Flavius Arcadius  

395 - 1er mai 408

395-408

Règne d'Arcadius

Caprara
Arcadius
Istanbul Archaeology Museums

Le partage du monde romain, entre les fils de Théodose peut-être regardé comme l'époque de l'établissement de l'empire d'Orient, qui, depuis le règne d'Arcadius jusqu'à la prise de Constantinople, subsista mille cinquante-huit ans dans un état de décadence perpétuelle et prématurée. Le souverain de cet empire prit et conserva obstinément le titre vain et bientôt illusoire d'empereur des Romains; et les surnoms héréditaires de César et d'Auguste continuèrent à le désigner comme le successeur légitime de ces hommes les premiers des hommes, et qui avaient régné sur la première des nations. Le palais de Constantinople égalait ou surpassait peut-être ceux de la Perse en magnificence; et saint Chrysostome, dans ses éloquents sermons, célèbre, tout en le blâmant, le luxe pompeux qui signala le règne d'Arcadius. L'empereur, dit-il, porte sur sa tête ou un diadème ou une couronne d'or enrichie de pierres précieuses d'une valeur inestimable. Ces ornements et les vêtements teints en pourpre sont réservés à sa personne sacrée. Ses robes de soie sont ornées d'une broderie d'or qui représente des dragons. Son trône est d'or massif; il ne paraît en public qu'environné de ses courtisans, de ses gardes et de ses serviteurs. Leurs lances, leurs boucliers, leurs cuirasses, les brides et les harnais de leurs chevaux sont d'or, ou en ont au moins l'apparence. La brillante et large bosse d'or qui s'élève au centre de leur bouclier est entourée de plus petites bosses qui représentent la forme d'un oeil humain. Les deux mules attelées au char de l'empereur sont parfaitement blanches et toutes couvertes d'or. Le char d'or pur et massif excite l'admiration des spectateurs; ils contemplent les rideaux de pourpre, la blancheur des tapis, le volume des diamants, et les plaqués d'or qui jettent l'éclat le plus vif lorsqu'elles sont agitées par le mouvement du char. Les portraits de l'empereur sont blancs sur un fond bleu. Le monarque est représenté assis sur son trône avec ses armes, ses chevaux et ses gardes à ses côtés, et ses ennemis vaincus, enchaînés à ses pieds. Les successeurs de Constantin fixèrent leur résidence dans la ville impériale qu'il avait construite sur les frontières de l'Europe et de l'Asie. Inaccessibles aux menaces de leurs ennemis, et peut-être aux plaintes de leurs sujets, ils recevaient, selon les différents vents, les diverses productions, tribut de tous les climats; et les fortifications de leur capitale bravèrent, durant une suite de siècles, toutes les entreprises des Barbares. Leurs vastes Etats s'étendaient depuis le Tigre jusqu'à la mer Adriatique; et l'intervalle de vingt-cinq jours de navigation, qui séparait les glaces de la Scythie, et la brûlante Ethiopie1, se trouvait enclavé dans les limites de l'empire d'Orient. Les populeuses provinces de cet empire étaient le siège des sciences et des arts, du luxe et de l'opulence; et leurs habitants, qui avaient adopté le langage et les moeurs de la Grèce, se regardaient, avec quelque apparence de justice, comme la portion la plus civilisée et la plus éclairée de l'espèce humaine. La forme du gouvernement était absolument monarchique; le nom de république romaine, longue et faible tradition de l'ancienne liberté, avait été laissé aux provinces latines. Les souverains de Constantinople ne mesuraient leur grandeur, que par l'obéissance servile de leurs sujets.

1. En calculant à peu près qu'un vaisseau pouvait faire par un bon vent mille stades ou cent vingt-cinq milles en vingt-quatre heures, Diodore de Sicile compte dix jours depuis les Palus-Meotides jusqu'à l'île de Rhodes; et quatre jours de Rhodes à Alexandrie. La navigation du Nil depuis Alexandrie jusqu'à Syene, sous le tropique du Cancer, exigeait dix jours; parce qu'il fallait remonter le fleuve. (Diod. de Sicile, t. I, l. III, p. 200, ed. Wesseling.) Il pouvait sans beaucoup d'exagération regarder les climats situés aux confins de la zone torride, comme exposés au dernier degré de la chaleur; mais il parle des Méotides, situées au quarante-septième degré de latitude moderne, comme si elles étaient enclavées dans le cercle polaire.

395-399

Eutrope

Caprara
Eutrope
musée d'histoire de l'art de Vienne

Les premiers événements du règne d'Arcadius et d'Honorius sont liés si intimement, que la révolte des Goths et la chute de Rufin ont déjà occupé une place dans l'histoire de l'empire d'Occident. On a déjà observé qu'Eutrope, un des principaux eunuques du palais de Constantinople, succéda à l'orgueilleux ministre dont il avait précipité la chute, et dont il imita bientôt les vices. Tous les ordres de l'Etat se prosternaient devant le nouveau favori, et leur bassesse l'encourageait à mépriser non seulement les lois, mais encore les usages de la nation, ce qui est infiniment plus difficile et plus dangereux. Sous le plus faible des prédécesseurs d'Arcadius, le règne des eunuques avait été secret et presque invisible. Ils s'insinuaient dans la confiance de leur maître; mais leurs fonctions ostensibles se renfermaient dans le service domestique de la personne de l'empereur. Ils pouvaient, par leurs secrètes insinuations, diriger les conseils publics, et détruire, par leurs perfides manoeuvres, la fortune et la réputation des plus illustres citoyens; mais ils n'avaient jamais osé se montrer à la tête du gouvernement1, et profaner les dignités de l'Etat. Eutrope fût le premier de cette espèce dégradée qui ne craignit pas de se revêtir du caractère respectable de général et de magistrat2. Quelquefois, en présence du sénat rougissant de honte, il montait sur le tribunal pour prononcer ou des jugements ou des harangues taillées. Dans d'autres occasions, il paraissait sur son cheval à la tête des légions, vêtu et armé comme un héros. Le mépris de la décence et des usagés décèle toujours un esprit faible et déréglé; et il ne parait pas qu'Eutrope ait compensé l'extravagance de ses entreprises par un mérite supérieur ou par l'habileté de l'exécution. Les occupations de sa vie ne lui avaient permis ni l'étude des lois ni les exercices militaires; ses gauches essais excitaient le mépris des spectateurs. Les Goths exprimaient leurs voeux pour que les armées romaines fussent toujours commandées par un semblable général; et le nom du ministre était chargé d'un ridicule plus dangereux que la haine pour la réputation d'un homme public. Les sujets d'Arcadius se rappelaient avec indignation que cet eunuque difforme et décrépit3, qui voulait si ridiculement singer l'homme, était né dans la servitude la plus abjecte; qu'avant d'entrer dans le palais impérial, il avait été successivement acheté et revendu par un grand nombre de maîtres qui avaient employé le temps de sa vigueur et de sa jeunesse aux offices les plus bas et les plus infâmes, et dont le dernier l'avait enfin rendu à la liberté et à la misère4. Tandis que ces détails, peut-être exagérés, faisaient le sujet des conversations publiques, on prodiguait à la vanité du favori les honneurs les plus extraordinaires. Dans le sénat, dans la capitale et dans les provinces, on élevait les statues d'Eutrope en marbre et en bronze; elles étaient décorées des symboles de ses vertus civiles et militaires, et de pompeuses inscriptions lui donnaient le surnom de troisième fondateur de Constantinople. Il obtint le rang de patrice, qualification qui, dans son acception populaire, même légale, commençait à équivaloir au titre de père de l'empereur; et la dernière année du quatrième siècle fut déshonorée par le consulat d'un eunuque et d'un esclave5. Ce monstrueux prodige réveilla cependant les préjugés des Romains. L'Occident rejeta ce vil consul comme une tâche indélébile dans les annales de la république; et, sans invoquer les ombres de Brutus et de Camille, le collègue d'Eutrope, magistrat respectable et instruit, fit assez connaître la différence des maximes qui dirigeaient les deux administrations.

