La conquête de l'Orient  
78-71 av. J.C.

Publius Servilius l'Isaurien Victoire de Cabira Spartacus ou la troisième guerre servile La guerre d'Arménie Le Pont conquis La bataille de Tigranocerte Métellus soumet la Crète La bataille de Ziela

78-71 av. J.C.

La Thrace conquise

Le forum
Le forum

Rome envoie une expédition contre la péninsule gréco-illyrienne pour soumettre les hordes barbares qui dans leurs courses continuelles dévastaient toute la région comprise entre la mer Noire et l'Adriatique. De plus, Rome veut nettoyer le littoral Dalmate des corsaires auxquels il donne asile. L'attaque est menée de front et par la Dalmatie et par la Macédoine : dans cette dernière province une armée de cinq légions s'était à cet effet rassemblée.

En Dalmatie, commande le prétorien Gaius Cosconius. Il parcourt le pays en tous sens et s'empare de la forteresse de Salone (Solin, Croatie). En Macédoine, le proconsul Appius Claudius (78-76 av. J.C.) se porte d'abord sur la frontière entre la Thrace et la Macédoine. Des deux côtés la guerre est cruelle et sauvage. Nul résultat sérieux est obtenu : les légions fondent décimées par des marches pénibles, par des combats pénibles : le général meurt de maladie.

Son successeur Gaius Scribonius (75-73 av. J.C.), ne peut surmonter les obstacles : arrêté même par une grave révolte de soldats qui le pousse à revenir en Macédoine, y soumettant les Dardaniens plus faibles (en Serbie).

En 72-71 av. J.C., Marcus Lucullus reprend la route de l'est, bat les Besses dans leurs montagnes, et prend Philippopolis (Andrinople, Plovdiv, Bulgarie) leur capitale. Sadalas, roi des Odryses et toutes les villes de la côte orientale au nord et au sud des Balkans, Istropolis, Tomi, Callatis (Mangalia, Roumanie), Odessos (Varna, Bulgarie), Messembrie et bien d'autres encore appartiennent désormais aux romains; et la Thrace, la Thrace toujours indocile, fait partie maintenant de la province de Macédoine.

80-78 av. J.C.

La piraterie

Organisée sur tous les points et gagnant tous les jours de proche en proche, la piraterie cause d'immense dommage et à l'Etat et aux particuliers. Ils avaient accaparé tout le mouvement maritime de la Méditerranée. L'Italie ne peut plus exporter ses produits, ni importer ceux des provinces. Plus d'envois d'argent, plus de voyages qu'on peut faire en sûreté; les corsaires tenaient prisonniers un grand nombre de nobles romains, contraints de payer de grosses sommes pour leur rançon.

Mais quelque dommageable que soit le blocus maritime, la république romaine subissait les descentes quotidiennes des bandits sur toutes les îles et les côtes de la Grèce et de l'Asie Mineure. Leurs escadres se montraient devant toutes les places de mer, les forçaient à se racheter à prix d'or ou les assiégeaient et les enlevaient. Sous les yeux mêmes de Sylla, après la paix conclue avec Mithridate, ils avaient pillé Samothrace, Clazomènes (Urla, Turquie), Samos, Jasos (84 av. J.C.). On comptait plus de 400 villes prises ou dévastées : pour n'être pas emmenée captive, la population en masse avait déserté bon nombre d'îles et de cités maritimes.

Les pirates ne sont plus simplement comme naguère de hardis forbans battant les mers de Crète entre Cyrène et le Péloponnèse et prélevant tribut au passage sur le grand trafic d'articles de luxe et d'esclaves, armés jusqu'aux dents et menant de front la guerre, le commerce et la piraterie : aujourd'hui, ils constituent toute une république, république de corsaires; ils ont en eux une pensée commune, une organisation forte et imposante, une même patrie.

Les flibustiers se donnent le nom de Ciliciens : leurs vaisseaux réunissent les aventuriers, les désespérés de tous pays, mercenaires licenciés, achetés jadis sur les marchés crétois de recrutement; citoyens bannis des villes détruites d'Italie, d'Espagne et d'Asie; soldats et officiers des armés de Fimbria et de Sertorius; transfuges et proscrits de tous les partis vaincus. L'ancien ramassis de brigands a disparu : il y a maintenant un état, une puissance militaire.

Si dans tous les ports romains, la croix dressée attend leur camarade d'armes prisonnier, ils se proclament en droit à leur tour de punir tout romain, fait captif, de la peine capitale. Ils ont pour patrie la mer qui va des colonnes d'Hercule aux plages de Syrie et d'Egypte. Les pirates possèdent sur les rivages de Cilicie des stations, des tours de signal et s'enfoncent dans les réduits perdus de l'intérieur en Lycie, en Pamphylie et Cilicie. Là ils avaient bâti leurs châteaux en haut des rocs y enfermant pendant qu'ils écument l'Archipel leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors.

Au lieu d'avoir toujours prête une grande flotte d'empire et de veiller sur la police maritime, le sénat n'avait rien fait pour fonder une administration maritime et lutter efficacement contre les pirates : Rome laisse à chaque Etat client le soin de se défendre comme il le peut comme il le veut. Rome avait laissé tomber la marine de guerre italienne.

79-76 av. J.C.

