Lepidus et Sertorius  
80-71 av. J.C.

Crassus César Lepidus Sertorius Pompée Insurrection de Lepidus Pompée en Espagne La bataille de Sucro (Xucar) Assassinat de Sertorius

80-78 av. J.C.

L'opposition

Le Capitole
Le Capitole

A la mort de Sylla (78 av. J.C.), l'oligarchie restaurée domine l'état romain mais elle a besoin de la force pour faire face à ses nombreux détracteurs, cachés et avoués. Le grand cheval de bataille du parti populaire est le rétablissement de la puissance tribunicienne que Sylla n'avait pas à la vérité supprimée mais qu'il avait dépouillé de ses attributs essentiels. La mort du régent laisse le gouvernement à lui-même. Il a une mission difficile d'autant plus que les difficultés s'aggravent encore par les misères sociales et politiques du temps.

Comment maintenir dans la soumission envers l'autorité civile centrale les chefs militaires des diverses provinces ? Dénué de toute force armée dans Rome, comment venir à bout de la multitude des immigrants italiques et extra-italiques et des bandes d'esclaves qui y vivent libres ? L'avenir va dépendre des hommes que les deux camps auront à leur tête. Tous les personnages notables, populaires aussi bien qu'oligarques se coalisent en confréries, lesquelles ont leurs chefs. Tout est vénal dans ces clubs politiques : le vote de l'électeur d'abord, puis celui du sénateur et celui du juge et aussi le poing du tapageur des rues, avec le capitaine d'émeute qui le mène.

L'association décide de l'élection : l'association ordonne la mise en accusation : l'association conduit la défense : elle gagne l'avocat de renom, conclut accord en cas de besoin avec l'entrepreneur d'acquittements qui trafique en gros des voix des juges. L'association a ses bandes, ses phalanges avec lesquelles elle est maîtresse de la rue. Les clubs, la guerre des clubs remplacent les partis et leurs luttes : l'intrigue a supplanté le gouvernement.

80-78 av. J.C.

Pompée

Parmi les personnages qui n'étaient ni l'un de ses partisans absolus, ni l'un des ennemis avoués de la constitution de Sylla, nul n'attire plus les regards de la foule que le jeune Gnaeus Pompée, âgé de 28 ans (né le 29 septembre 106 av. J.C.) à l'heure ou l'ex-régent meurt. Sain de corps et d'esprit, gymnaste habile, disputant au simple soldat, alors que déjà il est officier supérieur, le prix du saut, de la course et du disque, habile et fort cavalier, non moins habile à l'escrime : à cet âge où il n'a encore ni l'entrée des grandes charges, ni celles du sénat.

A vingt ans il avait su lever une armée, en rester le chef et avait été salué imperator. Envoyé en Afrique par Sylla, il n'y eut que des succès, et comme le dictateur lui refusait le triomphe: "Qu'il prenne donc garde", osa dire l'impétueux jeune homme, "que le soleil levant a plus d'adorateurs que le soleil couchant!" Sylla céda et moitié aveu, moitié ironie lui avait laissé prendre le surnom de "Grand !".

Il n'est ni méchant, ni incapable, il n'est qu'un homme ordinaire. La nature l'avait créée pour être un bon subalterne : les circonstances en avaient fait un général et un homme politique. En lui vous trouvez le militaire, le soldat intelligent, brave, expérimenté excellent sans l'étincelle d'une vocation plus haute : général d'armée, sur le champ de bataille et il n'en vient à l'action qu'avec une prudence extrême et touchant presque à la pusillanimité. Il ne veut frapper le coup décisif que quand il a la conscience de la plus écrasante supériorité.

Il est riche, richesse héritée ou acquise : il ne daigne pas de faire de l'argent mais froid par tempérament et aussi trop opulent, il ne va pas s'engager dans les spéculations dangereuses et assumer la responsabilité des gros scandales. Son renom de probité et de désintéressement, il le doit aux vices en vogue chez ses contemporains plus encore qu'à sa vertu personnelle. Il est bon voisin, il ne s'adonne pas à ces pratiques des grands de Rome qui agrandissent leurs domaines à coups de ventes extorquées par la violence ou à l'aide de pires crimes commis envers les petits propriétaires limitrophes : dans son intérieur, il se montre bon mari et bon père. Enfin à son honneur quand il traîne dans ses triomphes des rois et des généraux captifs, il ne les fait pas ensuite mettre à mort suivant la coutume de ses prédécesseurs.