Audacieux et inflexible, Rufin avait montré plus de disposition à la vengeance et à la cruauté; mais l'avarice de l'eunuque n'était pas moins insatiable que celle du préfet6. Tant qu'il se contenta d'arracher les dépouilles du peuple à ses oppresseurs, il satisfit son avidité sans qu'on eût beaucoup à se plaindre de son injustice; mais ses rapines s'étendirent bientôt sur les fortunes acquises par le plus légitime droit de succession ou l'industrie la plus louable. Il employa et perfectionna tous les moyens de concussion déjà connus avant lui; et Claudien nous a laissé un tableau original et frappant de la vente publique de l'Etat mis à l'enchère. L'impuissance de l'eunuque, dit cet agréable poète satirique, ne sert qu'à enflammer son avarice. La main qui s'est essayé par de petits vols dans le coffre de son maître, se saisit aujourd'hui des richesses de l'univers, et cet infâme brocanteur de l'empire met à prix, morcelle et vend toutes les provinces romaines depuis le Tigre jusqu'au mont Hémus. L'un obtient le proconsulat de l'Asie en échange de sa maison de campagne; l'autre achète la Syrie avec les diamants de sa femme; un troisième se plaint d'avoir échangé son patrimoine contre le gouvernement de la Bithynie. On trouve sur une grande liste, publiquement exposée dans l'antichambre d'Eutrope, le prix fixé pour toutes les provinces; les différentes valeurs du Pont, de la Galatie et de la Lydie, y sont soigneusement énoncées. Le prix de la Lycie n'est que de quelques milliers de pièces d'or; mais l'opulente Phrygie exige une somme beaucoup plus considérable. L'eunuque cherche à cacher sa propre turpitude dans l'ignominie générale; et comme il a été vendu lui-même, il voudrait vendre à son tour, tout le genre humain. La concurrence des acheteurs tient quelquefois longtemps suspendues les balances qui contiennent le sort d'une province et la fortune de ses habitants, et le juge impartial attend, dans une inquiète incertitude, qu'on ajoute, d'un côté ou de l'autre assez d'or pour les faire pencher7. Tels sont, ajoute le poète avec indignation; tels sont les fruits de la valeur des Romains, de la défaite d'Antiochus et des triomphes de Pompée. Cette prostitution vénale des honneurs publics assurait seulement l'impunité des crimes futurs; mais les richesses qu'Eutrope tirait des confiscations étaient déjà souillées par l'injustice. On accusait sans honte et l'on condamnait sans remords tous les riches propriétaires dont il était impatient de saisir les dépouilles. Le sang de quelques nobles citoyens coula sous la main des bourreaux; et les contrées les plus sauvages des extrémités de l'empire se peuplèrent d'illustres exilés.

1. Après avoir déploré l'ascendant que les eunuques prennent de plus en plus dans le palais, et avoir désigné les fonctions qui leur conviennent, Claudien ajoute :
. . . . . . . . . . A fronte recedant
Imperii. In Eutrope, I, 422.
Il ne parait pas que l'eunuque ait occupé nominativement aucune des dignités effectives de l'empire, puisque, dans l'édit de son bannissement, il est désigné comme praepositus sacri cubiculi. Voyez Cod. Theod., l. IX, tit. 40, leg. 17.

2. Jamque oblita sui, nec sobria divitiis mens
In miseras leges hominumque negotia ludit :
Judicat eunuchus. . . . . . . . . . .
Arma etiam violate parat. . . . .
Claudien (I, 229-270), avec ce mélange de raillerie et d'indignation qui plaît toujours dans une satire, décrit l'insolente extravagance de l'eunuque, la honte de l'empire et la joie des Goths.
. . . . . Gaudet, cum viderit hostis,
Et sentit jam deesse viros.

3. La description que le poète fait de sa difformité (I, 110-125) est confirmée par le témoignage de saint Chrysostome (t. III, p. 384, edit. Montfaucon), qui observe que lorsque le visage d'Eutrope était dépouillé de laid, il était cent fois plus laid et plus ridé qu'une vieille femme. Claudien remarque (I, 469) que chez les eunuques on ne remarquait presque pas d'intervalle entre la jeunesse et la décrépitude; et sa remarque était sans doute fondée sur l'expérience.

4. Eutrope était né, à ce qu'il paraît, dans l'Arménie ou l'Assyrie. Les trois esclavages que Claudien détaille particulièrement, furent ceux-ci : 1° il passa plusieurs années au service de Ptolémée, palefrenier ou soldat des écuries impériales; 2° Ptolémée le donna au vieux général Arinthaeus, qu'il servit avec beaucoup d'intelligence en qualité de proxénète; 3° Arinthaeus en fit présent à sa fille lorsqu'il la maria; et l'emploi du consul futur était de lui peigner les cheveux, de lui présenter l'aiguière d'argent, de la laver et de l'éventer durant la chaleur. Voyez l. I, 31-137.

5. Claudien (l. I, in Eutrope, I,22) après avoir rapporté un grand nombre de prodiges, tels que la naissance de divers monstres, des animaux qui parlaient, des pluies de sang ou de cailloux, un double soleil, etc., ajoute avec quelque exagération :
Omnia cesserunt eunucho consule monstra.
Le premier livre finit par un discours plein de noblesse de la divinité de Rome, adressé à Honorius, son favori, à qui elle se plaint de la nouvelle ignominie qu'elle vient d'éprouver.

6. Enivré de richesses, est le terme expressif dont Zozime fait usage (l. V, p. 301). Suidas (dans son Lexicon) et Marcellin (dans sa Chronique) vouent également à l'exécration l'avarice d'Eutrope. Saint Chrysostome avait souvent averti le favori de la vanité et du danger de l'excessive richesse (t. II, p. 381).

7. . . . . . Gertantum saepe duorum
Diversum suspendie onus i cum pondere judex.
Vergit, et in geminas nutat provincia lances.
Claudien (I, 192-209) détaille avec tant de particularités les circonstances de cette vente qu'elles semblent toutes faire allusion à des anecdotes particulières.



395-399

Disgrâce d'Abundantius

Parmi les consuls et les généraux de l'Orient, Abundantius devait s'attendre à essuyer le premier les effets du ressentiment d'Eutrope : il avait à se reprocher le crime impardonnable d'avoir introduit ce vil esclave dans le palais de Constantinople; et l'on peut louer en quelque sorte un favori ingrat et puissant, qui se contente de la disgrâce de son bienfaiteur. Abundantius fut dépouillé de sa fortune par un mandat de l'empereur, et banni à Pityus, dernière frontière des Romains sur la mer Noire, où il vécut abandonné à l'inconstante pitié des Barbares jusqu'à la chute de son persécuteur, après laquelle cet infortuné obtint un exil moins rigoureux à Sidon, en Phénicie.

