La troisième guerre macédonienne  
172-168 av. J.C.

Persée Les romains marchent sur la Thessalie Lucius Aemilius Paullus (Paul Emile) La bataille de Pydna La guerre entre l'Egypte et la Syrie La mise au pas de la Grèce

179 av. J.C.

Persée

Persée
Persée
British Museum

Le roi de Macédoine, Philippe, reste menaçant : il se faisait lire chaque jour son traité avec Rome pour nourrir son ressentiment; il s'allie aux Bastarnes, peuplades des bords du Danube qu'il veut précipiter sur l'Italie; il compte soulever la Grèce et appeler tous les rois à la liberté.

Persée est l'un des fils de Philippe et choisi par lui-même pour être son successeur bien qu'il fut né d'un mariage illégal. Persée voyant dans son frère Démétrius un dangereux compétiteur, conspira contre lui. Soupçonné d'un crime, Démétrius médite de s'enfuir chez les romains. Philippe donne l'ordre de se défaire du malheureux. Il est trop tard quand les manoeuvres de Persée sont révélées, Philippe veut à son tour punir le fratricide et l'écarter du trône : la mort vient le surprendre en 179 av. J.C. à l'âge de 59 ans laissant un royaume épuisé et une famille déchirée par les haines.

Persée prend aussitôt en main les rênes du gouvernement. Il est puissant de stature, habile dans tous les exercices du corps, habitué à la vie des camps et accoutumé à commander. Durant six années, il travaille à augmenter ses forces et réunit une armée de 40000 bons soldats

179-171 av. J.C.

Tentative de coalition contre Rome

La cour de Macédoine tente de gagner les rois de Syrie et de Bithynie mais sans succès. Persée se tourne alors du côté des petits rois illyriens (Dalmatie et Albanie) et tente de les enrôler : l'un deux, allié de Rome est tout à coup assassiné. A l'est, vers le bas Danube, le plus puissant des princes du pays, Cotys, roi des Odryses, maître de la Thrace orientale passe une alliance avec Persée.

En Grèce, tous préfèrent se ranger sous la loi des macédoniens que d'être redevable à la magnanime bienveillance d'un protecteur italien. Dans les états jadis les plus hostiles à la Macédoine, chez les Achéens eux-mêmes on met à l'ordre du jour le rappel des lois promulguées contre les macédoniens. Même l'allié historique, Rhodes se tourne auprès de Persée ainsi que les villes asiatiques sujettes d'Eumène de Pergame. 30000 Bastarnes qu'il avait soldés approchaient, et le bruit de leur marche jetait déjà la terreur en Italie.

Le Sénat comprend qu'il avait trop tardé et que l'heure est venue de mettre un terme aux manoeuvres du roi. Le roi de Pergame, Eumène, ennemi des Macédoniens, se hâta de courir à Rome dénoncer ces préparatifs. A son retour, des gens apostés se jetèrent sur lui, près du temple de Delphes, et le laissèrent pour mort sur la place. Le sénat demanda des explications; Persée répondit avec colère et la troisième guerre macédonienne fut déclarée (172 av. J.C.).

L'armée de Persée compte 43000 hommes dont 21000 phalangistes et 4000 cavaliers thraces. L'armée romaine se compose de 30 à 40000 hommes de troupes italiennes et de 10000 auxiliaires numides, ligures, grecs, crétois et pergaméniens. La flotte romaine est constituée de 40 vaisseaux, plus que suffisante contre un ennemi qui n'en possède pas. C'est Gaius Lucretius qui commande la flotte et le consul Publius Licinius Crassus l'armée de terre.

171-170 av. J.C.

Les romains marchent sur la Thessalie

Le premier choc a lieu non loin de Larissa, entre les cavaliers et les troupes légères des deux armées. Les romains sont complètements battus. Cotys avec les Thraces refoule et met en déroute la cavalerie romaine : Persée avec ses Macédoniens disperse les Grecs. Les romains perdent 2000 soldats et 200 chevaux : 600 autres sont pris. Rome a l'avantage dans un second combat de cavalerie à Phalanna : Persée en tire aussitôt prétexte pour évacuer la Thessalie.

