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La loi

Le Sinaï

Au troisième mois, depuis la sortie d'Egypte, les Israélites s'éloignèrent de Raphidin, et vinrent au désert de Sinaï camper en face de la montagne du Seigneur. Moïse la gravit, et entendit ces paroles sortir de la bouche divine : Tu diras aux fils de Jacob : Vous avez vu ce que j'ai fait en Egypte; comme l'aigle emporte ses aiglons sur ses ailes, je vous ai pris; et, maintenant, si vous gardez mes commandements, vous serez mon peuple élu. Je viendrai à vous dans la nuée, et vous entendrez mes paroles. Va donc, toi mon serviteur; aujourd'hui et demain, purifie le peuple, et fixe autour de la montagne des limites; quiconque les passera sera puni de mort.

Le troisième jour, quand l'aurore commença de poindre, une nuée immense et sombre couvrit le Sinaï; de cette nue sortaient de grandes voix mêlées au fracas de la foudre et aux éclats des trompettes. Toute la montagne semblait de feu; Moïse, cependant, monta : et Dieu lui donna ses commandements.

Le Décalogue

Les dix plaies d'Egypte

Je suis l'Eternel, ton Dieu, qui t'ai tiré de l'Egypte, de la maison de servitude :

I. Tu n'auras point d'autres dieux que moi, le Seigneur.

II. Tu ne te feras point d'idoles ni d'images de ce qui est au ciel ou sur la terre, ou dans les eaux; tu ne les adoreras point, et tu ne leur rendras point le culte souverain, car je suis l'Eternel, ton Dieu, Dieu jaloux qui punit l'iniquité des pères dans les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération, mais qui fait miséricorde jusqu'à la millième génération à ceux qui m'aiment et qui observent mes commandements.

III. Tu ne proféreras pas en vain le nom de l'Eternel ton Dieu.

IV. Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat. Tu travailleras durant six jours, mais le septième jour est celui du repos consacré au Seigneur.

V. Honore ton père et ta mère afin que tu vives longuement.

VI. Tu ne commettras point de fornication.

VII. Tu ne déroberas point.

VIII. Tu ne tueras point.

IX. Tu ne porteras pas faux témoignage contre ton prochain, et tu ne l'opprimeras pas par violence. Tu ne médiras pas du sourd, et tu ne mettras rien devant l'aveugle pour le faire tomber.

X. Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni aucune des choses qui lui appartiennent. Et tout le peuple entendait la voix et les trompettes retentissantes; il voyait les lampes ardentes et la montagne couverte de feux; et plein de terreur, il se tenait au loin. Quand Moïse reparut : Parle-mous, lui dirent-ils, de peur que si le Seigneur nous parle encore, nous ne mourrions. - Soyez fermes dans votre foi, leur dit-il, Dieu est venu vers vous pour vous éprouver, pour que la crainte de sa colère vous arrête dans le péché. Et il remonta et entra dans la nue où était le Seigneur, qui lui donna ses autres commandements.

Lois religieuses, le Sabbat, l'année sabbatique, le Jubilé

Vous ne ferez point des dieux d'argent ou d'or.

Mon autel sera de terre ou de pierres mon taillées, vous y immolerez les premiers-nés de vos boeufs et de vos brebis1. La victime sera mangée le même jour, et ce qui en restera sera brûlé; car celui qui le lendemain en mangerait porterait la peine de son impiété.

Vous poursuivrez les magiciens et vous immolerez celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu'au Seigneur.

Ne jurez point par les dieux étrangers, et que celui qui blasphémera mon nom périsse.

Trois fois chaque année vous célébrerez des fêtes en mon honneur, et au mois des blés nouveaux vous mangerez durant sept jours des pains sans levain. Trois fois l'an, chaque homme de vos tribus viendra se présenter devant moi2.

Six ans de suite vous sèmerez votre champ; mais la septième année, ce sera le sabbat de la terre, alors vous ne moissonnerez point vos blés, ni vous ne vendangerez vos vignes. Vous compterez aussi sept semaines d'années, c'est-à-dire quarante-neuf ans, et au dixième jour du septième mois, qui est le temps de la fête des expiations, vous ferez sonner du cor dans tout le pays, car ce sera l'année du jubilé. Alors vous publierez la liberté générale, et tout homme rentrera dans les biens qu'il avait possédés.

