Sylla   
83-79 av. J.C.

La guerre sociale Les lois Sulpiciennes Législation Cornélienne La révolution Marius et la terreur La bataille de Chéronée Cinna Flaccus en Asie Pompée La victoire du Port sacré

83 av. J.C.

Les italiques

Les révolutions ont ébranlé Rome; les italiques entrent dans le flux et le reflux des partis demandant aux uns et aux autres l'égalité civique. Ils font cause commune d'abord avec les démocrates puis avec le parti sénatorial. Aujourd'hui, Marcus Livius Drusus, tribun du peuple, affiche la ferme intention d'émanciper les italiens : il emploie tout son zèle à sa réforme. Mais à mesure que se dévoilent ses projets futurs, la scène change. Drusus n'ose plus proposer sa réforme. On apprend que le sénat vacille et lâche Drusus. En 91, Drusus est assassiné.

Il ne reste aux Italiques que le choix entre la résignation ou l'insurrection qui cinquante-cinq ans avant, avait été étouffée sous les ruines de Frégelles. La révolte s'organise: des traités entre des cités italiques sont conclus, on s'arme activement et sans bruit.

91 av. J.C.

L'insurrection

Sylla
Sylla
Glyptothèque de Munich

Le préteur romain avec puissance proconsulaire Gaius Servilius se rend avec une troupe peu nombreuse dans la ville d'Asculum (Ascoli) dans les Abruzzes; et trouvant la foule rassemblée au théâtre pour la fête des grands jeux, il menace et tonne. A ces paroles annonçant le danger, les haines amassées depuis des siècles prennent feu: les romains sont mis en pièces par la foule. La révolte gagne toute la péninsule. Les Marses, unis aux petites ligues des Abruzzes sont les premiers à déclarer leur indépendance. Leur exemple est suivi par les cités Samnites et par toute l'Italie moyenne et méridionale.

Seuls les Etrusques et les Ombriens restent fidèles. Dans leur contrée, l'aristocratie foncière financière domine : il n'existe pas de classe moyenne. C'est au milieu des paysans et des classes moyennes que sort l'insurrection. L'aristocratie des villes donne encore la main à la république qui, pendant des siècles avait assis sa puissance en Italie sur le système aristocratique local. Ainsi, l'Italie se partage en deux camps. Rome envoie des ambassadeurs aux cités rebelles, offrant de mettre bas les armes en échange du droit de cité: démarche vaine !

Les insurgés élisent leur capitale, rivale de Rome, la ville de Corfinium. Ils l'appellent Italia, y donnant droit de cité à tous les habitants des villes insurgées : un forum et une curie s'y élèvent. Un sénat de 500 membres a mission de dresser la constitution et de diriger les opérations militaires. Ce sénat constitué, le peuple des citoyens choisit dans son sein deux consuls et douze préteurs à l'image des deux consuls et des dix préteurs romains. La langue latine est la langue officielle et le nouvel état frappe monnaie, mettant fin ainsi au monopole monétaire exercé par Rome.

Le pays insurgé se divise en deux régions : au nord du Picenum et des Abruzzes à la frontière septentrionale de la Campanie comprend tous les pays de langue latine, le Marse Quintus Silo commande les Italiques et Publius Rutilius Lupus les romains, tous les deux avec le titre de consul; dans le sud, comprenant la Campanie, le Samnium et le pays de langue sabellique, le consul des insurgés est le Samnite Gaius Papius Mutilus : celui des romains Lucius Julius Caesar. Les plus fameux officiers de Rome, Gaius Marius, Quintus Catulus, Titus Didius et Publius Crassus se mettent à la disposition de Caesar pour les commandements subordonnés.

90 av. J.C.

La guerre sociale

Silo se jette d'abord sur la citadelle d'Albe pendant que Mutilus marche contre la ville latine d'Aesernia au coeur du Samnium. Ils se heurtent contre une résistance désespérée. Pareilles attaques ont lieu dans le nord, contre Firmum (Fermo), dans le sud contre Lucérie, Bénévent, Nola et Paestum. L'armée de Caesar marche au secours des divisions romaines engagées en Lucanie et dans le Samnium sous les ordres de Marcus Marcellus et de Publius Crassus. Les Samnites et les Marses que commande Publius Vettius Scato font essuyer à Caesar un échec cuisant; sur quoi la ville de Venafrum passe aux insurgés, leur livrant les soldats qui la gardaient.

La défection de Venafrum coupe les communications d'Aesernia qui ne peut compter désormais que sur sa garnison et de Marcellus, le commandant de la place. Un moment ils peuvent respirer grâce à une rapide pointe de Sylla mais vers la fin de l'année leur bravoure s'use devant la famine et ils capitulent. En Lucanie, Publius Crassus, battu aussi par Lamponius est contraint de s'enfermer dans Grumentum qui tombe après un long siège.

L'insurrection gagne en ampleur et quand Mutilus arrive en Campanie à la tête du corps Samnite, le peuple de Nola lui remet la ville et la garnison romaine dont il fait passer les chefs au fil de l'épée. Nucérie excepté, toute la Campanie jusqu'au Vésuve est perdue pour Rome. Au même moment, les Numides, nombreux dans le corps de César désertent par bande et se rallient à Mutilus. Mutilus donne l'assaut au camp romain : mais il est repoussé; la cavalerie romaine prenant à dos les Samnites dans leur retraite, laissant 6000 morts sur le terrain. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les romains remportent un succès considérable.

Le gros de l'armée romaine du nord, commandée par le consul Lupus marche vers le pays des Marses et rencontre les ennemis près de la rivière, le Tolenus. Le consul Lupus, impatient d'en finir, dédaigne les conseils de Marius qui veut d'abord qu'on forme par une petite guerre d'escarmouches la jeune armée inhabile encore aux combats. Lupus détache un corps de 10000 hommes sous Gaius Perpenna : ce corps est complètement battu. Destituant alors Perpenna, il réunit les restes de son armée avec celle que conduit Marius. Puis prenant l'offensive en dépit de tous les avis, il se jette sur les Marses commandés par Publius Scato le 11 juin 90 av. J.C. Lupus périt avec 8000 des siens. Le sénat place Marius et Quintus Coepion, à la tête des troupes après la mort du consul.

Coepion se laisse prendre à une ruse de Silo qui l'attire dans une embuscade où les Marses unis aux Vestins le taillent en pièces, lui et son armée. Marius de nouveau seul à commander empêche l'ennemi de profiter de son succès; puis rejoint l'armée du sud que commande Sylla. Ensemble, ils écrasent les Marses dans une seconde bataille.

Dans le Picenum, les romains assiégés dans Firmun arrivent à renverser la situation en leur faveur et repoussent les italiques dans Asculum. Au même moment, excitées par les dangers que court la république après les premiers mois de la guerre, un grand nombre de villes de l'Ombrie et plusieurs cités Etrusques se déclarent pour l'insurrection.

90 av. J.C.

Les concessions romaines

Rome souhaite la paix et la paix n'est possible qu'en subissant les conditions de ses adversaires. Au regard des cités insurgées dont la haine est trop forte pour qu'on négocie, Rome accorde aux villes fidèles les demandes qu'elles avaient originairement formulées afin d'empêcher la consolidation de l'insurrection italique. Une loi votée sur la rogation du consul Lucius Caesar confère le titre de citoyen romain à tous les citoyens des villes fédérées italiques, non ouvertement insurgées.

