La première guerre punique  
264-241 av. J.C.

Le contrôle du détroit de Messine La bataille de Mylae La bataille d'Ecnome Marcus Atilius Regulus La bataille de Panormus Le siège de Lilybaeum (Lilybée) La victoire des îles Egates et la fin du conflit

289 av J.C.

Carthage

Pendant que Rome domptait l'Italie, Carthage étendait son empire sur une partie de l'Afrique septentrionale, sur la Sardaigne, les Baléares, les deux tiers de la Sicile, et elle couvrait la Méditerranée de ses vaisseaux marchands. Carthage avait fait des conquêtes, non, comme Rome, pour l'orgueil du commandement, mais pour les profits de la victoire. Elle exploite durement les vaincus, de sorte que ceux-ci, restent ses ennemis, tandis que Rome, sait faire de ses sujets des alliés fidèles et des instruments de nouvelles victoires. Carthage démantelait avec soin leurs villes, de peur que celles-ci ne deviennent des points d'appui pour une révolte; mais ces villes ouvertes ne sont plus pour elle-même un rempart. Enfin, les Carthaginois se servent de soldats mercenaires, croyant qu'on peut avec de l'argent acheter du courage, de la fidélité et du dévouement. Ils ne voient pas que leurs mercenaires se battant pour une cause étrangère se battront mollement, exigeront beaucoup et compromettront toutes les guerres par leur indiscipline.

289-264 av J.C.

Le contrôle du détroit de Messine

Le Forum
Le forum

Au début du IIIième siècle, deux colonies grecques indépendantes s'opposent sur le détroit de Messine : Messina (actuelle Messine) en Sicile et Rhegium à la pointe de la botte italienne.

Depuis le Vième siècle av J.C., Syracuse combat Carthage dans un long conflit ou aucun des deux belligérants n'arrive pas à prendre le dessus sur l'autre. En 315 av. J.C., le Tyran Agathocles de Syracuse déclenche une nouvelle guerre contre Carthage. En 309 av. J.C., il accoste en Afrique, s'empare de Tynes la blanche et ravage les campagnes alentours. Il gagne plusieurs batailles importantes contre les troupes puniques, rallie des cités soumises à Carthage dans son camp et en profite pour descendre vers le sud. En 307 av. J.C., il est vaincu et doit repartir en Sicile. Cette défaite permet à Carthage d'affirmer sa présence dans la partie occidentale de la Sicile.

En 289 av. J.C., à la mort d'Agathocles de Syracuse, une grande partie de ses mercenaires se retrouvent sans emploi. Ces mercenaires ou Mamertins viennent de Mammertum dans le Bruttium (Calabre). Ils s'emparent alors de Messine, massacrent une partie des habitants et prennent le contrôle de la cité.

Peu après, les Romains interviennent sur les villes grecques de la côte sud de l'Italie, à Rhegium, à Thurii et se heurtent à Tarente qui sollicite en 280 av. J.C. l'aide militaire de Pyrrhus. Son intervention en Italie puis en Sicile le met aux prises avec les Romains puis les Carthaginois. Ces derniers s'accordent par traité en 279 av. J.C. contre leur adversaire commun. Ce traité exclut toute paix séparée avec Pyrrhus, et prévoit une assistance de la flotte Carthaginoise, toutefois aucune de ces clauses ne seront respectées.

En quittant la Sicile, Pyrrhus s'était écrié : "Quel beau champ de bataille nous laissons là aux Romains et aux Carthaginois!" Ni Rome, ni Carthage ne peuvent en effet abandonner à une puissance rivale cette grande île située au centre de la Méditerranée, qui touche à l'Italie et d'où l'on aperçoit l'Afrique. Après son départ, les puissances reprennent leurs positions : les Carthaginois récupèrent l'ouest de la Sicile, les Romains s'emparent de Tarente en 272 av. J.C. puis de Rhegium en 270 av. J.-C. Cette prise de Rhegium prive les Mamertins de Messine de leur allié. En 269 av. J.-C., Hiéron II, le nouveau tyran syracusain (Syracuse) parvient à les vaincre et à prendre une partie de leur territoire. Les Mamertins font appel à Carthage et à Rome. Les Carthaginois qui se trouvent à Lipari toute proche interviennent immédiatement et installent une garnison à Messine, obligeant Hiéron à renoncer à soumettre cette ville.