Il châtie les Dardaniens et fait chasser de la Thrace par Cotys les partisans de Rome et les soldats du roi de Pergame. De son côté les romains s'emploient à expulser les garnisons macédoniennes de Thessalie et occupent Ambracie en force pour être maître des Etoliens et des Acarnaniens. L'armée romaine est inconstante et indisciplinée. Le désordre est tel qu'à la campagne de 170 av. J.C., le nouveau consul, Aulus Hostilius se voit hors d'état de ne rien entreprendre. Pendant ce temps, l'armée de l'ouest commandée par Appius Claudius marche d'échecs en échecs. Ailleurs, l'armée principale essaie de pénétrer en Macédoine par la Thessalie. Persée la refoule facilement.

168 av. J.C.

Lucius Aemilius Paullus (Paul Emile)

Après trois années de guerre, Rome envoie en Grèce l'homme nécessaire, Lucius Aemilius Paullus (Paul Emile), fils du consul du même nom, mort sur le champ de bataille de Cannes. Il est de vielle noblesse mais sa fortune est médiocre. Le peuple l'élit une seconde fois consul pour l'année 168 av. J.C. Sous tous les rapports, il convient merveilleusement à sa mission : général excellent de la vielle école; alerte, actif et robuste en dépit de ses 70 ans; magistrat incorruptible, l'un des rares citoyens de Rome dit un contemporain, "à qui l'on n'eut osé offrir de l'argent;" ayant d'ailleurs la culture hellénique et mettant à profit les loisirs du commandement suprême pour visiter la Grèce en amateur éclairé des arts.

Ce vieux et rude capitaine remit en honneur dans l'armée la discipline, la vigilance et les exercices militaires. Il ôta aux sentinelles leur bouclier pour les rendre plus attentives. On laissait les gardes avancées tout le jour sous les armes, il les fit relever le matin et à midi pour que l'ennemi trouvât toujours aux avant-postes des troupes fraîches et reposées.



22 juin 168 av. J.C.

La bataille de Pydna

Persée avait reculé jusque sous les murs de Pydna. Une plaine s'étendait en avant de la ville, c'était un champ de bataille excellent pour la phalange, il résolut d'y combattre. Dans la nuit qui précéda l'action, une éclipse de lune alarma les Macédoniens; par l'ordre de Paul Emile, le tribun Sulpicius Gallus avait d'avance prédit et expliqué aux légionnaires ce phénomène. Quelques jours auparavant l'armée souffrait de la soif; le consul, guidé par la direction des montagnes, avait fait creuser dans le sable, et on avait trouvé de l'eau en abondance. Les soldats croyaient leur chef inspiré des dieux, et demandaient à grands cris le combat. Mais enfermé entre la mer, une armée de 45000 hommes et des montagnes impraticables pour lui s'il était vaincu, Paul Emile ne voulait rien donner au hasard; ce ne fut que quand il eut fait de son camp une forteresse, qu'il se décida à risquer une affaire décisive.

Le 22 juin 168 av. J.C., dans l'après-midi, les troupes d'avant-garde des deux armées se rencontrent au lieu où boivent les chevaux et l'on en vient aux mains. La bataille projetée pour le lendemain s'engage tout de suite. Le général romain court dans les lignes sans cuirasse et sans casque, montrant sa tête grise criant et rangeant son armée. Les Macédoniens attaquent avec fureur. La plaine étincelait de l'éclat des armes, et le consul lui-même ne put voir sans une surprise mêlée d'effroi les rangs serrés et impénétrables de la phalange, ce rempart hérissé de piques. D'abord la phalange renverse tout ce qui lui était opposé. L'avant-garde romaine cède et se rompt, une cohorte romaine est anéantie et les légions doivent se replier. Là, dans la poursuite la phalange s'entrouvre. Aussitôt les romains se jettent dans les intervalles. La cavalerie de Persée au lieu de voler au secours de l'infanterie se retire en masse avec le roi en tête des fuyards.

