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  La captivité (587-536) 

Plaintes des Hébreux captifs

Les Juifs emmenés en captivité, sous Joachim, vécurent misérables et dispersés sur les bords du fleuve Chobar. Ils maudissaient leurs vainqueurs et ne pouvaient oublier Jérusalem. Ces plaintes et ce souvenir sont venus jusqu'à nous dans un chant mélancolique;
Assis au bord des fleuves de Babylone, nous avons pleuré en pensant à Sion.
Nos harpes étaient suspendues aux saules du rivage;
Et ceux qui nous avaient emmenés captifs nous disaient : Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion.
Mais comment chanter un cantique du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, O Jérusalem, que ma droite m'oublie;
Que ma langue reste attachée à mon palais si tu sors de ma pensée, si tu n'es plus, O Jérusalem, le premier objet de mes joies.
Souviens-toi, Seigneur, des enfants d'Edom, lorsqu'au jour de malheur pour Sion ils disaient : Détruisez-la, détruisez-la jusque dans ses fondements.
Malheur sur toi, fille de Babylone ! Béni soit qui te rendra tous les maux que tu nous as faits, qui prendra tes enfants et leur brisera la tête contre la pierre.

Ou bien ils répétaient encore la plaintive élégie du roi prophète :
Comme le cerf languit après la source rafraîchissante, de même aussi mon âme soupire après vous, O mon Dieu !
Mon âme a soif du Dieu vivant. Quand donc reviendrai-je? Quand pourrai-je contempler encore la face du Seigneur ?
Les larmes sont pour moi le pain du matin et le pain du soir, depuis que chaque jour ils me disent : Où est ton Dieu ?
Alors je me rappelle que, moi aussi, j'allais au tabernacle du Seigneur avec la foule joyeuse qui célébrait la fête solennelle.
Pourquoi es-tu si triste, O mon âme? Quel trouble jettes tu en moi ? Espère en Dieu, aie confiance.
Et cependant mon âme est encore troublée et gémissante, car il m'est revenu un souvenir des bords du Jourdain, un souvenir de la petite montagne d'Hermon.
A la voix des tempêtes la vague monte et recouvre la vague : ainsi, Seigneur, tes flots ont passé sur moi.
Mon Dieu, pourquoi m'oublier ? Pourquoi me laisser marcher triste et abattu au milieu de mes ennemis qui me raillent et chaque jour me répètent : Où est ton Dieu?

Cependant ils se souvenaient du premier esclavage en Egypte, cette dure maison de servitude, et malgré leurs souffrances ils se reprenaient à espérer.

Jéhovah a sauvé les captifs d'Israël, alors la joie était sur nos lèvres et les chants de triomphe dans notre bouche. Et les nations disaient : Pour eux, quelles grandes choses le Seigneur a faites !
Détourne donc, Seigneur, notre captivité, comme autrefois tu détournas les grandes eaux du midi.
Ceux qui sèment dans les larmes doivent moissonner dans la joie. Ils sont allés et, pleurant et gémissant, ils ont jeté leurs semences. Ils sont revenus et, joyeux, ils chantent et emportent leurs gerbes nombreuses.

Ainsi, aux bords des fleuves de Babylone, lsraël chantait ses douleurs et ses espérances.

Ezéchiel, Prophéties menaçantes contre les ennennis d'IsraëI

La prière du roi Ézéchias
Ezéchiel

Cependant, après la destruction de Jérusalem, Nabuchodonosor traita les Juifs avec humanité; il leur permit d'acquérir des terres, de contracter des mariages et d'avoir des juges pour terminer leurs différends d'après leurs propres lois; plusieurs même, comme Daniel, s'élevèrent à de hautes dignités dans son palais. Mais ce qui soutenait le courage des pauvres captifs, c'était le souvenir des prophéties qui leur promettaient la ruine des nations élevées par leur chute, le retour du peuple hébreu et le rétablissement du temple.

Ezéchiel, l'un des captifs emmenés avec le roi Joachim, avait été récemment marqué par l'Eternel pour répandre au milieu des Juifs les oracles qui annonçaient les malheurs réservés aux nations infidèles et les promesses miséricordieuses qui devaient rappeler et confirmer les paroles des premiers prophètes. Témoin des gigantesques travaux de Nubuchodonosor à Babylone, de sa richesse et de sa puissance, il pénétrait aisément les desseins de sa politique, et les menaces du prophète précédaient les armées du conquérant.

