La restauration  
120-100 av. J.C.

Jugurtha La bataille de Muthul Marius, général en chef La seconde guerre servile en Sicile La réforme agraire

120-113 av. J.C.

Vacance du pouvoir

Le Forum
Le Forum

En supprimant la personne du monarque au moment même où la monarchie émergeait, on avait aussi fait un grand pas vers la restauration de l'ancien régime. D'autant plus que Gaius Gracchus une fois à terre, nul n'ose en face de la justice sanglante d'Opimius se poser en prétendant à la succession vacante, à titre de parent de sang ou par le droit d'un talent supérieur. A défaut d'héritiers du tribun, le sénat reprend immédiatement le pouvoir.

La réaction ne se fait pas attendre. On fait la guerre aux amis des Gracques, à coup de procès; et la faction populaire ayant tenté une accusation publique de haute trahison contre Opimius à sa sortie de charge, cette accusation échoue devant l'effort du parti contraire (120). Gaius Carbon, jadis l'allié des Gracques, depuis longtemps converti au sénat avait tout récemment aidé Opimius avec zèle et succès. Il n'en est pas moins un transfuge. Impliqué par les démocrates dans l'accusation dirigée contre Opimius, il n'est pas moins comme lui secouru par les gouvernants qui le voit tomber sans peine. Il se sent perdu et se donne la mort.

Mais dès qu'il est question de distributions de blé, de l'impôt asiatique, de l'organisation judiciaire et des juges jurés des Gracques (Cf Tiberius Gracchus et Gaius Gracchus), le sénat se montre plein d'égards pour les chevaliers et les prolétaires de la capitale. L'intérêt de la multitude s'entend au mieux avec l'intérêt aristocratique.

120-104 av. J.C.

La réforme agraire

Aussitôt l'aristocratie restaurée, on la voit avec l'amertume obstinée relever dans le présent la maxime : l'Italie doit régner sur le monde, Rome doit régner sur l'Italie ! Gracchus mort, le gouvernement écarte sans peine le projet de reconstruction de Carthage. Néanmoins, le parti démocratique réussit à fonder une nouvelle colonie : à la suite des conquêtes commencées par Marcus Flaccus au-delà des Alpes, s'élève la ville de Narbonne (Narbo Martius) en 118 av. J.C., le plus ancien municipe transmaritime de l'empire romain; en dépit du veto du sénat.

Le sénat supprime les colonies italiques de Gaius, Capoue en tête; seule Tarente est conservée. Les bénéficiaires des parcelles distribuées en dehors de l'assignation coloniale les gardent. Déjà, Marcus Drusus abolit les charges foncières et les rentes emphytéotiques établies par Gracchus dans l'intérêt de l'état. Bien plus, aux termes d'une loi dont le tribun du peuple Spurius Thorius se fait le moteur à la requête du sénat, les fonctions de répartiteurs sont supprimées (119 av. J.C.). Presque tout le domaine domanial sort des mains de l'Etat. Le sénat donne satisfaction aux fédérés italiques en maintenant les avantages fonciers que leur conféraient les traités.

Partout on voit l'aristocratie refouler les petits possesseurs, tantôt par les achats immobiliers, tantôt par la violence : le paysan cultivateur disparaît. Les révoltes serviles explosent partout en Italie, à Capoue ou dans le pays de Thurium. A Thurium, l'insurrection est si grave que le prêteur urbain doit marcher contre elle à la tête d'une légion. Chose incongrue, cette révolte a eu pour chef non pas un esclave mais un chevalier romain, Titus Vettius. Criblé de dettes, égaré par le désespoir, Vettius veut mettre en liberté tous ses esclaves et de se proclamer leur roi (104 av. J.C.).

120 av. J.C.

La Numidie

Le royaume numide s'étend du fleuve Molochath à la grande Syrte : confinant d'une part à l'empire mauritanien de Tingis (le Maroc) et de l'autre à Cyrène et à l'Egypte, il enveloppe à l'ouest, au sud et à l'est l'étroite bande maritime appelée province romaine d'Afrique. En outre, le royaume numide avait annexé la plus grande partie du territoire africain de Carthage. En 149 av. J.C., Massinissa mort, Scipion avait partagé le royaume entre ses trois fils : Micipsa, Gulussa et Mastanabal : l'aîné eut la résidence royale et les trésors paternels; le second commandait l'armée et le troisième la justice. Aujourd'hui, l'aîné seul survivant règne sur le royaume. Comme ses fils sont trop jeunes, il abandonne les rênes du gouvernement à son neveu, enfant illégitime de Mastanabal, Jugurtha pour se consacrer à l'étude de philosophie grecque.