Quand vous vendrez quelque chose à un de vos frères, vendez-lui en proportion du temps qui reste à courir jusqu'au jubilé. Plus il restera d'années, plus le prix augmentera.

La terre ne se vendra donc jamais à perpétuité, parce qu'elle est à moi et que vous n'êtes que comme des étrangers à qui je la loue. C'est pourquoi tout fonds ne se vendra que sous condition de rachat.

1. Ils pouvaient être rachetés, excepté ceux de la chèvre et de la brebis, pour une légère somme donnée aux prêtres (Nomb., XVIII, 17)

2. Nous verrons plus loin l'importance historique de cette loi qui doubla la force du royaume de Juda.

Lois pénales; peine du talion

Celui qui, volontairement, frappera à mort, mourra, même se fût-il réfugié à mon autel1.

Celui qui aura tué sans dessein prémédité aura un lieu de refuge que je lui montrerai.

Celui qui frappera et maudira son père ou sa mère, qui enlèvera de force un enfant d'Israël et le vendra, sera puni de mort.

Celui qui, dans une querelle, blessera son adversaire, lui payera les frais de maladie avec une indemnité pour le temps de travail perdu.

Si un homme frappe jusqu'à ce que mort s'ensuive son esclave ou sa servante, il sera coupable de meurtre; il ne le sera plus s'ils survivent un jour ou deux, car ils étaient son bien.

Si un homme frappe une femme enceinte, et qu'elle mette au monde un enfant non formé, il payera l'amende que le mari fixera; si l'enfant était viable, il donnera âme pour âme.

Toujours il sera rendu oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure

Si un boeuf tue un homme d'un coup de corne, il sera lapidé. Si le maître savait son boeuf vicieux et ne l'avait pas enfermé, il sera puni de mort. Pour l'esclave tué par le boeuf, le maître payera trente sicles d'argent.

Celui qui volera un boeuf pour le tuer ou le vendre en rendra cinq.

Si le voleur est tué au moment où il force la porte, il n'y a pas d'homicide.

Qui tuera le voleur en plein jour mourra.

Si le voleur n'a pas de quoi rendre ce qu'il a volé, il sera vendu. Si l'on trouve vivant chez lui ce qu'il a pris, il rendra au double.

Quiconque laissera paître son âne dans le champ de son voisin, ou sera cause d'un incendie, payera le dommage.

Si quelqu'un met en dépôt chez un autre un boeuf, ou un mouton, et qu'ils meurent ou soient enlevés par l'ennemi, le dépositaire fera serment devant les juges qu'il n'a rien pris, et il sera cru. Si ce qu'il avait en garde est dérobé, il devra un dédommagement.

Si quelqu'un séduit une vierge, il l'épousera ou donnera au père assez d'argent pour lui faire une dot.

1. Si l'on trouvait un cadavre dans un champ sans qu'on pût découvrir l'assassin, les anciens de la ville immolaient une jeune vache et se lavaient les mains sur la victime, en disant : «Oh ! Seigneur ! Nos mains n'ont pas répandu ce sang, nos yeux ne l'ont pas vu répandre, ne nous impute pas l'effusion du sang innocent.» (Deutéronome, XXI, 4-8.)

Justice et charité

Justice et charité

Les juges ne recevront point les paroles de mensonge; ils ne feront point alliance avec l'impie pour porter en sa faveur un faux témoignage.

Vous ne ferez point le mal pour plaire à la multitude, et vous ne parlerez pas comme la foule, pour refuser justice.

Vous refuserez les présents, car ils rendent aveugle celui qui voit, et ils corrompent les jugements du juste.

Vous n'aurez ni faux poids, ni fausses mesures.

Vous ne conserverez pas le souvenir de l'injure, mais vous aimerez votre prochain comme vous-même1.

Vous rendrez le bien pour le mal2.

Point de haine entre vous et votre frère, point de calomnie ni de vengeance.

Si la pauvreté réduit votre frère à se vendre à vous, vous ne le traiterez pas comme un esclave, mais comme un mercenaire et un fermier; il travaillera chez vous jusqu'à l'année du jubilé, et alors il sortira avec ses enfants pour retourner à sa famille et à l'héritage de ses pères.