Les enfants d'Ammon et de Moab, les Iduméens et les Philistins, qui s'étaient réjouis des malheurs d'Israël et de Juda, entendirent l'anathème prononcé contre eux avant de voir le glaive qui devait les frapper. Tyr aussi lui inspira un chant funèbre.
Parce que tu t'es écriée avec joie : Jérusalem, cette ville où affluaient les nations, est tombée; je viens vers toi, O Tyr !
Contre toi, je ferai monter des peuples aussi nombreux que les flots de la mer quand elle monte sur ses rivages.
Ils abattront tes murs; ils raseront tes tours; tu ne seras plus que poussière, et cette poussière, les vents l'emporteront; de toi il ne restera que le roc nu et luisant, où les pêcheurs feront sécher leurs filets.
Voici que je conduis contre toi Nabuchodonosor, le roi des rois, avec ses chars de guerre, ses cavaliers et la foule des nations.
Tu disparaîtras sous la poussière soulevée par les pieds de ses chevaux; et la voix de ses cavaliers, le bruit de ses chars, ébranleront tes murs.
Alors cesseront tes concerts; alors on n'entendra plus le son des harpes.
Les îles trembleront au bruit de ta chute; et, aux cris lugubres des mourants, les princes de la mer descendront de leur trône; ils rejetteront les insignes de leur grandeur, leurs vêtements superbes, et, frappés d'épouvante, assis sur la terre, ils diront avec des pleurs :
Comment es-tu si malheureusement tombée, O ville superbe ?
Tyr, tu disais en toi-même : Je suis une ville d'une beauté parfaite.
Je m'élève au milieu des eaux. Je suis bâtie de cèdres de Sénir, et les cyprès du Liban ont servi de mâts à mes vaisseaux.
Avec les chênes de Basan, on a fait mes rames; mes temples sont d'ivoire, ma couche de lin d'Egypte, ma tente d'hyacinthe et de pourpre.
Les princes de Sidon et d'Aradus m'ont servi de rameurs, mes sages de pilotes.
Les Perses, les Lydiens et les hommes de Libye combattaient pour moi; sur les flancs de mes navires, ils suspendaient leurs casques et leurs boucliers.
Sur mes murailles, dans mes tours, veillaient les enfants d'Aradus, et le long des créneaux ils attachaient leurs carquois.
Carthage, la Grèce et Rhodes; Juda, Damas et l'Arabie, et Saba et Assur, trafiquaient avec moi, et remplissaient mes places d'argent et d'or !
Oui, cité superbe, tes rameurs t'ont conduite sur les grandes eaux, mais le vent du midi t'a brisée au milieu de la mer.
Et tes rameurs, tes conseillers, tes pilotes, tes soldats, tes richesses, en ce jour de ruine, descendront avec toi au fond des eaux.
Et, assis au rivage, la tête couverte de cendres, leurs fils crieront : Qui était semblable à Tyr ? Cependant elle s'est tue au milieu des flots !

A l'Egypte, le prophète irrité disait :
Je viens à toi, Pharaon d'Egypte, à toi, grand dragon couché au milieu de tes fleuves, et qui dit : Ces fleuves sont à moi, c'est moi qui les ai faits.
Je mettrai un frein à tes mâchoires; j'attacherai à tes écailles les poissons de ton fleuve, et je te tirerai du milieu de tes eaux.
Je te jetterai au désert, et tu seras livré en proie à tous les oiseaux du ciel, à toutes les bêtes de la terre.
Alors tous les hommes d'Egypte sauront que c'est moi qui suis le Seigneur, car tu n'as été, pour la maison d'Israël, qu'un roseau fragile.
Quand elle s'est appuyée de la main sur toi, tu t'es brisé, et tu lui as déchiré les reins.
Mais voici le roi de Babylone qui n'a pas trouvé sa proie devant Tyr, à ce siège terrible où toute épaule est devenue pelée, où toute tête est devenue chauve.
Je lui donnerai l'Egypte, dit le Seigneur, et il en emportera les dépouilles. Le jour sombre arrive; l'épée vient; la fin des nations est proche.

