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  Les royaumes de Juda et d'Israël depuis le temps d'Athalie et de Jéhu jusqu'à la captivité d'Israël (883-721) 

Athalie et Joas en Juda (883-837), Jéhu en Israël (895-855)

Jéhu entra après sa victoire dans la ville où Jézabel, le visage fardé et la tête couverte de riches ornements, s'était mise à une fenêtre de son palais. Comme il passait, elle lui dit : Peut-on espérer la paix d'un second Zamri, meurtrier de son maître ?- Quelle est cette femme ? demanda Jéhu; et, sur un signe qu'il fit, deux ou trois des serviteurs du palais la précipitèrent sur le pavé. Son sang rejaillit sur la muraille et les chevaux foulèrent aux pieds son cadavre; quand on le chercha pour l'ensevelir, on ne trouva plus que le crâne, les pieds et les mains; et Jéhu dit en l'apprenant : C'est la menace que le Seigneur avait faite par la bouche d'Elie, son serviteur : Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le champ de Jezraél; et dans ce champ son corps sera comme le fumier sur la face de la terre, afin qu'on dise en passant : Est-ce là cette Jézabel ?

Il y avait encore dans Samarie soixante-dix fils ou petits fils d'Achab. Jéhu, ministre des vengeances célestes, les fit tous égorger; et de leurs têtes amoncelées on forma deux pyramides à la porte du palais. Quelque temps après, il rencontra sur son chemin tous les frères d'Ochosias, roi de Juda, au nombre de quarante-deux, et il ordonna de les massacrer, ainsi qu'il avait fait tuer déjà ce qui restait de la maison d'Achab dans Jezraël, les grands de sa cour, ses amis et ses prêtres, Tous les ministres de Baal, attirés dans leur temple sous le prétexte d'une fête solennelle, y périrent égorgés; l'idole fut brisée, le temple rasé et la place où il s'élevait changée en un lieu d'immondices. Jéhu cependant ne renversa pas les veaux d'or de Béthel et de Dan. Mais parce que vous avez exécuté ma sentence contre la maison d'Achab, lui dit le Seigneur, vos enfants seront assis sur le trône d'Israël jusqu'à la quatrième génération. Jéhu mourut à Samarie après un règne de vingt-huit ans, et laissa le trône à son fils Joachas.

Quand le roi de Juda, Ochosias, fut mort à Mageddo en même temps que son oncle Joram, à la suite de la révolte de Jéhu, Athalie, sa mère, fit périr tous les princes de la race royale; mais Josabeth, princesse du sang de Josaphat, et épouse du grand prêtre Joïada, arracha aux bras de sa nourrice, avant qu'il fût égorgé, Joas, le dernier des enfants d'Ochosias; et pendant plus de six années elle le tint caché dans la maison du Seigneur à l'insu d'Athalie. Lorsqu'au bout de ce temps Joas eut atteint l'âge de sept ans, le grand pontife fit venir les centeniers et les soldats, leur distribua les lances et les armes du roi David conservées dans le temple; puis il leur présenta le fils de leur prince. Encouragés par leurs acclamations, il mit sur sa tête le diadème, et le sacra roi. Athalie entendit le bruit du peuple qui accourait, et entra avec la foule dans le temple. Apercevant alors Joas assis sur le trône et auprès de lui tous les ministres du culte, elle déchira ses vêtements en s'écriant : Trahison ! Trahison ! Sur l'ordre de Joïada, les soldats l'entraînèrent hors du temple, afin de ne pas souiller le lieu saint, et la percèrent de leurs épées au seuil du palais des rois.

Tout le peuple était dans la joie de retrouver le sang de ses rois, le descendant de David au lieu de la fille impie de Jézabel. Le dieu et les prêtres d'Athalie partagèrent son sort; on se précipita sur le temple de Baal pour le détruire, on brisa ses images, et Mathan, son ministre, fut massacré au pied de ses autels renversés. Ensuite Joïada réconcilia le peuple avec l'Eternel, et tant qu'il vécut, Joas, docile à ses conseils, resta dans les voies du Dieu d'Israël; mais il perdit trop tôt son guide. A peine le grand prêtre fut-il allé rejoindre ses pères, que Joas s'abandonna à ses passions, qu'il avait longtemps contenues. Bientôt l'idolâtrie reparut dans Jérusalem; les prophètes ne furent plus écoutés, et Zacharie, fils de Joïada, tomba lapidé sur le seuil même du temple.

Ces crimes ne pouvaient rester impunis : l'année finissait à peine que les troupes du roi de Syrie entrèrent dans Juda : quoique peu nombreuses, elles prirent Jérusalem, la pillèrent, firent mourir les premiers du peuple et ne rendirent à Joas la liberté qu'après qu'il eut livré l'or du temple et les trésors de Josaphat. L'année suivante ses serviteurs eux-mêmes s'élevèrent contre lui pour venger le sang du fils de Joïada et l'égorgèrent dans son lit. Il avait régné quarante ans; son fils Amasias lui succèda (837 avant J. C.). -

Amasias et Ozias en Juda (837-756), Joachas, Joas, Jéroboam II en Israël (855-771)

Translation de l'arche
Jéroboam II

Il y avait déjà vingt-trois ans que Joas régnait en Juda quand Joachas, fils de Jéhu, monta sur le trône d'Israël (855 avant J. C.). Il marcha dans les voies corrompues de son père, mêlant le culte des veaux d'or à celui du vrai Dieu; mais le Seigneur, pour le punir, l'abandonna aux mains d'Hazaël et de Benadad III, roi de Syrie, qui firent de ses armées ce que le fléau fait du grain sur l'aire. Joachas s'humilia dans son malheur; Dieu lui promit alors qu'Israël trouverait un sauveur dans Joas, son fils (839).

