Libius Severus  

novembre 461 - septembre 465

461-467

Ricimer règne sous le nom de Sévère

Libius
Libius Sévère

Ce ne fût pas peut-être sans regret que Ricimer sacrifia son ami à l'intérêt de son ambition; mais il résolut d'éviter, dans un second choix, de se donner un supérieur dont le mérite et la vertu pussent lui faire ombrage. Le sénat, docile à ses ordres, accorda le titre d'empereur à Libius Sévère, qui monta sur le trône de l'Occident sans sortir de son obscurité : à peine l'histoire a-t-elle daigné faire connaître sa naissance, son élévation, son caractère ou sa mort. Sévère cessa d'exister dès que sa vie devint incommode à son protecteur1, et il serait inutile de chercher dans l'intervalle de six années, qui s'écoula depuis la mort de Majorien jusqu'à l'élévation d'Anthemius, quel a pu être l'espace de temps occupé par le règne de ce fantôme d'empereur. Pendant cet intervalle, Ricimer fût seul maître du gouvernement; et, sans oser prétendre au nom de monarque, le Barbare accumula des trésors, eut une armée à lui, fit des traités particuliers; et exerça en Italie l'autorité indépendante et despotique qu'y exercèrent depuis Odoacre et Théodoric.

1. Sidon. (Paneg. Anthem., p. 317) l'envoie, dans le ciel.
Auxerat Augustus, naturae lege; Severus,
Divorum, numerum. . . . . . . . . .
On trouve dans une ancienne liste des empereurs, composée du temps de Justinien, les louanges de la piétéé de Sévère; cette blême autorité fixe sa résidence à Rome. Sirmond, Not. ad Sidon., p. 111-112.

467

Révolte de Marcellin en Dalmatie

Mais les Alpes bornaient ses Etats; deux généraux romains, Marcellin et AEgidius, demeurèrent fidèles à la république, et rejetèrent dédaigneusement le fantôme qu'il décorait du nom d'empereur. Marcellin suivait l'ancienne religion; et les païens dévots, qui désobéissaient en secret aux lois de l'Eglise et de l'Etat, respectaient ses connaissances dans l'art de la divination : mais il possédait des qualités plus estimables, la science, le courage et la vertu; il s'était perfectionné le goût par l'étude de la littérature latine, et ses talents militaires lui avaient acquis l'estime du grand AEtius, qui l'enveloppa dans sa ruine : mais il évita par la fuite la fureur de Valentinien, et maintint hardiment son indépendance au milieu des révolutions de l'empire d'Occident. Majorien récompensa la soumission volontaire ou forcée de Marcellin, en lui confiant le gouvernement de la Sicile et le commandement d'une armée placée dans cette île pour attaquer ou arrêter les Vandales : mais à la mort de Majorien, les intrigues et l'or de Ricimer firent révolter ses soldats. A la tête d'une troupe fidèle, Marcellin s'empara de la Dalmatie, prit le titre de patrice de l'Occident, mérita l'attachement de ses sujets par un gouvernement doux et équitable, construisit une flotte qui faisait la loi sur la mer Adriatique; et menaçait alternativement les côtes d'Afrique et d'Italie.



464 ou 465

Aegidius dans la Gaule

AEgidius, maître général de la Gaule, qui égalait ou imitait les héros de l'ancienne Rome, déclara son ressentiment implacable contre les assassins d'un prince qu'il chérissait. Une armée nombreuse et choisie suivait ses drapeaux; et quoique les artifices de Ricimer et les forces des Visigoths lui fermassent le chemin de Rome, il maintint au-delà des Alpes sa souveraineté indépendante, et rendit le nom d'AEgidius respectable dans la paix comme dans la guerre. Les Francs, qui avaient puni par l'exil les débordements du jeune Childéric, placèrent sur le trône le général romain. Cet honneur singulier flatta plus sa vanité que son ambition; et quatre ans après, lorsque la nation se repentit de l'outrage qu'elle avait fait à la famille des Mérovingiens, il consentit à rendre le trône au prince légitime. AEgidius maintint sa puissance jusqu'à sa mort : les Gaulois, désespérés de sa perte, accusèrent Ricimer de l'avoir hâtée par le poison ou par la violence, et son caractère connu justifiait leurs soupçons.