Dans une autre prophétie, il dit encore :
Au nom du Seigneur, je parle à Pharaon et à son peuple : A qui, dans ton orgueil, oses-tu te comparer?
Vois Assur; il s'élevait comme un cyprès du Liban; ses branches étaient touffues, sa cime se cachait dans les nuées, et l'eau du ciel l'avait nourri.
Ses fleuves coulaient autour de ses racines, et il en voyait ses ruisseaux à tous les arbres des champs.
Tous les oiseaux du ciel nichaient dans ses branches; toutes les bêtes des forêts avaient déposé leurs petits sous ses rameaux; à son ombre, habitait la multitude des nations.
Mais parce qu'il s'était élevé avec orgueil, des étrangers sont venus qui l'ont coupé sur la montagne. Ses rameaux ont roulé dans les vallées, ses racines ont été arrachées, et les peuples se retirant de son ombre, l'ont renversé à terre.
Maintenant, c'est dans ses ruines que reposent les oiseaux du ciel, c'est sur son tronc que s'arrêtent les bêtes des champs.
Ainsi sera-t-il fait de Pharaon et de son peuple.
Le Seigneur m'a dit : Fils de l'homme, pleure sur les guerriers d'Egypte, les nations vont entraîner dans l'abîme ses filles frappées à mort.
Peuple d'Egypte, quitte la parure de tes fleuves, et tombe au milieu de ceux que le glaive a déchirés pour y dormir de l'éternel sommeil.
Les géants te diront : Viens au fond de la grande fosse; descends et dors avec les incirconcis.
Là est déjà Assur avec tous les siens, avec tous ceux qu'a frappés l'épée.
Là est son sépulcre, et tout autour ceux de son peuple.
AElam est ici, et Mosoch, et Thobel; et ils dorment avec les géants qui sont tombés au commencement des temps. Dans l'empire des ombres, ils sont descendus avec leurs armes de combat; sous leur tête, ils ont mis leur glaive; mais sur leurs os pèsent toujours leurs iniquités.

Espoir d'une délivrance prochaine

Si le prophète captif n'avait que des paroles de menace pour les ennemis d'Israël, il avait aussi pour son peuple des paroles d'espérance.
Un jour la main de Dieu fut sur moi, et l'esprit du Seigneur me conduisit au milieu d'un champ tout couvert d'ossements humains desséchés. -
Prophète, me dit Jéhovah, dit à ces ossements : Os arides, écoutez la parole de Dieu; j'enverrai sur vous un souffle de vie.
Et à peine eus-je parlé, que j'entendis un grand bruit; ces os se rapprochaient, et je vis s'étendre sur eux des nerfs, de la chair, de la peau; mais l'esprit n'était point encore en eux.
Alors le Seigneur dit : Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts et qu'ils vivent.
Je prophétisai comme le Seigneur me l'avait commandé, et l'esprit entra en eux; ils se levèrent; c'était comme une immense multitude.
Ces os, me dit le Seigneur, sont la maison d'Israël. Ils répètent : Nous ne sommes plus que des os desséchés, morte est notre espérance; nous avons été retranchés du nombre des vivants.
Dis-leur donc, voici la parole du Seigneur : J'ouvrirai vos tombeaux; je vous ferai sortir de vos sépulcres, et je vous ramènerai dans la terre d'Israël.
Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez.
Et il me dit encore : Fils de l'homme, prends une verge, et sur elle tu écriras : Pour Juda et pour les enfants d'Israël qui lui sont unis. Tu en prendras une seconde, et tu écriras : Pour Joseph, pour Ephraïm et pour les enfants d'Israël qui sont avec lui.
Et ces deux verges, tu les réuniras dans ta main; et quand les enfants de mon peuple te demanderont qu'est-ce que cela signifie,
Tu leur répondras : Le Seigneur a dit : Je prendrai du milieu des nations toute la maison d'Israël; je la rassemblerai de tous les lieux de sa dispersion, et je la ramènerai dans la terre de Jacob.
Elle n'aura plus qu'un seul prince, elle ne formera plus deux nations, deux royaumes; et David, mon serviteur, régnera sur elle à jamais.