Joas, en effet, reprit bientôt à Benadad III, fils d'Hazaël, toutes les villes que ses prédécesseurs avaient perdues; il triompha aussi d'Amasias, roi de Juda, prit Jérusalem et rapporta à Samarie toutes les richesses du temple, tous les trésors du vaincu. Après un règne de seize années illustré par les dernières prophéties d'Elisée, et par d'éclatants succès, Joas laissa le trône à son fils Jéroboam II (823 avant J. C.).

Amasias, roi de Juda, avait commencé son règne (837 avant J. C.) sous d'heureux auspices; il vengea le meurtre de son père en faisant périr ses assassins et remporta sur les Iduméens, dans la vallée des Salines, une brillante victoire; mais ce prince oublia trop tôt qu'il la devait au Seigneur, et fut livré sans défense aux armes de Joas, roi d'Israël, qui l'attacha captif à son char. De nouvelles offenses irritèrent encore le Seigneur contre lui, et la quinzième année du règne de Jéroboam II, Amasias périt assassiné dans la ville de Lachis (808). Son fils Ozias lui succèda.

Ce prince devait régner cinquante-deux ans à Jérusalem. Il fit ce qui était droit aux yeux du Seigneur, tant que vécut le prophète Zacharie, dont il suivait les conseils; et Dieu lui tint compte de sa piété. Il remporta d'éclatantes victoires sur les Philistins, sur les Ammonites et répandit jusqu'en Egypte la gloire de son nom. Il retira Jérusalem de ses ruines, releva ses remparts, la remplit de machines de guerre, et mit sur pied une armée redoutable de plus de 300000 soldats dévoués à leur roi; il fit aussi creuser des citernes dans le désert pour abreuver ses nombreux troupeaux et favorisa l'agriculture. Mais, arrivé à ce haut point de grandeur et de puissance, Ozias négligea le Seigneur, son secours et sa force; il méprisa les lois et les coutumes religieuses, et voulut offrir lui-même l'encens dans le temple, sur l'autel des parfums. Azarias et quatre-vingts prêtres du Seigneur, s'opposèrent à son dessein. Ozias, transporté de colère, menaça les prêtres avec l'encensoir qu'il tenait à la main, et aussitôt une lèpre affreuse le couvrit tout entier. Depuis ce jour, il vécut dans une maison séparée, tandis que son fils Joathan gouvernait le palais et rendait la justice au peuple.

Pendant qu'Ozias était maître en Juda, Jéroboam II, fils de Joas, régnait sur Israël (823-771). Il fit le mal devant le Seigneur; mais Jéhovah avait vu la désolation d'Israël et ne voulait pas encore que son nom fût effacé de dessus la terre; aussi Jéroboam II, malgré son impiété, fut fortifié par les prédictions du prophète Jonas et rétablit les anciennes limites d'Israël depuis l'entrée d'Emath au pied du Liban jusqu'à la mer du Désert ou lac Asphaltite.

Sous le règne de ce prince apparurent des prophètes célèbres, Jonas, Osée1 et Amos, car le Seigneur, avant de châtier son peuple, redoublait les avertissements et les menaces.

1. Nous ne citons rien d'Osée. Son style coupé et sentencieux, dans lequel il ne s'exprime souvent qu'à demi-mot, ses allégories qu'il n'est pas toujours aisé de comprendre, font de lui le plus obscur des prophètes.

Les prophètes Amos et Jonas

Amos, ainsi qu'il l'a raconté lui-même, n'était ni prophète ni fils de prophète : J'étais un bouvier et je cueillais des figues sauvages quand l'Eternel me prit près de mon troupeau et me dit : Va, et prophétise à mon peuple d'Israël. Alors il quitta Thécoa, sa ville natale, dans la tribu de Juda, et alla répandre ses menaces prophétiques parmi ceux que le Seigneur allait frapper.

Ainsi parle Jéhovah, dit il : Après les crimes d'Israël, trois et quatre fois répétés, je ne révoquerai point mes arrêts...

Ils brisent contre terre la tête du pauvre; ils étouffent la voix et les plaintes du faible; ils font festin auprès des autels, assis sur les vêtements laissés en gage à leur avarice, et ils boivent dans la maison de leur Dieu.

C'est moi cependant qui pour leur frayer un chemin exterminai les Amorrhéens, ce peuple aussi haut que les cèdres, aussi fort que les chênes; c'est moi qui les ai conduits quarante ans dans le désert, et qui me suis fait des prophètes de leurs enfants...

Mais ma colère va éclater.... Le lion rugit-il dans la forêt sans qu'il ait trouvé de quoi repaître sa faim? Le lionceau jette-t-il son cri dans sa tanière quand il n'a pas encore saisi sa proie?... Or, voici que le lion rugit; qui ne craindra point? Le Seigneur Dieu a parlé; qui ne prophétisera point?...

Ils ont amassé dans leurs maisons un trésor de rapines et d'iniquités; s'il en échappe quelques-uns, ce sera comme les membres à demi rongés que le berger arrache de la gueule des lions...