Publius Servilius l'Isaurien

Le Sénat en 79 av. décide d'envoyer en Cilicie l'un de ses consuls, Publius Servilius. Celui-ci livre un combat sanglant à la flotte des pirates et se met à raser toutes les villes des côtes d'Asie Mineure. Ainsi tombent les citadelles de Zenicetos, l'un des puissants rois des mers : Olympos, Corycos (Kiz Kalesi, Turquie), Phaselis, Attaleia (Antalya, Turquie)... Servilius marche ensuite contre les Isauriens, peuple cantonné en Cilicie, près du Taurus vivant dans un labyrinthe de montagnes escarpées, de rochers suspendus et de vallées profondes.

Pour monter jusqu'à ces nids d'aigle, Servilius franchit pour la première fois le Taurus avec ses légions : il s'empare des forteresses d'Oroanda, d'Isaura... Cette rude campagne de trois années (78-76 av. J.C.) n'est pas sans résultats : grand nombre de pirates avec leurs vaisseaux étaient tombés au pouvoir des romains : ils avaient dévasté la Lycie, la Pamphylie, la Cilicie occidentale, annexé les villes détruites et agrandi la province de Cilicie. Il va de soi que la piraterie quitta l'Asie Mineure pour aller se réfugier ailleurs, surtout en Crète.



81-78 av. J.C.

Les affaires d'Orient

Renonçant à attaquer l'Asie mineure et se tournant du côté de la Mer Noire ce que les traités ne lui avaient pas interdit, Mithridate s'applique à consolider les fondements de sa puissance sur les territoires entre le Pont et le royaume du Bosphore.

En Egypte, la descendance légitime de Ptolémée le Lagide vient de s'éteindre dans la personne de Ptolémée IX Alexandre II et fait roi par Sylla à la mort de Ptolémée XI Sôter II Lathyre. Peu de jours après son avènement au trône, il avait péri dans une émeute au milieu de sa capitale (81 av. J.C.). Ce même Alexandre II avait par son testament institué la république son héritière1. Néanmoins, Rome n'empêcha pas ses deux fils notoirement illégitimes de Lathyre de s'emparer l'un de l'Egypte (Ptotémée XII Néos Dionysos II Philadelphe ou Aulète, le joueur de flûte), l'autre de Chypre (Ptolémée le Chypriote).

Cette réaction s'explique par la rente sonnante que les deux rois précaires payaient aux chefs de coteries à Rome. Au fond, par sa position toute spéciale, par son organisation financière, l'Egypte mis dans la main d'un préteur romain risquerait d'incarner la puissance de l'argent, la domination des mers et surtout une force indépendante ! On comprend que Rome ne veut pas de la possession immédiate des pays du Nil.

1. On diffère sur la question de savoir si ce testament vrai ou prétendu émanait d'Alexandre I (mort en 88) ou d'Alexandre II (mort en 81), et le plus souvent on tranche la difficulté en l'attribuant au premier. De ce qu'Alexandre I est mort à l'étranger, tandis qu'Alexandre II périt dans sa capitale, on tire aussi la conclusion que les trésors déposés à Tyr et dont le testament fait mention appartenaient au père et non au fils. Mais on oublie que celui-ci fut tué dix-neuf jours après son arrivée en Egypte et que sa caisse pouvait être encore à Tyr. La raison décisive, est qu'Alexandre II était le dernier représentant du sang des Lagides : toujours en cas pareil, le dernier rejeton des souverains légitimes faisait la république son héritière (comme à Pergame, à Cyrène en Bithynie). L'antique droit public, du moins au regard des Etats clients de Rome, semblait ne pas laisser au prince la libre disposition de son royaume par acte de dernière volonté sauf au cas où il n'existait plus d'agnats au degré successible.

75-74 av. J.C.

Mithridate déclare la guerre

En 75 av. J.C., Nicanor III Philopatôr, roi de Bithynie meurt. Il était le dernier de sa lignée, son fils passant pour illégitime. Il laisse par testament son royaume aux romains qui prennent sans tarder possession d'un pays limitrophe de leur province. La même année, Cyrène qui leur était échue en 96 av. J.C. est érigée aussi en province : un préteur y est envoyé (75). Ces mesures aussi bien que les attaques contre les pirates en Asie Mineure surexcitent la méfiance de Mithridate. Il prend son parti et dans l'hiver 75-74 av. J.C., déclare la guerre à la république.

Mithridate jette de fortes escadres dans les eaux de Crète et d'Espagne. Avec Sertorius, il avait conclu, on l'a vu, un traité par lequel il abandonnait la Bithynie, la Paphlagonie, la Galatie et la Cappadoce, cessions purement nominales il est vrai. Sertorius envoya des officiers romains qui pouvaient commander et conduire les armées et les flottes pontiques. Sertorius avait nommé ses représentants à la cour de Sinope les deux hommes les plus actifs parmi les émigrés d'Orient, Lucius Magius et Lucius Fannius. Chez les pirates, Mithridate trouve des secours. Ils s'étaient établis en nombre dans le royaume pontique et grâce à eux Mithridate peut constituer une force navale imposante.