Cependant les menaces d'Ezéchiel s'accomplissaient :
Nabuchodonosor, revêtu de la puissance divine et rendu invincible par ce ministère, punit tous les ennemis du peuple de Dieu. Il ravage les Iduméens, les Ammonites et les Moabites; il renverse les rois de Syrie. L'Egypte, sous le pouvoir de laquelle la Judée avait tant de fois gémi, est la proie de ce roi superbe et lui devient tributaire. Tout tombe, tout est abattu par la justice divine, dont Nabuchodonosor est le ministre. Il tombera à son tour, et Dieu qui emploie la main de ce prince pour châtier ses enfants et abattre ses ennemis, le réserve à sa main toute-puissante. (Bossuet.)-

Daniel et Nabuchodonosor

Isaîe
Daniel et Nabuchodonosor

Nabuchodonosor fut averti plusieurs fois de la fin qui l'attendait par un jeune Hébreu de race royale, Daniel, que Dieu avait choisi pour donner des signes manifestes de sa présence au milieu du peuple captif. Le roi l'avait fait instruire dans toutes les sciences des Chaldéens avec trois autres enfants de la tribu de Juda, Ananias, Mizaël et Azarias. Etonné de trouver en eux plus de lumière et de sagesse que dans tous les devins et les mages de son royaume, il les avait gardés près de lui dans son palais.

Daniel, bien jeune encore, avait déjà donné des marques d'une sagesse surnaturelle. Deux anciens du peuple, deux juges transportés d'une passion criminelle pour la chaste Suzanne, Israélite, femme de Joakim, n'avaient pu la détourner de ses devoirs, et s'étaient décidés à la perdre pour se venger. Suzanne, accusée d'adultère, accablée sous leur faux témoignage, allait être conduite hors de la ville et lapidée, quand Daniel s'avance et dit : Qu'on les sépare: Alors il les interroge l'un après l'autre et demande où le crime a été commis : Sous un lentisque, dit l'un. Sous un chêne, dit l'autre. En se contredisant ils dévoilèrent leur imposture et souffrirent la mort qu'ils réservaient à la femme innocente.

Trois ans après avoir attaché à sa personne les quatre enfants de la tribu de Juda, Nabuchodonosor eut un songe qui l'effraya beaucoup, mais dont il perdit entièrement le souvenir. Il voulait cependant le connaître et le faire interpréter; promesses, menaces, il employa tout; mais la science de ses devins et des mages était fausse, elle fut impuissante. Le roi, irrité, les condamna tous à mort, et Daniel avec eux. Mais pendant la nuit Daniel eut une vision, et le Seigneur lui dévoila le mystère; dès le lendemain, le jeune Hébreu se fit amener devant Nabuchodonosor et lui dit : O roi, voici ce que tu as vu :
Il y avait une statue immense debout devant toi et qui lançait des regards terribles, la tête de cette statue était d'or, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses d'airain et les jambes de fer; une partie des pieds était de fer et l'autre d'argile.
Tu regardais attentivement quand une pierre se détacha de la montagne; aucun homme ne l'avait poussée; elle frappa les pieds de la statue et les mit en pièces. Alors, l'argent, l'or, l'airain, le fer et l'argile brisés devinrent comme la poussière qui couvre l'air durant l'été, et un grand vent s'étant élevé, elle fut emportée sans qu'il s'en retrouvât plus rien.
Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une montagne immense qui remplit toute la terre.
Voilà ton songe, O roi; voici l'interprétation : Tu es le roi des rois; le Dieu du ciel a soumis toutes choses à ta puissance : c'est donc toi qui es la tête d'or.
Il s'élèvera après toi un royaume moindre que le tien et qui sera d'argent, puis un troisième d'airain qui commandera à toute la terre.
Le quatrième royaume après le tien sera comme le fer; il brisera, il réduira tout en poudre, comme le fer brise et dompte toutes choses; mais, ainsi que la statue dont les pieds étaient en partie d'argile et en partie de fer, il sera divisé; il sera ferme et faible tout à la fois; il sera élevé par des alliances étrangères, mais l'union n'existera point, de même que le fer ne peut s'unir avec l'argile.
Alors Dieu suscitera un royaume, à jamais éternel, qui renversera et détruira tous ces royaumes, comme la pierre, détachée de la montagne sans la main de l'homme, a brisé la statue et jeté aux vents sa poussière.