Ecoutez ceci, O vous qui comme les vaches de Basan paissez sur la montagne de Samarie : Vous opprimez le faible, vous foulez le pauvre aux pieds, et vous dites à vos seigneurs : Apportez, et nous boirons.... Mais il va venir pour vous un jour de malheur...

Dans toutes vos cités il y aura des grincements de dents; toutes vos places retentiront de gémissements; et le peuple ira par les rues en criant : Malheur! Malheur !

Ils appelleront à ce grand deuil jusqu'aux hommes des champs; ils feront venir ceux qui savent chanter les plaintes funèbres.

Car pendant trois mois, avant la moisson, j'ai arrêté la pluie et vous n'êtes pas revenus à moi !

Je vous ai envoyé un vent brûlant, j'ai frappé du glaive vos jeunes guerriers et l'ennemi a emmené vos cavales. De tous ces maux vous êtes sortis comme le bois qu'on retire du feu à demi consumé. Et cependant vous n'êtes pas encore revenus à moi !

Mais me voici, moi qui fais le tonnerre et qui crée les vents et les nues; moi qui marche sur la cime des monts, qui du matin fais le soir, du jour la nuit; moi qui brise les forts.

Ah ! Cherchez le Seigneur, et vous vivrez; cherchez le Seigneur pour qu'il écarte de la maison de Joseph le feu qui va la consumer.

Amos prévoit la captivité prochaine : Maison d'Israël, tu as élevé le tabernacle de Moloch, tu y as placé l'étoile de ton dieu Rhaephan et les idoles que tu as faites de tes mains. C'est pourquoi je te transporterai au-delà de Damas, moi le Tout-Puissant.

Maintenant je hais vos fêtes et vos solennités; en vain m'offrirez-vous des holocaustes, je ne les recevrai point.

Loin de moi vos chants profanes et le bruit de vos Concerts.

Mes jugements vont se répandre comme une eau débordée, ma justice comme un torrent impétueux.

Malheur à vous qui dormez sur des lits d'ivoire, et qui employez en débauches le temps du sommeil ! Malheur à vous qui accordez vos voix au son de la lyre !

Comme si vos prospérités étaient éternelles, comme si vos joies n'étaient pas fugitives.

Le Seigneur a juré la perte de Jacob; ses villes tomberont et leurs habitants seront exterminés ! Si de toute une famille il reste dix hommes, ils mourront, et leurs proches qui viendront enlever leurs os, crieront à celui qui sera demeuré seul en la maison : Y a-t-il encore un mort ?

Car je vais susciter contre vous une nation qui vous réduira en poussière depuis l'entrée d'Emath jusqu'au torrent d'Egypte....

Alors le temple retentira de hurlements sinistres; beaucoup tomberont, puis on n'entendra plus que le silence. Vos fêtes se changeront en deuil, vos chants de joie en lamentations; vous vous couvrirez d'un sac, vous raserez vos têtes, et Samarie sera dans les larmes comme une mère qui pleure son fils unique...

Un jour viendra où j'enverrai sur la terre la soif et la faim, non la faim et la soif pour le pain et l'eau, mais pour la parole de Dieu. Alors ils iront d'une mer à l'autre et de l'Orient à l'Occident, cherchant la parole du Seigneur, et ils ne la trouveront point.

Cependant je ne ruinerai pas entièrement la maison de Jacob; je relèverai le tabernacle de David et je ferai succéder les vendanges aux moissons. Alors on verra les collines reverdir, les monts distiller le miel, et mon peuple revenu de captivité rebâtira ses villes renversées.

Mais ce n'était pas seulement Israël et Juda qui recevaient les avertissements prophétiques : Les yeux du Seigneur, disait Amos, sont ouverts sur tous les royaumes qui s'abandonnent au péché.

Enfants d'Israël, vous êtes à moi; mais les enfants d'Ethiopie ne m'appartiennent-ils pas ? Comme je vous ai tirés d'Egypte, n'ai-je pas fait sortir les Philistins de la Cappadoce et les Syriens du fond des vallées ?

Vers le même temps aussi, Dieu parla à Jonas, fils d'Amathi : Lève-toi et va dans Ninive la grande; fais-lui entendre mes menaces; le cri de ses iniquités est monté jusqu'à moi.

Jonas, effrayé des périls de cette mission, essaya de s'y soustraire en fuyant. Il descendit à Joppé et s'embarqua sur un vaisseau phénicien prêt à partir pour Tarsis; mais le Seigneur envoya sur la mer un vent furieux qui mit le navire en danger de périr. Les matelots jetèrent le sort, pour savoir qui attirait sur leur tête la colère du ciel. Le sort tomba sur Jonas. Reconnaissant lui-même la main du Seigneur, il se soumit. A peine, en effet, l'eut-on jeté à la mer que la tempête se calma.

Mais un monstre marin, dit l'Ecriture, suivait le vaisseau et dévora le prophète. Dieu lui conserva la vie, et au bout de trois jours le poisson vomit Jonas sur le rivage. De nouveau il reçut l'ordre de se rendre à Ninive, et obéissant cette fois, il partit pour la capitale de l'Assyrie. Dès qu'il en eut passé les portes, il s'écria : Encore trois jours et Ninive sera détruite! Tant que le soleil fut sur l'horizon, il parcourut ainsi toutes les rues de la grande cité, en répétant son cri sinistre : Encore trois jours, et Ninive ne sera plus ! La frayeur saisit cette population corrompue, le prince donna lui-même l'exemple de la pénitence : un édit ordonna un jeûne solennel, et le Seigneur, apaisé par ce repentir de tout un peuple, épargna encore la ville coupable.