Donc cette fois encore, c'est Mithridate qui prend l'offensive. Un corps commandé par Diophantos entre en Cappadoce pour y occuper des places fortes et y fermer aux romains la route du Pont. Au même moment, un officier envoyé par Sertorius, le propréteur Marcus Marius, entre en Phrygie, accompagné d'un général pontique nommé Eumachos : ils doivent soulever la province romaine et les gens du Taurus. Quant à l'armée principale, qui compte plus de 100000 hommes avec 16000 cavaliers et 100 chars à faux, Taxile et Hermocrate la conduise sous les ordres suprêmes du roi, donnant la main à la flotte de guerre formée de 400 voiles obéissant à Aristonicos.

Du côté de Rome, on choisit pour général en chef le consul de l'an 74 av. J.C., Lucius Lucullus. Le gouvernement d'Asie et de Cilicie lui sont donnés avec le commandement des quatre légions campées en Asie Mineure : il en amène une avec lui d'Italie. Son armée compte ainsi 30000 hommes et 1600 cavaliers. Il a ordre de marcher sur le Pont. Son collègue Marcus Cotta avec la flotte se dirige vers la Propontide. Enfin, le sénat nomme le préteur Marcus Antonius, commandant en chef avec la mission de nettoyer et supprimer sur toutes les mers et les plages les pirates et leurs alliées du Pont.

74 av. J.C.

Commencement de la guerre

La guerre commence en 74 av. J.C. Par malheur pour Mithridate, au moment même où il la dénonce, l'astre de Sertorius décline, emportant avec lui l'une des grandes espérances de l'Asiatique et laissant Rome libre de consacrer toutes ses forces à la guerre contre Mithridate. Sur la côte nord d'Asie Mineure, les choses vont mal. Là la flotte et l'armée du Pont sont complètements maîtresses de la Bithynie : le consul Cotta avec sa petite troupe et ses quelques vaisseaux se sont réfugiés à grande peine dans le port de Chalcédoine où Mithridate le tient bloqué.

En occupant l'armée pontique devant Chalcédoine, Cotta attire Lucullus à son secours et provoque ainsi la jonction de toutes les forces romaines. Mais Cotta, rêvant d'une victoire remportée à lui seul et avant l'arrivée de son collègue, ordonne la sortie au chef de la flotte, Publius Rutilus Nudus. Elle n'aboutit qu'à une sanglante défaite : aussitôt les pontiques d'attaquer le port et d'y brûler tous les vaisseaux romains, soixante-dix environ en nombre. L'arrivée de Lucullus rétablit les affaires. Le roi lève le siège et s'installe près de la grande et riche ville de Cysique. Mithridate essaie d'assiéger la cité sans aucun succès malgré le nombre immense de ses soldats.

Lucullus n'arrive pas à empêcher les vaisseaux pontiques, transportant 10000 hommes avec Marius et l'élite des émigrés, pénétrer jusqu'à la mer d'Egée : le bruit court qu'elle vogue vers l'Italie pour y opérer un débarquement. Lucullus, marin éprouvé la poursuit et l'anéantit. Marius et les plus déterminés des émigrés périssent en combattant ou sous la hache du bourreau après le combat. Toute la flotte de la mer Egée est détruite. Pendant ce temps, renforcés par des envois de troupes italiennes, Cotta et les lieutenants de Lucullus, Voconius, Barba et Gaius Valerius Triarius avaient continué la guerre en Bithynie.

73-72 av. J.C.

Invasion du Pont par Lucullus

Lucullus attaque à son tour. Triarius prend le commandement de la flotte avec mission de fermer l'Hellespont et de guetter au passage les vaisseaux pontiques. Cotta entreprend l'investissement d'Héraclée : l'actif et fidèle chef galate et roi de la Cappadoce, Ariobarzane, se charge du ravitaillement des romains : enfin, Lucullus lui-même à l'automne 73 av. J.C. entre sur les terres pontiques épargnées jusque-là. Mithridate recule sans combattre, il se contente d'attirer le romain au plus profond du pays pour couper ensuite ses vivres et ses communications.

Lucullus le suit à marches forcées, laissant de côté la capitale du royaume du Pont, Sinope. L'hiver seul met fin à ses progrès mais non à l'investissement des villes. Les soldats murmurent contre ce capitaine qui veut avancer toujours avec qui jamais ils ne récoltent les fruits de leurs efforts; ils répugnent à ces blocus établis sur une grande échelle au coeur de la plus dure saison. Dès 72 av. J.C., Lucullus pousse plus loin et arrive devant Cabira, laissant deux légions avec Lucius Murena devant la cité d'Amisos (Amisus, Samsun, Turquie).

A force d'activité et en enrôlant des soldats chez les Scythes, le roi a pu réunir une armée considérable devant Cabira, sous les ordres de Diophantos et de Taxile. Les deux armées restent quelques temps immobiles en face l'une de l'autre.

72 av. J.C.

Victoire de Cabira

On ne combat guère qu'en fourrageurs, les vivres étant rares dans les deux camps. Un jour, un officier de Lucullus, Marcus Fabius Hadrianus, chargé de l'escorte de l'un des convois, bat dans un défilé la troupe ennemie qui le guettait au moment même où elle allait se jeter sur lui; puis bientôt renforcé par une division sortie du camp, il vainc les généraux pontiques et les met en fuite. Cette défaite est irréparable : la cavalerie du roi, le corps en qui il mettait toute sa confiance, n'est plus.

