Les Huns

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Les Huns et les Goths

L’invasion des Huns précipita sur les provinces de l’Occident la nation des Goths, qui, en moins de quarante ans, envahirent depuis les bords du Danube jusqu’à l’océan Atlantique, et ouvrirent, par leurs succès, une route aux incursions de tant de hordes encore plus sauvages1.

Dans tous les siècles, les plaines immenses de la Scythie ou Tartane ont été habitées par des tribus errantes de pisteurs et de chasseurs, qui se refuse à cultiver la terre, et dont l’esprit inquiet dédaigne la gêne d’une vie sédentaire. Dans tous les siècles, les Scythes et les Tartares ont été renommés par leur courage intrépide et par leurs rapides conquêtes. Les pasteurs du Nord ont à plusieurs reprises renversé les trônes de l’Asie, et leurs armées victorieuses ont répandu la terreur et la dévastation dans les contrées les plus fertiles et les plus belliqueuses de l’Europe2.

1. Les Scythes primitifs d’Hérodote (l. IV, c. 47-59 ; p. 99-101) étaient resserrés par le Danube et les Palus-Méotides dans un carré d’environ quatre mille stades (quatre cents milles romains). Voyez d’Anville (Mem. de l’Acad., t. XXXV, p. 571-573). Diodore de Sicile (t. I, l. II, p. 155, edit. Wesseling) a observé les progrès successifs du nom et de la nation.
Les Tatars ou Tartares étaient originairement une tribu : ils furent d’abord les rivaux des Mongolx, et devinrent leurs sujets. Les Tartares formaient l’avant-garde de l’armée Victorieuse de Gengis-khan et de ses successeurs, et on appliqua à la nation entière le nom qui avait été connu le premier des étrangers. Freret (Hist. de l’Acad., t. XVIII, p. 60), en parlant des pâtres septentrionaux de l’Europe et de l’Asie, se sert indistinctement des noms de Scythes et Tartares.

2. Imperatum Asiae ter quaesivere : ipsi perpetua ab alieno imperio, aut intacti, aut invicti, mansere. Depuis le temps de Justin ils ont ajouté à ce nombre. Voltaire (t. X, p. 64 de son Histoire générale, c. 156) a rassemblé en peu de mots les conquêtes des Tartares.
Oft, oler the trembling nations front afar, Has Scythia breath’d the living cloud of war.
Le quatrième livre d’Hérodote offre un portrait des Scythes. Parmi les modernes qui ont peint le tableau de ces moeurs uniformes, il en est un, le khan de Khowaresm, Abulghazi-Bahadur, qui parle d’après ce qu’il a senti lui-même; et les éditeurs français et anglais ont éclairci; par d’abondantes recherches, son Histoire généalogique des Tartares. Carpin, Ascelin et Rubruquis (Histoire des Voyages, t. VII) peignent les Mongols du quatorzième siècle. A ces guides, Gerbillon et d’autres jésuites (Description de la Chine, par du Halde, t. IV, qui a examiné avec soin la Tartarie chinoise), et l’intelligent et véridique voyageur Bell d’Antermony (2 vol. in-4°, Glasgow, 1763).

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Nourriture

Le blé ou même le riz, ne s’obtient que par les travaux constants des cultivateurs. Dans les climats du Nord, une nation de pasteurs est réduite à ses troupeaux. Les provisions de grains tiennent beaucoup de place et sont sujettes à se gâter; et les immenses magasins absolument nécessaires à la subsistance des troupes, ne peuvent se transporter que lentement et emploient beaucoup d’hommes et de chevaux; mais les troupeaux qui accompagnent les armées tartares, offrent une provision assurée et toujours croissante de lait et de viandes fraîches. L’herbe croit très vite et très abondamment dans presque tous les terrains incultes, et il y a peu de contrées assez stériles pour que le vigoureux bétail du Nord ne trouve pas à y pâturer : d’ailleurs, la patiente abstinence des Tartares et leur peu de délicatesse servent à ménager les munitions. Ils mangent également les animaux tués pour leur nourriture, et ceux qui sont morts de maladie; ils ont un goût de préférence pour la chair du cheval. Dans leurs incursions les plus rapides et les plus éloignées, chaque cavalier scythe emmène toujours avec lui un second cheval, et ces relais servent, dans l’occasion, ou à hâter la marche ou à apaiser la faim. Le courage et la pauvreté trouvent bien des ressources. Lorsque les fourrages commencent à s’épuiser autour du camp des Tartares, ils égorgent la plus grande partie de leurs troupeaux, et conservent la viande, qu’ils font fumer ou sécher au soleil. Dans la nécessité imprévue d’une marche rapide, ils font provision d’une quantité de petites boules de fromage, ou plutôt de lait caillé durci, qu’ils délaient au besoin dans de l’eau, et cette nourriture peu substantielle suffit pour soutenir pendant plusieurs jours la vie et même le courage de leurs patients guerriers. Mais cette extraordinaire abstinence, digne d’être approuvée du stoïcien, et peut-être même enviée par l’ermite, est ordinairement suivie des plus curieux accès de voracité. Les vins des climats plus fortunés sont le présent le plus agréable, la denrée la plus précieuse que l’on puisse offrir à des Tartares; et ils n’ont encore exercé leur industrie qu’à extraire du lait de jument une liqueur fermentée, qui possède à un très haut degré la faculté de les enivrer.

