Tiberius Gracchus  
134-133 av. J.C.

Tiberius Gracchus La loi agraire Mort de Tibérius Gracchus La première guerre servile en Sicile

134 av. J.C.

Etat de la république romaine : ruine des moeurs (134 av. J.C.)

Tiberius et Caius Gracchus
Tiberius et Caius Gracchus
Eugène Guillaume (1822-–1905)

Rome avait déjà conquis ce qui devait faire la meilleure part de l'héritage des Césars: toute l'Italie, la Grèce, l'Asie occidentale, une partie de l'Afrique, l'Espagne et le sud-est de la Gaule. Mais à ces conquêtes qu'avait-elle gagné? Au dehors une grande gloire, au dedans de grandes misères. Les richesses, fruit de tant de victoires, avaient causé une perturbation profonde par leur introduction soudaine au milieu d'une société sans industrie ni commerce. Les moeurs ne purent y résister. "Tu demandes", dit Juvénal, "d'où viennent nos désordres? Une humble fortune conservait jadis la vertu des femmes latines. De longues veilles, des mains endurcies au travail, Annibal (Hannibal) aux portes de Rome, et les citoyens en armes sur les murailles, défendaient du vice les modestes demeures de nos pères. Maintenant la luxure a fondu sur nous, et le monde vaincu s'est vengé en nous donnant ses vices."

Ce n'étaient pas seulement les bonnes moeurs des anciens jours qui avaient disparu, mais le patriotisme, le respect de la loi et l'égalité des citoyens. Au lieu d'un peuple uni, il y avait à Rome deux classes qui se haïssaient: d'une part quelques familles très riches, très-fières et qui faisaient des magistratures et des commandements leur patrimoine héréditaire; de l'autre une foule immense de pauvres prêts à vendre leur vote pour une élection ou leurs bras pour une émeute. La ruine de la république était donc imminente. Deux hommes essayèrent de la sauver: Caton le Censeur, en ramenant l'antique sévérité des moeurs; Tibérius Gracchus, par une révolution politique et sociale.

139-132 av. J.C.

La première guerre servile en Sicile

En Sicile, près de la ville d'Enna, un planteur nommé Damophilos est tué par ses esclaves. Ils accourent ensuite à Enna et y massacrent les citoyens en masse. Aussitôt la révolte devient générale : partout les maîtres sont assassinés ou faits esclaves à leur tour : l'armée des insurgés, nombreuse déjà met à sa tête un esclave syrien, originaire d'Apamée, se nommant Eunus et qui s'appelle désormais Antiochus, roi des syriens. Les rudes pasteurs des montagnes accourent à lui de près et de loin; il n'est pas jusqu'aux travailleurs libres qui dans leur haine immense contre les planteurs ne fassent cause commune avec les insurgés.

Les bandes serviles occupent Agrigente et remportent une victoire complète sur le préteur Lucius Hypsoeus dont elles détruisent l'armée. Entre 134 et 132 av. J.C., toute la Sicile est en leur pouvoir. Rome se voit forcée d'envoyer contre eux les consuls, Lucius Calpurnius Piso, Publius Rupilius et les armées consulaires. En 132 av. J.C., après maints combats indécis, les romains viennent à bout de l'insurrection.

134 av. J.C.

Le monde agricole romain

Malgré cette première crise sociale, Rome ne fait rien pour diminuer le prolétariat servile au profit des paysans italiens libres. Jusque vers la fin du VI ième siècle, le sénat avait lutté contre l'anéantissement progressif de la petite propriété par la création incessante de nouveaux domaines au profit des paysans. Toutefois l'oeuvre avait été partielle : le sénat n'avait pas touché aux terres domaniales. Après la soumission des Boïens et des Apuans, il ne reste plus en Italie de territoires à conquérir. La conquête s'arrêtant, il aurait fallu en venir au partage des terres domaniales, ce qui eut été attenté aux privilèges de l'aristocratie.

Que si l'on ne voulait pas abandonner les intérêts de caste, il ne reste plus rien à faire au pouvoir que d'assister passif à la ruine de la classe agricole en Italie. Les grands propriétaires achètent comme devant la dépouille des petits cultivateurs qui parfois étaient dépossédés sans contrat ni vente et souvent par les plus mauvais moyens.

