Glycérius et Julius Nepos  

3 mars 473 - juin 474 (Glycérius)

juin 474 - 28 août 475
(Julius Nepos)

472-475

Julius Nepos et Glycerius empereur d'Occident

Julius Nepos
Julius Nepos

Tandis que l'Italie, sans maître, était abandonnée aux fureurs des Barbares, le conseil de Léon s'occupait sérieusement de l'élection d'un nouveau collègue. L'impératrice Vorine, jalouse d'élever sa propre famille, avait marié une de ses nièces à Julius Nepos, qui régnait sur la Dalmatie, depuis la mort de son oncle Marcellin; possession bien plus réelle que le titre d'empereur d'Occident, qu'on le força d'accepter : mais la cour de Byzance agissait avec tant de lenteur et d'irrésolution, que plusieurs mois s'écoulèrent après la mort d'Anthemius et même d'Olybrius, sans que celui qui devait leur succéder pût se montrer à ses sujets d'Italie avec des forces capables de le faire respecter. Dans cet intervalle, Gundobald revêtit de la pourpre Glycerius, guerrier obscur attaché à son service; mais le prince bourguignon manqua de moyens ou de volonté pour allumer une guerre civile en faveur de son protégé. Son ambition personnelle le rappela au-delà des Alpes, et son client eut la permission d'échanger le diadème d'empereur de l'Occident pour la mitre d'évêque de Salone. Après s'être défait de son compétiteur, l'empereur Nepos fut reconnu par les Italiens, par le sénat et par les provinces de la Gaule. On célébra hautement ses vertus morales et ses talents militaires; et ceux qui tiraient quelque avantage de son gouvernement annoncèrent d'un ton prophétique le retour de la prospérité publique. En moins d'une année leurs espérances, en supposant qu'ils en eussent conçu quelques-unes, furent entièrement anéanties, et le règne court et obscur de Julius Nepos n'offre pour événement qu'un traité de paix qui cédait l'Auvergne aux Visigoths. L'empereur d'Italie sacrifia à sa sûreté personnelle les plus fidèles sujets de la Gaule1; mais son repos fut bientôt troublé par une terrible révolte des Barbares confédérés; qui partirent de Rome sous la conduite d'Oreste leur commandant, pour l'assiéger dans Ravenne. Tremblant à leur approche au lieu de mettre sa confiance dans la force de la place, Nepos s'enfuit précipitamment sur ses vaisseaux, et se retira dans sa principauté de Dalmatie, sur la côte opposée de la mer Adriatique. Au moyen de cette honteuse abdication, il traîna sa vie, durant cinq années, dans une situation incertaine entre le titre d'empereur et celui d'exilé, jusqu'au moment où il fut assassiné par l'ingrat Glycerius, que, peut-être pour prix de son crime, on éleva au siège archiépiscopal de Milan.

1. Nepos envoya, saint Epiphane comme ambassadeur chez les Visigoths, pour fixer fines imperii italici. (Ennodius in Sirmond, t. I, p. 1665-1669.) Son discours pathétique déguisa le secret honteux qui excita depuis les justes et amers reproches de l'évêque de Clermont.

475

Le patrice Oreste

Les nations qui avaient maintenu leur indépendance depuis la mort d'Attila, étaient établies par le droit de conquête ou de possession dans les vastes pays situés au Nord du Danube ou dans les provinces romaines entre ce fleuve et les Alpes; mais leur plus brave jeunesse suivait les drapeaux des confédérés qui défendaient et opprimaient l'Italie1. Dans cette multitude se faisaient remarquer les Hérules, les Scyrres, les Alains, les Turcilinges, les Rugiens. Oreste2, fils de Tatullus, et père du dernier empereur de l'Occident, suivit l'exemple de ses compatriotes. Oreste n'avait jamais séparé sa cause de celle de son pays. La naissance et la fortune le plaçaient au nombre des habitants les plus distingués de la Pannonie. Lorsque les Romains cédèrent cette province aux Huns, il entra au service d'Attila, son souverain légitime, devint son secrétaire, et fut envoyé plusieurs fois en ambassade à Constantinople, ou il représenta la personne et déclara les ordres de son impérieux monarque. La mort du conquérant lui rendit la liberté, et Oreste put honorablement refuser de suivre les fils d'Attila dans les déserts de la Scythie, et d'obéir aux Ostrogoths, qui avaient envahi la Pannonie. Il aimait mieux servir les successeurs de Valentinien; ses talents, sa valeur et son expérience, lui frayèrent un chemin rapide dans la profession militaire, et il dut à la faveur de Nepos les dignités de patrice et de maître général des armées. Elles étaient accoutumées depuis longtemps à respecter la personne et l'autorité d'Oreste, qui affectait leurs manières, parlait leur langue, et vivait depuis, longtemps avec leurs chefs dans la plus intime familiarité.

1. Relativement aux mercenaires qui renversèrent l'empire d'Occident, nous suivons Procope (de Bell. Goth., l. I, c. 1, p. 308). L'opinion générale et quelques écrivains très modernes représentés mal à propos Odoacre comme un monarque, et un monarque étranger, qui envahit l'Italie avec une armée de ses sujets naturels.

2. Orestes, qui eo tempore, quando Attila ad Italiam venit, se illi junxit, et ejus notarius factur fuerat. (Anonyme Val., p. 716.) Il se trompe sur la date; mais son opinion paraît fondée lorsqu'il assure que le secrétaire d'Attila fut le père d'Augustule.

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