La connaissance de cette nouvelle se répand comme l'éclair parmi les intimes du roi et les soldats prennent panique. C'est à qui ne serait pas le dernier à courir : ils n'écoutent plus rien, pas même la voix du roi. Lucullus averti arrive : les pontiques se laissent massacrer presque sans résistance. Mithridate gagne à grande peine Comana par la montagne, suivi de quelques hommes seulement et enfin, passant la frontière avec 2000 cavaliers environ, il entre dans la Petite Arménie. Tigrane III, le roi arménien affectant de traiter en roi son beau-père fugitif, se garde de l'inviter à sa cour et le retient confiné sur la frontière dans une sorte de prison décente.

72-70 av. J.C.

Le Pont conquis

Les romains parcourent en vainqueurs tout le Pont et toute la Petite Arménie : la plaine se soumet sans résistance jusqu'à Trapezus (Trebizonde). Les gardiens des trésors royaux se rendent à leur tour et livrent leurs caisses. Quant aux femmes du harem, soeurs, épouses et concubines n'ayant pu s'enfuir avec le roi, un de ses eunuques les met toutes mises à mort à Pharnacée (Césaronte, à mi-chemin entre Amisos et Trebizonde). Monime, une d'elles, voulut s'étrangler avec son diadème, il se rompit. "Funeste bandeau!" s'écria-t-elle, "à quoi m'as-tu jamais servi? Aujourd'hui même tu ne peux m'aider à mourir." Et elle se jeta sur l'épée qu'une esclave lui tendait. La ville d'Héraclée ne tombe qu'au bout de deux ans de siège, les romains lui ayant coupé ses communications par mer avec les villes grecques; Amisos (Amusus, Samsun, Turquie) est réduite à la dernière extrémité : les soldats y mettent le feu et s'embarquent sur leurs vaisseaux. A Sinope, la garnison pille les maisons avant de quitter la ville et brûle les vaisseaux qu'elle ne peut pas emmener.

Tous ces sièges durent deux années et plus à dater de la bataille de Cabira (72-70 av. J.C.). Lucullus les confie à ses principaux lieutenants : lui-même préside à l'organisation de la province d'Asie. L'émigration avait perdu ses meilleures têtes lors de la destruction de la flotte de la mer Egée : de ceux qui restent, les chefs les plus actifs, Lucius Magius et Lucius Fannius ont fait la paix avec Lucullus; enfin, la mort de Sertorius arrivée dans l'année même de la déroute de Cabira ôte aux émigrés leurs dernières espérances.

La puissance de Mithridate s'était écroulée toute entière. Une dernière escadre de soixante voiles, qui revient d'Espagne et de Crète est attaquée et détruite par Triarius, sous Tenedos; enfin on voit son fils Machares, se faisant prince indépendant de la Chersonèse taurique conclure la paix et l'amitié avec les romains (70 av. J.C.). Lucullus avait conduit la guerre en général habile : il avait reçu comme officiers dans son armée les émigrés et assujetti le royaume du Pont à peu de frais.

72-69 av. J.C.

La guerre d'Arménie

Lucullus voit l'urgente nécessité de refouler l'Arménie dans ses limites. Comme Sylla jadis, il se voit dans la nécessité de prendre en main les intérêts les plus manifestes de la république et d'aller de l'avant sans elle. Dans la conduite des affaires d'Asie, on ne peut nier que Lucullus ne se conduise pas en digne continuateur de Sylla, son maître et son ami. Philhellène, il a le sentiment du devoir qui s'impose à la république de se faire en Orient l'épée et le bouclier des grecs. Il y a peut-être la passion personnelle, le désir de cueillir des lauriers au-delà de l'Euphrate, une vive rancune contre ce Grand-Roi qui lui écrivait sans le saluer du titre d'Imperator.

Les rapports entre Rome et l'Arménie flottent depuis longtemps entre la paix et la guerre, et ce qu'ils ont d'ambigu vient en aide à Lucullus. Les cas de guerre abondent. Lucullus envoie un de ses officiers, Appius Claudius à Tigrane alors dans Antioche et lui réclame l'extradition de l'ex-roi. Autant déclarer la guerre ! L'armée à la tête de laquelle Lucullus avait mené à la guerre pontique ne compte que 30000 hommes. Evidemment, elle ne suffit pas à sa tâche. Dans les circonstances ordinaires, un autre général aurait demandé et obtenu l'envoi par le gouvernement d'une seconde armée : mais voulant la guerre par-dessus tout la tête des sénateurs, Lucullus renonce à s'appuyer sur un second corps; il se contente d'enrôler dans ses troupes les Thraces prisonniers, naguère à la solde de Mithridate et marche sur l'Euphrate avec deux légions seulement, 15000 hommes au plus.

Général habile, et dans la mesure des idées aristocratiques il s'en faut de beaucoup qu'il se fasse aimer de ses troupes. Il est impopulaire en tant que partisan décidé de l'oligarchie : impopulaire parce qu'en Asie Mineure il avait énergiquement réprimé les usures hideuses des capitalistes romains; impopulaire à cause des travaux et des fatigues dont il écrase son armée, à cause de la sévère discipline à laquelle il tient la main, à cause des villes grecques dont il empêche de toutes ses forces le pillage tandis que pour lui-même il fait charger chariots et chameaux des immenses trésors de l'orient; impopulaire enfin à cause de son élégance, de ses moeurs nobiliaires, de son goût pour la Grèce et du raffinement passionné de sa vie confortable.

69 av. J.C.

