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L'Asie mineure

L'Asie mineure

Conquêtes d'Auguste Guerre de Domitien contre les Daces Guerre de Trajan contre les Daces Guerre des Marcomans Traité de paix de Commode Les Goths




Sources historiques : Théodore Mommsen




Vous êtes dans la catégorie : Empire
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Dans ce chapitre : 39 rubriques;
21 015 mots; 109 864 caractères (espaces non compris); 130 768 caractères (espaces compris)




27 av. J.C.-476

Les indigènes et les colons

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La grande péninsule que baignent les trois mers Egée, Noire, Méditerranée et qui est rattachée à l'Est au continent asiatique proprement dit, fera, en tant que province frontière de l'empire, le sujet du prochain chapitre, qui traitera du bassin de l'Euphrate et des relations de Rome avec les Parthes. Ici nous exposerons l'histoire pacifique des pays de l'Ouest sous le gouvernement impérial.

La population primitive, ou du moins celle qui a précédé les Grecs dans ces vastes régions, est en beaucoup d'endroits restée très importante jusqu'au temps de l'empire. La plus grande partie de la Bithynie était certainement occupée par le peuple thrace dont nous avons déjà parlé; en Phrygie, en Lydie, en Cilicie, en Cappadoce apparaissent des traces nombreuses d'anciens dialectes difficiles à comprendre, qui se sont conservés pour la plupart jusqu'à l'époque romaine; on rencontre partout des noms de divinités, d'hommes, de lieux, qui appartiennent à des langues étrangères. Mais aussi loin que notre regard puisse atteindre, et à la vérité il ne pénètre pas bien profondément dans l'histoire de ce pays, ces divers éléments nous apparaissent dans un état d'affaiblissement et de décadence, et essentiellement comme la négation de la civilisation, ou, ce qui nous semble être la même chose, de l'hellénisme. Nous reviendrons sur les divers groupes de cette catégorie à leur place particulière. Dans le développement historique de l'Asie Mineure sous l'empire, deux peuples seulement jouèrent un rôle actif; c'étaient deux peuples immigrées, au début des temps historiques, les Hellènes, et, pendant les troubles de l'époque des Diadoques, les Celtes.



27 av. J.C.-476

Civilisation hellénique et hellénistique

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Dalmatie

Nous avons déjà raconté l'histoire des Hellènes d'Asie Mineure, en tant qu'elle fait partie de l'histoire romaine. A l'époque lointaine où les côtes de la mer Méditerranée avaient été pour la première fois visitées et occupées, et où le monde avait été partagé entre les peuples aventureux aux dépens des peuples timides, le flot de l'émigration hellénique s'était répandu sur tous les rivages de la mer Méditerranée; mais nulle part, pas même en Italie et en Sicile, il ne fut aussi abondant que dans les nombreuses îles de la mer Egée et sur la côte voisine d'Asie Mineure, si agréable et si riche en ports. Les Grecs de l'Asie Mineure ont ensuite pris part plus activement que tous les autres à la conquête du monde: Milet colonisa les côtes de la mer Noire; Phocée et Cnide les rivages de la Méditerranée occidentale. En Asie, la civilisation hellénique atteignit les habitants de l'intérieur, Mysiens, Lydiens, Cariens, Lyciens, et son influence s'exerça même sur le puissant royaume des Perses. Mais les Hellènes ne possédaient que la côte; tout au plus occupaient-ils le bassin inférieur des plus grands fleuves et les îles. Ils ne purent pas faire de conquêtes sur le continent et acquérir de grands territoires en face des puissants rois du pays; d'ailleurs le plateau élevé et peu propre à la culture, qui constitue le centre de l'Asie Mineure, n'invitait pas, comme le rivage, les colons à s'y fixer et les communications avec l'intérieur étaient assez difficiles. C'est à cause de cette situation même que les Hellènes d'Asie réussirent moins encore que les Grecs d'Europe à acquérir l'unité intérieure et une véritable puissance; ils apprirent bientôt à se soumettre aux souverains du continent. Athènes leur fit sentir pour la première fois qu'ils appartenaient à la nation hellénique; mais ils ne furent ses alliés qu'après la victoire, et ils l'abandonnèrent à l'heure du danger. Ce qu'Athènes avait voulu et n'avait pas pu donner à ces Grecs qu'elle protégeait, Alexandre le leur accorda pleinement: quoique vainqueur de la Hellade, en Asie Mineure il apparut comme un libérateur. En effet, la victoire d'Alexandre non seulement assura l'existence de l'hellénisme en Asie, mais encore elle lui ouvrit une longue carrière presque illimitée; la colonisation du continent, qui marque, après celle du littoral, la seconde étape de la conquête du monde par les Grecs, fut très active dans l'Asie Mineure. Cependant aucune des anciennes villes grecques de la côte ne fut le centre de la nouvelle organisation politique1. Une autre époque réclamait, comme il arrive toujours, une autre constitution et surtout des villes neuves, qui fussent à la fois les résidences des rois grecs et les capitales de populations qui jusque-là n'étaient pas grecques et que l'on introduisait dans le monde hellénique. Le grand développement politique se produisit autour de villes fondées par les rois dont elles portaient le nom, Thessalonique, Antioche, Alexandrie.

C'est contre les maîtres de ces cités que les Romains eurent à lutter. Ils acquirent l'Asie Mineure à peu près comme on reçoit un immeuble en héritage d'un parent ou d'un ami, par disposition testamentaire; et quoique par moments la domination romaine ait pesé lourdement sur les provinces ainsi conquises, dans ce pays on n'en sentit pas le poids. Il est vrai que l'Achéménide Mithridate opposa aux Romains une résistance nationale en Asie Mineure, et que les Hellènes se jetèrent dans ses bras pour se délivrer de la souveraineté de Rome; mais ils n'ont jamais tenté d'eux-mêmes pareille entreprise. Aussi avons-nous peu de choses à dire de cette grande, riche et importante province au point de vue purement politique, d'autant plus que les observations du chapitre précédent relatives aux rapports nationaux des Hellènes avec les Romains s'appliquent également aux Grecs d'Asie Mineure.

1. Il en aurait peut-être été autrement si l'état de Lysimaque avait subsisté. Alexandrie de Troade et Lysimachie fondées par lui, Ephèse (Arsinoé) agrandie par l'immigration des habitants de Colophon et de Lébédos, se trouvaient dans la direction voulue.

27 av. J.C.-476

Les provinces de l'Asie mineure

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L'administration romaine ne fut jamais systématiquement organisée dans l'Asie Mineure; les différentes provinces, à mesure qu'elles entraient dans l'empire, devenaient des districts administratifs romains, sans que leurs frontières subissent de modification essentielle. Les Etats qu'Attale III, roi de Pergame, avait légués aux Romains formèrent la province d'Asie; le royaume de Nicomède, que Rome avait de même acquis par héritage, fut plus tard la province de Bithynie; les pays enlevés à Mithridate Eupator constituèrent la province du Pont qui fut réunie avec celle de Bithynie. La Crète fut occupée par les Romains à l'occasion de la grande guerre des Pirates; Cyrène, que nous pouvons citer aussi, leur fut donnée par son chef mourant. C'est en vertu des mêmes droits que la République s'empara de l'île de Chypre: là s'ajoutait la nécessité de réprimer la piraterie. Cette nécessité provoqua aussi la fondation du gouvernement de Cilicie. La région fut complètement rattachée à Rome par Pompée en même temps que la Syrie, et pendant le premier siècle ces deux pays furent soumis à une administration commune.

Toutes ces conquêtes avaient été faites par la République. Sous l'empire elles furent accrues de plusieurs territoires, qui jusque-là n'étaient pas sujets immédiats de Rome: en l'an 729=25 av. J.-C., du royaume de Galatie, auquel on avait réuni une partie de la Phrygie, la Lycaonie, la Pisidie, la Pamphylie; en l'an 747 = 7 av. J.-C., les pays soumis au roi Dejotarus, fils de Kastor, qui comprenaient Gangra en Paphlagonie, probablement aussi Amaseia et d'autres villes voisines; en l'an 17 ap. J.-C., du royaume de Cappadoce; en l'an 43, du territoire de la Confédération des villes lyciennes; en l'an 63, du Nord-Est de l'Asie Mineure, depuis la vallée de l'Iris jusqu'à la frontière de l'Arménie. La petite Arménie et quelques principautés moins importantes de Cilicie furent soumises sans doute par Vespasien. Ainsi s'étendit dans toute l'Asie Mineure la domination immédiate de Rome. En fait de principautés vassales, il ne resta que le Bosphore Taurien, dont nous avons déjà parlé, et la grande Arménie.

27 av. J.C.-476

Gouvernement sénatorial et gouvernement impérial

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Lorsque, à l'origine de l'empire, l'administration des provinces fut partagée entre l'empereur et le sénat, tous les pays de l'Asie Mineure qui dépendaient directement de l'empire furent soumis à l'administration sénatoriale; l'île de Chypre, qui avait été d'abord réservée à l'empereur, fut rendue quelques années plus tard au sénat. Ainsi furent établis les quatre gouvernements sénatoriaux d'Asie, de Bithynie et de Pont, de Chypre, de Crète et de Cyrène. Seule au début, la Cilicie, considérée comme partie de la province syrienne, fut administrée par l'empereur. Quant aux régions qui ne tombèrent que plus tard sous la domination immédiate de Rome, elles reçurent, là comme dans tout l'empire, des légats impériaux. C'est ainsi que sous Auguste la province de Galatie fut formée de la partie continentale du royaume galate; le littoral ou Pamphylie fut soumis à un autre gouverneur, qui fut chargé sous Claude d'administrer en outre la Lycie. Sous Tibère, la Cappadoce devint une province impériale. La Cilicie, lorsqu'elle reçut un gouverneur particulier, resta naturellement territoire impérial. Hadrien échangea l'importante province de Bithynie et de Pont contre le pays insignifiant de Lycie et de Pamphylie: à part ce fait, l'organisation du pays resta la même jusqu'à la fin du troisième siècle, où elle fut réduite à quelques lambeaux de terre.

Dans les premiers temps de l'empire, la frontière de l'Asie Mineure était formée surtout par les principautés vassales; après leur annexion, la Cappadoce fut la seule de toutes ces divisions administratives, Cyrène exceptée, qui atteignit la frontière. On l'avait agrandie à cette époque de toute la région située sur la frontière du Nord-Est jusqu'à Trapézonte1; et encore ce gouvernement n'était-il pas voisin d'étrangers proprement dits : vers le Nord il touchait aux peuplades dépendantes du Phase, plus loin au royaume vassal d'Arménie, rattaché en droit et dans une certaine mesure en fait à l'empire.

Pour donner une idée de la situation et du développement de l'Asie Mineure dans les trois premiers siècles de notre ère, autant que cela nous est possible en l'absence de toute tradition historique relative au pays, il faudra tenir compte du caractère conservateur du gouvernement romain dans les provinces et nous rattacher aux anciennes divisions de la contrée et à l'histoire intérieure de ces différentes régions.

1. Les frontières des Etats vassaux et même des provinces n'ont varié nulle part plus que dans le Nord-Est de l'Asie Mineure. En l'an 63 les pays du roi Polémon, où se trouvaient Zéla, Néocésarée, Trapézonte, furent directement soumis au gouvernement impérial; nous ne savons pas exactement à quelle date la petite Arménie y fut assujettie; mais c'est probablement au commencement du règne de Vespasien. Le dernier roi vassal de la petite Arménie, dont il soit fait mention, est Aristobule, fils d'Hérode (Tacite, Ann., XII, 7; XIV, 26; Josèphe, Ant. Jud., XX, 8, 4), qui possédait encore sa couronne en l'an 60; en 75 le pays était romain (Corp. insc. lat., III, 306) et probablement l'une des légions qui occupèrent la Cappadoce depuis Vespasien fut mise en garnison dès le début dans Satala, ville de la petite Arménie. Vespasien avait réuni en un grand gouvernement les pays nommés plus haut avec la Galatie et la Cappadoce. A la fin du règne de Domitien la Galatie et la Cappadoce furent séparées l'une de l'autre et les provinces du Nord-Est rattachées à la Galatie. Sous Trajan ce vaste district fut de nouveau confié à une seule main; plus tard, il fut encore divisé, et la côte du Nord-Est annexée à la Cappadoce. Ce qu'il y eut de permanent au milieu de tous ces changements, c'est que Trapezonte et par conséquent la petite Arménie resterent toujours sous l'autorité du gouverneur de Cappadoce. Ainsi, sauf une courte interruption sous Domitien, le légat de Galatie ne s'occupa jamais de la défense des frontières: cette charge, comme d'ailleurs la situation le comporte, incomba au gouverneur de la Cappadoce et aux légions qui occupaient le pays.

27 av. J.C.-476

L'Asie

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La province d'Asie était l'ancien royaume des Attalides; elle comprenait l'Asie antérieure jusqu'à la Bithynie au Nord, jusqu'à la Lycie au Sud; le pays de l'Est, la grande Phrygie, qui en avait été d'abord séparée, lui avait déjà été réunie sous la République, et depuis cette époque la province s'étendait jusqu'au royaume des Galates et jusqu'aux montagnes de la Pisidie. Rhodes et les autres îles moins importantes de la mer Egée dépendaient aussi de ce district.

27 av. J.C.-476

Les villes de la côte

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Les premiers établissements grecs s'étaient élevés non seulement dans les îles et sur la côte proprement dite, mais dans les vallées inférieures des plus grands fleuves; Magnésie du Sipyle dans la vallée de l'Hermos, l'autre Magnésie et Tralles dans la vallée du Méandre, avaient été fondées par des Grecs avant Alexandre ou bien étaient devenues des villes grecques. Les Cariens, les Lydiens, les Mysiens furent de bonne heure au moins à moitié Hellènes. La domination grecque s'établit sans difficulté dans la région côtière; Smyrne, qui plusieurs siècles auparavant avait été détruite par les barbares de l'intérieur du pays, se releva alors de ses ruines pour redevenir une des cités les plus brillantes de l'Asie Mineure. La reconstruction d'Ilion, près du tombeau d'Hector, fut plutôt une oeuvre de piété que de politique; néanmoins la situation d'Alexandrie sur la côte de la Troade garda longtemps une grande importance. Pergame dans la vallée du Kaïkos fut la résidence florissante des Attalides.

27 av. J.C.-476

L'intérieur du pays

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Tous les princes helléniques, Lysimaque, les Séleucides, les Attalides, suivant les intentions d'Alexandre, luttèrent de zèle pour helléniser la partie continentale de cette province. La tradition historique nous renseigne moins encore sur les diverses fondations de villes que sur les guerres de cette époque; nous ne pouvons raisonner que sur des noms et des surnoms de cités, mais ces indices nous suffisent pour reconnaître dans ses traits généraux l'activité qui dura pendant des siècles, et qui fut néanmoins homogène et consciente du but qu'elle visait. Plusieurs localités de l'intérieur, Stratonikeia en Carie, Peltae, Blaundos, Dokimeion, Kadoi, en Phrygie, les Myso-Macédoniens du district d'Ephèse, Thyateira, Hyrkania, Nakrasa dans le bassin de l'Hermos, les Askylakes des environs d'Adramytion sont désignés dans les sources ou dans d'autres témoignages dignes de foi comme des cités macédoniennes; mais les mentions qu'on en trouve sont tellement accidentelles et ces villes sont pour la plupart si peu importantes que la même désignation s'est étendue sûrement à beaucoup d'autres localités du même pays. Nous pouvons en conclure que les régions citées plus haut furent colonisées par des soldats envoyés en même temps pour protéger l'Asie antérieure contre les Galates et les Pisidiens. En outre, les monnaies de Synnada, cité phrygienne importante, portent, à côté du nom de la ville, celui des Ioniens, des Doriens, et même celui du Jupiter commun aux peuples; sans doute un des successeurs d'Alexandre aura engagé des Grecs, sans distinction de patrie, à s'établir dans cette ville. Ce n'est certainement pas là un cas isolé.

Ce n'est pas le lieu de citer ici les nombreuses villes, situées surtout dans l'intérieur du pays, dont les noms nous rappellent les maisons royales des Séleucides ou des Attalides, ou sont grecs d'ailleurs. Parmi les villes fondées ou réorganisées par les Séleucides, il s'en trouve plusieurs qui ont été plus tard très florissantes et très civilisées, par exemple dans la Phrygie méridionale Laodicée et surtout Apamée, l'ancienne Kelaenae, sur la grande route militaire qui conduit de la côte occidentale de l'Asie Mineure au moyen Euphrate: cette cité avait été sous les Perses l'entrepôt du commerce de cette région; au temps d'Auguste, elle était, après Ephèse, la ville la plus importante de la province d'Asie. Quoique la présence d'un nom grec ne soit pas l'indice certain d'une colonisation grecque, nous devons cependant considérer une grande partie de ces villages comme des localités d'origine grecque. En outre, les anciennes villes non grecques d'origine, que les successeurs d'Alexandre trouvèrent dans leurs royaumes, entrèrent bientôt elles-mêmes dans la civilisation hellénique, Sardes, par exemple, l'ancienne résidence du satrape perse, qui fut organisée par Alexandre comme une cité grecque.

Cette évolution des cités était accomplie, lorsque la domination romaine s'établit sur l'Asie antérieure; les Romains ne l'ont pas beaucoup favorisée. Si, dans la partie orientale de la province, un grand nombre de villes comptaient leurs années à partir de l'an 670 de Rome = 84 av. J.-C., c'est que, à cette époque, Sylla, après avoir terminé la guerre de Mithridate, avait directement soumis la contrée à l'administration romaine. Ces villes n'obtinrent que plus tard le droit de cité. Auguste peupla avec les vétérans de son armée la ville de Parium sur l'Hellespont, et Alexandrie de Troade, dont nous avons déjà parlé; il leur donna à toutes deux les privilèges des municipalités romaines; Alexandrie fut désormais, comme Corinthe en Grèce et Béryte en Syrie, une île italique au milieu de l'Asie grecque. Mais ce n'était là que de la colonisation militaire; il est peu question, sous les empereurs, de véritables fondations de villes dans la province romaine d'Asie. Parmi les cités peu nombreuses qui portent des noms d'empereurs, les plus anciennes sont peut-être Sébastè et Tibérioupolis, toutes deux en Phrygie, et Hadrianoi, sur la frontière de Bithynie. Là, dans la région montagneuse située entre l'Ida et l'Olympe, vivaient, à l'époque des triumvirs, Cléon et, sous Hadrien, un certain Tilliboros, moitié chefs de bandits, moitié princes, dont le premier même a joué quelque rôle dans la politique. Hadrien fit une bonne action en établissant une municipalité avec une organisation régulière, au milieu de cet asile de brigands. Dans cette province où les cités étaient plus nombreuses que dans toute autre région de l'empire, - il y en avait cinq cents, il n'était plus besoin d'en fonder beaucoup; tout au plus fallait-il les séparer, c'est-à-dire dissoudre les antiques confédérations de ces villages qui se groupaient en cités et les rendre indépendants les uns des autres. Nous pouvons citer un fait de cette nature qui se passa en Phrygie sous Constantin I.

Mais la civilisation hellénique proprement dite n'avait pas encore pénétré dans les régions d'accès difficile, lorsque la domination romaine commença dans le pays; en Phrygie surtout on parlait encore l'idiome local, de même famille peut-être que la langue arménienne. L'absence de monnaies et d'inscriptions grecques ne permet pas de conclure avec certitude à l'absence de toute civilisation hellénique1, mais, en fait, les monnaies phrygiennes datent presque toutes de l'époque impériale et la plupart des inscriptions de Phrygie sont des derniers temps de l'empire; en outre, dans les parties isolées et peu accessibles à la civilisation, les coutumes helléniques, si répandues ailleurs, ne pénétrèrent pour la première fois que sous l'empire. L'établissement immédiat de l'administration impériale fut peu favorisé par ce développement silencieux, et nous ne pouvons guère en retrouver les traces. Il est vrai que l'Asie était une province sénatoriale, et nous ne devons pas oublier que le gouvernement sénatorial manquait entièrement d'initiative.

1. La numismatique et l'épigraphie des villes ont subi des conditions si diverses qu'on ne peut pas conclure de l'absence ou de l'abondance des documents de l'une et de l'autre sorte à l'absence ou à l'intensité d'une civilisation ayant un caractère particulier. Pour l'Asie Mineure surtout il faut considérer que cette province était la terre classique de la vanité municipale; et les monuments que nous possédons, même les monnaies, doivent pour la plupart leur existence à ce que le gouvernement des empereurs romains laissa libre cours à cette vanité.