Zacharie, Sellum, Manahem, Phacéla, Phacée et Osée dans Israël (771-721), Joathan et Achaz en Juda (756-726). Isaïe

Isaîe
Isaïe

Cependant Zacharie, fils de Jéroboam, et le quatrième descendant de Jéhu, lui avait succédé sur le trône, en imitant son impiété (771 av. J. C.). Mais, au bout de six mois, il périt assassiné par Sellum (770), qui lui-même fut, un mois après, défait et tué par Manahem.

Le nouveau roi n'établit sa domination qu'en exerçant la plus violente tyrannie. La ville de Thapsa ayant refusé d'ouvrir ses portes au roi d'Israël dont elle relevait, il la prit, tua ses habitants jusqu'aux femmes, et ruina son territoire. Phul était alors roi d'Assyrie; les troubles du royaume d'Israël lui parurent une occasion favorable pour en essayer la conquête, et il l'envahit; mais Manahem lui acheta la paix par un tribut de mille talents. Il mourut peu de temps après, dans la cinquantième année du règne d'Ozias. Phacéia, son fils, qui lui succèda (759 av. J. C.), n'occupa le trône que deux ans : il fut massacré par Phacée, général de ses troupes, qui s'empara de la royauté, et la conserva pendant vingt ans.

La deuxième année du règne de Phacée en Israël, Ozias mourut dans Juda (756). Joathan, son fils, monta sur le trône. Il l'occupa seize années, et ne cessa de marcher dans les voies du Seigneur, qui le rendit puissant et lui assujettit ses ennemis. Son fils Achaz lui succèda en 741.

L'année même où Joathan monta sur le trône, Isaïe, fils d'Amos, de la race royale1, fut marqué par Dieu pour porter sa parole au peuple : Dans l'année où mourut le roi Ozias, je vis Jéhovah sièger sur un trône sublime; le ciel était rempli de sa gloire.
Les séraphins se tenaient autour de lui. Chacun d'eux avait six ailes : deux leur cachaient le visage, deux les pieds, et avec les autres ils volaient. Et de chaque bouche sortait ceci : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées. La terre est pleine de sa gloire.
Les voûtes du ciel tremblèrent aux accents de ces voix, et le temple se remplit de fumée, comme après un immense sacrifice.
Alors je m'écriai : Malheur à moi qui habite au milieu d'un peuple souillé; car mes lèvres sont impures, et j'ai vu le Seigneur !
A ce moment un séraphin descendit vers moi; dans sa main était un charbon enflammé qu'il avait pris sur l'autel.
Il en toucha ma bouche et me dit : Ce feu a purifié tes lèvres; tes iniquités sont effacées, tes péchés te sont remis. Alors j'entendis la voix du Tout-Puissant, il disait : Qui enverrai-je ? Qui ira vers ce peuple ? Me voici, répondis-je, Seigneur; envoyez-moi.
Va, dit Jéhovah, et répète ceci à ce peuple : Vous entendrez et vous ne comprendrez pas; vous verrez et vous ne discernerez pas.
Car le coeur de ce peuple s'est endurci; ils ont fermé leurs oreilles, ils ont appesanti leurs yeux; ils n'ont pas voulu que leurs yeux pussent voir, leurs oreilles écouter, leur coeur comprendre, pour ne pas se convertir et être guéris par moi.
Et je dis alors : Jusques à quand, Seigneur, durera votre courroux ? - Jusqu'à ce que leurs villes soient désolées, leurs demeures abandonnées, leur terre déserte.

De ce jour, la mission du prophète commença, et depuis lors, jusqu'au règne de Manassé, il ne cessa d'annoncer les paroles de Jéhovah dans un langage sublime.

Achaz, prince impie et méchant, régnait dans Juda; Phacée, roi d'Israël, et Razin, prince de Damas, s'unirent contre lui. Son coeur trembla, comme dans les forêts tremble la cime des arbres que bat la tempête. Isaïe vint le rassurer : La vierge enfantera, lui dit-il, et son enfant sera appelé d'un nom de bon augure (Emmanuel, Dieu avec nous), et avant que cet enfant sache distinguer le bien du mal, tu n'auras plus rien à craindre. » Mais en même temps le prophète annonçait au roi de Juda, pour un avenir prochain, des maux plus grands. -

«Dieu sifflera la mouche d'Egypte et la guêpe d'Assyrie; elles viendront et elles rempliront toutes les vallées du pays, les cavernes et les creux des rochers.
Et puisque ce peuple ne veut pas de la source silencieuse de Siloé, Dieu amènera sur lui les grandes eaux d'un fleuve emporté. Le roi d'Assyrie montera avec toute sa puissance, et de ses pieds il foulera vos murailles.

Achaz, en effet, vit les deux rois contraints de lever le siège de Jérusalem; mais comme ils continuaient la guerre sur les frontières, le roi de Juda appela à son aide le roi d'Assyrie Théglat - Phalasar. Ce monarque réduisit le royaume d'Israël aux plus dures extrémités, et renversa celui de Syrie. Une partie des Syriens et nombre d'habitants de la Pérée et de la Galilée furent transportés en Assyrie. Mais en même temps Théglat-Phalasar ravagea Juda, qui avait imploré son assistance. Ainsi les rois d'Assyrie apprenaient le chemin de la Terre sainte; ils ne tardèrent pas à s'en promettre la conquête.

