César   
62-51 av. J.C.

César en Espagne Seconde coalition entre Pompée, César et Crassus (Premier triumvirat) César consul Caton et Cicéron César proconsul des deux Gaules César en Gaule Expédition en Bretagne Gergovie Alésia

62-60 av. J.C.

César

Cesar
César, musée Arles antique

Le chef du parti des démocrates avait su agir et mettre à profit les heures de calme politique qui avaient suivi le retour de Pompée jusque-là tout puissant. Au moment où celui-ci quitte l'Asie, l'importance de César ne dépasse pas de beaucoup celle de Catilina, il n'est guère alors le chef d'une faction dégénérant en un club de conspirateurs, il n'est guère qu'un homme perdu de dettes. Depuis lors, au sortir de la préture (62 av. J.C.), il est promu au gouvernement de l'Espagne ultérieure : grâce à sa position nouvelle il lui est possible de satisfaire ses créanciers et de préparer les fondements de sa gloire.

Son vieil ami et allié Crassus espérant trouver en lui contre Pompée le point d'appui qu'il avait perdu en la personne de Pison s'était laissé gagner et avant même qu'il parte pour l'Espagne, il l'avait allégé du fardeau de ses dettes les plus criardes. Enfin, durant son court séjour en Espagne, César avait travaillé à sa fortune future. On le voit revenir en 60 av. J.C., ses coffres pleins, salué imperator, ayant des titres sérieux aux honneurs du triomphe et briguant le consulat pour l'année suivante : mais comme le sénat lui refuse l'autorisation de poser, absent, sa candidature, il renonce au triomphe sans nulle hésitation.

Depuis bien des années, la démocratie avait lutté pour porter l'un des siens à la fonction suprême : de là à mettre la main sur le pouvoir militaire, il n'y a qu'un pas à franchir. Depuis longtemps, les hommes clairvoyants dans tous les partis constataient qu'il n'était pas donné à l'agitation civile de terminer la lutte et que l'épée trancherait tout. D'autre part, la coalition des démocrates et des principaux chefs d'armée, si elle avait mis fin à la suprématie du sénat, n'aboutissait jamais qu'à l'inexorable issue, la subordination complète de l'élément populaire à l'élément militaire.

Si le parti démocrate veut être le maître, il lui faut donc, non pas s'allier aux généraux appartenant à l'autre camp et hostiles mais faire ses propres chefs généraux. Les tentatives avortées de Catilina n'avaient pas eu d'autre but. Aujourd'hui enfin, l'occasion s'offre d'assurer à l'homme le plus considérable du parti et cela, par les moyens ordinaires et constitutionnels, le consulat avec la province consulaire, de fonder la dynastie démocratique et de s'affranchir de Pompée, allié à la fois équivoque et dangereux.

61 av. J.C.

César en Espagne

Depuis bien longtemps la péninsule espagnole obéit à Rome : néanmoins, même après l'expédition de Decimus Brutus contre les Galiciens, la côte occidentale était restée indépendante : les romains n'avaient pas mis le pied sur la côte du Nord : enfin les pays soumis étaient exposés tous les jours à des incursions parties de ces régions et qui tenaient comme en échec la civilisation romaine. L'expédition de César vers les côtes de l'Ouest a pour objet de mettre fin à cette situation.

Franchissant la chaîne des monts Herminiens qui délimite le Tage au nord, il bat les indigènes, les établis dans la plaine et dompte le pays sur les deux rives du Douro : puis arrivé à la pointe nord occidentale de la péninsule et s'aidant de la flotte appelée de Gades, il prend la ville de Brigantium (la Corogne). Les riverains de l'Océan Atlantique ont dû reconnaître la suprématie de Rome : pendant ce temps, le vainqueur prend soin de réduire le tribut à payer à la république et en organisant les communes pour le mieux de leurs intérêts économiques, il fait meilleure aussi la condition des sujets.

César déploie les talents éclatants et les vastes desseins par lesquels il se signalera plus tard sur un plus grand théâtre. Cependant, il ne fait que passer et revient aussi vite à Rome.

60 av. J.C.

Seconde coalition entre Pompée, César et Crassus (Premier triumvirat)

L'aristocratie, laissée à elle-même, n'est pas redoutable : mais on l'avait vu, par la chute de Catilina, ce qu'elle peut faire encore dès qu'elle a l'appui plus ou moins déclaré des chevaliers et des partisans de Pompée. Elle avait su maintes fois déjouer la candidature consulaire de Catilina : on peut être sûr qu'elle tenterait la même chose contre César. Que si celui-ci l'emportait, son élection n'était pas encore le gain de la partie. Il lui faut tout au moins plusieurs années d'un commandement actif, exercé sans obstacles, hors de l'Italie pour se créer une forte position militaire; et la noblesse, durant ces temps préparatoires, ne va-t-elle pas recourir à tous les moyens pour contrecarrer ses plans ?

Comment donc faire pour isoler l'aristocratie ? Une idée s'offre naturellement : celle d'une alliance nouvelle, fondée sur l'intérêt de chacun, entre les démocrates avec Crassus leur allié, d'un côté et Pompée avec la haute finance de l'autre. Mais pour Pompée, c'est le suicide qu'une telle alliance. Son ascendant politique tient à ce que, seul parmi les chefs de parti, il dispose des légions et même après leur licenciement. Jamais, sans doute, il ne se prêterait à la combinaison et bien moins encore dès qu'il s'agit de pousser de ses mains au généralat ce César, qui, simple agitateur de la rue, lui avait suscité jadis tant d'embarras et qui tout récemment en Espagne avait fourni les preuves les plus éclatantes de sa capacité militaire.

Et cependant, en butte tous les jours à l'opposition chicanière du sénat, placé en face de la multitude à laquelle il demeure indifférent lui et ses convoitises, Pompée se voit dans la situation la plus difficile, la plus humiliante au regard de ses anciens soldats surtout. Quant au parti des chevaliers, on le retrouve toujours là où est la puissance : il va de soi qu'on aurait pas longtemps à l'attendre, aussitôt que la nouvelle alliance entre Pompée et la démocratie se manifestera au plein jour. Ajoutons qu'à cette heure même, les rigueurs, louables d'ailleurs, de Caton contre les publicains avaient de nouveau brouillé la haute finance avec le sénat.

Ainsi fut conclue la seconde coalition au cours de l'été 60. On assure à César le consulat pour l'année suivante et ensuite le proconsulat. Pompée obtient la ratification de ses ordonnances d'Orient et la réalisation des assignations foncières promises à l'armée d'Asie : les chevaliers s'engagent à procurer à César, par le vote populaire, ce que le sénat lui avait refusé : enfin Crassus allait prendre place dans l'alliance, sans profits spéciaux pour une adhésion qu'il ne peut pas refuser.



59 av. J.C.

César consul

Les partis coalisés font passer l'élection de César au consulat pour l'année 59 av. J.C. sans problème. Quant à l'aristocratie, en dépit de pratiques qui font scandale, même en ces temps de corruption profonde, achetant les votes et mettant tout l'ordre noble à contribution pour les payer, elle n'arrive qu'à donner à César, dans la personne de Marcus Bibulus. César entrant en charge veut aussitôt donner satisfaction aux voeux de ses associés. La plus importante de leurs demandes est celle relative aux assignations de terres pour les vétérans de l'armée d'Asie. Les assignations doivent porter que sur le domaine d'Italie c'est à dire presque exclusivement sur le territoire de Capoue, puis en cas d'insuffisance sur d'autres territoires situés dans la péninsule : on ne porte atteinte à aucun droit acquis de propriété ou de possession à titre héréditaire.

Les parcelles n'ont qu'une mince contenance. Les bénéficiaires de la loi doivent être des citoyens pauvres, chargés de trois enfants au moins. La loi se tait, le principe étant dangereux sur le droit conféré aux vétérans de venir prendre part aux distributions foncières : seulement, comme le veut l'équité et comme on l'avait pratiqué dans tous les temps, les commissaires répartiteurs auront à se montrer favorables aux vieux soldats et non aux fermiers temporaires à évincer. Ces commissaires sont au nombre de vingt.

César met toutes les formes. Sa loi agraire et sa motion tendant à la ratification en bloc de toutes les ordonnances pompéiennes en Orient et la pétition des publicains tendant à la remise du tiers des fermages, il soumet tout à l'autorisation sénatoriale se déclarant prêt à accueillir et à discuter les amendements qui seraient proposés. Le sénat peut voir quelle folie on avait commise en repoussant les demandes de Pompée et en rejetant les chevaliers dans les bras de son adversaire. Ils repoussent net et sans discuter la loi agraire. Ils ne font pas grâce davantage à la motion sur le gouvernement de Pompée en Asie. Et quant à la pétition des publicains, Caton fait tout son possible pour l'enterrer parlementairement par les moyens mauvais des oppositions romaines, parlant et parlant toujours jusqu'à l'heure de clôture légale de la séance : César fait mine de mettre l'intraitable orateur en arrestation et la mesure en fin de compte n'en fut pas moins repoussée.

Naturellement César porte toutes ses motions devant les comices. Là sans s'éloigner beaucoup de la vérité, il peut attester que le sénat avait écarté les rogations les plus sages et les plus nécessaires. Il ajoute que les aristocrates avaient comploté leur rejet définitif dans le forum : il conjure le peuple et Pompée lui-même et ses vétérans de lui venir en aide contre la ruse et la violence. L'aristocratie, Bibilus et Caton à sa tête, Bibulus, esprit faible et opiniâtre, Caton, l'homme de principes, inflexible jusqu'à la folie avait son parti pris de lutter par la violence. Pompée, que César incitait à parler et à prendre position dans le débat, déclare sans détour, chose contraire à tous ses précédents, que si quelqu'un osait tirer l'épée, il prendrait lui aussi la sienne et se montrerait dans la rue, son bouclier au bras. Crassus tient le même langage. Les vétérans de Pompée intéressés au vote plus que personne, reçoivent avis de se rassembler sur le forum au jour des comices avec des armes sous leurs vêtements.

En dépit des chicanes et des emportements bruyants des nobles, le peuple vote la loi agraire, la ratification des mesures d'organisation prises en Asie et la réduction sur les redevances des publicains : les dix commissaires, Pompée et Crassus en tête sont élus et installés : au bout de tant d'efforts, l'aristocratie, coupable d'opposition aveugle et haineuse n'a rien obtenu. Bibulus s'enferme dans sa maison pour le reste de l'année et fait connaître par des placards publics qu'il se consacre pieusement durant les jours de comices à l'observation des phénomènes du ciel. La plupart des sénateurs et Caton entre autres, ils ne viennent plus au sénat, se tiennent entre quatre murs et se désolent de leur consul. Pour le public, l'attitude passive de Bibulus et de l'aristocratie semble une véritable abdication et la coalition se réjouit fort de ce qu'on la laisse faire désormais sans plus lutter.

58 av. J.C.

César proconsul des deux Gaules

On sait que, constitutionnellement, il appartient au sénat de régler les pouvoirs, pour la seconde année de charge consulaire (le proconsulat) et cela avant l'élection des futurs consuls : or les sénateurs n'avaient pas manqué, dans la prévision du succès de la candidature de César pour 59 av. J.C., de désigner aux proconsuls de l'année 58 av. J.C. deux provinces absolument insignifiantes où ils n'auraient rien à exécuter si ce n'est des travaux de routes ou autres choses secondaires.

Entre les coalisés, il avait été convenu entre eux que César aurait un commandement extraordinaire, conféré par plébiscite à l'instar des lois Gabinia-Manilia. C'est le tribun du peuple, Vatinius qui prend l'initiative de porter la rogation devant les comices : ceux-ci se prêtent à tout ce que veut César; César a donc le proconsulat de la Gaule cisalpine avec le commandement des trois légions qui s'y trouvaient sous les ordres de Lucius Afranius, légions éprouvées déjà dans la guerre des frontières : ses lieutenants, comme ceux de Pompée jadis, ont le rang de propréteurs; enfin sa fonction lui est prorogée pour cinq ans, le plus long terme qu'on ait jamais imparti à des pouvoirs militaires selon la règle usuelle très limitée quant au temps.

Les Transpadans forment le noyau de son gouvernement. Sa province va au sud jusqu'à l'Arno et au Rubicon : elle comprend Luca et Ravenne. César reçoit en outre la province de Narbonne avec la légion qui y tient garnison. Ce qu'ont voulu les conjurés ils le tiennent dans la main. Du côté de la durée, les arrangements pris semblent solides. Le consulat pour 58 av. J.C. est confié en mains sûres. Le public l'avait cru d'abord réservé à Pompée et à Crassus : les régents aiment mieux faire élire deux hommes en sous-ordre, Aulus Gabinius, le meilleur des lieutenants de Pompée et Lucius Pison, personnage moins important mais beau-père de César.

