rebelle, le célèbre et infortuné Bardanes, avait eu la curiosité de consulter un prophète d'Asie, qui, après lui avoir annoncé la chute du tyran, l'avertit de la fortune que feraient un jour Léon l'Arménien, Michel de Phrygie et Thomas de Cappadoce, ses trois principaux officiers. La prophétie lui apprit de plus, à ce qu'on assure, que les deux premiers régneraient l'un après l'autre, et que le troisième formerait une entreprise infructueuse qui lui deviendrait fatale. L'événement vérifia cette prédiction ou plus probablement y donna lieu. Dix années après, à l'époque où les troupes de la Thrace déposèrent le mari de Procopia, on offrit la couronne à Léon, le premier en grade dans l'armée et l'auteur secret de la révolte. Comme il feignait d'hésiter, Michel, son camarade, lui dit : Ce glaive ouvrira les portes de Constantinople et mettra la capitale sous votre empire, ou je le plongerai dans votre sein si vous vous refusez aux justes désirs de vos frères d'armes. L'Arménien consentit à accepter la pourpre, et régna sept ans et demi sous le nom de Léon V. Elevé dans les camps, et ne connaissant ni les lois ni les lettres, il introduisit dans le gouvernement civil la rigueur et même la cruauté de la discipline militaire; mais si sa sévérité fut quelquefois dangereuse pour les innocents, elle fût du moins toujours terrible aux coupables. Son inconstance en matière de religion lui a mérité l'épithète de caméléon; mais les catholiques, en la personne d'un saint confesseur ont avoué que la vie de l'iconoclaste avait été utile à l'Etat. Le zèle de Michel fut payé par des richesses, des honneurs et des commandements militaires; et l'empereur sut employer d'une manière avantageuse, pour le service public, des talents faits seulement pour le second rang. Mais le Phrygien ne fut pas satisfait de recevoir comme une faveur une mince portion de l'empire qu'il avait donné à son égal; et son mécontentement, après s'être exhalé quelque temps en paroles indiscrètes, se prononça enfin d'une manière plus menaçante contre un prince qu'il représentait comme un tyran cruel. Toutefois ce tyran découvrit diverses reprises les projets de son ancien compagnon d'armes, l'avertit, lui pardonna, jusqu'à ce qu'enfin la crainte et le ressentiment l'emportèrent sur la reconnaissance. Après un examen approfondi des actions et des desseins de Michel, il fût convaincu du crime de lèse-majesté, et condamné à être brûlé vif dans le fourneau des bains privés. La pieuse humanité de l'impératrice Théophano devint fatale à son mari et à sa famille : l'exécution avait été fixée au 25 décembre; elle représenta que ce spectacle inhumain souillerait l'anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, et Léon accorda, avec répugnance, un sursis qui lui paraissait convenable. Mais la veille de Noël, les inquiétudes de l'empereur le déterminèrent à aller, au milieu du silence de la nuit, dans la chambre où Michel était détenu:il le trouva débarrassé de ses chaînes, et dormant d'un profond sommeil sur le lit de son geôlier; cet indice de sécurité et d'intelligence avec les hommes qui répondaient de sa personne, alarma Léon: il se retira sans faire de bruit; mais un esclave, caché dans un coin de la prison, le vit entrer et sortir. Sous le prétexte de demander un confesseur, Michel informa les conjurés que leurs jours dépendaient désormais de sa discrétion, et qu'ils n'avaient qu'un petit nombre d'heures pour se sauver et délivrer leur ami et l'empire. Aux grandes fêtes de l'Eglise, une troupe choisie de prêtres et de musiciens se rendait au palais par une petite porte, afin de chanter les matines dans la chapelle; et Léon, qui faisait observer dans ses choeurs une discipline aussi exacte que dans son camp, assistait presque toujours à cet office du matin. Les conjurés, revêtus d'habits ecclésiastiques et ayant des glaives sous leurs robes, entrèrent mêlés à ceux qui devaient officier; ils se glissèrent dans les angles de la chapelle, et attendirent que l'empereur entonnât le premier psaume, signal dont ils étaient convenus. Ils fondirent d'abord sur un malheureux qu'ils prenaient pour Léon; l'obscurité du jour et l'uniformité des vêtements auraient pu favoriser l'évasion de celui-ci mais ils découvrirent bientôt leur méprise, et environnèrent de tous côtés la victime royale. L'empereur, qui se trouvait sans armes et sans défenseur, saisit une lourde croix et imposa quelques moments aux assassins; il demanda grâce, et on lui répondit d'une voix terrible que c'était le moment non pas de la miséricorde, mais de la vengeance. Un coup de sabre abattit d'abord son bras droit, et la croix, et il fut ensuite massacré au pied de l'autel.

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