Achaz régnait encore quand Phacée, roi d'Israël, périt à son tour assassiné par Osée (730 av. J. C.). Le nouveau roi provoqua par sa conduite les menaces d'Isaïe contre son peuple :
J'avais une vigne en une terre féconde, je l'entourai d'une haie et d'un mur, et j'y mis un plant rare et excellent; puis je bâtis au milieu une tour avec un pressoir, et j'attendis qu'elle me donnât des fruits; elle ne produisit que des épines.
Et maintenant, habitants de Jérusalem, soyez juges entre ma vigne et moi. Pour elle, pouvais-je faire plus que je n'ai fait ? J'attendais de bons fruits : elle m'a donné des épines.
Mais, je vous le dis, j'arracherai la haie, et elle sera mise au pillage; je renverserai le mur et elle sera foulée aux pieds; je l'abandonnerai, et elle restera comme une terre inculte et couverte de ronces.
O maison d'Israël, vous étiez la vigne du Seigneur ! Hommes de Juda, vous étiez le plant choisi! J'attendais de vous justice, et vous n'avez été qu'ingrats !
Malheur à vous qui joignez maison à maison et domaine à domaine, en ravissant son bien à votre prochain, comme si la terre devait être pour vous seuls !
Malheur à vous, qui vous levez dès le matin pour boire et qui vous enivrez jusqu'au soir, au milieu des concerts; vous ne comprenez pas les oeuvres du Seigneur !
Aussi le peuple d'Israël sera emmené captif, et l'enfer élargira sa bouche immense, afin que tout ce qu'il y a de puissant, d'illustre, de glorieux dans Israël, y tombe précipité...
Malheur à vous, qui vous êtes enchaînés au péché, et qui traînez après vous de lourdes iniquités, comme le boeuf traîne un char pesant !
Malheur à vous, qui êtes vaillants à boire et forts pour l'ivresse ! A vous, qui pour des présents justifiez l'impie et ravissez au juste son droit !
La fureur du Seigneur s'est allumée contre son peuple; sa main s'est étendue sur lui.
Il va lever son étendard pour appeler les nations éloignées, et au sifflement de sa colère, elles accourront des extrémités de la terre.
Les voici; pour elles ni lassitude, ni travail, ni repos, ni sommeil; elles ne dénoueront pas leurs ceintures, elles n'ôteront pas les sandales de leurs pieds.
Leurs flèches sont acérées, leurs arcs sont tendus. Les pieds de leurs chevaux sont durs comme la pierre, les roues de leurs chars, rapides comme la tempête.
Elles rugiront comme des lions en se jetant sur leur proie, que nul ne pourra leur enlever.
Et alors, du milieu d'Israël, une voix s'élèvera, semblable au bruissement des flots, et vous regarderez partout sur la terre, mais vous ne verrez que ténèbres et misère.

Ailleurs le prophète dit encore : Malheur à la couronne d'injustice, aux mercenaires d'Ephraïm ! Malheur sur vous ! Fleur passagère, qui, du haut de votre tige glorieuse, êtes tombée sur la cime de vos grasses collines ! Sur vous que l'ivresse égare avant même que le vin ait touché vos lèvres ! Voici que se lève, grande et terrible, la colère du Très Haut; elle descendra sur vous comme la grêle impétueuse, comme les grandes eaux qui inondent les campagnes.
Elle sera foulée aux pieds, la couronne d'injustice, la multitude d'Ephraïm !
Elle tombera, la fleur si fière, elle tombera au sommet de sa-montagne, comme la figue meurt avant le temps.

Les menaces d'Isaïe ne tardèrent pas à s'accomplir. Sal manasar, successeur de Théglat-Phalasar, entreprit une expédition pour faire rentrer dans le devoir Israël soumis aux Ninivites depuis les dernières conquêtes. Osée consentit à payer un tribut, avec l'espérance de s'en affranchir bientôt. Il tourna les yeux vers l'Egypte pour y trouver les forces qui lui manquaient. Ce pays, conquis depuis peu de temps par les Ethiopiens, était alors gouverné par Sévéchoüs que l'Ecriture appelle Soua; mais l'alliance avec ce monarque ne préserva pas Israël du malheur qui le menaçait. A peine Salmanasar fut-il informé des négociations d'Osée qu'il repassa l'Euphrate, ravagea les terres d'Israël, et vint camper devant Samarie. La ville succomba après trois années de siège, et dès lors le royaume fut anéanti. Osée, envoyé en Assyrie chargé de chaînes, finit ses jours dans une prison, et la plus grande partie de ses sujets alla peupler les contrées situées au-delà de l'Euphrate. En même temps Salmanasar, pour s'assurer la possession du royaume conquis, y envoyait des colonies tirées des provinces soumises à son empire : elles venaient de Babylone, de Cutha, d'Hamath, d'Avah et de Sépharvaïm.