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Habitations

Dans les siècles de simplicités rustique et martiale, un peuple de soldats et de laboureurs, s’est dispersé sur la vaste étendue d’un pays qu’ils ont cultivé, et il a fallu sans doute du temps pour assembler la jeunesse guerrière de la Grèce ou de l’Italie sous les mêmes drapeaux, soit pour défendre leurs propres frontières, soit pour attaquer celles de leurs voisins. Le progrès des manufactures et du commerce rassemble peu à peu un grand nombre d’hommes dans les murs d’une ville; mais ces citoyens ne sont plus des soldats, et les arts qui perfectionnent la société civile, anéantissent l’esprit militaire. Les mœurs pastorales des Scythes semblent réunir les différents avantages de la simplicité et de la civilisation. Les individus de la même tribu sont constamment rassemblés; mais ils sont rassemblés dans un camp, et le courage naturel de ces intrépides pasteurs est animé par un secours et une émulation réciproques. Les maisons des Tartares ne sont que de petites tentes d’une forme ovale, demeure froide et malpropre, qu’habitent ensemble sans distinction les jeunes gens des deux sexes. Les palais des riches consistent dans des huttes de bois d’une grandeur assez médiocre peut-être facilement transportées sur de grands chariots, attelés peut-être de vingt ou trente boeufs. Les troupeaux, après avoir brouté tout le jour dans les pâturages voisins, se retirent à l’approche de la nuit dans l’enceinte du camp. La nécessité d’éviter une confusion dangereuse dans ce concours perpétuel d’hommes et d’animaux, doit introduire par degrés, dans la distribution, l’ordre et la garde des différents campements, une sorte de régularité militaire. Dès que le fourrage d’un district est consommé, la tribu ou plutôt l’armée des pasteurs marche en bon ordre vers de nouveaux pâturages, et acquiert par ce moyen, dans les occupations ordinaires de sa vie, la connaissance pratique de l’une des plus importantes et des plus difficiles opérations de la guerre, la différence des saisons règle le choix des campements. Dans l’été, les Tartares s’avancent au Nord, et placent leurs tentes sur le bord d’une rivière ou dans le voisinage de quelque ruisseau; mais dans l’hiver ils reviennent au midi, et appuient leur camp derrière une éminence, à l’abri des vents, qui se sont refroidis dans leur passage sur les régions glacées de la Sibérie. Ces moeurs sont très propres, à répandre chez les tribus errantes l’esprit de conquête et d’émigration. Leur attachement pour un territoire est si faible, que le moindre accident suffit pour les en éloigner. Ce n’est pas le pays, c’est son camp qui est la patrie du Tartare; il y trouve toujours sa famille, ses compagnons et toutes ses possessions. Dans ses plus longues marches, il est sans cesse, environné des objets chers, précieux ou familiers à sa vue. La soif du butin, la crainte ou le ressentiment d’une injure, l’impatience de la servitude, ont suffi dans tous les temps pour précipiter les tribus de la Scythie dans des pays inconnus, ou elles espéraient trouver une nourriture plus abondante ou un ennemi moins redoutable. Les révolutions du Nord ont souvent déterminé le destin du Midi. Dans ce conflit de nations ennemies, les vainqueurs et les vaincus ont été alternativement poursuivants et poursuivis des confins de la Chine jusqu’à ceux de l’Allemagne. Ces grandes émigrations, exécutées, quelquefois avec une rapidité presque incroyable, étaient facilitées par la nature du climat. On sait que le froid est plus rigoureux dans la Tartarie qu’il ne devrait l’être naturellement au milieu d’une zone tempérée : on en donne pour raison la hauteur des plaines, qui s’élèvent principalement du côté de l’Orient, à plus d’un demi-mille au dessus du niveau de la mer, et la grande quantité de salpêtre dont le sol est rempli1. Dans l’hiver, les rivières larges et rapides qui déchargent leurs eaux dans l’Euxin, dans la mer Caspienne et dans la mer Glaciale, sont gelées profondément. Les terres sont couvertes de neige et les tribus victorieuses ou fugitives peuvent traverser sans danger, avec leurs chariots, leurs familles et leurs troupeaux; la surface ferme et unie de cette vaste plaine.

1. Les missionnaires ont découvert dans la Tartarie chinoise, à quatre-vingts lieues du grand mur, une plaine élevée de trois mille pas géométriques au-dessus du niveau de la mer. Montesquieu, qui a usé et abusé des relations des voyageurs, a motivé les révolutions de l’Asie sur cette circonstance importante, que le froid et le chaud, la force et la faiblesse; se trouvent contigus, sans qu’il y ait une zone tempérée qui les sépare. Esprit des Lois, l. XVII, c. 3.