Dans la Cisalpine, pays étranger mais qui depuis de longues années faisait partie de l'Italie sous le rapport de l'administration et de la colonisation, toutes les colonies de droit latin sont traitées comme les villes italiques. Cette loi fait entrer dans la société romaine, sauf les villes passées à la révolte, toutes les cités de droit latin, débris de l'ancienne ligue latine comme Tibur et Praeneste. De plus l'effet de la loi de César s'étend jusque sur les villes fédérales disséminées dans la région d'entre le Pô et Apennin, sur un bon nombre de villes étrusques ainsi que sur les villes alliées de l'Italie du Sud, Nucérie et Naples.



89-88 av. J.C.

La seconde année de la guerre sociale

Grâces aux concessions, l'insurrection s'éteint en Etrurie et en Ombrie par l'effet de la loi Julia. Les deux commandements en chef reviennent à Rome : César en qualité de censeur élu; Marius parce que ses opérations sont entachées d'incertitude et de lenteur, il encourt le blâme. Le vieux général marche affaibli sous le poids de ses soixante-six années. A sa place, le consul de l'année Lucius Porcius Caton, recommandé par sa campagne en Etrurie, prend le commandement de l'armée qui opère chez les Marses. A l'armée de Campanie, César a pour successeur Lucius Sylla son lieutenant à qui l'on est redevable des résultats les plus heureux de l'année précédente. Quant à Gnaeus Strabon promu également au consulat, il reste dans le Picenum.

La seconde campagne (89 av. J.C.) s'ouvre pendant l'hiver par les insurgés. Ils lancent un corps de 15000 Marses en Italie du Nord au secours de l'insurrection fomentée en Etrurie. Mais Strabon dont ils ont à traverser la province les bat complètement. Au printemps 88 av. J.C., les romains reprennent l'offensive. Caton entre chez les Marses et veut détruire le camp ennemi près du lac Fucin. Là, il trouve la mort et c'est Strabon qui reprend la conduite des opérations militaires dans la moyenne Italie. Le chef des insurgés, Judacilius accourt avec ses Picentins pour défendre la cité d'Asculum. Les romains assiègent la ville, siège long et difficile. Après plusieurs mois d'une vaillante lutte, Asculum capitule. Judacilius se suicide, tous les officiers, tous les notables de la ville sont exécutés par les romains, le reste, réduit à mendier est expulsé.

Les romains soumettent ensuite tous les Marses; Strabon en personne reçoit les soumissions des Vestins et des Paeligniens également en 88 av. J.C. La capitale de la révolte, Italia redevient Corfinium : le reste du sénat italique s'était sauvé chez les Samnites. De son côté, l'armée du sud, commandée par Sylla reprend la Campanie. L'armée romaine reconnaissante donne à son général la couronne de gazon. Sylla s'avance ensuite dans le pays Samnite pour battre à plate couture l'armée des insurgés commandée par Mutilus : la capitale du pays Samnite, Bovianum capitule.

L'Italie du Nord pacifiée; l'Italie moyenne rentrée dans la main de Rome le long des rivages des deux mers; les Abruzzes presque en entier soumises; l'Apulie reconquise jusqu'à Vénusie (Venusia); la Campanie reprise jusqu'à Nola et le territoire des Hirpins réoccupé. Seuls le Samnium et le massif Lucano-Bruttien restent dans la lutte.

88-87 av. J.C.

La troisième année de la guerre sociale

Strabon écrase la dernière tentative de résistance des Abruzzes. En Apulie, Quintus Metellus Pius et fils du Numidique met fin à la lutte en s'emparant de Venusia où il fait trois mille prisonniers. Sylla soumet la Campanie; en revanche le romain Aulus Gabinius, pénétrant en Lucanie est tué par le chef des insurgés Lamponius qui reprend le massif de la Lucanie et du Bruttium. Malgré ce succès, la victoire finale est à portée de main pour la république romaine.

88 av. J.C.

Les lois Sulpiciennes

En 88 av. J.C., le tribun du peuple Publius Sulpicius Rufus propose au peuple de déclarer déchu de son titre tout sénateur qui a une dette supérieure à 2000 deniers, de distribuer les nouveaux citoyens dans toutes les tribus et que les affranchis y auraient également partout droit de vote. Ses motions sont combattues par la majorité du sénat. Sulpicius suscite une violente émeute où, entre autres victimes, périt le jeune Quintus Pompée, fils d'un des consuls et gendre de l'autre.

Les consuls (Lucius Cornelius Sylla et Quintus Pompeius Rufus) eux même courent de grands dangers; Sylla doit chercher asile dans la maison de Marius. L'aristocratie cède et les lois sulpiciennes passent sans obstacles. Sylla reprend le commandement de son armée en Campanie, une menace militaire pour le parti populaire. Sulpicius se rapproche de Marius qui a besoin de l'appui du parti démocratique pour revendiquer le commandement du corps expéditionnaire d'Asie.

Par un plébiscite rendu sur la motion de Sulpicius, Gaius Marius reçoit le commandement suprême et extraordinaire avec puissance proconsulaire de l'armée de Campanie (actuellement dirigée par Sylla) et de l'expédition contre Mithridate.

88 av. J.C.

Sylla marche sur Rome

Sylla rassemble ses soldats soit six légions ou trente-cinq mille hommes environ et dénonce la motion de Sulpicius. Il lève son camp et se faisant rejoindre en route par l'autre consul, son collègue, il arrive sous les murs de Rome. Soudain ses colonnes franchissent les murailles sacrées. Une fois dans Rome, le parti populaire propose une faible résistance : Marius et Sulpicius s'enfuient. Sylla est le maître absolu dans Rome.

Pour la première fois, l'armée intervient dans les affaires civiles. Le parti conservateur tire l'épée ! Il va de soi que les lois Sulpiciennes sont annulées, le sénat déclare les principaux responsables du parti populaire comme ennemis de la patrie. En vertu de ce sénatus-consulte, Publius Sulpicius est arrêté et tué : sa tête envoyée à Sylla et, par son ordre exposée en plein forum. Marius se jette dans une embarcation à Ostie pour gagner l'Afrique. Puis forcé par les vents contraires, le vieux Marius côtoie l'Italie; il veut éviter Terracine, dont un des principaux habitants, Géminius, était son ennemi personnel; mais le vent change, et soufflant de la haute mer soulève une si furieuse tempête, que les matelots auront peur pour le vaisseau. D'ailleurs, Marius se trouve fort incommodé de la mer. On débarque donc près de Circéi. Après avoir erré quelque temps sur le rivage, ils trouvent des bouviers qui n'auront rien à leur donner, mais qui, ayant reconnu Marius, l'avertissent de s'éloigner promptement, parce qu'ils viennent de voir passer plusieurs cavaliers qui le cherchent. Privé de toutes ressources, affecté surtout de voir ceux qui l'accompagnent près de mourir de faim, Marius quitte le grand chemin, et se jette dans un bois épais, où il passe la nuit.