Pendant la désolation du royaume, les bêtes féroces s'étaient multipliées dans les campagnes, et les nouveaux habitants, sans cesse inquiétés, pensèrent que le Dieu d'Israël les punissait ainsi d'ignorer son culte. Ils demandèrent à Salmanasar un prêtre qui les instruisît dans la religion des vaincus; dès lors le culte de Jéhovah fut mêlé à l'adoration des divinités que ces peuples avaient révérées dans leur première patrie. Samarie fut leur principale ville. Leurs descendants, confondus avec les Juifs restés dans ce pays, furent appelés Samaritains, d'un mot syriaque et hébreu qui signifie les gardiens, parce que ces sectaires prétendaient avoir conservé la loi de Moïse avec plus de soin que les Juifs véritables.

1. C'est du moins une tradition rabbinique, qui fait du père d'Isaïe un frère du roi Amasies.

Histoire de Tobie ou Tobit

Parmi les prisonniers emmenés à Ninive par Salmanasar, se trouvait un homme de la tribu de Nephthali nommé Tobie.

Dès l'âge le plus tendre, il pratiquait religieusement la loi du Seigneur, et fuyait loin des autels élevés par Jéroboam; dans la captivité même, il n'abandonna pas la voie de la vérité; aussi Dieu lui fit-il trouver grâce devant Salmanasar.

Tobie reçut en effet une charge considérable dans la maison royale, avec la liberté d'aller où il voudrait. Après la mort de Salmanasar, Sennachérib, son fils et son successeur, maltraita les Israélites. Tobie montra alors sa charité; tous les jours il allait visiter ceux de sa nation; il les consolait et les aidait de sa fortune, nourrissant ceux qui avaient faim, vêtissant ceux qui étaient nus, et rendant les derniers devoirs à ceux qui avaient été tués. Cette pieuse conduite attira sur lui la haine du prince, et ses biens lui furent ôtés; mais quand Sennachérib eut été assassiné par ses deux fils, Tobie recouvra tout ce qu'il avait perdu, et, malgré les conseils de ses amis, il continua d'ensevelir les morts, car il craignait Dieu plus que le roi. Un jour, après avoir rendu les derniers devoirs à un Israélite qu'il avait trouvé égorgé sur la voie publique, il se coucha et s'endormit de fatigue au pied d'une muraille. Pendant son sommeil, de la fiente tomba d'un nid d'hirondelle sur ses yeux et lui enleva la vue. Ce fut une épreuve que Dieu permit, afin que sa patience servît d'exemple à la postérité, comme celle du saint homme Job. Tobie, en effet, ayant toujours craint Dieu dès son enfance, et observé ses commandements, ne murmura pas contre son malheur. Nous sommes les enfants des saints, disait-il, et nous attendons cette autre vie que Dieu doit donner à ceux qui lui restent fidèles.

Cependant, après avoir perdu la vue, il devint si pauvre que sa femme était obligée d'aller dans les maisons tisser de la toile pour fournir à leur subsistance, et ses parents ainsi que ses amis le raillaient amèrement en disant : Où donc est cette espérance qui te poussait à faire des aumônes et à ensevelir les morts? Alors Tobie, jetant un profond soupir et répandant des larmes, fit cette prière à Dieu : Vous êtes juste, O Seigneur; vos jugements et toutes vos voies ne sont que miséricorde, vérité et justice; Seigneur, souvenez-vous maintenant de votre serviteur, ne tirez point vengeance de mes péchés, et commandez que mon âme soit reçue en paix, car il m'est plus avantageux de mourir que de vivre. Puis, croyant que Dieu lui accorderait la grâce qu'il avait demandée, il appela son fils Tobie, âgé d'environ vingt ans, et lui fit connaître ses dernières volontés, ses derniers conseils :
Mon fils, souviens-toi de mes paroles : quand je serai mort, ensevelis mon corps; honore ta mère tous les jours de ta vie, en mémoire de ce qu'elle a souffert quand elle te portait dans son sein, et lorsqu'elle aura elle-même achevé de vivre, ensevelis-la auprès de moi.
Pense à Dieu chaque jour; évite le péché et observe l'équité; car si tu marches suivant la vérité et la justice, tu prospéreras en toutes tes entreprises.
Fais aumône de ton bien, et ne détourne pas ton visage du pauvre, pour que la face de Dieu ne se détourne pas de toi.
Donne selon ce que tu possèdes. Si tu as beaucoup, donne beaucoup; si tu as peu, donne peu.
Car l'aumône est un grand trésor que tu amasses pour le jour suprême, et avec lequel tu te rachèteras de la mort.
Sois chaste, mon fils, et n'épouse pas une femme étrangère; aime tes frères et bannis de ton coeur l'orgueil et la malice, car l'orgueil perd et la malice amène l'abandon et la ruine.
Ne retiens pas le salaire de l'ouvrier; NE FAIS PAS A AUTRUI CE QUE TU NE VOUDRAIS PAS QU'ON TE FIT A TOI-MÊME.
Mange ton pain avec le pauvre et partage tes vêtements avec celui qui est nu.
Demande toujours conseil aux sages et dans tous les temps bénis le Seigneur.