Pompée promet de veiller sur l'Italie. Placé à la tête des répartiteurs il y procède à l'exécution de la loi agraire et installe sur leurs parcelles foncières, aux alentours de Capoue, 20000 citoyens pour la plupart vieux soldats de son armée : les légions de César dans le nord de la péninsule lui sont un appui inattaquable contre les opposants à Rome. Bientôt même le rapprochement entre les chefs coalisés devient plus étroit encore. César avait loyalement et fidèlement tenu parole, sans marchander ni chicaner jamais : il avait combattu pour la loi agraire demandée par Pompée avec habilité et énergie autant qu'il se fut agit de sa propre chose.

Ses fréquents et plus familiers contact avec son associé, l'irrésistible amabilité de celui-ci font le reste : l'alliance des intérêts se change en alliance d'amitié, se manifestant à la fois par ses effets et par des gages échangés. Le mariage de Pompée avec l'unique fille de César, âgée de vingt-trois ans annonce publiquement l'avènement du pouvoir absolu de leur alliance. Julia avait hérité du charme de son père : elle vit dans le plus beau commerce avec un époux du double plus âgé qu'elle.

Les aristocrates voient l'épée suspendue sur leurs têtes : ils connaissent César et ne peuvent douter que son bras ne frappe sans hésiter en cas de besoin. Quelques aristocrates s'obstinent à s'opposer aux triumvirs. A peine César a-t-il déposé le consulat que certains, Lucius Domitius, Gaius Memmius et d'autres se mettent en tête de demander en plein sénat la cassation des lois juliennes. César pour toute réponse s'en réfère à l'examen par la curie de la légalité de ses actes.

58 av. J.C.

Caton et Cicéron

La faction démocratique qui joue dans la coalition le premier rôle ne peut pas, au lendemain de sa victoire amnistier le meurtre judiciaire du 5 décembre 63 av. J.C. A vouloir réellement compter avec les auteurs de la fatale sentence, il n'eût pas fallu s'en prendre au pusillanime consul mais à cette fraction aristocratique rigide qui lui avait mis le glaive dans sa main. Finalement, on décide que seul le consul doit payer pour tous. Aussi la motion dirigée contre Cicéron tient pour faux le senatus consulte en vertu duquel les Catiliniens avaient été exécutés.

Les événements s'accélèrent; on se décide à frapper Caton et Cicéron. Publius Clodius est chargé de l'exécution, Clodius homme léger et dissolu, mais homme habile et audacieux, l'ennemi acharné de Cicéron depuis plusieurs années. Pour pouvoir jouer un rôle dans la démagogie, durant le consulat de César, il était passé par voie d'adoption hâtive des rangs du patriciat dans ceux des plébéiens, puis s'était fait élire tribun du peuple pour 58 av. J.C. Le nouveau proconsul, appuyant ses menées, demeure dans les environs immédiats de Rome, attendant le succès du coup monté.

Alors Clodius, suivant ses instructions à la lettre, propose au peuple qu'il soit donné une mission à Caton. Celui-ci s'en ira régler à Byzance les affaires embrouillées de la localité et procèdera ensuite à l'incorporation du royaume de Chypre à la république. En ce qui touche Cicéron, le tribun propose une loi punissant de l'exil quiconque aurait fait mettre à mort un citoyen romain sans droit et sans jugement. Par ces mesures, on éloigne Caton sous couleur d'une mission honorifique : on se défait de Cicéron en lui infligeant la plus douce peine possible. En vain, la plupart des sénateurs, par protestation vaine contre la raillerie jetées sur leur conduite dans l'affaire de Catilina se montrent en public vêtus d'habits de deuil : en vain Cicéron demande grâce à Pompée : il lui faut prendre le chemin de l'exil avant même le vote de la loi qui le chasse de sa patrie (avril 58 av. J.C.), Caton de son côté se garde d'attirer sur lui-même par un refus inopportun des mesures plus sévères; il accepte la mission offerte et fait voile vers l'Orient.

César peut enfin quitter l'Italie et se consacrer à une grande oeuvre.

58 av. J.C.

Celtes et Romains

Les romains avançant toujours, repoussèrent lentement les Gaulois, occupèrent la zone des côtes depuis les Alpes jusqu'aux Pyrénées, séparant les Celtes de l'Italie, de l'Espagne et de la mer Méditerranée. Faisons remarquer que les Gaulois n'ont pas seulement cédé à l'ascendant des armes romaines et qu'ils se sont également courbés devant la civilisation latine laquelle avait pour auxiliaires les éléments féconds apportés sur cette terre nouvelle par les pionniers de la Grèce. Le commerce, les relations internationales font autant que la conquête et ouvrent la voie.

Homme du nord, le Gaulois aime les boissons de feu : comme le Scythe, il boit les nobles vins sans les tempérer et jusqu'à l'ivresse. Bientôt le commerce des vins se changea en mine d'or pour le marchand d'Italie et souvent il lui arrive de troquer une amphore pleine contre un esclave. D'autres articles de luxe, les chevaux italiens par exemple, s'écoulent avantageusement dans les Gaules. Déjà on voit le citoyen romain acheter des terres au-delà de la frontière : dès 81 av. J.C., il est fait mention de domaines situés dans le canton des Ségusiaves (près de Lyon). Par suite, la langue latine dès avant le temps de la conquête n'était plus inconnue dans la Gaule indépendante notamment chez les Avernes.

58 av. J.C.

Gaulois et Germains

Cesar
César, musée de Naples

Une autre peuplade remontait les côtes de la Baltique et de la mer du Nord et venait, plus jeune, plus rude et plus forte conquérir sa place au milieu des peuples germaniques. Déjà les tribus arrivées sur les bords du Rhin, Usipètes, Tenctères, Sicambres et Ubiens se laissaient effleurer par la civilisation; ou tout au moins elles quittaient peu à peu leurs habitudes nomades. Chose remarquable, un seul des clans était connu par son patronymique : on les rangeait sous la dénomination commune de Suèves c'est à dire "les errants". Ces appellations n'appartiennent pas à des nations distinctes : quand la grande nation germanique se met en mouvement, les Celtes, les premiers reçurent tout le choc.

La barrière du Rhin ne les arrêta pas. Cinquante ans avant, l'expédition des Cimbres et des Teutons dont le noyau principal était formé de hordes germaniques avait passé comme un torrent sur la Pannonie, les Gaules, l'Espagne et l'Italie. Mais déjà à l'ouest du fleuve et sur son cours inférieur, on voyait quelques peuplades germaines établies à demeure : arrivées en conquérantes, elles traitaient les Gaulois, leurs voisins en peuple sujet, exigeant et des otages et le tribut. Ainsi faisaient les Aduatuques, débris laissés en arrière de l'armée des Cimbres et devenu un clan puissant : ainsi, une multitude d'autres clans, tous compris plus tard sous la dénomination de Tongriens : ils habitaient les bords de la Meuse, dans le pays de Liège.

Après eux venaient les Trévires (autour de Trèves) et les Nerviens (dans le Hainaut), les deux plus grandes et plus puissantes parmi toutes ces tribus. Quoi qu'il en soit, les populations des pays de l'Escaut, de la Meuse et de la Moselle nous apparaissent fortement imprégnées d'éléments germains, en contact avec les influences venues d'outre-Rhin. Ainsi menacés de deux côtés par l'étranger (les romains et les germains), déchirés entre eux au-dedans, les malheureux Celtes n'avaient pas la chance de se reprendre et de conquérir leur salut avec l'aide de leurs seules forces. Leur histoire jusque-là n'avait été que division et que ruine dans la division.

58 av. J.C.

Rome face à l'invasion germanique

Les Gaulois seuls ne peuvent pas lutter contre les Germains, il est pour Rome d'un intérêt majeur de surveiller attentivement les incidents de la lutte entre les deux peuples. Il va de soi que la situation intérieure des Gaules se réfléchissait au-dehors et à tous les instants. Les romains, à leur première descente au-delà des Alpes avaient pris leur point d'appui chez les Eduens qui disputaient aux Avernes, le peuple Gaulois le plus puissant, l'hégémonie des Gaules; et, s'aidant de ces "nouveaux frères du peuple romain", ils avaient non seulement soumis les Allobroges et la plus grande partie du territoire averne, mais de plus en pesant de toute leur influence, transféré aux mains de leurs alliés la direction de la Gaule indépendante.

Demander aide à l'un contre l'autre semble l'expédient le plus simple : l'une des factions tenant pour les romains, l'autre faction devait faire alliance avec les Germains. Les Belges surtout s'y sentent entraînés : le voisinage, le mélange des peuples les rapprochent des transrhénans : comme ils sont plus rudes et moins civilisés que les autres Gaulois, leurs compatriotes allobroges ou helvétiques leur sont presque plus étrangers que les hordes des Suèves. Parmi les Gaulois du sud, chez les Séquanes par exemple, dont le grand clan (près de Besançon) tient la tête du parti hostile aux romains et devant les armes menaçantes, appellent les Germains. L'administration romaine est en défaillance : la révolution italienne s'annonçait par des avant-coureurs qui ne passent pas inaperçus aux yeux des Gaulois : l'occasion paraît propice de rejeter au-dehors Rome et son influence et de rabaisser les Eduens, ses clients.

La rupture ayant éclaté aux péages de la Saône qui sépare les deux territoires vers 71 av. J.C., un chef germain Arioviste, avait franchi le Rhin avec 15000 hommes. Il est le chef des Suèves. La guerre se prolonge pendant des années avec ses vicissitudes : en somme, elle ne tourne pas au profit des Eduens. A la fin, Eporedorix, leur chef, lève en masse sa clientèle et marche contre les Germains, il a cette fois l'énorme supériorité du nombre. Mais l'ennemi, s'obstinant à refuser le combat, se tient à couvert derrière les marais et les forêts. Puis, un jour, les clans Gaulois, fatigués d'une longue attente, commencent à se dissoudre et à quitter l'armée.

Aussitôt les Germains se montrent en rase campagne et Arioviste remporte sous Admagetobriga (Pontarlier) une victoire facile. La fleur des chevaliers Eduens reste sur le champ de bataille. Les Eduens abattus en passent par les conditions du vainqueur. En recevant la paix, ils doivent abdiquer l'hégémonie, entrer avec tous leurs partisans dans la clientèle des Séquanes, promettre tribut à ceux-ci ou plutôt à Arioviste, donner en otages les enfants de leurs principaux nobles, s'engager sous serment à ne jamais les réclamer et aussi, à ne jamais solliciter l'intervention des romains. Ce traité est conclu en 61 av. J.C. Tout incite les romains à agir, leur honneur aussi bien que leur intérêt, Divitiac, l'un des notables éduens, le chef du parti romain dans son clan et banni par les siens pour cette seule cause se rend en personne à Rome, demandant que la république vienne en aide à sa patrie.

58 av. J.C.

Royaume germain en Gaule

Arioviste se met à bâtir un empire germain en plein sol gaulois. Il s'y assoit avec les nombreuses bandes qu'il a amenées et en appelle de plus nombreuses encore accourues de la Germanie. En 58 av. J.C., 120000 germains ont passé le Rhin. C'est tout un exode de la puissante nation se répandant à flots par cette large écluse ouverte sur les belles contrées de l'Occident. L'arrivée du puissant chef sur les terres gauloises en fait un dangereux voisin de Rome. A lui seul, il suffit pour susciter les plus vives inquiétudes; mais combien plus grand est le danger, pour qui savait que le mouvement de la conquête entraîne d'autres envahisseurs ?

Fatigués par les ravages incessants des bandes des Suèves, les Usipètes et les Tenctères de la rive droite du Rhin, dans l'année même qui précède l'arrivée de César en Gaule (59 av. J.C.), ont, eux aussi, quitté leurs anciennes demeures et se cherchent un asile vers les bouches du fleuve, se heurtant aux Ménapiens cantonnés sur la rive droite; ils leur avaient enlevé cette portion de territoire : il est à prévoir qu'ils tenteraient aussi de s'établir sur la rive occidentale.

Des hordes de Suèves se rassemblent à la hauteur de Cologne et de Mayence et menacent d'entrer sur les terres du clan des Trévires. Enfin la tribu la plus orientale des Celtes, celle de la populeuse et belliqueuse Helvétie, sous le coup d'incursions tous les jours plus gênantes, refoulée sur elle-même, menacée d'un isolement complet d'avec le reste de la Gaule, par l'établissement d'Arioviste dans le pays des Séquanes, se résout dans son désespoir à céder la place aux Germains. Elle veut aller chercher au-delà du Jura, dans l'ouest, un espace plus vaste et des terres plus fertiles.

58 av. J.C.