27 av. J.C.-476

Rivalités des villes

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La Syrie et plus encore l'Egypte s'absorbent tout entières dans leurs métropoles. Dans la province d'Asie et dans l'Asie Mineure en général, aucune ville ne peut être comparée à Antioche et à Alexandrie; mais c'est le grand nombre des villes moyennes qui fait la prospérité du pays. Les cités furent divisées en trois classes qui se distinguent par leur droit de suffrage à l'assemblée provinciale, par leur participation aux charges de toute la province, par le nombre même des médecins et des professeurs municipaux1; c'est là une organisation particulière à cette contrée. Les rivalités des villes y étaient très violentes, souvent puériles et quelquefois haineuses. C'est ainsi que la lutte de Sévère et de Niger en Bithynie fut à proprement parler une guerre entre les deux capitales rivales Nicomédie et Nicée. Il y a là une caractéristique des cités helléniques, et surtout de celles d'Asie Mineure. Nous parlerons plus loin de l'émulation avec laquelle on construisait les temples des empereurs; de même la question de rang aux fêtes communes de l'Asie Mineure était pour les délégations des villes une question vitale. Magnésie du Méandre s'appelle sur ses monnaies la septième ville de l'Asie; la première place était si convoitée que le gouvernement résolut de l'accorder à plusieurs villes à la fois. Le titre de métropole était disputé avec autant d'acharnement. La véritable métropole de la province était Pergame, résidence des Attalides et siège de l'assemblée provinciale; mais Ephèse, la capitale réelle, où le gouverneur était obligé d'inaugurer ses fonctions, et qui se glorifie sur ses monnaies «de ce droit de débarquement», Smyrne, toujours en lutte avec sa voisine Ephèse, et qui, malgré la préséance légitime des Ephésiens, s'appelle sur ses monnaies «la première ville pour la grandeur et la beauté», l'antique Sardes, Cyzique et d'autres encore aspiraient au même titre honorifique. Les doléances que les habitants de l'Asie Mineure envoyaient régulièrement à ce sujet à l'empereur et au sénat; ces «niaiseries grecques», comme on avait coutume de dire à Rome, agaçaient les principaux Romains et provoquaient des railleries continuelles2.

1. "Cette ordonnance", dit le juriste Modestinus, qui la signale (Dig., XXVII, 1, 6, 3), «intéresse toutes les provinces, quoiqu'elle ait été faite seulement pour les Asiatiques». En fait elle ne peut être appliquée que dans les pays où les villes sont réparties en classes; le jurisconsulte nous apprend en outre de quelle façon on l'accommodait aux provinces organisées autrement. Ce que le biographe d'Antonin (c. 11) nous dit des distinctions et des appointements accordés par cet empereur aux professeurs de rhétorique, n'a aucun rapport avec cette ordonnance.

2. Dans ses discours aux habitants de Nicomédie et de Tarse, Dion de Pruse montre très bien qu'un homme de goût ne voudrait pas pour lui-même d'aussi vaines distinctions, et qu'il est impossible de comprendre pourquoi des villes recherchent un titre avec autant d'ardeur; que les cités qui se font décerner de telles distinctions prouvent par là combien elles sont petites, et que le plus mauvais gouverneur trouve toujours une excuse dans cette rivalité des villes, puisque Nicée et Nicomédie ne s'entendent jamais : «Les Romains vous traitent comme des enfants auxquels on donne un petit jouet; en échange d'un nom, vous êtes accablés d'avanies; Rome appelle votre ville la première, mais se conduit avec elle comme avec la dernière des cités. Vous êtes devenus la risée des Romains qui parlent sans cesse des niaiseries grecques.»


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27 av. J.C.-476

La Bithynie

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La Bithynie n'atteignit jamais à la haute prospérité de l'empire des Attalides. Les anciens Grecs n'avaient réellement colonisé que la côte. A l'époque hellénistique, les conquérants macédoniens d'abord, puis la dynastie indigène qui les suivit complètement dans cette voie, après avoir donné aux villes une organisation qui fut presque partout purement nominale, ouvrirent aussi l'intérieur du pays, surtout par les deux fondations si heureuses de Nicée (Isnik) et de Pruse près de l'Olympe (Brousse). Nous avons déjà fait remarquer que les premiers habitants de Nicée furent d'origine macédonienne et hellénique. Mais le royaume de Nicomède profita beaucoup moins de la civilisation grecque que l'Etat des princes de Pergame: dans l'intérieur du pays, toute la région orientale n'a été que peu colonisée avant Auguste. Il en fut autrement sous l'empire. A l'époque d'Auguste, un heureux chef de bandits, redevenu honnête, releva sur la frontière de Galatie l'ancienne ville, complètement détruite, de Gordiou-Komé et lui donna le nom de Juliopolis; dans la même contrée les villes de Bithynion (Claudiopolis) et de Krateia (Flaviopolis) obtinrent, probablement dans le cours du premier siècle, le droit de cité grecque. En général, l'hellénisme a pris sous l'empire un grand essor en Bithynie, et il a été favorisé par la nationalité thrace des indigènes. Parmi les nombreuses inscriptions qui ont été relevées dans cette province, quatre seulement sont antérieures à l'occupation romaine. Ce n'est pas le seul fait qui nous révèle que l'ambition des cités ne s'était pas éveillée avant l'empire. Dans la littérature de la période impériale un certain nombre des meilleurs écrivains, de ceux qui ont été le moins victimes de la rhétorique en faveur, appartiennent à la Bithynie: ce sont le philosophe Dion de Pruse, les historiens Memnon d'Héraclée, Arrien de Nicomédie, Cassius Dion de Nicée.

27 av. J.C.-476

Le Pont

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La moitié orientale du rivage méridional de la mer Noire, la province romaine de Pont, avait été formée avec cette partie de l'empire de Mithridate, que Pompée, aussitôt après sa victoire, avait directement soumise à la domination romaine. Les nombreuses principautés qu'il avait épargnées à la même époque, dans l'intérieur de la Paphlagonie et à l'Est de ce pays jusqu'à la frontière de l'Arménie, furent, plus ou moins longtemps après, réunies soit à la même province, soit à la Galatie ou à la Cappadoce. L'antique empire de Mithridate avait subi beaucoup moins que l'Asie occidentale l'influence de l'ancien ou du nouvel hellénisme. Lorsque les Romains établirent sur ce territoire leur domination directe ou indirecte, il ne s'y trouvait pas à proprement parler de villes organisées sur le modèle des cités grecques : Amaseia, l'ancienne résidence des Achéménides de Pont, qui était toujours leur tombeau, n'était pas une ville hellénique; les deux anciens ports grecs, Amisos et Sinope, qui avait jadis dominé sur toute la mer Noire, étaient devenus des résidences royales, et les cités peu nombreuses, fondées par Mithridate, comme Eupatoria, ne peuvent guère être considérées comme villes grecques. Mais dans ce pays, ainsi que nous l'avons montré dans un volume précédent, la conquête romaine introduisit la civilisation hellénique : Pompée organisa la province, en donnant le rang de cité aux onze villages les plus importants et en leur partageant le pays. Ces villes artificielles, avec leurs immenses territoires, - celui de Sinope avait sur la côte un développement de 119 kilom. et était séparé par l'Halys du territoire d'Amisos, - ressemblaient plus aux tribus celtiques qu'aux villes helléniques et italiennes proprement dites. Il n'en est pas moins vrai qu'à cette époque Sinope et Amisos retrouvèrent leur ancienne prospérité et que, dans l'intérieur du pays, d'autres villes furent relevées, comme Pompéioupolis, Nikopolis et Mégalopolis, la future Sébasteia. Le dictateur César accorda le droit de colonie romaine à Sinope et lui envoya sans doute des colons italiens. Trapézonte, ancienne colonie de Sinope, joua un rôle plus important dans l'administration romaine; cette ville, qui fut réunie en l'année 63 à la province de Cappadoce, était à la fois la station de la flotte romaine du Pont et dans une certaine mesure la base d'opérations des troupes de la province, les seules qu'il y eût dans toute l'Asie Mineure.

27 av. J.C.-476

La Cappadoce

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Le centre de la Cappadoce était soumis à la puissance romaine, depuis que la Syrie et le Pont avaient été réduits en province; le pays fut annexé définitivement à l'empire au commencement du règne de Tibère, lorsque l'Arménie tenta de se soustraire à la suzeraineté de Rome. Nous en parlerons dans le chapitre suivant. La cour et ce qui s'y rattachait directement s'était hellénisé, à peu près autant que les cours allemandes du dix-huitième siècle étaient devenues françaises. La capitale Césarée, l'ancienne Mazaka, qui était, comme Apamée de Phrygie, une étape commerciale sur la grande route de la côte occidentale au pays de l'Euphrate, et qui fut à l'époque romaine, ce qu'elle est encore aujourd'hui, un des centres d'affaires les plus florissants de l'Asie Mineure, avait été après la guerre de Mithridate, non seulement rebâtie à l'instigation de Pompée, mais encore dotée probablement du droit de cité et organisée comme une ville grecque. La Cappadoce même, au commencement de l'empire n'était guère plus grecque que le Brandebourg et la Pomeranie n'étaient français sous Frédéric le Grand. Lorsque le pays devint romain, il fut divisé, d'après les renseignements du contemporain Strabon, non pas en circonscriptions de cités, mais en dix districts, dont deux seulement contenaient des villes, la capitale, que nous avons déjà nommée, et Tyana. Cette organisation fut aussi peu modifiée dans ses traits généraux que celle de l'Egypte, quoique certaines localités aient obtenu plus tard le droit de cité grecque: par exemple, l'empereur Marc-Aurèle fit du village de Cappadoce où sa femme mourut une ville qu'il appela Faustinopolis. Les Cappadociens parlaient le grec, il est vrai; mais on se moquait beaucoup à l'étranger des étudiants de Cappadoce, à cause de leur accent grossier et des fautes qu'ils commettaient dans la prononciation et l'intonation; lorsqu'ils apprenaient le dialecte attique, leurs compatriotes trouvaient leur langage affecté1. Ce fut seulement à l'époque chrétienne que les condisciples de l'empereur Julien, Grégoire de Naziance et Basile de Césarée donnèrent plus de réputation au nom de la Cappadoce.

1. Pausanias de Césarée, dans Philostrate (Vitae soph., II, 13) reproche à Hérode Atticus ses défauts : Ilayele tu vaccin ?. jadis sujette de Rhodes, mais devenue indépendante après la troisième guerre de Macédoine, fut transformée par Claude en une province romaine, à cause des rivalités interminables qui en divisaient les membres. L'hellénisme s'introduisit alors plus rapidement dans le pays et, sous l'empire, les Lyciens devinrent complètement Grecs.

27 av. J.C.-476

La Lycie

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Isolées dans leurs montagnes, les villes lyciennes n'avaient pas ouvert leur côte à la colonisation grecque, mais elles ne repoussèrent pas l'influence hellénique. La Lycie est le seul pays de l'Asie Mineure où la civilisation ait pénétré de bonne heure sans détruire la langue locale; les Lyciens, presque comme les Romains, entrèrent dans le monde grec, sans s'helléniser extérieurement. Ce qui nous indique quelle était leur situation, c'est que la confédération lycienne s'allia, en tant que confédération, à la ligue maritime d'Athènes et paya son tribut à l'hégémonie athénienne. Ce n'est pas seulement dans l'ordre artistique que les Lyciens ont imité les modèles grecs : de bonne heure ils avaient emprunté à la Grèce leur organisation politique. Cette ligue de villes, jadis sujette de Rhodes, mais devenue indépendante après la troisième guerre de Macédoine, fut transformée par Claude en une province romaine, à cause des rivalités interminables qui en divisaient les membres. L'hellénisme s'introduisit alors plus rapidement dans le pays et, sous l'empire, les Lyciens devinrent complètement Grecs.

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La Pamphylie et la Cilicie

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Les villes de la côte pamphylienne, comme Aspendos et Pergè, fondations grecques d'une très haute antiquité, abandonnées ensuite à elles-mêmes, qui avaient prospéré, grâce à des circonstances favorables, avaient soit conservé, soit modifié à leur manière l'ancien hellénisme, de sorte que les Pamphyliens, par leur langue et leur écriture, ne ressemblaient pas moins que leurs voisins de Lycie à une nation indépendante. Lorsque les Hellènes conquirent l'Asie, les Pamphyliens revinrent peu à peu à la civilisation grecque générale, ainsi qu'à l'organisation politique commune. Les maîtres de ce pays comme de la côte voisine de Cilicie furent, dans la période hellénistique: les Egyptiens, dont la maison royale a donné son nom à plusieurs localités de Pamphylie et de Cilicie; les Séleucides, dont le souvenir survécut dans la ville la plus importante de la Cilicie occidentale, Séleucie ou Kalykadnos; et les Pergaméniens, dont la ville d'Attalie (Adalia) atteste la domination en Pamphylie.

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La Pisidie et l'Isaurie

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Au contraire, les peuplades qui habitaient les montagnes de la Pisidie, de l'Isaurie et de la Cilicie occidentale, conservèrent en fait leur indépendance jusqu'au commencement de l'empire. La guerre ne cessait jamais chez elles. Non seulement les Etats civilisés devaient lutter continuellement sur le continent avec les Pisidiens et leurs alliés, mais encore ces peuples exerçaient la piraterie plus hardiment que le brigandage sur terre, surtout le long de la côte occidentale de la Cilicie, où le pied des montagnes plonge dans la mer. Après la chute de la marine égyptienne, la côte méridionale de l'Asie devint le refuge des écumeurs de la mer. Les Romains intervinrent alors et organisèrent, pour faciliter la répression de la piraterie, la province de Cilicie, qui comprenait, ou du moins qui devait comprendre la côte pamphylienne. Mais les mesures prises montrèrent ce qu'il y avait à faire, bien plus qu'elles n'amenèrent de résultats sérieux; leur intervention était trop tardive et trop intermittente. En vain une expédition fut conduite contre les corsaires; en vain des troupes romaines pénétrèrent jusque dans les montagnes de l'Isaurie et détruisirent au centre du pays les repaires des brigands; la république romaine ne put pas s'établir d'une façon vraiment durable au milieu de peuples qu'elle annexait malgré eux.

L'empire eut tout à faire dans cette région. Antoine, lorsqu'il prit le gouvernement de l'Orient, chargea un habile officier galate, Amyntas, de soumettre les Pisidiens rebelles1; quand ce capitaine eut fait ses preuves2, Antoine le créa roi de la Galatie, la province de l'Asie Mineure la mieux organisée militairement et la mieux préparée à la guerre; il étendit son pouvoir jusqu'à la côte méridionale, sur la Lycaonie, la Pisidie, l'Isaurie, la Pamphylie et la Cilicie occidentale, tandis que la Cilicie orientale, plus civilisée, restait attachée à la Syrie. Lorsqu'Auguste, après la bataille d'Actium, étendit sa domination sur l'Orient, il laissa au prince celte sa royauté. Ce souverain continua d'écraser les corsaires dangereux cachés dans les repaires de la Cilicie occidentale, et d'exterminer les brigands; il tua de sa main un des chefs de bandits les plus redoutables, Antipatros, qui tenait Derbé et Laranda dans la Lycaonie méridionale; il bâtit sa résidence dans l'Isaurie et, non seulement il chassa les Pisidiens du territoire voisin de la Phrygie, mais encore il pénétra chez eux et s'empara de Kremna au coeur de leur pays. Quelques années plus tard (729 de Rome = 25 av. J.-C.), il périt dans une expédition contre une des tribus de la Cilicie occidentale, les Homonadenses : il avait emporté presque toutes leurs villes et renversé leur prince, lorsqu'il fut victime d'un complot dirigé contre lui par la femme de ce prince.

Après ce malheur, Auguste entreprit lui-même l'oeuvre difficile de la pacification de l'Asie Mineure centrale. Nous avons déjà fait remarquer que la petite côte pamphylienne fut confiée à un gouverneur particulier et séparée de la Galatie; si Auguste agit ainsi, c'est évidemment parce que les montagnes situées entre la côte et la steppe galatico-lycaonienne étaient insoumises, et que ce rivage ne pouvait pas réellement être, pour l'administration, rattachée à la Galatie. Des troupes romaines ne furent pas cantonnées en Galatie; néanmoins il est probable que la levée des soldats fut plus importante dans cette province que dans la plupart des autres; en outre, comme la Cilicie occidentale dépendait alors de la Cappadoce, les troupes de cette principauté vassale durent aussi prendre part aux travaux nécessaires. L'armée de Syrie infligea d'abord aux Homonadenses le châtiment qu'ils avaient mérité; quelques années plus tard le gouverneur Publius Sulpicius Quirinius reparut dans leur pays, leur coupa les vivres, et les força à se soumettre en masse; ils furent dispersés dans les localités voisines et leur ancien territoire resta désert. On punit également en 36 et en 52 les Clites, autre tribu de la Cilicie occidentale, établie plus près de la côte : ils refusaient d'obéir au prince vassal que Rome leur avait imposé; ils pillaient la terre comme les mers, et les soi-disant maîtres du pays ne pouvaient en venir à bout; aussi les troupes impériales de Syrie vinrent-elles deux fois pour les soumettre. Ces renseignements se sont conservés par hasard; à coup sûr, le souvenir de beaucoup d'événements semblables a disparu.

1. En l'an 715 de Rome, avant le retour d'Antoine en Asie, Amyntas fut aussi chargé de gouverner les Pisidiens (Appien, Bel. civ., V, 75), sans doute parce qu'ils avaient entrepris quelque nouvelle piraterie. Ce qui explique qu'il établit sa résidence à Isaura, c'est qu'il avait commencé par gouverner cette région (Strabon, XII, 6, 3, p. 369). La Galatie fut donnée d'abord aux héritiers de Dejotarus (Dion, XLVIII, 33). Ce fut seulement en 718 qu'Amyatns reçut la Galatie, la Lycaonie et la Pamphylie (Dion, XLIX, 32).

2. Strabon, qui vécut au milieu de tous ces événements, dit expressément que ce fut là la cause pour laquelle cette contrée ne fut pas soumise à des gouverneurs romains (XIV, 5, 5, p. 671): (pour la repression des pirates et des brigands) (à cause des déplacements du conventus), ???? LEO? ot.wy (qui manquèrent plus tard aux légats de Galatie).

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Colonies de Pisidie

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Auguste accomplit aussi la pacification du pays en le colonisant. Les gouvernements hellénistiques l'avaient, pour ainsi dire, isolé; non seulement ils avaient gardé leurs positions ou conquis de nouvelles places sur la côte, mais dans le Nord-Ouest ils avaient fondé une série de villes, sur la frontière de Phrygie Apollonia, bâtie probablement par Alexandre lui-même, Seleukeia Siderus et Antiocheia, toutes deux du temps des Séleucides, en Lycaonie Laodikeia Katakekaumene, et la capitale du pays, Ikonion, dont la fondation remonte à la même époque. Mais dans la montagne proprement dite on ne trouve aucune trace d'établissement hellénique. Le sénat romain n'avait pas entrepris davantage cette tâche difficile. Auguste le fit; là, et là seulement dans tout l'Orient grec, on rencontre une série de colonies de vétérans romains, évidemment destinées à conquérir pacifiquement le pays. Parmi les anciennes colonies que nous avons nommées plus haut, Antioche fut peuplée de vétérans et réorganisée à la romaine; dans la Lycaonie méridionale Parlaïs fut reconstruite, en Pisidie même Kremna, dont nous avons déjà parlé, ainsi qu'Olbasa et Komama situées beaucoup plus au Sud. Les empereurs suivants ne poussèrent pas avec autant d'énergie l'oeuvre entreprise; pourtant, sous Claude, la ville forte de Séleucie en Pisidie fut transformée en colonie claudienne; dans la Cilicie occidentale Claudiopolis, et, non loin de là, peut-être à la même époque, Germanicopolis redevinrent prospères; enfin Ikonion, petit village au temps d'Auguste, prit un développement considérable. Les nouvelles cités restèrent, il est vrai, peu importantes; mais elles limitèrent sensiblement le champ d'action des montagnards libres, et la paix put enfin être établie dans le pays.

Les plaines et les plateaux de la Pamphylie, les villes de la montagneuse Pisidie, par exemple Selge et Sagalassos, étaient très peuplées sous l'empire; l'agriculture était florissante dans la région; les restes de puissants aqueducs et d'immenses théâtres, constructions qui datent toutes de l'empire romain, pour n'être que des oeuvres de pratique manuelle, n'en prouvent pas moins que cette province jouissait d'une paix profonde et d'une grande prospérité. Sans doute le gouvernement ne triompha jamais complètement de la piraterie, et si dans les premiers temps de l'empire les incursions furent plus rares, les bandes de brigands reparurent comme une force militaire au milieu des troubles du troisième siècle. Ils portent alors le nom d'Isauriens et occupent surtout les montagnes de la Cilicie, d'où ils s'élancent pour piller la terre et la mer. On parle d'eux, pour la première fois, sous Alexandre Sévère. Le récit suivant lequel, sous Gallien, ils auraient proclamé leur chef empereur, doit être une fable, mais sous Probus, un brigand du nom de Lydios, qui avait ravagé pendant longtemps la Lycie et la Pamphylie, fut assiégé dans la colonie romaine de Kremna dont il s'était emparé et fut pris par une armée impériale après une longue et opiniâtre résistance. Plus tard un cordon de troupes fut placé tout autour du pays, et un général fut chargé spécialement du commandement des Isauriens. Leur bravoure sauvage, lorsqu'ils prirent du service à la cour de Byzance, leur créa pendant longtemps une situation analogue à celle que les Macédoniens avaient occupée à la cour d'Egypte: l'un d'entre eux, Zénon, mourut même sur le trône de Byzance1.