La bataille de Tigranocerte

L'ambassade d'Appius Claudius, outre qu'elle mène à la guerre par la voie diplomatique a pour objet de pousser les princes et les villes de Syrie à la révolte armée contre le Grand Roi : au printemps de 69 av. J.C., l'attaque en règle se fait. Durant l'hiver, le roi de Capadoce franchit l'Euphrate; Lucullus traverse la Sophene en ligne droite et marche sur Tigranocerte, où Tigrane lui-même, peu avant était accouru du fond de la Syrie. Une grêle inépuisable de flèches tombe sur les romains : l'huile de naphte, jetée sur leurs machines les enflamme.

Un brave chef, Mankeos, défend la ville. Il tient bon jusqu'à l'arrivée de l'armée de secours. Celle-ci, rassemblée dans les parties de l'immense royaume et dans les contrées voisines ouvertes aux recruteurs arméniens se montre enfin au-delà des passes des montagnes du nord. Quand Tigrane voit le romain, désireux de livrer bataille sans abandonner le siège, marcher avec 10000 hommes seulement à la rencontre d'une armée vingt fois supérieure (250000 hommes), il s'écrie: "S'ils viennent comme ambassadeurs, ils sont beaucoup; si c'est comme ennemis, ils sont bien peu." Il décide le combat offert par l'ennemi.

Mais pendant que les arméniens prennent rang, Lucullus constate que Tigrane néglige une hauteur qui domine toute la cavalerie arménienne : il l'occupe aussitôt avec deux cohortes, en même temps qu'une attaque de flanc de sa petite cavalerie détournait l'attention de l'ennemi : puis dès qu'elles ont atteint les cimes, ses légionnaires tombent sur le dos des Arméniens. La cavalerie de Tigrane se dispersent, se jettent sur l'infanterie qui n'est pas encore en ordre : celle-ci, à son tour s'enfuit sans avoir combattu. La victoire de Tigranocerte (6 octobre 69 av. J.C.) reste l'une des plus glorieuses pages de l'histoire des exploits guerriers de Rome.

Par l'effet de ce désastre militaire, tous les territoires conquis par l'Arménie sur les Parthes et les Syriens sont perdus et tombent dans les possessions de la république. La Syrie et la Cilicie sont vides d'ennemis, le satrape Mazadate en ayant retiré toutes les troupes pour renforcer l'armée de secours sous Tigranocerte. Lucullus passe dans la Commagène, dépendante de la Syrie du Nord et prend Samosate d'assaut; tous les dynastes, toutes les cités jusqu'à le Mer Rouge, Hellènes, Syriens, Juifs, Arabes lui viennent ou lui rend hommage, à lui et aux romains leurs nouveaux maîtres. Lucullus partout se gère comme le souverain des princes et des cités helléniques.

Le Grand-Roi est profondément humilié. Mithridate n'avait pas pris part aux combats de Tigranocerte : il avait été envoyé dans son ancien royaume avec 10000 cavaliers arméniens pour y menacer les romains. Il voulait marcher sur Tigranocerte : il apprit le désastre de son gendre. Tout semblait perdu.

69 av. J.C.

La guerre recommence

Mithridate veut continuer la guerre. Il tente par tous les moyens de réconcilier les Parthes avec les Arméniens et de les amener dans la guerre. Sur l'avis de Mithridate, Tigrane offre à l'Arsacide Phraate-le-Dieu (sur le trône depuis 70 av. J.C.) la restitution des territoires naguère conquis par l'Arménie, la restitution de la Mésopotamie, de l'Adiabène et des "grandes vallées" : il y aura amitié et alliance entre eux. Mais les Parthes refusent; ils ont tout avantage à assister tranquille à ce grand duel entre leurs voisins et les romains.

Mithridate se tourne alors vers les autres peuples orientaux. Les Arabes viennent se presser sous la bannière des deux rois. Mithridate s'étudie à fortifier et à développer sa cavalerie, l'arme à la fois la plus faible chez les romains et la meilleure chez les Asiatiques. Pour l'infanterie, il trie avec soin dans la masse des levées forcées ou des recrues volontaires les hommes les plus vigoureux. Il choisit pour théâtre d'évolutions l'Arménie propre, le pays de Tigrane où les romains n'ont jamais mis les pieds et qui par sa conformation physique et l'ardeur patriotique des habitants se prête à merveille pour affronter Lucius Lucullus.

68-67 av. J.C.

Lucullus entre en Arménie

Ainsi menacé de rappel par le sénat, Lucullus quitte Tigranocerte et pénètre dans la vallée du haut Euphrate oriental (le Monrad-Tchai); de là, il veut gagner l'Araxe et atteindre la grande ville d'Artaxata capitale de l'Arménie. En menaçant la résidence héréditaire des souverains, il espère obliger le Grand-Roi au combat. Lucullus n'a que quatre mois devant lui avant l'arrivée de l'hiver (en septembre) pour atteindre Artaxata. Il part donc de Tigranocerte vers la mi-été 68 av. J.C. L'armée ne peut marcher que lentement, harcelée à chaque pas et fatiguée par les cavaliers de l'ennemi et par les archers montés. Arrivées sur les hauts plateaux, les légions s'enfoncent dans un pays totalement inconnu. L'hiver arrive, les légions sont encore loin d'Artaxata : à la vue des neiges et des glaces, les soldats italiens se soulèvent et la discipline se rompt. Lucullus ordonne la retraite. Redescendu dans la plaine, le général passe le Tigre et se jette sur Nisibis, la capitale de la Mésopotamie Arménienne.