César en Gaule

C'est dans ces circonstances que Gaius César, gouverneur nouvellement nommé descend dans la Gaule narbonnaise (printemps 58 av. J.C.). Le sénatus-consulte avait ajouté celle-ci à sa province originaire, la Cisalpine, avec l'Istrie et la Dalmatie. De par sa charge, conférée pour cinq ans d'abord (jusqu'à la fin de l'an 54), puis prorogée en 55, pour cinq autres années (jusqu'à la fin de 49), il a le droit de s'adjoindre six lieutenants au rang de propréteurs, portés à 10 en 56.

Les lieutenants de César sont :

- Titus Attius Labienus, l'ancien accusateur de Rabirius, qui plus tard alla à Pompée et fut tué à Munda;

- Publius Licinius Crassus Dives, l'un des fils du triumvir, Crassus adolescens comme l'appelle Cicéron : il       devait mourir en Syrie avec son père : il fut remplacé en Gaule par son plus jeune frère, Marcus Licinius       Crassus qui fut questeur de César;

- Quintus Titurius Sabinus, le vainqueur des Vénètes qui périt, trahi en Belgique en 54 avec Aurunculeius       Cotta;

- Servius Sulpicius Galba, le vainqueur des Véragres à Martigny qui fut l'un des conspirateurs contre       César et qu'Antoine poursuivit de ce chef;

- Decimus Junius Brutus Albinus, aussi appelé le jeune (adolescens), le vainqueur des Vénètes sur mer;       quoique favori de César et institué en second sur son testament, il prit part à la conspiration, entraîné       par l'autre Brutus, son parent. Il correspondit avec Cicéron, entra dans le parti d'Octave et fut tué par       ordre d'Antoine;

- Lucius Munatius Plancus, qui resta fidèle à son général et fonda Lyon. Rangé aussi du côté d'Octave, il       fut l'ami d'Horace;

- Quintus Tullius Cicéron, bien connu comme frère puîné de l'orateur : il commanda chez les Nerviens       pendant l'insurrection de 54, et fut sauvé par César. Il périt, enveloppé dans la même proscription que son       illustre frère;

- Gaius Trebonius, le moteur de la loi trebonia, commanda les forces de terre au siège de Marseille et     fut tué en Syrie pendant la guerre civile qui suivit le meurtre de César, meurtre dont il avait été le       complice;

- Marc-Antoine, le futur Triumvir, qui ne fit que passer dans les Gaules;

- Publius Vatinius, l'un des affidés du Proconsul. Il avait fait voter un jour, étant tribun, le plébiscite qui       donnait à César les provinces des Gaules et de l'Illyrie : accusé par Cicéron, il fut plus tard défendu par        lui.

Chose remarquable, bon nombre de ces lieutenants de César entrèrent dans la conspiration où le général perdit la vie.

César est autorisé à compléter ses légions et même à lever des légions nouvelles. L'armée dont il prend le commandement dans les deux provinces comprend l'infanterie régulière de quatre légions exercées et éprouvées à la guerre, la septième, la huitième, la neuvième et la dixième, 24000 hommes au plus, auxquels s'ajoutent les contingents des sujets locaux. En fait de cavalerie et d'armes légères, il y a quelques escadrons espagnols et numides, et des archers et des frondeurs de Crète ou des Baléares.

58 av. J.C.

Les Helvètes

A ce moment-là commence l'invasion helvétique. Afin de ne pas laisser aux Germains leurs cabanes vides et pour rendre à eux-mêmes le retour impossible, les Helvètes brûlent villes et villages, et chargeant sur leurs chariots leurs femmes, leurs enfants et la meilleure part de leurs meubles, ils arrivent par toutes les routes sur le lac Léman, à la hauteur de Geneva (Genève), où ils s'étaient donné rendez-vous pour le 28 mars 58 av. J.C.

Leur masse réunie compte 368000 têtes dont un quart en hommes valides et portant les armes. Ils comptent se porter vers les cantons de l'ouest : le pays des Santons (Saintonge et vallée de la Charente), non loin des rivages de l'Atlantique pour lieu de leur future demeure. Mais en passant sur la rive gauche du Rhône, ils mettent le pied sur le territoire romain; et César, qui d'ailleurs n'a nulle envie de les laisser s'établir dans la Gaule occidentale, est bien décidé de les arrêter. Malheureusement, de ses quatre légions, trois sont bien loin, du côté d'Aquilée; il semble impossible de tenir tête à l'immense flot de peuples débouchant sur le Rhône et de lui fermer le défilé à la sortie du Léman, au-dessous de Genève.

Il veut gagner du temps. L'ennemi a à coeur d'effectuer en paix la traversée du pays et des populations allobrogiques. On négocie donc : César, profitant d'un répit de quinze jours, rompt le pont de Genève et barre la rive gauche par une ligne fortifiée de 4 milles de longueur. En vain les helvètes tentent de franchir le fleuve en divers points, soit à gué soit à l'aide de canots : partout les romains, retranchés dans leurs lignes les repoussent : il leur faut renoncer à passer la rive gauche.

Les Helvètes se rapprochent de la faction gauloise des Eduens hostiles aux romains, Dumnorix, frère de Divitiac est dans son clan à la tête du parti national comme Divitiac est le chef du parti de l'étranger. Il facilite aux Helvètes le passage du Jura par le pays des Séquanes. César, de Genève, se rend sans perdre de temps en Italie et en ramène à marches forcées ses trois légions plus deux autres légions de nouvelle levée. Bientôt, il a opéré sa jonction avec le corps posté naguère devant Genève et passe le Rhône à la tête de toute son armée.

A son apparition inattendue sur les frontières des Eduens, la faction romaine est naturellement revenue au pouvoir, heureux incident qui assure aux romains leurs vivres. Les Helvètes à cette heure passent la Saône et quittant le pays des Séquanes arrivent dans le pays des Eduens; les Tigorins, un des clans des Helvètes, restent encore sur la rive gauche. César fond sur eux, les surprend et les détruit. Mais le gros de la caravane s'était déjà établi de l'autre côté : César le poursuit. Ceux-ci, à la vue de l'armée romaine sont contraints à changer de direction et cessant de se porter à l'ouest, ils tournent vers le nord pensant que César n'osera pas les suivre jusqu'au centre des Gaules.

Quinze jours durant, les légions les suivent à la distance d'à peine 1 mille et guettant l'occasion de les attaquer et de les anéantir. L'occasion ne se présente pas : si lent et pénible qu'est leur progrès, les Helvètes savent se garder : ils ont des vivres en abondance et connaissent exactement par leurs espions tout ce qui se passe dans le camp romain. Les armées passent à peu de distance de Bibracte, la capitale éduenne (Autun). César veut s'emparer de ce poste important. Il se détourne donc un instant : mais les Helvètes ne voient qu'un commencement de fuite dans son mouvement vers la ville : ils attaquent.

58 av. J.C.

La bataille de Bibracte

Les deux armées se mettent en bataille sur deux chaînes de collines; et les Gaulois (les Boïens, les Rauraques, les Latobices et les Tulinges), alliés des Helvètes commencent le combat, repoussant et dispersant dans la plaine la cavalerie romaine envoyée sur les devants, puis s'élancent contre les légions postées sur les hauteurs: là les vétérans de César les font reculer. Mais quand, poursuivant à leur tour leur avantage, les romains descendent dans la plaine, les Gaulois effectuent un retour offensif et en même temps un corps tenu en arrière se jette sur le flanc des légions. César oppose à l'ennemi de ce côté les réserves de ses colonnes d'attaque, le sépare du gros de son armée et le rejette sur ses bagages et ses chariots où il est taillé en pièces.

Enfin la masse des hordes helvétiques cède : il ne lui reste pour battre en retraite que la route de l'est, direction toute opposée à celle primitivement suivie. Dans ce jour échoua le grand plan de l'émigration, allant à la recherche de nouvelles demeures sur les bords de l'Atlantique. La journée fut chaude aussi pour le vainqueur. Epuisées qu'elles étaient, les légions ne peuvent poursuivre vivement les vaincus : mais César ayant notifié que quiconque prêterait secours aux Helvètes serait traité en ennemi du peuple romain, ceux-ci, partout où ils passent, notamment dans la contrée des Lingons se voient refuser l'assistance et les vivres : leurs bagages sont pillés. Quant à ceux qui restent des Helvètes et des Rauraques, le tiers environ de la population virile sortie d'Helvétie, César les renvoie dans leur pays : là, placés sous la suzeraineté de Rome, ils ont mission de défendre la frontière du Rhin supérieur contre les agressions des germains.

Rome prend seulement possession de la pointe sud-ouest du territoire helvétique : elle y transforma plus tard en forteresse-frontière la vielle ville celtique de Noviodunum (Nyon), située sur les bords du lac Léman et qui reçoit le nom de "colonie julienne équestre" (Colonia Julia Equestris).

58 av. J.C.

César et Arioviste

Le joug qu'Arioviste impose aux Gaulois les poussent à demander à César de leur venir en aide. Par son ordre, les Eduens suspendent le tribut qu'ils se sont engagés à payer à Arioviste et lui réclament leurs otages. Celui-ci, furieux de la rupture, attaque les clients de Rome et par-là fournit à César le motif cherché d'une intervention directe. César revendique aussi les otages; il veut qu'Arioviste promette de garder la paix au regard des Eduens; il veut surtout qu'il s'engage à ne plus appeler les germains d'Outre-Rhin. Le chef barbare lui répond fièrement : " Les lois de la guerre l'ont fait maître de la Gaule septentrionale, de même qu'elles ont donné le sud aux romains. Il n'empêche pas ceux-ci de lever tribut sur les Allobroges; qu'ils ne trouvent pas mauvais à leur tour s'il fait payer aussi ses sujets !"

Puis, dans de plus secrètes communications, se montrant tout à fait au courant des affaires intérieurs de la république, il parle des incitations qui lui viennent de Rome : " On veut qu'il en finisse avec César : quant à lui, si César consent à lui abandonner le nord des Gaules, il l'aidera au contraire à s'emparer du pouvoir en Italie. Les dissensions des gaulois lui ont ouvert la porte de la Gaule : il attend des dissensions de l'Italie la consolidation de ses récentes conquêtes. " Depuis bien des siècles, Rome n'avait pas entendu un tel langage, proclamant le droit égal, l'indépendance absolue et hautaine de ce chef d'armée qui traite de puissance à puissance : bref, il se refuse même à venir quand le général romain lui enjoint de comparaître en personne.

L'hésitation n'est plus possible. César marche droit au roi. Mais voici qu'une panique saisit ses soldats et ses officiers à la pensée d'en venir aux mains avec ces terribles bandes germaines qui depuis quatorze ans n'ont pas couché sous un toit. César voit éclater l'indiscipline et la démoralisation des armées romaines : la désertion, la révolte y sont imminentes. Pour lui, il déclare que s'il le faut il ira chercher l'ennemi avec la dixième légion toute seule. Il enlève celle-ci par cet appel à l'honneur, il enchaîne les autres légions à leurs aigles par le sentiment d'une émulation belliqueuse : le souffle de son énergie a passé dans le coeur de ses soldats. Sans leur laisser le temps de se reconnaître, il les conduit à marches forcées, et, devançant Arioviste, il occupe Vesontio (Besançon), la capitale des Séquanes.

Une entrevue a lieu entre les deux chefs; entre les dominateurs des deux Gaules, les armes seules peuvent décider. Les armées restent campées dans le pays de Mulhouse (Haute-Alsace), à peu de distance l'une de l'autre et à un mille du Rhin; mais Arioviste, avec ses forces de beaucoup supérieures, réussit à défiler devant les romains et, se plaçant sur leurs derrières, à les couper de leur base et de leurs approvisionnements. César pour se dégager veut livrer bataille mais Arioviste se refuse. Le romain alors, malgré son infériorité numérique, tente à son tour la manoeuvre qui avait réussi à l'ennemi. Pour rétablir ses communications, il fait passer devant celui-ci deux légions qui vont prendre position au-delà du camp germain; et pendant ce temps, il reste dans le sien avec les quatre autres légions.

Arioviste voit son adversaire divisé : il marche à l'assaut contre le premier et moindre corps; il est repoussé. Engagée par ce succès, toute l'armée romaine marche au combat : les germains se rangent sur une longue ligne de bataille, chaque tribu formant une division, chacune pour rendre la fuite impossible, ayant derrière elle les chariots, les bagages et les femmes. L'aile droite de César, conduite par lui-même, court à l'ennemi et l'enfonce; à l'aile gauche, les germains ont un succès pareil. Les chances restent égales; mais la pratique savante des réserves assure la victoire aux romains. Publius Crassus en lançant la troisième ligne au secours de l'aile qui pliait, rétablit le combat. La journée était gagnée. On poursuit l'ennemi jusqu'au Rhin ; bien peu réussissent, et le roi avec eux, à se réfugier sur l'autre rive (58 av. J.C.).

58 av. J.C.