395-399

Disgrâce de Timase

Il fallut pour se défaire de Timase procéder avec plus de circonspection et de régularité. Maître général des armées sous le règne de Théodose, il avait signalé sa valeur par la défaite des Goths de Thessalie; mais, imitant l'insolence de son maître dans les loisirs de la paix, Timase abandonnait sa confiance des flatteurs scélérats et perfides; méprisant les clameurs du public, il avait donné le commandement d'une cohorte à l'un de ses subordonnés, homme infâme, qui l'en punit bientôt par son ingratitude. A l'instigation secrète de l'eunuque favori, Pargus, accusa son protecteur d'une conspiration contre le souverain. Le général fut cité devant le tribunal d'Arcadius lui-même, et le premier eunuque, placé à côté du trône, suggérait à l'empereur les demandes et les réponses; mais comme cette manière de procéder aurait pu paraître partial et arbitraire, on remit la plus ample information des crimes de Timase à Saturnin, consulaire, et à Procope, beau-père de l'empereur Valens qui jouissait encore des respects dus à cette illustration. La probité de Procope maintint, dans l'instruction du procès, l'apparence de l'impartialité; et il ne céda qu'avec répugnance à la basse dextérité de son collègue, qui prononça la condamnation du malheureux Timase. On confisqua son immense fortune au nom de l'empereur et au profit du favori, et le maître général fut condamné à un exil perpétuel à Oasis, au milieu des sables déserts de la Libye1. Séquestré de toute société, ce brave général, disparut pour toujours. Les circonstances du reste de sa vie ont été racontées de différentes manières. Les uns prétendent qu'Eutrope envoya secrètement des assassins pour lui ôter la vie2; d'autres disent que Timase périt de faim et de soif dans le désert; en essayant de se sauver d'Oasis, et que l'on trouva son corps dans les sables de la Libye; et d'autres assurent, d'une manière plus positive, que son fils Syagrius, après avoir rassemblé une bande de brigands de l'Afrique, avec lesquels il éluda la poursuite des agents et des émissaires de la cour, délivra Timase de son exil, et qu'on n'entendit plus parler ni de l'un ni de l'autre. Mais le perfide Bargus, loin de jouir du fruit de son crime, périt bientôt lui-même enlacé dans les pièges que lui tendit la perfidie d'un ministre plus puissant que lui, et qui conservait du moins assez d'âme et de jugement pour détester l'instrument de son crime.

1. La grande Oasis était un de ces cantons enclavés dans les sables de la Libye, et qui, arrosés de sources, pouvaient produire du froment, de l'orge et des palmiers. Du Nord au Sud, il fallait environ trois jours pour le traverser, et du levant au couchant à peu près une demi-journée. Il était situé à cinq jours de marche à l'Occident d'Abydus, sur les bords du Nil. (Voyez d'Anville, Description de l'Egypte, p. 186, 187, 188.) Le désert stérile qui environne cette Oasis (Zozime, l. V, p. 300) a valu, comparativement à ce canton l'éloge de fertilité, et même l'épithète d'île fortunée.

2. Claudien, in Eutrope, l. I, p. 180.
Marmaricus claris violatur coedibus Hammon.
Ce vers fait évidemment allusion à la mort de Timase, dont le poète paraît convaincu.

4 septembre 397

Loi injuste contre le crime de trahison

La haine publique et le désespoir des particuliers menaçaient ou semblaient menacer continuellement la sûreté personnelle d'Eutrope et des individus attachés à sa fortune ou élevés par sa faveur. Il inventa pour leur défense commune, une loi qui violait tous les principes de la justice et de l'humanité. 1° Il est ordonné, au nom et par l'autorité d'Arcadius, que tous ceux qui, soit sujets ou étrangers, conspireront contre la vie de l'une des personnes que l'empereur regarde comme ses propres membres, encourront la peine de mort et de confiscation; et cette application métaphorique du crime de lèse-majesté comprenait non seulement les officiers de l'Etat et de l'armée de la classe des illustres et qui siégeaient dans le conseil impérial, mais aussi les domestiques du palais, les sénateurs de Constantinople; les commandants militaires et les magistrats civils des provinces, dénomination vague, qui, sous les successeurs de Constantin, comprenait une multitude obscure d'agents subordonnés. 2° Cette extrême sévérité aurait pu paraître équitable, si elle n'avait tendu qu'à défendre les représentants du souverain contre les violences auxquelles ils pouvaient être exposés dans l'exercice de leurs fonctions; mais la totalité des employés du gouvernement s'était arrogé le droit de réclamer ce privilège ou plutôt cette impunité, qui des mettait à l'abri, jusque dans les moments les moins solennels de leur vie, des premiers mouvements de violence où pouvait se porter le ressentiment, souvent légitime, de leurs concitoyens; et, par un étrange renversement de toutes les lois, une querelle particulière et une conspiration contre l'empereur ou contre l'Etat encouraient la même punition comme également criminelles. Le ridicule édit d'Arcadius déclaré positivement, qu'en matière de crime de trahison les pensées doivent être punies avec autant de sévérité que les actions; que la connaissance d'une intention criminelle, lorsqu'elle n'est pas révélée, à l'instant, devient aussi punissable que l'intention même; et que les imprudents qui oseront solliciter le pardon des criminels de lèse-majesté seront eux-mêmes flétris d'une infamie publique et indélébile. 3° Quant aux fils des coupables, ajoute l'empereur, quoiqu'ils dussent être compris dans le châtiment de leurs pères, parce qu'il est très probable qu'ils en imitèrent le crime; cependant, par un effet spécial de notre indulgence impériale, mais leur faisons grâce de la vie; mais nous les déclarons inhabiles à hériter, soit du côté de leur père ou de leur mère, ou à recevoir par testament aucun don ou legs d'un parent ou d'un étranger. Couverts d'une infamie héréditaire, privés de tout espoir d'acquérir des honneurs ou de la fortune, qu'ils endurent toutes les horreurs du mépris et de la misère, au point de détester la vie, et de désirer la mort comme leur seule ressource. C'est dans ces termes, qui outragent tous les sentiments de l'humanité, que l'empereur, ou plutôt son eunuque favori, applaudit à la modération d'une loi qui comprend dans ce châtiment injuste et inhumain les enfants de tous ceux qui ont favorisé ou qui n'ont pas découvert ces prétendues conspirations. Un grand nombre des plus sages règlements de la jurisprudence romaine sont ensevelis dans l'oubli; mais on a soigneusement inséré dans les codes de Théodose et de Justinien cet odieux instrument de la tyrannie ministérielle, et les mêmes maximes ont été adoptées, dans des temps plus modernes, pour protéger les électeurs de l'Allemagne et les cardinaux de l'Eglise romaine.