Rome hésite à intervenir. Ce délai est mis à profit par le général carthaginois Hannon le Grand, fils d'Annibal Barca : il débarque avec une armée en Sicile, y renforce les positions carthaginoises et s'entend avec Hiéron de Syracuse contre Messine qui a réussi à se débarrasser de sa garnison carthaginoise. Rome finit par envoyer en 264 av. J.C. le consul Appius Claudius Caudex à Rhegium, d'où il parvient à débarquer à Messine. L'escalade militaire atteint son point fatal : Hannon et Hiéron assiègent Messine, Appius Claudius leur enjoint de lever le siège. Hiéron refuse, répliquant qu'il exerce des justes représailles contre les agressions des Mamertins. La guerre est déclarée.

Après quelques succès à terre contre les Carthaginois et la reddition de plusieurs cités, les Romains imposent à Hiéron de Syracuse une trêve de 15 ans, et lui restituent ses prisonniers contre rançon. Syracuse conserve son territoire, et laisse les Carthaginois seuls face aux Romains.

Malgré ce revers, Carthage commence à regrouper des troupes à Agrigente, mais les Romains menés par Appius Claudius et Marcus Valerius Messalla prennent les villes de Ségeste et d'Agrigente en 261 av. J.C. après un siège de 7 mois. La ville est saccagée et la population réduite à l'esclavage.



260 av J.C.

La bataille de Mylae

Afin de combler son retard sur la marine carthaginoise, Rome revitalise sa marine. En 260 av. J.C., en deux mois le bois est coupé, façonné et les romains lancent sur les mers 140 vaisseaux de guerres, construits sur le modèle d'un navire carthaginois capturé. Le génie militaire des Romains leur fait trouver le moyen de vaincre les Carthaginois sur leur propre élément : ils inventent une machine de guerre le corbeau, sorte de passerelle de crocs ou un pont qui, s'abattant sur la galère ennemie, la saisit avec des crampons de fer, la tient immobile et livre passage aux soldats. Dès lors ce n'est plus, pour ainsi dire; qu'un combat de terre ferme où le légionnaire retrouve tous ses avantages.

Les troupes romaines sont dirigées par le consul Gaius Duilius qui commande l'infanterie et Gnaeus Cornelius Scipio (l'oncle de Scipion l'africain), la marine. Malheureusement, Scipion est capturé avec 17 vaisseaux près de l'île de Lipari. Au même moment, au large de Mylae sur la côte nord de la Sicile, 125 bateaux carthaginois affrontent la flotte romaine commandée par Duilius. Les carthaginois sont vaincus et perdent 45 bateaux. C'est la première victoire navale de Rome.

Cette victoire navale aura un grand retentissement. Rome en sera très fière et récompensera du mieux qu'elle pourra son général par des honneurs inusités. Outre le triomphe ordinaire, il lui sera accordé le droit de se faire reconduire le soir chez lui à la lueur des flambeaux et au son des flûtes; de plus, on érigera en son honneur, au Forum, une colonne qui portera gravés son nom et sa victoire.

Ce succès faillit être compensé par un revers. Une armée romaine fut enveloppée en Sicile dans un défilé. Elle ne pouvait être tirée de ce mauvais pas que si l'on occupait une colline qui couvrait la route. Un tribun légionnaire, Marcus Calpurnius Flamma, s'offrit à s'y établir. C'était marcher à une mort certaine, car tout l'effort de l'ennemi allait se concentrer contre ce poste. Il trouva pourtant trois cents braves pour mourir avec lui. Les Carthaginois n'eurent raison de cette poignée de braves qu'après que l'armée romaine, sauvée par ce sacrifice, fût sortie du défilé. Ils se vengèrent sur eux : tous périrent. Cependant les Romains, revenus le lendemain sur la colline, y retrouvèrent Calpurnius Flamma vivant encore sous un monceau de cadavres. Il reçut du consul une couronne de gazon. "C'était alors", dit Pline, "la plus noble récompense;" car cette simple couronne voulait dire que celui à qui elle était donnée avait sauvé la vie à des citoyens Romains.