La frontière du Rhin

Cesar
César, musée du Vatican

Ainsi Rome salue par un grand coup d'éclat le grand fleuve germain que voit pour la première fois les soldats d'Italie. Une seule bataille gagnée et Rome avait conquis la ligne du Rhin. Le sort des émigrés Germains de la rive gauche est dans la main de César; il peut les anéantir, il n'en fait rien. Les peuples Gaulois voisins, Séquanes, Leuques, Médiomatriques ne sont ni de force à se défendre, ni assez sûres au regard de Rome : les Germains au contraire promettent de solides gardiens de la frontière et des sujets meilleurs encore, séparés qu'ils sont des Gaulois par leur nationalité et de leurs compatriotes par leur intérêt à se maintenir intacts dans leurs nouvelles demeures : dans leur isolement, peuvent-ils autre chose que de se rattacher à l'empire central de Rome ?

Selon sa règle invariable, César préfère donc l'ennemi vaincu à l'ami douteux et laissant les Germains établis par Arioviste à l'ouest du fleuve, là où ils se trouvaient postés, les Triboques autour de Strasbourg, les Némètes dans le pays de Spire, les Vangions dans celui de Worms, il les propose à la défense de la frontière rhénane contre leurs compatriotes de l'est. Quant aux Suèves qui sur le Rhin moyen menacent la contrée des Trévires, aussitôt qu'ils eurent la nouvelle du désastre d'Arioviste, ils reculent dans l'intérieur de la Germanie : mais en passant ils reçoivent de rudes coups des populations avoisinantes.

Le Rhin va devenir la frontière de l'empire romain du côté de la Germanie. Toute la Gaule centrale, de la province romaine jusqu'à Chartres et Trèves se soumet sans difficulté. Au nord, les clans de l'Armorique (Bretagne, Normandie), ceux de la confédération des Belges, plus puissante encore, n'avaient pas ressenti les coups frappés au centre et ils ne veulent en aucune façon se courber devant le vainqueur d'Arioviste.

57 av. J.C.

Les Belges

Le printemps de 57 av. J.C. s'ouvre. César sans tarder marche vers les pays belges avec toute son armée grossie et portée à huit légions. La ligne belge garde en mémoire l'intrépide et efficace résistance que 50 ans auparavant elle avait opposée en masse à l'invasion de son territoire par les Cimbres : elle s'enflamme à la voix de nombreux patriotes fugitifs de la Gaule centrale. Elle envoie tout le premier ban de son armée, 300000 hommes, conduits par Galba, le roi des Suessions à la frontière du sud. Ils doivent y recevoir César.

Un seul clan puissant, celui des Rèmes (Reims), voyant dans l'arrivée des romains l'occasion de se débarrasser de la suprématie des Suessions, se prépare à jouer dans le nord le rôle des Eduens dans la Gaule du centre. Romains et Belges entrent chez eux presque au même moment. César ne veut pas livrer bataille à un ennemi six fois plus fort : il s'établit au nord de l'Aisne (non loin de Pontavert entre Reims et Laon) : posté sur un plateau presque partout inattaquable, ici flanqué de redoutes et de fossés, là, gardé par la rivière et les marais, il se contente de repousser vivement les attaques des Belges qui s'acharnent à vouloir passer l'eau et à le couper de ses communications.

Galba, le roi Suession est un homme loyal, universellement estimé; mais c'est oeuvre trop au-dessus de ses forces de gouverner une armée de 300000 hommes. Les Gaulois ne peuvent plus aller plus longtemps : leurs provisions diminuent : le mécontentement et la désunion se mettent dans le camp des coalisés. Les Bellovaques (Beauvais) surtout, rivaux des Suessions en puissance, irrités de ce qu'ils n'avaient pas eu l'hégémonie de la ligue, ne tiennent plus en place depuis qu'ils avaient appris que les Eduens, alliés aux romains se préparaient à envahir leur territoire.

On convient de se séparer, chacun s'en retournant chez soi : seulement, pour sauver les apparences, il est dit que tous accourraient en masse au secours de quiconque serait attaqué, stipulation inexécutable et qui ne peut pas excuser une telle débandade. Marchant sans ordre ni méthode, les contingents belges sont vigoureusement poursuivis par César : c'est la fuite d'une armée battue : les romains détruisent tous les corps demeurés en arrière. A mesure que César met le pied dans les cantons belges de l'ouest, ceux-ci, les uns après les autres se tiennent pour perdus : les Suessions, si puissant la veille, les Bellovaques, leurs rivaux, les Ambiens (Amiens), se soumettent sans tenter de se défendre. Les villes ouvrent leurs portes à la vue des étranges machines de siège des romains, à la vue de ces tours roulantes et dépassant la hauteur de leurs murs; ceux qui ne veulent pas se rendre doivent s'enfuir au-delà de la mer, en Bretagne.

57 av. J.C.

Bataille chez les Nerviens

Il n'en est pas de même dans les cantons de l'est : là le sentiment national se montre plus énergique. Les Viromandues (Saint Quentin), les Atrébates (Arras), les Aduatuques germaniques (Namur) et surtout les Nerviens (Hainaut), ceux-ci avec leur nombreuse clientèle presque aussi puissants que les Suessions et les Bellovaques, bien supérieurs à eux par la bravoure et l'exaltation du patriotisme concluent entre eux une seconde et plus étroite alliance et rassemblent leur armée sur la Haute-Sambre. Ces derniers arrivent sur la Sambre, non loin de Bavay : là, les légions dressent le camp sur l'escarpement de la rive gauche, pendant que la cavalerie et l'infanterie légère se lancent en éclaireurs sur les revers opposés.

Tout à coup les masses ennemies se précipitent sur elles des hauteurs et les rejettent dans la vallée. En un moment, elles arrivent comme la foudre sur l'autre plateau. A peine si les légions ont le temps de quitter la pioche pour l'épée : les soldats, tête nue pour la plupart, combattent là où ils se trouvent, sans ordre, sans plan, sans commandement qui les guide : devant cette attaque soudaine, sur ce terrain sillonné de haies, les divers corps n'ont plus ni liaison ni soutien. A la place d'une bataille, il se livre une multitude de combats isolés. Labienus, à l'aile gauche repousse les Atrébates. Au centre, les Viromandues sont également rejetés en bas de la pente. Mais à l'aile droite où César se tient en personne, les Nerviens arrivent en forces supérieurs et débordent aisément les romains : la division du centre, emportée par son succès leur a d'ailleurs laissé la place libre derrière elle et ils pénètrent dans le camp a demi-construit : les deux légions du proconsul, ramassées sur elles-mêmes en une masse confuse, attaquées par devant et sur leurs deux flancs, privées déjà de leurs plus braves soldats et de leurs meilleurs officiers risquent d'être enfoncées et taillées en pièces.

Déjà on voit fuir de tous les côtés les hommes du train et les alliés Gaulois : des corps entiers de cavalerie celtique, celui des Trévires par exemple, se sauvent à bride abattue et quittant le champ du combat, s'en vont répandre la nouvelle, agréable chez eux, de la défaite du proconsul. L'instant est critique. C'est alors que César saisit un bouclier et combat au premier rang : son exemple, sa voix toute puissante encore, ramène les plus hésitants qui font tête à l'ennemi. Bientôt ils se sont fait place : bientôt les deux légions se sont réunies et s'entraident : enfin les secours arrivent et du plateau supérieur où parait l'arrière garde romaine qui marche avec les bagages et de l'autre rive où Labienus qui a poussé jusqu'au camp des Belges et s'en est rendu maître, voyant enfin en quel péril se trouve l'aile droite, renvoie sans tarder la dixième légion à son général.

La chance tourne : les Nerviens luttent avec la même bravoure que tout à l'heure quand ils se croyaient vainqueurs : debout sur les cadavres amoncelés de leurs morts, ils se font hacher jusqu'au dernier. (C'est effectivement près de Bavay et un peu au dessus de Maubeuge, sur le plateau de Hautmont que se trouve l'emplacement conforme aux descriptions de César : là s'est donnée sans doute la bataille). Au lendemain de ce désastre, les Nerviens, les Artrébates et les Viromandues reconnaissent la suprématie des romains.

Cependant les Aduatuques qui s'étaient mis trop tard en marche pour prendre part à la bataille de la Sambre se concentrent dans la plus forte de leurs places (sur la colline de Falhize, au bord de la Meuse dans le pays de Tongres et de Namur) et se soumettent. Puis dans la nuit qui suit la capitulation ils se jettent par surprise dans le camp romain et sont repoussés; leur perfidie ne fait qu'attirer sur eux les plus terribles rigueurs. Toute leur clientèle, composée des Eburons entre le Rhin et Meuse, et d'autres petites peuplades voisines, est affranchie : quant à eux, ils sont en masse réduits en captivité et vendus à l'encan au profit du trésor.

Quant aux clans qui font leur soumission, César se contente de leur imposer un désarmement général et une remise d'otages. Aux Rèmes désormais est donnée la haute main dans la Belgique comme les Eduens l'ont obtenue dans la Gaule centrale. Seuls quelques cantons maritimes éloignés, ceux des Morins (Artois), des Ménapiens (Flandres et Brabant), et les pays entre l'Escaut et le Rhin, en grande partie peuplés de Germains demeurent intacts encore devant l'invasion romaine.

57-56 av. J.C.

Les clans maritimes

C'est le tour des clans Armoricains. Dès l'automne 57 av. J.C., Publius Crassus est envoyé dans cette région avec une division. Il amène d'abord à soumission les Vénètes, lesquels maîtres des ports du Morbihan et possédant une flotte nombreuse tiennent le premier rang parmi les peuples de la côte entre Seine et Loire, sous le rapport de la marine et du commerce : ils livrent des otages mais bientôt ils se repentissent; et durant l'hiver (57/56), ils retiennent prisonniers à leur tour les officiers romains envoyés chez eux pour lever les vivres promis.

Leur exemple est aussitôt suivi par tous les Armoricains et par tous les Belges maritimes encore libres : dans certains clans de la Normandie, quand les hommes du Grand-Conseil optent contre l'insurrection, la multitude les massacre furieuse et se jette avec un redoublement d'ardeur dans le mouvement national. Toute la côte, des bouches de la Loire à celles du Rhin se soulève contre Rome : les patriotes les plus déterminés accourent de partout pour coopérer à la grande oeuvre de la délivrance : déjà l'on compte sur une nouvelle insurrection de la ligue des Belges, sur l'assistance des Bretons insulaires, sur le concours des germains transrhénans.

César envoie vers le Rhin avec toute la cavalerie Labienus, chargé de tenir en bride les Belges qui fomentent et de barrer s'il en est besoin, le passage du fleuve aux Germains. Un autre de ses lieutenants, Quintus Titurius Sabinus s'en va en Normandie avec trois légions : c'est là que les insurgés se concentrent. Le foyer de la révolte se trouve chez les Vénètes : l'attaque principale et par terre et par mer est dirigée contre eux. La flotte de César se rassemble : on y voit toutes les embarcations des clans restés soumis ainsi que de nombreuses galères romaines construites en toute hâte sur la Loire et munies de leurs rameurs venus de la narbonnaise : le lieutenant Decimus Brutus la commande.

César entre chez les Vénètes avec le gros de son infanterie. Ils s'étaient préparés à le recevoir, mettant à profit, avec habileté, les avantages défensifs qu'ils tirent de la nature du terrain en Bretagne et de la possession de leur redoutable marine. Le pays est coupé et pauvre en céréales : presque toujours plantées sur des rochers ou des promontoires, les villes n'ont d'accès, du côté de la terre ferme que par des gués étroits, difficiles : approvisionnement de l'armée d'invasion, opérations d'investissement, tout y est pénible : les Gaulois, au contraire, montés sur leurs navires, apportent le nécessaire à leurs citadelles.

La flotte romaine se montre enfin. César veut qu'elle livre la bataille d'où va dépendre l'événement de la campagne (la bataille a dû se livrer vers l'estuaire du Morbihan, vers l'angle de Quiberon). Les Celtes, confiants dans leur supériorité sur mer, s'élancent aussitôt à la rencontre des navires de Brutus. Ils n'en comptent pas moins de 220 en ligne, beaucoup plus que les navires romains. En outre, ces bâtiments, avec leurs hauts bords, leurs fonds plats et solides et leurs voiles, tiennent mieux la mer et résistent mieux aux grandes vagues de l'Atlantique que les galères à rames des romains, légères, basses et à la quille aiguë. Les balistes, les ponts à grappins ne peuvent pas porter jusque sur le tillac des Vénètes; et les proues armées de rostres de fer rebondissent impuissantes contre leurs solides bordages.