120-112 av. J.C.

Jugurtha

Jugurtha, semblait avoir hérité de l'indomptable courage et de l'ambition de son aïeul, Massinissa. C'était le meilleur cavalier de l'Afrique et nul n'attaquait le lion avec plus d'ardeur; personne aussi n'avait moins de scrupules. Il avait conduit le contingent numide devant Numance. Sa position dans l'empire, l'influence qu'il s'était acquise auprès des romains par ses nombreux amis et compagnons de guerre, expliquent en grande partie son adoption par Micipsa (120 av. J.C.) au détriment de ses deux fils légitimes, Adherbal et Hiempsal. Le vieux roi meurt en 118 av. J.C.

Le testament est exécuté mais bientôt la discorde se met entre le cousin et les deux fils de Micipsa. Impossible de gouverner à trois. La rupture a lieu : Adherbal et Hiempsal repoussent le testament de leur père et veulent contester à Jugurtha son legs. Hiempsal est assassiné en 117 av. J.C. et la guerre civile éclate entre Adherbal et Jugurtha. A la tête de ses troupes moins nombreuses mais mieux exercées et mieux commandées, Jugurtha s'empare de tout le royaume, torture et abat les hauts personnages qui ont tenu pour son rival. Adherbal va porter ses plaintes à Rome. Jugurtha l'avait prévu et réussit à déjouer l'intervention romaine dont il se voyait menacé en soudoyant les plus illustres hommes politiques romains.

Les chefs du sénat ont beau crié au scandale : leurs efforts sont vains. On décide que les deux héritiers se partagent le royaume par égale moitié; et pour prévenir toute discorde nouvelle, une commission sénatoriale doit présider au partage. Elle vient sur les lieux. Le consulaire Lucius Opimius, fameux pour ses services contre Gaius Gracchus, saisit l'occasion de la récompense due à son patriotisme : il se fait nommer à la tête des commissaires. Le partage se fait à souhait pour Jugurtha et aussi non sans large profit pour les commissaires.

Jugurtha laisse ses cavaliers piller les terres d'Adherbal qui se contente d'envoyer à Rome ses plaintes. Alors Jugurtha, impatient de tous ces délais, prend les armes et bat son cousin à plate couture dans les environs de Rusicada. Adherbal se réfugie dans sa capitale, Cirta. Jugurtha assiège la ville où un grand nombre d'italiens y sont établis. A ce moment, une nouvelle commission sénatoriale romaine apparaît. Jugurtha refuse de la laisser entrer dans Cirta; la dite commission retourne aussi vite à Rome. Le sénat expédie une nouvelle ambassade dirigée par Marcus Scaurus. Même constat, Jugurtha fait la sourde oreille et retourne au siège de Cirta. La cité capitule. Jugurtha tue son frère adoptif dans les plus cruels supplices et quant à la population, africaine ou italienne, il l'a fait toute entière passer au fil de l'épée (112 av. J.C.).



111 av. J.C.

L'intervention romaine

Gaius Memmius, tribun du peuple met publiquement l'affaire du massacre des trafiquants romains et italiens de Cirta en discussion. Malgré la volonté du sénat de ne pas intervenir, le tribun menace d'appeler un jour l'aristocratie à rendre son compte en justice, le sénat déclare finalement la guerre (111 av. J.C.). Les ambassadeurs de Jugurtha sont renvoyés d'Italie sans avoir été admis au sénat tandis que le nouveau consul Lucius Calpurnius Bestia pousse rapidement les armements.