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Exercices

La vie pastorale, comparée aux travaux de l’agriculture et des manufactures, est sans contredit une vie oisive. Mais ce n’est pas aux jouissances paisibles de l’amour et de la société qu’ils consacrent leurs loisirs, c’est à l’exercice violent et sanguinaire de la chasse. Les plaines de la Tartarie nourrissent une nombreuse race de chevaux forts dociles, faciles à dresser pour la chasse et pour la guerre. Les Scythes ont été connus dans tous les temps pour de hardis et habiles cavaliers. L’habitude leur donne tant d’aisance et de fermeté sur leurs chevaux, qu’on a prétendu que c’était sans en descendre qu’ils se livraient aux fonctions les plus ordinaires de la vie, comme de manger, de boire et même de dormir. Ils se servent, avec beaucoup d’adresse et de vigueur, de la lance et d’un arc fort long, dont la flèche pesante, dirigée par un coup d’œil toujours sûr, frappe avec une force irrésistible. Ils en font souvent usage contre les timides animaux du désert, qui multiplient dans l’absence de leurs ennemis les plus redoutables; contre le lièvre, la chèvre, le chevreuil, le daim, le cerf, l’élan et l’antilope. Les fatigues de la chasse exercent continuellement la patience des hommes et des chevaux, et l’abondance du gibier contribue à la subsistance et même au luxe des camps tartares. Mais les chasseurs de la Scythie ne bornent pas leurs exploits à la destruction de ces animaux timides ou peu dangereux. Ils marchent hardiment à la rencontre du sanglier, lorsque, animé par la vengeance, il revient sur ceux qui le poursuivent. Ils excitent le courage pesant de l’ours et la fureur du tigre endormi dans les bois. On peut acquérir de la gloire partout où il y a du danger; et l’habitude de la chasse, qui donne les occasions de faire preuve d’adresse et de courage, doit être considérée comme l’image et l’école de la guerre. Les chasses générales, l’orgueil et le plus grand plaisir des princes tartares, servent d’exercice instructif à leur nombreuse cavalerie. Ils environnent une enceinte de plusieurs lieues de circonférence, dans laquelle se trouve renfermé tout le gibier d’une grande étendue de pays; et les troupes qui forment le cordon avancent lentement et régulièrement vers un centre marqué, où les animaux, captifs et entourés de tous côtés, tombent sous les flèches et les traits des chasseurs. Dans cette marche, qui dure souvent plusieurs jours, la cavalerie est obligée de gravir les montagnes, de passer les rivières à la nage et de traverser la profondeur des vallées sans déranger l’ordre de la marche. Les Tartares acquièrent l’habitude de diriger leurs regards et leurs pas vers un objet éloigné, de conserver leurs distances, de suspendre ou d’accélérer leur marche relativement aux mouvements des troupes qui sont sur leur droite ou sur leur gauche, d’observer et de répéter les signaux de leurs commandants. Les chefs apprennent, dans cette école pratique, la plus importante leçon de l’art militaire, le discernement prompt du terrain, de la distance et du temps. Le seul changement nécessaire au moment de la guerre est d’employer contre l’ennemi la même patience et la même valeur, la même intelligence et la même discipline; et les amusements de la chasse peuvent servir de prélude à la conquête d’un empire.

