Marius   
120-98 av. J.C.

Les Cimbres Défaite de Carbon Défaite de Silanus Défaite de Longinus Défaite d'Orange La bataille d'Aix La bataille de Verceil (bataille du champ Raudique) Le Parti populaire

120-113 av. J.C.

Les Cimbres

Marius
Marius (157 - 86 av. J.-C.)

Depuis longtemps, un peuple errant se mouvait sur la zone septentrionale des régions des deux côtés du Danube. Ce peuple s'appelle les Cimbres. Les premiers gaulois contre lesquels ils se choquent sont les Boïes (Boïens) de Bohême. Des causes de leur départ, de la direction de leur mouvement, personne ne le sait. En revanche, le noyau des Cimbres et aussi celui des Teutons qui se joignent à eux un peu plus tard se rattache à l'élément germanique et non celtique. Les Cimbres seraient originaires du Danemark actuel et les Teutons d'Allemagne du nord.

Prodigieuse est leur marche : les romains n'avaient jamais rien vu de pareil. Ce n'est pas une horde de brigands à cheval, c'est un peuple en cours d'émigration, marchant avec femmes et enfants, avec tout son bien et son avoir à la recherche d'une nouvelle patrie. Les hommes ont de grands corps sveltes, de longues tresses, d'un blond foncé, des yeux azurés, les femmes aux formes vigoureuses et puissantes, ne le cédant qu'à peine à leurs maris en taille.

Hostile à la civilisation et destructeurs comme l'ouragan ou la vague en furie, capricieux, irréfléchis, courant aujourd'hui en avant, demain s'arrêtant tout à coup : puis se précipitant de côté ou revenant en arrière. En 113 av. J.C., les Cimbres traversent le pays des Scordisques (les Balkans), entrent dans celui des Taurisques (Norique), et s'approchent des passes des Alpes de Carniole que couvre le consul Gnoeus Papirus Carbon, posté sur les hauteurs en avant d'Aquilée.

113 av. J.C.

Défaite de Carbon

Les Cimbres n'attaquent pas. Ils reculent. Carbon leur enjoignent de quitter le pays des Taurisques, peuple ami de la république, injonction dont les traités avec ce peuple poussent le consul à faire un devoir de les respecter. Les Cimbres s'apprêtent à suivre les guides donnés par le consul pour les reconduire à la frontière. Mais ces guides ont été vendus pour les faire tomber dans une embuscade où les attend Carbon. On en vient aux mains, non loin de Noreia (dans la Carinthie, Norique). Les Cimbres trahis, vainc Carbon et lui tuent une très grande partie de ses hommes (Bataille de Noreia, 113 av. J.C.). Ils auraient pu aussitôt descendre en Italie : ils aiment mieux tourner à l'ouest, s'ouvrant un chemin le long de la rive gauche du Rhin et au travers du Jura.

109 av. J.C.

Défaite de Silanus

En 109 av. J.C., Marcus Junius Silanus entre en Gaule méridionale et va défendre le territoire des Allobroges contre les Cimbres. Les Cimbres demandent une assignation de terres où ils peuvent s'y établir. Pour réponse, le consul les attaque mais il est battu à plate couture, son camp tombe aux mains de l'ennemi. Cette fois encore, les Cimbres envoient une ambassade en Italie, renouvelant leur demande de terre. Tout à coup voici qu'un autre ennemi se lève en Gaule. Entraînés par l'exemple des Cimbres, ils veulent également s'installer en Gaule où ils trouvent de plus paisibles et plus fertiles terres. Les troupes helvètes, conduites par Divicon franchissent le Jura et vont jusque dans le pays des Nitiobriges (Nitiobroges), non loin d'Agen.

107 av. J.C.

Défaite de Longinus

Là ils rencontrent le consul Lucius Cassius Longinus qui périt, lui et son lieutenant, le consulaire Gaius Piso et la plupart de ses soldats contre les Helvètes (la bataille d'Agen). Le commandant intérimaire, Gaius Popillius qui s'était réfugié dans le camp, capitule, livrant aux Helvètes la moitié de ses bagages et munitions et aussi des otages. La situation devient de plus en plus critique à tel point que Tolosa (Toulouse), l'une des principales places fortes de la province romaine se soulève contre Rome et jette sa garnison dans les fers. En 106 av. J.C., le nouveau général envoyé par Rome, Quintus Servilius Coepion reprend Tolosa. Il la pille et emmène avec lui les richesses entreposées dans le célèbre sanctuaire de l'Apollon gaulois.