Marcus Scaurus lui-même accepte l'un des principaux grades dans le corps expéditionnaire d'Afrique; l'armée romaine en peu de temps débarque et marche dans le royaume numide. Enfin, le roi de Mauritanie, Bocchus, bien que sa fille soit la femme de Jugurtha apporte aux romains son amitié et son alliance. Jugurtha dépêche ses ambassadeurs au quartier du général romain. Dès les premiers pourparlers, Jugurtha comprend qu'il peut acheter non seulement une trêve mais bien la paix complète. Le numide a en son pouvoir les coffres plein d'or du vieux Massinissa : aussi l'on s'entend en deux mots.

111 av. J.C.

Traité de paix

Le roi se soumet à discrétion mais le vainqueur lui fait grâce et lui rend son royaume entier au prix d'une modique amende, de la remise des transfuges romains et des éléphants de guerre (111 av. J.C.). A la nouvelle de la paix, une véritable tempête éclate à Rome. Tout le monde savait comment s'était faite la paix : ainsi Marcus Scaurus, comme les autres, était à vendre pourvu qu'on y mette le prix. Le sénat ordonne au roi à comparaître dans la curie et le somme de venir à Rome.

On voit donc Jugurtha dans Rome. Il comparait devant le peuple qui veut mettre en pièces le meurtrier des italiens, défenseurs de Cirta. Mais à la première question posée par Gaius Memmius, le tribun du peuple, un de ses collègues interpose son veto et ordonne au roi de ne pas répondre. Ici encore l'or africain est plus fort que le peuple souverain et que les magistrats suprêmes. Le nouveau consul Spurius Postumius Albinus souhaite l'annulation du traité de paix.

Un autre petit-fils de Massinissa, Massiva, qui se trouve à Rome, profite de l'occasion pour faire valoir devant le sénat ses droits au trône : sur quoi Bomilcar, l'un des affidés de Jugurtha assassine ce concurrent inattendu et comme il allait être mis en jugement, s'enfuit. Le sénat commanda à Jugurtha de sortir à l'instant de Rome. "Ville à vendre!" s'écria-t-il lorsqu'il en franchit les portes, "il ne te manque qu'un acheteur."

111-110 av. J.C.

Annulation du traité de paix

Le sénat, quoi qu'il en soit, casse le traité et ordonne l'expulsion du numide (hiver 111 av. J.C.). La guerre recommence et le consul Spurius Albinus se met à la tête des troupes (110 av. J.C.). L'armée est désorganisée et le désordre va de pair avec l'instabilité politique et militaire de l'Etat. Jugurtha achète le consul qui se contente de ne rien faire. Après son départ, c'est son frère Aulus Postumius qui reprend le commandement de l'armée. A Calama, Jugurtha taille en pièce les romains : la défaite est complète autant que honteuse.

Les romains capitulent, le territoire évacué en entier; le pacte d'alliance, que le sénat avait brisé la veille, renouvelé : telles sont les conditions que dicte Jugurtha aux romains en 109 av. J.C. Les romains s'y résignent. Les nombreuses tribus du désert accourent se ranger sous les étendards de Jugurtha, l'opinion publique se soulève de nouveau en Italie contre le gouvernement de l'aristocratie à la fois corrompu et corrupteur.

Sur la motion du tribun Gaius Manilius Limetanus, une question extraordinaire est instituée, à l'effet d'informer sur les faits de haute trahison consommés dans cette affaire de la succession numide et le verdict des jurés condamne à l'exil les deux chefs de l'armée Gaius Bestia et Spurius Albinus.

Le sénat annule une seconde fois le traité de paix et décide de recommencer la guerre.

108 av. J.C.

La bataille de Muthul

Le commandement militaire tombe sur Quintus Métellus. Comme tous les membres de la famille puissante à laquelle il appartient, il est foncièrement absolu dans ses principes nobiliaires : inflexible en face du devoir, inaccessible à la corruption, capitaine expérimenté. Il choisit comme lieutenant Publius Rutilius Rufus, officier excellent et Gaius Marius, un brave soldat latin, fils de paysan, parti du dernier rang de l'armée.

Le consul débarque en Afrique au cours de l'année 109 av. J.C. et prend aussitôt le commandement de l'armée. Il la trouve désorganisée. Métellus, actif autant que sévère la remet en état et dès le printemps 108 av. J.C., il lui fait franchir la frontière numide. Jugurtha veut faire des propositions à Métellus, mais Métellus a pris son parti : une reddition à merci et le supplice de ce prince client qui a osé braver la république, seule expiation qui puisse satisfaire le peuple romain.