Les romains ont préparé des faux pointues et emmanchées sur de longues perches : avec elles, ils coupent les cordages qui lient les vergues aux mâts : les vergues et les voiles tombant, il faut du temps à l'ennemi pour réparer les dégâts : à ce moment, le vaisseau privé de sa voilure n'est plus qu'une coque inerte, et les romains se mettant à plusieurs contre lui, l'enlèvent sans peine à l'abordage. Quand les Gaulois voient l'effet de cette manoeuvre, ils veulent quitter la côte où ils avaient accepté la bataille et gagner la haute mer où les galères ne peuvent pas les suivre : mais voici que pour comble de malheur, survient un grand calme. L'immense flotte, réunie par l'effort de tous les clans maritimes est désormais perdue. Les romains la détruit presque toute entière.

Cette victoire a pour suite immédiate la soumission des Vénètes et de toute la Bretagne Armoricaine. Après tant de marques d'indulgence données aux vaincus, César juge qu'un exemple est utile : il fait passer par les armes tout le Grand Conseil des Vénètes et vendre comme esclaves tous leurs citoyens.

56-55 av. J.C.

Les Morins et les Ménapiens

Restent au nord, les Morins et les Ménapiens (Picardie occidentale et le pays entre les bouches de la Meuse et de l'Escaut), lesquels s'obstinent à ne pas reconnaître l'autorité de Rome. César se montre sur leurs frontières : mais avertis par les désastres de leurs voisins, ils ne veulent pas se livrer à l'entrée du pays et s'enfoncent dans les forêts qui s'étendent des Ardennes aux rivages de la mer du Nord. Les romains se fraient la route, la hache à la main, entassant à droite et à gauche les arbres abattus et s'en faisant un rempart contre les agressions de l'ennemi.

César juge prudent de revenir sur ses pas après quelques jours des plus pénibles marches. Aussi bien l'hiver est proche. Il n'avait dompté qu'une petite partie des Morins; et quant aux Ménapiens, plus forts que les Morins, il n'avait même pas atteint leur territoire. L'année suivante (55 av. J.C.), pendant que le proconsul guerroie en Bretagne, il envoie contre eux encore le gros de son armée, conduit par Labienus, Sabinus et Cotta: cette expédition n'amène pas davantage de résultats directs et décisifs. Quoi qu'il en soit, les légions n'en ont pas moins procuré l'assujettissement de la presque totalité des Gaules.

56 av. J.C.

L'Aquitaine

Pour établir les communications avec l'Espagne, César expédie en 56 av. J.C. Publius Crassus en Aquitaine en lui donnant mission d'y contraindre à l'obéissance les tribus ibériques qui l'habitent. Les Ibères coalisés se tiennent mieux ensemble que les Celtes et mieux qu'eux mettent à profit l'exemple et les enseignements des romains. Les Transpyrénéens ainsi que les Cantabres envoient leurs contingents en Aquitaine et en outre des officiers expérimentés qui avaient appris la guerre à l'école de Sertorius. En rejoignant les milices aquitaniennes, considérables par le nombre et le courage, ils leurs apportent les principes de la tactique romaine et l'art de dresser les campements. Crassus livre plusieurs combats vivement disputés et terminés par la victoire. Tous les peuples de la rive gauche de la Garonne aux Pyrénées subissent leurs nouveaux maîtres.

56-55 av. J.C.

Les Germains

Durant l'hiver de 56-55 av. J.C., sur le cours inférieur du Rhin, là où les armes romaines n'avaient pas encore pénétré, les Germains le franchissent de nouveau. Les tribus des Usipètes et des Tenetères, trompant par une fausse retraite la surveillance de leurs adversaires, avaient gagné la rive gauche : leur caravane immense, femmes et enfants compris s'élève à 430000 têtes. Ils se tiennent campés dans les plaines de Nimègue et de Clèves, parfois leurs escadrons battent la campagne jusque dans le pays des Trévires. César se met en route avec ses légions.

Lorsqu'il arrive en face d'eux, les nouveaux venus, harassés qu'ils sont, demandent à recevoir des terres qu'ils cultiveront en paix sous l'autorité de la république. Pendant qu'on négocie, il s'élève un soupçon dans l'esprit de César : les Germains traînent en longueur les négociations jusqu'au retour de leurs escadrons en maraude. En dépit de la trêve qui règne de fait, une bande d'ennemis vient un jour donner dans l'avant-garde romaine : César, irrité, décide de passer par-dessus les règles du droit. Quand le lendemain matin, se montrent au camp les princes et les anciens des tribus, voulant faire pardonner une échauffourée qu'ils n'avaient pas préméditée, ils sont arrêtés soudain : l'armée romaine fond sur ces multitudes sans chefs. C'est un massacre et non un combat : ceux qui ne tombent pas sous les coups des romains, se noient dans le Rhin. La conduite de César, en cette circonstance encoure un juste et sévère blâme du Sénat. Si injustifiable qu'elle ait été, elle frappe de terreur les Germains qui s'arrêtent pour un temps.

Néanmoins César juge utile d'aller avec ses légions de l'autre côté du Rhin. Les Ubiens (sur la Sieg et la Lahn), vaincus quelques années plus tôt par une puissante tribu suève étaient astreints à payer tribut. Dès 57 av. J.C., ils avaient sollicité César de les délivrer. Le proconsul ne songea pas un instant à entreprendre une pareille tâche ; c'eut été se jeter dans des aventures sans fin; mais croit utile, pour ôter aux Germains l'envie de reparaître en deçà du Rhin de montrer au moins les aigles romains sur la rive orientale.

Les Sygambres (Sicambres ou Sugambres), en prêtant assistance aux fuyards Usipètes et Tenetères, lui fournit un prétexte. Il jette sur le fleuve un pont de pilotis entre Andernach et Coblentz et les légions passent du pays des Trévires dans celui des Ubiens. Plusieurs petits clans se soumettent : mais les Sygambres, objectif principal de l'expédition, se retirent devant l'armée romaine et s'enfoncent à l'intérieur. La grande tribu Suève qui opprimait les Ubiens, qui portera plus tard le nom de Chattes, n'hésite pas à faire comme les Sygambres; elle évacue la région voisine du territoire Ubien et assigne rendez-vous au centre du pays à tous les hommes propres au métier des armes. César n'a ni le motif, ni l'envie de relever le défi; il n'a voulu faire qu'une reconnaissance en passant le Rhin, en imposer aux Germains. Son but atteint, il revient le dix-huitième jour et rompt son pont derrière lui en rentrant en Gaule (55 av. J.C.).

55-54 av. J.C.

Expédition en Bretagne

Les Celtes insulaires, ayant d'étroits rapports avec leurs frères de terre ferme, avec les Gaulois de la côte surtout; ils avaient donné leurs sympathie à la cause de l'indépendance nationale et avaient ouvert dans leur île protégée par les flots un honorable asile à quiconque fuyant une patrie en guerre. De là un danger pour les Bretons. La république, à supposer qu'elle ne veuille pas conquérir leur île, est nécessairement conduite à y porter l'offensive au lieu de se défendre dans la Gaule, et à faire voir aux insulaires en opérant une descente sur leurs côtes que le bras de Rome saurait passer par-dessus le canal.

Durant l'été 55 av. J.C., César en personne franchit le canal avec deux légions : il part de l'un des havres de la côte entre Boulogne et Calais, l'infanterie partant du port d'Ambleteuse et la cavalerie d'Ecale (Wissant). Ayant vu le rivage couvert de masses ennemies, il fait route plus loin mais les chars de guerre des Bretons courent sur terre aussi vite que les galères romaines voguent sur les flots. Les légionnaires, protégés par leurs navires du haut desquels les machines de jet et les javelots balaient la plage (près de Douvres), ne peuvent aborder qu'après mille peines, tantôt marchant dans l'eau en face des Bretons, tantôt amenés à terre en canots. Sous le coup d'une première terreur, les villages et bourgs voisins se soumettent mais les insulaires constatent bien vite la faiblesse de l'envahisseur et l'impossibilité pour lui de s'aventurer à distance de la côte.

Ils disparaissent à l'intérieur, ne revenant que pour menacer le camp et quant à la flotte laissée sur une rade ouverte, elle subit de très graves avaries à la première grosse mer. Les romains décident de repartir en Gaule avant la mauvaise saison. César est si peu satisfait du résultat de cette reconnaissance, entreprise légère et sans moyens suffisants que dès l'hiver suivant (55/54 av. J.C.), il réunit une nouvelle flotte de transports comptant 800 voiles et que le printemps suivant de 54 av. J.C., il embarque cette fois avec cinq légions et deux mille cavaliers pour la côte du Kent. Devant cette armada puissante, les hordes bretonnes n'osent pas risquer un combat. César pousse aussitôt à l'intérieur et après quelques escarmouches heureuses franchit la Stour. Mais arrivé là, il faut s'arrêter; sa flotte, battue dans ces parages ouverts par les tempêtes du canal est à demi détruite. On perd un temps précieux à tirer les embarcations sur le rivage, à pourvoir aux réparations nécessaires et les Celtes savent mettre les jours à profit.

La défense bretonne est dirigée par un prince brave et prudent, Cassivellaun, lequel règne sur le Middlesex et contrées voisines, jadis l'effroi des tribus du sud de la Tamise, aujourd'hui le sauveur et le champion de la nation. Il a vu que l'infanterie celte ne peut rien faire contre celle des romains et que la multitude informe des milices de l'île, difficile à nourrir autant que peu maniable, n'est qu'un embarras dans la lutte prochaine : il la congédie, ne gardant que les chars réunis au nombre de 4000 avec les hommes qui les montent. Ceux-ci sautent à terre et combattent à pied en cas de besoin, faisant un double service. Lorsque César peut se remettre en marche, il ne rencontre nul obstacle; mais les chars courent sans cesse devant les légions ou sur leur flanc, font le vide dans la campagne, empêchent les détachements de s'écarter et interceptent toutes les communications.

Les romains passent la Tamise (entre Kingston et Brentford, au-dessus de Londres). Mais ils ne poussent pas beaucoup plus loin : nulle victoire pour les romains, nul butin pour le soldat : le seul résultat obtenu est la soumission des Trinobantes (Essex); encore la doit-on bien moins à la crainte inspirée par les armes romaines qu'à la haine profonde de ce peuple envers Cassivellaun. Les chefs du pays de Kent, par l'ordre de Cassivellaun s'en vont attaquer le camp naval : leur assaut repoussé n'en est pas moins pour les romains le signal de la retraite. Ceux-ci viennent d'emporter un grand oppidum retranché dans les bois (vers St. Albans); il y trouve du bétail en quantité. Tel est le gain de cette pointe sans but : il sert de prétexte honnête au retour.

Cassivellaun est trop sage pour pousser à bout son dangereux ennemi : il promet, à la demande de César de ne plus tourmenter les Trinobantes; il promet un tribut et des otages. De livrer ses armes, il n'en est pas question; encore moins d'une garnison à laisser par les romains dans l'île et même l'engagement de payer tribut pour l'avenir n'est ni sérieusement donné ni sérieusement reçu. César emmène ses otages dans son camp naval et revient dans les Gaules. S'il est vrai qu'il avait cette fois compté sur la conquête de l'île, son dessein avait échoué soit devant la défense prudente de Cassivellaun soit par la mauvaise qualité de sa flotte à rames italienne, absolument impropre à la navigation dans les eaux de la mer du Nord. Quant au tribut stipulé, jamais il fut levé. Mais César avait aussi voulu autre chose. Otant aux insulaires leur sécurité présomptueuse en leur montrant de quel péril il y a pour eux à ouvrir la Bretagne aux transfuges venus de terre ferme, il avait calculé juste; nous ne verrons plus jamais les bretons donner un coup de main aux celtes gaulois.

54-53 av. J.C.

Quintus Titurius Sabinus

Durant l'hiver de 54-53 av. J.C., à l'exception d'une légion détachée dans la Bretagne Armoricaine et d'une autre laissée en cantonnement chez les Carnutes (Chartres), l'armée romaine entière, soit six légions avait pris ses quartiers d'hiver chez les Belges. La rareté des vivres oblige César à espacer les divers corps plus que d'habitude : ils sont postés dans six camps chez les Bellovaques, les Ambiens, les Morins, les Nerviens, les Rèmes et les Eburons. Les quartiers établis le plus loin dans l'est, chez les Eburons, sont situés non loin de la ville future d'Aduatuca (Tongres). Ils ont la plus forte garnison, une légion commandée par l'un des meilleurs lieutenants de César, Quintus Titurius Sabinus et avec elle un certain nombre de détachements égaux en nombre à une demi légion sous les ordres de Lucius Aurunculeius Cotta.

Un jour, le camp est enveloppé soudain par les Eburons que conduisent les rois Ambiorix et Catuvolc. L'attaque est si inattendue qu'on n'a pas le temps de rappeler les soldats envoyés au dehors; ils sont enlevés par l'ennemi. Ambiorix fait savoir aux lieutenants de César "que ce même jour tous les quartiers des romains sont assaillis par les Gaulois et que les légions sont infailliblement perdues à moins que les corps divers n'abandonnent leurs postes séparés les uns des autres et n'opèrent leur réunion". Sabinus a d'autant plus intérêt de se hâter que les Germains, de leur côté ont passé le Rhin et s'avancent; et qu'enfin, lui, Ambiorix, "l'ami des romains, il leur promet une libre et sûre retraite jusqu'au cantonnement le plus voisin, lequel n'est qu'à deux jours de marche."

