Gaius Gracchus  
133-121 av. J.C.

Les commissaires répartiteurs Meurtre de Scipion Emilien La destruction de Frégelles Gaius Gracchus La mort de Gaius Gracchus Narbonne, province romaine

133-131 av. J.C.

Les commissaires répartiteurs

Tiberius Gracchus était mort; mais ses deux oeuvres, le partage des terres et la révolution survivent à leur auteur. En face des classes rurales, le sénat ne recule pas devant le meurtre : le crime commis, il n'ose pas en profiter et abolir la loi agraire. La fraction de l'aristocratie favorable aux réformes et qui donnent tout haut son assentissement aux assignations domaniales, a pour chefs Quintus Metellus, censeur de l'année (131 av. J.C.) et Publius Scoevola; elle fait alliance avec Scipion Emilien et ses amis, lesquels ne sont pas non plus hostiles aux réformes; elle fait passer un senatus-consulte enjoignant aux répartiteurs de commencer leur travail.

Ils doivent être annuellement élus par le peuple comme le défini la loi agraire. C'est ainsi que Tiberius Gracchus est remplacé par Publius Crassus Mucianus, beau-père de Gaius son frère : Mucianus ayant péri à l'armée et Appius étant mort, le partage est confié au jeune Gaius assisté de Marcus Fulvius Flaccus et Gaius Papirius Carbo. Les répartiteurs se mettent au travail parfois avec zèle et vigueur.

129 av. J.C.

Scipion Emilien les arrête

Forum
Le forum

Les répartiteurs commencent à répartir en plus des domaines domaniaux, les lots détenus par les cités alliées; aux domaines assignés aux cités latines et italiques par une décision sénatoriale ou en vertu des traités publics. Les villes alliées et sujettes accusent Rome de violer les pactes ou les traités conclus. Le parti du juste milieu est maître de la situation politique à Rome. Comme au lendemain de la catastrophe de Gracchus, il avait fait alliance avec les partisans de ce dernier et soutenu la réforme contre l'oligarchie : de même aujourd'hui s'unissant avec les oligarques, lui seul, peut mettre un frein à la réforme.

Les latins et les italiques se tournent vers l'homme éminent du parti, Scipion Emilien, le suppliant de venir en aide à leur cause : Scipion leur donne son appui. Il se lève ainsi contre le parti populaire. Le destructeur de Carthage et de Numance s'indigne de la lâcheté de ce peuple qui avait refusé d'échanger sa misère contre l'aisance que lui offrait Tibérius, à condition de quitter Rome pour retourner au travail des champs. Il veut, lui aussi, réorganiser l'Etat, afin de prévenir une révolution, mais en s'appuyant pour la faire sur les peuples italiens et non sur la population de la ville, qui recrutée par l'affranchissement dans toutes les nations vaincues, n'avait que des sentiments d'esclaves. Il osa leur dire, un jour qu'ils l'interrompaient au Forum: "Silence! Vous que l'Italie ne reconnaît pas pour ses enfants." Et comme des murmures s'élevaient encore : "Ceux que j'ai amenés ici enchaînés ne m'effrayeront point," s'écria-t-il, "parce qu'aujourd'hui on leur a ôté leurs fers." Et les affranchis se turent.

Par son influence est voté le plébiscite de 129 av. J.C., lequel enlève aux commissaires répartiteurs tout le contentieux agraire et renvoie à la décision des consuls les procès relatifs à la détermination du domaine public et de la propriété privée. C'est du même coup arrêter toutes les opérations des commissaires. Les réformistes sont furieux.

129 av. J.C.

Meurtre de Scipion Emilien

Le héros de Numance avait annoncé pour le lendemain une motion concernant les latins : le lendemain matin, il est retrouvé mort dans son lit, victime d'un assassinat politique, à l'âge de cinquante six ans. Jamais on n'a pu connaître le nom de l'assassin du plus grand homme d'Etat de son siècle. Que l'auteur du crime appartienne à la faction des Gracques, le fait n'est que trop évident : le meurtre de Scipion est la réponse des démocrates à l'assassinat de Tiberius Gracchus.

La justice ne fait rien, on craint de rencontrer quelque grand coupable, car une partie du sénat le redoutait autant que Tibérius : la faction populaire redoutant non sans raison pour ses chefs, pour Gaius Gracchus, pour Flaccus, pour Carbon. Les dangers d'un procès en règle s'opposent de tout son poids à l'ouverture d'un procès; et de son côté l'aristocratie qui perd en Scipion un adversaire autant qu'un allié laisse volontiers tomber l'affaire.