399

Révolte de Tribigild

Cependant ces lois sanguinaires, qui répandaient la terreur parmi les peuples timides et désarmés, se trouvèrent un faible frein contre l'audace de Tribigild l'Ostrogoth. La colonie de cette nation guerrière, placée par Théodose dans un des plus fertiles cantons de la Phrygie; comparait impatiemment les bénéfices faibles et lents des travaux de l'agriculture aux résultats brillants des brigandages d'Alaric et aux récompenses libérales qu'il accordait à la valeur; et leur chef était offensé de la manière désobligeante dont il avait été reçu dans le palais de Constantinople. Une province pacifique et opulente, située au centre de l'empire, entendit avec étonnement le cliquetis des armes; et un vassal, opprimé et méprisé tant qu'il avait été fidèle, reprit la considération en reprenant le caractère d'ennemi et de Barbare. Les vignes et les campagnes situées entre le cours rapide du Marsias et les sinuosités du Méandre, furent consumées par la flamme. Les murs des villes, dès longtemps tombant en ruines, croulèrent aux premiers coups de l'ennemi. Les habitants effrayés échappèrent au carnage en se précipitant sur les rives de l'Hellespont : presque toute l'Asie-Mineure ressentit les fureurs de Tribigild et de ses Ostrogoths. Les paysans de la Pamphylie arrêtèrent un moment les progrès de cette invasion. Les Ostrogoths, attaqués dans un passage étroit entre la ville de Selgae1, un marais profond et les roches escarpées du mont Taurus, perdirent les plus braves de leurs soldats; mais ce revers n'effraya pas l'intrépide général. Son armée se recrutait sans cesse de Barbares et de malfaiteurs qui cherchaient à exercer leur brigandage sans le nom plus honorable de guerre et de conquête. La crainte et adulation déguisèrent dans les commencements les succès de Tribigild, mais l'alarme se répandit enfin à la cour et dans la capitale : tous les événements malheureux étaient grossis par des faits vagues et incertains; les projets des rebelles devenaient le sujet des plus effrayantes conjectures. Lorsque Tribigild avançait dans l'intérieur du pays, les Romains lui supposaient l'intention de franchir le mont Taurus et d'envahir la Syrie; s'il descendait du côté de la mer, ils lui attribuaient, et, par leurs craintes, lui suggéraient peut-être l'idée d'armer une flotte dans les ports de l'Ionie, et de s'en servir pour étendre ses dévastations sur toute la côte maritime, depuis les bouches du Nil jusqu'au port de Constantinople. L'approche du danger et l'obstination de Tribigild qui se refusait à toutes les offres de conciliation, forcèrent Eutrope à assembler un conseil de guerre. Après avoir réclamé pour lui-même le privilège d'un vétéran, il confia la garde de la Thrace et de l'Hellespont à Gainas le Goth, et il donna à Leo, son favori, le commandement de l'armée d'Asie. Ces deux généraux favorisèrent l'un et l'autre les succès des rebelles; mais d'une manière différente. Leo, qu'à raison de sa taille massive et de son esprit lourd, on surnommait l'Ajax de l'Orient, avait quitté son premier métier de cardeur de laine pour exercer avec moins d'intelligence et de succès la profession militaire. Incertain dans ses opérations, il se décidait par caprice, entreprenait sans prévoir les difficultés réelles de l'exécution, et négligeait par crainte les occasions les plus favorables. Les Ostrogoths s'étaient imprudemment engagés dans une position désavantageuse entre le Mélas et l'Eurymédon, où ils étaient presque assiégés par les paysans de la Pamphylie; mais l'arrivée d'une armée impériale, loin d'achever de les détruire, servit à leur délivrance et à leur triomphe. Tribigild surprit le camp des Romains dans l'obscurité de la nuit, séduisit la plus grande partie des auxiliaires barbares, en dissipa sans peine des troupes amollies dans la capitale par le luxe et par l'indiscipline. Gainas, qui avait si audacieusement concerté et exécuté le meurtre de Rufin, était irrité de la fortune de son indigne successeur. Il accusait de bassesse honteuse sa longue patience sous le règne d'un vil eunuque, et l'ambitieux Barbare fut convaincu, au moins dans l'opinion publique, d'avoir fomenté la révolte de Tribigild, son compatriote et allié de sa famille. Lorsque Gainas passa l'Hellespont pour réunir sous ses drapeaux les restes des troupes de l'Asie, il conforma avec habileté tous ses mouvements aux désirs des Ostrogoths : tantôt il se retirait du pays qu'ils voulaient envahir et tantôt il s'approchait des ennemis pour faciliter la désertion des auxiliaires barbares. Il exagérait dans ses lettres à la cour impériale la valeur, le génie et les ressources de Tribigild, et avouait qu'il manquait de moyens et de talents pour soutenir une guerre aussi difficile. Il arracha enfin une permission de négocier avec son invincible adversaire. Tribigild dicta impérieusement les conditions de la paix, et la tête d'Eutrope, exigée pour préliminaires, révéla l'auteur et le dessein de la conspiration.

1. Selgae, colonie des Lacédémoniens, contenait autrefois une population de vingt mille citoyens; mais du temps de Maxime elle était réduite à la condition d'une p??????, ou petite ville. Voyez Cellarius, Géographie antique, t. II, page 117.

399

Chute d'Eutrope

Deux sentiments, la crainte et l'amour conjugal, éveillèrent un moment l'âme indolente d'Arcadius. Les menaces du rebelle victorieux l'effrayèrent, et il se laissa toucher par les tendres discours de l'impératrice Eudoxie, qui, baignée de feintes larmes et portant son enfant dans ses bras, vint lui demander justice de je ne sais quelle insulte réelle ou imaginaire dont elle accusait l'audacieux eunuque. L'empereur laissa conduire sa main à signer l'arrêt d'Eutrope, et ainsi fut rompit le talisman qui régnait depuis quatre ans le prince et ses sujets sous la puissance d'un esclave. Les acclamations qui, si peu de temps auparavant, célébraient le mérite et la fortune du favori, firent place aux clameurs du peuple et des soldats, qui lui reprochaient ses crimes et pressaient son supplice. Dans ces instants de détresse et de désespoir, Eutrope ne put trouver d'autre asile que le sanctuaire de l'église, dont ses efforts, ou sages, ou sacrilèges, avaient limité les privilèges. Le plus éloquent de tous les saints, Jean Chrysostome, eut la gloire de protéger un ministre disgracié, dont le choix l'avait élevé sur le siège archiépiscopal de Constantinople. Le prélat, du haut de sa chaire, d'où il pouvait se faire entendre distinctement de la foule immense, de tout âge et de tout sexe, qui remplissait la cathédrale, prononça un discours pathétique et conforme à la circonstance, sur le pardon des injures, et l'instabilité des grandeurs humaines; et la vue du favori étendu, pâle et tremblant, sous la table de l'autel, présentait un spectacle frappant et instructif. L'orateur, qu'on accusa depuis d'avoir insulté au malheur d'Eutrope, chercha à exciter le mépris du peuple pour tempérer sa fureur1. L'humanité, la superstition, et l'éloquence l'emportèrent : l'impératrice, retenue par ses propres préjugés ou par ceux de ses sujets, n'entreprit pas de violer le sanctuaire de l'église, et Eutrope se laissa persuadée d'en sortir après qu'on lui eut promis par serment de lui laisser la vie2. Sans égard pour la dignité de leur souverain les nouveaux ministres du palais déclarèrent, par un édit, que l'ancien favori avait déshonoré les noms de consul et de patrice; ils abolirent ses statues, confisquèrent toutes ses richesses, et le condamnèrent à un exil perpétuel dans l'île de Chypre. Un eunuque méprisable et décrépit ne pouvait plus inspirer la crainte à ses ennemis; et il n'était plus même susceptible de goûter les biens qui lui restaient encore la tranquillité, la solitude et la beauté du climat. Leur haine implacable lui envia pourtant ces derniers restes de sa misérable vie : à peine Eutrope était-il arrivé dans l'île de Chypre, qu'ils le rappelèrent précipitamment. Dans la vaine idée d'éluder, par le changement de lieu, l'obligation du serment, l'impératrice fit transporter de Constantinople au faubourg adjacent de Chalcédoine le théâtre du jugement et de l'exécution. Le consul Aurélien prononça la sentence, et les griefs sur lesquels il la motiva font connaître la jurisprudence d'un gouvernement despotique. Les attentats d'Eutrope contre les citoyens suffisaient pour justifier sa mort; mais on prouva de plus qu'il était coupable d'avoir attelé à son propre char les animaux sacrés dont la race et la couleur étaient exclusivement réservées au service du souverain.