En moins d'une heure c'en est fait de la Macédoine. Le désastre est immense. 20000 macédoniens jonchent le sol et 11000 sont fait prisonniers. Quinze jours après avoir pris son commandement, Paul-Emile met fin à la guerre. Deux jours après, toute la Macédoine fait sa soumission. Persée avait cherché un asile dans le temple de Samothrace. A la nouvelle que ses enfants avaient été livrés par un traître, il vient lui-même se remettre entre les mains de l'ennemi. Son allié, Gentius, roi d'Illyrie, avait déjà été contraint de se rendre. Le consul voit venir à lui le plus illustre captif qu'un général romain n'ait jamais ramené dans Rome.

Persée, jeté dans un cachot de la ville d'Albe, comprit ce qu'était la clémence de Rome; et, dans l'année qui suivit le triomphe de Paul Emile (167 av. J.C.), il se laissa mourir de faim, ou il périt sous les lentes tortures de ses geôliers. Son fils aîné, Philippe, mourut avant lui; l'autre, pour gagner sa vie, apprit le métier de tourneur; plus tard l'héritier d'Alexandre parvint à la charge de greffier dans la ville d'Albe ! Ainsi prend fin le royaume d'Alexandre le Grand.

168-167 av. J.C.

Les conséquences

Le Forum
Le forum

Le butin que Paul-Emile ramène à Rome est considérable : 75 millions de deniers versés au Trésor, des dons aux temples, des récompenses aux troupes, 150000 esclaves, une contribution annuelle de 100 talents...

La solennité du triomphe de Paul Emile, à laquelle assista le peuple entier vêtu de toges blanches, dura trois jours. Le premier jour, passèrent, sur 250 chariots, les statues et les tableaux enlevés des villes et des palais de la Macédoine; le second, une longue file de voitures chargées d'armes, dont le fer ou l'airain récemment poli jetaient un vif éclat. Elles semblaient entassées plutôt que rangées avec art, et présentaient en avant les pointes menaçantes des glaives, et sur les côtés le fer aigu des lances macédoniennes. Quand elles s'entrechoquaient dans leur marche, elles rendaient un son martial et terrible. Venaient ensuite 3000 hommes portant 750 vases, dont chacun contenait quinze mille francs en argent monnayé; d'autres portaient des cratères et des coupes d'argent remarquables par leur grandeur et leurs ciselures.

Le troisième jour, dès le matin, les trompettes, au lieu d'airs joyeux, sonnèrent la charge : le triomphe commençait: 120 boeufs, les cornes dorées, couverts de bandelettes et de guirlandes, ouvraient la marche, conduits par de jeunes gens ceints d'écharpes brodées, et que des enfants accompagnaient avec des coupes d'argent et d'or. Puis des soldats portaient l'or monnayé dans 77 vases; 400 couronnes d'or données par les villes de Grèce et d'Asie, et les coupes d'or qui ornaient la table des rois de Macédoine.

Ensuite venait le char de Persée, chargé de ses armes et de son diadème. La foule des captifs suivait, et parmi eux le fils du roi de Thrace et les enfants du roi de Macédoine, auxquels leurs gouverneurs apprenaient à tendre vers la foule des mains suppliantes. Derrière eux marchait Persée, vêtu de deuil et l'air égaré comme si l'excès de ses maux lui avait fait perdre tout sentiment. Il avait demandé à Paul Emile de le soustraire à cette ignominie. "C'est une chose qui a toujours été et qui est encore en son pouvoir," avait durement répondu le Romain, qui l'engageait par-là à échapper à la honte par une mort volontaire. Enfin paraissait le triomphateur suivi de ses cohortes pressées; mais de ses deux fils qui devaient être sur le char à ses côtés, l'un venait de mourir; l'autre expira trois jours après. Dans sa douleur, Paul Emile se félicitait encore de ce que la fortune l'avait choisi pour expier la prospérité publique. "Mon triomphe", disait-il, "placé entre les deux convois funèbres de mes enfants, aura suffi aux jeux cruels du sort. A soixante ans je retrouve mon foyer solitaire, après y avoir vu une nombreuse postérité; mais le bonheur de l'Etat me console." Il vécut quelques années encore, fut censeur en l'an 160 av. J.C., et mourut dans cette charge.