En arrière de la chaîne de montagnes rudes et désertes s'étend une vaste plaine allant se terminer au fleuve Muthul dont le cours est parallèle à la chaîne. C'est là que Jugurtha prend position et attend ses troupes massées en deux corps : l'un composé d'une division d'infanterie avec les éléphants se tient sous les ordres de Bomilcar à la jonction de la colline et du fleuve : l'autre, formé du gros des fantassins avec toute la cavalerie s'appuie aux bois sur la hauteur.

Métellus détache Rufus avec une division pour se porter directement vers le Muthul et y dresser un camp. Quant au surplus de l'armée, il est assaillit par la cavalerie numide. Bomilcar occupe Rufus avec son détachement et l'empêche de secourir le principal corps de l'armée romaine. Enfin Métellus et Marius avec deux mille légionnaires gagnent le pied des mamelons : aussitôt l'infanterie numide qui doit les défendre se disperse sans lutte malgré la supériorité du nombre et de la position. Sur l'autre point, Rufus n'est pas moins heureux : à la première attaque, les fantassins de Jugurtha se débandent et les éléphants sont tous tués ou pris.

108-107 av. J.C.

Occupation de la Numidie

Le roi se contente désormais de faire la guerre d'escarmouches. Conduites l'une par Métellus, l'autre par Marius, qui inférieur aux autres chefs de corps par la naissance et le rang, est monté à la première place depuis la journée du Muthul, les deux colonnes parcourent tout le pays numide, occupant les villes et passant au fil de l'épée toute la population virile adulte quand les portes ne s'ouvrent pas d'elles-mêmes.

Métellus souhaite négocier avec Jugurtha qui saisit avec empressement l'occasion : déjà il s'était engagé à payer une importante rançon (200000 livres d'argent): déjà il avait livré ses éléphants et trois cents otages, ainsi que trois mille transfuges aussitôt mis à mort. Mais sur ces entrefaites, Métellus gagne Bomilcar, le conseiller le plus intime du roi et qui a craindre, la paix se faisant, que Jugurtha ne le livre aussi aux romains, lui, l'assassin de Massiva. Moyennant la promesse de l'impunité et d'une riche récompense en outre, il s'était engagé à remettre son maître mort ou vif. Ces négociations et intrigues n'aboutissent pas. Quand Métellus en vient à exiger que le roi se rende prisonnier à son camp, celui-ci rompt brusquement les pourparlers et les intelligences de Bomilcar avec les romains ayant été découvertes celui-ci exécuté. Métellus recommença les hostilités en gardant ce qu'il avait reçu.

En 107 av. J.C., Jugurtha se réfugie dans le désert. Le général romain ose le poursuivre. En Mauritanie, le roi Bocchus dont Rome avait paru dédaigner l'amitié, fait mine de se rapprocher de son gendre : il l'accueille chez lui et s'allie avec l'armée numide en s'avançant jusqu'à Cirta où Métellus a établi ses quartiers d'hiver.

106 av. J.C.

Marius, général en chef

Marius, d'Arpinum, est un homme nouveau, rude et illettré que l'appui des Métellus, avait fait arriver en 119 av. J.C., au tribunat. D'abord Marius avait secondé loyalement son général. Durant l'action, nul n'était plus intrépide; au camp, dans les marches, personne n'était comme lui infatigable; les soldats voyaient avec étonnement un légat consulaire dormir sur la terre nue, travailler aux fossés et planter les palissades. Métellus était dur et fier; au moins dans son lieutenant, la sévérité du commandement était tempérée par des manières populaires, et il n'ordonnait rien qu'il ne fût prêt à faire lui-même. Aussi était-ce à lui que les soldats rapportaient tous les succès de la campagne; et déjà les devins lui prédisaient une haute fortune.

Il a alors quarante-huit ans, et il ambitionne le consulat; mais depuis longtemps les nobles fermaient obstinément cette charge aux hommes nouveaux. En quatorze ans les seuls Métellus avaient eu six consulats. Aussi quand Marius demanda à son général la permission d'aller à Rome se porter candidat, Métellus étonné de cette étrange audace lui répondit: "Chasse de ton esprit ces chimères, et proportionne tes désirs à ta condition; il sera temps de te présenter quand mon fils aura l'âge." Le jeune Métellus faisait alors ses premières armes (108 av. J.C.).