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Gouvernement

La société politique des anciens Germains ne paraissait être qu’une réunion volontaire de guerriers indépendants. Les tribus de la Scythie, connues sous la dénomination moderne de hordes, semblaient présenter chacune une famille nombreuse et toujours croissante, multipliée dans le cours de plusieurs siècles. Les plus pauvres et les plus ignorants des Tartares conservent, avec un sentiment de fierté, leur généalogie comme un trésor inestimable; et, malgré la distinction de rang introduite par la possession d’une propriété plus ou moins abondante en richesses pastorales, ils se considèrent tous particulièrement et mutuellement comme les descendants du fondateur de leur tribu. La coutume qu’ils conservent encore d’adopter les plus braves de leurs prisonniers, peut justifier l’opinion de ceux qui regardent la multiplication extraordinaire de cette famille comme légale et fictive. Ces orgueilleux Barbares obéissent volontairement au chef de leur famille, et leur commandant ou coursa exerce, comme représentant de leur premier ancêtre, l’autorité d’un juge en temps de paix, et celle d’un général en temps de guerre. Dans les premiers temps du monde pastoral, chaque mursa (nom moderne), agissait comme chef indépendant d’une grande famille séparée des autres, et les limites des territoires particuliers se fixaient insensiblement par la supériorité de la force ou, par le consentement mutuel. Mais, l’influence constante de diverses causes contribua à réunir les hordes errantes en communauté nationale, sous le commandement d’un chef suprême. La faiblesse désirait du secours, et la force était ambitieuse de commander. La puissance, qui est le résultat de l’union, opprima les tribus voisines à leur imposa la loi; et, comme on admettait les vaincus à partager les avantages de la victoire, les plus vaillants chefs se rangèrent volontairement avec toute leur suite sous l’étendard formidable de la confédération générale, et le plus heureux des princes tartares obtint; ou par la supériorité de son mérite, ou par celle de sa puissance, le commandement militaire sur tous les autres. Il fit élever sur le trône aux acclamations de ses égaux, et reçut le nom de khan qui exprime, dans le langage du Nord de l’Asie, la toute-puissance de la royauté. Les descendants du fondateur de la monarchie conservèrent longtemps un droit exclusif à la succession, et maintenant les khans qui règnent depuis la Crimée jusqu’au mur de la Chine, descendent tous en droite ligne du fameux Gengis. Mais comme le premier devoir d’un souverain tartare est de conduire en personne ses sujets aux combats, on a souvent peu d’égard aux droits d’un enfant, et quelque prince du sang royal, distingué par sa valeur et par son expérience, reçoit le sceptre et l’épée de son prédécesseur. On lève régulièrement sur les tribus deux taxes différentes : l’une pour soutenir la dignité du monarque national, et l’autre pour le chef particulier de la tribu; et chacune de ces taxes monte à la dîme de la propriété de chaque sujet et des dépouilles qui lui tombent en partage. Un souverain tartare jouit de la dixième partie des richesses de ses sujets, et, comme les nombreux troupeaux qui font sa richesse particulière se multiplient ainsi dans une proportion bien plus considérable que les autres, il est en état de suffire abondamment au luxe peu recherché de sa cour, de récompenser ses favoris; et de maintenir, par la douce séduction des présents, une obéissance qu’il n’obtiendrait peut-être pas toujours de sa seule autorité. Les mœurs des Tartares accoutumés, comme leur khan, au meurtre et au brigandage, peuvent excuser à leurs yeux quelques actes particuliers de sa tyrannie qui exciteraient l’horreur d’un peuple civilisé; mais le pouvoir arbitraire d’un despote n’a jamais été reconnu dans les déserts de la Scythie. La juridiction immédiate du khan est restreinte à sa propre tribu, et on a modéré l’exercice de ses prérogatives par l’ancienne institution d’un conseil national. La ceroultai ou diète des Tartares, se tenait régulièrement, dans le printemps et dans l’automne, au milieu d’une vaste plaine; ou les princes de la famille régnante et les mursas des différentes tribus pouvaient à l’aise se réunir à cheval et suivis de tous leurs guerriers : le monarque ambitieux en passant en revue les forces d’un peuple armé, se voyait obligé de consulter son inclination. On aperçoit, dans la constitution politique des nations scythes ou tartares, les principes du gouvernement féodal; mais le conflit perpétuel de ces peuples turbulents s’est terminé quelquefois par l’établissement d’un empire despotique. Le conquérant, enrichi par les tribus et soutenu par les armes de plusieurs rois dépendants, a étendu ses conquêtes dans l’Europe et dans l’Asie. Les pasteurs du Nord se sont assujettis aux arts, aux lois et à la gêne de résider dans des villes; et le luxe, après avoir détruit la liberté, a ébranlé peu à peu les fondements du trône.

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La Scytie et la Tartarie

Les Grecs, qui naviguaient sur l’Euxin et envoyaient des colonies sur les bords de la mer, découvrirent à la longue, et imparfaitement, une partie de la Scythie, depuis le Danube, et les confins de la Thrace jusqu’aux Méotides glacés, le séjour d’un éternel hiver, et jusqu’au Caucase, que les poètes donnaient pour bornes à la terre. Les Grecs célébrèrent, avec une simplicité crédule, les vertus de la vie pastorale1, et furent, avec plus de raison, effrayés du nombre et de la valeur des Barbares, qui avaient écrasé avec mépris l’immense armement de Darius, fils d’Hystaspe. Les monarques Persans avaient poussé leurs conquêtes vers l’Occident jusqu’aux rives du Danube2 et aux confins de la Scythie européenne. Leurs provinces orientales étaient exposées aux incursions des Scythes de l’Asie, ces habitants des plaines au-delà de l’Oxus et du Jaxarte, deux larges rivières dont le cours se dirige vers la mer Caspienne. La longue et mémorable querelle d’Iran et de Touran sert encore de sujet à l’histoire ou aux romans orientaux. La valeur fameuse et peut-être fabuleuse des héros persans, Rustan et Asfendiar, se signala pour la défense de leur pays contre les Afrasiabs du Nord et le courage indomptable des mêmes Barbares résista sur le même terrain aux armées victorieuses de Cyrus et d’Alexandre. Aux yeux des Grecs et des Perses, l’étendue réelle de la Scythie était bornée à l’Orient par les montagnes d’Imaïs ou de Caf; leur ignorance sur les pays situés à l’extrémité inaccessible de l’Asie mêlait beaucoup de fables aux idées qu’ils se formaient de ces contrées éloignées. Mais ces régions inaccessibles sont l’ancienne résidence d’une nation puissante et civilisée3, qui remonte, par une tradition vraisemblable à quarante siècles, et qui peut justifier d’une histoire de deux mille ans4, attestée par le témoignage non interrompu d’historiens exacts et contemporains5. Les annales de la Chine éclaircissent l’état et les révolutions des tribus pastorales, qu’on peut toujours distinguer sous l’a dénomination vague de Scythes ou de Tartares, tour à tour vassaux, ennemis et conquérants d’un grand empire, dont la politique n’a cessé de résister à la valeur aveugle et impétueuse des Barbares du Nord. De l’embouchure du Danube à la mer du Japon, à la longitude de la Scythie s’étend à peu près à cent dix degrés, qui, sous ce parallèle, donnent plus de cinq mille milles. Il n’est pas aussi facile de déterminer exactement la latitude de ces immenses déserts; mais depuis le quarantième degré qui touche au mur de la Chine, nous pouvons avancer à plus de mille milles vers le Nord, où nous serons arrêtés par le froid excessif de la Sibérie. Dans ce climat, au lieu du portrait animé d’un camp tartare, on voit sortir de la terre, ou plutôt des neiges dont elle est couverte, la fumée qui annonce les demeures souterraines des Tongoux et des Samoïèdes. Des rennes et de gros chiens leur tiennent imparfaitement lieu de bœufs et de chevaux.