1. Au milieu des grandes ruines de Saradjik, dont on ignore le nom ancien, et qui sont situées dans la Lycie orientale, sur le haut Limyros (cf. Ritter, Erdkunde, XIX, p. 1172), se trouve un vaste tombeau en forme de temple, qui n'est certainement pas plus ancien que le troisième siècle de notre ère; sur ce tombeau on voit comme emblèmes des membres humains, têtes, bras, jambes, sculptés en relief; ce sont peut-être les armoiries d'un chef de bande civilisé (Communication de Benndorf).

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La galatie

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Enfin la Galatie, qui avait été jadis le noyau de la domination orientale sur l'Asie antérieure, et qui a conservé, dans les célèbres sculptures sur rocher de la moderne Boghazkeuï, l'ancienne ville royale de Pteria, les souvenirs d'une gloire presque disparue, était devenue dans le cours des siècles une île, celtique par la langue et par les moeurs, au milieu du flot des peuples d'Orient; elle a gardé cette physionomie dans son organisation intérieure, même au temps de l'empire. Les trois peuplades qui, lors de la grande émigration celtique, étaient arrivées en Asie Mineure, au temps où Pyrrhus combattait les Romains; qui, là, comme les Francs au moyen âge en Orient, s'étaient réunies pour former un Etat militaire fortement constitué, et qui, après avoir erré de différents côtés, s'étaient définitivement établies sur les deux rives de l'Halys, n'en étaient plus au temps où elles pillaient de là l'Asie Mineure et faisaient la guerre aux rois d'Asie et de Pergame, lorsqu'elles ne se mettaient pas à leur solde. Mais elles aussi avaient été vaincues par la puissance romaine et les Gaulois d'Asie ne lui étaient pas moins soumis que leurs pères du Pô, du Rhône et de la Seine.

Pourtant, malgré leur long séjour en Asie Mineure, ces Occidentaux étaient encore séparés des Asiatiques par un abîme profond. Ce n'était pas seulement parce qu'ils avaient conservé leur idiome et leur nationalité, parce que chacune des trois tribus était toujours gouvernée par ses quatre princes héréditaires, ou parce que l'assemblée fédérale qui réunissait dans le bois de chênes sacrés les députés de toutes les tribus, représentait encore l'autorité la plus haute de la terre Galate; ce n'était pas non plus à cause de leur indomptable grossièreté et de leur vaillance militaire, qui les distinguaient de leurs voisins en bien et en mal: dans l'Asie Mineure il y avait d'autres contrastes de cette nature entre la civilisation et la barbarie, et l'hellénisation toute superficielle et extérieure qu'entraînaient le voisinage, les relations commerciales, la conversion des immigrants à la religion phrygienne, ou le service de mercenaire fait en commun, ne s'était pas produite en Galatie beaucoup plus tard que dans le pays limitrophe de la Cappadoce, par exemple. La différence est d'autre sorte. Les Celtes et les Hellènes ont envahi l'Asie Mineure en même temps; à la rivalité nationale s'est ajoutée la lutte de deux peuples conquérants. C'est ce qui apparut clairement dans la guerre de Mithridate: lorsque ce roi donna l'ordre de tuer tous les Italiens, il fit en même temps massacrer la noblesse galate; aussi, pendant les guerres que Rome soutint contre ce libérateur oriental des Hellènes, elle n'eut pas d'alliés plus fidèles que les Galates de l'Asie Mineure. La victoire des Romains fut celle des Galates; elle leur donna pour longtemps une situation prépondérante dans la contrée.

L'antique gouvernement des quatre princes fut aboli par Pompée, semble-t-il. Un des nouveaux rois, qui avait fait ses preuves dans les guerres de Mithridate, Déjotarus, ajouta à ses possessions la petite Arménie et quelques autres lambeaux de l'ancien empire de Mithridate; il fut pour les autres princes galates un voisin bien incommode, et il devint le plus puissant dynaste de l'Asie Mineure. Après la victoire de César qu'il avait combattu, et dont il ne put pas reconquérir la faveur en lui envoyant des secours contre Pharnace, les territoires qu'il avait acquis, avec ou sans l'autorisation du gouvernement romain, lui furent presque tous enlevés; le Césarien Mithridate de Pergame, qui se rattachait par sa mère à la maison royale de Galatie, reçut la plus grande partie des terres que Déjotarus avait perdues, et fut même placé en Galatie auprès de lui. Mais il mourut bientôt dans la Chersonèse Taurique; César lui-même fut assassiné peu de temps après. Déjotarus rentra alors en possession de tout ce qui lui avait été ravi; il eut l'habileté de soutenir le parti des Romains chaque fois qu'ils dominaient en Orient et de les abandonner toujours à temps. Aussi lorsqu'il mourut très âgé, en l'an 714 (40 av. J.-C.), était-il maître de toute la Galatie. On donna à ses successeurs, pour les désintéresser, un petit royaume en Paphlagonie; mais son empire, auquel s'étaient ajoutées vers le Sud la Lycaonie et toutes les régions qui s'étendent jusqu'à la côte de Pamphylie, fut en 718 (36 av. J.-C.) confié par Antoine à Amyntas, comme nous l'avons déjà dit. Cet Amyntas, qui avait été le secrétaire et le général de Déjotarus dans les dernières années de son règne, paraît avoir eu alors une grande autorité; c'est à ce titre qu'avant la bataille de Philippes il abandonna les chefs républicains et se déclara pour les triumvirs. Nous avons exposé plus haut son histoire. Egal à son prédécesseur en prudence et en courage, il fut, sous la direction d'abord d'Antoine, puis d'Auguste, le principal instrument de pacification des régions de l'Asie Mineure qui n'étaient pas encore soumises, jusqu'au moment où il mourut (729= 25 av. J.-C.). Avec lui disparut le royaume de Galatie, qui fut transformé en province romaine.

Les Romains appelaient déjà les Galates «Gallo-Grecs» dans les dernières années de la République; Tite-Live ajoute que c'est un mélange de deux nations, comme son nom l'indique, et qu'ils sont bien dégénérés. Une bonne partie de ces Galates devait descendre des Phrygiens qui habitaient autrefois la contrée. Ce qui est plus important, c'est que la religion très vivace dans le pays et le sacerdoce local n'ont rien de commun avec les institutions sacrées des Celtes d'Europe: non seulement la Magna Mater, dont les Romains, à l'époque d'Hannibal, demandèrent l'image sainte aux Tolistobogii qui la leur envoyèrent, était d'origine phrygienne, mais encore les prêtres de cette divinité appartenaient presque tous à la noblesse galate. Néanmoins, même après que la Galatie fut devenue une province romaine, l'organisation intérieure demeura surtout celtique; ainsi, sous Antonin le Pieux, la puissance paternelle, demeurée étrangère à toute influence du droit hellénique, était encore très étroite: voilà une preuve tirée du droit privé. De même pour la constitution politique du pays: il n'existait pas d'autres divisions que celles qui correspondaient aux anciennes tribus, Tektosages, Tolistobogii, Trokmi; mais celles-ci ajoutaient à leurs noms les noms des trois capitales, Ancyre, Pessinonte et Tavion; nous retrouvons là la tribu gauloise, bien connue de nous, avec son chef-lieu de civitas. Si chez les Celtes d'Asie la conception de la communauté sous forme de ville apparut plutôt que chez les Celtes d'Europe1; si le nom d'Ancyre remplaça plus vite celui des Tektosages, que le nom de Bordeaux en Europe celui des Bituriges; si Ancyre même, en tant que la première de toutes les villes du pays, prit le titre de «ville-mère» (untpotches), c'est que le voisinage des Grecs exerça sur les Galates une réelle influence, ce qui était inévitable, et que ceux-ci commencèrent à se laisser assimiler aux Hellenes; mais nous ne pouvons pas distinguer nettement les diverses phases de cette évolution, nos renseignements étant trop superficiels.

Les noms celtiques subsistent jusqu'à l'époque de Tibère; plus tard on ne les trouve plus qu'isolés dans les principales familles. Lorsque la Gaule fut réduite en province romaine, les Romains n'y tolérèrent pour les relations commerciales que l'usage de la langue latine; en Galatie, ils n'autorisèrent à côté de la langue latine que la langue grecque, et cela se comprend facilement. Nous ne savons pas quelle langue on parlait autrefois dans le pays: on n'y a trouvé aucun monument épigraphique antérieur à la conquête romaine. L'idiome celtique resta longtemps en Asie la langue usuelle2; néanmoins le grec prit peu à peu le dessus. Au quatrième siècle Ancyre était l'un des centres de civilisation grecque. «Les petites villes de la Galatie grecque», dit le littérateur Thémistios, qui consacra toute sa vie à parler devant le public lettré, «ne peuvent certes pas se comparer à Antioche; mais leurs habitants s'instruisent avec plus de zèle que les vrais Hellènes : sitôt qu'apparaît un manteau de philosophe, ils s'y attachent comme le fer à l'aimant.» Néanmoins jusqu'à cette époque, et surtout au-delà de l'Halys, chez les Trokmi qui furent hellénisés les derniers3, le langage populaire a dû se conserver dans les basses classes. Nous avons déjà dit que, d'après le témoignage du Père de l'Eglise saint Jérôme, qui avait tant voyagé, les Galates d'Asie, à la fin du quatrième siècle, parlaient une langue corrompue sans doute, mais qui ressemblait beaucoup à celle des habitants de Trèves.

Comme soldats, les Galates ne peuvent pas être comparés à leurs frères d'Occident, mais ils étaient beaucoup plus aptes au service militaire que les Asiatiques grecs; la preuve en est que le roi Déjotarus put recruter parmi ses sujets une légion qu'il organisa sur le modèle des légions romaines. Auguste s'en empara en même temps que du royaume, et la fit entrer dans l'armée romaine sous le nom qu'elle avait porté jusqu'alors. En outre, dans le recrutement oriental de l'empire, on choisissait de préférence les Galates comme en Occident les Bataves4.

1. Dans la fameuse liste des dons faits à la commune d'Ancyre, qui date de l'époque de Tibère (Corp. insc. graec., 4039), les communes galates sont appelées le plus souvent sovos, quelquefois trois. Plus tard, la première de ces deux dénominations n'est plus employ&aecute;e; mais lorsqu'on rencontre la suite complète des noms d'Ancyre, par exemple dans une inscription du second siècle (Corp. insc. graec., 4011), on y remarque toujours le nom de la tribu.

2. D'après Pausanias (X, 36, 1), chez les l'adatal unip opuylas, por tn eriyoplo op!! la graine de kermes s'appelle us; et Lucien (Alex., 51), nous raconte les perplexités d'un devin paphlagonien, auquel on avait posé des questions, et qui n'avait pas sous la main de gens connaissant cette langue.

3. Dans l'inscription du temps de Tibère citée p. 116, n. 1, les dépenses sont attribuées rarement à trois peuples, le plus souvent à deux peuples ou à deux villes. Perrot (de Galatia; p. 83) a fait remarquer avec raison que les deux villes nommées presque toujours étaient Ancyre et Pessinonte, et que Tavion des Trokmi reste bien loin derrière elles, pour le chiffre des dépenses. Peut-être n'y avait-il alors dans cette tribu aucune localité, qui pût être considérée comme une ville.

4. De même Cicéron (ad Att., VI, 5, 3) parlant de son armée de Cilicie : exercitum infirmum habebam, auxilia sane bona, sed ea Galatarum, Pisidarum, Lyciorum : haec enim sunt nostra robora.

27 av. J.C.-476

Les îles grecques

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Parmi les établissements helléniques extra-européens, il faut encore compter les deux grandes îles de la Méditerranée orientale, Crète et Chypre et les nombreuses îles de l'archipel échelonnées entre la Grèce et l'Asie Mineure. La Pentapole Cyrénaïque, située en face de la Grèce sur la côte africaine, est si complètement séparée de l'intérieur du pays par les déserts environnants, qu'on peut la comparer, dans une certaine mesure, aux îles grecques. D'ailleurs ces éléments de la masse immense réunie sous le sceptre des empereurs n'apportent aucun caractère nouveau à la conception générale de l'histoire. Les petites îles, qui furent hellénisées plus tôt et plus complètement que le continent, se rattachent mieux par leur nature à la Grèce d'Europe qu'aux colonies d'Asie Mineure; nous avons déjà cité plusieurs fois la métropole hellénique de Rhodes dans le chapitre précédent. A cette époque les îles sont surtout nommées, parce que ce fut une habitude sous l'empire d'y exiler les hommes du plus haut rang. On choisissait, dans les cas les plus graves, des écueils comme Gyaros et Donussa; mais Andros, Kythnos, Amorgos, jadis centres florissants de civilisation grecque, étaient aussi devenus des lieux de relégation, tandis qu'à Lesbos et à Samos de riches Romains et même des membres de la famille impériale venaient souvent de leur plein gré passer plusieurs mois. Sous la domination persane ou dans leur complet isolement, la Crète et Chypre, depuis longtemps hellénisées, avaient rompu toute relation avec la mère patrie. Chypre, dépendance de l'Egypte, et les villes de la Crète, cités autonomes, s'étaient organisées, à l'époque hellénistique et plus tard au temps des Romains, sur le modèle général des constitutions grecques. Dans les villes de la Cyrénaïque prévalut le système des Lagides; nous y trouvons non seulement, comme dans les cités grecques proprement dites, des citoyens helléniques et des métèques, mais encore, à côté de ces deux classes, les «paysans», c'est-à-dire les Africains indigènes, comme à Alexandrie les Egyptiens; et parmi les Métèques, les Juifs forment, encore comme à Alexandrie, une classe nombreuse et privilégiée.

27 av. J.C.-476

Conférations des Hellènes en Asie Mineure

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Le gouvernement romain n'a jamais accordé aux Grecs une représentation générale. L'Amphictionie d'Auguste ne comprenait, comme nous l'avons vu, que les Hellènes de l'Achaïe, de l'Epire et de la Macédoine. Les Panhellènes d'Hadrien, réunis à Athènes, se considéraient comme les représentants de tous les Grecs, mais leur intervention dans les autres provinces grecques se bornait à nommer quelques villes d'Asie pour ainsi dire membres honoraires de l'Hellénisme; ce qui prouve avant tout que les communes grecques situées hors de Grèce ne figuraient pas parmi ces Panhellènes. Lorsqu'on parle de la représentation ou des représentants des Hellènes en Asie Mineure, on a en vue l'assemblée des deux provinces complètement hellénisées, l'Asie et la Bithynie, et le président de cette assemblée, en tant qu'elle se compose des députés des villes appartenant à chacune de ces deux provinces, et dotées toutes de la constitution grecque1; ou bien, dans la province non grecque de Galatie, les représentants des Grecs établis dans le pays, qui siégeaient à côté de l'assemblée des Galates, et étaient désignés sous le nom de chefs des Grecs2.

1. Cf. des décrets des eni tnis 'Ag!«5 "Emanues (Corp. insc.graec., 3487, 3957); un Lycien honoré (Benndorf, Lyk. Reise, I, 122); lettres adressées à des Hellènes en Asie (Corp. insc. graec., 3832, 3833); dans un discours prononcé à l'assemblée de Pergame (Aristide, p. 517); un opfas ToÛ ZO!VO? Tuv v B:Ouyla 'EX/vwv (Perrot, Expl. de la Galatie, p. 32); une lettre de l'empereur Alexandre au même xo:vóv (Dig., XLIX, 1, 25); - enfin Dion, LI, 20.

2. Outre les Galatarques (Marquardt, Staatsverw., I, p. 515), on rencontre dans la Galatie, sous Hadrien même, des Helladarques (Bulletin de corr. hell., VII, p. 18) qui ne peuvent être comparés qu'aux Hellénarques de Tanaïs (p. 84, note 2).

27 av. J.C.-476

Assemblées et les fêtes de la province

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En Asie Mineure Rome n'avait aucune raison de s'opposer énergiquement aux confédérations des villes. A l'époque romaine comme auparavant, neuf villes de la Troade se sont associées pour accomplir des cérémonies et célébrer des fêtes religieuses communes1. Les assemblées des diverses provinces de l'Asie Mineure, qui furent rétablies, là comme dans tout l'empire, par Auguste, sous la forme d'une institution permanente, ne diffèrent pas en elles-mêmes des autres assemblées provinciales. Mais elles ont suivi dans cette région un développement particulier, ou plutôt elles se sont dénaturées. Le but principal de ces réunions annuelles de députés, envoyés par les villes de chaque province2, était de porter à la connaissance du gouverneur ou de l'autorité: impériale les désirs des habitants et d'être les organes de leur province; il s'y joignait l'obligation de célébrer par une fête annuelle le culte de l'empereur régnant et l'empire lui-même. En l'an 725 (29 av. J.-C.) Auguste permit aux assemblées d'Asie et de Bithynie de lui élever un temple et de lui rendre les honneurs divins dans les villes où elles siégeaient, à Pergame et à Nicomédie. Ce nouveau culte s'étendit bientôt à tout l'empire; la confusion des institutions religieuses et des institutions administratives fut un des fondements de l'organisation impériale des provinces. Mais nulle part, à ce sujet, les fêtes, les cérémonies, les rivalités des villes n'ont pris autant de développement que dans la province d'Asie et dans les autres régions de l'Asie Mineure; nulle part on n'a vu autant se produire, à côté et au-dessus de l'ambition municipale, l'ambition provinciale des villes plus encore que des individus; nulle part elle n'a autant dominé la vie publique.

1. Le ouvéôp.oy tuy évvé« öfuwy (Schliemann, Troie, 1884, p. 256) s'appelle ailleurs (ibid., p. 254). Voir dans Droysen (Hellenismus, II, 2, p. 382 et suiv.), un autre document relatif à la même ligue et datant de l'époque d'Antigone. On doit même croire à l'existence d'autres zolva, embrassant un territoire moins étendu qu'une province, comme l'ancienne ligue des treize villes ioniennes, comme celle des Lesbiens (Marquardt, Staalsverw., I, p. 515), comme celle des Phrygiens qui nous est connue par les monnaies d'Apamée. Ces confédérations ont été aussi présidées par des magistrats; dernièrement on a retrouvé les traces d'un Lesbiarque (Marquardt, lot. cit.) et le chef des Hellènes de Mésie portait le titre de Pontarque (p. 73). Il est probable que les confédérations, dont le président s'appelait archonte, étaient plus que des associations religieuses. Les Lesbiens et les cinq villes de Mésie ont eu sans doute une assemblée particulière, que présidaient ces magistrats. Au contraire le 20:VÒV TOu 'Y pyardéou Teolo(Ramsay, Cities and bishoprics of Phrygia, p. 10), situé auprès de plusieurs ozuo!, est une quasi-commune privée du droit de cité.

2. La réunion des assemblées provinciales de l'Asie Mineure est formellement citée par Strabon, lorsqu'il nous parle de la Lykiarchie (XIV, 3, 2, p. 664) et par Aristide (Or., 26, p. 344), quand il nous raconte son élévation à l'un des sacerdoces provinciaux de l'Asie.

27 av. J.C.-476

Les prêtres des provinces et les asiatiques

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Non seulement le grand-prêtre du nouveau temple (apzlepkís), nommé pour un an, est le premier dignitaire de la province, mais encore, dans tout le pays, l'année est désignée par son nom1. Les fêtes et les jeux, organisés sur le modèle des cérémonies d'Olympie, qui se répandaient de plus en plus, comme nous l'avons vu, chez tous les Hellènes, furent rattachés en Asie Mineure aux fêtes et aux jeux du culte provincial de l'empereur. La direction en était confiée au président de l'assemblée provinciale, en Asie à l'Asiarque, en Bithynie au Bithyniarque, etc.; c'était lui qui en supportait presque tous les frais, quoiqu'une partie de ces dépenses, comme toutes celles que nécessitait ce culte divin aussi brillant qu'officiel, fût couverte par des dons et des contributions volontaires ou répartie entre les différentes villes. Aussi les gens riches seuls pouvaient-ils aspirer à cette dignité; la ville de Tralles était considérée comme très prospère parce qu'elle put toujours fournir des Asiarques le titre survivait à la charge; à Ephèse on jugea la valeur de l'apôtre Paul par les relations qu'il avait avec plusieurs Asiarques originaires du pays. Malgré les frais qu'elle entraînait, cette magistrature honorifique n'en était pas moins très briguée, plus encore à cause de son éclat extérieur que pour les avantages qu'elle procurait, comme, par exemple, l'affranchissement de la tutelle; pour un Asiatique, entrer en triomphe dans la ville, revêtu d'une robe de pourpre, la couronne sur la tête, escorté par une procession d'enfants qui balancent l'encensoir, était un idéal aussi beau que pour un Hellène celui d'obtenir à Olympie le rameau d'olivier. Maintes fois tel ou tel Asiatique se vante non seulement d'avoir été Asiarque lui-même, mais encore d'être issu d'Asiarques.