Le peuple romain n'avait, cette fois encore, rien pris pour lui, si ce n'est les 45 millions versés par Paul Emile dans le trésor, et les tributs imposés à la Macédoine, qui permettent au sénat de ne plus demander l'impôt aux citoyens.

Le royaume macédonien est partagée en quatre fédérations républicaines à l'instar des ligues grecques : celle d'Amphipolis, celle de Thessalonique, celle de Pella et celle de Pelagonia. Le pays est désarmé et vers la frontière du nord, une ligne de postes reste debout pour repousser les incursions des barbares. Les habitants ne peuvent ni contracter mariage, ni même acheter ou vendre hors de leur territoire.

L'Illyrie subit un traitement pareil : le royaume de Genthios (Gentius) est partagé en trois petits Etats et en Thrace, Cotys est difficile à atteindre. Quant à l'Epire, on détruisit ses soixante-dix villes, et l'on vendit comme esclaves 150000 de ses habitants. L'Illyrie deviendra province romaine en 167 av. J.C.

Rome veut punir Rhodes malgré une amitié de 140 ans. En vain dans Rhodes les meneurs du parti macédonien portent leurs têtes sur l'échafaud ou sont livrés; en vain une pesante couronne d'or est décernée à Rome miséricordieuse ! En vain Caton démontre qu'après tout la faute des Rhodiens n'est pas si grande !

Le Sénat dépouille Rhodes de toutes ses possessions, maltraite son commerce : interdiction d'importer des sels de Macédoine et d'exporter des bois de construction des forêts macédoniennes. Un port franc est créé à Délos et achève ainsi la ruine de Rhodes.

168 av. J.C.

La guerre entre l'Egypte et la Syrie

Antiochus Epiphane de Syrie envahit l'Egypte. Alors qu'il tient Alexandrie en 168 av. J.C., il voit venir à son camp le romain Gaius Popilius, rude et sévère ambassadeur qui lui notifie sèchement les ordres du Sénat. Il faut qu'il rende ses conquêtes et évacue l'Egypte. En vain il demande à réfléchir : le consul avec son bâton trace autour de lui un cercle sur le sable et lui enjoint de répondre avant d'en sortir : "Avant de sortir de ce cercle, vous répondrez au sénat." Antiochus promet d'obéir, rappelle ses armées et retourne en Syrie. Pendant ce temps, l'Egypte se range volontairement dans la clientèle romaine. Symptôme notable des énergies bien diverses des deux Etats : pour briser l'effort de la Macédoine, il avait fallu les légions; avec les Syriens, il avait suffi de la dure parole d'un diplomate !

168 av. J.C.

La mise au pas de la Grèce

En Grèce, tous ceux qu'on soupçonnait d'avoir, au fond du coeur, fait des voeux pour Persée, furent enlevés, conduits en Italie et emprisonnés. Deux villes de Béotie avaient cruellement payé leur alliance avec Persée, il ne reste plus que l'Epire à Punir. Paul-Emile livre un jour au pillage soixante-dix cités de l'Epire et en vend tous les habitants comme esclaves. Tout le sénat étolien, 550 membres, fut massacré. Ce qu'il y avait encore d'hommes considérés en Epire, dans l'Acarnanie, l'Etolie et la Béotie, suivront Paul-Emile à Rome. Les Etoliens perdent Amphipolis et les Acarnaniens Leucate tandis qu'Athènes se fait donner Délos et Lemnos. Dans chaque ville où il y avait eu un parti macédonien : aussitôt par toute la Grèce commencent les procès pour crime pour haute trahison.

Désormais tous les Etats grecs sont assujettis à la clientèle de Rome. Prusias, roi de Bithynie, avait à se faire pardonner sa neutralité : il s'introduit devant les sénateurs la tête rasée, avec le bonnet d'affranchi. Il tombe le visage contre terre et rend hommage "aux dieux sauveurs !" : il reçoit la flotte de Persée comme récompense ! Eumène, roi de Pergame, Massinissa, roi de Numidie, voulaient apporter eux-mêmes leurs lâches hommages; on leur défendit l'entrée de l'Italie.

Livret :

  1. Les affaires grecqques dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Bataille de Pydna de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Antiochos IV (Antiochus Epiphane) de l'encyclopédie libre Wikipédia
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