1. Voyez l'Homélie de saint Chrysostome (t. III, p. 381-386), dont l'exorde est d'une grande beauté. (Socrate, l. VI, c. 5; Sozomène, l. VIII, c. 7.) Montfaucon (dans sa vie de saint Chrysostome, t. XIII, p. 135) suppose un peu légèrement que Tribigild était alors à Constantinople, et que ce fut lui qui donna l'ordre aux soldats de se saisir d'Eutrope. Claudien lui-même, poète païen (Préface ad l. II, in Eutrope, 27), parle de la fuite de l'eunuque dans le sanctuaire. Suppliciterque pias humilis prostratus ad aras, Mitigat iratas voce tremente nurus.

2. Saint Chrysostome, dans une autre homélie (t. III, p. 396), assure qu'Eutrope n'aurait pas été pris, s'il ne fût pas sorti de l'église. Zozime (l. V, p. 313) prétend au contraire que ses ennemis l'arrachèrent du sanctuaire. Cependant la promesse est la preuve d'une convention; et le témoignage de Claudien dans la préface de son second livre, p. 46 :
Sed tamen exemplo non feriere tuo,
est sûrement la preuve de quelque promesse.

400

Conspiration et chute de Gainas

Tandis que cette révolution se consommait dans l'intérieur du palais, Gainas se révolta ouvertement, réunit ses forces avec celles de Tribigild à Thyatire en Lydie, et conserva toujours sur le chef rebelle des Ostrogoths l'ascendant de la supériorité. Les armées confédérées s'avancèrent sans obstacle jusqu'au détroit de l'Hellespont et du Bosphore; et l'on fit consentir Arcadius, pour éviter la perte de ses provinces d'Asie, à remettre sa personne et son autorité entre les mains des Barbares. On choisit pour le lieu de l'entrevue l'église de Sainte Euphémie, située sur une haute éminence près de Chalcédoine. Gainas, respectueusement prosterné aux pieds de l'empereur, exigea le sacrifice d'Aurélien et de Saturnin, deux ministres consulaires, qui virent l'épée de cet orgueilleux Barbare suspendue sur leur tête et prête à les frapper, jusqu'au moment où il daigna leur accorder un sursis honteux et précaire. Conformément aux articles de la convention, les Goths passèrent sur-le-champ d'Asie en Europe; leur chef victorieux, qui avait accepté le titre de maître général des armées romaines, remplit Constantinople de ses troupes et distribua parmi ses créatures les honneurs et les richesses de l'empire. Dans sa jeunesse, Gainas avait passé le Danube en fugitif et s'était présenté en suppliant. Il devait son élévation à sa valeur, secondée de la fortune; l'imprudence ou la perfidie de sa conduite précipita rapidement sa destruction. Malgré la vigoureuse opposition de l'archevêque, il réclama obstinément la possession d'une église particulière pour ses Barbares ariens; et l'orgueil des catholiques s'offensa de voir tolérer publiquement l'hérésie. Les murmures, le tumulte et le désordre, éclataient dans tous les quartiers de Constantinople; les Barbares contemplaient avec des yeux avides les boutiques des joailliers et l'or qui couvrait les comptoirs des banquiers. On jugea qu'il était prudent de les éloigner de ces objets de tentation. Irrités de cette précaution injurieuse, les Goths essayèrent de mettre le feu au palais pendant la nuit1. Dans ces dispositions mutuelles de soupçon et d'animosité, les gardes et le peuple de Constantinople fermèrent les portes et prirent les armes pour prévenir la conspiration des Goths ou pour s'en venger. Dans l'absence de Gainas, ses troupes furent surprises et vaincues, et sept mille Barbares perdirent la vie dans ce massacre. Dans la fureur de la poursuite, les catholiques découvrirent les toits de l'église arienne où s'étaient réfugiés leurs adversaires, et les écrasèrent en leur lançant des poutres enflammées. Gainas avait ignoré l'entreprise des Goths, ou s'en était promis trop légèrement le succès. Il apprit avec étonnement que la fleur de son armée avait péri sans gloire, qu'il était déclaré lui-même ennemi de l'empire, et que son compatriote Fravitta, brave général et affectionné à la cour impériale, commandait l'armée et les forces maritimes. Gainas attaqua plusieurs villes de la Thrace; mais ses entreprises furent partout repoussées par une défense vigoureuse et bien conduite; et ses soldats, manquant de subsistance, furent bientôt réduits à se nourrir de l'herbe qui croissait autour des remparts. Regrettant trop tard l'abondance des provinces de l'Asie, le chef des rebelles résolut, dans son désespoir, de forcer le passage de l'Hellespont. Il manquait de vaisseaux; mais les forêts de la Chersonèse offraient abondamment de quoi construire des radeaux, et les intrépides Barbares ne craignaient pas de se confier aux vagues. Cependant Fravitta épiait attentivement l'instant de leur entreprise; et, dès qu'il les vit au milieu du canal, les galères romaines2, serrées l'une contre l'autre, et pressées à la fois par les rames, le courant et un vent favorable, vinrent tomber sur la flotte avec un poids irrésistible. L'Hellespont fut couvert en un instant des débris des radeaux et des cadavres flottants des Barbares. Après avoir vu périr ses plus braves soldats, Gainas, forcé de renoncer à ses espérances, et n'aspirant plus à gouverner ni à vaincre les Romains, fit le projet de reprendre la vie errante et sauvage. Un corps de cavalerie barbare, débarrassée de son infanterie et des gros bagages, pouvait aisément faire en huit ou dix jours le trajet de trois gents milles qui sépare l'Hellespont du Danube. Les garnisons de cette importante frontière avaient été peu à peu réduites à rien. Comme on était alors au mois de décembre, le fleuve devait être glacé profondément, et la Scythie offrait une vaste perspective à l'ambition de Gainas. Il communiqua secrètement son dessein aux troupes de sa nation, qui consentirent à suivre le sort de leur chef, et, avant de donner le signal du départ, ils massacrèrent en trahison un grand nombre d'auxiliaires tirés des provinces romaines, et qu'ils soupçonnaient d'attachement pour leur pays natal. Les Goths s'avancèrent par des marches rapides à travers les plaines de la Thrace, et la vanité de Fravitta leur ôta bientôt toute crainte d'être poursuivis. Au lieu d'achever d'éteindre la révolte, il retourna précipitamment à Constantinople, pour jouir des applaudissements du peuple et des paisibles honneurs du consulat; mais un allié formidable prit les armes pour soutenir l'honneur de l'empire et défendre la paix et la liberté de la Scythie3. Les forces supérieures d'Uldin, roi des Huns, arrêtèrent la marche de Gainas. Un pays ennemi et ruiné s'opposait à sa retraite; le général des Goths dédaigna de capituler après avoir inutilement tenté plusieurs fois de s'ouvrir un chemin dans les rangs des ennemis, il périt sur le champ de bataille avec ses intrépides compagnons (3 janvier 401). Onze jours après la bataille navale sur l'Hellespont, l'empereur reçut à Constantinople la tête de Gainas, comme un présent inestimable, et avec la plus vive expression de reconnaissance. On célébra la mort du rebelle par des fêtes et des illuminations; les victoires d'Arcadius devinrent le sujet de poèmes épiques; et le monarque, délivré de ses terreurs, subit nonchalamment le joug paisible et absolu de la belle et artificieuse Eudoxie, qui ternit sa gloire par la persécution de Saint Jean Chrysostome.