461-467

Guerre navale des Vandales

Le royaume d'Italie (tel était le nom auquel avait été réduit peu à peu l'empire d'Occident) fut continuellement dévasté sous le règne de Ricimer par les descentes et les incursions des pirates vandales1. Au printemps de chaque année, ils équipaient une flotte nombreuse dans le port de Carthage; et Genséric, quoique d'un âge très avancé, commandait en personne les expéditions les plus importantes. Il couvrait ses desseins d'un secret impénétrable jusqu'au moment de mettre à la voile. Lorsque le pilote lui demandait quelle direction il devait prendre : Suivez celle des vents, répondait Genseric du ton d'une dévote insolence; ils nous conduiront sur la côte coupable dont les habitants ont offensé la justice divine. Mais lorsque le roi des Vandales daignait donner lui-même des ordres plus positifs, les nations les plus riches lui paraissaient toujours les plus coupables. Les Barbares désolèrent successivement les côtes de l'Espagne, de la Ligurie, de la Toscane, de la Campanie, de la Lucanie de Bruttium, de la Pouille, de la Calabre, de la Vénétie, de la Dalmatie, de l'Epire, de la Grèce et de la Sicile. La situation de la Sardaigne, placée si avantageusement au centre de la Méditerranée, leur inspira le désir de la soumettre et ils répandirent les ravages ou la terreur depuis les colonnes d'Hercule jusqu'aux bouches du Nil. Moins jaloux de gloire que de butin, ils attaquaient rarement les villes fortifiées ou les troupes régulières; mais la rapidité de leurs mouvements les mettait à même de menacer presqu'au même instant des endroits fort éloignés les uns des autres; et comme ils embarquaient toujours un nombre suffisant de chevaux, leur cavalerie se répandait dans le pays dès l'instant qu'ils avaient atteint la côte. Cependant, et quoique leur souverain donnât l'exemple, les Vandales et les Alains se dégoûtèrent bientôt d'un genre de guerre pénible et dangereux. La robuste génération des conquérants de Carthage était presque entièrement éteinte; les fils de ces guerriers, nés en Afrique, jouissaient paisiblement des bains et des jardins délicieux acquis par les exploits de leurs pères. Ils furent aisément remplacés dans les armées par une multitude de Maures et de Romains, soit captifs, soit proscrits; et ces furieux qui avaient commencé par violer les lois de leur pays, étaient les plus ardents à se livrer à ces horreurs qui déshonorèrent les victoires de Genséric. Il épargnait quelquefois ses malheureux captifs par un sentiment d'avarice; il les sacrifiait dans d'autres occasions au plaisir de satisfaire sa cruauté; et l'indignation publique a reproché à sa dernière postérité le massacre de cinq cents citoyens nobles de Zante ou Zacynthus, dont il fit jeter les corps mutilés dans la mer Ionienne.

1. La guerre navale de Genséric se trouve détaillée par Priscus (Excerpt. legat., p. 42); Procope (de Bell. vand., l. I, c. 5, p. 189, 190, et c. 22, p. 228); Victor Vitensis (de Persecut. Vandal., l. I, c. 17); Ruinart (p. 467-481), et dans trois panégyriques de Sidonius, dont l'ordre chronologique a été ridiculement transposé dans les éditions de Savaron et de Sirmond. (Avit. carm., VII, 441- 451; Major. carm., v. 327-350, 385-440; Anthem. carm., II, 348-386). Dans un passage, le poète semble être animé par son sujet, et il exprime une idée forte par une image saillante :
Hinc Vandalus hostis
Urget; et in nostrum numerosa classe quotannis
Militat excidium; conversoque ordine Fati
Torrida caucaseos infert mihi Byrsa furores.

462

Négociations avec l'empire d'Orient

Aucun prétexte n'autorisait de semblables crimes; mais la guerre que Genseric entreprit bientôt contre l'empire, pouvait être justifiée par des motifs spécieux et même raisonnables. La veuve de Valentinien, Eudoxie, entraînée captive de Rome à Carthage, était seule héritière de la maison de Théodose. Le monarque des Vandales contraignit Eudoxie, fille aînée de l'impératrice, d'épouser son fils Huneric; et aussitôt, appuyé d'un titre légal, il exigea impérieusement qu'on remît à la femme de son fils la part qui lui revenait dans la succession de l'empire. Il était également difficile de le refuser et de le satisfaire. L'empereur d'Orient, au moyen d'une forte compensation, acheta une paix nécessaire; Eudoxie et Placidie, sa seconde fille, furent reconduites honorablement à Constantinople, et les Vandales bornèrent leurs ravages aux limites de l'empire d'Occident. Les Italiens, dépourvus d'une marine qui pouvait seule défendre leurs côtes, implorèrent humblement le secours des nations plus heureuses de l'Orient qui autrefois, en temps de paix comme en temps de guerre avaient reconnu la suprématie de Rome, mais la séparation constante des deux empires les avaient désunis d'intérêts et d'affections : on objecta le traité récent, et au lieu d'armes et de vaisseaux; les Romains de l'Occident n'obtinrent qu'une médiation froide et inutile. L'orgueilleux Ricimer, ne pouvant soutenir plus longtemps le fardeau qu'il s'était imposé, fut enfin forcé d'employer auprès de la cour de Constantinople l'humble langage d'un sujet suppliant; l'Italie reçut un maître choisi par l'empereur d'Orient, et l'alliance des deux empires fut le prix de cette soumission1.

1. Le poète est forcé d'avouer l'embarras de Ricimer.
Praeterea invictus Ricimer, quem publica fata
Respiciunt; proprio solus vix Marte repellit
Piratam per rura vagum . . . . .
L'Italie adresse ses plaintes au Tibre; et Rome, à la sollicitation au dieu du fleuve, se transporte à Constantinople, renonce à ses anciennes prétentions, et implore le secours d'Aurore, déesse de l'Orient. Ce merveilleux mythologique, dont avait déjà usé et abusé le génie de Claudien, est constamment l'unique et misérable ressource de Sidonius.

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