1. Dans le treizième livre de l’Iliade, Jupiter détourne les yeux des plaines sanglantes de Troie vers celles de la Thrace et de la Scythie. Ce changement d’objets ne lui aurait pas présenté des scènes plus paisibles ou plus innocentes.

2. Voyez le quatrième livre d’Hérodote. Lorsque Darius s’avança dans le désert de la Moldavie, entre le Danube et le Niester, le roi des Scythes lui envoya une souris, une grenouille, un oiseau et cinq flèches. Terrible allégorie.

3. La première habitation de ces nations semble avoir été au Nord-Ouest de la Chine, dans les provinces de Chensi on Chansi. Sous les deux premières dynasties, la principale ville était encore un camp mouvant. Les villages étaient clairsemés, et les pâturages étaient beaucoup plus étendus que les terres cultivées. On recommandait l’exercice de la chasse, pour détruire les animaux sauvages. Petcheli, ou le terrain que Pékin occupe aujourd’hui, était désert, et les provinces méridionales n’étaient peuplées que d’indiens sauvages. La dynastie des Han, deux cent six ans avant Jésus-Christ, donna à l’empire, sa forme et son étendue actuelles.

4. L’ère de la monarchie chinoise a été fixée à des époques différentes; depuis deux mille neuf cent cinquante-deux jusqu’à deux mille cent trente-deux années avant Jésus-Christ, et l’année 2637 a été adoptée légalement par l’autorité du présent empereur, comme celle de l’époque véritable. Les difficultés naissent de l’incertitude de la durée des deux premières dynasties, et de l’intervalle qui les sépare des temps réels ou fabuleux de Fohi ou Hoangti. Sematsien date sa chronologie authentique dès l’an 841. Les trente-six éclipses de Confucius, dont on a vérifié trente-une, furent observées entre les années 722 et 480 avant Jésus-Christ. La période historique de la Chine ne remonte pas plus haut que les olympiades des Grecs.

5. Après l’espace de plusieurs générations d’anarchie et de despotisme, la dynastie des Han, deux cent six ans avant Jésus-Christ, fut l’époque de la renaissance des sciences. On rétablit les fragments de l’ancienne littérature; on perfectionna et l’on fixa les caractères; et l’on assura la conservation future des livres par les utiles inventions de l’encre, du papier, et de l’art d’imprimer. Sematsien publia la première histoire de la Chine quatre-vingt-dix-sept ans avant Jésus-Christ; une suite de cent quatre-vingts historiens, continuèrent et perfectionnèrent ses travaux. Les extraits de leurs ouvrages existent encore, et la plus grande partie se trouve aujourd’hui déposée dans la bibliothèque royale de France.

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Etablissement primitif des Huns