105 av. J.C.

Défaite d'Orange

En 106 av. J.C., Rome envoie trois grandes armées en Gaule méridionale pour défendre la province romaine des Cimbres. Les germains reviennent en 105 av. J.C., conduits par leur roi Boiorix, songeant cette fois à descendre en Italie. Coepion, passé proconsul, commande sur la rive droite du Rhône : sur la rive gauche se trouve le consul Gnoeus Mallius Maximus et son lieutenant, le consulaire Marcus Aurelius Scaurus qui commande un corps séparé. Scaurus assailli le premier est écrasé : fait prisonnier, il est amené devant le roi qui en entendant son captif l'avertir de se garder d'envahir l'Italie avec ses Cimbres entre en fureur et le tue.

Maximus ordonne au proconsul de repasser le Rhône. Coepion obéit à contrecoeur et installe son camp près d'Arausio (Orange), sur la gauche du fleuve où se concentrent toutes les forces romaines. Maximus propose à Coepion de camper ensemble, de se concerter ensemble. Coepion refuse. En vain les délégués du Sénat tentent un arrangement. Une entrevue des deux généraux exigée par leurs officiers ne fait qu'élargir la rupture.

A peine Coepion a t'il vu Maximus en pourparlers avec les Cimbres que le croyant sur le point d'avoir seul l'honneur de leur soumission, se jette soudain sur eux avec tout son corps d'armée. Il est anéanti, son camp capturé (6 octobre 105 av. J.C.) tandis que sa défaite entraîne la destruction du second corps d'armée dirigé par Maximus. 80000 soldats meurent, seul dix hommes auraient échappé à l'hécatombe. Par les pertes matérielles et par l'effet psychologique, la défaite d'Orange dépasse même la journée de Cannes. Au lieu de descendre en Italie, les Cimbres envahissent le pays arverne et s'enfoncent ensuite vers les Pyrénées.

A Rome, Quintus Coepion est le premier sacrifié. Le désastre d'Orange était dû à son insubordination sans compter l'affaire du détournement du butin de Toulouse. Ses biens sont confisqués (105 av. J.C.) et donnés au trésor, un peu plus tard une autre loi l'expulse du sénat (104 av. J.C.). En 103 av. J.C., il est institué un tribunal d'exception pour connaître les crimes de vol et de haute trahison commis dans la Gaule; Coepion est emprisonné ainsi que Gnaeus Mallius Maximus, l'ancien commandant suprême.

104 av. J.C.

Marius, général en chef

Aux yeux de l'opinion, le gouvernement avait fait banqueroute à toute confiance; aussi les meilleurs capitaines appartenant à l'aristocratie doivent-ils céder la place. Malgré la loi qui ne veut pas qu'on puisse être promu deux fois de suite au consulat, Gaius Marius ose briguer une élection nouvelle à la fonction de commandant suprême. Non seulement il est nommé pour 104 av. J.C. alors qu'il commande encore en Afrique: non seulement il lui faut donner pour province le généralat de la guerre des Gaules : mais le consulat lui est en outre accordé pour cinq années consécutives (104-100 av. J.C.). Provocation manifeste et calculée à l'adresse de la noblesse et de ses dédains envers l'homme nouveau. Il constitue une atteinte flagrante à l'esprit de ses lois.

104 av. J.C.

La nouvelle organisation de l'armée

Le forum
Le forum

Avant Marius, il avait été établi selon la pensée fondamentale de Servius que l'armée ne se levait que parmi les citoyens classés selon leur rang social. Le cens d'entrée dans la légion avait été abaissé de 11000 as à 4000 as : les six anciennes classes réparties dans les différentes armes avaient été ramenées à trois. Conformément à l'ordonnance servienne, on continue de prendre les cavaliers dans la classe la plus riche et l'infanterie légère dans la classe la plus pauvre : quant à l'arme moyenne ou l'infanterie de ligne, ce n'est plus en raison du cens mais en raison du temps de service.