1. Les historiens ecclésiastiques, qui tantôt dirigent et tantôt suivent l'opinion publique, assurent que le palais de Constantinople était gardé par une légion d'anges.

2. Zozime (l. V, p. 319) donne à ces galères le nom de liburniennes, et observe qu'elles égalaient, par la rapidité de leur course, les galères à cinquante rameurs; mais il n'eut explique pas la différence. Il convient cependant qu'elles n'égalaient pas celles qu'on nommait trirèmes, dont on ne faisait plus d'usage depuis longtemps. Il suppose avec raison, d'après le témoignage de Polybe, qu'on avait construit dans les guerres puniques des vaisseaux beaucoup plus grands. Depuis l'établissement de l'empire romain sur la Méditerranée, la construction des grands vaisseaux fut négligée comme inutile, et bientôt tout à fait oubliée.

3. Le récit de Zozime, qui conduit Gainas au-delà du Danube, doit être rectifié par celui de Socrate et celui de Sozomène, qui assurent qu'il fut tué dans la Thrace, et par les dates précises et authentiques de la Chronique d'Alexandrie ou de Paschal, p. 307. La victoire navale de l'Hellespont est datée du mois Apellaeus, le 10 des calendes de janvier (décembre 23), et la tête de Gainas fut apportée à Constantinople le 3 des nones de janvier (janvier 3), dans le mois Audynaeus.

26 février 398

Election de saint Chrysostome

Caprara
saint Jean Chrysostome
Sainte-Sophie

Après la mort de l'indolent Nectarius, successeur de saint Grégoire de Nazianze, l'Eglise de Constantinople avait été déchirée par la rivalité de deux candidats qui ne rougirent pas d'employer l'or et la séduction pour obtenir les suffrages du peuple et du favori. Eutrope semble avoir dérogé, dans cette occasion, à ses maximes ordinaires; le mérite supérieur d'un étranger fixa son choix. Il avait eu récemment l'occasion, en voyageant dans l'Orient, d'entendre les sermons éloquents de Jean, prêtre et natif d'Antioche, dont le nom a été distingué par l'épithète de Chrysostome, ou bouche d'or. On expédia un ordre particulier au gouverneur de Syrie; et comme le peuple aurait pu s'opposer au départ de son prédicateur favori, on le transporta secrètement, dans un chariot de poste, d'Antioche à Constantinople. Le consentement unanime et spontané de la cour, du clergé et du peuple, ratifia le choix du ministre, et les vertus et l'éloquence de l'archevêque surpassèrent tout ce qu'en attendait le public. Né dans la capitale de la Syrie, d'une famille noble et opulente, saint Chrysostome avant été élevé par une mère tendre, sous la conduite des maîtres les plus habiles. Il fit son cours de rhétorique à l'école de Libanius; et ce philosophe célèbre, qui découvrit bientôt les talents de son disciple, déclara que Jean aurait été digne de lui succéder, s'il ne se fût pas laissé séduire par les chrétiens. Sa piété le disposa de bonne heure à recevoir le sacrement de baptême, à renoncer à la profession honorable et lucrative de la jurisprudence, et à s'enfoncer dans le désert voisin, où il dompta la fougue de ses sens par une pénitence austère de six années. Ses infirmités le ramenèrent malgré lui dans le monde, et l'autorité de Mélèce dévoua ses talents au service de l'Eglise; mais au milieu de sa famille, et ensuite sur le siège archiépiscopal, saint Chrysostome pratiqua toujours les vertus monastiques. Il employa à fonder des hôpitaux les revenus que ses prédécesseurs dissipaient dans un luxe inutile; et la multitude qui subsistait de ses charités préférait les discours édifiants de l'éloquent archevêque aux jeux du cirque et aux amusements du théâtre. Les monuments de cette éloquence, qu'on admira durant près de vingt ans à Antioche et à Constantinople, ont été soigneusement conservés; et la possession de plus de mille sermons ou homélies a mis les critiques des siècles suivants en état d'apprécier le mérite de saint Chrysostome. Ils reconnaissent unanimement dans l'orateur chrétien une abondante et élégante facilité, le talent de déguiser les avantages qu'il tirait de la rhétorique et de la philosophie, un fonds inépuisable de métaphores, d'idées et d'images qui varient et embellissent les sujets les plus simples et les plus communs; enfin l'art heureux de faire servir les passions à l'avantage de la vertu, et de démontrer la honte et l'extravagance du vice avec l'énergie et la vérité, pour ainsi dire, d'une représentation dramatique.

398-403

L'administration pastorale de saint Chrysostome et ses défauts

Le zèle de l'archevêque, dans ses fonctions pastorales, irrita et réunit peu à peu contre lui des ennemis de deux espèces différentes : le clergé, qui enviait ses succès; et les pêcheurs endurcis qu'offensaient ses reproches. Lorsque saint Chrysostome tonnait dans la chaire de Sainte Sophie contre la corruption des chrétiens, ses traits se perdaient dans la foule sans blesser, sans désigner même aucun individu; lorsqu'il déclamait contre les vices de l'opulence, la pauvreté éprouvait peut-être une consolation passagère; mais le grand nombre des coupables servait à les déguiser; et le reproche était même adouci par quelques idées de grandeur et de supériorité : mais plus ses regards s'élevaient vers le faîte, et moins ils embrassaient d'objets. Les magistrats, les ministres, les eunuques favoris, les dames de la cour1, et l'impératrice Eudoxie elle-même, sentaient très bien des reproches d'autant plus graves qu'ils ne pouvaient plus se partager qu'entre un petit nombre de coupables. Le témoignage de leur conscience prévenait ou confirmait l'application que leur en faisait l'auditoire; et d'intrépide prédicateur usait du dangereux privilège de dévouer l'offense et le coupable à l'exécration publique. Le ressentiment secret de la cour encouragea celui du clergé et des moines de Constantinople, que le zèle de leur archevêque avait entrepris de réformer trop précipitamment. Il s'était élevé en chaire contre l'usage des femmes qui servaient le clergé de la capitale sous le nom de domestiques ou de soeurs, et qu'il regardait comme une occasion continuelle de péché ou de scandale. Saint Chrysostome accordait une protection particulière à ces pieux et silencieux solitaires qui se séquestraient du commerce du monde; mais il censurait avec aigreur et méprisait, comme la honte de leur sainte profession, cette foule de moines dégénérés qui, attirés par d'indignes motifs de plaisir ou de profit, remplissaient sans cesse les rites de Constantinople. A la voix de la persuasion le prélat fut obligé de joindre telle de son autorité; et son ardeur dans l'exercice de la juridiction ecclésiastique n'était pas toujours exempte de passion, ou guidée par la prudence. Saint Chrysostome naturellement d'un caractère emporté, tâchait de se soumettre aux préceptes de l'Evangile, en aimant ses ennemis personnels; mais il se livrait sans résistance à la haine des ennemis de Dieu et de l'Eglise, et s'exprimait quelquefois avec trop de violence dans la parole et dans le maintien. Par des motifs de santé ou peut-être d'abstinence, l'archevêque conservait son ancienne coutume de prendre son repas en particulier, et cette habitude2, que ses ennemis attribuaient à l'orgueil, contribuait au moins à nourrir son humeur morose et insociable. Renonçant en quelque façon à ces communications qui éclaircissent et facilitent les affaires, il mettait toute sa confiance dans le diacre Sérapion, et se servait rarement de ses connaissances spéculatives de la nature humaine pour approfondir le caractère de ses égaux ou de ses subordonnés. Se fiant à la pureté de ses intentions ou, peut-être à la supériorité de son génie, l'archevêque de Constantinople étendit la juridiction de la ville impériale pour étendre celle de ses soins épiscopaux. Cette conduite, que les profanes imputaient à l'ambition, paraissait à saint Chrysostome un devoir sacré et indispensable. En visitant les provinces d'Asie, il déposa treize évêques de Lydie et de Phrygie, et déclara indiscrètement que l'esprit de débauche et de simonie infectait tout l'ordre épiscopal3. La condamnation rigoureuse de ces évêques, en cas qu'ils fussent innocents, dut exciter leur juste indignation; et en supposant au contraire qu'ils fussent coupables, la plupart de leurs confrères, qui craignaient d'éprouver le même sort, sentirent bientôt que leur sûreté ne pouvait s'établir que sur la ruine de l'archevêque, qu'ils tâchaient de représenter comme le tyran de l'Eglise orientale.