Le lendemain, il se remet en marche le long de la mer, encourageant les gens de sa suite, et leur racontant des présages qui lui avaient promis un septième consulat. Ils arrivent dans les environs de Minturnes, colonie romaine située aux bouches du Liris, lorsqu'ils aperçoivent de loin une troupe de cavaliers qui viennent à eux, et ils voient en même temps deux barques qui côtoyaient le rivage; ils courent de toutes leurs forces vers la mer, et ayant gagné à la nage les deux barques, ils montent sur l'une. Marius, gros et pesant, ne se remue qu'avec peine, il est porté par deux esclaves qui, le soulevant sur l'eau avec beaucoup d'efforts, le mettent dans l'autre barque, au moment où les cavaliers, arrivant sur le rivage, criaient aux mariniers de ramener la barque à terre ou de jeter Marius à la mer. Celui-ci les conjure, les larmes aux yeux, de ne pas le sacrifier à ses ennemis. Les maîtres de la barque, après avoir formé en quelques instants plusieurs résolutions contraires, répondent enfin qu'ils ne trahiront pas Marius. Les cavaliers s'étant retirés en leur faisant des menaces, les mariniers changent de sentiment, et gagnant la terre, vont mouiller près de l'embouchure du Liris, dont les eaux en se répandant hors de leur lit, forment un marais. Ils conseillent à Marius de descendre pour prendre de la nourriture sur le rivage et attendre que le vent devienne favorable.

Il les croit et descend à terre où il se couche sur l'herbe, mais les mariniers, remontant aussitôt dans leur barque, lèvent les ancres et s'éloignent: ils avaient pensé qu'il n'était ni honnête de livrer Marius, ni sûr pour eux de le sauver. Abandonné ainsi, il reste longtemps sans proférer une parole; enfin reprenant courage, il s'avance par des chemins détournés, à travers des marais profonds, des fossés pleins d'eau et de boue. Arrivé à une cabane où il voit un vieillard, il se jette à ses pieds, le supplie de sauver un homme qui, s'il échappait à son malheur présent, le récompenserait un jour bien au-delà de ses espérances. Le vieillard, soit qu'il connait depuis longtemps Marius, soit qu'à son air il le juge un personnage distingué, lui dit que s'il ne veut que se reposer, sa cabane lui suffirait, mais que s'il errait pour fuir ses ennemis, il le cacherait dans un lieu plus sûr et plus tranquille. Marius l'ayant prié de le faire, cet homme le mène près de la rivière, dans un endroit creux du marais, où il le fait coucher et le couvre de roseaux et d'autres plantes légères dont le poids ne pouvait le blesser.

Il n'y avait pas longtemps que Marius y était caché lorsqu'il entend un grand bruit du côté de la cabane. Géminius avait envoyé de Terracine plusieurs cavaliers à sa poursuite; quelques-uns d'entre eux viennent par hasard en cet endroit et cherchent à effrayer le vieillard en lui criant qu'il cache un ennemi des Romains. Marius, qui les entend, se lève du lieu où il est, pour s'enfoncer dans l'endroit où l'eau est la plus épaisse et la plus boueuse; ce mouvement le fait découvrir. Retiré de là tout nu et couvert de fange, il est conduit à Minturnes, où on le remet entre les mains des magistrats, car le décret du sénat qui ordonnait à tout Romain de le poursuivre et de le tuer, s'il était pris, avait déjà été publié dans toutes les villes.

Les magistrats et les décurions de Minturnes, après une longue délibération, résolvent d'obéir au décret, mais aucun des citoyens ne veut se charger de l'exécution; enfin il se présente un cavalier gaulois ou cimbre qui entre l'épée à la main dans la chambre où Marius reposait. Comme elle reçoit peu de jour et qu'elle est fort obscure, le cavalier, à ce qu'on assure, croit voir des traits de flamme s'élancer des yeux de Marius, et de ce lieu ténébreux il entend, une voix terrible lui dire : "Oses-tu, misérable, tuer Caïus Marius!" Le barbare effrayé prend la fuite, et, jetant son épée, sort dans la rue en criant ces seuls mots: "Je ne puis tuer Caïus Marius."

L'étonnement d'abord, ensuite la compassion et le repentir gagnent toute la ville. Les magistrats se reprochent la résolution qu'ils avaient prise comme une ingratitude envers un homme qui avait sauvé l'Italie. "Qu'il s'en aille", disaient-ils, "errer où il voudra et accomplir ailleurs sa destinée, et prions les dieux de ne pas nous punir de ce que nous rejetons de notre ville Marius nu et dépourvu de tout secours." D'après ces réflexions, ils se rendent en foule dans sa chambre, l'en font sortir et le conduisent au bord de la mer. Comme chacun lui donne de bon coeur ce qui peut lui être utile, il se passe un temps assez considérable; d'ailleurs il y a sur le chemin qui mène à la mer le bois sacré de la nymphe Marica, singulièrement respecté de tous les Minturniens, qui ont grand soin de n'en rien laisser sortir de ce qu'on y a une fois porté. Ne pouvant le traverser pour se rendre au rivage, ils vont prendre un long circuit qui les aurait fort retardés, lorsqu'un des plus vieux de la troupe se met à crier qu'il n'y avait pas de chemin où il peut être défendu de passer pour sauver Marius, et prenant quelques-unes des provisions qu'on porte au vaisseau, il entre le premier dans le bois. Dans la suite, Marius fera représenter toute cette histoire sur un grand tableau qu'il consacrera dans le temple de Marica.

Il se dirige vers l'Afrique et débarque près de Carthage. A peine était-il à terre, qu'un licteur du gouverneur romain vient lui ordonner de se rembarquer aussitôt. Marius garda longtemps le silence, en jetant sur l'officier de sombres regards. Le licteur lui ayant enfin demandé ce qu'il le chargeait de dire au gouverneur: "Dis-lui", répondit-il, "que tu as vu Marius assis sur les ruines de Carthage."

88 av. J.C.

Législation Cornélienne

Sylla se met à l'oeuvre pour empêcher les révolutions à venir, il conçoit toute une série de lois nouvelles. Au regard des débiteurs obérés, il remet en vigueur le taux maximum de l'intérêt légal au 1/12 du capital. En outre, il institue un certain nombre de colonies, renforce le sénat par l'adjonction de 300 membres choisis naturellement dans les rangs aristocratiques. Il introduit des changements essentiels dans le système du vote: il annule l'ancienne réforme de 241 av. J.C. qui confère le même nombre de voix à chacune des cinq classes censitaires. Désormais, cette réforme n'est plus maintenue. Il revient à la vielle ordonnance de Servius qui assigne à la première classe tous les citoyens riches à 100000 sesterces et au-dessus, et qui accaparent à eux seuls presque la moitié des voix.

De plus, Sylla exige pour les grandes charges du consulat, de la préture et de la censure un cens électoral qui exclut du vote tous ceux qui n'ont pas de richesses. Enfin, il restreint l'initiative des tribuns en matière législative : toute motion désormais doit être immédiatement portée devant le sénat lequel doit l'approuver avant que le peuple puisse agir en connaissance.

Avant de partir en Asie à la tête du corps expéditionnaire romain, Sylla pense qu'il laisse derrière lui des garanties solides en cas de tempête nouvelle contre l'oligarchie. Il compte sur les consuls que l'institution électorale remaniée allait donner à Rome; il compte sur l'armée restant en Italie et occupée à détruire les derniers débris de l'insurrection sociale. Mais voici que les comices consulaires sont défavorables aux candidats que Sylla a présenté : et qu'à côté de Gnoeus Octavius, personnage appartenant aux optimates, ils nomment Lucius Cornellius Cinna, l'un des plus ardents meneurs du parti populaire.