Ces mêmes Huns, qui, sous le règne de Valens, menacèrent l’empire romain, avaient longtemps auparavant semé la terreur dans l’empire de la Chine. Ils occupaient anciennement, et peut-être originairement, une vaste étendue de pays aride et stérile au Nord de la grande muraille. Cette contrée est occupée aujourd’hui par les quarante-neuf hordes ou bannières des Mongols, nation pastorale. Mais la valeur des Huns avait reculé les étroites limites de leurs Etats, et leurs chefs grossiers, connus sous le nom de Tanjoux, devinrent peu à peu les conquérants et les souverains d’un empire formidable. Vers l’Orient, l’Océan seul put arrêter l’effort de leurs armes, et les tribus clairsemées entre l’Amour et l’extrémité de la péninsule de Corée, suivirent malgré elles les drapeaux des Huns victorieux. Du côté de l’Occident, vers la source de l’Irtisch et des vallées de l’Imaüs, ils trouvèrent un pays plus vaste et des ennemis plus nombreux. Un des lieutenants du Tanjou subjugua dans une seule expédition vingt-six nations. Les Igours1, distingués entre les Tartares par l’image des lettres, étaient du nombre de ses vassaux; et, par une étrange liaison des événements du monde, la fuite d’une de ces tribus errantes rappela les Parthes victorieux de l’invasion de la Syrie. Au Nord, les Huns regardaient l’Océan comme la seule borne de leur domination. Sans ennemis pour leur résister, sans témoins pour contrarier leur vanité, ils pouvaient exécuter à leur gré la conquête réelle où imaginaire des régions glacées de la Sibérie, et ils fixèrent la mer du Nord pour dernière limite de leur empire. Mais le nom de cette mer, sur les rives de laquelle le patriote Sovou adopta la vie d’un pasteur et d’un exilé, peut s’appliquer avec plus de probabilité au Baïkal, vaste bassin d’environ trois cents milles de longueur qui dédaigne la modeste dénomination de lac, et, qui communique aujourd’hui avec la mer du Nord, par le long cours de l’Angara, du Tonguska et du Jénissea. La conquête d’un si grand nombre de nations éloignées pouvait flatter la vanité du Tanjou; mais la valeur des Huns, ne pouvait être récompensée que par la jouissance des richesses et du luxe de l’empire du Sud. On avait élevé, dans le troisième siècle avant l’ère chrétienne, un mur de quinze cents milles de longueur, pour défendre les frontières de la Chine contre leurs incursions; mais ce mur immense, qui tient une place considérable sur la carte du monde, ne contribua jamais à la sûreté d’une nation peu guerrière. Le Tanjou rassemblait souvent jusqu’à deux ou trois cent mille hommes de cavalerie, redoutables par leur adresse à manier leurs arcs et leurs chevaux, par leur patience courageuse à supporter les rigueurs des saisons, et par l’incroyable rapidité de leur marche, que n’arrêtaient guère les torrents et les précipices, les montagnes les plus escarpées et les rivières les plus profondes. Ils se répandirent tous à la fois sur la surface du pays, et leur impétueuse célérité déconcerta la tactique grave et compassée d’une armée chinoise.

1. Les Igours ou Vigours étaient partagés en trois classes, les chasseurs, les pâtres et les laboureurs; et les deux premières classes méprisaient la dernière. Voyez Abulghazi, part. II, c. 7.

200 av. J.C.

Guerre des Huns contre les Chinois

L’empereur Kaoti, soldat de fortune, élevé sur le trône par son mérite personnel, marcha contre les Huns avec les troupes des vétérans formés dans les guerres civiles de la Chine; mais les Barbares l’environnèrent bientôt de tous côtés; et, après un siège de sept jours, le monarque, n’ayant aucun espoir d’être secouru, fut forcé d’acheter sa liberté par une capitulation ignominieuse. Les successeurs de Kaoti, occupés des arts pacifiques, et livrés aux délices de leur palais, se soumirent à une humiliation plus durable. Ils se déterminèrent trop promptement à regarder comme insuffisantes leurs troupes et leurs fortifications. Ils se laissèrent trop aisément persuader que les soldats chinois, qui, pour éviter d’être surpris par les Huns, annoncés de tous côtés par la lueur des flammes, dormaient le casque en tête et la cuirasse sur le dos, seraient bientôt épuisés par des travaux continuels et des marches inutiles. Pour se procurer une tranquillité précaire et momentanée, ils stipulèrent un paiement annuel d’argent et d’étoffes de soie; et le misérable expédient de déguiser un tribut réel sous la dénomination d’un don et d’un subside, fut également adopté par les empereurs de Rome et par ceux de la Chine; mais le tribut de ceux-ci comprenait un article encore plus honteux, qui révoltait les sentiments de la nature et de l’humanité. Les fatigues d’une vie sauvage, qui détruisent dans leurs premières années les enfants nés avec une constitution faible, mettent une disproportion sensible dans le nombre des deux sexes. Les Tartares sont avides de se procurer la jouissance d’objets plus agréables. Les Chinois étaient obligés de livrer tous les ans aux grossières caresses des Huns, un nombre fixe de leurs plus belles filles; et ils s’assuraient l’alliance des orgueilleux Tanjoux en leur donnant en mariage les filles véritables ou adoptives de la famille impériale, qui tâchaient en vain d’échapper à cet opprobre sacrilège. L’infortune de ces victimes désolées a été peinte par une princesse de la Chine, qui déplore son malheur d’avoir été condamnée par ses parents à un exil perpétuel, et à passer sous les lois d’un époux barbare, d’être réduite pour boisson, à du lait aigre, à de la viande crue pour nourriture, et de n’avoir qu’une tente pour palais. Elle exprime, avec une simplicité touchante, son désir d’être transformée en oiseau, pour s’envoler vers sa chère patrie, l’objet de ses tendres et perpétuels regrets.