Aux yeux de l'aristocratie, la famille des Pompéiens, inscrite il y a quelque soixante ans, pour la première fois dans les fastes consulaires, n'est pas encore pleinement acceptée. Son père, Pompéius Strabo, avait pris à la guerre sociale une part considérable, et, en face du sénat avait joué un rôle équivoque. Pompée lui-même ne l'avons-nous pas vu un jour dans les rangs de Cinna.

80-78 av. J.C.

Crassus

Pas plus que Pompée, on ne peut pas classer Crassus parmi les adhérents purs de l'oligarchie. Comme Pompée dont il est l'aîné de quelques années, il appartient au monde de la haute aristocratie romaine; il avait combattu sous Sylla, combattu dans la guerre d'Italie. Du côté des dons de l'esprit, de la culture littéraire et des talents militaires, il reste loin en arrière de beaucoup de ses pareils : il les dépasse par son activité infatigable, par son ardeur opiniâtre à vouloir tout posséder. Il se jette à corps perdu dans les spéculations.

Des achats de terre pendant la révolution furent la base de son énorme fortune, sans qu'il négligeât d'ailleurs les autres moyens de s'enrichir, élevant dans la capitale des constructions grandioses; s'intéressant avec ses affranchis dans les sociétés et les compagnies commerciales; tenant banque dans Rome et hors de Rome, prêtant son or à ses collègues du sénat. Au temps des proscriptions de Sylla, il demeura un jour convaincu d'avoir falsifié les terribles listes; et le dictateur, à dater de ce moment, ne voulut plus l'employer dans les affaires d'état.

Tel testament où il était nommé était-il de même entaché de faux notoire, il ne s'en portait pas moins héritier; et il fermait les yeux quand son régisseur avait expulsé ses riverains de leur terre par voie de fait ou d'usurpation tacite. Il est devenu le particulier le plus opulent de Rome et compte comme une puissance politique. Sur ses revenus, il peut entretenir une armée, cet homme cesse d'être un simple particulier. Il sait appeler et saluer par leur nom tous les citoyens de la grande ville. La moitié des sénateurs sont ses débiteurs : il tient une foule d'hommes considérables dans sa dépendance, ayant pour habitude d'avancer sans intérêt des capitaux remboursables à volonté.

Homme d'affaires avant tout, il prête sans distinction de partis, met la main dans tous les camps. Pour le moment, il marche avec le sénat : mais il est trop bon financier pour se donner à un seul parti et pour suivre une autre route que celle de son intérêt personnel.



80-78 av. J.C.

César

Parmi les démocrates de la jeune génération, un homme attire les regards de tous. Gaius Julius Caesar (né le 12 juillet 102)1 compte vingt-quatre ans. Son alliance avec Marius et Cinna (la soeur de son père avait épousé Marius et lui-même était le gendre de Cinna); son courageux refus d'envoyer à sa jeune épouse Cornélia la lettre de répudiation que Sylla lui avait envoyé alors que Pompée s'était aussitôt soumis à pareille exigence; sa vie errante pour échapper aux menaces de la proscription; sa bravoure à laquelle nul ne s'attendait venant d'un jeune homme élevé dans les délicatesses de la vie et ses habitudes efféminées d'un petit maître : la remarque de Sylla qui voyait plusieurs Marius se cacher sous sa tunique mal rattachée, tout cela le recommande aux démocrates.