Le parti capitaliste avait mis la main au vote et se vengeait de la nouvelle loi sur l'intérêt. Quant aux armées, celle de Campanie partant toute entière pour l'Asie, celle du nord allait être maîtresse de la situation. Sylla la donne à son fidèle collègue Quintus Rufus. Rufus se rend à son poste et prend le commandement à la place de Strabon; mais peu de temps de là il périt dans une émeute militaire qui remet Strabon à la tête de l'armée.

Bientôt son consulat prend fin. Cinna son successeur le presse de partir pour l'Asie et au même moment un des tribuns du peuple nommé la veille ose le citer en justice. Sylla confie le corps laissé dans le Samnium à Quintus Metellus Pius et laisse d'autre part la continuation du siège de Nola au propréteur Appius Claudius. Sylla s'embarque avec ses légions pour la Grèce au début de l'année 87 av. J.C.

88 av. J.C.

Mithridate Eupator

Mithridate Eupator
Mithridate Eupator
Musée du Louvre

A cette heure, le roi du Pont, un petit pays baigné par la mer Noire, est Mithridate VI, surnommé Eupator (né en 130, mort en 63 av. J.C.). Son père, Mithridate Evergète, étant mort à Sinope sous les coups d'un meurtrier, il était monté sur le trône en 120 av. J.C. à l'âge de onze ans. Quel roi jamais a dépassé la méfiance et la cruauté de Mithridate ? Par son ordre périrent violemment ou moururent au fond d'une prison, pour des crimes ou des trahisons réelles ou imaginaires, sa mère, son frère, ses soeurs qui furent aussi ses épouses, trois de ses fils, trois de ses filles. Il étudie, il expérimente les poisons et les antidotes : il veut habituer son corps à l'empoisonnement. Son empire occupe la Cappadoce de la mer Noire ou la contrée Pontique. Posté à l'extrémité nord-est de la péninsule, touchant à l'Arménie et en contacts quotidiens avec la nationalité iranienne.

Mithridate franchit l'arrête du Caucase à la tête de sa phalange macédonienne, descend dans les vallées du Kouban et du Térek (Russie actuelle): à la même heure sa flotte se montre dans les eaux de Crimée. Il enlève Chersonèse qui lui permet d'asseoir son contrôle incontesté de la péninsule. Il attaque ensuite le pays des Roxolans et étend son empire jusqu'au Dnieper. Cet empire du Bosphore comprend toute la Crimée actuelle. Quant aux peuples des steppes depuis les pentes septentrionales du Caucase jusqu'aux bouches du Danube, ils entrent dans la clientèle du roi du Pont.

Non content de ces magnifiques succès dans le Nord, Mithridate se tourne du côté de l'est et de l'ouest. Il annexe la petite-Arménie et entre en union étroite avec le roi de la grande-Arménie. Il donne à Tigrane sa fille Cléopâtre en mariage. Enfin le roi jette ses vues sur la Paphlagonie et la Cappadoce. Il commence par occuper la Paphlagonie de concert avec Nicomède roi de Bithynie. Ils installent comme régent nominal un fils de Nicomède qui prend le nom de Pyloemène. En Cappadoce les deux alliés font assassiner le roi Ariathe VI, le beau-frère de Mithridate. C'est Gordios, le lieutenant de Mithridate qui gouverne le royaume de Cappadoce.

Le roi du Pont est alors le plus puissant prince : au nord comme au sud de la mer Noire et jusqu'au centre de l'Asie Mineure, tout lui obéit. Rome avait laissé ce simple Etat client se transformer en une grande puissance militaire qui met 100000 hommes sous ses armes. Néanmoins les injures vont croissant et s'aggravent. Les princes des Scythes Tauriques, chassés de la Crimée se tournent alors vers Rome et demandent secours. La république se décide à agir quand on apprend que la réunion de la Cappadoce au Pont vient de se consommer. Nicomède, qui se trouve trahit et évincé par Mithridate, sollicite d'urgence l'intervention des romains.

Le sénat exige que Mithridate rétablisse les princes scythes. Rome envoie en Cappadoce Lucius Sylla, propréteur de Cilicie avec la petite poignée d'hommes mise à sa disposition pour combattre les brigands et les pirates. Le souvenir de l'antique vigueur des romains fait plus pour eux dans l'Orient que leur triste gouvernement actuel : Mithridate se retire. Aussitôt Sylla ramasse son monde, s'adjoint les contingents alliés, franchit le Taurus et bat le régent Gordios. Sylla, poussant plus loin, arrive dans la région de l'Euphrate dont les eaux reflètent pour la première fois les enseignes romaines. Pour la première fois aussi les romains se trouvent en contact avec les Parthes. Mithridate évacue la Paphlagonie et consent, verbalement du moins à la restauration des chefs scythes. Le statu quo d'avant la guerre est rétabli dans tout l'Orient (92 av. J.C.).

A peine Sylla a-t-il quitté l'Asie que Tigrane tombe de nouveau sur le roi de Cappadoce Ariobarzane, le chasse et réinstalle l'homme de paille de Mithridate. En Bithynie, après la mort du vieux roi Nicomède II (91 av. J.C.), son fils Nicomède III Philopator, reconnu par le sénat est destitué par un prétendant Socrate, son frère qui s'empare du trône. Manifestement, ces bouleversements ont Mithridate pour auteur médiat et intéressé.

Rome envoie en Asie, pour appuyer le préteur Lucius Cassius, le consulaire Manius Aquillius : il n'a pas de commandement militaire, pas de troupes, il vient en diplomate. Aussitôt, Nicomède et Ariobarzane remontent sur leur trône.

88 av. J.C.

Mithridate occupe l'Asie Mineure

Aquillius veut en finir avec Mithridate. Il a recours au roi Nicomède pour ouvrir les hostilités. Ses vaisseaux barrent le Bosphore aux vaisseaux du roi : ses troupes s'avancent au-delà de la frontière et mettent à sac la région d'Amastris. Mithridate rassemble son armée et sa flotte : aussitôt il ordonne à Ariobarzane, son fils d'entrer en Cappadoce. La guerre éclate en 89 av. J.C. Le roi du Pont renforce son alliance avec le roi d'Arménie : en obtient la promesse d'une armée de secours. Mithridate, sans compter l'armée auxiliaire des Arméniens entre en campagne à la tête de 250000 hommes de pied et de 40000 chevaux. Il met en mer 300 vaisseaux pontés et 100 embarcations ouvertes. Les chefs de ses armées, les deux frères Néoptolème et Archélaos sont des Grecs, hommes de guerre prudents et éprouvés. Rome n'a alors en Asie que le petit corps de Lucius Cassius avec les milices locales. L'armée bithynienne avec Nicomède garde ses positions en Paphlagonie et la flotte romano-bithynienne ferme le Bosphore.

Dès les premiers jours du printemps 88 av. J.C., Mithridate écrase les troupes bithyniennes. Puis arrive une légion romaine qui essuie une défaite en Cappadoce. Aquillius est battu en Bithynie et va se réfugier à Pergame. Mithridate assiège la ville qui tombe rapidement. Le Bosphore est occupé et le roi s'empare des navires qu'il y trouve. Toute l'Asie mineure est occupée. Dans quelques cités on va jusqu'à lui livrer les officiers romains. Laodicée lui remet Quintus Oppius et Mytilène de Lesbos le consulaire Aquillius. Tantôt enchaîné à pied à un fort Bastarne sur son cheval, tantôt attaché sur un âne, le vieux romain est emmené dans toute l'Asie Mineure; et quand enfin, il arrive à Pergame où trône alors Mithridate, le roi pour punir son avarice ordonne qu'on lui verse de l'or fondu dans la gorge. Il meurt dans les tourments.