La campagne s'ouvre au printemps 67 av. J.C. L'armée principale réunie dans Nisibis s'y était reposée : mais son oisiveté et les fréquentes absences de son chef avaient été un aliment nouveau pour l'indiscipline. Elle exige le retour : il est clair qu'en cas de refus, elle se mettrait d'elle-même en retraite. Lucullus, le coeur gros cède devant la nécessité. Il abandonne Nisibis, Tigranocerte et renonce aux perspectives brillantes de l'expédition d'Arménie, il se décide à repasser sur la rive droite de l'Euphrate et va livrer au roi du Pont une bataille sur les hauteurs entre Gaziura et Ziela (Zilleh).

67 av. J.C.

La bataille de Ziela

En dépit d'une résistance acharnée, le roi, avec l'aile qui commande parvient à rompre la ligne des romains et pousse leur infanterie dans un défilé bourbeux où elle ne peut ni marcher en avant ni se rejeter de côté : elle est massacrée sans pitié. Le camp romain est pris, l'élite des légionnaires, presque tout l'état-major avec les officiers de rang, couvrent le terrain : les cadavres restent gisant sans sépulture. Ce désastre ne vient pas seul. A la même heure éclate une conspiration militaire. On apprend au camp que le peuple avait décidé à Rome la mise en congé immédiat des soldats dont le temps de service est expiré et le commandement du Pont et de la Bithynie confié à l'un des consuls de l'année. Le successeur de Lucullus, le consul Manius Acilius Glabrio avait même déjà débarqué en Asie.

Lucullus demande du secours au nouveau préteur de Cilicie, lequel est déjà en Lycaonie avec trois légions : Marcius répond que ses soldats refusent de marcher. Lucullus envoie dire à Glabrio qu'il a à venir prendre le commandement qui lui appartient par le vote du peuple : Glabrio ne se montre pas mieux disposé à se charger d'une mission devenue trop dangereuse et pénible. Bon gré mal gré, Lucullus reste donc à la tête des troupes et décide malgré tout de marcher vers une armée arménienne commandée par Mithridate le Mède, gendre de Tigrane qui marche devant lui.

67 av. J.C.

La retraite d'Asie

Les soldats se mettent en mouvement mais une fois de plus, ils veulent rentrer et réclament encore leur congé. Lucullus cède et les soldats quittent l'armée. Mithridate réoccupe son royaume tout à son aise : ses cavaliers se répandent dans toute la Cappadoce et jusqu'en Bithynie. Pour Lucullus, le résultat aboutit qu'à une complète défaite. La révolte de ses soldats lui fait perdre tous les bénéfices d'une guerre de huit années: à l'entrée de l'hiver 67-66 av. J.C., on est ramené au même point qu'au début de l'hiver de 75-74 av. J.C..

74-71 av. J.C.

La guerre contre les pirates

Sur mer, la guerre contre la piraterie, commencée en même temps que la terre ferme n'avait pas mieux réussi (cf. rubrique Mithridate déclare la guerre). En 74 av. J.C., le sénat, prenant la sage résolution de purger la méditerranée, avait confié le commandement suprême à un amiral unique, le préteur Marcus Antonius (le père de Marc-Antoine, membre du second triumvirat, cf. rubrique Mithridate déclare la guerre). Dans les eaux de Campanie, la flotte d'Antonius capture quelques vaisseaux, mais bientôt on a affaire aux Crétois, amis et alliés des pirates. Antonius essuie une défaite sous le vent de l'île, près du port de Cydonie, sa flotte est anéantie par les amiraux Lasthenes et Panares. De nombreux vaisseaux romains sont coulés. La plupart des prisonniers romains sont pendus aux mats des navires : Antonius avait consommé d'immenses trésors dans cette guerre follement conduite et stérile. Il meurt en Crète en 71 av. J.C.

Après lui, on ne nomma plus d'autre amiral en chef. On revient à l'ancienne méthode, laissant à chaque préteur le soin de combattre la piraterie dans sa province. Pourtant, en 70 av. J.C., on ne pouvait rester sous la honte du désastre de Crète : il faut y répondre par la guerre. Il est décrété que les cités crétoises doivent rendre les prisonniers ainsi que les auteurs du crime de Cydonie, les amiraux Lasthenes et Panares, 400 otages et le paiement d'une amende de 400 talents. Il est ordonné que l'un des consuls de l'année suivante se rendrait en Grèce à l'expiration de sa charge pour y exiger satisfaction aux demandes de la république ou entamer aussitôt la guerre.

68-67 av. J.C.

Métellus soumet la Crète

C'est en vertu d'un décret qu'en 68 av. J.C., le proconsul Quintus Métellus se montre dans les eaux crétoises. En Crète, la piraterie était entrée dans leurs institutions publiques et dans leurs habitudes privées. En débarquant à Cydonie avec trois légions, Métellus trouve devant lui pour le recevoir, Lasthenes, Panares et 24000 hommes : il y a combat en rase campagne. Les romains demeurent vainqueurs après une chaude mêlée; mais les villes ferment leurs portes. Métellus doit les assiéger les unes après les autres. Cydonie se rend la première. Il faut deux années entières à Métellus (68-67 av. J.C.) pour soumettre toute l'île. Toutes les conditions sont réunies pour que la république lui octroie la solennité d'un grand triomphe : la gens des Métellus est en droit de joindre aux surnoms du Macédonique, du Numidique, du Dalmatique et du Baléarique le surnom nouveau du Creticus : Rome compte une gloire militaire de plus !