146-87 av. J.C.

146-87 av. J.C.

Les tribus pastorales du Nord avaient fait deux fois la conquête de la Chine. Les forces des Huns n’étaient pas inférieures à celles des Mongols ou des Mantcheoux, et leur ambition pouvait se flatter des mêmes succès; mais les armes et la politique de Vouti, cinquième empereur de la pâlissante dynastie des Han, humilièrent leur orgueil et arrêtèrent leurs progrès. Durant son long règne de cinquante-quatre ans (146-87 av. J.-C.) les Barbares des provinces méridionales se soumirent aux lois des Chinois; ils adoptèrent leurs mœurs, et les anciennes limites de l’empire, qui se terminaient à la grande rivière de Kiang, s’étendirent jusqu’au port de Canton. Au lieu de se borner aux timides opérations d’une guerre défensive, ses lieutenants pénétrèrent jusqu’à plusieurs centaines de milles dans le pays des Huns. Dans ces vastes déserts, où il était impossible de former des magasins, et difficile de transporter une quantité de provisions suffisante, les armées de Vouti eurent souvent à souffrir des maux intolérables. De cent quarante mille soldats, avec lesquels les généraux chinois étaient entrés en campagne, ils n’en ramenèrent que trente mille sains et saufs aux pieds de leur empereur; mais cette perte avait été compensée par des succès brillants et décisifs. Ils avaient profité habilement de la supériorité que leur donnaient la nature de leurs chariots de guerre et le secours des Tartares auxiliaires. Le camp du Tanjou fut surpris au milieu de la nuit. Le monarque des Huns s’ouvrit courageusement un chemin au milieu des ennemis; mais il laissa quinze mille des siens sur le champ de bataille. Cependant cette grande victoire, précédée et suivie de plusieurs combats sanglants, contribua moins à détruire la puissance des Huns que la politique adroite dont Vouti fit usage pour détacher de leur obéissance les nations tributaires.

70 av. J.C.

70 av. J.C.

Intimidées par les armées de l’empereur chinois, ou séduites par ses promesses, elles rejetèrent l’autorité du Tanjou (70 av. J.-C.) : quelques-unes se reconnurent alliées ou vassales de l’empire; toutes devinrent les plus implacables ennemies des Huns, et dès que ces orgueilleux Barbares se trouvèrent réduits à leurs propres forces, leur grandeur disparut, et leur nombre aurait à peine suffi pour peupler une grande ville de l’empire des Chinois. La désertion de ses sujets et les embarras d’une guerre civile obligèrent le Tanjou à renoncer lui-même au titre de souverain indépendant, et à assujettir la liberté d’une nation fière et guerrière.

51 av. J.C.

51 av. J.C.

Tanjou fut reçu à Sigan (51 av. J.-C.), alors capitale de la monarchie par les troupes, les mandarins et l’empereur lui-même, avec tous les honneurs que la vanité chinoise fût capable d’inventer pour orner et déguiser son triomphe. On le logea dans un palais magnifique; il eût le pas avant tous les princes de la famille royale, et on épuisa la patience du roi barbare dans un banquet à huit services, durant lequel on exécuta neuf différents morceaux de musique; mais il rendit à genoux un respectueux hommage à l’empereur, prononça, en son nom et pour tous ses successeurs, un serment de fidélité perpétuelle, et reçut du victorieux Vouti un sceau qui portait l’emblème de sa dépendante royauté. Depuis cette soumission humiliante, les Tanjoux manquèrent quelquefois à leur serment de fidélité, et saisirent l’instant favorable pour exercer leur brigandage; mais la monarchie des Huns déclina peu à peu, et des dissensions civiles divisèrent enfin ces Barbares en deux nations séparées et ennemies (48 av. J.C.).

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Un de leurs princes, poussé par la crainte et l’ambition, se retira vers le Sud avec huit hordes, composées de quarante à cinquante mille familles. Il obtint, avec le titre de Tanjou, un territoire commode sur les frontières des provinces chinoises, et la constance de son attachement pour l’empire fut maintenue par sa faiblesse et par le désir de se venger de ses anciens compatriotes. Depuis le moment de cette funeste séparation, les Huns du Nord continuèrent à languir environ cinquante ans, jusqu’au moment où ils furent accablés de tous côtés par des ennemis étrangers et domestiques. Une colonne élevée sur une haute montagne, apprit à la postérité que les armées chinoises s’étaient victorieusement avancées à sept cents milles dans le pas des Barbares.

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Les Sienpi, tribu des Tartares orientaux, vengèrent sur les Huns les injures que leurs ancêtres en avaient reçues, et la puissance des Tanjoux, après un règne de treize cents ans, fut entièrement détruite avant la fin du premier siècle de l’ère chrétienne1.

1. L’ère des Huns est placée par les Chinois douze cent dix ans avant Jésus-Christ; mais, la suite de leurs rois ne commence que dans l’année 230. Hist. des Huns, t. II, p. 21-123.