Blessé dans son ambition et dans son orgueil, Marius ne contint plus sa haine; devant les soldats il accusait la dureté du proconsul; à Utique, il promettait aux marchands italiens que cette guerre ruinait, de prendre en quelques jours Jugurtha mort ou vif, si on lui donnait seulement la moitié des troupes. Dans un soulèvement des habitants de Vacca, toute la garnison romaine avait été massacrée à l'exception de son chef Turpilius, ami et hôte de Métellus. Marius le fit condamner à mort dans un conseil de guerre, puis se vanta tout haut d'avoir attaché à l'âme du proconsul une furie vengeresse. Métellus, fatigué de cette guerre acharnée, céda enfin; mais douze jours seulement avant les comices consulaires.

Marius fit une telle diligence, qu'il arriva le septième jour à Rome. Les tribuns le présentèrent aux suffrages du peuple; il fut élu et on lui assigna la Numidie pour province. Dès lors il ne garda plus de mesure contre les grands, qui s'étaient opposés à son élection. "Mon consulat et ma province", disait-il, "sont des dépouilles opimes enlevées sur les nobles; ces gens-là méprisent ma naissance, moi leurs vices; ils oublient que le plus noble, c'est le plus brave. On dit que je suis un homme grossier, parce que je ne sais pas ordonner un festin et que j'estime plus un laboureur qu'un cuisinier et qu'un histrion. Je l'avoue volontiers, car j'ai appris de mon père et d'autres gens de bien que l'élégance appartient aux femmes, aux hommes le travail; et que pour nous les armes, sont la plus belle parure." Et il continua longtemps à flageller, dans son rude langage, la cupidité, la sottise et l'orgueil des nobles, les trois vices, disait-il, qui jusqu'ici avaient protégé Jugurtha.

Marius consul, un décret du peuple oblige Métellus à lui remettre le commandement. Marius se met à la tête de l'armée pour la campagne de 106 av. J.C. N'étant pas noble, il encoure le mépris de l'aristocratie. Il entreprend une expédition contre la ville de Capsa, la capitale de la Numidie. La cité tombe, tous les habitants sont mis à mort. Ensuite, le consul attaque une forteresse en montagne, dominant le fleuve Mouloia qui sépare la Mauritanie de la Numidie. Là Jugurtha avait caché ses richesses.

La place est prise d'assaut et pillée par les romains. Bocchus traite avec Jugurtha moyennant l'abandon d'une partie de son royaume à son profit. Aussitôt l'armée romaine à son retour du siège de Capsa est un soir enveloppée par les masses énormes de la cavalerie des deux rois. Marius doit gagner deux collines voisines où elle campe en sûreté. Mais la victoire enivre les africains qui se laissent surprendre aux premières heures par les romains qui se sont reformés : les numides sont chassés et dispersés. A dater de là, l'armée continue sa retraite en bon ordre. Les hordes africaines l'assaillent des quatre côtés en même temps. Mais le chef de la cavalerie, Lucius Cornelius Sylla met en déroute les essaims qui tourbillonnent devant lui; et revenant de les poursuivre, il se jette sur Bocchus et Jugurtha qui avaient pris à dos l'infanterie. Leur attaque est aussi repoussée et Marius ramène les romains dans ses quartiers d'hiver de Cirta (106-105 av. J.C.).

105 av. J.C.

La capture de Jugurtha

La capture de Jugurtha
La capture de Jugurtha
Joaquin Ibarra, 1772

Bocchus reprend sans trop de difficultés son attitude à double face : il ne brise pas son alliance avec son gendre mais à la même heure il entre en pourparlers avec le général romain sur les conditions d'une alliance avec Rome. Quand ils tombent d'accord, Bocchus demande pour conclure définitivement et pour livrer Jugurtha, Lucius Sylla qu'il avait connu jadis et qui lui est personnellement agréable. Sylla se charge volontiers de la mission et part, sous la conduite de Volux, fils de Bocchus rejoindre le roi maure qui dès lors, tourne complètement du côté des romains.