Ensuite il ajouta : Mon fils, quand tu étais encore enfant, j'ai prêté dix talents d'argent à Gabélus, qui demeure à Ragès, ville des Mèdes. Tobie répondit à son père : Je suis prêt à faire tout ce que vous me commanderez, mais je ne sais comment retirer cet argent; je ne connais ni Gabélus, ni le chemin qui conduit en son pays. - J'ai son obligation entre les mains; dès que tu la lui montreras, il te donnera l'argent; mais va chercher quelque homme fidèle qui fasse le voyage avec toi. Tobie sortit aussitôt et rencontra bientôt un jeune homme qui avait sa robe relevée à la ceinture, comme au moment de partir pour un voyage. Tobie ne savait pas que c'était un ange du Seigneur. Cependant il le salua et lui demanda s'il connaissait le chemin du pays des Mèdes : Je le connais, repartit l'ange, car j'ai voyagé plusieurs fois en cette contrée, et j'ai logé dans la maison de Gabélus à Ragès. Tobie se hâta de rendre cette réponse à son père, qui fit prier l'inconnu d'entrer dans sa demeure. Que la paix soit avec vous, dit l'ange en arrivant : ayez bon courage, le temps approche où Dieu vous guérira, et ne craignez point; je mènerai votre fils et le ramènerai sain et sauf. - Que Dieu soit avec vous dans le chemin, répondit le vieillard, et que son ange vous accompagne tous deux! Puis on fit les préparatifs du départ, et ils se mirent en voyage suivis du chien de la maison.

Le jeune Tobie s'arrêta la première nuit dans un lieu proche du Tigre. Il était allé s'asseoir au bord du fleuve, et y baignait ses pieds quand un poisson monstrueux s'élança vers lui pour le dévorer; il eut peur et poussa des cris, mais l'ange lui dit : Prends-le par les ouïes, tire-le sur le rivage, et maintenant ouvre ce poisson, et mets à part le coeur, le fiel et le foie, qui te seront nécessaires pour en faire d'utiles remèdes.

Quand ils approchèrent de Ragès, l'ange dit au jeune homme : Frère, nous nous arrêterons aujourd'hui. Il y a ici un homme nommé Raguel, qui est de ta tribu et ton parent; tout le bien de cet homme doit être pour toi; il faut que tu épouses Sara, sa fille unique. - Mais, reprit Tobie, j'ai entendu dire qu'elle a eu sept fiancés, et que tous sont morts tués par un démon, je craindrais pour moi le même malheur, et le chagrin que mon père et ma mère en ressentiraient les conduirait au tombeau. - Ne crains rien; je t'apprendrai sur quels hommes le démon a du pouvoir; pour toi, quand tu auras épousé Sara, passe trois nuits en prière, en ayant soin, dès la première nuit, de brûler le foie du poisson; cela suffira pour mettre le démon en fuite.

Après ces paroles, ils entrèrent chez Raguel qui les reçut avec joie : D'où êtes-vous ? leur dit-il. Apprenant qu'ils étaient de la tribu de Nephthali, et captifs à Ninive, il ajouta : Connaissez-vous Tobie, mon proche parent ? L'ange répondit : Tobie dont vous me demandez des nouvelles est le père de celui que vous voyez. Aussitôt Raguel se jeta dans ses bras en pleurant : Que le Seigneur te bénisse, mon enfant ! Car tu es le fils d'un homme de bien et d'un saint homme. Puis ils s'entretinrent quelque temps, et Raguel ordonna de tuer un mouton et de préparer le repas. Mais Tobie lui dit : Je ne mangerai ni ne boirai aujourd'hui que tu ne m'aies donné en mariage Sara, ta fille. Raguel hésitait au souvenir des sept fiancés de sa fille, quand l'ange dit : N'hésite pas à donner ton enfant à ce jeune homme qui craint Dieu; c'est à lui qu'elle est destinée; c'est pour cela que nul autre n'a pu devenir son époux. - Je connais maintenant, répondit Raguel, que Dieu, exauçant ma prière, vous a conduits ici pour que ma fille épousât une personne de sa parenté, selon la loi de Moïse. Puis il prit la main droite de Sara et la mit dans celle de Tobie en disant : Que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob soit avec vous, que lui-même vous unisse, et accomplisse en vous sa bénédiction. Après quoi l'on dressa le contrat de mariage et l'on fit un grand festin.

Cependant le lendemain, vers le chant du coq, Raguel et sa femme se levèrent pleins d'inquiétude, ne sachant si Tobie vivait encore; mais il avait suivi les conseils de l'ange : à peine entré dans la chambre nuptiale, il avait mis sur des charbons ardents le coeur du poisson avec une partie du foie; puis, joignant ses prières à celles de Sara, il avait passé la plus grande partie de la nuit à supplier le Seigneur en disant : Ayez pitié de nous, mon Dieu, ayez pitié de nous, et faites que nous vivions jusqu'à la vieillesse.

Ces prières furent exaucées, et Raguel, apprenant que Tobie vivait encore, rendit grâces au Seigneur; puis il ordonna un grand festin pour traiter ses voisins et ses amis. Tobie, cédant à ses instances, consentit à demeurer avec lui pendant deux semaines. Alors il appela l'ange, qu'il croyait un homme, et lui dit : Après tous les services que tu m'as rendus, j'ai encore une grâce à te demander : va, je te prie, chez Gabélus, recevoir l'argent qu'il nous doit et le prier de venir à mes noces. L'ange partit avec quatre serviteurs de Raguel, et ramena bientôt Gabélus, avec l'argent qu'il devait au père de Tobie.