Au début ce culte n'était célébré que dans les capitales des provinces; mais l'ambition municipale qui prit, surtout en Asie, des proportions extraordinaires, dépassa bientôt cette limite. Dès l'année 23 la province d'Asie décréta qu'un second temple serait construit en l'honneur de l'empereur régnant, Tibère, de sa mère et du sénat; après une longue lutte entre les villes, le sénat décida qu'il serait élevé à Smyrne. Les autres grandes cités suivirent plus tard cet exemple2. Jusqu'alors la province n'avait eu qu'un temple, qu'un président et qu'un grand-prêtre; désormais il dut y avoir autant de grands-prêtres que de temples provinciaux; et comme la direction des fêtes religieuses et l'organisation des jeux incombaient non pas au grand-prêtre, mais au président de l'assemblée; comme d'ailleurs les grandes villes rivalisaient surtout pour les fêtes et les jeux, il fallut donner à tous les grands prêtres le titre et les droits de président d'assemblée; si bien qu'en Asie, au moins, l'Asiarchie et le sacerdoce des temples provinciaux furent réunis dans les mêmes mains3. Il en résulta que l'assemblée et les affaires administratives, qui avaient été l'origine de cette institution, furent reléguées au second plan; l'Asiarque ne fut bientôt plus que l'organisateur des fêtes populaires rattachées à la religion des empereurs passés et présents; sa femme, qui portait le même titre que lui, put prendre part à cette cérémonie, et elle s'en occupa très activement.

1. Exemples, pour l'Asie : Corp. insc. graec., 3487; pour la Lycie: Benndorf, Lyk. Reise, I, p. 71. Mais la confédération lycienne donne aux années le nom du Lykiarque et non de l'Archiereus.

2. Tacite, Ann., IV, 25, 55. La ville, qui possède un temple dédié par l'assemblée de la province (le xo:vóv trs 'A5!45, etc.) porte le titre honorifique de "gardienne du temple" (de l'empereur) (vewrópos); et si l'une de ces villes peut montrer plusieurs temples de ce genre, elle ajoute à son titre le nombre des temples. Cette institution nous fait voir clairement que le culte impérial a atteint en Asie Mineure son plein développement. En fait le néocorat est général; il peut être appliqué à toute divinité et à toute ville; considéré comme un titre, comme un surnom honorifique de cité, on ne le rencontre, à quelques exceptions près, qu'en Asie Mineure; - seules quelques villes grecques des provinces voisines, Tripoli en Syrie, Thessalonique en Macédoine, ont joui de ce privilège.

3. On ne peut guère mettre en doute que le président de l'assemblée et le grand-prêtre provincial de l'empereur ne fussent primitivement deux personnages distincts; pourtant non seulement, en Asie Mineure, le premier de ces deux fonctionnaires perd complètement son caractère de magistrat, qui survit dans la Hellade, où est née l'organisation des souvá, mais encore il semble qu'en fait l'Asiápyns et l'doy tepeüs tais 'Aslas se soient confondus là où le zo:vóv avait plusieurs centres religieux. Le président du zolvóv en Asie Mineure ne porte jamais le titre de otpatnyós, qui accentuerait nettement le caractère civil de sa fonction; de même on rencontre rarement özgas To? ZO!Vo? (p. 120, note 1) ou to? cOvous (Corp. insc. graec., 4380, k", p. 1168); les mots composés 'A5!67ns, Auziápzas, analogues au 'EXckeyns d'Achaïe, sont, déjà au temps de Strabon, les termes usités. Dans les provinces moins importantes comme la Galatie et la Lycie, l'Archonte et l'Archiereus de la province sont restés certainement distincts. Mais en Asie, les inscriptions prouvent l'existence d'Asiarques pour Ephèse et Smyrne (Marquardt, Staatsverw., I, p. 514), quoiqu'il ne put y avoir, d'après la nature même de cette institution, qu'un seul Asiarque dans toute la province. L'agonothésie (présidence des jeux) de l'Archiereus est aussi assurée (Galien à Hippocrate, De part., XVIII, 2, p. 507, ed. Kühn), quoique ce fit une attribution spéciale de l'Asiarque. Selon toute apparence ce sont les rivalités des villes qui ont provoqué ces modifications; lorsqu'il y eut, dans différentes cités, plusieurs temples dédiés à l'empereur par la province, l'agonothésie fut enlevée au président effectif de l'assemblée, et fut donnée ainsi que le titre d'Asiarque au grand-prêtre de chaque temple. Sur les monnaies des treize villes ioniennes (Mionnet, III, p. 61, 1) on trouve ?, et dans des inscriptions d'Ephèse, le même personnage T. Julius Reginus peut être appelé tantôt 'Accápx.ns B' væuv Tây év 'Epéow (Wood, Inscr. from the great theatre, 18) tantôt 'Apx lecsús B' vacy tuv év 'Epeow (ibid., 8 et 14; de même, 9). C'est seulement de cette manière que l'on peut comprendre les institutions du quatrième siècle. A cette époque on rencontre dans chaque province un grand-prêtre qui porte en Asie le titre d'Asiarque, en Syrie, celui de Syriarque et ainsi de suite. C'est dans la province d'Asie que l'Archonte et l'Archiereus se confondirent d'abord, mais rien ne fut plus facile désormais que de réunir partout ces deux magistratures, surtout lorsque les provinces devinrent peu importantes.

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Surveillance exercée sur le culte des prêtres

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Dans chaque province le grand-prêtre du culte impérial acquit aussi une puissance matérielle, grâce à la surveillance religieuse qu'il devait exercer; cette puissance fut d'autant plus grande en Asie Mineure que le grand-prêtre y était plus considéré. Lorsque l'assemblée provinciale eut décrété le culte de l'empereur, et lorsque le gouvernement eut approuvé cette décision, les assemblées municipales suivirent naturellement cet exemple; dès l'époque d'Auguste toutes les localités importantes de la province d'Asie avaient leur Caesareum et leur fête de l'empereur1. Le droit et le devoir du grand-prêtre étaient de surveiller dans son ressort l'exécution de ces décrets tant provinciaux que municipaux et l'exercice du culte. Ce qui prouve quelle importance avaient ces questions religieuses, c'est que, sous Tibère, la ville libre de Cyzique, en Asie, fut privée de son autonomie, entre autres choses parce qu'elle avait négligé de construire le temple dédié par la province au dieu Auguste, sans doute pour affirmer son indépendance en face de l'assemblée provinciale. Cette surveillance supérieure, limitée d'abord au culte impérial, s'étendit probablement à toutes les affaires de religion2. Plus tard, lorsque l'ancienne et la nouvelle religion commencèrent à se disputer la prépondérance dans l'empire, ce fut surtout sous l'influence des grands-prêtres de province que leur rivalité devint un conflit. Ces prêtres, choisis par l'assemblée provinciale parmi les principaux habitants du pays, étaient appelés et disposés, beaucoup plus que les fonctionnaires impériaux, par leurs traditions et par les devoirs de leur charge, à constater l'abandon dans lequel on laissait la religion officielle; lorsque les remontrances ne suffisaient pas, comme ils n'avaient pas par eux-mêmes le droit de punir, ils avaient à dénoncer aux autorités locales ou impériales les actes qui tombaient sous le coup du droit civil, à recourir au bras séculier, et surtout à faire valoir contre les chrétiens les prétentions du culte impérial. Dans les derniers temps de l'empire, les souverains attachés au paganisme prescrivaient expressément à ces grands-prêtres de châtier par eux-mêmes, et par l'intermédiaire des prêtres des villes qui leur étaient subordonnés, toutes les contraventions à la religion établie; ils leur donnaient le même rôle que les empereurs chrétiens ont donné aux métropolitains et aux évêques des villes3. Sans doute ce ne sont pas les païens qui ont copie dans cette province les institutions chrétiennes : c'est, au contraire, l'église chrétienne victorieuse qui a emprunté sa hiérarchie au culte rival. Tout cela se retrouve dans tout l'empire, nous l'avons déjà dit, mais l'Asie Mineure a éprouvé plus qu'un autre pays les conséquences pratiques de l'organisation régulière donnée dans les provinces au culte de l'empereur, la surveillance religieuse et la persécution des croyances étrangères.

1. Dion de Pruse (Or., 35, p. 66 R.) appelle les Asiarques et les Archontes du même genre ? lepéwy (il signale nettement leur agonothésie, et c'est à eux qu'il faut rapporter ces mots corrompus ?, au lieu desquels il faut écrire ? öns). Leur titre de prêtres de la province n'est presque jamais accompagné de celui de prêtres de l'empereur qui y était lié s'ils devaient jouer dans leur ressort le même rôle que le Pontifex Maximus à Rome; cette absence est tout à fait justifiée.

2. C'est dans ce but que Maximin donna un soutien militaire au grand-prêtre de chaque province (Eusèbe, Hist. eccles., VIII, 14, 9); et la célèbre lettre de Julien au Galatarque de son temps (Ep., 49, cf. 63) nous donne une idée très nette des devoirs de ce fonctionnaire. Il doit surveiller dans sa province tout ce qui est relatif à la religion, conserver son indépendance en face du gouverneur, ne pas faire antichambre à sa porte, lui défendre d'entrer dans le temple avec une escorte militaire, le recevoir non pas devant le temple mais dans l'intérieur, où il est le maître et où le gouverneur n'est plus qu'un simple particulier; des 30,000 boisseaux de blé et des 60,000 setiers de vin que le gouvernement donne en subvention à la province, la cinquième partie doit être réservée aux pauvres qui forment la clientèle des prêtres païens, et le reste consacré à des oeuvres charitables; dans chaque ville de la province il faut rétablir, quand on le pourra, avec l'aide des particuliers, des hospices (Gevoôoycia), non seulement pour les païens, mais pour tout le monde, et ne pas laisser plus longtemps aux chrétiens le monopole des bonnes oeuvres. Le Galatarque doit, par son exemple et par ses discours, exhorter tous les prêtres de la province à mener une vie pieuse, à fuir les théâtres et les cabarets, et surtout à fréquenter assidûment les temples avec leurs familles et leur suite; s'ils ne peuvent se corriger, les destituer. C'est là une lettre pastorale des meilleures; il n'y a que l'adresse de changée et des citations d'Homère au lieu du texte de la Bible. Ces recommandations témoignent de la décadence du paganisme; elles n'avaient jamais été données si express&ecute;ment dans les premiers temps de l'empire; mais la base de cette organisation, la surveillance générale que le grand-prêtre doit exercer sur les affaires religieuses de sa province, n'est pas une institution nouvelle.

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Etat religieux

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A côté du culte de l'empereur, la religion proprement dite jouit en Asie Mineure d'une situation des plus propices; tous ses excès y trouvèrent un refuge. Les désordres auxquels donnaient lieu le droit d'asile et les cures merveilleuses y avaient libre carrière. Sous Tibère, le droit d'asile fut limité par le sénat romain; le dieu sauveur Esculape ne fit nulle part plus de miracles extraordinaires que dans sa ville chérie de Pergame, où on l'honorait sous le nom de Zeus Asklepios, et qui lui dut en partie sa prospérité sous l'empire. Les thaumaturges les plus puissants de l'époque impériale, le Cappadocien Apollonius de Tyane, qui fut plus tard canonisé, le Paphlagonien Alexandre d'Abonouteichos, l'homme au serpent, étaient tous deux originaires d'Asie Mineure. Si la défense générale de former des associations fut plus strictement appliquée dans ce pays, comme nous le verrons, la cause doit en être cherchée dans l'état religieux de la province qui faisait sentir plus particulièrement le danger de pareilles réunions.

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La sécurité publique

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La sécurité publique dépendait principalement du pays lui-même. Au début de l'empire, il n'y avait dans toute l'Asie Mineure, abstraction faite du commandement de Syrie qui comprenait la Cilicie orientale, qu'un détachement de cinq mille auxiliaires, cantonnés dans la province de Galatie1, avec une flotte de quarante navires; ce commandement militaire était destiné en partie à maintenir dans l'obéissance les Pisidiens remuants, en partie à défendre la frontière impériale du Nord-Est et à surveiller la côte de la mer Noire jusqu'à la Crimée. Vespasien augmenta l'effectif d'occupation : il en fit un corps d'armée de deux légions, qu'il posta dans la province de Cappadoce, sur l'Euphrate supérieur. En dehors de ces troupes chargées de protéger la frontière, on ne rencontre en Asie Mineure aucune garnison importante; par exemple, dans la province impériale de Lycie et de Pamphylie, il n'y avait qu'une cohorte de cinq cents hommes; dans les provinces sénatoriales se trouvaient seulement quelques soldats tirés de la garde impériale ou des provinces impériales voisines et détachés pour des missions spéciales2. En un sens, cet état de choses prouve formellement que la paix régnait à l'intérieur de ces provinces et nous montre quelle différence énorme il y avait entre les cités de l'Asie Mineure et les grandes villes sans cesse troublées de la Syrie et de l'Egypte; mais, d'autre part, il nous explique pourquoi le brigandage a persisté, comme nous l'avons déjà montré ailleurs, au milieu de ce pays montagneux et presque désert à l'intérieur, principalement sur les frontières de la Mysie et de la Bithynie et dans les hautes vallées de la Pisidie et de l'Isaurie. Il n'y avait pas à proprement parler de milices municipales en Asie Mineure. Malgré la prospérité des gymnases où s'exerçaient les enfants, les jeunes gens et les hommes faits, les Hellènes d'Asie étaient aussi peu militaires, à cette époque, que ceux d'Europe3.

1. D'après Josèphe (Bell. Jud., II, 16, 4), cette troupe ne peut avoir été placée qu'en Galatie, entre les deux provinces d'Asie et de Cappadoce, où ne se trouvait aucune garnison. Comme il est naturel, elle fournissait aussi les détachements qui campaient dans les territoires soumis du Caucase, et à cette époque, sous Néron, ceux qui occupaient le Bosphore; il est vrai que cette région recevait aussi des soldats de Mésie (p. 88).

2. Un prétorien stationarius Ephesi (Eph. epigr., IV, 70); un soldat in statione Nicomedensi (Pline, ad Trajan., 74); un centurion légionnaire à Byzance (id., ibid., 77, 78).

3. Dans l'organisation municipale de l'Asie Mineure tout existait, sauf l'armée. Le otpatnyos éri tõy o lwy de Smyrne n'est plus qu'un souvenir, comme le culte d'Hercule ótaopúlaç (Corp. insc. graec., 3162).

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Irénarques

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On se contentait, pour garantir la sécurité publique, de créer des irénarques municipaux, des gardiens de la paix, auxquels on donnait un certain nombre de gendarmes, en partie montés, troupe salariée de modeste apparence, mais qui a dû être utile, puisque l'empereur Marc-Aurèle, lorsqu'il y eut pénurie de soldats dans la guerre des Marcomans, ne dédaigna pas d'enrôler dans les troupes impériales ces soldats municipaux de l'Asie Mineure1.

1. L'irénarque de Smyrne envoie ses gendarmes pour s'emparer de Polycarpe :? (Acta mart., ed. Ruinart, p. 39). Nous savons d'ailleurs qu'ils n'avaient pas le véritable équipement militaire (Ammien, XXVII, 9, 6: adhibilis semiermibus quibusdam contre les Isauriens quos diogmitas appellant). C'est le biographe de Marc-Aurèle qui nous signale leur présence dans la guerre des Marcomans, ch. 26: armavit et diogmilas; nous le savons aussi par une inscription d'Aezani en Phrygie (Corp. insc. graec., 3031 a 8 = Lebas-Waddington, 992): ?.

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Administration de la justice

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Même à cette époque, la justice n'était encore rendue, aussi bien qu'on pouvait le désirer, ni par les autorités municipales ni par les gouverneurs; cependant l'établissement de l'empire fut le signal d'un progrès dans cette voie. Sous la République, l'intervention du pouvoir central se bornait à l'exercice d'un contrôle avec droit de punitions sur les fonctionnaires; dans les derniers temps ce contrôle était devenu faible et partial, ou même ne s'exerçait plus du tout. Non seulement les empereurs tinrent à Rome les rênes plus serrées, cette dictature militaire était forcée de surveiller très sévèrement tous les magistrats, - et le Sénat impérial lui-même dut contrôler plus sérieusement la conduite publique de ses mandataires, mais on put aussi ou bien, grâce à l'institution nouvelle de l'appel, réparer les fautes des tribunaux de province, ou bien, lorsque l'on était certain de la partialité du jugement, évoquer le procès à Rome devant le tribunal de l'empereur1. Ces deux procédés furent très avantageux, même pour les provinces sénatoriales, et, selon toute apparence, on les considéra comme un grand bienfait.

1. A Cnide, en l'an de Rome 741/2 = 13/12 av. J.-C., quelques citoyens, notables comme il semble, avaient attaqué durant trois nuits la maison d'un de leurs ennemis personnels (Bull. de corr. hellen., VII, p. 62); en se défendant, un esclave de la maison assiégée tua l'un des assaillants, sur lequel il avait jeté un vase du haut d'une fenêtre. Les propriétaires de la maison furent accusés de meurtre; ayant contre eux l'opinion publique, ils redoutèrent l'arrêt du tribunal de Cnide et obtinrent d'être jugés par l'empereur Auguste. Celui-ci fit faire une enquête par un commissaire; il acquitta les accusés et signifia sa sentence aux juges de Cnide; il leur reprocha en même temps de s'être montrés partiaux dans la circonstance, et leur ordonna de se conformer à son arrêt. Cnide était une ville libre; en agissant ainsi, Auguste empiétait sur les droits souverains de la cité. Il en fut de même à Athènes, lorsqu'on y introduisit sous Hadrien l'appel à l'empereur et même au proconsul (p. 15, note 2). Mais si l'on considère quel était à cette époque l'état de la justice dans une ville grecque, on ne peut douter que si des empiétements de ce genre ont peut-être provoqué quelques sentences injustes, ils en ont empêché un plus grand nombre encore.

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L'organisation municipale en Asie Mineure

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Logistae. Gerousia. Neoi. - En Asie Mineure, comme dans la Grèce d'Europe, la province romaine ne fut qu'une réunion de municipalités. Les anciennes formes de la constitution démocratique y furent en général conservées ainsi que dans la Hellade: par exemple les magistrats étaient toujours élus par des assemblées de citoyens; mais partout l'influence prépondérante appartenait aux riches: les caprices de la foule pas plus que les ambitions politiques sérieuses ne pouvaient se développer librement. Parmi les restrictions qui furent apportées à l'autonomie municipale, il est un fait qui caractérise les cités d'Asie Mineure : l'irénarque, dont nous avons parlé plus haut, le chef de la police municipale était choisi, au second degré, par le gouverneur sur une liste de dix personnes qui lui était présentée par le conseil de chaque cité. L'autorité centrale intervenait aussi dans l'administration financière des villes : l'empereur nommait un curateur étranger à la cité (curator rei publicae, 2cylsths), dont les autorités locales devaient obtenir le consentement pour toutes les affaires importantes qui concernaient le maniement des deniers municipaux. Ce n'était pas là une organisation générale, mais une disposition temporaire appliquée à telle ou telle ville suivant les nécessités; mais cette institution fut introduite en Asie de très bonne heure, c'est-à-dire dès le commencement du second siècle et appliquée dans de grandes proportions, à cause du développement considérable des villes dans la province. Au troisième siècle au moins, dans cette partie de l'empire comme dans toutes les autres, les décisions importantes de l'administration municipale durent être soumises &agarve; la confirmation du gouverneur.

Le gouvernement romain n'a établi dans aucune province et dans les pays helléniques moins que partout ailleurs une constitution municipale uniforme. A cet égard, une grande variété régnait dans l'Asie Mineure; il arrivait même que plus d'une cité suivait en cela ses volontés, bien que le décret qui organisait une province prescrivît des règles générales communes à toutes les villes de cette province.

Les institutions qui étaient répandues dans toute l'Asie Mineure et qui peuvent être considérées comme particulières à cette contrée, n'ont aucun caractère politique; elles ne sont importantes qu'au point de vue social. Telles furent les associations, nombreuses dans le pays, soit des plus vieux, soit des plus jeunes citoyens, la Gerousia et les Neoi, sociétés de distraction pour les hommes de ces deux âges, avec des gymnases et des fêtes appropriées1.

A l'origine il y avait en Asie Mineure beaucoup moins de cités autonomes que dans la Grèce proprement dite; les villes les plus importantes de ce pays n'ont jamais joui de cet avantage douteux, ou en ont été privées de bonne heure, comme Cyzique sous Tibère et Samos sous Vespasien. L'Asie Mineure était depuis longtemps une terre soumise; elle s'était habituée à l'organisation monarchique sous les maîtres perses comme sous les maîtres helléniques; de vains souvenirs, de vagues espérances n'emportaient pas les habitants de cette région, comme les Grecs d'Europe, au-delà de l'horizon étroit de la vie municipale, et rien de tel ne venait troubler le paisible bonheur dont ils pouvaient jouir dans la situation qui leur était faite.