Quand Daniel eut cessé de parler, le roi se prosterna devant lui, brûla de l'encens, immola des victimes et s'écria :
Ton Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des rois, puisque tu as pu découvrir un mystère si caché. Ensuite il le combla d'honneurs et de présents, l'éleva au-dessus des premiers dignitaires de l'empire, et lui confia le gouvernement de ses provinces. Les trois compagnons de Daniel partagèrent sa faveur, et reçurent l'intendance des affaires de la Babylonie.

Quelque temps après Nabuchodonosor fit élever, dans la plaine de Deira, une statue d'or d'une hauteur prodigieuse. Au jour de la consécration, tous reçurent l'ordre de se prosterner devant l'idole nouvelle, et le héraut cria : Ceux qui n'obéiront pas seront jetés dans une fournaise ardente. Les trois amis de Daniel, qu'on appelait au palais, Sidrach, Mizach et Abdenago, seuls, de tout le peuple, ne fléchirent pas le genou. Nabuchodonosor, irrité, les fit jeter dans une fournaise dont la chaleur, sept fois plus ardente que d'ordinaire, dévora les soldats qui exécutèrent ses ordres; mais les trois jeunes Hébreux marchaient au milieu des flammes sans être atteints, car un ange du Seigneur était avec eux. Le roi, frappé d'étonnement, les appela; ils sortirent, et tous les grands purent voir que le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leur corps, que pas un cheveu de leur tête n'avait été brûlé, que leurs vêtements mêmes ne gardaient aucune trace des flammes.

Quelque temps après, le roi eut encore un songe qui lui inspira de vives craintes; il le raconta à Daniel :
Je vis un arbre planté au milieu de la terre et s'élevant à une hauteur prodigieuse.
Sa cime touchait au ciel et ses branches s'étendaient aux extrémités du monde.
Ses feuilles étaient belles, et ses fruits abondants nourrissaient une multitude d'animaux. Dans ses rameaux habitaient les oiseaux du ciel; à son ombre vivaient les bêtes des champs. Tout ce qui a vie y trouvait sa nourriture.
Alors un des saints descendit du ciel, et d'une voix forte il cria : Coupez l'arbre, arrachez ses racines, faites tomber ses feuilles et dispersez ses fruits.
Cependant laissez en terre le germe des racines; et qu'attaché par une chaîne de fer et d'airain, il soit couché sur l'herbe et sous la rosée du ciel. - Sept temps passeront ainsi sur lui.

Quand le roi eut ainsi parlé, Daniel resta quelque temps pensif, puis il dit : O roi! Voici l'interprétation de la sentence du Seigneur : Tu seras chassé de la société des hommes, tu habiteras avec les animaux et les bêtes sauvages, et sept années passeront sur toi jusqu'à ce que tu reconnaisses que le Très-Haut tient sous sa main les royaumes des hommes et qu'il les donne ainsi qu'il lui plaît.

La prédiction s'accomplit la même année. Un jour que Nabuchodonosor se promenait dans son palais et disait : N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait mon palais, que j'ai bâtie dans la force de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire? Un délire furieux le saisit; il se crut transformé en brute. Alors les hommes le chassèrent; il vécut parmi les animaux et les bêtes sauvages; son corps fut trempé de la rosée du ciel, ses cheveux devinrent aussi longs que la crinière des lions, et ses ongles comme les griffes des oiseaux. Mais quand le temps marqué par le Seigneur fut écoulé, Nabuchodonosor éleva les yeux vers le ciel; le sens lui revint, et sa première forme lui fut rendue; les grands allèrent le chercher, le rétablirent dans son autorité, et il devint plus puissant que jamais.