Comment croire à une attaque isolée de la part des Eburons, ce mince peuple, hier encore l'objet des faveurs de César ? Les légions ne périraient-elles pas isolées les unes des autres, sous les coups de l'immense armée des insurgés ? Mais la prudence et l'honneur commandent indubitablement de rejeter une capitulation honteuse et de se tenir fermes et fidèles à son poste. Dans le conseil de guerre, des voix nombreuses choisissent cette direction notamment la voix influente d'Aurunculeius Cotta. Sabinus, néanmoins, se résout à accepter les termes offerts. Le lendemain, dès le matin, les romains évacuent le camp. Ils ont à peine marché un demi mille qu'ils se voient entourés par les Eburons au fond d'une étroite vallée. Toute issue leur est fermée.

Ils tentent de se frayer la route les armes à la main; mais les barbares se refusent au combat corps à corps et du haut de leurs positions inexpugnables ils font pleuvoir une grêle de traits sur les légionnaires. Cependant Sabinus, qui perd la tête, va chercher auprès du traître le salut et sollicite une entrevue avec Ambiorix qui l'accorde : à peine est il en sa présence qu'on le désarme, lui et tous ses officiers et qu'on le massacre aussitôt. Lui mort, les Eburons se jettent de tous les côtés sur les romains épuisés, découragés : leurs rangs se rompent : la plupart périsse dans cette dernière attaque et avec eux Cotta. Un petit nombre a pu fuir et rentrer dans le camp abandonné : durant la nuit ils se frappent eux mêmes de leurs épées. La division de Sabinus est détruite toute entière.

53 av. J.C.

Quintus Cicéron

Le succès dépasse les espérances. L'exaltation est irrésistible chez tous les patriotes : les romains ne peuvent plus compter sur aucun des peuples de la Gaule sauf les Eduens et les Rèmes. Les Eburons tout d'abord poursuivent leur victoire. Renforcés par le contingent des Aduatuques qui saisissent avec joie l'occasion de se venger de César et du mal qu'il leur avait fait; renforcés aussi par les Ménapiens, tribu puissante et jusqu'alors invaincue, ils entrent chez les Nerviens. Ceux-ci se joignent à eux et toute cette foule, accrue jusqu'au chiffre de 60000 hommes, marche contre les cantonnements des romains en pays Nervien. Quintus Cicéron les commande. La faiblesse de sa division le met en grand péril (région de Namur).

Les assiégeants, profitant des leçons reçues creusent des fossés, élèvent un agger, approchent des tortues (sorte de hangar mobile sous lequel se placent les soldats avec les machines de siège) et des tours mobiles à l'instar des légionnaires et lancent sur le camp des balles et des javelots incendiaires. Cicéron n'a plus d'espoir qu'en César, posté pour l'hiver dans l'Amiénois, région peu éloignée et à portée de trois de ses légions. Un cavalier gaulois, expédié du camp de Cicéron se glisse à travers les lignes ennemies et parvient jusqu'à lui. César apprend non seulement le siège de Cicéron mais également le désastre de Sabinus. Il s'élance avec deux faibles légions, 7000 hommes en tout, plus 400 cavaliers. Si faible que soit ce corps, en apprenant que le proconsul arrive, les insurgés lèvent le siège.

53 av. J.C.

L'insurrection est écrasée

Mais César, contre qui se tournent les révoltés, les trompe comme il l'a fait tant de fois, et toujours avec succès, sur le nombre de ses soldats : ils tentent l'assaut de son camp dans les conditions les plus défavorables et se font battre. Nerviens, Ménapiens, Aduatuques, Eburons tous se retirent chacun de son côté. Les clans maritimes disparaissent après avoir fait mine d'attaquer la légion qui hiverne en Bretagne. Les Trévires, avec leur chef Indutiomar, l'instigateur principal de la révolte soudaine des Eburons, clients de sa puissante tribu, les Trévires avaient aussi pris les armes à la nouvelle de la victoire d'Aduatuca : ils avaient pénétré chez les Rèmes et marchaient sur la légion cantonnée dans la contrée sous les ordres de Labienus : comme tous les autres, ils s'arrêtent.

César se décide à remettre au printemps les mesures plus amples à prendre contre l'insurrection : exposer aux rigueurs de l'hiver de la Gaule du nord ses troupes rudement éprouvées eut été peu sage; et d'ailleurs il ne veut reparaître dans le pays ennemi qu'avec des forces imposantes accrues de trente cohortes nouvelles (trois légions) qu'il compte lever à la place des quinze cohortes anéanties devant Aduatuca.

Dans la Gaule centrale, une révolte prend place chez les Carnutes et les Sénons leurs voisins (pays Chartrain et Sénonais). Au nord, les Trévires ne cessent pas d'appeler tous les transfuges Gaulois et les Germains transrhénans à prendre part à la prochaine guerre d'indépendance : ils ont réuni tout leur monde et se préparent à rentrer à l'ouverture du printemps sur le territoire des Rèmes : Labienus une fois enlevé, ils comptent faire leur jonction avec les insurgés de la Seine et de la Loire. On ne voit pas les envoyés de ces trois peuples à l'assemblée générale convoquée par César dans la Gaule centrale à Lutèce.

L'hiver touche à sa fin. César se met en route avec son armée augmentée de renforts. Pompée lui-même était venu à son aide : il était resté en Italie et présida à l'envoi des renforts levés dans la Cisalpine pour le compte de son collègue. Dans le pays qui s'agite, tout se calme à l'apparition des romains. Les premiers coups de César tombent sur les Nerviens. Après vient le tour des Carnutes et des Sénons. Les Ménapiens eux-mêmes, les seuls qui n'avaient jamais fait leur soumission, ils sont attaqués de trois côtés à la fois. A ce moment, Labienus prépare le même sort aux Trévires.

Leur premier effort pendant l'hiver n'avait rien produit, les Germains établis dans leur voisinage leur ayant refusé tout envoi de soldats auxiliaires; et Indutiomar, l'âme du mouvement ayant périt (les Trévires attaquaient le camp de Labienus depuis plusieurs semaines. Labienus fit, sur le soir, sortir toute sa cavalerie et la lança sur les Gaulois qui s'éloignaient pour la nuit. Il avait donné ordre de poursuivre Indutiomar et de le tuer. Ce plan réussit et on lui rapporta la tête du chef). Malgré leurs pertes, ils persévèrent; et se montrent de nouveau avec toute leur armée : de plus, ils attendent un renfort des Germains, notamment les Chattes. Labienus fait mine de céder et de battre en retraite. Aussitôt, sans laisser à leurs auxiliaires le temps d'arriver, les Trévires se jettent sur les romains malgré le désavantage des lieux.

Labienus avait ses quartiers d'hiver à la Vacherie, sur l'Ourthe dans le Luxembourg. Ce serait également sur l'Ourthe, aux rives escarpées que le choc aurait eu lieu. Les Trévires sont complètement battus. Quand les Germains arrivent, ils n'ont plus rien d'autre à faire que de repartir. Les Trévires se soumettent et la faction romaine qui a pour chef Cingetorix, le gendre d'Indutiomar, se met à la tête des affaires. Après les succès de César sur les Ménapiens, après ceux de Labienus sur les Trévires, toute l'armée romaine vient se concentrer dans le pays de ces derniers. Mais il faut ôter aux Germains l'envie de revenir et infliger à ces incommodes voisins une rude leçon. César franchit une nouvelle fois le Rhin : toutefois les Chattes, fidèles à une tactique dont ils connaissent l'excellence, s'enfonce loin de la frontière. César repart et se contente de placer sur le fleuve une forte garnison qui commandera les passages.

53 av. J.C.

Les Eburons

Tous les peuples de l'insurrection avaient eu leur compte : il ne reste que les Eburons, auteurs principaux de l'insurrection. Du jour où César avait appris le désastre d'Aduatuca, il avait pris les vêtements de deuil et juré de ne les quitter qu'après vengeance. Les Eburons se tiennent dans leurs huttes, paralysés, indécis, assistant à la soumission de tous les clans, les uns après les autres : tout à coup la cavalerie romaine, quittant le pays des Trévires et traversant les Ardennes, arrive sur leur territoire. Bientôt, derrière la cavalerie, dix légions envahissent le pays. Elles incitent les peuplades environnantes à se jeter avec elles sur les Eburons, mis hors la loi et à prendre leur part du pillage.

Beaucoup répondent à l'appel; et l'on voit même accourir de l'autre rive du Rhin une bande de Sygambres pour qui tout est même proie, Gaulois ou romains. Un coup de main téméraire leur livre par surprise le camp d'Aduatuca. La punition des Eburons est terrible. Qu'ils aillent se cacher dans les bois ou les marais, les chasseurs sont partout, plus nombreux que le gibier. Beaucoup se donnent la mort à l'exemple du vieux chef Catuvolc : bien peu au contraire peuvent échapper à l'épée de l'ennemi ou à l'esclavage. Mais Ambiorix, celui que César poursuit entre tous ne tombe pas dans ses mains : il passe le Rhin avec quatre cavaliers. Le temps de l'indulgence est passé. En vertu de la sentence dictée par le proconsul, les licteurs abattent la tête d'Accon, l'un des principaux chevaliers Carnutes (53 av. J.C.). Toute opposition cesse : le calme règne partout. César, suivant son habitude passe les Alpes en fin d'année : les affaires s'embrouillent de plus en plus à Rome.

53-52 av. J.C.

Vercingétorix

Pourtant César se trompe : le feu est loin d'être éteint. Quand la tête d'Accon roule, toute la noblesse gauloise ressent le coup. Aujourd'hui César est loin, en Italie : la guerre civile, imminente en Italie le retient dans la Cisalpine; et l'armée des Gaules, concentrée sur la haute Seine est séparée de son chef redouté. Que la révolte fasse explosion dans la Gaule centrale, les légions seront rapidement enveloppées bien avant que César reparaisse dans la Transalpine, à supposer même que les complications des affaires italiennes ne l'empêche pas de tourner ses yeux vers les Gaules.

De tous les clans du centre, les conjurés arrivent en foule : les Carnutes, frappés les premiers par le supplice d'Accon s'offrent à marcher les premiers. Au jour fixé (hiver 53-52 av. J.C.), leurs deux chefs, Gutruat et Conconnetodumn donnent à Genabum (Orléans) le signal de la révolte : les romains qui se trouvent là sont mis à mort. Toute la grande terre des Celtes tressaille d'un immense ébranlement : partout les patriotes s'agitent. Mais la secousse devient irrésistible quand les Avernes eux aussi lèvent leurs boucliers. Ce peuple, jadis le principal de la Gaule méridionale sous la conduite de ses rois, riche encore, civilisé et puissant entre tous, après la guerre malheureuse de Bitiut contre Rome, ses gouvernements avaient jusque-là fait preuve envers la république d'une imperturbable fidélité.

Dans le grand conseil, la faction des patriotes y est encore minoritaire : en vain ceux-ci tentent d'entraîner leur Sénat à faire cause commune avec l'insurrection. Ils se tournent alors contre leur Sénat lui-même et contre la constitution. Le chef de ces patriotes, Vercingétorix, l'un des ces nobles comme il s'en rencontre souvent chez les Celtes, honoré presque à l'égal des rois dans le clan et en dehors du clan, brillant, brave et prudent tout ensemble, quitte soudain la capitale Averne et soulevant les campagnes, hostiles aux oligarques du pays autant qu'hostiles aux romains, il les appelle à la restauration de l'ancienne monarchie et à la guerre contre Rome. Les multitudes accourent rétablir le trône de Luern et de Bituit; le rétablir, c'est en effet lever l'étendard de la guerre de l'indépendance.

53-52 av. J.C.

La révolte

Des bouches de la Garonne aux bouches de la Seine court la flamme de l'insurrection; partout, chez tous les peuples, Vercingétorix est accepté pour chef suprême. Quelques assemblées de clans font-elles des difficultés, la foule les contraint à donner les mains au mouvement. A l'est de la haute Loire, l'insurrection rencontre un terrain moins favorable. Ici tout dépend des Eduens qui se montrent incertains. La faction des patriotes est encore très puissante chez eux; mais le vieil antagonisme contre l'hégémonie Averne y pèse aussi dans la balance et fait grand tort à la cause nationale. L'attitude des Eduens commande celle des Séquanes, des Helvètes et de toute la Gaule orientale. Tout à coup, au coeur de l'hiver, à la grande surprise de tous, le proconsul romain apparaît dans la Transalpine.