1. D'ordinaire on place la naissance de César en 100 av. J.C., se fondant sur ce que Suétone, Plutarque et Appien lui donnent 56 ans au moment de sa mort (15 mars 44) et en concordance avec le dire de Velleius qui lui donne 18 ans au temps de la proscription de Sylla (82). Mais à adopter cette date, on tombe dans des contradictions inextricables. César fut édile en 65, préteur en 62, consul en 59 : or d'après les lois Annales (leges Annarioe ou Annales) il fallait, pour aborder l'édilité, l'âge de 37-38 ans au moins et celui de 40-41 ans, de 43-44 ans pour la préture et le consulat. On ne comprendrait pas comment il aurait pu se faire que César eût occupé toutes les charges curules deux ans avant l'âge légal et encore moins comment on n'en trouverait mention faite chez aucun auteur. De tout cela ressort bien plutôt la présomption grave que son jour de naissance étant tombé le 12 juillet (on le sait de source certaine), il serait né en 102 et non en 100 : qu'en 82 av. J.C., par suite, il aurait été âgé de 20-21 ans, et qu'il serait mort, non dans sa cinquante-sixième année, mais ayant accompli 57 ans et 8 mois. Chose curieuse, sa promotion par Marius et Cinna, alors qu'il était presqu'enfant au titre de flamine de Jupiter. Marius en effet mourut en janvier 86, César étant alors âgé de 13 ans et 6 mois selon l'opinion commune, étant non pas seulement "presque un enfant" mais véritablement enfant encore et selon toute probabilité n'ayant point encore l'aptitude requise pour exercer un tel sacerdoce. Que, si au contraire, c'est en 102 que se place sa naissance, il aurait été dans sa seizième année au moment de la mort de Marius : et alors, tout se concilie, et l'observation de Velléius et la règle générale aux termes de laquelle on ne pouvait pas entrer dans les emplois civiques avant d'avoir dépassé l'âge de l'enfance. Ajoutons au dernier fait, c'est que sur les deniers frappés par César au début de la guerre civile on lit le chiffre LII, indiquant vraisemblablement son âge : il avait donc un peu plus de 52 ans quand cette guerre a éclaté.

80-78 av. J.C.

Lepidus

La conduite de la démocratie échoit à Marcus Aemilius Lepidus, ancien syllanien, passé dans le camp populaire pour d'assez équivoques motifs. D'abord optimate ardent, enrichisseur assidu aux ventes des biens des proscrits, durant son proconsulat de Sicile, il avait commis d'ignobles rapines. Une accusation semblait imminente, il se jeta pour y échapper dans l'opposition. Il est un homme sans talent sérieux, une tête sans cervelle et ne mérite le premier rang ni à l'armée ni dans les conseils de la cité. Il se fait élire consul pour 78 av. J.C. : grâce à son or extorqué en Sicile, grâce surtout à l'appui étrange de Pompée. A l'heure où Sylla meurt, l'opposition a donc son chef en la personne de Lepidus.

80-78 av. J.C.

Sertorius

sertorius
Sertorius

Sertorius était le plus habile des chefs marianistes. De l'aveu de tous, il est le seul politique qui s'oppose avec une sage énergie aux excès et aux fureurs démagogiques. Ses soldats d'Espagne le salut du nom de "nouvel Hannibal" non pas seulement parce qu'il avait perdu un oeil dans les combats mais parce qu'il fait revivre la méthode ingénieuse et hardie du carthaginois, son adresse à nourrir la guerre par la guerre, son talent à entraîner les peuples étrangers dans ses intérêts, son sang-froid dans la bonne et mauvaise fortune...

Contraint par les généraux de Sylla à se réfugier en Espagne, il mène d'abord une vie d'aventures, errant sur les côtes de la péninsule et d'Afrique. La restauration victorieuse va le poursuivre jusqu'à là : un jour qu'il avait mis le siège devant Tingis (Tanger), un détachement de l'armée d'Afrique, commandé par Paccioeus, vient au secours du prince local. Sertorius le bat et prend Tingis. Au bruit retentissant de pareils faits de guerre, les lusitaniens qui en dépit de leur soumission à Rome, envoient en 80 av. J.C. en Afrique une ambassade au romain fugitif, l'invitant à se rendre au milieu d'eux et lui offrant le commandement de leurs milices. Sertorius, vingt ans avant, avait servi en Espagne sous Titus Didius; il connait les ressources du pays et se décide à répondre aux offres des lusitaniens.

Vingt cités lusitaniennes seulement se rangent sous ses ordres; et quant aux romains, il ne peut réunir que 2600 transfuges de l'armée de Pacciaecus. Il renforce sa petite troupe par une levée de 4000 fantassins et de 700 cavaliers : c'est avec cette légion unique qu'il marche en avant. L'Espagne ultérieure obéit à Lucius Fufidius, officier dévoué envers Sylla. Il est complètement battu sur le Baetis : 2000 romains restent sur le carreau. On envoie en hâte des messagers à Marcus Domitius Calvinus, gouverneur de la province de l'Ebre : il faut absolument arrêter les progrès de Sertorius.