Celui qui avait détruit les deux terreurs de Rome, n'eut pas même de funérailles publiques; mais un de ses adversaires politiques lui rendit un glorieux témoignage. Métellus le Macédonique voulut que ses fils portassent le lit funèbre. "Jamais", leur dit-il, "vous ne rendrez le même devoir à un plus grand homme (129 av. J.C.)."

125 av. J.C.

La destruction de Frégelles

Le parti de la réforme veut ressusciter la commission de partage depuis si longtemps inactive : parmi les meneurs, il n'est question de rien moins, pour lever les obstacles venant des alliés italiques que de leur conférer le droit de cité en masse. Afin d'y mettre ordre, le tribun du peuple Marcus Junius Pennus (126), obéissant au sénat propose d'expulser tous les non citoyens de la capitale; malgré l'opposition du parti de la réforme, la motion est votée.

L'année suivante (125 av. JC), le consul Marcus Fulvius Flaccus y répond par une rogation contraire : il veut que tout habitant d'une ville alliée peut obtenir le droit de cité romain. La motion est rejetée, le sénat l'emporte facilement.

Au même moment, la cité de Frégelles entre en révolte. En apprenant le rejet de la rogation de Flaccus, le peuple court aux armes. Rome réussit à étouffer l'incendie avant qu'il gagne les autres cités alliées. Lucius Opimius se rend maître de la place, Frégelles est rasée et devient un humble bourg comme Capoue. Cette justice prompte et terrible contient les alliés.



125-118 av. J.C.

Narbonne, province romaine

Marcus Fulvius Flaccus, consul en 125 av. J.C., arrive dans les Alpes. Il attaque les peuplades de la région entre les Alpes et le Rhône où les aborigènes ligures se sont mêlés avec les bandes celtiques et avaient formé une nation celto-ligurienne. Il combat avec succès les Salluviens, cantonnés aux environs d'Aix, dans le val de la Durance ainsi que leurs voisins du nord, les Voconces (département de la Drôme et du Vaucluse) en 125/124 av. J.C.

Son successeur Gaius Sextius Calvinus (123-122 av. J.C.) marche contre les Allobroges, la puissante tribu celtique du val d'Isère, descendus des montagnes pour aider les Salluviens à reconquérir leur royaume. Ils sont battus dans les environs d'Aix. En 122 av. J.C., leur territoire est envahi par Gnoeus Domitius Ahenobarbus. Le roi Averne Bituit, nation reine parmi les celtes, marche avec toutes ses forces au secours des Allobroges au contraire des Eduens qui se rangent du côté des romains.

A la nouvelle de cette levée de boucliers, la république envoie sur les lieux Quintus Fabius Maximus, consul en 121 av. J.C. Il fait la jonction avec Ahenobarbus et le 8 août 121 av. J.C., a lieu le choc dans le territoire des Allobroges la bataille entre les troupes celtes et les romains, trois fois moins nombreux que les gaulois. Maximus écrase les celtes, dirigés par le roi averne Bituit. Il se soumet et le consul, décoré du surnom d'Allobrogique retourne en Italie, laissant à Ahenobarbus le soin de mener la fin de la guerre avec les avernes.

Ahenobarbus, furieux de ce que Bituit avait conseillé aux Allobroges de se soumettre au consul et non à lui-même, s'empare de l'averne traîtreusement et l'expédie à Rome. Aussitôt, et pour cette cause, la guerre a peu près éteinte se rallume : une seconde bataille a lieu non loin d'Avignon. Le combat n'est pas plus heureux pour les avernes. Ils sont battus à plate couture; les avernes demandent la paix et le calme se rétablit dans les Gaules.

Toutes ces opérations militaires ont pour conséquence l'établissement d'une nouvelle province romaine entre les Alpes maritimes et les Pyrénées (la Gaule Narbonnaise en 120 av. J.C. selon l'histoire traditionnelle mais en fait, cette région recevra son statut officiel que dans les années 70 av. J.C.). Les peuplades à l'Est du Rhône tombent sous la souveraineté de la république. Dans la région entre le Rhône et les Pyrénées, les avernes demeurent libres mais ils délaissent toute la partie la plus méridionale de leur territoire, toute la zone située au midi des Cévennes jusqu'à la mer ainsi que le cours supérieur de la Garonne jusqu'à Tolosa (Toulouse). En exigeant cet abandon, les romains ont pour but de relier l'Italie à l'Espagne, ils occupent aussitôt la contrée et construisent des routes le long de la côte, une voie militaire qui prend de son fondateur Domitius Ahenorbabus l'appellation de voie Domitienne.

123 av. J.C.