Vite il prend les mesures d'urgence pour couvrir la province; et il envoie une division chez les Avernes par les Cévennes chargées de neige. Mais il ne peut pas rester là où il est : à toute minute, les Eduens, en passant à la ligue Gauloise peuvent le couper de ses légions campées dans les pays de Sens et de Langres. Il court sans bruit à Vienne, d'où, avec une mince escorte de cavaliers, il traverse le canton éduen et rejoint les siens. Les insurgés se sont mis en campagne sur de fausses espérances : la paix règne en Italie et César est de nouveau à la tête de son armée.

Vercingétorix renonce à attaquer les romains de haute lutte. Il adopte le plan de guerre dont Cassivellaun avait fait ses preuves. L'infanterie de César est invincible : mais sa cavalerie, presque entièrement recrutée dans la noblesse Gauloise, avait quasiment disparu lors de l'insurrection. A l'insurrection va appartenir l'immense supériorité de l'arme : elle peut, sans que César y apporte de sérieux obstacles, faire le désert à droite et à gauche, brûler les villes et les villages, détruire les magasins et menacer les approvisionnements et les communications de l'ennemi. Vercingétorix dirige tous ses efforts de ce côté : augmentant sa cavalerie, et ses archers à pied, exercés selon la tactique à combattre au milieu des escadrons. Quant aux masses désordonnées des milices communes qui ne savent que se gêner entre elles, il ne les renvoie pas : il veut leur apprendre à manoeuvrer, à se retrancher, à marcher en ordre. Vercingétorix obtient qu'on n'essaie plus de défendre toutes les villes. On convient de les détruire avant que l'ennemi se montre devant leurs murs si elles ne sont pas capables de tenir : quant aux places solides, au contraire, toute l'armée doit les défendre.

Avant que l'hiver ait pris fin, César se jette sur le territoire Eduen, le romain laissant ses bagages et deux légions dans les quartiers d'hiver d'Agedincum (Sens) : il marche contre l'insurrection avant l'heure. Pour parer au grave désavantage du manque de cavalerie et d'infanterie légère, il fait venir un à un tous les mercenaires Germains qu'il peut enrôler et les monte sur des chevaux d'Italie et d'Espagne. En route, il livre au pillage et à l'incendie la cité principale des Carnutes, Genabum qui a donné le signal de la défection, puis franchit la Loire et entre chez les Bituriges. Par son ordre, plus de vingt villes ou bourgs sont réduits en cendre.

Il entrait dans les projets de Vercingétorix de détruire aussi la riche et forte place d'Avaricum (Bourges), la capitale des Bituriges. Mais dans le conseil de guerre, la majorité se prend de pitié pour ses magistrats qui demandaient grâce à genoux : on se décide à défendre la ville à outrance et la guerre se concentre sous ses murs.

52 av. J.C.

Avaricum

Vercingétorix avait posté ses troupes au milieu des marais voisins, sur un point inaccessible où sans même faire usage de sa cavalerie, il pense n'avoir rien à craindre de l'ennemi. La cavalerie, d'ailleurs, couvre les routes et les intercepte. La ville d'Avaricum est bien fortifiée. La position de César est difficile. Il tente, en vain, d'exciter l'infanterie gauloise à lui livrer bataille : elle ne bouge pas de son fort. A chaque heure les embarras vont croissant. Comment nourrir une armée de près de 60000 hommes dans un pays ravagé au loin, battu par des escadrons de cavalerie ? Les minces vivres fournis par les Boïens s'étaient vite épuisés : ceux promis par les Eduens n'arrivent pas.

Cependant la ville, bien qu'héroïquement défendue ne peut plus longtemps tenir. Les légionnaires escaladent le mur et enlèvent la place. Irrités de sa résistance opiniâtre, ils n'épargnent ni le sexe ni l'âge. Ils se jettent en affamés sur les vivres amoncelés par les Gaulois. La prise d'Avaricum (printemps 52 av. J.C.) est un premier succès remporté sur la révolte. César se fait voir avec toute son armée dans le pays des Eduens et par cette démonstration imposante, comprimant l'agitation de la faction des patriotes, les contraint à se tenir tranquilles pour le moment. Il divise alors ses troupes : renvoie Labienus à Agedincum avec mission de rallier la division qui y a été laissée. Avec ses quatre légions, Labienus tiendra tête au mouvement, dans la région des Carnutes et des Sénons. Quant à César, avec les six autres légions qui lui restent, il se retournera du côté du sud et ira porter la guerre dans les montagnes des Avernes, là où Vercingétorix est chez lui.

52 av. J.C.

Lutèce

Labienus quitte donc Agedincum et descend la rive gauche de la Seine pour se rendre maître de Lutèce des Parisiens bâtie dans une île au milieu du fleuve. Posté là comme dans un fort au coeur du pays ennemi, il lui sera facile d'écraser la rébellion. Mais voici qu'au-dessous de Melodunum (Melun) la route est barrée par l'armée Gauloise sous les ordres du vieux Camulogène et retranchée au milieu d'impénétrables marais. Camulogène rompt les ponts entre l'île de Lutèce et le bord méridional du fleuve : il se cantonne en face du romain qui ne peut ni le forcer à se battre ni repasser l'eau sous les yeux des insurgés.

52 av. J.C.

Gergovie

Les légions de César remontent l'Allier et pénètrent en Averne. Vercingétorix fait tout son possible pour l'empêcher de se porter sur la rive gauche : mais le proconsul le trompe par une ruse de guerre : il est devant Gergovie, la capitale du pays (près de Clermont-Ferrand). Mais déjà, au moment même où il campe en face de César sur l'Allier, Vercingétorix avait fait amasser de vastes approvisionnements dans la place. Celle-ci occupe le sommet d'une montagne haute et escarpée : devant les murs, une seconde muraille défend le camp de l'armée gauloise. Profitant de l'avance qu'il avait sur les romains, le roi Gaulois arrive le premier à Gergovie; et là, se postant sous la ville, il attend l'attaque dans ses lignes.

César ne peut songer ni à un siège régulier ni même à un blocus suffisant : son armée n'est pas assez nombreuse. Il plante son camp dans la plaine au-dessous des hauteurs que Vercingétorix occupait. C'est une victoire pour l'insurrection que d'avoir tout à coup arrêté et sur la Seine et sur l'Allier, la marche triomphale de l'armée de César. Ce temps d'arrêt a des conséquences immédiates équivalant presque à une défaite. On voit que les Eduens menacent sérieusement de passer au parti patriote. Déjà sur la route, le corps auxiliaire que César se faisait envoyer à Gergovie, entraîné par ses officiers, s'était prononcé pour l'insurrection : déjà dans le pays Eduen même on s'était jeté sur les résidents romains pour les piller et les tuer.

César avait dû quitter le siège avec les deux tiers de son armée, marcher sur la division Eduenne et tombant comme la foudre devant elle, la ramener à l'obéissance apparente : mince succès et soumission fausse, chèrement achetés d'ailleurs par le danger que courent les deux légions laissées devant Gergovie ! Vercingétorix en effet, saisissant l'occasion du départ de César s'était jeté sur son camp : il s'en fallut d'un cheveu qu'il ne l'emporte d'assaut. Seule l'incomparable rapidité de César, revenu en force sauve l'armée d'un second désastre d'Aduatuca. Les Eduens donnent maintenant de bonnes paroles : mais il est à prévoir que si le blocus se prolonge sans résultat, ils iraient ouvertement à l'ennemi, et par ce mouvement forceraient César à lever le siège.

Leur défection interrompant les communications avec Labienus, ce dernier, isolé, posté au loin, allait courir de grands dangers. Entrer sans délai chez les Eduens, les empêcher coûte que coûte de se jeter dans la révolte, là est la chose urgente. Pendant que tous les défenseurs de Gergovie s'élancent du côté où l'assaut semble se préparer, le proconsul croit saisir le moment opportun d'une attaque sur un autre point, d'accès plus difficile mais laissé dégarni par les Gaulois. Les colonnes romaines franchissent le mur du camp et en occupent les quartiers les plus proches. Mais déjà l'alarme est donnée et l'ennemi se montre à courte distance.

César juge prudent de ne pas tenter un second assaut contre le corps de place. Il fait sonner la retraite. Les légions se sont trop avancées dans l'emportement de leur facile victoire : elles ne l'entendent pas ou ne veulent pas l'entendre et se lancent comme un torrent contre la muraille d'enceinte : quelques soldats même pénètrent dans la ville. Là ils se heurtent à des masses profondes, grossissant à chaque minute : les plus téméraires tombent : les colonnes s'arrêtent : en vain les centurions, les légionnaires se sacrifient et luttent héroïquement, les assaillants sont repoussés du mur avec perte et chassés du haut en bas de la montagne. Les troupes postées par César dans la plaine les recueillent et empêchent un plus grand malheur.

On avait espéré surprendre Gergovie; l'espoir s'était changé en défaite. Les blessés, les morts sont nombreux (700 soldats morts et parmi eux 46 centurions).

52 av. J.C.

L'insurrection recommence

La lutte devant Avaricum, les efforts infructueux des romains pour contraindre Vercingétorix à une bataille, la défaite de Gergovie : les Celtes y avaient gagné la confiance en eux-mêmes et en leur chef. Leur système nouveau de résistance derrière un camp retranché sous la protection d'une forteresse a pour lui la sanction de l'expérience : à Lutèce, comme à Gergovie, il avait réussi. Et puis, cette défaite récente, la première qu'ils n'aient jamais infligé à César, vient d'achever leurs succès : elle est comme le signal d'une seconde explosion de la révolte. Les Eduens, rompant avec le Proconsul, entrent en rapport avec Vercingétorix.

Leur contingent, qui marchait avec les légions, fait défection et profitant de l'occasion enlève, à Noviodunum (Nevers), les dépôts de l'armée de César c'est à dire sa caisse, ses magasins, une multitude de chevaux de remonte et tous les otages qu'il y tenait renfermés. Au même moment, les Belges s'agitent à leur tour. Le puissant clan des Bellovaques se met en marche afin d'attaquer Labienus, occupé devant Lutèce à repousser l'attaque des peuples de cette région de la Gaule centrale. De tous les côtés on arme : partout gagne la révolte patriotique. A l'exception des Rèmes et des peuples qui relèvent d'eux, Suessions, Leuques et Lingons chez qui les tendances particularistes ne laissent pas prise à l'enthousiasme commun, les Celtes, des Pyrénées au Rhin se lève en masse pour sa liberté. Chose remarquable aussi, les peuples de souche germaine, toujours au premier rang dans les guerres antérieures, se tiennent aujourd'hui à l'écart : les Trévires et les Ménapiens ne prennent pas part au mouvement de révolte.

52 av. J.C.

Labienus

Le proconsul appelle sous les armes toutes les milices des romains habitants la province : à elles de garder de leur mieux leur frontière. Quant à lui, il se dirige sur Agedincum à marches forcées, il ordonne à Labienus de venir le rejoindre en toute hâte. Les Gaulois veulent empêcher la concentration des légions. Labienus traverse la Seine sous les yeux de l'ennemi, surpris par une feinte et lui livrer le combat sur la rive gauche du fleuve. Il est victorieux : les Gaulois perdent beaucoup de monde, leur chef, le vieux Camulogène reste sur le terrain. Ailleurs, les insurgés ne sont pas plus heureux : loin d'arrêter César sur la Loire, celui-ci ne leur a pas laissé le temps de se réunir et ne trouvant sur le fleuve que les milices Eduennes, il les avait défaites et dispersées sans peine. Bientôt les deux armées opèrent leur jonction.

Pendant ce temps, les insurgés avaient délibéré à Bibracte, la capitale des Eduens. La victoire de Vercingétorix à Gergovie l'avait fait l'idole de la nation. Mais l'égoïsme séparatiste lutte encore : et l'on voit les Eduens mettre en avant leurs vielles prétentions à l'hégémonie et proposer en pleine assemblée, à la place du héros Averne, l'un des leurs comme général. Les représentants de la nation s'y refusent et confirment Vercingétorix dans le commandement suprême. La clef des nouvelles positions est Alésia (Alise Sainte-Reine dans la Côte d'or). Sous les murs un grand camp retranché avait été construit. D'immenses approvisionnements y attendent l'armée de Gergovie dont la cavalerie compte 15000 hommes montés. César, avec toutes ses forces concentrées dans sa main à Agedincum prend la direction de Vesontio (Besançon). Il veut se rapprocher de la vieille province qu'effraient encore les incursions de l'ennemi et la défendre contre ses dévastations. Déjà, en effet, des bandes se sont montrées chez les Helviens au sud des monts Cévennes.

52 av. J.C.