Mithridate envoie d'Ephèse à tous ses satrapes et à toutes les cités l'ordre de tuer, le même jour, à la même heure sans distinction d'âge ni de sexe, tous les italiens qui résident dans le pays. Partout, l'ordre s'exécute ponctuellement : le même jour, de 80000 à 150000 italiens sont massacrés en Asie Mineure.

88-87 av. J.C.

Invasion en Europe

Profitant des désordres politiques après la révolution sulpicienne, Mithridate conçoit le projet d'envahir la Grèce. Son fils Arirathe, traversant la Thrace, pénètre en Macédoine, bouleverse tout le pays sur sa route et la divise en satrapies asiatiques. La flotte conduite par Archélaos se montre dans la mer Egée et s'empare de Délos: près de 20000 hommes, italiens pour la plupart y sont massacrés. Toutes les îles à l'est du cap Malée succombent. Athènes elle-même se tourne auprès de Mithridate.

87-86 av. J.C.

Sylla débarque

L'Asie Mineure et la Grèce totalement perdues : la Macédoine en partie occupée par l'ennemi : Rome réagit en envoyant une armée en Asie. Sylla prend la mer et aborde la côte d'Epire au début de 87 av. J.C. Son armée qui compte cinq légions ou 35000 hommes au plus, n'est guère plus considérable qu'une armée consulaire ordinaire. Sylla vient reconquérir deux continents et les îles de la mer Egée sans un seul vaisseau de ligne. Qui plus ait, il arrive les mains vides : les sommes levées à grande peine pour la campagne de 88 ayant été dépensées en Italie.

Il offre au roi la paix, moyennant le retour complet au statu quo ante bellum et comme il essuie un refus, il marche, aussitôt débarqué des ports d'Epire en Béotie, bat les généraux de Mithridate, Archélaos et Aristion près du mont Tilphousios et soumet sans résistance tout le continent grec à l'exception d'Athènes et du Pirée où s'est jeté l'ennemi. Sylla assiège ensuite Athènes. Dès le début de 86 av. J.C., Sylla se jette sur le Pirée. Les romains sont repoussés énergiquement. Le siège actif cesse et est converti en blocus. La famine se déclare dans la cité. Cependant Ariston, qui y commandait, ne parlait pas de se rendre, et du haut des murailles insultait le général romain, qu'il appelait, par allusion à son teint couperosé, une mûre saupoudrée de farine. A la fin pourtant, il fallut envoyer à Sylla deux députés qui lui parlèrent longtemps des exploits de Thésée, d'Eumolpe et de Miltiade. "Je ne suis pas venu ici prendre des leçons d'éloquence", répondit le général, "mais châtier des rebelles," et il les congédia. Enfin, le 1er mars 86 av. J.C., quelques soldats surprennent un endroit mal gardé, et la ville est prise, après un siège de neuf mois. Sylla veut entrer par la brèche; il fait abattre un pan de muraille, et à minuit, au bruit des trompettes sonnant la charge, aux cris furieux de l'armée entière, il pénètre dans la place. Le général romain livre la ville au soldat Tel fut, dit-on, le carnage que le sang, après avoir rempli le quartier appelé le Céramique, regorgea jusqu'aux portes et ruissela dans les faubourgs. Les principaux meneurs sont exécutés. Puis il restitue à la cité sa liberté.

Pendant ce temps, les lieutenants de Mithridate viennent d'achever la conquête de la Macédoine. A Rome les troubles reprennent de plus belles : la révolution s'empare du pouvoir, destitue Sylla et nomme à sa place le consul démocrate Marcus Valerius Flaccus. Toujours en 86 av. J.C., les armées pontiques commandées par Taxiles arrivent aux Thermopyles avec 100000 fantassins et 10000 cavaliers, rejointes par les troupes pontiques qui gouvernaient Le Pirée. Sylla en profite pour détruire le port et se met à son tour en route, voulant atteindre les Pontiques et leur livrer la bataille décisive avant l'arrivée de Flaccus.

86 av. J.C.

La bataille de Chéronée

La rencontre des armées a lieu dans la plaine du Céphise non loin de Chéronée (mars 86 av. J.C.). Les romains sont trois fois moins nombreux que les troupes pontiques. La cavalerie de Mithridate est de beaucoup supérieure à celle de Sylla. La configuration du terrain la rend très dangereuse. Aussi faut-il que Sylla couvre ses flancs par des fossés palissadés : sur son front une chaîne de palissades pareillement placée entre ses deux lignes, la protège contre les chars à faux. Quand ceux-ci approchent, ouvrant le combat, la première ligne des romains se retire aussitôt derrière la muraille de pieux et les chars s'y viennent choquer.

Le désordre augmente, les chars se rejettent sur leur armée et mettent la confusion jusque dans la phalange des Macédoniens et dans le corps des transfuges italiques. La cavalerie Pontique se jette sur les romains mais les légionnaires tiennent tête de tous côtés aux cavaliers qui les chargent. Puis Sylla prend aussi ses cavaliers et fonce sur le flanc découvert des ennemis : les asiatiques cèdent sans combattre et en reculant refoulent leurs cavaliers. Au même moment, un mouvement général des fantassins romains décide de la victoire.

Lucius Flaccus aborde en Epire avec deux légions. Déjà ses troupes occupent la Thessalie. Sylla marche vers eux. Les deux armées romaines campent l'une en face de l'autre à Melitoea. Flaccus refuse le combat et s'enfonce dans le nord, gagne l'Asie par la Macédoine et la Thrace.

85 av. J.C.

Une deuxième armée Pontique en Europe

Au printemps 85 av. J.C., Mithridate reforme une armée presque égale à celle de Chéronée. Le choc a encore lieu dans la plaine de Céphise non loin d'Orchomène. Les asiatiques jettent leur nombreuse cavalerie sur l'infanterie de Sylla qui fléchit et commence à céder. Le danger est pressant. Sylla saisit une enseigne et poussant à l'ennemi avec ses officiers et son état-major : "Si l'on vous demande", crie-t-il à ses soldats "où vous avez abandonné votre général, vous répondrez : à Orchomène !". En l'entendant, les légions font volte-face; elles repoussent les cavaliers ennemis et les rejetant sur les fantassins, mettent ceux-ci facilement en fuite. Le lendemain, elles enveloppent et enlèvent le camp asiatique : la plupart des soldats de Mithridate sont tués ou se noient dans les marais du lac Copaïs. Après cette défaite, toutes les troupes pontiques quittent le continent européen et rentrent chez elles en Asie. Sylla va prendre ses quartiers d'hiver en Thessalie. Il donne l'ordre de construire des vaisseaux thessaliens pour pouvoir enfin débarquer en Asie.

85-83 av. J.C.

Flaccus en Asie

Flaccus gagne Byzance par la Macédoine et la Thrace, passe le détroit et prend terre à Chalcédoine (86 av. J.C.). Là éclate une insurrection parmi ses soldats : elle a pour instigateur Gaius Flavius Fimbria, l'un de ses principaux officiers. Flaccus est déposé d'abord puis mis à mort, non loin de là à Nicomédie. Fimbria bat à Miletopolis le jeune Mithridate qui marche contre lui. Surpris, il est écrasé et laisse la porte ouverte à la conquête de Pergame, la capitale actuelle du Pont.