Les grands propriétaires ne veulent plus de bras libres et préfèrent les esclaves. Le blé produit à vil prix par la Sicile envahit le marché, refoule les blés d'Italie et les avilit à leur tour.

134 av. J.C.

Tiberius Gracchus

Tiberius et Caius Gracchus
Cornélie refusant la main du roi d'Egypte
Laurent de La Hyre, 1646, Museum of Fine Arts, Budapest

Tiberius Gracchus (163-133 av. J.C.) est le fils de Tiberius Gracchus, le pacificateur de l'Espagne, qui porte le même nom que lui et qui fut consul en 177 av. J.C., en 163 av. J.C. et censeur en 169 av. J.C. Le jeune Tiberius a pour mère Cornélie, la fille du vainqueur de Zama, Scipion l'Africain. Tiberius perd jeune son père mais Cornélie le remplaça dignement. Elle l'entoura des maîtres les plus habiles de la Grèce, et dirigea elle-même son éducation. Une dame campanienne étalait un jour devant elle une foule de bijoux et de joyaux, et lui demanda à voir les siens. Cornélie appela ses enfants (Tibérius et Caïus), les lui montra et dit: "Voilà ma parure." Après la mort de son époux, elle refusa la main du roi d'Egypte. Tiberius Gracchus épouse la fille d'Appius Claudius, ex-consul (149 av. J.C.), ex-censeur (136 av. J.C.), l'un des personnages les plus considérables du sénat.

Entreprendre de ses propres mains la réforme dès qu'il peut conquérir une situation politique lui permettant de la faire, tel est le dessein auquel il s'abandonne tout entier. Plus d'un motif personnel l'y pousse d'ailleurs. Tibérius, plus âgé que son frère de neuf ans, servit d'abord en Afrique avec distinction; il monta le premier sur les murs d'une ville ennemie. Plus tard, il suivit en Espagne, comme questeur, le consul Mancinus. On se rappelle quel rôle il avait joué devant Numance, au traité de paix conclu par Mancinus. Le sénat déchira le traité : le général (Mancinus) avait été livré à l'ennemi : Tiberius lui-même avec les autres officiers de l'armée eût subi le même sort s'il avait bénéficié la faveur dont il jouissait auprès du peuple. Devant une telle injure, sa fierté loyale s'indigne : il garde rancune à l'aristocratie qui règne dans Rome.

En revenant de Numance, Tibérius trouva les fertiles campagnes de l'Etrurie désertes; dans Rome une multitude oisive et affamée; dans l'Italie entière, des millions d'esclaves qui songeaient à briser leurs fers. Quel remède contre ce triple mal: la misère et la dégradation du peuple, l'extension de l'esclavage, la ruine des campagnes? Un seul, peut-être: distribuer des terres à cette foule indigente, ce qui la ferait refluer de la ville vers les champs, et l'obligerait à travailler, au lieu de mendier. C'est parce que dans l'ancienne Rome il y avait peu d'esclaves et de mendiants, mais beaucoup de petits propriétaires très laborieux, que le peuple romain avait été si fort et avait fait de si grandes choses. Tibérius ne se propose rien moins que de reconstituer cet ancien peuple qui manie tour à tour la bêche et l'épée, en distribuant aux pauvres les terres qui appartiennent à l'Etat, mais que les grands avaient usurpées. C'est là ce qu'on appelle sa loi agraire.

Le 10 décembre 134 av. J.C., Tiberius Gracchus entre en charge en qualité de tribun de la plèbe.

133 av. J.C.

La loi agraire

A peine en fonctions, le peuple attendit de lui de grandes choses. Les portiques, les murs des temples et les tombeaux furent couverts d'écrits par lesquels on l'excitait à faire rendre aux pauvres les terres du domaine public. Après avoir pris conseil de son beau-père Appius, ancien consul et censeur, du grand pontife Licinius Crassus et du fameux jurisconsulte Mucius Scaevola, consul de cette année, il propose, dans une assemblée du peuple, la loi agraire.