1. La Gerousia souvent citée dans les inscriptions d'Asie Mineure n'a rien de commun avec l'institution politique du même nom, fondée à Ephèse par Lysimaque (Strabon, XIV, 1, 21, p. 640; Wood, Ephesus, inscr. from the temple of Diana, 19). Le caractère qu'elle eut sous les Romains est indiqué et par Vitruve (II, 8, 10): Croesi (domum) Surdiani civibus ad requiescendum aetatis otio seniorum collegio gerusiam dedicaverunt, et par l'inscription trouvée dernièrement dans la ville lycienne de Sidyma ( Benndorf, Lyk. Reise, I, p. 71); d'après cette inscription, le conseil et le peuple décident, comme la loi le réclame, de fonder une gerousia et d'y faire entrer cinquante conseillers et cinquante autres citoyens, qui doivent désigner ensuite le gymnasiarque de la nouvelle gerousia. Ce gymnasiarque, que l'on rencontre ailleurs, ainsi que l'Hymnode de la gerousia (Menadier, Qua condic. Ephesii usi sint, p. 51) sont, parmi les fonctionnaires connus de cette corporation, les seuls dont la situation soit bien caractérisée. Les collèges des Neoi, qui ont aussi leur gymnasiarque spécial, sont de même nature, mais beaucoup moins considérés. Les gymnasiarques des Ephèbes sont distincts des deux surveillants des gymnases où s'exercent les hommes faits (Menadier, p. 91). Les fêtes et les banquets communs, auxquels l'Hynode assistait, ne manquaient naturellement pas à 'la gerousia. Ce n'est pas une société de charité; ce n'est pas non plus un collège réservé il l'aristocratie municipale. Il nous montre ce qu'était la vie bourgeoise des Grecs, pour qui le gymnase était ce qu'est le cercle dans nos petites villes.

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L'administration municipale

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Il lui restait sa patrie, où c'était d'ailleurs son devoir et son honneur de travailler au bien public. Mais le devoir était modeste et les honneurs plus modestes encore. «Votre tâche, dit Dion à ses Rhodiens, n'est plus la même que celle de vos ancêtres. Ils pouvaient exercer leur activité de tous les côtés à la fois, aspirer à la domination, secourir les opprimés, acquérir des alliés, fonder des villes, combattre et triompher; de tout cela vous ne pouvez plus rien faire. Ce qui vous reste à vous, c'est de bien gérer vos maisons, d'administrer votre ville, de distribuer les honneurs et les distinctions avec choix et mesure, de siéger au conseil et dans le tribunal, c'est le culte des dieux, ce sont les cérémonies des jours de fête; par là vous pouvez vous élever au-dessus des autres cités. Il ne faut pas pourtant non plus oublier de signaler la bienséance de votre attitude, le soin que vous prenez de vos cheveux et de votre barbe, la gravité de votre démarche dans la rue, qui fait que les étrangers accoutumés à courir perdent, chez vous, cette habitude, votre costume de bon ton, et, si risible qu'elle paraisse, votre bande de pourpre étroite et effilée, votre calme au théâtre et la mesure que vous apportez dans vos applaudissements; tout cela fait l'honneur de votre ville; là, plus que dans vos ports, vos murs et vos docks, se retrouvent les bonnes manières de l'ancienne Grèce. Par là, le barbare qui ne connaît pas le nom de votre cité s'aperçoit néanmoins qu'il est en Grèce, et non en Syrie ou en Cilicie.»

Ces affirmations sont justes; mais si l'on ne demandait plus aux citoyens de mourir pour leur patrie, ils pouvaient bien se demander eux-mêmes s'il valait la peine de vivre pour elle. Plutarque nous décrit la situation des magistrats municipaux de la Grèce à son époque, et il la juge avec l'équité et la modération qui lui sont propres. Il était tout aussi difficile qu'autrefois de bien administrer les affaires publiques avec des majorités de citoyens mobiles, capricieux, plus occupés de leurs profits particuliers que de l'intérêt général, ou bien avec les membres très nombreux des assemblées délibérantes; le Conseil d'Athènes comprit sous l'empire d'abord 600, puis 500 et plus tard 750 membres. Le devoir du bon magistrat, c'est d'empêcher «le peuple» de faire tort à l'individu, d'attirer illégalement à lui les fortunes privées, et de se partager les richesses publiques; devoir difficile à remplir, car le magistrat ne peut employer que les exhortations raisonnables ou les artifices du démagogue; il ne faudra pas non plus qu'il se montre trop ferme dans les petits détails et, si les citoyens demandent, à l'occasion d'une fête municipale, une modique distribution de blé, il ne voudra pas se brouiller avec ses administrés pour une pareille vétille.

Au reste la situation avait complètement changé; désormais le magistrat devait apprendre à s'y conformer. Il lui incombe avant tout d'avoir toujours devant les yeux et de mettre sans cesse devant ceux de ses concitoyens l'impuissance des Hellènes. La liberté de la ville s'étend aussi loin que les maîtres le permettent; et ce serait un mal de désirer l'accroître. Lorsque Péricles revêtait le costume officiel, il avait soin de se rappeler qu'il commandait à des hommes libres et à des Grecs; aujourd'hui le magistrat doit se dire qu'il ne commande que sous les ordres d'un maître, à une ville soumise à des proconsuls et à des procurateurs impériaux; qu'il ne peut pas, qu'il ne doit pas être autre chose que l'organe du gouvernement; et qu'un trait de plume du gouverneur suffit pour annuler chacun de ses décrets. Aussi le premier devoir d'un bon magistrat est-il de vivre en parfaite intelligence avec les Romains, et de se créer, s'il le peut, des relations influentes à Rome, pour le plus grand avantage de son pays. Sans doute l'homme intègre recule énergiquement devant la servilité; il est nécessaire que le magistrat résiste courageusement à un mauvais gouverneur, et la plus grave décision que puisse prendre une ville, c'est de porter un conflit de cette nature à Rome devant l'empereur. Mais Plutarque, et ceci est caractéristique, blâme fortement les Grecs, qui font intervenir, comme au temps de la ligue achéenne, le gouvernement romain dans la moindre querelle locale; il leur conseille de régler les affaires municipales au sein même de la ville, et de ne pas se livrer, par un appel imprudent, non pas tant à l'autorité supérieure qu'aux agents d'affaires et aux avocats qui la représentent.

Tout cela est sensé et patriotique, aussi sensé et aussi patriotique que l'avait été jadis la politique de Polybe, dont Plutarque parle à dessein. A cette époque, où le monde jouissait d'une paix complète, où il n'y avait plus de guerres ni contre les Grecs, ni contre les barbares, où le gouvernement des villes, les traités de paix et les alliances des cités sont devenus des événements historiques, on aurait dû abandonner aux maîtres d'école les souvenirs de Marathon et de Platées, au lieu d'exciter par de grands mots de cette nature les membres de l'Ecclesia; la meilleure attitude était de se renfermer dans le cercle étroit des libertés qu'on accordait encore. Mais c'est la passion, et non la raison, qui gouverne le monde. Le citoyen hellénique pouvait encore faire son devoir envers sa patrie; mais pour l'ambition purement politique qui aspire aux grandes choses, pour les hautes visées d'un Périclés et d'un Alcibiade, il n'y avait plus de place en Grèce, excepté peut-être dans le cabinet de travail d'un homme de lettres. Au lieu de ces nobles sentiments pullulaient ces passions vénimeuses qui empoisonnent la poitrine et corrompent le coeur de l'homme, lorsque les grandes aspirations lui sont interdites.

27 av. J.C.-476

Les jeux

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Aussi la Grèce fut-elle le foyer de ces ambitions sans but et avortées, le plus général et certainement l'un des plus pernicieux parmi les nombreux fléaux qui ont sévi sur l'antique civilisation en décadence. Au premier rang doivent se placer, à ce sujet, les fêtes populaires et les assauts de magnificence auxquelles elles donnaient lieu. Les combats d'Olympie plurent à la nation encore jeune des Hellenes; dans cette fête de gymnastique, à laquelle prenaient part toutes les tribus et toutes les villes grecques, la couronne tressée de branches d'olivier, qui était décernée au meilleur coureur d'après la sentence «du juge de la Grèce », exprimait naïvement et simplement l'homogénéité d'un peuple nouveau. Mais on n'en resta pas à cette aurore, quand le pays eut reçu un développement politique. Déjà, à l'époque de la confédération maritime d'Athènes et assurément sous la monarchie d'Alexandre, cette fête hellénique était un anachronisme, un jeu d'enfant conservé pendant l'âge mûr; le possesseur de la couronne d'olivier ne passait pas plus, à ses propres yeux et aux yeux de ses concitoyens, pour le premier de tous les Grecs, que de nos jours, en Angleterre, on ne songe à mettre les vainqueurs des régates d'étudiants sur la même ligne que Pitt et Beaconsfield. Cet empire imaginaire de la couronne d'olivier exprime bien l'unité idéale et la dislocation réelle du peuple grecque, lorsqu'elle se fut répandue par la colonisation et l'hellénisation. La politique toute pratique, que l'on suivit sous les Diadoques, s'occupa fort peu, comme il était naturel, des jeux olympiques. Mais lorsque l'empire s'appropria l'idée panhellénique, lorsque les Romains s'arrogèrent les droits et s'imposèrent les devoirs des Grecs, Olympie resta ou devint le vrai symbole du panhellénisme romain: sous Auguste, pour la première fois, un Romain est vainqueur à Olympie, et ce n'est rien moins que le beau-fils d'Auguste, le futur empereur Tibère1. L'alliance impure que l'hellénisme tout entier avait contractée avec le démon du jeu fit de ces fêtes une institution puissante et durable, mais pernicieuse en général et surtout pour la Grèce. Le monde hellénique et hellénisant tout entier y prenait part, en les célébrant et en les imitant; partout sortaient de terre dans les contrées helléniques des fêtes semblables; l'enthousiasme des masses, l'intérêt que tous portaient à chaque combattant, l'orgueil du vainqueur et surtout de ses amis et de sa patrie faisaient presque oublier pourquoi l'on avait lutté. Le gouvernement romain non seulement accorda toute liberté aux combats de gymnastique et aux autres jeux, mais encore participa lui-même à ces fêtes; le droit que le vainqueur avait d'être solennellement reçu dans sa patrie ne dépendit plus sous l'empire du bon plaisir de la ville intéressée; il fut donné par privilège impérial aux différents centres de jeux2; dans ce cas la pension annuelle (clonces) servie au vainqueur fut prélevée sur le trésor impérial, et les jeux les plus importants furent considérés comme des institutions d'empire.

Cet amour des jeux s'étendait à toutes les provinces de l'empire, mais la Grèce proprement dite était toujours le centre idéal de ces combats et de ces victoires: c'est là qu'était leur patrie, sur les bords de l'Alphée; c'est là que se célébraient les plus anciens jeux, organisés sur le modèle des fêtes d'Olympie, les Pythiques, les Isthmiques, les Néméens, dont la fondation remonte à la grande époque de la Grèce, et qui furent chantés par ses poètes classiques; c'est là encore que se donnaient d'autres fêtes de création plus récente, mais aussi splendides, les Euryclées, fondées sous Auguste par le chef spartiate dont nous avons parlé plus haut, les Panathénées athéniennes, les Panhellénies également athéniennes et dotées par Hadrien avec une munificence impériale. On pouvait trouver bizarre que tous les habitants du vaste empire romain parussent se presser à ces fêtes de gymnastique; mais il était assez naturel de voir les Hellènes boire à cette coupe magique étrange, plus qu'à toute autre, et animer par ces distractions malsaines, par ces distributions de couronnes, de statues, de privilèges aux vainqueurs de ces fêtes, le calme plat politique que les meilleurs d'entre eux leur recommandaient.

1. Le premier Romain vainqueur à Olympie que nous connaissions est Ti. Claudius, Ti. filius, Nero, sans aucun doute le futur empereur, qui remporta le prix de la course en quadriges (Arch. Zeitung, 1880, p. 53); cette victoire tombe probablement dans l'Olympiade 195 (1 ap. J.-C.), et non dans l'Olympiade 199 (17 ap. J.-C.), comme le porte le texte de l'Africain (Eusèbe, I, p. 214, edit. Schone). A cette dernière date le vainqueur fut plutôt son fils Germanicus, également pour la course en quadriges (Arch. Zeitung, 1879, p. 36). Parmi les vainqueurs du stade, qui étaient les vainqueurs éponymes d'Olympie, ne se trouve aucun Romain; il semble qu'on ait voulu éviter ainsi de blesser le patriotisme grec.

2. Un centre de jeux ainsi privilégié s'appelle dywy lapos, certamen sacrum (c.-a-d. pensionné, Dion, II, 1), ou apeby sidedaotixós, certamen iselasticum (cf. par exemple Pline, Ep. ad Traj., 118, 119; Corp. insc. lat., X, 515). La Xystarchie était aussi accordée par l'empereur, au moins dans certains (Dittenberger, Hermes, XII, p. 17 et suiv.). Ce n'est pas à tort que ces jeux s'appellent jeux universels.

27 av. J.C.-476

L'ambition municipale

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La marche des institutions municipales fut la même dans tout l'empire, mais surtout en Grèce. Tant qu'il resta place à de hautes visées pour l'ambition, ce fut autour des fonctions et des dignités municipales que se livrèrent, dans la Hellade, comme à Rome, les combats politiques, dont l'issue, quelquefois vaine, ridicule et nuisible, avait souvent été des plus heureuses et des plus nobles. Sous l'empire le fruit avait disparu, l'écorce seule restait; à Panope, en Phocide, les maisons étaient sans toit, les habitants logeaient dans des huttes, mais c'était encore une cité, un Etat, et les Panopéens avaient leur place dans le cortège des villes phocidiennes. Dignités et sacerdoces, décrets élogieux proclamés par la voix du héraut, places d'honneur aux assemblées publiques, vêtements de pourpre et diadème, statues à pied et à cheval, tout cela était pour ces villes affaire de vanité et d'argent, dont elles trafiquaient plus honteusement que le moindre principicule des temps modernes, qui vend ses décorations et ses titres. Assurément à cette époque de véritables services ont été rendus, des récompenses méritées ont été décernées; mais, le plus souvent, c'était un marché de la main à la main, ou plutôt, suivant le mot de Plutarque, un traité entre une courtisane et ses pratiques. De nos jours la richesse privée, qui sait être libérale, est d'abord décorée, puis anoblie; de même autrefois on lui donnait la pourpre sacerdotale et on lui élevait des statues sur la place publique. Mais ce n'est pas impunément qu'un Etat bat fausse monnaie avec ses dignités. En pareille matière le monde moderne est resté bien en arrière de l'antiquité; il n'a adopté ni l'insolence de ses procédés, ni le cynisme de leurs formes; c'est tout naturel: l'autonomie de ces cités n'était pas suffisamment réprimée par la notion de l'Etat et s'exerçait sans obstacle sur ce terrain, et les autorités législatives étaient, le plus souvent, la bourgeoisie ou les assemblées des petites villes. Les conséquences de ces abus furent doublement funestes; les fonctions municipales furent données plutôt à qui pouvait les payer qu'à des citoyens compétents; les banquets et les distributions ruinaient presque toujours les donataires, sans enrichir ceux qui recevaient. Cette coutume pernicieuse a puissamment contribué à faire haïr le travail et à dissiper la fortune des grandes familles.

L'administration des villes eut aussi beaucoup à souffrir de l'adulation croissante. Sans doute, les honneurs que la cité reconnaissante accordait à l'un de ses bienfaiteurs étaient le plus souvent décernés suivant ce principe raisonnable d'équité qui préside aujourd'hui à la distribution des mêmes récompenses; et quand ce n'était pas le cas, le bienfaiteur était souvent disposé, par exemple, à donner lui-même l'argent nécessaire pour élever sa statue. Mais il n'en était pas de même pour les distinctions honorifiques que la cité décernait aux riches étrangers, surtout aux gouverneurs, aux empereurs et aux membres de la famille impériale. A cette époque où l'on désirait les hommages même vides et officiels, la cour impériale et les sénateurs romains avaient pour eux un goût non pas aussi vif que les ambitieux de province, mais cependant bien prononcé; naturellement les honneurs et les hommages augmentaient au fur et à mesure qu'on avait intérêt à les accorder, et dans la même proportion que la faiblesse des personnages qui gouvernaient ou qui participaient au gouvernement. Dans ces conditions l'offre était toujours plus forte que la demande, cela se comprend; et ceux qui estimaient de pareils hommages à leur juste valeur étaient obligés, pour s'en exempter, de les refuser, ce qui paraît être assez souvent arrivé dans des cas isolés1, mais rarement plusieurs fois de suite, - le petit nombre des statues élevées à Tibère doit être compté peut-être parmi ses titres de gloire. - Les dépenses pour ces monuments, beaucoup plus considérables parfois qu'une simple statue, et pour les ambassades honorifiques2, ont été la plaie toujours croissante de l'administration provinciale. Mais aucune province n'a dépensé inutilement autant d'argent, en proportion de ses faibles ressources, que la Grèce, cette patrie des honneurs olympiques et municipaux, la plus remarquable de toutes à cette époque pour l'humilité des fonctionnaires et la déférence obséquieuse.

1. L'empereur Gaïus, par exemple, se plaint, dans une lettre qu'il adresse à l'assemblée d'Achaïe, du «grand nombre» des statues qui lui sont dédiées, et déclare se contenter des quatre qui lui ont été élevées à Olympie, à Némée, à Delphes et à l'isthme (Keil, Inscr. boeot., 31). Cette même assemblée décide d'élever, dans chacune de ses villes, une statue à l'empereur Hadrien, le piedestal de la statue d'Abea, en Messénie, a été conservé (Corp. insc. graec., 1387). L'autorisation impériale était toujours nécessaire en pareil cas.

2. Lorsque Pline révisa les comptes municipaux de Byzance, il trouva que 12000 sesterces étaient consacrés annuellement à l'envoi d'une ambassade spéciale qui portait à l'empereur les souhaits de nouvelle année, et 3000 sesterces à une députation qui se rendait auprès du gouverneur de Mésie pour le même motif. Pline ordonne aux magistrats de transmettre désormais leurs souhaits seulement par lettres, ce que Trajan approuve (Ep. ad Traj., 43, 44).

27 av. J.C.-476

Commerce et industrie

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Il est à peine besoin d'exposer en détail que la situation économique de la Grèce n'était pas bonne. Le pays en général est d'une fertilité médiocre; les plaines arables n'y sont pas très étendues; sur le continent la culture de la vigne n'est pas importante; celle de l'olivier l'est davantage. Les célèbres carrières de marbre, du marbre blanc si brillant de l'Attique et du marbre vert de Karystos, appartenaient comme presque toutes les autres au domaine impérial; elles étaient exploitées par les esclaves de l'empereur, ce qui ne rapportait guère aux indigènes.

La plus industrielle des contrées grecques était l'Achaïe, où survivait l'ancienne fabrication des étoffes de laine; dans la ville la plus peuplée de ce pays, à Patrae, de nombreuses manufactures transformaient en vêtements et en bonnets le lin de l'Elide renommé pour sa finesse. L'art et l'industrie artistique restent encore le monopole des Grecs; parmi les blocs nombreux de marbre pentélique que l'empire employa, la plupart ont dû être travaillés dans le pays même. Mais autrefois les Grecs fournissaient surtout à l'étranger, tandis que l'on parle peu à cette époque de l'exportation jadis si considérable des oeuvres d'art grecques.

C'est à Corinthe que le commerce était le plus actif, dans cette ville des deux mers, commune à tous les Hellènes, métropole fourmillant sans cesse d'étrangers, comme l'appelle un orateur. Dans les deux colonies romaines de Corinthe et de Patrae, dans la cité d'Athènes, toujours remplie de voyageurs et d'érudits, s'étaient concentrées les plus grandes maisons de banque de la province, qui le plus souvent, sous l'empire comme sous la république, étaient entre les mains d'Italiens établis dans le pays. Dans les villes de second ordre, comme Argos, Elis, Mantinée du Péloponnèse, les négociants romains formaient des corporations spéciales au sein même de la cité. En général, les affaires s'étaient arrêtées dans l'Achaïe, surtout depuis que Rhodes et Délos n'étaient plus les étapes commerciales entre l'Asie et l'Europe et que le commerce se dirigeait vers l'Italie.

La piraterie était réprimée et les routes de terre suffisamment sûres1; mais l'antique prospérité n'était pas revenue. J'ai déjà parlé de la déchéance du Pirée; c'était un événement, lorsqu'un des grands vaisseaux égyptiens chargés de blé s'égarait par hasard dans ces parages. Nauplie, le port d'Argos, la ville la plus peuplée de la côte péloponnésienne après Patrae, était de même déserte2.

1. Nous ne savons pas qu'en Grèce les routes de terre soient devenues particulièrement dangereuses : le soulèvement de l'Achaïe sous Antonin (Vita, 5, 4) est tout à fait obscur. Le chef de voleurs en général et non pas le chef de voleurs grec - joue un rôle prépondérant dans la basse littérature de l'époque; mais c'est là un procédé commun aux mauvais romanciers de tous les temps. Le désert d'Eubée peint par le délicat Dion n'est pas un nid de voleurs: ce sont les ruines d'une grande propriété, dont le possesseur a été condamné par l'empereur parce qu'il était trop riche, et qui depuis lors a été abandonnée. D'ailleurs, et cela est évident sans qu'on ait besoin de le prouver au moins au public non érudit, cette histoire est aussi vraie que la plupart de celles où l'auteur raconte au début qu'il les tient de ceux qui y ont joué un rôle : si la confiscation dont parle Dion était historique, le domaine serait revenu au fisc, et non &agarve; la ville voisine, que l'écrivain se garde bien d'ailleurs de nommer.