73 av. J.C.

Spartacus ou la troisième guerre servile

Les gladiateurs dont les combats tiennent le premier rang parmi les jeux publics en Italie ont de nombreuses écoles à Capoue et autour de Capoue. Là vivent rassemblés de nombreux esclaves destinés tous à frapper et à mourir pour l'amusement du peuple souverain. Pour rendre plus intéressant ce cruel spectacle, on exerçait ces malheureux longtemps à l'avance dans l'art de l'escrime. Il fallait qu'ils apprennent à se tuer avec grâce. Un jour une troupe de ces hommes déterminés brise les portes d'une des écoles de Capoue (73 av. J.C.) et se jette sur le Vésuve. A leurs têtes sont deux Celtes, Crixos et Oenomaos de leur nom d'esclaves et un Thrace, Spartacus, rejeton peut être des Spartacides qui fut illustre dans la Thrace et qu'on vit un instant assise sur le trône de Panticapée.

Spartacus avait servi dans le corps Thrace auxiliaire : puis désertant, il avait été se cacher dans les montagnes. Repris par les romains ceux-ci l'avaient destiné aux jeux de l'arène. La petite troupe des brigands ne compte d'abord que 74 hommes mais elle se grossit rapidement de tous les transfuges accourus des alentours et ses déprédations causent un tel mal aux riches propriétaires de la Campanie qu'ils implorent l'aide de Rome.

Clodius Glaber arrive avec une division de 3000 hommes rassemblés à la hâte; et occupant tous les accès du Vésuve, il croit prendre les esclaves par la famine. Mais ceux-ci, peu nombreux et mal armés descendent audacieusement du sommet de la montagne et tombent sur les postes romains : à la soudaine attaque de cette poignée d'hommes, la pauvre milice de tourner les talons et de se disperser. Leur premier succès donne des armes et des recrues aux bandits. Ce Succès attire à Spartacus un grand nombre de bouliers et de pâtres des environs; sa petite troupe devient une armée.

Quand le préteur Publius Varinius marche contre eux avec deux légions, il les trouve campés dans la plaine, à l'instar d'une armée régulière et décide de bivouaquer en face de l'ennemi. Varinius se met en mouvement mais il ne trouve plus les brigands là où il les cherche. Ils avaient décampé en silence et se dirigent vers le sud. Varinius les suit, malheureusement il est complètement anéanti dans l'intérieur de la Lucanie par les esclaves. Son cheval et ses insignes tombent avec son camp aux mains de l'ennemi. Aussitôt tous les esclaves de l'Italie du sud accourent en foule autour de Spartacus : les insurgés armés comptent déjà 40000 hommes.

Ils reprennent d'un seul coup la route de la Campanie, dispersant ou écrasant le corps romain laissé en arrière par Varinius sous les ordres de Gaius Thoranius son questeur. Des cités importantes, Consentia dans le Bruttium, Thurii, Metaponte en Lucanie, Nola et Nucerie en Campanie sont enlevées d'assaut. Ils obligent les romains captifs à s'entretuer comme des gladiateurs : on en voit un jour 300 soumis à la fois à ce traitement pour fêter les funérailles d'un chef tué dans le combat. A Rome, l'inquiétude est grande devant cet incendie qui gagne et dévaste. Le sénat pour l'année suivante (72 av. J.C.) décide d'envoyer les deux consuls contre Spartacus.

72 av. J.C.

Les victoires de Spartacus

Spartacus remporte de grandes victoires dans l'Apenin et dans l'Italie du nord : là, le consul Gnoeus Lentulus, son collègue Gellius, le prêteur Arrius, le proconsul de la Cisalpine, Gaius Cassius (consul de 73) et enfin le prêteur Gnoeus Manlius succombent tous les uns après les autres. A Rome, cette longue série de désastre remet en mémoire les premières années de la guerre contre Hannibal.

Malgré leur succès éclatants, ils n'en restent pas moins ce qu'ils sont, une horde de brigands et de rebelles. L'unité contre l'ennemi commun, ce phénomène si remarquable des anciennes guerres serviles de Sicile fait ici absolument défaut. Tandis qu'en Sicile les esclaves trouvaient un centre d'intérêt national dans la communauté de leur origine gréco-grecque, en Italie au contraire ils se séparent en deux groupes, les helléno-barbares et les celto-germains. La dissension s'était mise entre le gaulois Crixos et le Thrace Spartacus (Oenomaos avait péri dans les premiers combats).

L'absence de plan ainsi que l'esprit d'indiscipline des Gallo-germains fut la ruine de l'entreprise tentée par les esclaves. Spartacus a affaire à des hordes sauvages qu'il ne peut jamais ni façonner ni maintenir dans la voie qui mène au but. Il aurait voulu empêcher ces bacchanales cruelles et folles auxquelles s'adonnaient les bandits dans les villes prises et qui explique pourquoi aucune cité italique fit volontairement cause commune avec l'insurrection.