En outre, on appelait depuis longtemps et en grand nombre les fédérés italiques à l'armée. Mais les circonstances ayant changé cette organisation ne convient plus. Les hautes classes de la société romaine s'efforcent de se soustraire au service, en même temps que les classes moyennes disparaissaient à Rome et en Italie. D'un autre côté les alliés, les sujets extra-italiques ainsi que le prolétariat italien offraient à la république d'importantes ressources militaires.

La cavalerie citoyenne, tirée toute entière de la classe des gens fortunés s'était enfuie des camps bien avant Marius. On avait eu recours, surtout pour remplir les cadres de la cavalerie et de l'infanterie légère aux non italiques, aux lourds cavaliers de la Thrace, aux chevaux légers africains, aux ligures, aux frondeurs baléares : leur nombre allait croissant dans les armées romaines. Et puis, si le recrutement civique légal faisait défaut, il ne manquait pas de romains pauvres, de gens sans travail se faisant soldat pour jouir des avantages importants que rapportait le service militaire.

Les classifications aristocratiques de l'ancienne Rome avaient jadis prédominé dans la légion. Les quatre lignes des vélites, des hastari, des principes et des triarii ou les soldats de première, seconde et troisième ligne avaient chacun leur organisation spéciale en raison de la fortune, du temps de service et à leur armement. Chacun avait sa place déterminée dans l'ordre de bataille; chacun avait son rang dans l'armée. Aujourd'hui, toutes ces distinctions vont disparaître : la collocation du soldat dépend désormais du bon plaisir de l'officier. Toutes différences cessent entre les diverses armes !

La légion subit aussi un remaniement complet dans ses sections diverses. A la place des trente manipules de l'infanterie pesante qui formaient jusqu'ici l'unité tactique (chaque manipule se subdivisaient en deux centuries de 60 hommes pour la première et la seconde ligne et de 30 hommes pour la troisième), on compte désormais dix cohortes ayant chacune son "guidon" composées chacune de six ou de cinq centuries de cent hommes; en sorte que tout en perdant 1200 soldats par la suppression de l'infanterie légère, la légion voit son effectif porté de quatre mille deux cents à six mille hommes. Elle continue à se battre sur trois lignes : mais tandis qu'autrefois chaque ligne formait une division séparée, le général est maître, désormais de disposer et de répartir à son gré toutes ses cohortes dans les diverses lignes. Le rang est réglé par le numéro d'ordre du soldat et de la section.

Les quatre enseignes des anciennes divisions de la légion, le loup, le minotaure, le cheval et le sanglier, jadis portées devant la cavalerie et les trois lignes de la grosse infanterie sont supprimées : on ne garde que les guidons des cohortes récemment crées et la légion entière n'a plus qu'une enseigne que lui a donnée Marius, l'aigle d'argent. Par tous ces détails, on sent qu'on ne trouvera plus trace dans la légion des divisions anciennes fondées sur l'état civique et aristocratique des légionnaires : entre ces derniers, plus de distinction, si ce n'est celle du rang purement militaire.

103-102 av. J.C.

Union des Cimbres, des Teutons et des Helvètes

Marius se montre de l'autre côté des Alpes suivi de son état-major : on y voit Lucius Sylla, l'audacieux officier qui avait ramené Jugurtha captif. Les Cimbres, vainqueurs à Orange, après avoir pillé la rive gauche du Rhône, avaient passé les Pyrénées et bataillaient avec les indigènes du nord de l'Espagne. Marius rend au soldat de son armée la vigueur nécessaire de la discipline en lui imposant tantôt de longues marches tantôt d'immenses travaux de fortification; lui faisant creuser entre autre, le canal du Rhône pour faciliter les transports expédiés d'Italie.

En 103 av. J.C., les Cimbres, arrêtés en Espagne par la résistance des peuples hispaniques retournent en Gaule et soumettent tout le pays de la chaîne pyrénéenne à la Seine. Les Helvètes qui s'étaient mesurés avec les romains sur les bords de la Garonne viennent grossir les rangs des Cimbres. De plus, la horde des Teutons, conduite par leur roi Teutobod se joigne aux Germains. Le gros de l'armée se partage en deux : les Cimbres avec les Tigorins refranchissent le Rhin tandis que les Teutons, unis aux Tougènes et aux Ambrons se dirigent vers la province romaine de Gaule.