"Que personne ne possède plus de 500 arpents (126 ha) de terres conquises;"

"Chacun de ses fils 250 (63 ha), le tout à titre perpétuel;"

"Que personne n'envoie aux pâturages publics plus de 100 têtes de gros bétail ou plus de 500       têtes de petit;"

"Que chacun ait sur ses terres un certain nombre d'ouvriers de condition libre."

Les terres domaniales rentrant ainsi dans la main de l'Etat, on les divise en lots de 30 jugères (7.560 ha); on les tire au sort; on les abandonne aux citoyens ou aux alliés italiques non en toute propriété mais à bail perpétuel et héréditaire, le nouveau propriétaire s'engageant à les tenir en culture et à payer une modique rente au trésor.

Des triumvirs à titre de fonctionnaires réguliers et permanents dans la cité doivent être élus chaque année par le peuple dans ses comices : il doit faire exécuter le retrait territorial et le partage; ils tranchent les questions de propriété et dire quelles terres appartiennent à l'Etat, quelles autres à celui des particuliers. Le partage une fois commencé doit continuer sans fin.

La guerre est déclarée aux grands propriétaires principalement représentés dans le sénat. On voit un magistrat se lever seul contre le gouvernement aristocratique. Les grandes familles patriciennes, détenteurs de terres publiques, seront frappées de stupeur. "On voulait donc", disaient-ils, "leur arracher les tombeaux de leurs aïeux, la dot de leurs épouses, l'héritage de leurs pères, des terres qu'ils avaient légitimement acquises à prix d'argent, qu'ils avaient améliorées, couvertes de constructions?

Et beaucoup disaient vrai, car ces terres avaient été depuis bien longtemps usurpées sur l'Etat et depuis longtemps aussi avaient passé de main en main, comme des propriétés particulières.

Le jour des comices venu, Tibérius monta à la tribune, et s'adressant aux riches patriciens : "Cédez quelque peu de votre richesse, si vous ne voulez pas vous voir tout ravir un jour. Eh quoi! Les bêtes sauvages ont leurs tanières, et ceux qui versent leur sang pour l'Italie ne possèdent rien que l'air qu'ils respirent! Sans toit où s'abriter, sans demeure fixe, ils errent avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent, quand ils les exhortent à combattre pour les temples des dieux, pour les tombeaux de leurs pères. De tant de Romains, en est-il un seul qui ait un tombeau, un autel domestique? Ils ne combattent, ils ne meurent que pour nourrir le luxe et l'opulence de quelques-uns. On les appelle les maîtres du monde, et ils n'ont pas en propriété une motte de terre."



133 av. J.C.

Octavius

L'aristocratie accepte le combat et recourt aussitôt à ses armes habituelles, neutralisant Gracchus par un autre magistrat, Marcus Octavius, tribun de la plèbe, collègue de Gracchus et qui vient déclarer son intercession (veto) au moment du vote. En vain Tibérius emploie les plus éloquentes prières, en vain il lui offre, pour le désintéresser, de lui rendre sur son propre bien les terres que la loi lui enlèverait, le tribun reste inébranlable; cette fermeté pousse Tibérius à des mesures violentes. Gracchus, à son tour suspend le cours des affaires publiques, de la justice et met les scellés sur les caisses du Trésor. Il épuise tous les moyens légaux et décide d'opter pour la révolution.

"Puisque, tous deux tribuns du peuple", dit Tibérius à son collègue, "nous sommes égaux en puissance, il faut que l'un de nous deux soit déposé; prenez sur moi les suffrages." Il déclare ainsi au peuple qu'il faut qu'Octavius ou lui sorte du collège des tribuns. Dans l'esprit de la constitution, destituer un magistrat n'est pas possible. Octavius s'y refusant, Gracchus se retourne vers le peuple et lui demande si le tribun n'a pas forfait à sa charge qui agit contre l'intérêt du peuple: "Eh bien, demain le peuple décidera si un tribun opposé aux intérêts qu'il doit défendre peut rester en charge." Déjà dix-sept tribus sur trente-cinq avaient voté toutes pour la destitution. Tibérius veut tenter un dernier effort; il arrête les suffrages, et tenant Octavius étroitement embrassé, il le conjure, au nom de leur vieille amitié, de ne pas s'exposer à l'affront d'une destitution publique, de lui épargner à lui-même l'odieux d'une mesure si dure. Octavius fut ému de ces prières, ses yeux se remplirent de larmes, et il garda longtemps le silence; mais ses regards s'étant portés sur la foule des riches patriciens, il craignit leurs reproches et répondit : "Qu'il soit fait ainsi que le peuple le voudra." Il est déposé, arraché de la tribune, et il aurait été massacré par la foule furieuse, si Tibérius ne fût accouru pour le sauver. Un esclave qui le précédait tomba percé de coups. Ce fut le premier sang versé dans ces guerres civiles, comme la déposition d'Octavius fut la première atteinte à l'inviolabilité tribunitienne.