Jugurtha est sacrifié. Bocchus l'attire dans une embuscade où son escorte est massacrée. Lucius Sylla revient au quartier général, amenant enchaîné le rusé et l'infatigable numide et ses enfants; la guerre prend fin après sept années de combats. La victoire est attachée au nom de Marius : devant son char de triomphe quand il fait son entrée dans Rome le 1er janvier 104 av. J.C., on voit marcher Jugurtha et ses deux fils, tous trois chargés de fers par-dessus leurs habits royaux. Après le triomphe, le roi est jeté dans la prison du mont Capitole. "Par Dieu", s'écria-t-il en riant, "que vos étuves sont froides !" Il y lutta six jours contre la faim. Par ordre de Marius, Jugurtha est étranglé (104 av. J.C.).

Par dérogation du sénat, la Numidie n'est pas déclarée province romaine : pour occuper le pays il faut des soldats qui le gardent contre les hordes du désert : Rome ne veut pas entretenir en Afrique une armée permanente. La Numidie est donc rattachée à l'empire de Bocchus à l'exception de la partie orientale, donnée au demi-frère de Jugurtha, Gauda, dernier survivant des petits fils légitimes de Massinissa. Quant aux tribus de l'intérieur, elles sont rangées à titre de libres alliées parmi les nations indépendantes rattachées à Rome par la loi des traités.

102 av. J.C.

La piraterie

Dans tous les parages de la méditerranée, aux alentours des côtes d'Asie surtout, les pirates commettent de tels excès qu'on voit Rome en 102 av. J.C., former une flotte et l'envoyer en Cilicie sous le commandement de Marcus Antonius, prêteur avec pouvoir proconsulaire. Un grand nombre de corsaires sont capturés, plusieurs repaires de pirates sont détruits et non contents de ces exploits, les romains s'établissent définitivement en Cilicie. La Cilicie deviendra ainsi une province de la république (102 av. J.C.).

104-100 av. J.C.

La seconde guerre servile en Sicile

En Sicile, des hordes d'esclaves asiatiques attachées aux plantations se réunissent en armes. Une bande d'esclaves fugitifs ayant battu un détachement de la garnison d'Enna, ce premier succès vaut à la révolte des armes et des soldats. Elle s'organise militairement et bientôt ces bandes comptent plusieurs milliers d'hommes. Ces esclaves asiatiques élisent l'esclave Salvius et le saluent du nom de Tryphon. Mais un jour, devant Morgantia, ils se laissent surprendre par le préteur romain accouru avec ses cohortes italiennes et siciliennes ramassées en toute hâte qui mate la révolte.

Une autre insurrection éclate sur la côte occidentale. Athenion est leur chef. Il avait été en Cilicie, son pays, un chef de brigands redouté : captif et fait esclave, les romains l'avaient amené en Sicile. Sa discipline sévère arrête tout mouvement d'hésitation, tout tumulte parmi ses troupes : ses succès sont grands et rapides. Athenion s'allie avec Tryphon, malgré son incapacité. Bientôt les esclaves sont maîtres de l'île où les prolétaires libres font cause commune avec eux. Rome doit se défendre contre les Cimbres; il lui est difficile de lever une seconde armée.

Pourtant, en 103 av. J.C., quartoze mille romains et italiques sont expédiés en Sicile sous le commandement du préteur Lucius Lucullus. Les troupes romaines anéantissent les esclaves près de Sciacca mais une partie des troupes serviles se réfugie dans la citadelle de Triocala. Lucius ne les poursuit pas. L'année suivante, le nouveau préteur Gaius Servilius (102 av. J.C.) n'arrive pas à les déloger. Tous les deux plus tard seront condamnés. Tryphon meurt et Athenion commande seul. C'est alors que débarque le consul Manius Aquillius, qui l'année précédente s'était distingué contre les Cimbres. Il reprend les choses en mains et au bout de deux ans, détruit la résistance désespérée de l'armée servile et ramène la paix en Sicile.

Livret :

  1. Marius et Sylla dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Numidie de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Jugurtha de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Jugurtha de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  4. Guerre de Jugurtha par Salluste
  5. Histoire romaine par Salluste
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