Si vous prêtez à un frère pauvre, vous ne le presserez point pour en obtenir restitution, et vous ne lèverez point sur lui d'intérêts3.

Si votre prochain vous a donné ses vêtements en gage, vous les lui rendrez avant le coucher du soleil; car c'est le seul habit dont il puisse couvrir sa nudité, celui dans lequel il dort, et s'il criait vers moi, je lui serais miséricordieux.

Vous ne recevrez point engage la meule du moulin, car celui qui vous la donne vous donne sa propre vie.

Vous ne retiendrez pas un seul jour le salaire de l'ouvrier.

Vous protégerez la veuve et l'orphelin; si vous les offensiez, leurs cris viendraient jusqu'à moi, et j'écouterais leurs gémissements, et ma colère serait implacable. Vous péririez par le glaive; vos femmes à leur tour et vos enfants seraient veuves et orphelins.

Vous ensemencerez vos terres pendant six ans, et vous en recueillerez les fruits dont vous m'offrirez les prémices; mais la septième année vous ne prendrez rien de ce que la terre produira, afin que ceux qui sont pauvres trouvent à se nourrir, et que ce qui restera serve de pâture aux bêtes et aux oiseaux du ciel; vous ferez de même pour vos vignes et vos oliviers.

La dîme appartient aux prêtres du Seigneur. Mais chaque troisième année, ils la partageront avec l'étranger, la veuve et l'orphelin.

Quand vous ferez la moisson, vous ne couperez pas jusqu'au pied ce que la terre donne, et vous ne ramasserez pas les épis qui seront tombés derrière vous; vous ne cueillerez pas dans vos vignes les grappes oubliées sur le cep; mais vous les laisserez prendre au pauvre et à l'étranger.

Vous travaillerez durant six jours, le septième sera jour de repos, pour que votre boeuf et votre âne, pour que le fils de votre servante et l'étranger se reposent et réparent leurs forces4.

Si vous rencontrez le boeuf de votre ennemi ou son âne égarés, vous les lui ramènerez. Si vous voyez l'âne de votre ennemi tombé sous le faix, vous ne passerez pas outre, mais vous le relèverez avec son fardeau.

Vous ne lierez pas la bouche du boeuf qui foule votre grain dans l'aire.

Vous ne labourerez point avec un boeuf et un âne attelés ensemble.

Si, passant par un chemin, vous trouvez sur un arbre ou à terre le nid d'un oiseau et une mère couvant ses oeufs ou réchauffant ses petits, vous prendrez les petits, mais vous me retiendrez point la mère, afin que vous-mêmes vous soyez heureux et contents.

Vous n'égorgerez pas la génisse en même temps que ses petits, et vous ne cuirez pas le chevreau dans le lait de sa mère5.

Quand vous bâtirez une maison, vous ferez un petit mur autour du toit, afin que personne me puisse en tomber et mourir.

Levez-vous devant ceux qui portent des cheveux blancs, et honorez les vieillards par crainte du Seigneur.

1. Exode, XXIII, 4 et 5; Lévitique, XIX, 18. Tobie dira plus tard, Iv, 15 : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même".

2. Exode, XXIII, 4-5. Ce n'est pas là le texte même de la loi, mais le sens qu'on peut très-légitimement tirer des paroles de Moïse.

3. Dans le Deutéronome, chap. XXII, la permission de l'usure est accordée envers l'étranger.

4. En Italie, il y avait à peine par année dix jours de repos pour les esclaves. «C'est bien assez, disait Denys d'Halicarnasse, pour que de telles marques d'humanité rendent les esclaves dociles.»

5. Lévitique, XXII, 28; Exod., XXIII, 19, 26; Deutéronome, XIV, 21; voyez aussi l'ouvrage de Philon, de Charitate.

Lois relatives à l'esclave et à l'étranger

Si vous achetez un esclave hébreu, il vous servira six années, la septième il sera libre, et avec lui partiront la mère et les enfants qu'il avait en entrant en servitude. Si le maître lui a donné une épouse, et que de cette union des enfants soient nés, la femme et les enfants resteront au maître, à moins que l'esclave ne dise : J'aime mon maître, j'aime ma femme et mes enfants, je ne veux pas m'en aller seul. Alors le maître lui percera l'oreille, et il demeurera son esclave à toujours.