En 102 av. J.C., les Teutons passent le Rhône sans obstacle. Marius les attend au confluent de l'Isère gardant ainsi les deux uniques routes militaires de l'Italie, celle du Petit Saint-Bernard et la voie longeant la mer. Les Teutons attaquent le camp romain qui leur barre le passage et trois jours durant, la sauvage ardeur des germains se brise contre les soldats de Marius. Fatigués de leurs pertes sanglantes, les teutons décident d'abandonner le siège et continuent leur marche vers l'Italie. Marius suit pas à pas la horde et les longues colonnes des Teutons.

102 av. J.C.

La bataille d'Aix

Les Teutons veulent gagner la route maritime : après avoir descendu le long du Rhône, ils arrivent dans les environs d'Aquae Sextiae (Aix en Provence), toujours suivis par l'armée romaine. Marius s'était établi dans une forte position, sur une colline; l'eau y manquait. Là a lieu un premier choc entre les troupes légères liguriennes de Marius et les Celtes Ambrons. Quand les soldats se plaignirent de la soif, il leur montra de la main une rivière qui baignait le camp des Teutons : "Allez-en chercher là," leur dit-il; "mais il faudra du sang pour la payer. Commençons donc par fortifier notre camp." En passant la rivière; ils rompirent leur ordonnance; ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir, lorsque les Romains fondirent sur eux de leur poste élevé, et les heurtèrent avec tant de force, qu'ils les obligèrent, après un grand carnage, à prendre la fuite. Parvenus à leurs chariots, les Teutons trouvèrent un ennemi auquel ils ne s'attendaient pas; c'étaient leurs femmes, qui, grinçant les dents de rage et de douleur, frappaient également et les fuyards et ceux qui les poursuivaient; elles se jetaient au milieu des combattants, et de leurs mains nues, s'efforçaient d'arracher aux légionnaires leurs épées et leurs boucliers.

Les Romains regagnèrent leur poste à la nuit tombante, mais ne firent pas entendre, comme il était naturel après un si grand avantage, des chants de victoire. Ils passèrent toute la nuit dans l'anxiété, car leur camp n'avait ni clôture ni retranchement et il restait un grand nombre de Germains qui n'avaient pas combattu; toute la nuit ils poussèrent d'horribles clameurs, mêlées de menaces et de lamentations; on eût dit des hurlements de bêtes féroces. Les cris de cette multitude immense faisaient retentir les montagnes voisines et dans le camp romain les coeurs les plus fermes étaient ébranlés. Marius s'attendait à une attaque nocturne, dont il craignait le désordre. Mais ils ne sortirent de leur camp, ni cette nuit, ni le lendemain; ils employèrent ce temps à se préparer au combat.

Cette seconde bataille, livrée deux jours après la première, ne fut pas plus heureuse pour les Teutons; attaqués en face par les légions, surpris, en arrière, par un lieutenant de Marius, ils ne purent résister. Le massacre fut horrible, comme dans toutes ces mêlées de l'antiquité, où l'on se battait à l'arme blanche, homme à homme. Tous les Teutons sont tués ou pris : le roi Teutobod est parmi les captifs. Plutarque raconte que, les corps consommés dans les champs engraissèrent tellement la terre, qu'elle fut depuis d'une fécondité prodigieuse et qu'il resta tant d'ossements que les Marseillais s'en servirent pour enclore leurs vignes (102 av. J.C.).

Après la bataille, Marius ayant choisi pour son triomphe les plus belles armes et les plus riches dépouilles, fit du reste, un immense amas, comme Paul-Emile, après Pydna, pour le brûler en l'honneur des dieux. Déjà l'armée entière entourait le bûcher, couronnée de lauriers; lui-même, vêtu de pourpre, les reins ceints de la toge, comme pour les sacrifices solennels, et élevant de ses deux mains vers le ciel, un flambeau allumé, il allait mettre le feu, lorsqu'on vit accourir à toute bride quelques-uns de ses amis; ils lui apportaient la nouvelle qu'on l'avait élu consul pour la cinquième fois. L'armée témoigna sa joie par des cris de triomphe, qu'elle accompagna du bruit guerrier des armes; les officiers couronnèrent de nouveau Marius de lauriers; alors il mit le feu au bûcher et acheva le sacrifice.

101 av. J.C.