1. Les femmes de Constantinople se distinguaient par leur haine ou par leur attachement pour saint Chrysostome. Trois veuves nobles et opulentes, Marse, Castricie et Eugraphie, étaient à la tête de la persécution. (Pallad. Dialog., tome XIII, p. 14. Elles ne pouvaient pardonner au prédicateur, qui leur reprochait de chercher à masquer leur âge et leur laideur par la parure et la multiplicité des ornements. (Pallad., p. 27.) Le même zèle, déployé pour une cause plus pieuse, valut à Olympias le titre de sainte. Voyez Tillemont, Mem. eccles., t. XI, p. 416-440.

2. Palladius (t. XIII, p. 40, etc.) défend très sérieusement l'archevêque : 1° il ne buvait jamais de vin; 2° la faiblesse de son estomac exigeait un régime particulier; 3° les affaires, l'étude ou la dévotion, le faisaient souvent jeûner jusqu'au coucher du soleil; 4° il détestait le bruit et les conversations oiseuses des grands repas; 5° il épargnait sur la dépense de sa table pour secourir les pauvres; 6° il craignait, dans une ville comme Constantinople, d'accepter des invitations qui pouvaient le rendre suspect à quelque faction.

3. Saint Chrysostome (t. IX, hom. III,; in Act. apostol., p. 29) déclare que le nombre des évêques qui seront sauvés est très petit, en comparaison de ceux qu'attend la damnation éternelle.

403

L'impératrice Eudoxie persécute saint Chrysostome

Caprara
L'impératrice Eudoxie persécute saint Chrysostome Jean-Paul Laurens

Théophile, archevêque d'Alexandrie, prélat actif et ambitieux qui dissipait en monuments fastueux des biens acquis par la rapine, conduisit la conspiration ecclésiastique. Sa vanité nationale lui inspirait de l'aversion pour une ville dont la grandeur naissante le faisait descendre du second ou troisième rang dans le monde chrétien; et quelques querelles personnelles avaient achevé de l'irriter contre saint Chrysostome. D'après l'invitation secrète de l'impératrice, Théophile débarqua dans le port de Constantinople, accompagné d'une nombreuse troupe de mariniers pour dissiper la population, et d'une longue suite d'évêques, ses suffragants, pour s'assurer la majorité des voix dans le synode. On assembla ce synode dans le faubourg de Chalcédoine1, surnommé le Chêne; où Rufin avait construit une vaste église et un monastère. Les séances continuèrent durant quatorze jours. Un évêque et un diacre se portèrent pour accusateurs de l'archevêque de Constantinople mais les quarante-sept articles des griefs frivoles ou improbables qu'ils présentèrent contre ce prélat, peuvent être considérés comme un panégyrique de l'espèce la plus irrécusable. Saint Chrysostome fût cité quatre fois à comparaître; mais il refusa toujours de confier sa personne et sa réputation à la haine implacable de ses ennemis qui abandonnèrent prudemment l'examen des accusations, le condamnèrent comme rebelle et contumace; et prononcèrent précipitamment contre lui une sentence de déposition. Le synode du Chêne fit demander immédiatement à l'empereur la ratification et l'exécution de la sentence, et insinua charitablement qu'on pouvait punir comme coupable de lèse-majesté l'audacieux prédicateur qui avait insulté l'impératrice Eudoxie sous le nom odieux de Jézabel. Un officier du palais s'empara de saint Chrysostome, le traîna ignominieusement dans les rues de la capitale, et le descendit, après une courte navigation, à l'entrée de l'Euxin, d'où, en moins de deux jours, on le rappela glorieusement.

1. Photius (p. 53-60) a conservé les actes originaux du synode du Chêne; et ils prouvent qu'on a mal à propos prétendu que saint Chrysostome n'avait été condamné que par trente-six évêques, dont vingt-neuf étaient Egyptiens. Quarante-cinq évêques souscrivirent à la sentence. Voyez Tillemont, Mem. eccles., t. XI, p. 595.

403

Emeute du peuple de Constantinople

Dans le premier instant de sa surprise, le fidèle troupeau de saint Chrysostome était demeuré muet et immobile; mais tout à coup sa fureur éclata dans toutes les parties de la ville avec une violence irrésistible. Théophile trouva moyen de s'échapper; mais les moines et les mariniers furent impitoyablement massacrés dans les rues de Constantinople. Un tremblement de terre, qui vint à propos augmenter la terreur et la confusion, semblait annoncer l'intervention du ciel en faveur de l'archevêque. Le torrent de la sédition s'approchait des portes du palais : l'impératrice agitée par la crainte et peut-être par le remords, se jeta aux pieds de l'empereur, et avoua que le rappel de saint Chrysostome pouvait seul ramener la tranquillité publique. Un nombre infini de vaisseaux couvrirent le Bosphore; de brillantes illuminations éclairèrent les côtes de l'Europe et de l'Asie, et les acclamations d'un peuple victorieux accompagnèrent depuis le port jusqu'à la cathédrale la rentrée triomphante de l'archevêque. Le prélat consentit trop légèrement à reprendre l'exercice de ses fonctions avant que sa sentence eut été révoquée par un synode ecclésiastique. Ignorant ou méprisant le clergé, saint Chrysostome suivit l'ardeur de son zèle ou peut-être de son ressentiment, déclama avec violence contre les vices des femmes, et condamna les honneurs profanes qu'on accordait à la statue de l'impératrice presque dans l'enceinte de Sainte Sophie. Ses ennemis profitèrent de cette imprudence pour irriter l'orgueilleuse Eudoxie, en lui rapportant ou en inventant ce fameux exorde attribué à l'un des sermons de saint Chrysostome : Hérodias reprend sa fureur, Hérodias recommence à danser; elle demande une seconde fois la tête de Jean. Comme femme et comme souveraine, elle ne pouvait pardonner cette insolente allusion. Durant le cour intervalle d'une trêve perfide, on concerta des moyens plus sûrs pour consommer sans retour la ruine de l'archevêque. Un concile nombreux d'évêques de l'Orient, dirigé de loin par les instructions de Théophile, confirma la validité de la première sentence sans en examiner la justice; et un détachement de soldats barbares entra dans la ville pour arrêter les mouvements du peuple. La veille de Pâques, l'arrivée des soldats interrompit indécemment les cérémonies solennelles du baptême, alarma la pudeur des catéchumènes nus dans les fonts baptismaux, et viola les mystères du christianisme. Arsace occupa l'église de Sainte-Sophie et le siège archiépiscopal. Les catholiques se réfugièrent dans les bains de Constantin et ensuite dans la campagne, où les gardes, les évêques et les magistrats, continuèrent à les poursuivre et à les insulter. Le jour funeste où saint Chrysostome se vit exilé pour la seconde fois et sans retour, fut marqué par l'incendie de la cathédrale, du palais où s'assemblait le sénat, et des bâtiments voisins. On imputa cette calamité, sans preuve, mais non pas sans vraisemblance, au désespoir de la faction persécutée.