Le maître ne vendra pas à un homme d'origine étrangère la fille qu'il a achetée pour en faire sa servante.

Si un maître crève un oeil ou casse une dent à son esclave, l'esclave sera libre1.

Ne livrez point l'esclave échappé, mais traitez-le avec bonté et laissez-le habiter au milieu de vous2.

Ne renvoyez pas, les mains vides, l'esclave à qui vous donnerez la liberté. Qu'il reçoive de vous pour sa route quelque chose de vos troupeaux, de votre grange et de votre pressoir, car ce sont des biens que vous devez à la bénédiction de l'Eternel.

Si un étranger vient au milieu de vous, vous ne le tourmenterez, ni ne l'affligerez. Il sera parmi vous comme un des vôtres et vous l'aimerez autant que vous-mêmes, vous souvenant que vous aussi vous avez été étrangers en la terre d'Egypte3.

Vos juges rendront juste sentence entre l'Hébreu et son frère; mais aussi entre l'Hébreu et l'étranger4.

Vous aimerez l'étranger et vous lui donnerez vêtement et nourriture. Tous les trois ans, le Lévite partagera la dîme avec lui5.

A vos festins de réjouissance devant le Seigneur, vous appellerez votre fils et votre fille, votre esclave et votre servante, le Lévite et l'étranger, l'orphelin et la veuve, vous souvenant que vous aussi vous avez été esclaves en la terre d'Egypte6.

L'étranger qui viendra au milieu de vous fera les mêmes sacrifices et les mêmes oblations que vous et que vos enfants7. Car il n'y a qu'une seule et même loi, une loi éternelle pour vous et pour l'étranger qui habite en votre pays. Vous et lui vous êtes égaux devant Dieu8.

Quiconque frappera de mort mourra, l'indigène comme l'étranger, car la même loi est pour tous deux9.

Les villes de refuge seront ouvertes à l'étranger, comme à l'indigène.

1. Exode, XXI, 20, 27.

2. Deutéronome, XXII, 16.

3. Lévitique, XIX, 33-34.

4. Deutéronome, 1, t6; Cf. ibid., XXIV, 17.

5. Deutéronome, X, 19; XIV, 29.

6. Deutéronome, XV; 11-14.

7. Alexandre, plusieurs rois d'Egypte et Auguste sacrifièrent dans le temple.

8. Nombres, XV, 14-15. L'étranger avait aussi le droit d'assister aux lectures solennelles de la loi. Cependant, tant qu'il restait incirconcis, il ne pouvait, en droit, posséder une propriété territoriale.

9. Lévitique, XXIV, 22.

Proscription des Chananéens

Si vous gardez mes commandements, mon ange vous conduira dans la terre que je vous ai promise. Les limites que je vous fixerai seront depuis la mer Rouge jusqu'à celle des Philistins, et depuis le désert jusqu'au grand fleuve d'Euphrate. Tous les habitants de cette terre, je les livrerai entre vos mains et je les mettrai en fuite. Vous ne ferez point d'alliance avec eux ni avec les dieux qu'ils adorent, et pendant trois années vous ne toucherez point aux fruits des arbres que vous y aurez plantés, parce qu'ils seront impurs; les fruits de la quatrième année me seront consacrés; ceux de la cinquième seront pour vous.

Moïse reste quarante jours sur le mont Sinaï

Moïse, après avoir rapporté au peuple les paroles du Seigneur, les écrivit dans le livre de l'Alliance; il éleva un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus. Pendant que les jeunes gens d'Israël offraient l'holocauste et immolaient les victimes du salut, Moïse, avec Josué1, Aaron, Nadab, Abiud et les 70 anciens, monta de nouveau sur le Sinaï; mais il gravit seul jusqu'à la cime, où il resta 40 jours et 40 nuits. Il y reçut les préceptes touchant la construction du tabernacle, de l'arche d'alliance, de la table des pains de proposition et du chandelier d'or. La composition de l'huile sainte et des parfums, la forme de l'autel des holocaustes et des parvis; celle des vêtements sacerdotaux, avec le rational, l'éphod2 et la mitre, furent prescrites, ainsi que les rites pour la consécration d'Aaron comme pontife suprême, pour celle de ses fils et de leur postérité comme prêtres du Très-Haut. La part qui leur serait due dans les sacrifices fut déterminée : c'était l'épaule droite et la poitrine des victimes. Un sacrifice perpétuel du matin et du soir, sur l'autel où le feu ne devait jamais cesser, fut institué; et le Seigneur promit d'être présent au tabernacle et de rendre de là ses commandements. Sur son ordre, Moïse établit le dénombrement; chaque Israélite, âgé de plus de 20 ans, devait donner, riche ou pauvre, pour le rachat de son âme, la moitié d'un didrachme de 20 oboles, et cet argent dut être réservé pour les usages du tabernacle.