Visions de Daniel

Le livre de Daniel ne nous apprend rien de l'histoire des Juifs sous Evilmérodac, Nériglissor, Laborosoarchod, successeurs de Nabuchodonosor. Nous sommes amenés tout à coup au règne de Balthazar, le dernier des rois de Babylone.
La première année du règne de Balthazar, roi des Chaldéens, moi, Daniel, j'eus un songe : Les quatre vents du ciel soufflaient avec fureur sur la grande mer, et quatre grandes bêtes montèrent du fond des eaux.
La première ressemblait à une lionne et avait les ailes d'un aigle. Tandis que je regardais, ses ailes lui furent arrachées, elle fut enlevée de terre et elle se tint droite sur des pieds d'homme; un coeur d'homme lui fut donné.
La seconde ressemblait à un ours; dans sa gueule, elle tenait entre ses dents trois côtes, et des voix lui disaient : Lève-toi et rassasie-toi de carnage.
Après cela, je vis comme un léopard avec quatre ailes d'oiseaux et quatre têtes de bêtes; la puissance lui fut donnée,
Mais la quatrième bête était terrible et merveilleuse, extraordinairement forte, avec des dents de fer; elle mangeait, brisait, puis foulait aux pieds ce qui restait.
Elle avait dix cornes; et comme je les considérais, du milieu d'elles il s'en éleva une autre plus petite, et trois des dix cornes furent arrachées. Mais voici que des yeux, comme des yeux d'homme, parurent sur cette petite corne, et une bouche qui proférait de grandes paroles.
Je regardais, et voilà que des trônes s'élevèrent. L'Ancien des jours s'y assit. Son vêtement était aussi blanc que la neige, sa chevelure ressemblait à la laine la plus pure, son trône était de flammes, et les roues de son trône un feu dévorant.
De sa face sortait un fleuve enflammé : mille fois mille serviteurs le servaient, et dix mille fois dix mille se tenaient auprès de lui. Le jugement commença, et les livres furent ouverts.
Je regardais à cause des fières paroles que prononçait cette corne, quand la tête fut tuée et son corps jeté au feu.
Je vis aussi que la puissance des autres bêtes leur avait été ôtée, et que la durée de leur vie avait été marquée jusqu'à un temps et un temps.
Je considérais ces choses, et tout à coup je vis venir, avec les nuées du ciel, comme le Fils de l'Homme; il s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et la puissance, la gloire, la royauté lui furent données. Tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues le serviront; son pouvoir sera éternel, et il ne passera pas.
La troisième année du règne du roi Balthazar j'eus une vision, lorsque j'étais au château de Suze, qui est au pays d'Elam.
Je levais les yeux et je vis un bélier qui se tenait au-dessus d'Ubal : il avait deux cornes, l'une plus haute que l'autre; et celle qui était plus haute croissait encore. De ses cornes il frappait contre la mer, contre l'Aquilon et le Midi, et toutes les bêtes fuyaient.
Je cherchais à comprendre, quand un bouc vint de l'Occident; il allait, mais sans toucher la terre, et il avait une corne entre les deux yeux.
Il courut sur le bélier que j'avais vu, avec une impétueuse furie; il le frappa, il brisa ses cornes, sans que celui ci pût résister. Et, l'ayant jeté à terre, il le foulait aux pieds; personne ne pouvait le délivrer de sa fureur.
Le bouc devint immensément grand, mais sa corne se rompit, et au-dessous il s'en forma quatre autres, vers les quatre vents du ciel.