2. On peut citer ici la description naïve de l'Achaïe que nous a laissée un négociant égyptien du temps de Constance. «En Achaïe, Grèce et Laconie, on est savant; mais le pays est dépourvu de toute autre qualité : c'est une province petite et montagneuse, qui ne saurait produire beaucoup de blé, qui donne seulement un peu d'huile et du miel attique; on peut l'estimer pour ses écoles et sa science, mais elle est stérile tous les autres égards. Les seules villes sont Corinthe et Athènes. Corinthe a un fort commerce et un beau monument, l'Amphithéâtre. Athènes a son passé (historias antiquas) et un remarquable édifice, l'Acropole, rempli de statues qui rappellent merveilleusement les exploits guerriers des ancêtres (ubi multis statuis mirabile est videre dicendum antiquorum bellum). En Laconie on ne peut citer que le marbre de Krokeae, que l'on appelle "marbre de Lacédémone." La barbarie de l'expression est imputable, non pas à l'écrivain lui-même, mais à un traducteur très postérieur.

27 av. J.C.-476

Routes

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Il s'ensuit que l'empire ne s'est presque pas occupé des routes de cette province: on n'a retrouvé des milliaires romains que dans le voisinage immédiat de Patrae et d'Athènes; encore datent-ils des empereurs de la fin du troisième siècle et du quatrième. Il est manifeste que les gouvernements précédents avaient négligé de rétablir en Grèce les communications. Hadrien seul entreprit de transformer en une route carrossable, au moyen de digues puissantes jetées dans la mer, le chemin aussi important que court qui conduisait de Corinthe à Mégare, par la gorge difficile des roches scironiennes.

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Percement de l'isthme

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Depuis longtemps on projetait de percer l'isthme de Corinthe : le dictateur César en avait conçu le projet; l'oeuvre fut entreprise d'abord par l'empereur Gaïus, puis par Néron. Ce dernier donna même, pendant son séjour en Grèce, le premier coup de pioche au canal, et, plusieurs mois durant, fit travailler au percement six mille prisonniers juifs. De notre temps ces travaux ont été repris, et l'on a mis au jour les restes considérables d'anciennes constructions qui prouvent que l'oeuvre était assez avancée lorsqu'on l'abandonna, non pas à cause de la révolution qui éclata dans l'Ouest quelque temps après, mais parce que, là comme en Egypte, pour un travail identique, on avait mal calculé la différence de niveau des deux mers et qu'on redoutait, pour le moment où le canal serait achevé, la destruction d'Egine et d'autres malheurs plus grands encore. Sans doute ce canal, s'il avait été terminé, aurait raccourci le chemin entre l'Asie et l'Italie; mais la Grèce elle-même n'en aurait pas retiré beaucoup de profit.

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L'Epire

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Nous avons déjà fait remarquer que les pays situés au Nord de la Hellade, la Thessalie, la Macédoine et l'Epire, étaient à l'époque impériale, au moins depuis Trajan, séparées de la Grèce au point de vue administratif. La petite province d'Epire, administrée par un gouverneur impérial de second ordre, ne s'était jamais relevée de la ruine qu'elle avait subie pendant la troisième guerre de Macédoine. Dans l'intérieur du pays, montagneux et pauvre, il n'y avait aucune ville importante, et la population était clair-semée. Le rivage n'était pas moins désolé. Auguste essaya de lui rendre la prospérité en fondant deux villes : il acheva la création projetée par César d'une colonie de citoyens romains à Buthrotum, en face de Corcyre, colonie qui ne fut jamais très florissante, et il fonda la ville grecque de Nicopolis, à l'endroit même où il avait établi son quartier général avant la bataille décisive d'Actium, au point le plus méridional de l'Epire, à une lieue et demie au Nord de Prevesa.

27 av. J.C.-476

Nicopolis

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Auguste voulait en faire à la fois un monument durable de sa grande victoire navale et le centre d'une nouvelle vie hellénique. Cette fondation est, dans son genre, une nouveauté de la part des Romains. «A la place d'Ambracie et d'Argos amphilochienne, à la place de Thyreion et d'Anactorion, à la place de Leucade, et de toutes les villes d'alentour que la lance de Mars furieux a renversées, César fonde la ville triomphale, la ville sainte, pour remercier le roi Phoebus Apollon de la victoire d'Actium».

Ces paroles d'un poète grec contemporain expriment simplement ce qu'Auguste a fait dans le pays: il réunit en un seul territoire de cité toute la contrée environnante, l'Epire méridionale, l'Acarnanie située en face, avec l'île de Leucade et même une partie de l'Etolie; il transporta dans la nouvelle ville de Nicopolis tous les habitants des villages pauvres qui existaient dans la région, et en face de cette ville, sur la côte d'Acarnanie, il rebâtit magnifiquement et agrandit l'ancien temple d'Apollon à Actium. Jamais ville romaine n'avait été fondée de cette manière; c'est le synoekismos des successeurs d'Alexandre. Ainsi avaient été créées par le roi Cassandre les villes macédoniennes de Thessalonike et de Kassandreia, par Demetrius Poliorcete, la ville thessalienne de Demetrias, par Lysimaque la ville de Lysimacheia dans la Chersonèse de Thrace: ils avaient réuni un certain nombre de villages voisins, qu'ils avaient privés de leur indépendance. Pour répondre à ce caractère grec de sa fondation, Nicopolis devait, dans la pensée d'Auguste, devenir une grande ville grecque1. Elle conserva sa liberté et son autonomie comme Athènes et Sparte; elle obtint même, nous l'avons déjà montré, la cinquième partie des voix dans l'Amphictionie qui représentait la Grèce tout entière, et, comme Athènes, elle n'eut pas à échanger ces vois avec d'autres villes. Le nouveau sanctuaire d'Apollon à Actium fut organisé sur le modèle du sanctuaire d'Olympie, avec une fête quatriennale qui portait même le nom d'Olympique accolé au sien; il obtint même rang et mêmes privilèges; il eut ses Actiades comme l'autre avait ses Olympiades2. La ville de Nicopolis était avec ce temple dans les mêmes rapports que la ville d'Elis avec le temple d'Olympie3. Tout élément purement italique fut soigneusement écarté de l'organisation municipale comme de l'organisation religieuse, tant on voulait donner une physionomie romaine à cette ville triomphale si intimement liée à la fondation de l'empire.

Celui qui examine dans leur ensemble les réformes accomplies par Auguste en Grèce, et surtout cette fondation remarquable qui en est comme la clef de voûte, se convainct facilement qu'Auguste a cru possible et a voulu tenter de réorganiser la Grèce sous la protection de l'empire romain. L'emplacement de Nicopolis était au moins bien choisi, puisque, avant la fondation de Patrae, il n'y avait aucune ville importante sur toute la côte occidentale de la Grèce. Mais Auguste n'a pas atteint le but qu'il s'était proposé au début de son principat; il a peut-être abandonné lui-même ses projets, plus tard, le jour où il donna à Patrae la constitution d'une colonie romaine. Nicopolis resta, comme le prouvent ses ruines considérables et de nombreuses monnaies, relativement peuplée et florissante4, mais ses habitants ne paraissent s'être distingués ni dans le commerce et l'industrie ni autrement. L'Epire septentrionale, comme l'Illyricum limitrophe de la Macédoine, était en grande partie habitée par des peuplades albanaises, et ne dépendait pas de Nicopolis: elle est restée sous l'empire dans son ancienne situation, et elle la conserve relativement encore aujourd'hui. «L'Epire et l'Illyricum», dit Strabon, «sont presque partout déserts; là où l'on rencontre des hommes, ils habitent dans des villages et sur les ruines des villes d'autrefois; l'oracle de Dodone lui-même - détruit par les Thraces pendant la guerre de Mithridate, - a disparu comme tout le reste5».

1. Tacite (Ann., V, 10) appelle Nicopolis une colonia Romana; l'expression est mauvaise, mais l'idée n'est pas complètement fausse. Pline, au contraire, se trompe absolument lorqu'il dit (Hist. Nat., IV, 1, 5): Colonia Augusti Actium cum... civitate libera Nicopolitana; la ville d'Actium n'a pas plus existé que la ville d'Olympie.

2. Les quatre grandes fêtes nationales de la Grèce forment ce qu'on appellen Teplo.os; le vainqueur couronné dans toutes les quatre porte le titre de Teplooovinns. De même, dans une inscription (Corp. insc. graec., 4472), on trouve tais Teplowou, à côté de la mention des jeux de Nicopolis, mais l'autre periodos y est désignée comme l'ancienne (xoxala). Les concours des jeux s'appellent souvent solut!x; on rencontre pareillement l'expression ayisy koiztio; (Corp. insc. graec., 4472) ou certamen ad exemplar Actiacae regionis (Tac., Ann., XV, 23).

3. Un Nicopolitain se donne le titre de Bouans (Delphes, Rhein. Mus., nouvelle série, II, p. 111), comme Elis porte le nom de Bouan (Arch. Zeit., 1876, p. 57; cf. ibid., 1877, p. 40, 41 et alias). En outre les Spartiates, qui seuls de tous les Grecs avaient combattu à Actium dans l'armée d'Auguste, obtinrent la direction (Stuche!) des jeux d'Actium (Strabon, VII, 7, 6, p. 325); nous ne savons pas quelle était leur situation vis-à-vis de la de Nicopolis.

4. Puisque la décadence de Nicopolis est signalée à l'époque de Constance (Paneg.., XI, 9), c'est qu'auparavant cette ville était prospère.

5. Les fouilles de Dodone ont confirmé ce renseignement; toutes les trouvailles, excepté quelques monnaies, sont d'une époque antérieure à la domination romaine. On a distingué les traces d'une restauration, mais on ne peut en fixer la date; peut-être est-elle tout à fait tardive. Si Hadrien, qui est appelé Zeu; Aw wyalos (Corp. insc. graec., 1822), a visité Dodone (Durr, Reisen Hadrians, p. 56), c'est en archéologue. L'empereur Julien (Theodoretus, Hist. eccles., III, 21) nous parle d'une consultation de l'oracle sous l'empire; mais ce renseignement n'est guère digne de foi.

27 av. J.C.-476

La Thessalie

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La Thessalie, région tout aussi hellénique par elle-même que l'Etolie et l'Acarnanie, fut, à l'époque impériale, séparée administrativement de la province d'Achaïe et soumise au gouverneur de la Macédoine. Ce qui est vrai de la Grèce septentrionale l'est aussi de la Thessalie. La liberté et l'autonomie que César avait accordées aux Thessaliens en général, ou plutôt qu'il leur avait laissées, semblent leur avoir été enlevées par Auguste, parce qu'ils en avaient mal usé; seule la ville de Pharsale conserva son ancienne constitution. Des colons romains n'ont jamais été établis dans le pays. Les Thessaliens gardèrent leur assemblée provinciale à Larissa, et leur administration municipale indépendante, comme les Grecs sujets de l'Achaïe.

La Thessalie est de beaucoup la région la plus fertile de toute la péninsule; au quatrième siècle elle exportait encore du blé; Dion de Pruse n'en raconte pas moins que le Pénée traversait un pays désert, et au temps de l'empire, on n'a frappé dans cette province que très peu de monnaies. Hadrien et Dioclétien se sont occupés de réparer les routes de terre, mais ce furent les seuls de tous les empereurs romains, autant que nous pouvons le savoir.

27 av. J.C.-476

La Macédoine

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Le district administratif de l'empire romain, appelé Macédoine, était beaucoup moins vaste que la Macédoine de l'époque républicaine. Sans doute il s'étend encore de l'une à l'autre mer; il comprend la côte de la mer Egée, depuis la Thessalie, pays rattaché à la Macédoine, jusqu'à l'embouchure du Nestos (Nesta), et la côte de l'Adriatique depuis l'Aoos jusqu'au Drilon (Drin)1 - ce dernier territoire, qui n'est pas à proprement parler macédonien, mais illyrien, dépendait déjà, sous la République, du gouverneur de Macédoine, et fit encore partie de la province à l'époque impériale, mais les pays grecs situés au Sud de l'Oeta en furent séparés, comme nous l'avons déjà dit. La frontière orientale dans la direction de la Mésie, et la frontière septentrionale dans la direction de la Thrace restèrent les mêmes : la province s'étend aussi loin sous l'empire que la Macédoine proprement dite sous la République, c'est-à-dire, au Nord jusqu'à la vallée de l'Erigon, à l'Est jusqu'au fleuve Nestos; pourtant, au temps de la République, les Dardanes, les Thraces, toutes les peuplades au Nord et au Nord-Est, voisines du territoire macédonien, avaient affaire au gouverneur de cette province pour régler leurs relations, en paix comme en guerre, et l'on a pu dire que le territoire de Macédoine s'étendait jusqu'où s'avançaient les armes romaines; sous l'empire, au contraire, le gouverneur de la Macédoine n'administrait que le district qui lui était assigné, et qui ne confinait plus nulle part à des peuples à demi ou complètement indépendants. Comme la défense de la frontière fut confiée d'abord au royaume de Thrace sujet des Romains, puis au gouverneur de la nouvelle province de Mésie, celui de la Macédoine fut dès le début relevé de son commandement militaire. Bien peu de combats furent livrés dans cette province à l'époque impériale; seule la tribu barbare des Dardanes, établie sur l'Axios supérieur (Vardar), pilla quelquefois encore cette région paisible. On ne parle pas non plus de soulèvements locaux dans le pays.

Cette contrée septentrionale de la Grèce diffère des parties plus méridionales autant par l'ethnographie que par le degré de civilisation. Tandis que sur le cours inférieur de l'Haliakmon (Vistritza) et de l'Axios (Vardar) jusqu'au Strymon, les Macédoniens proprement dits étaient un peuple d'origine hellénique, distinct, il est vrai, des Grecs du Sud, mais sans que cette différence ait la moindre importance à l'époque qui nous occupe; tandis que la colonisation hellénique avait conquis les deux côtes, la côte occidentale avec Apollonie et Dyrrachium, la côte orientale avec les villes fondées dans la péninsule chalcidique, l'intérieur du pays était occupé par une foule mélangée de peuplades non grecques, qui devaient différer de la population actuelle du même pays par ses éléments bien plus que par sa situation. Lorsque les généraux de la République romaine eurent refoulé des Celtes qui avaient pénétré jusque-là, les Scordisques, l'intérieur de la Macédoine se couvrit de tribus surtout illyriennes à l'Ouest et au Nord, thraces à l'Est. Nous avons déjà parlé de ces deux peuples; s'il en est de nouveau question ici, c'est qu'il nous faut montrer que l'organisation grecque, au moins l'organisation municipale, n'a pénétré que fort peu chez ces peuplades, à l'époque impériale aussi bien qu'antérieurement2. L'intérieur de la Macédoine n'a jamais vu se produire une poussée énergique de villes. Les régions isolées n'étaient guère peuplées, au moins en fait, que par des villages.

La constitution grecque ne s'est pas établie d'elle-même dans ce royaume comme dans la Hellade proprement dite; elle y a été introduite par les princes, qui étaient plus hellènes que leurs sujets. On ne sait guère quelle forme elle a eue dans le pays; cependant la prépondérance municipale des Politarques, qui se retrouve régulièrement à Thessalonique, à Edesse, à Létè et qu'on ne rencontre dans aucune autre ville, nous permet de conclure qu'il y avait une différence sensible et très vraisemblable d'ailleurs entre l'organisation municipale de la Macédoine et celle de la Hellade. Les villes grecques que les Romains trouvèrent en Macédoine conservèrent leur administration et leurs droits; la plus importante d'entre elles, Thessalonique, garda même sa liberté et son autonomie. Il y eut en Macédoine, comme en Achaïe et en Thessalie, une confédération et une assemblée (xorvov) des villes. Ce qui prouve que le souvenir du passé glorieux survivait, c'est qu'au milieu du IIe siècle après J.-C. l'assemblée de Macédoine et quelques cités macédoniennes frappèrent des monnaies où la tête et le nom de l'empereur régnant étaient remplacés par ceux d'Alexandre le Grand. Les colonies assez nombreuses de citoyens romains qu'Auguste a établies en Macédoine, Byllis non loin d'Apollonie, Dyrrachium près de la mer Adriatique, sur l'autre côté Dium, Pella, Kassandrea, sur le territoire thrace Philippes, sont toutes d'anciennes villes grecques, qui reçurent un certain nombre de nouveaux citoyens et une autre constitution municipale; on leur rendit la vie en les forçant de donner asile, au milieu d'une province civilisée et peu peuplée, à des vétérans italiens, qui ne trouvaient plus de place en Italie. On ne leur accorda même le droit de cité italique, que pour dorer aux vieux soldats retraités l'exil qu'on leur imposait. Jamais on ne songea à introduire en Macédoine la civilisation italique; ce qui le prouve, abstraction faite de tout autre argument, c'est que Thessalonique resta une ville grecque et la capitale du pays. Auprès d'elle prospéra Philippes, ville d'ouvriers fondée pour l'exploitation des mines d'or voisines, cité choyée par l'empereur parce qu'elle avait été le théâtre de la bataille qui fonda définitivement la monarchie, et parce que de nombreux vétérans, qui avaient pris part à cette bataille, s'y étaient ensuite établis. L'organisation municipale romaine, et non celle d'une colonie, fut donnée dès les premiers temps de l'empire à Stobi, que nous avons déjà nommée, la ville la plus septentrionale de la Macédoine du côté de la Mésie, au confluent de l'Erigon et de l'Axios, dans une situation commerciale et militaire très importante, et qui avait reçu peut-être une constitution grecque dès l'époque macédonienne.

Au point de vue économique, aucune réforme officielle ne fut faite en Macédoine sous l'empire; du moins on ne voit se manifester nulle part la sollicitude des empereurs pour cette province, qui n'était pas soumise à leur autorité personnelle. La route militaire, déjà construite sous la République, qui traversait le pays depuis Dyrrachium jusqu'à Thessalonique, était une des artères commerciales les plus importantes de tout l'empire; c'est seulement au 11e siècle, d'après nos renseignements, que les empereurs, et surtout Sévère Antonin, ont commencé à s'en occuper. Les villes situées sur cette voie, Lychnidos sur le lac d'Ochrida et Herakleia Lynkestis (Bitolia) n'ont jamais eu beaucoup d'importance. Pourtant la Macédoine était plus favorisée que la Grèce au point de vue économique. Elle est beaucoup plus fertile; aujourd'hui la province de Thessalonique est relativement bien cultivée et bien peuplée. De même la Macédoine est comptée parmi les régions les plus prospères, dans une description de l'empire faite sous Constance, lorsque Constantinople était déjà fondée.

Si les documents qui concernent le recrutement de l'armée romaine sont muets sur l'Achaïe et la Thessalie, il n'en est pas de même pour la Macédoine qui devait fournir, surtout pour la garde impériale, un nombre important de soldats, plus considérable que n'en donnaient la plupart des pays grecs. Il faut remarquer, en effet, que les Macédoniens avaient l'habitude de servir régulièrement à la guerre, qu'ils y étaient merveilleusement aptes, et que la vie des villes était relativement peu développée dans leur pays.

Thessalonique, la métropole de la province, la plus peuplée et la plus industrielle des cités qu'il y eût alors à cette époque, fut la patrie de plusieurs écrivains; elle s'est fait aussi une place honorable dans l'histoire politique en résistant avec courage aux barbares lors de la terrible invasion des Goths.

1. Sous la république Skodra semble avoir fait partie de la Macédoine; sous l'empire cette ville et Lissus sont des cités de Dalmatie, et la frontière est déterminée sur la côte par l'embouchure du Drin.

2. Les fondations de villes dans cette région, en dehors de la Macédoine proprement dite, ont tout à fait le caractère de colonies: telles sont celle de Philippes en Thrace et surtout celle de Derriopos en Péonie (Tite-Live, XXXIX, 53); pour cette dernière ville l'existence de politarques, magistrats propres à la Macédoine, est attestée épigraphiquement par l'inscription de l'an 197 après J.-C.: ??? ???? pioro TON!Tapzov (Duchesne et Bayet, Mission au Mont Athos, p. 103).

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La Thrace

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Si la Macédoine n'était qu'à moitié grecque, la Thrace ne l'était pas du tout. Nous avons déjà parlé de ce peuple thrace, important, mais disparu pour nous. L'hellénisme n'a pénétré dans son domaine que par l'extérieur. Il ne sera pas superflu de revenir d'abord un peu en arrière pour montrer que l'hellénisme est resté longtemps à la porte de la région la plus méridionale qu'occupait ce peuple, dont le nom a survécu dans la contrée, et qu'il s'est introduit bien peu dans l'intérieur du pays; nous verrons plus clairement par là quelle oeuvre Rome avait à accomplir et a accomplie en effet dans cette province.