La bataille de Verceil (bataille du champ Raudique)

Les Teutons seuls avaient été exterminés; restent les Cimbres. Faisant corps avec les Helvètes, les Cimbres franchissent les Alpes par le col du Brenner et descendent en Italie. Le consul Quintus Lutatius qu'on avait envoyé pour défendre contre eux le passage des Alpes, se poste sur la rive gauche de l'Adige, près de la cité de Trente. Il élève des deux côtés du fleuve de bons retranchements, afin d'en empêcher le passage. Pour insulter à la timidité des Romains et pour faire parade de leur force et de leur audace, les Cimbres s'exposent tout nus à la rigueur des frimas, grimpent sur les montagnes à travers des monceaux de neige et de glace, et glissent sur la pente rapide des rochers, au bord de précipices d'une effrayante profondeur.

Quand ils eurent transporté leur camp près de celui du consul, et qu'ils eurent examiné comment ils pourraient passer la rivière, ils résolurent de la combler. Coupant donc les tertres des environs, déracinant les arbres, détachant d'énormes rochers et de grandes masses de terre, ils les roulaient dans le fleuve, pour en resserrer le cours; ils jetaient en même temps, au-dessus du pont que les Romains avaient construit, des masses d'un grand poids, qui, entraînées par le courant, venaient en battre les piles et en ébranlaient les fondements. Les légions effrayées forcèrent leur général de reculer jusque derrière le Pô, en abandonnant dans un fort, sur la rive gauche de l'Adige, quelques soldats qui se défendirent jusqu'à la dernière extrémité. Les Barbares les y forcèrent; mais remplis d'admiration pour leur courage, ils les laissèrent aller à des conditions honorables, dont ils convinrent en jurant sur leur taureau d'airain.

A la vue des Cimbres, descendant en masse du haut pays, la panique s'empare ainsi de l'armée de Catulus : légionnaires et cavaliers prennent la fuite. Catulus recule jusqu'à la rive droite du Pô, laissant toute la plaine transpadante au pouvoir des Cimbres. Les Cimbres, trouvant le pays sans défense, feront partout un horrible dégât. Ces événements se passent en été 102 av. J.C. au moment même de la victoire romaine contre les Teutons.

Fidèles à leurs habitudes, les Cimbres s'attardent et se délectent dans ce riche pays. Du champ de bataille d'Aix, Marius ramène sur le Pô son armée triomphante : il va passer quelques jours à Rome où il rejette le triomphe offert puis rejoint les armées réunis. Au printemps 101 av. J.C., celles-ci, fortes de cinquante mille hommes, franchissent de nouveau le Pô et marchent tout droit sur les Cimbres. Les Cimbres attendent toujours l'arrivée des Teutons; ils ne veulent pas croire à leur défaite et enverront même à Marius des ambassadeurs chargés de lui demander pour eux et pour leurs frères des terres et des villes où ils puissent s'établir. "Ne vous inquiétez pas de vos frères", leur dit le consul, "ils ont la terre que nous leur avons donnée, et qu'ils conserveront à jamais." Les Barbares s'emportèrent en injures et en menaces : "Il allait", disaient-ils, "être puni de ses railleries, d'abord par les Cimbres, ensuite par les Teutons, lorsqu'ils seraient arrivés. - Ils le sont", répliqua Marius, "et il serait peu honnête de vous en aller sans avoir salué vos frères." En même temps il ordonna qu'on amenât, chargés de chaînes, les rois des Teutons, que les Séquanes avaient fait prisonniers comme ils s'enfuyaient vers la Germanie.

Boïorix, le roi des Cimbres, s'approche du camp de Marius à la tête de quelques cavaliers et le provoque à fixer le jour et le lieu du combat. Marius lui répondit que les Romains ne prenaient jamais conseil de leurs ennemis, que cependant il voulait bien satisfaire les Cimbres sur ce qu'ils demandaient. Ils convinrent que la bataille se donnerait à trois jours de là dans la plaine de Verceil, là même où Hannibal avait livré sa première bataille sur le sol italien. Les Cimbres furent exacts au rendez-vous. Le jour venu, leur infanterie se rangea en bataille dans la plaine: elle formait une phalange carrée qui avait autant de front que de profondeur, et dont chaque côté couvrait trente stades de terrain (550 mètres). Les cavaliers, au nombre de 15000, étaient magnifiquement parés: leurs casques se terminaient en gueules béantes et en mufles de bêtes sauvages, surmontés de hauts panaches semblables à des ailes, ce qui ajoutait à la hauteur de leur taille; ils étaient couverts de cuirasses de fer et de boucliers resplendissants; ils avaient chacun deux javelots à lancer de loin, et dans la mêlée ils se servaient d'épées longues et pesantes.