Fimbria y chasse Mithridate. A ce moment Lucullus se montre avec la flotte romaine. Fimbria lui conjure de lui prêter secours et de s'assurer la capture de Mithridate. Lucullus, aristocrate de sang, refuse d'aider Fimbria, officier du parti populaire. Il s'éloigne et le roi gagne Mytilène. Sa situation est critique (fin 85 av. J.C.). La flotte romaine, rejointe par les navires construits par l'ordre de Sylla contrôle tout l'Hellespont et garantit à Sylla et à l'armée du sénat un passage en Asie.

Mithridate souhaite négocier la paix : il a à choisir entre Fimbria et Sylla. Il entame des pourparlers avec tous les deux. Mais dès le départ, le roi a l'intention de conclure avec Sylla, à son sens plus fort que Fimbria. Il invite Sylla à se rendre en Asie, lui promettant son assistance contre la faction démocratique de Rome. Sylla, froid jusqu'au bout, repousse l'alliance proposée, à la veille de la guerre civile qui l'attend en occident.

Les négociations de paix débutent au mois de décembre 85 av. J.C., à Delion, sur la côte béotienne (Grèce). Sylla réclame la restitution de toutes les conquêtes royales, la remise des captifs, des 80 vaisseaux d'Archélaos et une indemnité de 3000 talents. De Tigrane, il n'est rien dit par personne. On rentre dans l'état de possession avant la guerre; et certes pour le roi il n'y a rien d'humiliant à de telles conditions.

Mithridate refuse les conditions de paix. Ses députés rejetèrent d'abord les conditions imposées par le Romain : "Eh quoi", s'écria Sylla, "je lui laisse la main qui a signé la mort de tant de nos citoyens, et il ose réclamer! Dans quelques jours je serai en Asie, il tiendra alors un autre langage." Sylla continue sa marche pour défaire le roi. Il franchit la mer. Le roi s'humilie et demande une entrevue. Elle eut lieu à Dardanum (Dardanos) dans la Troade. Quand Mithridate s'avançant à la rencontre de Sylla, lui tendit la main: "Avant tout", dit celui-ci, "acceptez-vous les conditions que j'ai faites ?" Le roi gardait le silence: "C'est aux suppliants à parler, aux vainqueurs d'attendre et d'écouter les prières." Mithridate, subjugué, se soumit à tout, restitua ses conquêtes, livra les captifs, les transfuges, 2000 talents et 70 galères. (la paix de Dardanos ou le traité de Dardanos). Au même moment, Fimbria demande une entrevue à Sylla qui la rejette. Il rentre à Pergame et se suicide dans le temple d'Esculape. Sylla laisse deux légions en Asie et place à leur tête ainsi qu'à la tête du gouvernement de l'Asie romaine, son meilleur capitaine, Lucius Licinus Murena.

Sylla touche enfin le but. Après quatre années de guerre, le roi du Pont rentre dans la clientèle de Rome. Il laisse ses soldats se refaire de leurs longues fatigues dans l'abondance de leurs quartiers d'hiver en Asie; puis s'embarque au printemps de l'an 83 av. J.C. sur 1600 navires, direction l'Italie.

88-87 av. J.C.

La situation politique à Rome

Quand Sylla quitte l'Italie pour l'Asie en 87 av. J.C., la situation politique à Rome est instable : l'insurrection à demi étouffée et la principale armée sous le commandement usurpé d'un général douteux. La victoire de l'oligarchie avait fait de nombreux mécontents. Les chevaliers, souffrant de la plus terrible crise financière que Rome n'avait jamais connu, murmure contre le pouvoir à cause de la loi sur l'intérêt qu'il avait promulguée, à cause des guerres d'Italie et d'Asie. Les insurgés déplorent la ruine de leurs espérances d'égalité civile avec les citoyens romains. Les cités entre les Alpes et le Pô ne sont pas satisfaites des demi concessions obtenues et quant aux nouveaux citoyens et aux affranchis, l'annulation des lois sulpiciennes les rend furieux.

Cinna est le consul de l'année 87 av. J.C., dans la seconde ligne des meneurs du parti populaire, on rencontre le tribun du peuple Gnoeus Papirius Carbon et Quintus Sertorius, l'un des plus habiles officiers de l'armée, devenu l'ennemi personnel du général de l'armée d'Asie. Le proconsul Strabon, quoique en mauvaise intelligence avec le pouvoir est bien loin de se compromettre avec la faction réformiste.

87 av. J.C.

La révolution

Dès que Sylla eut quitté l'Italie pour l'Asie en 87 av. J.C., Cinna s'empresse de proposer des lois contre la restauration syllanienne de 88 av. J.C.: on crée l'égalité civile au profit des nouveaux citoyens et des affranchis comme Sulpicius en avait fait la motion; on provoque la restitution entière des bannis appartenant à la révolution sulpicienne. Le sénat se bat et les tribuns fidèles au sénat prononcent l'intercession.

Les bandes armées du consul du sénat, Octavius massacrent les masses sur le forum : on y compte jusqu'à 10000 cadavres laissés sur la place ! Il ne reste aux meneurs du parti populaire de fuir. Le sénat s'empresse de destituer le consul et de faire élire Lucius Cornelius Merula à sa place.

Cinna et les meneurs du parti de la révolution se réfugient dans le camp de l'armée de siège devant Nola. L'armée de Campanie reconnaît Cinna comme consul. Cette armée devient le noyau régulier des bandes armées qui se forme dans toute l'Italie. Bientôt ces bandes, considérables par le nombre marchent de la Campanie vers la Capitale.

Malgré les conseils de Sertorius entre autres de ne pas se lier étroitement avec un homme que son nom seul porte infailliblement à la tête du mouvement, avec un homme d'une incapacité politique notoire et que la soif du pouvoir rendait fou, Cinna ne veut rien écouter et nomme Marius en commandant en chef en Etrurie et sur mer avec puissance proconsulaire.

Seul Strabon peut sauver les aristocrates : il apparaît et plante son camp près de la porte Colline. A la tête de son armée nombreuse et aguerrie, il lui était facile d'anéantir les bandes des insurgés : mais tel n'est pas son plan. Cinna avec son corps et celui de Carbon campe sur la rive droite du Tibre en face du Janicule tandis que Sertorius va sur la rive gauche se poster en face de Pompée, tout proche de la muraille de Servius. Par l'ordre du sénat, les murs et les portes sont mis en état de défense et la levée citoyenne est appelée sur le Janicule. Le sénat peut également compter sur le corps de Métellus qui guerroie dans le sud de l'Italie contre les Samnites.

Métellus monte vers Rome, en laissant une mince armée commandée par le légat Plautius. Les Samnites en profitent, l'attaquent et le battent : par ailleurs, les Nolans font une sortie et brûlent la ville voisine d'Abella, alliée de Rome; puis bientôt Cinna et Marius ayant accordé aux Samnites tout ce qu'ils demandaient (la citoyenneté romaine...), ceux-ci envoient leur contingent grossir les rangs des révolutionnaires. Marius s'attache à couper l'approvisionnement en vivre de Rome.

87 av. J.C.