Après les victoires remportées dans l'Apennin en 72 av. J.C., Spartacus forme le dessein de franchir les Alpes s'ouvrant ainsi à lui et aux siens le retour dans leur patrie en Gaule ou en Thrace. Mais ses hommes veulent prendre la route de Rome, ne songeant à rien moins qu'à l'investissement de la capitale. A Rome, les bons soldats, les généraux éprouvés manquent : Quintus Métellus et Gnaeus Pompée sont occupés en Espagne, Marcus Lucullus en Thrace, Lucius Lucullus en Asie Mineure : on n'a sous la main que des recrues toutes neuves et des officiers pour le moins médiocres.

Il faut confier le commandement en chef au préteur Marcus Crassus, capitaine de renom plus que médiocre mais qui pourtant avait servi sous Sylla non sans quelque honneur : on lui remet huit légions. Un premier corps ayant fui devant les bandits en jetant les armes, le nouveau général use de toute la rigueur des lois militaires et le fait décimer. Spartacus, vaincu dans le combat qui suit, recule et prend le chemin de la Lucanie et de Rhegium.

71 av. J.C.

Combats dans le Bruttium

A ce moment les pirates sont maîtres des eaux de la Sicile et du port de Syracuse : Spartacus avec l'aide de leur flottille espère se réfugier en Sicile où les esclaves n'attendent que ce secours pour se mettre en révolte une troisième fois. La retraite s'effectue sur Rhegium : mais les corsaires, après avoir reçu le prix de passage de la part de Spartacus, refusent mystérieusement l'assistance promise aux esclaves. Ont-ils été achetés par les romains ou ont-ils été tenus en échecs par les troupes du préteur Verrès ? Nul ne le sait.

Crassus, sur ces entrefaites avait suivi les esclaves et imitant Scipion devant Numance, fait construire une muraille fortifiée et retranchée, qui sépare de l'Italie toute la presqu'île Bruttienne, ferme la route aux esclaves et leur coupe les vivres. Mais Spartacus force les lignes au début de l'année 71 av. J.C.1, et reprend la campagne en Lucanie. Tout ce travail pénible de Crassus avait été fait en vain. Crassus commence à désespérer et demande au sénat que les troupes de Macédoine avec Marcus Lucullus et celle de l'Espagne Citérieure avec Gnoeus Pompée soient appelées à son aide. Il n'est pas nécessaire d'en venir à ces extrémités: la désunion chez les esclaves va achever leur aventure.

1. Crassus avait pris le commandement dès 72 : on le voit par ce fait que les consuls avaient été laissés de côté; et la preuve que l'hiver de 72-71 av. J.C. se passa devant les lignes ressort de ce fait qu'elles furent forcées durant une "nuit neigeuse".

71 av. J.C.

La défaite de Spartacus

Le forum
La défaite de Spartacus

Gaulois et Celtes veulent encore se tenir en dehors de l'alliance établie par Spartacus : réunis sous les chefs de leurs nations, Gannicus et Castus, ils vont se faire massacrer par les romains. Spartacus les sauve en se montrant à temps : mais Crassus, ayant pu occuper Spartacus avec la cavalerie enveloppe au même moment les gaulois, les oblige à combattre séparés de leur allié et les détruit : ils périssent tous au nombre de 12000 après une vaillante lutte.

Spartacus alors cherche à se jeter avec sa bande dans les montagnes de Petelia (Strongoli en Calabre) : il bat à plates coutures l'avant-garde romaine qui le suivait dans sa retraite. Enivrés par leur succès, les esclaves obligent leur chef à marcher de la Lucanie sur l'Apulie où les attend un dernier et décisif combat. Spartacus avant d'en venir aux mains tue son cheval. Il reste avec les siens dans la bonne et la mauvaise fortune. Le combat commencé, il se jette dans la mêlée avec le courage du lion : deux centurions tombent sous ses coups : blessé, genoux à terre, il frappe l'ennemi qui le presse. Ainsi finit ce grand chef et avec lui ses meilleurs compagnons : ils meurent de la mort des hommes libres (71 av. J.C.).

La victoire avait été chèrement achetée. Alors commence en Apulie et en Lucanie, une chasse à outrance de la part des légions de Crassus et celles de Pompée, arrivé d'Espagne après la destruction des armées de Sertorius. Il rencontre une bande de cinq à six mille fuyards qu'il extermine. Puis il écrivit au sénat: "Crassus a vaincu Spartacus; moi j'ai arraché les racines de cette guerre: elle ne renaîtra plus." Sur toute la voie qui va de Capoue à Rome, 6000 croix, portant les cadavres des esclaves suppliciés attestent le triomphe de l'ordre et de la suprématie du droit public de Rome sur l'esprit de rébellion et d'indépendance.

Livret :

  1. Pompée dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. La Thrace de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. La Cilicie de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Les pirates de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  4. Publius Servilius Vatia Isauricus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Lucius Lucullus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Royaume du Pont de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. L'Egypte de Antikforever.com
  8. Mithridate VI de l'encyclopédie libre Wikipédia
  9. Mithridate de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  10. Marcus Antonius Creticus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  11. Tigrane II de l'encyclopédie libre Wikipédia
  12. Tigrane le Grand par Pauline DUCROQ
  13. Manius Acilius Glabrio de l'encyclopédie libre Wikipédia
  14. Quintus Caecilius Metellus Creticus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  15. Spartacus de l'encyclopédie libre Wikipédia
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