Gaius Gracchus

Sur ces entrefaites, Gaius Gracchus réapparaît dans la capitale. A son tour, le sénat le traduit en justice et l'accuse d'avoir trempé dans l'affaire de Frégelles. Acquitté par le peuple, il se porte candidat au tribunat et est élu pour l'année 123 av. J.C. La guerre est dénoncée, le parti démocratique avait chômé pendant neuf ans mais aujourd'hui la trêve a pris fin.

Gaius Gracchus (153-121 av. J.C.) avait vingt et un ans à la mort de son frère. Plus jeune de neuf ans que son frère, il n'a avec lui que bien peu de ressemblance : plus impétueux, plus éloquent, plus ambitieux, il donnera à la lutte commencée par Tibérius des proportions plus grandes. Il s'était distingué devant Numance sous les ordres de son beau-frère (Scipion), et plus tard en Sardaigne. Mais par le talent, le caractère et l'ardeur, il dépasse de beaucoup son frère. Durant neuf ans, il avait puisé à l'école de la douleur et des humiliations subies l'énergie de la volonté et de l'action : la flamme de sa haine va pouvoir se déchaîner contre le parti aristocratique coupable des maux de la patrie et du meurtre de son frère.

123-122 av. J.C.

Les réformes constitutionnelles de Gaius

Elu tribun pour l'an 123 av. J.C., il fait confirmer de nouveau la loi agraire, établit des distributions de blé au peuple, de vêtements aux soldats, fonde des colonies pour les citoyens pauvres et porte un coup fatal à la puissance du sénat, en lui enlevant l'administration de la justice pour la donner aux chevaliers. "D'un coup", dit-il, "j'ai brisé l'orgueil et la puissance des nobles". Ceux-ci le savaient et le menaçaient de leur vengeance. "Mais", répondait-il, "quand vous me tueriez, arracheriez-vous de vos flancs le glaive que j'y ai enfoncé?"

Gaius Gracchus se présenta avec une série de projets constitutionnels devant le peuple :

- Annone : Gracchus décide qu'à l'avenir tout citoyen résidant à Rome et qui se fait inscrire aura droit à une prestation mensuelle d'un boisseau de blé à prix réduit. A cette fin, il a fallu agrandir les greniers de la ville. Les prolétaires auparavant dans la main de l'aristocratie passent tous dans la clientèle du parti réformiste : ils fournissent une garde de corps aux nouveaux maîtres de la cité et leur assurent une invincible majorité dans les comices.

- Changement dans l'ordre du vote : pour dominer les comices, Gracchus fait supprimer l'ordre de votation dans les centuries : hier, les cinq classes ayant la fortune votaient selon leur rang, l'une après l'autre, chacune dans sa circonscription et surtout, avant les autres classes sociales; aujourd'hui, on décide qu'à l'avenir l'ordre de succession des centuries dans le déroulement du vote est dorénavant établi par tirage au sort.

- Colonisations : Gaius propose la fondation de nouvelles colonies en Italie, à Tarente et à Capoue. Evidemment les futures colonies, redevables à la révolution ne manqueraient pas de lui venir en aide. Par ailleurs, sur le lieu où avait existé Carthage, il envoie six milles colons choisis non pas seulement parmi les citoyens romains mais aussi parmi les alliés italiens; la nouvelle ville de Junonia (Carthage) recevra le droit de cité romain. Gaius ouvre par là un canal de décharge pour les citoyens pauvres de l'Italie. Cette mesure consacre d'autre part l'abandon formel de la vielle maxime du droit politique de Rome : l'Italie cesse d'être la terre exclusivement dominante et la province n'est plus la terre exclusivement dominée.

- Le service militaire : selon le vieux droit public, nul citoyen ne pouvait être appelé à faire campagne avant sa seizième année et après l'échéance de sa quarante quatrième année. A la suite de l'occupation des Espagnes, le service ayant commencé à devenir permanent, une loi spéciale avait pour la première fois décidée que tout soldat obtiendrait son congé après six années consécutives de campagne. Plus tard, il était passé en règle que vingt années de service à pied et dix années de service à cheval emportaient la pleine libération. Gracchus remet en vigueur la loi qui interdit l'appel à l'armée avant sa dix-septième année. Enfin, il lui fait donner le vêtement gratuit alors qu'auparavant la valeur en était déduite de la solde.

123-122 av. J.C.

L'essor de la chevalerie

Gracchus travaille énergiquement à la ruine de l'aristocratie. Il met le soin de semer la zizanie dans l'aristocratie, à en entraîner une partie dans le sens de ses intérêts. L'aristocratie se départage entre le groupe inabordable des familles sénatoriales dont les immenses capitaux trouvent emploi dans la propriété foncière et les hommes d'affaires qui gèrent les sociétés : leurs opérations de gros et leurs affaires de banque s'étendent sur tout le territoire de l'Empire et de l'hégémonie de Rome.

