Léon Ier  

7 février 457 - 18 janvier 474

457-474

Léon empereur d'Orient

Rome
Léon
Musée du Louvre

Depuis la mort de Théodose le jeune, la tranquillité de Constantinople n'avait été interrompue ni par des guerres étrangères, ni par des factions domestiques. Le modeste et vertueux Marcien avait reçu la main de Pulchérie et le sceptre de l'Orient; plein de reconnaissance, il respecta toujours le rang et la virginité de son épouse; et l'empereur donna le premier, lorsqu'il la perdit, l'exemple du culte dû à la mémoire de cette sainte impératrice1. Occupé seulement des intérêts de son empire; Marcien semblait contempler les malheurs de Rome avec indifférence; et l'on attribua le refus que faisait un prince actif et courageux de se déclarer contre les Vandales, à une promesse secrète que Genseric lui avait arrachée lorsqu'il était son captif. La mort de Marcien arrivée après un règne de sept années, aurait exposé l'empire au danger d'une élection populaire, si l'autorité d'une seule famille n'eût pas suffi pour placer sur le trône le candidat dont elle soutenait les prétentions. Le patrice Aspar se serait facilement emparé du diadème, s'il eût voulu accepter publiquement la foi de Nicée. Depuis trois générations, son père, lui et son fils Ardaburius, commandaient les armées de l'Orient; sa nombreuse garde de Barbares tenait en respect le palais et la capitale, et les immenses trésors qu'il répandait avec profusion, égalaient sa popularité à sa puissance. Il présenta un homme obscur, Léon de Thrace, tribun militaire et le principal intendant de sa maison, et le sénat ratifia cette nomination par ses suffrages unanimes. Le domestique d'Aspar reçut la couronne impériale des mains du patriarche ou évêque, à qui l'on permit d'annoncer la protection divine par cette cérémonie inusitée. Le titre de grand par lequel l'empereur Léon fut distingué de ceux qui portèrent après lui le même nom, prouve que les princes qui avaient occupé successivement le trône de Constantinople, avaient rendu les Grecs peu exigeants sur ce qu'ils regardaient comme la perfection des vertus héroïques ou du moins des vertus impériales. Cependant la fermeté modérée que Léon opposa à la tyrannie de son bienfaiteur montra qu'il connaissait son devoir et son autorité. Aspar vit avec étonnement que son influence ne suffisait plus pour faire nommer un préfet de Constantinople; il osa reprocher à son souverain de manquer à ses engagements, et secouant insolemment sa robe pourpre : Il ne convient pas, lui dit-il, qu'un homme revêtu de cette robe fausse sa parole. - Il ne convient pas non plus, répondit Léon, qu'un prince soit forcé de soumettre son jugement et l'intérêt public à la volonté d'un de ses sujets. Après cette étrange scène, on ne pouvait pas espérer une réconciliation sincère ou durable entre l'empereur et le patrice. Léon leva secrètement une armée d'Isauriens2, qu'il introduisit dans Constantinople; et tandis qu'il minait sourdement la puissance d'une famille dont il méditait la ruine; sa conduite prudente et modérée tranquillisait Aspar, et le détournait des mesures violentes qui auraient entraîné sa perte ou celle de ses ennemis. Cette révolution intérieure influa sur le système politique de l'empire. Tant qu'Aspar avait avili par sa tyrannie la majesté du trône, des motifs secrets d'intérêt et de religion l'avaient engagé à favoriser Genseric : mais dès que Léon fut délivré de cette ignominieuse servitude, il écouta les plaintes des Italiens, résolut de chasser les Vandales de l'Afrique, et déclara son alliance avec son collègue Anthemius, qu'il plaça solennellement sur le trône de l'Occident.

1. Sainte Pulchérie mourut (A. D. 453) quatre ans avant son mari titulaire; et les Grecs modernes célèbrent sa fête le 10 de septembre. Elle légua son immense patrimoine pour des usages pieux, ou du moins pour l'usage de l'Eglise. Voyez Tillemont, Mem. eccles., t. XV, p. 181-184.

2. La puissance des Isauriens agita l'empire d'Orient sous les deux règnes suivants de Zénon et d'Anastase; mais ces troubles finirent par la destruction de ces Barbares, qui avaient défendu leur farouche indépendance durant environ deux cent trente années.

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