En 79 av. J.C., Sylla envoie en Espagne du sud, le général expérimenté Quintus Métellus. Au même moment, un officier de Sertorius, Lucius Hirtuléius, son questeur détruit l'armée de Calvinus et tue celui-ci : puis à peu de temps de là, Lucius Manlius, proconsul de la Gaule transalpine, qui avait passé les Pyrénées pour venir au secours de son collègue est à son tour battu par Sertorius.

Dans l'Espagne ultérieure, Métellus est attiré dans une embuscade par Sertorius qui le force à évacuer le territoire. Sertorius compose un sénat de 300 membres et nomme des magistrats. Au regard des espagnols il est le proconsul de Rome, exigeant d'eux en vertu de sa charge, des hommes et des subsides. Il enflamme la noblesse du pays d'un vif enthousiasme, on voit des milliers d'espagnols jurer de suivre jusqu'à la mort leur général romain.

Il avait su leur persuader qu'il était en rapport avec les dieux: une biche, qui toujours le suivait, servait d'intermédiaire. Lui arrivait-il secrètement une nouvelle importante, la biche s'approchait de son oreille et semblait lui communiquer le mystérieux message qu'il répétait tout haut et que l'événement bientôt confirmait.

Ses troupes sont soumises à la plus sévère discipline : il se montre inexorable envers le soldat coupable d'un forfait en territoire ami. Il fonde à Osca (Huesca), pour les enfants des espagnols de bonne famille, une académie où ceux-ci reçoivent l'instruction usuelle de la jeunesse noble de Rome, où ils apprennent à parler le grec et le latin et à porter la toge. Il s'inspire de la grande pensée de Gaius Gracchus et des hommes du parti démocratique, la perfectionnant même et ne tendant à rien moins qu'à romaniser les provinces.

Pour la première fois on entreprend une telle oeuvre non en détruisant les peuples indigènes auxquelles se substitue la colonisation italienne mais en faisant passer les provinciaux à la latinité. Rome envoie contre Sertorius des armées énormes : 120000 hommes, 2000 archers, 6000 cavaliers. Contre les forces si supérieures il sait se défendre par une succession de victoires : il devient maître de la grande partie de l'Espagne. La mer appartient aux insurgés autant qu'au gouvernement légitime : les corsaires, presqu'aussi forts que la flotte romaine dans les eaux espagnoles font cause commune avec Sertorius.

78-77 av. J.C.

Insurrection de Lepidus

Lepidus
Marcus Aemilius Lepidus
Classical Numismatic Group, Inc

Renverser la constitution de Sylla, rétablir l'annone, restaurer les tribuns du peuple dans leurs anciens privilèges, ramener les exilés, restituer les domaines confisqués, voilà ce que Lepidus annonce vouloir. Il noue des intelligences avec les bannis : Marcus Perpenna, préteur en Sicile au temps de Cinna réapparaît dans la capitale, ainsi que le jeune Lucius Cinna et Gaius Caesar qui s'est hâté d'arriver d'Asie. Tous ces événements se passent sous les yeux du pouvoir. Catulus, le consul veut étouffer la révolte dans son germe.

L'annone est rétablie mais que pour les citoyens les plus pauvres au nombre de 40000. Cette mesure, loin de donner satisfactions aux exigences de l'opposition ne fait qu'exciter son audace. En Etrurie, l'éternel foyer de l'insurrection des prolétaires italiens, la guerre civile fait explosion. A la nouvelle de ces désordres le sénat se résout d'envoyer les deux consuls sur les lieux. Naturellement Lepidus n'arme pas pour la république mais pour la révolte.

L'année suivante (77 av. J.C.), l'ordre arrive au proconsul de revenir immédiatement à Rome. Lepidus refuse : il faut d'abord à l'entendre qu'on rétablisse l'ancien pouvoir tribunicien, qu'on restitue les citoyens violemment exilés dans leurs droits politiques et leurs biens. Lepidus enfin exige sa réélection au consulat pour la présente année. Ce n'est rien moins que la tyrannie sous la forme légale.