Aujourd'hui, l'aristocratie de l'argent sous son nom de chevalerie a conquis déjà l'influence décisive dans les affaires politiques. A l'origine, la chevalerie était le corps des cavaliers de la milice civique. Son nom s'était d'abord étendu à tous ceux qui, possesseurs d'une fortune de 400000 sesterces, devaient le service à cheval; par la suite, il avait bientôt servi à désigner toute la haute société romaine, sénatoriale ou non.

La chevalerie a de fréquents contacts avec le sénat. Il y a une antipathie naturelle entre la haute noblesse et les hommes dont l'argent fait seul l'importance. Les sénateurs, les meilleurs d'entre eux surtout, se tiennent à l'écart des spéculations mercantiles, autant que les chevaliers demeurent étrangers aux questions politiques et aux coteries. Bien qu'unies un instant en face de l'ennemi commun (Tiberius Gracchus), un abîme de haine s'ouvre entre ces deux aristocraties. Gaius, plus habile que son frère sait l'élargir encore et appeler à lui la chevalerie.

Gracchus offre à la chevalerie les impôts asiatiques et les jugements par jurés.

123-122 av. J.C.

Les nouveaux avantages octroyés à la chevalerie

- Les impôts asiatiques : l'administration financière romaine avec son système d'impôts indirects et de redevances domaniales levés par des intermédiaires est une source d'immenses profits pour les hommes d'affaires au grand détriment des contribuables. Quant aux revenus directs, ils consistent en des sommes fixes payées par les cités ou comme en Sicile et en Sardaigne, en une dîme foncière. Quand six ans avant le tribunat de Gaius, la province d'Asie était tombée sous domination romaine, le sénat y avait établi le système des cotes fixes par villes. Gaius change tout cela en vertu d'un plébiscite et charge de taxes directes et indirectes lourdes la nouvelle province jusqu'à là exempte : il lui impose notamment la dîme foncière et décide que la recette de toute la province serait donnée à bail aux hommes d'affaires de Rome, aux chevaliers, suscitant la formation d'une société colossale pour la prise à ferme des dîmes, des redevances et des douanes d'Asie. La loi confère donc aux chevaliers la collecte de l'impôt de la riche province d'Asie.

- Les juges jurés : Gracchus transfère aux chevaliers les pouvoirs judiciaires : il introduit la parité entre les chevaliers et les sénateurs dans les listes annuelles des juries en augmentant le nombre de jurés de 300 à 600 membres, tous des chevaliers. Auparavant, la justice se partageait entre le sénat et le peuple. Désormais, l'aristocratie de l'argent entre dans l'état et se place auprès de l'aristocratie dirigeante, de l'exécutif : elle contrôle et juge ! Gracchus interdit, sous les peines les plus sévères, l'établissement par voie de senatus-consulte, des commissions sénatoriales jugeant le fait de haute trahison. C'était une commission pareille qui, instituée après le meurtre de Tiberius Gracchus, avait aussi sévi contre ses partisans. En somme, le sénat perd son droit de contrôle.

122 av. J.C.

La question des alliés

Son second tribunat tirant vers la fin (122 av. J.C.), Gracchus se jette dans une nouvelle entreprise. Appuyé par Marcus Flaccus qui malgré sa qualité d'ancien consul, se fait aussi nommer pour la seconde fois, tribun du peuple; ils poussent à l'admission de la loi (jadis proposée par Flaccus sans succès) du droit de cité aux latins. Mais il vient se heurter contre l'opposition réunie du sénat. Un collègue du tribun, Livius Drusus, déclare son intercession et le peuple accueille son veto de telle sorte que Gaius n'ose plus pousser plus loin les choses, ni traiter Drusus comme son frère l'avait fait avec Marcus Octavius en 134 av. J.C.

122 av. J.C.

Gaius renversé du pouvoir

Ce succès est grand pour le sénat : il y puise le courage pour attaquer Gaius. Les aristocrates utiliseront les mêmes armes que Gaius pour le renverser. Le sénat, pour ruiner le crédit de Gaius, fait, à chaque mesure qu'il propose, ajouter par un tribun à lui, Livius Drusus, des dispositions plus populaires. On voit ainsi le tribun Marcus Livius Drusus proposer, pour les chevaliers, de déclarer les lots francs et libres de toutes taxes à l'avenir, de les constituer en toute propriété libre et transmissible : puis, afin de satisfaire les besoins des citoyens les plus pauvres, il propose, au lieu des colonies transmaritimes, la fondation de douze colonies italiques, de trois mille hommes chacune, choisis parmi les capite censi, les citoyens pauvres. Le peuple désignant les fonctionnaires préposés à leur conduite.