256 av J.C.

La bataille d'Ecnome

Sur terre, Carthage doit apporter des renforts supplémentaires à son infanterie qui subissait la puissance des légions romaines. En 256 av. J.C., Rome lève 360 navires à Messine tandis que Carthage réunit 350 vaisseaux à Lilybeaum (Lilybée). Polybe estime la force navale romaine à 140000 hommes et à 150000 hommes pour celle de Carthage. En tout, plus de 700 navires et environ 300000 hommes vont s'affronter dans la bataille navale du cap d'Ecnome. Les forces romaines sont commandées par les consuls Lucius Manilio Vulsone Longo et Marcus Atilius Regulus, les troupes puniques par Hannon le Grand et Hamilcar Barca.

Au cours de la bataille, les romains ne perdent que 24 navires et capturés 64 navires ennemis. Carthage subira une lourde défaite. La bataille navale d'Ecnome est considérée comme la plus grande bataille navale de l'antiquité.

255 av J.C.

Marcus Atilius Regulus

Marcus Atilius Regulus
Marcus Atilius Regulus

Fort de son succès au cap d'Ecnome, Marcus Atilius Regulus essaie de rééditer la stratégie d'Agathocles de Syracuse en débarquant avec 15000 hommes prés de Carthage en Afrique pour détourner les troupes puniques de Sicile.

Regulus rencontre une armée punique à Adys et remporte facilement la victoire. Carthage souhaite négocier avec Regulus. Les termes de reddition émis par Regulus sont tellement contraignants que les puniques décident finalement de se battre quelqu'en soit le coût ! Un groupe de mercenaires grecs sous les ordres du commandant spartiate Xanthippe arrive à Carthage. Xanthippe prend le commandement de l'armée carthaginoise (12000 hommes, 4000 cavaliers et 100 éléphants). En peu de temps il change la face des affaires, fatigue Régulus par une foule de petits combats. A la bataille d'Utique, les troupes romaines sont taillées en pièce, 500 romains sont capturés dont le consul lui-même. Entre-temps, la flotte romaine sous le commandement de Marcus Aemilius Paullus s'échoue près des côtes siciliennes de Camarina. 250 vaisseaux sont détruits, seulement 80 sont épargnés.

La perte de cette armée, la destruction par les tempêtes de plusieurs flottes romaines obligent Rome à renoncer à l'Afrique et à reporter la guerre en Sicile, où les hostilités languissent pendant plusieurs années.

Carthage envoie Régulus à Rome pour demander la paix en son nom (250 av. J.C.) sous réserve de sa parole d'honneur de rentrer à Carthage si sa mission échoue. Ce général avait noblement soutenu sa captivité. A son arrivée près de Rome, il ne voulut pas entrer dans la ville. "Je ne suis plus citoyen," disait-il; et, comme il était aussi chargé de proposer l'échange des prisonniers, au lieu de plaider une cause qui pourtant était la sienne, il dissuada les sénateurs de l'accepter. On voulut l'apitoyer sur lui-même : "Mes jours sont comptés," répondit-il, "ils m'ont donné un poison lent;" et il partit, malgré les instances de ses amis et les prières du sénat tout entier, malgré les larmes de sa femme Marcia et de ses enfants. Il avait donné sa parole. Fidèle à son serment il rentre à Carthage ou il est torturé avant d'être mis à mort.

252 av J.C.

La bataille de Panormus

A la fin de l'année 252 av. J.C., Carthage, après avoir maté une révolte en Afrique envoie une nouvelle armée en Sicile sous le commandement d'Hasdrubal.

Les carthaginois décident d'attaquer l'armée romaine commandée par le Consul Lucius Caecilius Metellus près de la cité de Panormus. Les romains mettent en déroute l'armée d'Hasdrubal, capturent ses éléphants de combat pour les envoyer aux cirques à Rome.