La guerre est désormais déclarée. Outre les vétérans de Sylla, le parti sénatorial peut compter sur les troupes du proconsul Catulus. On confie la mission de défendre la capitale à Philippus; Gnaeus Pompée est lui aussi mis à la tête d'une armée. Il a pour mission d'enlever à Marcus Brutus, général des opposants la vallée du Pô. Lepidus apparaît sous les murs de Rome, essayant de la conquérir à la révolution.

La bataille décisive se livre sur le champ de Mars. Catulus est vainqueur. Lepidus battu recule en Etrurie pendant que son fils, Scipion, avec une division des forces insurrectionnelles, va se réfugier à Alba. Cette défaite est la fin de la révolte. Pompée tue Brutus après lui avoir promis la vie sauve. Alba est prise et Scipion est exécuté. Lepidus s'embarque pour la Sardaigne mais le préteur de l'île lui fait énergiquement résistance et il meurt en 77 av. J.C. Avec lui, la guerre prend fin en Sardaigne : une partie de son armée dirigée par Perpenna va en Espagne rejoindre les Sertoriens.

77-75 av. J.C.

Pompée en Espagne

Le sénat veut envoyer en Espagne une armée puissante et un général capable; or Pompée donne clairement à entendre qu'il désire ou plutôt qu'il exige cette mission. Les consuls de l'année ne montrent ni l'un ni l'autre l'envie d'aller se mesurer avec Sertorius. Pompée reçoit donc les pouvoirs proconsulaires et le commandement de l'Espagne citérieure. Quarante jours après son investiture, au cours de l'été de 77 av. J.C., il franchit les Alpes.

Toute l'Espagne citérieure à la fin de 77 av. J.C. appartient à Sertorius. Pour la campagne de 76 av. J.C., Sertorius oppose son bras droit Hirtuleius à Métellus et Perpenna à Pompée. Pompée refoule Perpenna, passe l'Ebre, bat ensuite Herennius et le détruit sous Valence, place importante dont il se rend maître.

Sertorius arrive, la lutte se concentre et se prolonge autour de Lauro (au sud de Valence). Cette ville se déclare pour Pompée, Sertorius l'assiège. Pompée fait tout pour la débloquer : il y perd plusieurs de ses divisions successivement écrasées; un jour il se voit tout à coup débordé par Sertorius. Il assiste, immobile dans son camp, à la capture et à l'incendie de la ville, son alliée dont Sertorius fait emmener tous les habitants en Lusitanie.

Métellus sur ces entrefaites a plus heureusement combattu. Après une chaude mêlée engagée imprudemment sous Italica (près de Seville) par Hirtuleius et où les deux généraux en viennent aux mains, Hirtuleius battu et blessé doit évacuer et se réfugier en Lusitanie. Cette victoire permet à Métellus de marcher à l'ouverture de la campagne de 75 av. J.C. vers l'Espagne citérieure afin de se réunir à Pompée aux environs de Valence. Hirtuleius rassemblant en toute hâte des troupes nouvelles se jette sur Métellus du côté de Segovie : il est battu une seconde fois et meurt. Sa mort est une grande perte pour Sertorius.

75 av. J.C.

La bataille de Sucro

C'est sur le Sucro (Xucar) que les armées se choquent. Pompée sur l'aile droite est défait après un rude combat : on l'emporte grièvement blessé du champ de bataille. Mais sur l'aile gauche, Afranius, vainqueur, s'empare du camp des Sertoriens. Il était occupé à le piller quand Sertorius, tombant sur lui, le force à vider la place. Métellus arrive enfin : il avait passé sur le corps de Perpenna qui lui fermait la route et pris son camp.

Sertorius est hors d'état : le désastre d'Hirtuleius jette l'effroi dans ses bandes. La plus grande partie de ses soldats se disperse sous le coup de ce revirement de fortune. Sertorius reprend la campagne avec une nouvelle armée : il occupe le pays au sud de Sagonte, demeuré fidèle aux romains. Sertorius avec sa cavalerie bat Pompée dans la plaine du Turia dont le beau-père et questeur, Lucius Memmius reste sur le terrain. Entre temps, Métellus bat Perpenna et repousse victorieusement l'attaque de l'armée principale de Sertorius. Sertorius n'a plus d'armée : il s'échappe. On peut se dire à Rome satisfait des événements : les deux généraux romains avaient vaillamment payé de leur personne : mais les succès conquis étaient dus à Métellus et non pas à Pompée.