Philippe, le père d'Alexandre, soumit le premier la Thrace et fonda non seulement Kalybe dans le voisinage de Byzance, mais, au coeur même du pays, la ville qui porte encore aujourd'hui son nom. Alexandre, qui fut en cela le précurseur de la politique romaine, pénétra jusqu'au Danube, le dépassa et fit de ce fleuve la frontière septentrionale de son empire; les Thraces, dans son armée, jouèrent un rôle assez important lors de l'expédition d'Asie. Après sa mort, l'Hellespont parut être un des grands centres autour desquels se formèrent les nouveaux Etats : le vaste territoire qui s'étend de là jusqu'au Danube1 fut sur le point de devenir la moitié septentrionale d'un empire grec et la résidence de l'ancien gouverneur de Thrace, Lysimaque, la nouvelle ville de Lysimacheia, fondée sur la Chersonèse de Thrace, faillit avoir les mêmes destinées que les capitales des généraux de Syrie et d'Egypte.

Mais il n'en fut pas ainsi; l'indépendance de cet empire ne dura pas plus longtemps que son premier chef (281 av. J.-C.=473 de Rome). Depuis ce moment jusqu'à l'époque où Rome établit sa domination en Orient, tantôt les Séleucides, tantôt les Ptolemées, tantôt les Attalides cherchèrent à mettre la main sur les possessions européennes de Lysimaque; mais ils échouèrent tous. Le royaume de Tylis, dans l'Hémus, que les Celtes avaient fondé en Mésie et en Thrace peu de temps après la mort d'Alexandre et presque au moment où ils s'établissaient d'une façon permanente en Asie Mineure, détruisit dans le pays tous les germes de la civilisation grecque et fut lui-même renversé, pendant la guerre d'Hannibal, par les Thraces, qui exterminèrent ces envahisseurs jusqu'au dernier. Désormais il n'y eut plus en Thrace de puissance prépondérante; les relations qui existaient entre les villes grecques de la côte et les chefs des diverses tribus, et qui sans doute étaient de même nature qu'avant Alexandre, nous sont décrites par Polybe, dans l'histoire qu'il a faite de la plus importante de ces villes. Les barbares thraces récoltaient ce que les Byzantins avaient semé; ni l'épée ni l'or ne pouvaient rien contre eux; si les Byzantins battaient l'un des chefs, trois autres envahissaient leur territoire; éloignaient-ils l'un d'eux à prix d'argent, cinq autres réclamaient aussitôt le même tribut. Les derniers souverains de la Macédoine s'efforcèrent de raffermir leur puissance en Thrace et surtout de soumettre à leur autorité les villes grecques de la côte méridionale; mais les Romains s'y opposèrent, soit pour arrêter le développement de la puissance macédonienne, soit pour ne pas laisser tomber entre les mains des Macédoniens l'importante «route royale» qui conduisait vers l'Orient, celle que suivirent Xerxés pour envahir la Grèce, et les Scipions pour marcher contre Antiochus. Après la bataille de Cynoscéphales, la frontière fut fixée à peu près comme elle est restée depuis lors. Les deux derniers rois de Macédoine cherchèrent souvent soit à s'établir réellement en Thrace, soit à s'attacher par des traités les divers princes de ce pays. Le dernier, Philippe, avait même reconquis Philippopolis; mais la garnison qu'il y avait installée en fut bientôt chassée par les Odryses. Ni lui ni son fils ne purent occuper longtemps la contrée; et lorsque, après la chute de la Macédoine, Rome eut déclaré les Thraces indépendants, ce qui restait encore de civilisation hellénique disparut. La Thrace elle-même fut transformée dès la République, mais surtout à l'époque impériale, en une principauté vassale des Romains; puis, en l'an 46 ap. J.-C., elle fut réduite en province romaine; mais l'hellénisation du pays ne dépassa guère la ligne des colonies grecques, fondées sur la côte à une époque très reculée et qui depuis lors avaient déchu plutôt que prospéré. Tandis que la colonisation macédonienne était puissante et durable en Orient, elle fut en Thrace faible et éphémère. Philippe et Alexandre2 semblent même n'avoir entrepris qu'à contre-coeur de fonder des établissements dans le pays et s'y être montrés peu favorables. Sous l'empire, la Thrace resta longtemps entre les mains des indigènes, et les villes grecques de la côte, isolées au milieu d'une région barbare, tombèrent presque toutes en décadence.

Cette ceinture de cités helléniques échelonnées sur la côte depuis la frontière de la Macédoine jusqu'à la Chersonese Taurique, était d'une largeur très inégale. Au Sud elle se continuait depuis Abdère jusqu'à Byzance sur les Dardanelles; mais aucune de ces villes n'a joué plus tard un rôle considérable, sauf Byzance, qui dut à la fertilité de son territoire, à ses riches pêcheries de thon, à sa situation commerciale particulièrement avantageuse, à son activité industrielle comme à la valeur croissante de ses habitants toujours exposés aux attaques du dehors, d'avoir traversé les temps difficiles de l'anarchie hellénique. Les colonies grecques s'étaient développées beaucoup moins brillamment sur la côte occidentale de la mer Noire; sur le rivage qui devait appartenir plus tard à la province romaine de Thrace, Mesembria seule avait quelque importance. Dans la future province de Mésie, il n'y avait qu'Odessos (Varna) et Tomis (Kustendjé). Au-delà des bouches du Danube et de la frontière de l'empire romain, au Nord du Pont-Euxin, Tyra3 et Olbia se trouvaient en plein pays barbare; plus loin les deux antiques et grandes villes grecques de commerce, Herakleia ou Chersonesos et Pantikapaeon dans la Crimée moderne, formaient un solide noyau. Toutes ces colonies furent protégées par Rome, surtout depuis que les Romains eurent établi leur empire sur le continent gréco-asiatique; et la main puissante, qui souvent parut bien lourde à la Grèce proprement dite, les sauva tout au moins de catastrophes telles que la destruction de Lysimacheia. La sauvegarde des Grecs de cette région était sous la République un des devoirs soit du gouverneur de Macédoine, soit du gouverneur de Bithynie, quand ce pays fut devenu romain; Byzance fut dans la suite rattachée à la Bithynie4. Enfin à l'époque impériale, après l'organisation du gouvernement de Mésie et plus tard de celui de Thrace, ce fut aux nouveaux gouverneurs qu'il incomba de protéger ces villes.

De tout temps les Romains furent les défenseurs et les amis de ces colons grecs, mais l'extension de l'hellénisme n'a préoccupé ni la république ni les premiers empereurs5. Lorsque la Thrace fut devenue romaine, on la divisa en cercles6, et jusqu'à la fin du premier siècle il n'y a presque aucune fondation de villes à signaler, sauf celle de deux colonies de Claude et de Vespasien, Apri dans l'intérieur de la contrée, non loin de Périnthe, et Deultus, sur la côte la plus septentrionale7. C'est Domitien, qui, le premier, introduisit dans l'intérieur l'organisation municipale de la Grèce en commençant par la capitale du pays, Philippopolis. Sous Trajan d'autres villages thraces obtinrent le même droit de cité : Topeiros non loin d'Abdère, Nikopolis sur le Nestos, Plotinopolis sur l'Hèbre, Pautalia près de Kostendil, Serdica, aujourd'hui Sofia, Augusta Trajana près d'Alt-Zagora, une seconde Nikopolis sur le versant septentrional de l'Hémus8, sans compter Trajanopolis, située sur la côte près de l'embouchure de l'Hèbre, et plus tard sous Hadrien Adrianopolis, aujourd'hui Andrinople. Ces villes n'étaient pas des colonies d'étrangers, mais des cités organisées d'après le système grec sur le modèle de Nikopolis d'Epire, qu'Auguste avait fondée: on voulait civiliser et helléniser la province du haut en bas. Dès lors une assemblée thrace se tint à Philippopolis comme dans les autres pays grecs proprement dits.

Ce dernier rejeton de l'hellénisme n'est pas le plus faible. Le pays est riche et agréable une monnaie de la ville de Pautalia célèbre la fécondité de la Thrace en épis, en pampres, en or et en argent; c'est à Philippopolis et dans la belle vallée de la Tundja, que l'on cultive les roses et qu'on en fabrique des essences; et le peuple thrace n'avait rien perdu de sa force. La population était dense et prospère; j'ai déjà rappelé que la Thrace fournissait au recrutement des contingents considérables, et ce pays fut un de ceux où les villes frappèrent à cette époque le plus de monnaies. Lorsque Philippopolis fut prise en 251 par les Goths, elle devait avoir cent mille habitants. Les Byzantins prirent vivement parti pour Pescennius Niger, l'empereur de l'Orient grec, et après sa mort résistèrent, durant plusieurs années, à son vainqueur; tout cela prouve que ces villes thraces étaient riches et puissantes. Sans doute Byzance déchut et fut même pendant longtemps privée du droit de cité, mais, grâce à la prospérité de la Thrace, le temps allait bientôt venir où Byzance devait être la nouvelle Rome hellénique, et la capitale de l'empire transformé.

(La Mésie inférieure) La province voisine de Mésie Inférieure s'est développée à peu près de la même façon, mais dans de moindres proportions.

1. Il ressort de Pausanias (I, 9, 6) que le Danube fut aussi la frontière de l'empire de Lysimaque.

2. D'après Strabon (VII, 6, 2, p. 320) Kalybe près de Byzance fut fondée, Gavtos. Philippopolis doit même, d'après le récit de Théopompe (fr. 122, éd. Müller), avoir été fondée comme Ilovnpotoals, et avoir reçu des colons en rapport avec cette situation. Si peu dignes de foi que paraissent ces renseignements, ils font bien comprendre dans leur ensemble que ces établissements avaient le même caractère que Botany-bay.

3. Pourtant la ligne septentrionale des fortifications de la Bessarabie, qui est peut-être romaine, atteint Tyra.

4. Il ressort de la correspondance de Pline et de Trajan que Byzance dépendait encore sous Trajan du gouverneur de Bithynie. Les Byzantins envoyaient leurs félicitations aux légats de Mésie; mais cela ne suffit pas à prouver qu'ils étaient rattachés à ce gouvernement trop éloigné de leur cité; les rapports qu'ils entretenaient avec le gouverneur de Mésie s'expliquent par les relations commerciales de Byzance avec les ports mésiens. En 53 Byzance était une ville soumise à l'administration du sénat, et ne faisait pas partie de la Thrace, selon Tacite (Ann., XII, 62;. Cicéron (in Pis., 35, 86; de prov. cons., '1, 6) ne nous dit pas qu'elle dépendît de la Macédoine sous la République, puisqu'elle était alors une ville libre. Cette liberté semble lui avoir été souvent donnée et souvent enlevée, comme cela se passait à Rhodes. Cicéron (loc. cit.) la déclare libre; en l'an 53, elle est tributaire; Pline (Hist. nat., IV, 11, 46) la cite comme une ville libre; Vespasien lui enleva sa liberté (Suetone, Vesp., 8).

5. Ce qui le confirme, c'est que l'on n'a trouvé, dans les villes thraces de l'intérieur, aucune monnaie pouvant, d'après le métal et le style, être attribuée à une époque reculée. Un certain nombre de princes thraces, surtout odryses, ont déjà de bonne heure frappé des monnaies; cela prouve seulement qu'ils étaient les maîtres des villes de la côte peuplées ou à moitié peuplées de Grecs. La même explication s'applique aux tétradrachmes, tout à fait isolés, des «Thraces» (Sallet, Num. Zeitschrift, III, p. 241). Les inscriptions découvertes dans l'intérieur de la Thrace sont en général de la période romaine. Le décret relatif à une ville sans nom, trouvé à Bessapara, aujourd'hui Tatar Bazardjik, à l'Ouest de Philippopolis, par Dumont (Inscr. de la Thrace, p. 7) date peut-être de la bonne époque macédonienne, mais on n'en peut juger que par le caractère de l'écriture, qui trompe quelquefois.

6. Les cinquante stratégies de la Thrace (Pline, Hist. nat, IV, 11, 40; Ptolemee, III, 11, 6) ne sont pas des circonscriptions militaires, mais, comme il ressort nettement surtout de Ptolemee, des divisions géographiques qui concordent avec les tribus et qui s'opposent aux cités. Le nom de otpatnyos, comme celui de praetor, perdit son sens originairement militaire. On saisit bien là une analogie fondamentale avec l'Egypte, qui était de même partagée en territoires de villes soumis à des magistrats municipaux et en cercles administrés par des stratèges. Il y a un otpatnyos 'Aotizn's Tepi Ilép.vboy de l'époque romaine (Eph. epigr., II, p. 252).

7. A Deultus, la colonia Flavia Pacis Deullensium, furent établis des vétérans de la VIII. légion (Corp. insc. lat., VI, 3828). Flaviopolis, sur la Chersonèse, l'ancienne Coela, n'est certainement pas une colonie (Pline, IV, 11, 47): c'est un établissement d'un genre particulier, situé sur le territoire domanial, où l'on envoyait les serviteurs de la maison impériale (Eph. epigr., V, p. 82).

8. Cette ville appelée ????????? ? ???? ????? dans Ptolemée (III, 11, 7), et Nezoroas facos "Iotpoy sur les monnaies, aujourd'hui Nikup sur la Jantra, appartient géographiquement à la Basse-Mésie; elle fut rattachée administrativement à cette province depuis Sévère, comme le prouvent les noms de gouverneurs inscrits sur les monnaies. Mais ce n'est pas seulement Ptolémée qui la place en Thrace; l'emplacement des bornes-frontières d'Hadrien semble aussi le confirmer (Corp. insc. lat., III, 736, cf. p. 992). Cette ville grecque de l'intérieur ne faisait partie ni des communautés latines de la Basse-Mésie, ni du du Pont mésien; elle fut sans doute, lorsqu'on organisa ces provinces pour la première fois, comprise dans le des Thraces. Plus tard elle doit avoir été rattachée à l'une ou à l'autre des deux confédérations mésiennes citées plus haut.

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Tomis et la confédération des villes de la rive gauche du Pont-Euxin

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Les villes grecques de la côte, dont la métropole était, au moins à l'époque romaine, Tomis, furent réunies, problablement lorsqu'on organisa la province romaine de Mésie, en une confédération appelée : «Confédération des cinq villes de la rive gauche de la mer Noire», ou, comme elle se nommait elle-même, «Confédération des Grecs», c'est-à-dire des Grecs de la province. Plus tard une sixième ville, Markianopolis, fondée par Trajan, non loin de la côte, près de la frontière de Thrace et organisée comme les cités grecques du pays, fut rattachée à la Confédération1. Nous avons fait remarquer plus haut que les places militaires du Danube, et surtout les villes de l'intérieur ressuscitées par les Romains, avaient été organisées sur le modèle des cités italiques. La Mésie Inférieure est la seule province romaine dont les frontières aient été déterminées par la différence des langues: la confédération de Tomis parlait le grec, les villes du Danube comme Durostorum et Escus, le latin. D'ailleurs, tout ce que nous avons dit de la Thrace est, pour les points essentiels, également vrai de ces villes mésiennes. Nous avons une description de Tomis, telle qu'elle était dans les dernières années du règne d'Auguste, faite, il est vrai, par un exilé, mais certainement digne de foi. La population se compose en grande partie de Gètes et de Sarmates; ils portent, comme les Daces de la colonne Trajane, des peaux de bêtes et des culottes; leurs longs cheveux sont flottants et leur barbe n'est pas rasée; ils se montrent dans la rue à cheval et armés de leur arc, le carquois sur l'épaule et le couteau à la ceinture. Les quelques Grecs qui vivent au milieu d'eux ont adopté les coutumes, et même les culottes des Barbares; ils savent s'exprimer aussi bien et mieux en gétique qu'en grec; celui qui ne peut pas se faire comprendre dans la langue locale est un homme perdu; car personne ne sait un mot de latin. Aux portes de la ville sont campées des bandes pillardes, qui appartiennent à différentes peuplades, et dont les flèches volent souvent au-dessus des remparts qui protègent la cité; l'habitant qui ose aller cultiver son champ expose sa vie et laboure tout armé. Sous la dictature de César, lors de l'expédition de Burebista, la ville était tombée entre les mains des Barbares, et, quelques années avant que l'exilé dont nous parlons fût arrivé à Tomis, pendant l'insurrection dalmatico-pannonienne, la furie de la guerre avait sévi de nouveau dans cette région.

Ces récits sont confirmés par les monnaies et des inscriptions de cette ville. En effet, la métropole de la Confération de la rive gauche du Pont n'a frappé aucune monnaie d'argent avant l'époque romaine, ce que faisaient plusieurs autres de ces villes; en outre, les monnaies et les inscriptions antérieures à Trajan ne se rencontrent qu'isolément. Mais au IIe et au IIIe siècle Tomis fut métamorphosée, et on peut l'appeler une fondation de Trajan avec autant de raison que Markianopolis, qui acquit si rapidement un développement considérable. Les retranchements de la Dobrudcha, dont nous avons parlé plus haut, servaient de rempart à la ville de Tomis. Derrière ces murs prospéraient le commerce et la navigation. Il y avait dans la cité une association de négociants alexandrins avec leur chapelle de Sérapis2.

La libéralité et l'ambition municipales étaient aussi développées à Tomis que dans n'importe quelle ville grecque de moyenne importance. Là aussi on parlait encore deux langages: à côté du grec, qui seul trouvait place sur les monnaies, la langue latine fut souvent employée sur les monuments officiels, dans cette région où les deux langues d'empire se touchaient.

1. se trouve sur une inscription d'Odessos (Corp. insc. lat., 2056), que l'on peut dater avec raison des premiers temps de l'empire; l'Hexapole du Pont est nommée dans deux inscriptions de Tomis qui sont probablement du second siècle après J.-C. (Marquardt, Staatsverw., I, 2e edit., p. 305; Hirschfeld, Arch. epigr. Mitth., VI, p. 22). En tout cas, l'Hexapole, et vraisemblablement aussi la Pentapole doivent avoir concordé avec les limites des provinces romaines, c.-à-d. avoir compris les villes grecques de la Mésie Inférieure. Ces villes se trouvent aussi sur les documents les plus certains, les monnaies de l'époque impériale. En faisant abstraction de Nikopolis (p. 73, note) il y avait en Basse-Mésie six villes où l'on frappait des monnaies : Istros, Tomis, Kallatis, Dionysopolis, Odessos et Markianopolis; comme cette dernière a été fondée par Trajan, le nom de Pentapole s'explique facilement. Tyra et Olbia n'ont pas fait partie de la confédération; du moins les monuments nombreux et très explicites d'Olbia ne mentionnent nulle part un lien quelconque qui la rattachât à ce groupe de cités. La Confédération porte le nom de ? dans une inscription de Tomis que je reproduis ici, parce qu'elle n'a été imprimée que dans la Pandora d'Athènes (1er juin 1868). 'Ayaln tuxn. Kata.

2. C'est ce que prouve la curieuse inscription signalée par Allard (La Bulgarie orientale, Paris, 1863): Osu peyarw Sape?. La colonie des armateurs de Tomis est souvent nommée dans les inscriptions de la ville.

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Tyra

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Au-delà de la frontière impériale, entre les bouches du Danube et la Crimée, la côte avait été peu colonisée par les marchands de la Grèce. Il ne s'y trouvait que deux villes grecques importantes, fondées depuis longtemps par Milet, Tyra, à l'embouchure du fleuve du même nom, aujourd'hui le Dniester; et Olbia, sur le golfe où viennent se jeter le Borysthène (Dniéper) et l'Hypanis (Bug). Nous avons montré plus haut combien la situation de ces Hellènes, perdus au milieu des Barbares qui les pressaient de tous côtés, fut périlleuse, aussi bien à l'époque des Diadoques que sous la domination de la république romaine. Les empereurs leur portèrent secours. En l'an 56, pendant les premières années si exemplaires du principat de Néron, Tyra fut rattachée à la province de Mésie.

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Olbia

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Olbia, plus éloignée, nous a été décrite à l'époque de Trajan1; la ville saignait toujours de ses anciennes blessures; de misérables murs entouraient des maisons aussi misérables, et le quartier habité remplissait une partie minime de l'ancienne enceinte considérable, dont quelques tours isolées se dressaient encore au milieu de la campagne déserte. Dans les temples il n'y avait plus une seule statue de dieu qui ne portât les traces de la violence des barbares. Les habitants n'avaient pas oublié leur origine hellénique, mais ils vivaient et se conduisaient comme les Scythes, qu'ils étaient obligés de combattre sans cesse. Ils prenaient, aussi souvent que des noms grecs, des noms scythes, c'est-à-dire des noms usités dans les tribus sarmates parentes des Iraniens; dans la maison même du roi, Sauromates était un nom habituel.

Ces villes durent leur existence beaucoup moins à leur force propre qu'à la bienveillance, ou plutôt à l'égoïsme des indigènes. Les peuplades qui habitaient cette côte n'étaient pas capables de faire elles-mêmes, dans leurs ports, du commerce extérieur et elles ne pouvaient s'en passer; elles achetaient dans les cités grecques du rivage du sel, des vêtements, du vin; aussi les princes un peu civilisés défendirent-ils dans une certaine mesure les étrangers contre les attaques des tribus plus sauvages. Les premiers empereurs romains doivent avoir hésité à prendre sous leur protection ces colonies lointaines; Antonin envoya pourtant à leur secours des troupes romaines, lorsqu'elles furent attaquées de nouveau par les Scythes; les barbares furent forcés de demander la paix et de donner des otages. Depuis le règne de Sévère, Olbia frappa des monnaies à l'effigie des empereurs romains : sous ce prince elle a dû être incorporée à l'empire. Il va de soi qu'on annexa seulement le territoire des villes grecques; jamais il ne fut question de soumettre à la domination romaine les barbares voisins de Tyra et d'Olbia. Nous avons déjà dit que ces villes furent attaquées les premières, probablement sous Alexandre (+ 235) par les Goths envahisseurs.