20 juin 404

Exil de saint Chrysostome

Cicéron se glorifiait de ce que son exil volontaire avait conservé la paix à sa patrie; mais la soumission de saint Chrysostome était le devoir indispensable d'un sujet et d'un chrétien. Il demanda humblement et en vain la permission d'habiter Cizique ou Nicomédie; l'inflexible impératrice le fit transporter à Cucuse, dans la Petite-Arménie au milieu des rochers du mont Taurus. On espérait que l'archevêque ne résisterait pas à une marche pénible de soixante-dix jours, dans les plus grandes chaleurs de l'été, à travers l'Asie-Mineure, et continuellement exposé aux attaques des Isauriens et à la fureur bien plus implacable des moines. Cependant saint Chrysostome arriva sans accident au lieu de son exil; et les trois années qu'il passa à Cucuse et dans la ville voisine d'Arabisse, furent les dernières et les plus glorieuses de sa vie. La persécution et l'absence augmentèrent la vénération publique les fautes de son administration furent oubliées; on ne se souvint que du mérite et des vertus de saint Chrysostome; et l'attention du monde chrétien se fixa sur un coin désert du mont Taurus. Du fond de sa solitude, l'archevêque, dont l'âme s'était fortifiée dans l'infortune, entretint une correspondance régulière avec les provinces les plus éloignées, exhorta les membres de sa congrégation à persévérer dans leur fidélité, pressa la destruction des temples de Phénicie et l'extinction de l'hérésie dans l'île de Chypre, étendit son attention pastorale aux missions de Perse et de Scythie; négocia, par des ambassadeurs, avec le pontife romain et avec l'empereur Honorius, et appela d'un synode partial au tribunal suprême d'un concile libre et général. Le génie de cet illustre exilé conservait son indépendance; mais son corps était à la merci de ses persécuteurs, qui ne cessaient pas d'exercer leur vengeance en abusant du nom et de l'autorité d'Arcadius1.

1. Après l'exil de saint Chrysostome, Théophile publia contre lui, un volume énorme et horrible, dans lequel il répète souvent les douces expressions de hostem humanitalis, sacrilegorum principem, immundum daemonem. Il assure que saint Jean Chrysostome a prostitué son âme au diable, et il souhaite qu'on lui inflige quelque nouveau châtiment, qui égale, s'il est possible, l'horreur de ses crimes. Saint Jérôme, à la requête de son ami Théophile, traduisit du grec en latin cet ouvrage édifiant. Voyez Facundus Hermian., Defens. pro 3 Capitul., l. VI, c. 5, publié par Sirmond, Opera, t. II, p. 595, 596, 597.

24 septembre 407

Mort de saint Chrysostome

On expédia un nouvel ordre de transférer sans délai saint Chrysostome au fond du désert de Pityus; et ses gardes obéirent si fidèlement à leurs cruelles instructions, qu'avant d'atteindre la côte de l'Euxin, il mourut à Comana, ville du Pont, dans la soixantième année de son âge (24 septembre 407). La génération suivante reconnut son mérite et son innocence. La fermeté du pontife romain disposa les archevêques de l'Orient, honteux sans doute d'avoir succédé aux ennemis de saint Chrysostome, à réhabiliter la mémoire de ce nom vénérable1.

1. Son nom fut inséré par son successeur Atticus dans les diptyques de l'église de Constantinople, A. D. 418. Dix ans après on le révéra comme un saint Cyrille, qui avait hérité de la place et de la haine de son oncle Théophile, céda avec beaucoup de répugnance. Voyez Facund. Herm., l. IV, c. 1; Tillemont, Mem. eccles., t. XIV, p. 277-283.

24 janvier 438

Les reliques de saint Chrysostome sont transportées à Constantinople

Caprara
Les reliques de saint Chrysostome sont transportées à Constantinople

Trente ans après la mort de saint Chrysostome, à la réquisition du peuple et du clergé de Constantinople, ses reliques furent transportées de leur obscur sépulcre dans la ville impériale1. L'empereur Théodose alla les recevoir, jusqu'à Chalcédoine, et, se prosternant sur le cercueil, il implora, au nom de ses coupables parents Arcadius et Eudoxie, le pardon du saint qu'ils avaient persécuté2.

1. Socrate, l. VII, c. 45; Théodoret, l. V, c. 36. Cet événement opéra la réunion des johannites qui avaient refusé de reconnaître ses successeurs. Durant sa vie les johannites étaient respectés des catholiques comme la congrégation orthodoxe de Constantinople; leur obstination les conduisit presque jusqu'au schisme.

2. Son nom fut inséré par son successeur Atticus dans les diptyques de l'église de Constantinople, A. D. 418. Dix ans après on le révéra comme un saint Cyrille, qui avait hérité de la place et de la haine de son oncle Théophile, céda avec beaucoup de répugnance. Voyez Facund. Herm., l. IV, c. 1; Tillemont, Mem. eccles., t. XIV, p. 277-283.

1er mai 408

Mort d'Arcadius

Caprara
Arcadius

On peut cependant douter qu'Arcadius eût transmis à son successeur la tâche d'un crime héréditaire. Eudoxie, jeune et belle, méprisait son mari, et se livrait sans contrainte à ses passions. Le comte Jean jouissait au moins de la confiance intime de l'impératrice, et le public le nommait le père du jeune Théodose. Le pieux empereur n'en accepta pas moins la naissance d'un fils comme l'événement le plus heureux et le plus honorable pour lui, pour sa famille et pour l'empire; et l'auguste enfant, par une faveur sans exemple, fût revêtu, dès sa naissance, des titres de César et d'Auguste. Environ quatre ans après les suites d'une fausse couche enlevèrent Eudoxie dans son printemps, et sa mort déconcerta la prophétie d'un saint évêque, qui, au milieu de la joie et des fêtes publiques, avait hasardé de prédire que l'impératrice serait témoin du règne long et glorieux de son fils Théodose. Les catholiques applaudirent à la justice du ciel qui vengeait la persécution de saint Chrysostome; et l'empereur fût peut-être le seul qui regretta sincèrement l'avide et impérieuse Eudoxie. Cette perte particulière l'affecta. Plus que toutes les calamités publiques : les insolentes excursions des brigands isauriens qui ravageaient depuis le Pont jusqu'à la Palestine, et dont l'impunité accusait la faiblesse du gouvernement; les incendies, les tremblements de terre, les sauterelles et la famine, fléaux que le mécontentement général était presque tenté d'imputer à l'incapacité du monarque. Enfin; dans la trente et unième année de son âge, et après avoir régné, si l'on peut abuser ainsi de cette expression, l'espace de treize ans trois mois et quinze jours. Arcadius mourut à Constantinople. Il est impossible de tracer son caractère, puisque, dans un temps abondant en matériaux historiques, on ne découvre pas une seule action qui appartienne personnellement au fils du grand Théodose.

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