74-73 av. J.C.

Campagne de 74 et 73 av. J.C.

Pompée va passer l'hiver de 75/74 av. J.C. dans le pays des Vaccéens (autour de Valladolid); Métellus va en Gaule. Au printemps 74, ils recommencent leurs opérations militaires, renforcés de deux légions fraîches venues de l'Italie. Sertorius se restreint à une lutte de guérillas et de sièges. A la fin de l'année, Métellus prend ses quartiers d'hiver 74/73 av. J.C. dans le sud de l'Espagne et Pompée en Gaule. La lutte contre Sertorius dure depuis huit ans sans qu'on puisse entrevoir la fin. Elle fait au sénat un tort immense.

La fleur de la jeunesse italienne va s'anéantissant dans les misères et les fatigues des guerres d'Espagne. Quant à l'Espagne elle-même, elle s'appauvrit et se change en désert : la guerre de l'insurrection, acharnée et cruelle, l'anéantissement des cités apportent un arrêt désastreux à la civilisation romaine si prospère naguère. Dans les Gaules, les réquisitions en hommes et en cavalerie, en vivres et en argent, les lourdes charges des cantonnements d'hiver des armées, font beaucoup de dégâts, tout est vide dans les caisses des cités.

Rome a recourt aux banquiers et s'impose par surcroît une lourde dette. Généraux et soldats ne se battent qu'à contrecoeur : ils se heurtent à une résistance patiente, opiniâtre, à une guerre pleine de dangers où les succès sont difficiles et sans gloire. Sertorius correspond tous les jours avec les Marianniens d'Italie, il est en alliance avec les pirates et le roi du Pont !

Un traité récent consacre l'amitié réciproque du pont et de l'Espagne. Par ailleurs, le roi du Pont s'engage à fournir à Sertorius 40 vaisseaux et 3000 talents. Néanmoins, la guerre avait emporté ses meilleurs généraux, le noyau de ses vétérans : fatiguées par les exactions des romains, malmenées par les officiers sertoriens, les cités les plus fidèles commencent à donner des signes d'impatience et d'hésitation.

72-71 av. J.C.

Assassinat de Sertorius

Dans le camp de Sertorius, on se met à douter : le Sertorius des anciens temps n'est plus, disait-on : le Sertorius d'aujourd'hui passe le jour en orgies de table et dans l'ivresse. Le nombre croît des soldats et des cités qui l'abandonnent : Perpenna surtout, furieux de rester en sous-ordre, et auxquels les préteurs romains offraient l'amnistie et de grosses sommes en échange du sang du général ennemi.

A l'instigation de Perpenna, on vient apporter à Sertorius la nouvelle d'une nouvelle victoire. Pour la célébrer, Perpenna donne une fête et un repas splendide. Sertorius y vient. La conjuration se jette sur la victime et tue Sertorius à coup de poignard (72 av. J.C.). Avec lui meurent ses fidèles. Les assassins se promettent le partage de la succession. Perpenna, le plus élevé en grade parmi les officiers de l'armée espagnole revendique le commandement suprême.

A la première rencontre avec Pompée, les bandes désormais mal conduites et sans courage sont rompues et écrasées : Perpenna est pris avec une foule d'autres chefs. Dans le but de racheter sa vie, il offre de livrer les lettres que plusieurs citoyens avaient écrites de Rome à Sertorius pour l'engager à passer en Italie. Pompée brûle les lettres sans les lire, et fait exécuter le traître, lui et tous ses compagnons. En 71 av. J.C., Métellus et Pompée traversent en grande pompe les rues de Rome, portant au Pater Jovis, sur le Capitole, les remerciements de la nation demeurée victorieuse sur les espagnols.

Livret :

  1. Pompée dans la boutique de Roma Latina

Liens externes :

  1. Pompée de l'encyclopédie libre Wikipédia
  2. Pompée de l'Histoire romaine
  3. Crassus de l'encyclopédie libre Wikipédia
  4. Cesar de l'encyclopédie libre Wikipédia
  5. Cesar du site memo.fr
  6. Sertorius de l'encyclopédie libre Wikipédia
  7. La révolte de Sertorius de histoire des civilisations européennes
  8. Marcus Perpenna Vento Wikipédia, the free encyclopedia
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