Prise de Babylone par Cyrus

Par ces images Daniel annonçait les révolutions qui allaient ébranler l'Asie1. Autour de lui, en effet, le monde tremblait, les Perses sortis de leurs montagnes renversaient l'empire des Mèdes; Sardes était prise et Crésus prisonnier. Déjà l'innombrable armée du nouveau conquérant cernait Babylone; mais, confiant dans la force de ses murailles, Balthazar se riait des vains efforts de son ennemi et oubliait dans les festins les ennuis d'un long siège. Un jour que, avec les grands de sa cour et toutes ses femmes, il célébrait une orgie et buvait dans les vases sacrés de Jérusalem, en louant ses dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre, tout à coup on vit paraître des doigts et comme la main d'un homme qui écrivait sur la muraille; à cette vue l'esprit du roi fut saisi d'un grand trouble; son visage changea de couleur et tout son corps trembla. Il fit venir les devins; mais aucun ne put lire ni interpréter l'écriture mystérieuse. Balthazar était épouvanté, ainsi que tous les grands de sa cour, quand la reine se souvint du nom de Daniel et de ses prédictions; on l'amena, et le roi lui promit de le vêtir de pourpre, de lui donner un collier d'or et le troisième rang dans l'empire, s'il pouvait lire les mots tracés sur la muraille et les interpréter. Daniel dit à Balthazar : Tu t'es élevé contre le dominateur du ciel, tu as fait apporter les vases de sa maison sainte et tu as bu dedans, toi, tes femmes, tes concubines et les grands de ta cour; vous avez loué en même temps vos dieux qui ne voient point, qui n'entendent point, qui ne sentent point, et vous n'avez pas rendu gloire à l'Eternel qui tient dans sa main vos âmes et tous les moments de votre vie; aussi a-t-il envoyé cette main, et voici ce qui est écrit : Mané, Thécel, Pharès. - Mané, Dieu a compté les jours de ton règne, il en a marqué la fin; Thécel, tu as été mis dans la balance et tu as été trouvé trop léger; Pharès, ton royaume a été divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses. Daniel, malgré ces paroles terribles, fut vêtu de pourpre par l'ordre du roi : on lui mit un collier d'or autour du cou, et l'on publia qu'il était la troisième personne de l'empire.

La même nuit les menaces du prophète s'accomplirent. L'Euphrate traversait la ville; Cyrus réussit à en détourner les eaux et fit entrer son armée dans Babylone par le lit du fleuve desséché. Balthazar fut tué, et une partie des habitants égorgés.

Le nouveau maître de l'empire chaldéen, frappé de la haute sagesse de Daniel, lui conserva ses titres, ses honneurs, et le nomma l'un des trois ministres établis au-dessus de tous les satrapes de ses Etats. Le livre de Daniel raconte que les grands du royaume, jaloux de la faveur qui s'attachait à un captif, résolurent de le perdre. D'après leurs conseils, mais sans connaître leurs intentions, Cyrus rendit un édit royal qui défendait, pendant trente jours, sous peine d'être jeté aux lions, d'adresser aucune prière à un homme ou à Dieu, hormis au roi seul; malgré l'édit, chaque jour Daniel adorait l'Eternel, les yeux tournés vers Jérusalem. Il fut dénoncé; en vain le roi voulut le sauver, il demeura inébranlable, et le prince l'abandonna à ses accusateurs, qui le firent jeter dans la fosse aux lions; mais le lendemain, dès le point du jour, il s'y rendit lui-même, et d'une voix triste et entrecoupée de soupirs il disait : Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu que tu sers sans cesse t'aura-t-il délivré de la gueule des lions? La voix du prophète répondit à la sienne, et Cyrus, transporté de joie, commanda qu'on le retirât de la fosse aux lions, où il fit jeter à sa place ceux qui l'avaient accusé, avec leurs femmes et leurs enfants.

Dès lors rien ne s'opposa plus à la faveur de ce prince pour Daniel, et c'est à sa puissante sollicitation qu'on attribue l'édit célèbre qui mit fin aux soixante-dix années de la captivité.

1. Les quatre animaux désignaient les quatre grands empires des Chaldéens, des Perses, des Grecs et des Romains. Plusieurs commentateurs substituent à l'empire des Romains celui des Séleucides et des Lagides. Les Pères et les interprètes croient que Dieu révéla alors à son prophète, par le ministère de l'ange Gabriel, les persécutions d'Antiochus Epiphane, sa punition miraculeuse et les victoires des Maccabées. Ils pensent qu'Alexandre le Grand et Darius Codoman sont figurés par le bouc combattant contre le bélier qui succombe, et que les successeurs d'Alexandre sont désignés par les cornes qui s'élevaient de la tête du bouc. Villenave, article Daniel, dans la Biographie universelle. - Voyez, dans l'Oraison funèbre du prince de Condé, l'admirable paraphrase que Bossuet a faite de ce passage. - Il faut cependant aussi renvoyer, pour l'interprétation des prophètes, aux travaux critiques de Eichhorn (Introduction à l'Ancien Testament); de Génésius (Commentaire sur Isaie), et surtout de Knobel (Der Prophetismus der Hebraer vollstaendig darge stellt, 1837, 2 vol, in-8).

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