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Leurs émigrations

Les Huns, vaincus et dispersés, éprouvèrent, selon leur caractère et leur situation, des fortunes diverses. Plus de cent mille individus de cette nation, des plus pauvres à la vérité, et des moins courageux, restèrent dans leur pays natal, renonçèrent à leur nom, et se mêlèrent à la victorieuse nation des Sienpi. Cinquante-huit hordes, environ deux cent mille hommes, préférant une plus honorable servitude, se retirèrent au Sud, et implorèrent la protection de l’empereur chinois; qui leur permit d’habiter sur les frontières de la province de Chansi et du territoire d’Ortoas, et leur en confia la garde; mais les tribus les plus puissantes et les plus belliqueuses des Huns conservèrent dans leurs revers le courage indépendant de leurs ancêtres. L’Occident tout entier était ouvert à leur valeur, et ils résolurent d’y chercher et d’y conquérir, sous la conduite de leurs chefs héréditaires; un pays éloigné qui put demeurer inaccessible aux armes des Sienpi et aux lois de la Chine. Ils passèrent bientôt les montagnes de l’Imaüs, et les bornes de la géographie des Chinois; mais nous pouvons distinguer les deux principales troupes de ces formidables exilés, qui dirigèrent leur marche, l’une vers l’Oxus, l’autre vers le Volga.

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Les Huns blancs de la Sogdiane

La première de ces colonies s’établit dans les plaines vastes et fertiles de la Sogdiane sur la rive orientale de la mer Caspienne, où ils conservèrent le nom de Huns, avec le surnom d’Euthalites ou Nephtalites. Leurs mœoeurs et jusqu’aux traits de leur visage, s’adoucirent insensiblement sous un climat tempéré et dans une province florissante qui conservait encore quelque souvenir des arts de la Grèce. Les Huns blancs, nom qui leur fut donné d’après le changement de leur couleur, abandonnèrent bientôt les mœurs pastorales de la Scythie. Gorgo, qui, sous le nom de Carizme, a joui d’une splendeur passagère, devint la résidence du roi, qui régna paisiblement sur un peuple docile. Les travaux des Sogdiens fournissaient à leur luxe, et les Huns ne conservèrent de leur anciens moeurs que la coutume odieuse d’enterrer vivants, dans le tombeau où l’on déposait un prince ou un citoyen opulent, jusqu’au nombre de vingt de ceux qui avaient partagé ses bienfaits durant sa vie. Le voisinage des frontières de la Perse exposait souvent les Huns à de sanglants combats avec toutes les armées de cette monarchie; mais ils respectaient en temps de paix la foi des traités, et les lois de l’humanité en temps de guerre. Leur victoire mémorable sur Peroses ou Firuz fit autant d’honneur à la modération qu’à la valeur des Barbares.

Les Huns de la Volga

La seconde division des Huns, leurs compatriotes, qui s’avança vers le Nord-Ouest, rencontra plus d’obstacles, et se fixa sous un climat plus rigoureux. La nécessité leur fit changer les soies de la Chine pour les fourrures de la Sibérie. Les commencements imparfaits de civilisation qui se faisaient sentir parmi eux, s’effacèrent entièrement, et leur férocité naturelle augmenta par leurs rapports avec des tribus barbares qu’on a comparées aux animaux sauvages du désert. Leur fierté indocile rejeta bientôt la succession héréditaire des Tanjoux; chaque horde fut gouvernée par son mursa particulier; et leur conseil tumultueux dirigeait les entreprises de la nation. Le nom de la Grande-Hongrie a attesté jusqu’au treizième siècle leur résidence sur les rives orientales de la Volga1. Dans l’hiver, ils descendaient avec leurs troupeaux vers l’embouchure de cette grande rivière, et ils poussaient leurs excursions dans l’été jusqu’à la latitude de Saratoff, ou peut-être jusqu’au confluent du Kama. Telles étaient du moins les récentes limites des Calmoucks noirs, qui restèrent environ cent ans sous la protection de la Russie, et qui sont retournés depuis dans leur ancienne patrie, sur les frontières de la Chine. Le départ et le retour de ces Tartares errants, dont le camp réuni composait cinquante mille familles, explique les anciennes émigrations des Huns2.

1. Dans le treizième siècle, le moine Rubruquis, qui traversa la plaine immense de Kipzak, en allant à la cour du grand khan, observa le nom remarquable de Hongrie, et des traces d’un langage et d’une origine commune avec les peuples de la Hongrie européenne. Histoire des Voyages, t. VII, p. 69.

2. Cette grande transmigration de trois cent mille Calmoucks ou Torgouts se fit en l’année 1771. Les missionnaires de Pékin ont traduit le récit original de Kienlong, l’empereur régnant de la Chine, qui fut destiné à servir d’inscription à une colonne. (Mem. sur la Chine, t. I, p. 401-418.) L’empereur affecte le doux et séduisant langage du fils de Dieu et du père des peuples.

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