La loi agraire est votée par acclamation : trois commissaires sont nommés: Tibérius, son frère Caïus, en ce moment en Espagne, et son beau-père Appius. Mais aussitôt commenceront les innombrables difficultés d'exécution que Tibérius n'avait pas prévues. Comment reconnaître ces terres du domaine usurpées depuis des siècles? Par où commencer? Comment faire et distribuer les lots? Puis il faut contenir l'impatience des pauvres, et déjouer le mauvais vouloir des grands. Rome présentait un curieux spectacle: les riches avaient pris des vêtements de deuil et parcouraient la ville en sollicitant la pitié du peuple; en secret, ils apostaient des assassins pour tuer le tribun. Tibérius averti, porta sous sa robe un poignard dont il laissa passer la pointe.

L'assemblée lui donne le plein assentiment, à ce jour-là composée en totalité de la foule des prolétaires accourus de la campagne pour appuyer le projet de loi.

134 av. J.C.

Les autres desseins de Gracchus

Sur ces entrefaites, le testament du dernier roi de Pergame vient donner aux romains l'empire et les richesses des Attalides : aussitôt Tibérius Gracchus de demander le partage du trésor pergaménien au profit des possesseurs de terres investis la veille et contre tous les usages anciens de laisser le sénat revendiquer pour les citoyens le droit de statuer sur le sort de la nouvelle province. Il prépare d'autres lois populaires, le raccourcissement du service militaire, la suppression du privilège acquis aux sénateurs de siéger comme jurés en justice et enfin l'admission des alliés italiques au droit de cité romain.

Tibérius Gracchus ne voit son salut que dans la prorogation de sa charge pour une seconde année; et que pour obtenir du peuple une telle concession, inconstitutionnelle au premier chef, il lui faut mettre en avant réformes sur réformes. D'abord, il a simplement voulu sauver la république; aujourd'hui c'est de lui-même qu'il s'agit et le sort de la république est l'enjeu de sa vie. Les tribuns se réunissent pour les élections des tribuns de l'année suivante mais l'opposition du parti aristocratique est assez forte pour empêcher le vote et repousser les élections le jour suivant. Le vote recommence donc le jour qui suit et une fois de plus, l'assemblée électorale est dissoute sans n'avoir rien fait.

Été 133 av. J.C.

Mort de Tibérius Gracchus

Mais le peuple, n'ayant plus rien à attendre de lui, le délaisse peu à peu. Cependant on l'aime encore. Un de ses amis étant mort subitement, tous les pauvres accoururent, ils voulurent porter le corps eux-mêmes, et quand Tibérius parut sur la place publique en vêtements de deuil conduisant par la main ses deux enfants, et demandant pour eux, pour leur mère la protection du peuple, la foule s'émut et un grand nombre de citoyens firent pendant quelque temps, le jour et la nuit, une garde vigilante autour de leur tribun. Mais déjà ils lui reprochaient l'atteinte portée par lui au tribunat. Un certain Annius, qu'il accusait, lui ayant dit: "Si j'en appelle à un de tes collègues, et qu'il oppose son veto, le feras-tu déposer?" Tibérius, déconcerté, congédia l'assemblée sans répondre.