Pendant que les parents et les amis de Raguel célébraient cette heureuse union, le père de Tobie s'alarmait de ces longs retards. Anne surtout ne pouvait se consoler. Hélas! Hélas ! s'écriait-elle en pleurant, pourquoi, mon fils, t'avons-nous envoyé si loin, toi, la lumière de nos yeux, le bâton de notre vieillesse, l'espérance de notre maison? Et tous les jours elle allait au loin sur le chemin pour le voir revenir. Après que les deux semaines promises à Raguel furent écoulées, Tobie pressa le départ. Mon père compte les jours, disait-il, et si je tardais, il en aurait une tristesse trop grande. Raguel lui remit alors Sara avec la moitié de tous ses biens; et il dit à sa fille : Honore ta nouvelle famille; tu as maintenant un autre père et une autre mère; fais qu'il ne me vienne de toi que de bonnes nouvelles. - Mon fils, disait encore à Tobie la mère de Sara, que le saint ange de Dieu soit sur ton chemin et qu'il te conduise heureusement au terme du voyage. Puissent mes yeux voir tes enfants avant que je meure ! Je te confie ma fille, ne lui sois jamais un sujet d'affliction.

Tobie marchait depuis dix jours et approchait de Ninive quand l'ange lui dit : Prenons ensemble les devants, et emporte le fiel du poisson que tu as tué. Ils s'avancèrent donc d'un pas rapide, précédés par le chien qui les avait accompagnés dans tout le voyage. Mais Anne, assise près du chemin, sur le haut d'une colline, le vit et le reconnut aussitôt. Elle courut vers son mari en s'écriant : Voici ton fils qui revient. Au même instant arriva le chien de la maison qui les précédait, comme pour annoncer leur retour et qui témoignait sa joie par ses caresses et ses aboiements. Le vieillard, tout aveugle qu'il était, se leva, et se mit à courir, mais il heurtait du pied à chaque pas; alors prenant la main d'un serviteur, il se fit conduire au-devant de son fils. Quand ils se furent rejoints, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et versèrent des larmes, en adorant le Seigneur.

Alors Tobie, suivant les conseils de son guide, prit le fiel du poisson, en frotta les yeux de son père, et au bout d'une demi-heure, une petite peau blanche qui les couvrait se déchira, et la vue lui fut rendue. Tous rendirent grâces à Dieu; le vieillard disait : Je te bénis, Seigneur, de ce que tu m'as châtié et de ce que tu m'as guéri; maintenant je vois de mes yeux Tobie, mon fils, mon seul enfant. Il ne savait pas, en effet, qu'il eût épousé Sara, la fille de Raguel, son parent. Elle arriva bientôt, et aussitôt la famille entière commença, avec ses amis et ses proches, des réjouissances qui durèrent sept jours. Après ce temps, Tobie appela son fils : Que donnerons-nous, dit-il, à cet homme qui t'a conduit ?- Quand je lui donnerais la moitié de tout ce que j'ai rapporté, répondit-il, ce me serait pas trop encore.- Fais ainsi, reprit le vieillard. L'ayant donc pris à part, ils le conjurèrent d'accepter la moitié de leurs biens; alors l'ange se fit connaître : Pendant que tu adorais Dieu avec larmes, dit-il au vieillard, et que tu ensevelissais les morts, je présentais tes prières au Seigneur; tu lui étais agréable, et dès lors il a été nécessaire que tu fusses éprouvé par l'affliction; mais le Seigneur m'a envoyé pour te guérir. Je suis Raphaël, l'un des sept anges toujours présents devant la face de l'Eternel. A ces mots, saisis de frayeur, ils tombèrent le visage contre terre; mais l'ange leur dit : La paix soit avec vous; ne craignez point; seulement, bénissez Dieu et publiez toutes ses merveilles. Puis il disparut, les laissant pleins d'étonnement et de reconnaissance.

Tobie célébra, dans un cantique, ces merveilles et les espérances qu'elles faisaient naître en son coeur pour l'avenir de son peuple :
Ayez confiance dans le Seigneur, enfants d'Israël !Vous êtes dispersés parmi les nations, mais célébrez sa gloire, exaltez devant tous son saint nom, et il nous ramènera de notre dispersion.
Jérusalem ! Cité de Dieu ! Il a frappé tes enfants à cause de leurs iniquités, mais il aura miséricorde pour les fils des justes!
Aie confiance, O Jérusalem, dans le roi des siècles, et il relèvera dans tes murs son tabernacle, et il enverra la joie aux pauvres captifs.
Alors les nations viendront des plus lointains pays pour adorer le Seigneur; dans leurs mains elles porteront des présents, des présents pour le roi du ciel.
Jérusalem ! Tu seras bâtie de saphirs et d'émeraudes; tes murs seront de pierres précieuses; tes tours et tes créneaux d'or pur; tes places seront pavées de béryl et d'escarboucles, et de toutes tes voies s'élèveront les louanges du Très-Haut !

Tobie vécut longtemps encore après ces événements. Il vit les enfants de ses petits-fils, et ses derniers jours s'écoulèrent dans une sainte joie. Quand le moment de sa mort fut venu, il réunit autour de lui sa famille entière, lui prédit la ruine prochaine de Ninive, le retour des Israélites dans la terre promise, le rétablissement du temple et de la foi; puis il recommanda à son fils d'abandonner cette ville coupable aussitôt que sa mère serait déposée dans le tombeau.

Le jeune Tobie quitta en effet Ninive après la mort de sa mère, et se rendit, avec toute sa famille, chez Raguel, auquel il ferma les yeux quand le terme de ses jours fut venu. Lui même il mourut à l'âge de cent vingt-sept ans, après avoir toujours marché dans les voies du Seigneur.

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