Le 30 juillet 101 av. J.C., la bataille a lieu sur le champ Raudique, vaste plaine où la cavalerie romaine peut se développer tout à son aise. A peine le combat était-il commencé qu'il s'éleva sous les pas de cette multitude un tel nuage de poussière, que les deux armées ne purent se voir. Marius, qui s'était avancé pour tomber le premier sur l'ennemi, le manqua dans cette obscurité, et poussa bien loin du champ de bataille, de sorte qu'il erra longtemps dans la plaine, tandis que Catulus avait seul à soutenir tout l'effort des Cimbres. Une circonstance favorisa beaucoup les Romains: les rayons brûlants du soleil donnaient dans le visage des Cimbres: ces hommes, nourris dans des lieux froids et couverts, n'en pouvaient plus de supporter la chaleur; inondés de sueur et tout haletants, ils se couvraient le visage de leurs boucliers, et exposaient leurs corps sans défense aux coups de l'ennemi. Surprise et devancée toute ensemble, la cavalerie germaine, perdue dans les brouillards épais du matin se trouve tout à coup engagée avec la cavalerie romaine plus forte qu'elle. Rejetée en arrière, elle tombe sur les fantassins rangés en ordre de combat. Les romains ont complètement le dessus sans qu'il leur en coûte beaucoup d'hommes : les Cimbres sont anéantis y compris le roi Boiorix.

Ainsi donc, cette horde qui treize ans durant avait roulé du Danube à l'Ebre et de la Seine au Pô, jetant l'effroi parmi les nations, disparaît corps et âmes.

Les honneurs rendus à Marius après cette victoire témoignèrent de la crainte des Romains. Il fut surnommé le troisième Romulus. Chaque citoyen, à la nouvelle de sa victoire, répandit des libations en son nom. Lui-même s'imagina avoir égalé les exploits de Bacchus dans l'Inde, et fit ciseler sur son bouclier la tête d'un barbare tirant la langue. Rome croyait, en effet, avoir étouffé la barbarie dans ses bras puissants.

100 av. J.C.

Le Parti populaire

Marius, conformément à la règle licencie l'armée au lendemain de son triomphe et se résout à tenter la conquête du pouvoir suprême en revendiquant l'héritage des gracques. Il se jette ainsi dans les bras du parti populaire ou réformiste. On voit donc le parti démocratique se réveiller de son long néant. Il est convenu que pour l'année 100 av. J.C., Marius briguerait le consulat pour la sixième fois, que Saturninus demanderait le tribunat du peuple et Glaucia la préture : en possession de ces magistratures, le parti populaire serait en mesure d'accomplir ses projets de révolution.

Le sénat combat de toutes ses forces ces candidatures quand une bande furieuse d'anciens soldats de Marius se jette et tue le candidat du sénat. Par la violence, Marius est nommé consul, Glaucia préteur et Saturninus tribun pour l'année 100. Quintus Metellus, l'autre candidat du sénat n'est pas élu, un personnage insignifiant Lucius Valerius Flaccus occupe par conséquent l'autre poste de consul. Les trois associés du parti populaire peuvent passer à l'exécution de leurs projets de révolution interrompue depuis 121 av. J.C.

100 av. J.C.

Les lois appuléiennes

Détruire l'oligarchie dans le fond et dans la forme, reconstituer dans ses droits primitifs de souveraineté la magistrature suprême tombée sous la dépendance absolue du sénat, en supprimant la division aristocratique des classes sociales, en fondant peu à peu les unes dans les autres les trois classes de citoyens, des fédérés italiques et des sujets : tel est l'objectif des trois associés.