1. Dion (Borysth., p. 75 R) nous raconte que, cent cinquante ans environ avant l'époque où il écrivait, c'est-à-dire avant l'année 100 de l'ère chrétienne, probablement lors de l'expédition de Burebista, la ville d'Olbia, toujours en guerre et souvent détruite, subit un dernier et terrible assaut. Dion rencontre ensuite un jeune et noble citoyen, à la physionomie nettement ionienne, qui a battu ou pris un grand nombre de Sarmates, qui ne connaît certes pas Phocylide, mais qui sait Homère par coeur; il porte, comme les Scythes, un manteau, des culottes et un couteau à la ceinture. Tous les habitants de la ville gardent leur barbe et leurs cheveux longs; un seul les a fait couper, et on lui reproche de s'être montré par là servile envers les Romains. Ainsi, un siècle après Ovide, Olbia avait le même aspect que Tomis.

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Le Bosphore

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Les Grecs ne s'étaient établis qu'en petit nombre sur le continent situé au Nord du Pont; mais depuis longtemps la grande presqu'île qui s'avance au Sud de cette côte, la Chersonèse Taurique, aujourd'hui la Crimée, était presque tout entière occupée par eux. Séparés l'un de l'autre par la chaîne de montagnes qui traverse le pays des Tauriens, les deux centres de la colonisation grecque dans la péninsule étaient, à la pointe occidentale la cité dorienne libre d'Herakleia ou Chersonesos (Sébastopol), à l'extrémité orientale la principauté de Pantikapeon ou Bosporus (Kertch). Le roi Mithridate, à l'apogée de sa puissance, les avait réunies, et avait fondé un second empire du Nord qui fut, après la chute de sa domination, laissé, comme un dernier reste de l'héritage paternel, à son fils et meurtrier Pharnace. Lorsque celui-ci, pendant la guerre entre César et Pompée, chercha à reconquérir en Asie Mineure l'empire de son père, César le vainquit et le déclara déchu du royaume de Bosphore.

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Asandros

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Sur ces entrefaites, le gouverneur laissé par Pharnace dans cette région, Asandros, lui refusait l'obéissance, dans l'espoir d'arriver lui-même à la royauté, grâce au service qu'il rendait à César. Lorsque Pharnace battu revint dans son royaume de Bosphore, il reprit bien sa capitale, mais il finit par succomber et mourut vaillamment dans la dernière bataille, égal à son père au moins comme soldat. Sa succession fut disputée par Asandros, qui tenait de fait le pays, et par Mithridate de Pergame, un habile officier de César, qui avait reçu de son chef l'investiture de la principauté. Les deux rivaux firent tous leurs efforts pour se rattacher à l'ancienne dynastie des rois de la contrée et au grand Mithridate; Asandros épousa la fille de Pharnace, Dynamis, et Mithridate, issu d'une famille bourgeoise de Pergame, se présenta comme un bâtard du grand Mithridate Eupator, soit pour déterminer le choix des habitants, soit pour le justifier. Comme César lui-même dut s'occuper d'affaires plus importantes, ce furent les armes qui décidèrent entre le césarien légitime et le césarien illégitime. Ce dernier l'emporta : Mithridate périt dans la lutte et Asandros resta seul maître du royaume. Au début il évita, sans doute parce qu'il n'avait pas encore obtenu la confirmation de son suzerain, de prendre le nom de roi; il se contenta du titre d'Archonte qu'avaient porté les anciens princes de Pantikapaeon; mais bientôt il reçut, probablement de César même, la confirmation de son pouvoir et le titre de roi1. Après sa mort (737/8 de Rome=17/16 av. J-C.), il laissa la couronne à sa femme Dynamis. L'influence du principe de succession et du nom de Mithridate était encore si considérable, qu'un certain Scribonianus, qui tenta de prendre la place d'Asandros, et, après lui, le roi Polémon de Pont, auquel Auguste avait donné le royaume de Bosphore, épousèrent Dynamis en même temps qu'ils prenaient le pouvoir; en outre Scribonianus se faisait passer pour un petit-fils de Mithridate, tandis que le roi Polémon, après la mort de Dynamis, se mariait avec une petite-fille d'Antoine et se rattachait ainsi à la maison impériale. Après sa mort prématurée il mourut dans un combat contre les Aspurgiens, sur la côte d'Asie - ses fils mineurs ne lui succédèrent pas, et son petit-fils, appelé aussi Polémon, auquel l'empereur Gaius rendit en l'an 38, malgré son jeune âge, les deux royaumes de son aïeul, ne conserva pas longtemps la couronne de Bosphore.

1. Asandros compta sans doute les années de son archontat à partir du moment où il trahit Pharnace, c'est-à-dire depuis l'été de l'an 707 = 47; or il porte déjà le titre de roi dans la quatrième année de son gouvernement; on doit admettre que cette année est celle qui commença vers l'automne de 709/710-45/44; la confirmation fut donc accordée par César. Antoine ne peut pas l'avoir donnée puisqu'il ne vint en Asie qu'à la fin de l'année 712 42; quant à Auguste, il n'y faut pas songer. Le Pseudo-Lucien (Macrob., 15), qui le nomme en cette occasion, confond le père et le fils.

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Les Eupatorides

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L'empereur Claude mit à sa place un descendant réel ou prétendu de Mithridate Eupator, et il semble que cette dynastie soit depuis lors restée sur le trône1.

1. Mithridate, que Claude fit roi du Bosphore en l'année 41, prétendait descendre d'Eupator (Dion, X, 8; Tacite, Ann., XII, 18); son frère Kotys lui succéda (Tacite, loc. cit.). Leur père s'appelait Aspurgos (Corp. insc. graec., II, p. 95), sans être pour cela un Aspurgien (Strabon, XI, 2, 19, p. 415). Nous ne savons pas s'il y eut plus tard un changement de dynastie: le roi Eupator, contemporain d'Antonin, appartient toujours à la même famille (Lucien, Alex., 57; Vita Pii, 9). D'ailleurs ces rois postérieurs du Bosphore, comme les successeurs immédiats de Polémon, dont les noms ne nous sont même pas connus, étaient probablement apparentés aux Polémonides; Polémon de son côté avait épousé une petite-fille d'Eupator. Les noms de rois thraces, comme Kotys et Rhask uporis, qui sont fréquents dans la dynastie de Bosphore, ont été introduits par le beau-fils de Polémon, le roi thrace Kotys. Le nom de Sauromatès, qui apparait souvent depuis la fin du premier siècle, provient sans doute d'alliances matrimoniales contractées avec les dynasties sarmates, mais ne prouve nullement que les princes ainsi nommés fussent eux-mêmes sarmates. Zosime (I, 31) reproche aux rois impuissants et sans dignité qui occupèrent le trône après l'extinction de l'ancienne famille royale, d'avoir laissé les Goths, à l'époque de Valérien, faire leurs pirateries sur les vaisseaux du Bosphore; ce reproche est assez fondé et s'adresse surtout à Phareansès, dont les monnaies sont datées des années 254 et 255. Mais ces monnaies mêmes portent l'effigie de l'empereur romain, et plus tard nous trouvons encore les anciens noms de famille (tous les rois du Bosphore sont des Tiberii Julii) et les anciens surnoms comme Sauromatès et Rhaskuporis. Au total, les vieilles traditions et Etendue du royaume de Bosphore.

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Etendue du royaume de Bosphore

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Tandis que, dans l'empire romain, les principautés clientes disparaissent partout ailleurs, à la fin de la première dynastie, et que depuis Trajan le principe du gouvernement direct est appliqué dans toute l'étendue des pays romains, on rencontre, jusqu'au IVe siècle, le royaume de Bosphore, sous la suzeraineté de Rome. Ce fut seulement lorsque Constantinople devint le centre de gravité du monde romain, que ce pays fut incorporé à l'empire1, pour être bientôt abandonné par lui et pour devenir au moins en grande partie la proie des Huns2.

En réalité le Bosphore fut et resta plutôt une cité qu'un royaume; il ressemble plus aux territoires de Tyra et d'Olbia qu'aux royaumes de Cappadoce et de Numidie. Les Romains n'ont protégé dans ce pays que la ville hellénique de Pantikapaeon; ils ne se sont pas plus occupés là qu'à Tyra et à Olbia d'étendre les frontières et de soumettre l'intérieur du pays. Le domaine du prince de Pantikapaeon comprenait, il est vrai, les colonies grecques de Theudosia dans la péninsule même, et de Phanagoria (Taman) sur la côte asiatique opposée; mais Chersonesos ne lui était pas soumise3, ou ne dépendait de lui que comme Athènes relevait du gouverneur de l'Achaïe. Cette ville avait été déclarée autonome par les Romains; elle considérait le prince comme son protecteur le plus voisin, mais non comme son maître; sous l'empire même, en tant que cité libre, elle n'a jamais frappé de monnaies à l'effigie d'un roi ou d'un empereur. Sur le continent, la ville appelée Tanaïs par les Grecs, marché très actif situé à l'embouchure du Don, mais qui n'était pas d'origine grecque, dépendait pas non plus du prince vassal de Rome4. Parmi les tribus plus ou moins barbares répandues dans la péninsule elle-même ou sur les côtes d'Europe et d'Asie au Sud de Tanaïs, les plus voisines seules étaient réellement soumises5.

1. La dernière monnaie du Bosphore est datée de l'an 631 (ère des Achéménides), 335 ap. J.-C.; or la même année le neveu de Constantin I, Hanniballianus, était couronné «roi»; il y a certainement un rapport entre ces deux faits, quoique le royaume d'Hanniballianus comprît surtout l'Asie Mineure orientale, et eût pour capitale Césarée de Cappadoce. Lorsque, après la mort de Constantin, ce roi et son royaume disparurent dans une sanglante catastrophe, le Bosphore passa sous l'autorité directe de Constantinople.

2. Le Bosphore appartenait encore aux Romains en l'an 366 (Ammien, XXVI, 10, 6); peu de temps après les Grecs de la côte septentrionale de la mer Noire durent être abandonnés à eux-mêmes jusqu'au moment où Justinien reprit la péninsule (Procope, Bell. Goth., IV, 5). Dans l'intervalle Pantikapaeon avait été détruite par les Huns.

3. Les monnaies de la ville de Chersonesos portent à l'époque impériale la légende : Xepsov sou hudecas, une fois même Baoldeuotons; mais jamais on ne voit le nom ni l'effigie d'un roi ou d'un empereur (1. von Sallet, Zeitschrift fur Numismatik, I, p. 27; IV, p. 273). Ce qui prouve encore l'indépendance de cette ville, c'est qu'elle frappait des monnaies d'or comme les rois de Bosphore. L'ère de la cité semble fixée avec raison à l'année 36 avant J.-C. (Corp. insc. graec., 8621), époque où la liberté lui fut accordée, probablement par Antoine; la monnaie d'or de la «ville régnante» datée de l'an 109 fut donc frappée en l'an 73 après J.-C.

4. D'après Strabon (XI, 2, 11, p. 495) les chefs de Tanaïs sont distincts et indépendants des princes de Pantikapaeon; les tribus qui habitent au Sud du Don sont sujettes tantôt des uns, tantôt des autres. L'auteur ajoute que plusieurs princes de Pantikapaeon, notamment les derniers, Pharnace, Asandros, Polémon, ont étendu leur puissance jusqu'au Tanaïs; mais cela paraît être l'exception plutôt que la règle. Dans l'inscription citée agrave; la note suivante, les Tanaïtes sont comptés parmi les tribus sujettes; ce fait est confirmé par une série d'inscriptions de Tanaïs pour la période qui s'étend de Marc-Aurèle à Gordien; mais les "Elves xai Tævæita!", à côté souvent nommés, prouvent qu'à cette époque la ville n'était pas encore hellénisée.

5. Dans le seul récit vivant que nous ayons sur l'histoire du Bosphore, Tacite (Ann., XII, 15-21), en nous décrivant la rivalité des deux frères Mithridate et Kotys, nous apprend que les tribus voisines, Dandarides, Siraci, Aorsi, ont des chefs particuliers qui ne dépendent pas régulièrement des princes romains de Pantikapaeon. - Dans leurs titres les anciens princes de Pantikapaeon ont l'habitude de se nommer Archontes du Bosphore, c'est-à-dire de Pantikapaeon et Theudosia, rois des Sindes, de tous les Maïtes et d'autres peuplades non grecques. De même, parmi les inscriptions royales de l'époque romaine, la plus ancienne. On ne peut tirer de la simplification du titre aucune conclusion formelle sur l'étendue du territoire.
Dans les inscriptions de l'époque postérieure, on trouve une fois, sous Trajan, le titre, qui n'est qu'une flatterie, de Ecolheds (Corp. insc. graec., 2123). Depuis Asandros on ne trouve guère plus sur les monnaies d'autre titre que Baothsus, tandis que Pharnace s'appelait. Ce changement fut introduit sans doute sous l'influence de la suzeraineté romaine qui ne pouvait admettre qu'un prince vassal commandât à d'autres princes.

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Organisation militaire du Bosphore

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Le territoire de Pantikapaeon était trop vaste et surtout trop important sous le rapport des relations commerciales, pour être soumis, comme Olbia et Tyra, à l'autorité de fonctionnaires changeants et d'un gouverneur trop éloigné; aussi fut-il confié à des princes héréditaires. D'ailleurs on comprit qu'il n'était guère avantageux de transporter directement à l'empire les relations que ce royaume entretenait avec les tribus voisines. Malgré leur origine et leur ère achéménides, les princes de la dynastie du Bosphore se considéraient comme des princes grecs; selon l'habitude hellénique, ils rattachaient leur famille à Héraclés et aux Eumolpides. Ces Grecs du royaume de Pantikapaeon et de la république de Chersonesos acceptaient la domination romaine comme un fait tout naturel; ils n'ont jamais songé à se révolter contre l'empire qui les protégeait; une seule fois, sous Claude, les troupes romaines durent marcher contre un prince du Bosphore insoumis1. Mais, même dans le bouleversement terrible du milieu du III siècle, ce pays, quoique durement éprouvé, ne fit jamais défection à l'empire qui se disloquait2; c'est que les villes de commerce assez prospères, qui, entourées par le flot des peuplades barbares, avaient certainement besoin d'une protection militaire, étaient attachées à Rome comme les avant-postes au corps d'armée principal.

Leur garnison était recrutée surtout dans le pays lui-même, et le premier devoir du roi de Bosphore était certainement de lever et de commander ces troupes. Les monnaies frappées pour célébrer l'investiture d'un de ces princes portent bien le siège curule et les autres présents honorifiques accordés en pareille occasion, mais à côté l'on voit aussi un bouclier, un casque, une hache de combat et un cheval de bataille; ce n'était donc pas d'une dignité purement civile que ce prince était revêtu. Le premier souverain qu'Auguste établit sur le trône du Bosphore lutta continuellement contre les barbares, et ses successeurs, par exemple le roi Sauromatès, fils de Rhoemetalkes, combattit, au début du règne de Sévère, les Siraci et les Scythes; ce n'est peut-être pas sans raison qu'il caractérise ses monnaies par la reproduction des travaux de Héraclès. Il ne fut pas moins actif sur mer; il eut à détruire la piraterie, qui n'avait jamais cessé dans le Pont-Euxin; c'est aussi à ce Sauromatès qu'on rapporte l'honneur d'avoir rétabli l'ordre chez les Tauriens et d'avoir fait la chasse aux pillards de la mer. Il y avait néanmoins dans la péninsule des troupes romaines, peut-être un détachement de la flotte du Pont et un autre de Mésie. Malgré le petit nombre de ces soldats, leur présence montrait aux barbares que le légionnaire romain se tenait derrière les Grecs du pays.

L'empire les protégeait encore d'une autre façon: à la basse époque tout au moins, les princes du Bosphore recevaient régulièrement des sommes d'argent prélevées sur la caisse impériale; ils en avaient besoin; car, dans cette contrée qui n'était pas directement soumise à l'empire, on prit, plus tôt que partout ailleurs, l'habitude de payer un tribut annuel pour repousser les invasions des barbares.

1. C'était le roi Mithridate établi par Claude en l'an 41, qui fut détrôné quelques années plus tard et remplacé par son frère Kotys; il vécut depuis lors à Rome, et mourut au milieu des troubles de l'année des quatre empereurs (Plutarque, Galba, 13, 15). Mais les circonstances de l'événement ne sont clairement exposées ni dans Tacite (Ann., XII, 25; cf. Pline, Hist. Nat., VI, 5, 17), ni dans le récit de Pierre le Patrice (fr. 3, où sont confondus les deux Mithridate du Bosphore et d'Ibérie). Nous ne tenons naturellement aucun compte des fables de la Chersonèse racontées plus tard par Constantin Porphyrogenète (De adm. imp., c. 53). Le mauvais roi du Bosphore Sauromates, qui combattit avec les Sarmates contre les empereurs Dioclétien et Constance et contre la ville de Cherson restée fidèle à l'empire, est certainement issu d'une confusion entre le nom des rois du Bosphore et celui d'une peuplade; la victoire du petit Chersonésien Pharnacos sur le puissant roi du Bosphore, Sauromates, n'est pas plus historique que les variations sur l'histoire de Goliath et de David. Il nous suffit de connaître les noms des rois; par exemple, outre les princes déjà cités, celui d'Asandros qui monta sur le trône après que la dynastie des Sauromatès eut disparu. Les privilèges et le caractère particulier des villes, que l'on a cherché à expliquer en inventant toutes ces belles histoires, méritent d'ailleurs notre attention.

2. Toutes les monnaies d'or vraies ou fausses du Bosphore portent l'effigie d'un empereur romain, et toujours du prince reconnu par le Sénat. En 263 et en 265, années où après la prise de Valérien, Gallien était reconnu officiellement comme seul maître de tout l'empire, les monnaies du Bosphore portent néanmoins deux effigies: c'était peut-être par ignorance ou parce que le Bosphore avait fait un autre choix parmi les nombreux prétendants à l'empire. A cette époque les noms ne sont plus placés à côté des images et les effigies sont assez difficiles à distinguer.

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Situation des princes vassaux

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Ces rois eux-mêmes se ressentirent de la centralisation du gouvernement impérial: en face du César romain, ils n'avaient guère plus de pouvoir que le bourgmestre d'Athènes. Plusieurs faits le prouvent. Il faut aussi remarquer que le roi Asandros et la reine Dynamis frappaient des monnaies d'or à leur nom et à leur effigie, tandis que le roi Polémon et ses successeurs immédiats, tout en conservant le droit de battre monnaie d'or, parce que depuis longtemps leurs sujets et les barbares voisins ne connaissaient pas d'autre monnaie d'or courante, durent inscrire sur leurs pièces le nom et l'image de l'empereur régnant. De même, après Polémon, le roi du pays fut grand-prêtre à vie de l'empereur et de la famille impériale. Pour le reste, l'administration et la cour restèrent ce qu'elles étaient depuis Mithridrate, qui les avait organisées sur le modèle de la royauté perse: mais le secretaire intime et le grand chambellan de la cour de Pantikapaeon ressemblaient aux principaux fonctionnaires de la cour du Grand-Roi, comme l'ennemi des Romains Mithridate Eupator ressemblait à son successeur Tiberius Julius Eupator, qui vint à Rome justifier devant l'empereur Antonin ses droits à la couronne du Bosphore.

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Le commerce et les affaires dans le Bosphore

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Cette Grèce du Nord resta importante pour l'empire sous le rapport des relations commerciales. Quoiqu'elles ne fussent pas aussi étendues à cette époque que dans les périodes précédentes1, le négoce n'en continua pas moins d'être très actif. Au temps d'Auguste les tribus de la steppe apportaient à Tanaïs des pelleteries et des esclaves2, les marchands du monde civilisé des vêtements, du vin et d'autres articles de luxe; plus encore que Tanaïs, Phanagoria était l'entrepôt pour l'exportation des produits indigènes, Pantikapaeon celui des importations grecques. Les troubles qui agitèrent le Bosphore sous le règne de Claude portèrent un coup sensible au commerce de Byzance. Nous avons dit plus haut que les Goths commencèrent leurs pirateries au IIIe siècle en forçant les armateurs du Bosphore à leur venir en aide malgré eux. Grâce aux relations que les habitants du pays étaient obligés d'entretenir avec les barbares voisins, les Chersonésiens purent se maintenir après le départ des garnisons romaines, et plus tard, lorsque sous Justinien la puissance impériale se fit de nouveau sentir dans ces contrées, rentrer comme Grecs dans l'empire grec.

1. En ce qui concerne l'exportation des céréales, les renseignements donnés par Plautius (p. 198) sont dignes de foi.

2. Une localité du pays des Siraci (près de la mer d'Azov), assiégée par les troupes romaines, offrait de livrer dix mille esclaves (Tacite, Ann., XII, 17); on peut en conclure qu'il se faisait dans cette région une traite importante.

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