Pour échapper à toutes les haines qu'il avait soulevées, il lui fallait un second tribunat, il le demanda. Mais le plus grand nombre de ses partisans étaient alors retenus aux champs par la moisson, et parmi les tribuns ses collègues, plusieurs lui étaient contraires. Cependant le jour de l'élection, il fut accueilli avec les acclamations les plus affectueuses, et l'on veilla à ce que personne ne l'approchât, qui ne fût bien connu. Mais, quand il voulut prendre les suffrages, les riches patriciens et quelques-uns de ses collègues s'écrièrent qu'un tribun ne pouvait être continué deux ans de suite dans sa charge. Une collision était inévitable: les amis de Tibérius se jetèrent sur les opposants qui s'enfuirent avec les tribuns de leur parti, en répandant le bruit, par la ville, que Tibérius avait destitué tous ses collègues et s'était proclamé lui-même tribun pour l'année suivante.

Dans ce moment survint le sénateur Fulvius Flaccus. Il monta sur un lieu d'où il pouvait être vu de toute l'assemblée, et fit signe de la main qu'il avait à parler à Tibérius. Le tribun ordonna qu'on lui ouvrît passage. Fulvius déclara que dans l'assemblée du sénat, les riches avaient formé le dessein de le tuer, et qu'ils avaient armé un grand nombre de leurs amis et de leurs esclaves.

A cet avis, ceux qui entouraient Tibérius ceignirent leurs robes, et s'armèrent de tout ce qui se trouva à leur portée. Ceux à qui l'éloignement n'avait pas permis d'entendre les paroles de Fulvius demandant la cause de ces préparatifs, Tibérius porta la main à sa tête, pour faire connaître le danger qui le menaçait. Aussitôt ses ennemis coururent dire au sénat qu'il demandait le diadème.

Sur cette fausse nouvelle, Scipion Nasica, le Grand Pontife (Pontifex Maximus) requit le consul d'aller au secours de Rome et d'abattre le tyran. Publius Mucius Scaevola, le consul, répondit avec douceur qu'il ne donnerait pas l'exemple d'employer la violence, et qu'il ne ferait périr aucun citoyen qui n'aurait pas été jugé dans les formes. "Si le peuple", ajouta-t-il, "ou gagné ou forcé par Tibérius, rend quelque ordonnance qui soit contraire aux lois, je ne la ratifierai pas." Alors Nasica s'élançant de sa place: "Puisque le premier magistrat", s'écria-t-il, "trahit la république, que ceux qui veulent aller au secours des lois me suivent!" En disant ces mots, il se couvre la tête d'un pan de sa robe et marche au Capitole, où se trouvait le tribun, entraînant avec lui une partie du sénat et des riches, qui, suivis de leurs esclaves armés de bâtons et de massues, saisissaient encore les débris et les pieds des bancs que le peuple brisait dans sa fuite, ils montèrent ainsi vers Tibérius et frappèrent tous ceux qui lui faisaient un rempart de leurs corps. Plusieurs furent tués. D'autres furent poussés jusqu'à la roche Tarpéienne et précipités; le reste s'enfuit.

Tibérius lui-même tournait autour du temple dont les prêtres avaient fermé les portes; s'étant heurté contre un cadavre, il tomba près des portes mêmes, au pied des statues des rois. Au moment où il se relevait, un de ses collègues le frappa à la tête avec le pied d'un banc; le second coup fut porté par un autre tribun, qui s'en vanta comme d'une belle action. Publius Satureius et Lucius Rufus se disputeront plus tard l'honneur d'avoir été son bourreau. Plus de trois cents de ses partisans périrent avec lui. Après avoir épuisé sur leurs cadavres tous les outrages, on les jeta dans le Tibre.

La terreur fut quelque temps dans la ville: les amis de Tibérius furent bannis ou exécutés; toutefois personne n'osa toucher à sa loi. Il arriva même, peu à peu, que le tribun mort redevint redoutable; le peuple s'accusait de l'avoir laissé périr et le sénat fut obligé de donner à son meurtrier, Scipion Nasica, une mission lointaine, pour le soustraire aux insultes de la multitude.

Livret :

  1. Les Gracques dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Première guerre servile de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Les guerres serviles de l'histoire des civilisations européennes, www.hist-europe.fr
  3. Question agraire à Rome de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. Agriculture de la Rome antique de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Gracques de l'encyclopédie libre Wikipédia
  6. Ager publicus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. Ager romanus de l'encyclopédie libre Wikipédia
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