Dès 103 av. J.C., on assure à tout vétéran de l'armée de Marius, citoyen ou même simple fédéré italique un lot de 100 jugères dans le territoire carthaginois. La victoire contre les Cimbres ouvre un champ immense à l'émigration romaine et italique dans les territoires conquis par Rome. Marius est préposé aux distributions agraires. Ainsi, non contente de reprendre les projets de conquête au-delà des Alpes et de reprendre aussi en l'amplifiant encore l'oeuvre de colonisation transalpine et transmaritime de Gaius Gracchus et de Flaccus, la loi agraire accentue l'émigration romaine et italienne indistinctement : elle confère le droit de cité à toutes ces colonies nouvelles et donne satisfaction aux italiques l'égalité absolue avec les romains.

Marius, investi de la mission d'exécuter sans contrôle les immenses conquêtes et les partages projetés, devient le souverain, le monarque dans Rome jusqu'à l'accomplissement de sa mission. Aucune limite à ses pouvoirs et dans la durée de son mandat : il est le roi, voulant comme Gracchus dans le tribunat se perpétuer tous les ans dans sa fonction de consul.

Gaius Gracchus avait combattu l'aristocratie en s'appuyant sur les chevaliers et sur les prolétaires. Le parti populaire ne manque pas d'aller vers eux : on leur laisse la juridiction criminelle; on accroît même leurs pouvoirs judiciaires. Pour le prolétariat de la capitale, le prix à payer par les bénéficiaires de l'annone est abaissé fortement. Mais ce n'est pas là que réside la vrai force des associés : ils vont faire plus pour les soldats licenciés de l'armée de Marius et notamment la loi coloniale. Ici se manifeste le caractère militaire de la nouvelle tentative révolutionnaire des associés qui se distingue de l'ancienne.

100 av. J.C.

Chute du parti révolutionnaire

La loi frumentaire et la loi agraire sont combattues à outrance par le gouvernement. On suscite l'intercession tribunicienne contre l'une et l'autre : Saturninus passe outre et fait voter les lois. Quintus Coepion, le fils du général condamné trois ans auparavant, adversaire ardent du parti démocratique se jette sur l'assemblée avec une bande de jeunes à sa dévotion et la disperse violemment. Aussitôt les rudes soldats de Marius se rassemblent en masse, repoussent et expulsent les citadins : les comices sont reconquis, les lois appuléiennes passent à la majorité des voix.

La discorde commence à s'installer entre les associés que provoque l'attitude équivoque de Marius. Pendant que les deux associés s'affairent à présenter leurs motions, que ses soldats luttent pour assurer le vote, Marius reste immobile et passif. Les trois associés en viennent à une complète rupture. Il est convenu que Saturninus se porte de nouveau candidat au tribunat pour 99 av. J.C. et Glaucia à la préture. Malgré les efforts de Marius pour contrecarrer les élections, les deux candidats du parti populaire sont élus.

Quant à l'élection des consuls, Saturninus et Glaucia ont recours à la violence pour écarter toute candidature incommode. Le parti du gouvernement met en avant Gaius Memmius, l'ancien chef de l'opposition onze ans auparavant. Memmius assailli par une bande de vauriens périt sous les coups de bâton. Le sénat ordonne à Marius, consul de faire son office. Marius, docile engage la bataille sur le forum le jour même où les nouveaux tribuns entrent en charge le 10 décembre 100 av. J.C.

Les populaires battus, refoulés sur le Capitole se voient coupés l'eau et doivent se rendre. Saturninus et Glaucia sont tués par des hommes issus de l'aristocratie.

100-98 av. J.C.

Déchéance politique de Marius

Dans le camp des aristocrates et dans celui des démocrates, il n'y a plus personne aujourd'hui qui songe au général victorieux pour les hautes charges publiques; le personnage six fois consulaire ne peut même pas briguer la censure (98 av. J.C.). Marius prend le parti de partir en Orient pour ne pas assister au retour triomphal de son ennemi mortel, Quintus Metellus.

Livret :

  1. Marius et Sylla dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Les Cimbres de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Les Cimbres et les Teutons de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  3. Le temps de Marius
  4. La guerre des Cimbres
  5. La bataille d'Orange de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Marius de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. Les Teutons de l'encyclopédie libre Wikipédia
  8. Les Helvètes de l'encyclopédie libre Wikipédia
  9. La bataille d'Aix de l'encyclopédie libre Wikipédia
  10. La bataille de Verceil de l'encyclopédie libre Wikipédia
  11. 146 à 27 av. J.C. : la république romaine dans la tourmente de herodote.net
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