Alésia

Vercingetorix
Vercingétorix, siège d'Alésia
Lionel Royer, 1899

Alésia se trouve sur la route des romains : ils viennent donner contre la cavalerie de Vercingétorix qui se laisse battre. Vercingétorix courre aussitôt s'enfermer dans Alésia : César se voit obligé, avec son armée bien plus faible quant au nombre, d'aller chercher l'armée de son adversaire, retranchée avec son innombrable cavalerie, sous les murs d'une vaste citadelle pleine de troupes et d'approvisionnements : mais tandis qu'ailleurs les Gaulois n'avaient eu affaire qu'à une partie des légions romaines, aujourd'hui toutes les forces de César sont réunies devant la ville; et Vercingétorix ne pourra plus, comme naguère à Avaricum et à Gergovie mettre à la fois son infanterie sous la protection du corps de place et tenant ses communications libres au dehors à l'aide de ses rapides escadrons intercepter celles de l'assiégeant. Les cavaliers Gaulois, découragés par une première défaite ne tiennent plus en face des Germains de César qu'ils avaient tant méprisés.

La circonvallation romaine enveloppe dans ses lignes la forteresse et le camp appuyé sur elle. Vercingétorix avait compté se battre sous ses murs : il n'avait pas cru qu'il y serait lui-même assiégé : les vivres emmagasinés dans Alésia, si immenses qu'ils soient, ne peuvent plus suffire. N'a-t-il pas à nourrir et son armée, 80000 environ en infanterie, 15000 hommes en cavalerie et la population nombreuse abritée dans la ville ? Il comprend aussitôt que son plan de guerre serait cette fois la ruine, à moins que toute la nation, accourant à lui, ne délivre son général captif. Un mois au plus se passe, pendant lequel se ferme sur lui la ligne d'investissement : mais au dernier moment, le passage restant ouvert encore pour les hommes à cheval, il les lance tous dehors, et les dépêche aux principaux de la nation, demandant la levée en masse et l'envoi d'une armée de secours. Quant à lui, se tenant pour responsable du plan de guerre qu'il avait imaginé, il demeure à Alésia, voulant partager le sort des siens dans la bonne et mauvaise fortune.

Cependant César se prépare activement à jouer son rôle d'assiégeant et d'assiégé. Il s'entoure au-dehors d'une seconde ligne de circonvallation défensive et se munit d'approvisionnements pour un long temps. Les jours s'écoulent : déjà dans la ville, il ne reste plus un sac de blé : déjà les assiégés avaient fait sortir tous les habitants impropres aux armes, qui, repoussés impitoyablement par les leurs et les romains, meurent en foule et d'une mort misérable entre les lignes et la forteresse.

Tout à coup se montrent à perte de vue, en arrière de César les colonnes d'une innombrable armée celtique et belge : 250000 hommes de pied, 8000 cavaliers accourent à l'aide de Vercingétorix. Un premier assaut échoue, donné aux doubles lignes de César et par les assiégés et par les bataillons de secours. Il se renouvelle après un jour de repos : cette fois, les Gaulois, choisissant mieux le point d'attaque se sont jetés des hauteurs voisines sur la contrevallation en cet endroit dominé et courant à mi-côte. Ils comblent les fossés : ils précipitent les romains de l'agger. C'est alors que Labienus, envoyé par César ramasse en toute hâte les cohortes qu'il trouve sous sa main et se jette sur l'ennemi avec quatre légions. Une lutte désespérée, corps à corps, s'engage sous les yeux de César qui arrive de sa personne à l'instant le plus critique : puis ses cavaliers galopant derrière lui tournent les Gaulois, les prennent à dos dans leur déroute et achèvent la journée. La victoire est grande ! C'en est fait d'Alésia et de toute la nation Gauloise ! L'armée de secours perd coeur : elle se disperse aussitôt et les divers clans rentrent chez eux.

Vercingétorix aurait sans doute pu fuir : il aime mieux déclarer en plein conseil que puisqu'il ne peut pas briser la domination étrangère, il est prêt à se livrer lui-même : victime désignée, il tente de détourner sur sa tête le coup de foudre qui menace son peuple. Les officiers Gaulois laissent descendre vers le camp de l'ennemi le général solennellement élu par la nation. Monté sur son cheval, paré de son éclatante armure, le roi des Avernes se montre devant le tribunal du proconsul : il en fait le tour, remet son cheval, ôte ses armes et s'assoit en silence aux pieds de César (52 av. J.C.). Cinq années après, il est traîné en triomphe dans les rues de Rome : puis appelé "traître envers le peuple romain" quand le vainqueur monte au capitole et rend grâce aux dieux, sa tête tombe devant lui.

52-51 av. J.C.

Les derniers combats

La chute d'Alésia et la capitulation de l'armée enfermée sous les murs portent un coup terrible à l'insurrection : mais la nation avait résisté et recommencé aussitôt le combat. La perte irréparable est celle de Vercingétorix. Avec lui l'unité nationale était née : elle tombe avec lui. L'insurrection ne tente même pas de continuer la lutte par les masses : elle ne se choisit pas d'autres capitaines. La ligue des patriotes dissoute, chaque clan laissé à lui-même se bat ou traite séparément avec les romains. César, de son côté, sent qu'il importe d'en finir au plus vite. Des dix années de son commandement, sept étaient écoulées : déjà ses adversaires politiques à Rome lui contestent par avance sa dernière année proconsulaire.

L'indulgence, en de telles conjectures, devient une nécessité pour lui, comme elle est un besoin pour les vaincus : il doit encore à sa belle étoile de voir les Gaulois, toujours prêt à se diviser, toujours légers de caractère lui épargner la moitié du chemin. Dans les deux plus grands cantons du centre, chez les Eduens et les Avernes, existe encore un nombreux parti romain. Dès le lendemain de la victoire d'Alésia, il renvoie ses captifs (on en compte 20000) sans rançon. Quant à ceux des autres clans, distribués aux légionnaires victorieux, ils subissent le plus dur esclavage.

Durant l'hiver de 52-51 av. J.C., des expéditions armées visitent les Bituriges et les Carnutes. La résistance est plus grande chez les Bellovaques, ceux-là mêmes qui s'étaient refusés à marcher au secours d'Alésia. Les Bellovaques ont pour chef Corrée (Correus), guerrier doué de talent et d'audace. Il a la conduite suprême de la guerre; et se rangeant à la méthode de Vercingétorix, il ne la fait pas sans quelque succès. César en vient à rassembler contre lui la majeure partie de son armée. La cavalerie des Bellovaques inflige aux romains de très sensibles pertes. Un jour pourtant Corrée s'étant fait tuer dans une escarmouche, toute résistance cesse; et le vainqueur imposant des conditions modérées, les Bellovaques se soumettent. Les Trévires à leur tour sont ramenés par Labienus à l'obéissance : l'armée romaine traverse et ravage de nouveau les campagnes des Eburons, une seconde fois condamnés.

Les cantons maritimes, avec leurs voisins des bords de la Loire essaient aussi de repousser le joug des romains. Les bandes insurrectionnelles, Andes, Carnutes et autres peuples voisins se rassemblent vers la Basse Loire et vont assiéger dans Lemonum (Poitiers) le chef des Pictons (Poitevins), qui s'était rattaché aux romains. Mais bientôt ceux-ci arrivent en force : les insurgés lèvent le siège et veulent mettre le fleuve entre eux et l'ennemi. Atteints en route, ils sont battus : les Carnutes et avec eux les autres clans révoltés, ceux même de la côte font leur soumission. Nulle part les romains ne rencontrent plus qui leur résiste en masse : à peine si quelque chef de partisans ose encore çà et là montrer la bannière nationale.

51 av. J.C.

Le siège d'Uxellodunum

Drappeth (Drappès) et Lucter, le fidèle compagnon d'armes de Vercingétorix, après la dissolution des bandes qui s'étaient amassées sur la Loire, avaient pris avec eux ce qui reste d'hommes déterminés. La forte place d'Uxellodunum (dans le Lot, le Puy d'Issolud, près de Vignac), nid d'aigle au haut d'une montagne leur sert de repaire. L'un des deux chefs, Drappeth est fait prisonnier (il se laissera mourir de faim en prison), l'autre, Lucter disparaît : il finira par être arrêté chez les Avernes et fut livré à César qui le fera mourir. Les assiégés se défendent jusqu'à la dernière extrémité. A ce moment César arrive : il donne ordre de détourner par une galerie creusée sous terre, les eaux de la source qui alimentent la garnison; et la dernière citadelle de la nation gauloise tombe enfin aux mains du vainqueur. Afin qu'ils soient en exemple à tous, le romain livre au bourreau les martyrs de la cause de la liberté : on leur coupe les mains et s'en retournent chez eux mutilés.

51 av. J.C.

La soumission de la Gaule

La Gaule, après une guerre de huit années (58-51 av. J.C.) est devenue sujette de Rome. A peine un an encore s'écoulera et au commencement de 49 la guerre civile éclatera en Italie. Alors les légions romaines repasseront les Alpes et il ne restera plus chez les Celtes que quelques faibles stations de recrues. Les Celtes pourtant ne se lèveront plus contre la domination romaine; et pendant que César, dans toutes les anciennes provinces, aura des ennemis à combattre, seule la région soumise continuera d'obéir à son vainqueur. Un tel état de paix, semblable à celui qui dura des siècles en Espagne, fut acheté sans doute par de grandes concessions : dans les régions les plus lointaines et les plus vivaces par l'esprit national, en Bretagne, sur les bords de l'Escaut, au pied des Pyrénées, Rome laisse les peuples se dérober plus ou moins à la suprématie de la république.

51 av. J.C.

L'organisation de la Gaule

Au premier moment, tous les territoires conquis par le proconsul demeurent attachés à la vieille province : mais quand César cesse ses fonctions (44 av. J.C.), on fait de la Gaule césarienne deux nouvelles provinces : la Gaule propre et la Gaule Belgique. Les divers clans perdent leur indépendance politique : ils deviennent sujets à l'impôt envers la république romaine. Le système appliqué n'est pas le régime asiatique, combiné tout au profit de l'aristocratie noble ou financière. Comme en Espagne, chaque clan ou cité, taxé à une somme invariable d'années en années, demeure maître de la répartition et de la levée. L'impôt donne 40000000 de sesterces annuels qui s'en vont de la Gaule dans les caisses du fisc romain. En échange, Rome prend à sa charge la défense de la frontière sur le Rhin. Inutile d'énumérer les masses d'or naguère accumulées dans les temples des dieux et dans les trésors des grands de la Gaule et qui après la guerre prennent aussi le chemin de Rome.

Les institutions générales des clans divers, royautés héréditaires ou suzerainetés à demi féodales, à demi oligarchiques subsistent après la conquête dans ce qu'elles avaient d'essentiel. Le système des clientèles qui mettait certains cantons dans la dépendance d'autres cantons plus puissants reste également debout. César, en ordonnant ou en maintenant l'état des choses veut dans l'intérêt de Rome tirer parti des querelles dynastiques ou féodales et des prétentions à la prééminence qui divisait les peuples celtes : partout il a soin de donner le pouvoir aux hommes particulièrement agréables à la domination romaine. Il ne s'épargne pas pour créer en Gaule un parti romain : à ceux qui s'y affilent, les récompenses sont prodiguées, en argent, en terres provenant des confiscations.

Chez les Rèmes, les Lingons, les Eduens et dans les clans où la faction romaine était en force suffisante, les franchises constitutionnelles sont octroyées plus grandes sous le nom de "droit d'allié (jus foederis)" : elles comportent les privilèges de l'hégémonie sur les peuples voisins. Quant aux cultes et aux prêtres nationaux, il semble que César les ait d'abord ménagés. Nulle trace de ces mesures restrictives contre les Druides qui plus tard, seront prises par les empereurs.

51 av. J.C.

Latinisation du pays

Mais tout en usant d'indulgence envers le vaincu, tout en respectant ses institutions nationales, politiques et religieuses, César ne renonce nullement à la pensée fondamentale de la conquête, à l'introduction de la civilisation romaine dans les Gaules : il veut l'y implanter par la persuasion et la douceur. Beaucoup de Gaulois notables, admis en assez grand nombre au droit de cité, peut être même admis dans le sénat : mais c'est César encore, qui même à l'intérieur des clans substitue à l'idiome celtique le latin à titre de langue officielle; c'est lui qui remplace la monnaie nationale par la monnaie romaine, en ce sens que la frappe de l'or et des deniers d'argent appartenant désormais aux magistrats de la république, la monnaie d'appoint est laissée aux divers peuples avec cours légal dans les limites de leurs frontières seulement.

Livret :

  1. Jules César dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. 15 mars 44 avant Jésus-Christ : Jules César est assassiné de e-voyage dans le temps
  2. César de l'encyclopédie libre Wikipédia
  3. La guerre des Gaules de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. Biographie de Jules César de histoire-fr.com
  5. Commentaires sur la guerre des Gaules de l'encyclopédie libre Wikipédia
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