Rome capitule

Strabon meurt d'une mort subite foudroyante. Ce qui reste de troupes se réunit à celles d'Octavius. L'armée de Métellus arrive entre temps à Rome et rétablit l'égalité des forces. Les optimates hésitent : tandis que les uns, avec le consul Octavius s'opposent à toute concession, Métellus, politique plus sage, tente un accommodement. Mais son entrevue avec Cinna ne fait qu'enflammer la colère des ultras des deux partis : Marius taxe Cinna de lâcheté, Octavius appelle Métellus un traître.

Les soldats de l'armée du sénat désertent en flot; le sénat capitule, se soumet à merci et supplée Cinna d'épargner le sang de ses concitoyens. Cinna le promet tandis que Marius, à ses côtés assiste, sombre et muet aux conférences.

87-86 av. J.C.

Marius et la terreur

Les portes de Rome s'ouvrent. Le consul entre avec ses légions : mais Marius, affectant le souvenir de la loi qui l'avait frappé, se refuse à mettre le pied dans la ville avant qu'une autre loi le permet. Les comices se rassemblent en toute hâte pour voter sa réintégration. Il passe outre et aussitôt applique le régime de la terreur. Marius se venge des grands, amis de Sylla. Il avait été décidé qu'on ne choisirait pas les victimes : qu'on tuerait en masse tous les notables du parti aristocratique. Les portes de la ville se referment et durant cinq jours et cinq nuits, on tue sans relâche, jusque sur les autels des dieux.

La chasse de sang s'étend ensuite pendant des mois sur toute l'Italie. De Rome, la proscription se propage ainsi à l'Italie entière; on tue dans les villes, sur les chemins; et comme défense était faite, sous peine de mort, d'ensevelir les cadavres, ils restent aux places où ils étaient tombés, jusqu'à ce que les chiens et les oiseaux de proie les eussent dévorés. Le consul Gnaeus Octavius périt le premier. En ces jours, périssent également Lucius Caesar (consul en 90 av. J.C.), Gaius, son frère, Marcus Antonius (consul en 99), Publius Crassus (consul en 97), Lucius Merula qui avait succédé à Cinna, Quintus Catulus (consul en 102) et une multitude d'hommes considérables du parti du gouvernement.

Par l'ordre de Marius, on cloue sur la tribune au forum les têtes des sénateurs suppliciés. Ses légions d'esclaves ne se font pas prier pour piller les maisons des proscrits, tuant et souillant tous ce qu'ils trouvent. Les fureurs de Marius désespèrent ses compagnons. Sertorius conjure le consul d'y mettre un terme : Cinna lui-même est épouvanté. Loin d'en avoir le courage, Cinna se donne le vieux général pour collègue dans le consulat de l'année suivante (86 av. J.C.).

Le 1er janvier 86 av. J.C., Marius prend ainsi avec Cinna possession du consulat sans élection, accomplissant son rêve d'un septième consulat. Il n'était pas rassuré cependant en songeant que Sylla était à la tête d'une armée victorieuse. Ses Jours se passent dans l'ivresse de ses fureurs, les nuits dans les insomnies : il se met à boire pour oublier. La nuit il croit entendre une voix menaçante lui crier: "Le gîte du lion, même absent, est terrible!" Et, pour échapper à ses craintes, il se plonge dans des débauches qui hâteront sa fin. Poursuivi jusqu'à ses derniers moments par des rêves de gloire militaire et des images de bataille, il faisait, dans son délire, tous les gestes d'un homme qui combat; il se levait sur son séant, commandait la charge, poussait des cris de victoire. Puis survient une violente fièvre qui sept jours durant le tient alité; puis le 13 janvier 86 av. J.C., il meurt à soixante-dix ans dans son lit.

Il eut des funérailles dignes de lui. Pimbria traîna à son bûcher le grand pontife Mucius Scaevola, coupable d'avoir voulu s'interposer en médiateur entre les deux partis, et regorgea comme ces victimes humaines qu'anciennement on immolait sur le tombeau des grands. Mucius tomba, mais non blessé à mort. Il guérissait même, quand Fimbria, l'apprenant, le cite en jugement. "Eh! de quoi donc l'accuses-tu, lui demanda-t-on. - Je l'accuse, dit-il, de n'avoir pas reçu le poignard assez avant." Et il le fit achever. Marius avait donné l'exemple de ces sacrifices humains. Sur la tombe de Varius, il avait fait couper en morceaux l'ancien censeur L. César.

87-84 av. J.C.

Cinna

Avec la terreur, arrive la tyrannie. Cinna reste quatre années consécutives à la tête de l'Etat en qualité de consul (87-84 av. J.C.), se nommant régulièrement lui-même, lui et ses collègues sans le vote du peuple. Jamais homme du parti populaire n'a exercé le pouvoir absolu aussi longtemps que lui. Sur la motion du tribun du peuple Marcus Junius Brutus, on commence en 83 av. J.C., la fondation d'une colonie à Capoue selon les plans de Gaius Gracchus; et qu'une loi sur le crédit dont l'auteur est Lucius Flaccus le jeune, ramène toutes les créances à la quatrième partie de leur valeur nominale annulant les trois autres quarts à la décharge du débiteur.

Le gouvernement révolutionnaire sort décret sur décret contre le proconsul Sylla. Les comices le destituent et le met au ban de la loi, lui, Métellus, Appius Claudius... Sa maison à Rome est rasée. En 84 av. J.C., Sylla envoie une lettre au sénat dans laquelle il annonce la fin de la guerre et son prochain retour en Italie. Il respectera les droits conférés aux citoyens nouveaux : les châtiments n'atteindront que les chefs.

Cinna arme ses hommes et décide de passer en Grèce au plus vite. La majorité du Sénat sur la proposition du vieux Flaccus veut tenter une réconciliation : le proconsul serait invité à revenir en Italie; on sommerait les consuls Cinna et Carbon à suspendre leurs armements. Cinna se rend à l'armée et veut la faire embarquer. Mais en recevant l'ordre de prendre la mer durant la mauvaise saison, les troupes du quartier général d'Ancôme se mettent en révolte et massacre Cinna (84 av. J.C.).

Pour les élections consulaires de 83 av. J.C., les comices élisent deux personnages sans valeur et incapables de se battre, Lucius Scipion et Gaius Norbanus. On haïssait les Marianiens moins à cause de leurs crimes qu'à cause de leur incompétence; le peuple veut encore moins de Sylla et d'une restauration.

83 av. J.C.

Sylla en Italie

Sylla a cinq légions, quarante mille hommes à peine. Mais cette armée a mené pendant sept années de rudes guerres en Italie, en Grèce, en Asie, elle est toute à son général qui ferme les yeux sur les brutalités du soldat. Au printemps 83 av. J.C., Sylla prend terre à Brindes avec ses légions. A cette nouvelle, le sénat déclare que la patrie est en danger et confère aux consuls des pouvoirs illimités.

Brindes la première, l'importante place de Brindes ouvre sans résistance ses portes au général : toute la Messapie, toute l'Apulie suivent leur exemple. De tous côtés, les restes du parti des Optimates se précipitent vers son camp. Quintus Métellus reprend en qualité de collègue de Sylla, les fonctions de proconsul dont la révolution l'avait dépossédé; de l'Afrique aussi, Marcus Crassus amène une petite troupe d'hommes armés. Mais un avantage plus grand que ces adhésions individuelles est procuré à Sylla par le fils de Strabon, le jeune Gnoeus Pompée.

83 av. J.C.