Ce sont les latins qui vont faire les frais de ce nouveau projet : car dans toute l'Italie, il n'existe plus ailleurs que chez eux de terres domaniales occupées et de grande étendue. Ou donc trouver sur la péninsule les occupations domaniales nécessaires à l'établissement de douze cités nouvelles ? Pour Drusus, en confisquant les terres concédées séculairement aux latins. Pour faire accepter sa proposition par le sénat, il permet aux patres d'acquérir des terres qu'ils convoitaient dans le Latium et autour de Tarente et de Capoue. Cela lui procure une grande popularité. Il peut faire voter une loi supprimant les vectigales (redevances de l'ager publicus), exonérant les grands propriétaires et donc beaucoup de sénateurs. Le peuple ratifie les lois liviennes tandis que la candidature de Gracchus à un troisième tribunat pour 121 av. J.C. échoue. La défaite de Gracchus est la ruine de son pouvoir; un second coup lui est porté par la nomination des consuls pris tous les deux au sein de l'aristocratie sénatoriale; l'un d'eux est Lucius Opimius, le prêteur de 125 av. J.C. qui avait rasé la cité de Frégelles.

121 av. J.C.

La mort de Gaius Gracchus

Le 10 décembre 122 av. J.C., Gracchus sort de charge : le 1er janvier 121, Optimus entre en charge. Il s'attaque à la reconstruction de Carthage décidé par l'ex-tribun. Voici que des rumeurs circulent : on se raconte que les hyènes d'Afrique ont déterré et renversé les pierres bornes posées la veille sur le territoire de la nouvelle Carthage; et les prêtres romains d'attester aussitôt que ces prodiges et ces signes sont un avertissement manifeste : les dieux défendent la reconstruction de la ville maudite. Le sénat à son tour de déclarer une loi qui prohibe la colonie de "Junonia" (Carthage).

Gaius désire éviter la violence mais il ne peut pas empêcher qu'un de ses partisans abatte l'un des licteurs du consul Lucius Opimius. Le consul prend ses mesures; il faut écraser à main armée la révolte. Des deux côtés, on se prépare au combat. Opimius, investi de la puissance dictatoriale par la formule consacrée, Caveat consul, fait prendre les armes aux partisans du gouvernement, sénateurs, aux chevaliers appartenant à la faction conservatrice, à leurs esclaves; et, durant la nuit, occupe en force le Capitole. Ils tuent tout ce qu'ils rencontrent, quelque deux cents malheureux, gens du commun pour la plupart. Caïus et l'ancien consul Fulvius vont se retrancher dans le temple de Diane sur l'Aventin, après avoir appelé sur leur route les esclaves à la liberté. Le consul a des archers crétois et de l'infanterie régulière. Flaccus, fuyant avec son fils aîné se cache. Découvert dans sa retraite, il est mis à mort. On retrouve le cadavre de Gaius dans le bois sacré de Furrina. Les têtes des deux chefs de la révolution sont apportées au consul. Leurs cadavres sont jetés dans le Tibre. Leurs maisons sont livrées à la foule qui les pille.

Puis commence le procès contre les partisans de Gaius : trois mille auraient été pendus en prison dont le jeune Quintus Flaccus âgé de dix-huit ans. Le nom des Gracques est déclaré maudit : à Cornélie même, les habits de deuil sont interdits. On prend même sa dot à la femme de Caïus.

Plus tard le peuple dressera aux Gracques des statues, et élèvera aux lieux où ils avaient péri des autels où l'on fera longtemps des sacrifices et des offrandes. Cette tardive reconnaissance consola Cornélie, trop fidèle peut-être à son grand caractère. Retirée dans sa maison du cap Misène, au milieu des envoyés des rois et des lettrés de la Grèce, elle se plaisait à raconter à ses hôtes surpris la vie et la mort de ses deux fils, sans verser une larme, et comme si elle eût parlé de quelques héros des anciens temps. Seulement on l'entendait quelquefois ajouter au récit des exploits de son père l'Africain: "Et les petits-fils de ce grand homme étaient mes enfants. Ils sont tombés dans les temples et les bois sacrés des dieux. Ils ont les tombeaux que leurs vertus méritent, car ils ont sacrifié leur vie au plus noble but, au bonheur du peuple."

Livret :

  1. Les Gracques dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Narbonne de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. La Narbonnaise de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  3. Chevalier romain de l'encyclopédie libre Wikipédia
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