Hasdrubal est rappelé à Carthage pour y être exécuté. Cette défaite met fin aux campagnes terrestres de Carthage en Sicile.

249 av J.C.

Le siège de Lilybaeum (Lilybée)

Il ne reste plus en Sicile, aux Carthaginois, que Drépane et Lilybée. La guerre se concentre autour de ces deux villes. En 249 av. J.C., le consul Appius Claudius Pulcher veut aller surprendre une flotte carthaginoise dans le port de Drépane. Mais les présages sont sinistres : les poulets sacrés refusent de manger! "Ils ne veulent pas manger," dit le consul, "eh bien, qu'ils boivent!" et il les fait jeter à la mer. Les Romains sont vaincus d'avance par cette impiété, qui fait craindre aux soldats la colère des dieux, et que Claudius ne sait pas réparer par d'habiles manoeuvres. L'attaque est un désastre, 93 navires romains sont capturés, seulement 30 vaisseaux arrivent à s'échapper.

Quelques jours après cette défaite, une autre grande flotte romaine commandée par le consul Iunius Pullus transportant de nouveaux renforts pour le siège de Lilybaeum est anéantie dans une tempête.

En 247 av. J.C., Carthage envoie en Sicile un grand général, Hamilcar Barca, le père d'Annibal (Hannibal). Cantonné à Eryx, dans un poste inexpugnable, il tient pendant six années les Romains en échec. La guerre aurait pu durer ainsi longtemps, car Rome avait renoncé à la mer, les tempêtes ayant détruit plus de sept cents galères.

241 av J.C.

La victoire des îles Egates et la fin du conflit

Le patriotisme romain donnera au sénat une nouvelle flotte. Tous les citoyens portèrent à l'envi leur argent au trésor. L'un donna des armes, l'autre des esclaves pour servir de rameurs; d'autres encore donnèrent des vaisseaux. Rome aura une autre flotte de 200 navires avec ses 60000 matelots. Le consul Lutatius Catulus les commande. Il surprend, près des îles Egates, une flotte carthaginoise (10 mars 241 av. J.C.). La bataille tourne court et au premier choc, Carthage perd 50 navires, 70 vaisseaux et 10000 prisonniers sont capturés.

Cette victoire rend les Romains maîtres de la mer. Dès lors, Drépane, Lilybée et Hamilcar Barca peuvent être affamés. Carthage se résigne à mettre fin à cette guerre ruineuse. Rome, maître de la mer, la Sicile n'est plus tenable pour Carthage avec son trésor vide. La paix est signée aux conditions suivantes: Carthage n'attaquera pas Hiéron de Syracuse, allié de Rome; elle abandonnera la Sicile et les îles voisines, rendra sans rançon tous les prisonniers, et payera en dix ans trois mille deux cents talents euboïques. La Sicile carthaginoise est réduite en province romaine (241 av. J.C.).

La première guerre punique est terminée (241 av J.C.).

241 av J.C.

La conclusion de la paix

Les deux cités au bout de 20 ans de conflit sont exsangues et appauvries. Hamilcar Barca consent à abandonner la Sicile et les îles Lipari. En revanche, il obtient la reconnaissance de l'intégralité du territoire carthaginois. Les deux cités s'engagent à ne pas se faire la guerre et à ne pas lever de soldats. Les romains captifs devront être rendus sans rançon et une contribution de 3200 talents sur 10 ans est imposée aux vaincus. Carthage s'engage à ne plus faire la guerre à Syracuse. Hormis le territoire de Syracuse, alliée de Rome, toute la Sicile deviendra la première province romaine.

Livret :

  1. La première guerre punique dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Carthage de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  2. La première guerre punique de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. La première guerre punique de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  4. La bataille du Cap Ecnome de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Liste des bataille de l'antiquité de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. La bataille des îles Lipari de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. Siege of Lilybeum, 250-241 BC. Historyofwar.org
  8. La bataille des îles Egates de l'encyclopédie libre Wikipédia
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