Pompée

Comme son père, sans liens originaires avec l'oligarchie, il avait reconnu la révolution et pris du service dans l'armée de Cinna : mais on n'oublia pas la conduite de Strabon et la guerre qu'il avait faite aux révolutionnaires: on fit subir maint passe-droits à son fils qui se vit menacé de la perte de sa grande fortune.

A la nouvelle du débarquement de Sylla, il court dans le Picenum où il est grand propriétaire, y lève l'étendard de la faction des Optimates. Tout le pays court à lui; les milices qui avaient servi sous son père viennent se ranger sous ses ordres. Il n'a que vingt-trois ans, bon soldat autant qu'excellent capitaine. Bientôt, il commande trois légions de volontaires Picentins. Il effectue la jonction avec l'armée de Sylla en Apulie. Sylla le salue du titre d'Imperator, titre n'appartenant qu'au général, qu'au collègue placé non en sous-ordre mais à côté de lui.

83-82 av. J.C.

La victoire du Port sacré

La première campagne avait donné à Sylla l'Apulie, le Picenum et la Campanie : une des armées consulaires avait disparu : l'autre battue était rejetée dans les murs d'une place. Les villes italiennes entrent en pourparlers avec lui et demandent au général la garantie des droits politiques qu'elles tiennent de la faction contraire. Pour l'année 82 av. J.C., le consulat est donné à deux des plus opiniâtres chefs du parti révolutionnaire, à Carbon pour la troisième fois et à Gaius Marius le fils. Quintus Sertorius est envoyé en recrutement en Espagne. A l'appel du fils de Marius, les vétérans de son père viennent se ranger en foule sous ses enseignes. Ainsi commence des deux côtés la campagne de 82 av. J.C. avec des bataillons renforcés.

L'armée des optimates se partage en deux : le proconsul Métellus appuyé par l'insurrection du Picenum tente de pénétrer dans la haute Italie pendant que Sylla parti de la Campanie marche droit sur Rome. Carbon va à la rencontre de Métellus : Marius se réserve d'attaquer le corps principal dans le latium. Sylla arrivant par la voie Latine, rencontre l'ennemi à Signia qui recule jusqu'au lieu appelé le Port-Sacré. L'armée de Marius compte 40000 hommes. Lors du choc, plus de la moitié des Marianiens sont tués ou pris ; le reste se jette dans la ville de Praeneste.

Quand à Rome, abandonnée, sans provisions elle est perdue. Marius donne l'ordre de l'évacuer au préteur Lucius Brutus Damasippus, de mettre à mort tous les hommes notables du parti contraire, épargnés jusqu'à ce jour : Damasippus convoque le sénat sous un prétexte quelconque et les proscrits tombent les uns dans la Curie même, les autres dans leur fuite. Meurent l'ex-édile Publius Antistius, beau-père de Gnaeus Pompée; l'ex-préteur Gaius Carbon (l'adversaire de Gaius Gracchus), le consulaire Lucius Dolmitius, le grand pontife Quintus Scoevola... La foule, muette et épouvantée voit traîner dans les rues et jeter dans le fleuve les cadavres de ces dernières victimes.

82-79 av. J.C.

La prise de Rome

Marius va se réfugier avec le reste de ses troupes dans la cité de Praeneste. Sylla laisse l'un de ses plus solides officiers, Quintus Ofella assiéger et affamer la cité derrière une forte ligne de circonvallation. Il occupe Rome sans résistance; les troupes révolutionnaires l'avaient abandonné. Peu après, il quitte Rome pour rejoindre Métellus en Etrurie.

Dans la région de la plaine du Pô, près de Plaisance, le général démocrate Gaius Norbanus est défait par Métellus à Faventia. Norbanus s'enfuit et s'embarque à Rhodes : tout le pays entre les Alpes et l'Apennin se soumet aux Optimates.

Les troupes jusque-là dans l'Italie du nord sont enfin libres de se tourner en Etrurie, la dernière contrée encore sous domination démocrate. Carbon est à Clusium quand il apprend la fatale nouvelle : il perd courage et quoique encore à la tête d'une grosse armée, il s'enfuit secrètement et s'embarque pour l'Afrique. Au même moment, les chefs de la révolution de Praeneste décident de quitter la cité pour se jeter en force sur Rome, éloignée seulement d'une journée de marche.

Ils n'ont plus en vue que leur vengeance : marcher sur Rome est une dernière joie pour la fureur des révolutionnaires avec cette devise comme étendard : "pour se débarrasser des loups destructeurs de la liberté italienne, il faut anéantir la forêt où ils ont leur repaire". Rome court un énorme danger. Le 1er novembre 82 av. J.C., Pontius, Lamponius, Carrinas et Damasippus viennent camper devant la Porte Colline. Sylla se met aussitôt en mouvement pour aller protéger la ville. Dès qu'il arrive, il range ses troupes en bataille et attaque l'armée révolutionnaire : la mêlée est sanglante. On se bat tout un jour et une nuit entière; l'aile gauche, que Sylla commande, est mise en déroute; mais Crassus, avec l'aile droite, disperse l'ennemi. Le champ de bataille fut couvert de 50000 cadavres, dont la moitié était Romains. L'armée insurgée est anéantie.

Le lendemain de ce combat, Sylla harangue le sénat dans le temple de Bellone; tout à coup on entend des cris de désespoir, les sénateurs se troublent: "Ce n'est rien", dit-il, "seulement quelques factieux que je fais châtier," et il continua son discours: en ce moment 8000 prisonniers samnites et lucaniens périssaient égorgés.

La garnison de Praeneste se rend quand elle apprend la nouvelle de la défaite. Le consul Gaius Marius tente de s'enfuir : n'ayant pas réussi il se suicide. La ville est pillée et mise à sac. Quand il revient de Préneste, qui avait ouvert ses portes et dont toute la population fut massacrée, il monte à la tribune, parle longtemps de lui-même en termes magnifiques, et termine par ces paroles sinistres: "Qu'aucun de mes ennemis n'espère de pardon". Dans la Basse Italie, Naples est déjà tombée et Capoue se rend; en revanche les Samnites évacueront Nola qu'en 80 av. J.C. En ce qui touche le Samnium, Sylla déclare que Rome n'aurait pas de repos tant que subsisterait le peuple Samnite et qu'il faut que son nom soit désormais effacé de la terre.

On le voit entreprendre en personne une campagne de dévastation, s'emparer d'Aesernia (80 av. J.C.), à la même heure, Tuder est prise d'assaut par Marcus Crassus. En Etrurie, Populonium et Volaterrae où se trouvent des débris de l'ancienne faction, trois légions sont reformées. Là le siège dure deux ans, conduit par Sylla lui-même puis par l'ex-préteur Gaius Carbon, frère du consul de la démocratie. Ce n'est qu'au cours de la troisième année à dater de la bataille de la Porte Colline (79 av. J.C.) que les garnisons capitulent. Elles sont massacrées par les troupes du gouvernement romain.

Après dix ans de révolution et d'insurrection dans l'Ouest et dans l'Orient, le calme est enfin revenu : l'Etat romain a reconquis l'unité dans le gouvernement au dedans et au dehors.

Livret :

  1. Marius et Sylla dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. La guerre sociale de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Sylla de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. Publius Sulpicius Rufus Wikipédia, the free encyclopedia
  4. Mithridate VI de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Mithridate de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  6. La bataille de Chéronée de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. Lucius Cornelius Cinna Wikipédia, the free encyclopedia
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