1. Exode, XXI, 26-27.

2. Pour l'éphod que le grand prêtre portait sur le haut de la poitrine et du dos, ainsi que sur les deux épaules et où étaient gravés, sur deux pierres d'onyx, les noms des douze tribus, voy. l'Exode, chap. XXVIII, S 6-12. Pour le rational, sur lequel étaient écrits, Sagesse et Vérité, et qui était suspendu à l'éphod, voyez même livre et même chapitre, S 15-30.

Adoration du Veau d'Or

L'Adoration du Veau d'Or
L'Adoration du Veau d'Or
Nicolas Poussin

Cependant le peuple, ne voyant pas Moïse redescendre de la montagne, se leva contre Aaron et lui dit : Faites-nous des dieux qui marchent devant nous, car pour ce qui est de Moïse, cet homme qui nous a fait sortir d'Egypte, nous ne savons ce qu'il est devenu. Aaron céda à leurs clameurs, et ayant reçu les pendants d'oreilles de leurs femmes et de leurs filles, il les fondit et en forma un veau d'or, autour duquel tout le peuple sacrifiait et dansait en disant : Israël, voici tes dieux qui t'ont fait sortir du pays d'Egypte.

Le Seigneur, irrité de l'impiété des Hébreux, voulait les exterminer; mais Moïse l'implora : Que votre colère, ô Seigneur, ne s'enflamme pas contre ce peuple que vous avez tiré d'Egypte. Souvenez-vous d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; souvenez-vous, Seigneur, des promesses que vous leur avez faites, et retenez votre indignation. Et il descendit de la montagne, les tables de la loi à la main; mais quand en approchant du camp il vit le veau d'or et les danses du peuple, transporté d'une indignation sainte, il brisa les tables, renversa le veau d'or et le réduisit en poudre; puis, cette poudre, il la jeta dans l'eau dont le camp s'abreuvait et força tous les Israélites à en boire, afin de leur inspirer plus de mépris pour l'idole.

Pour chasser par la terreur ces dangereux souvenirs de l'idolâtrie d'Egypte, Moïse se plaça à la porte du camp et s'écria : Que vienne à moi quiconque est pour l'Eternel. Tous les enfants de Lévi accoururent. Ainsi parle l'Eternel, ajouta-t-il : Que chacun ceigne son épée; passez et repassez dans le camp d'une porte à l'autre, et tuez sans pitié. Les enfants de Lévi firent ainsi que Moïse leur avait commandé, et il périt du peuple en ce jour environ 3000 hommes.

Après cette exécution sévère, Moïse remonta sur le Sinaï avec deux tables sur lesquelles Dieu écrivit de nouveau sa loi. Il resta encore 40 jours et 40 nuits sur la montagne sans que le pain et l'eau approchassent de ses lèvres; et cette fois il vit le Seigneur. Laissez-moi contempler votre gloire, avait-il dit au Très-Haut, et l'Eternel lui avait répondu : Je te montrerai ma magnificence, je proclamerai devant toi la majesté du Seigneur; mais tu ne verras pas mon visage, car il n'est pas d'homme qui puisse le voir et vivre. Il y a là-haut un rocher; tiens-toi debout à l'entrée de la caverne, et quand mon éclat passera, ma main te couvrira; quand je serai passé, je retirerai ma main et tu me suivras du regard. Ma face, nul mortel ne peut la voir. Alors le Seigneur descendit dans la nue et passa devant lui, tandis qu'une voix s'écriait : Dieu de miséricorde, Dieu de bonté et de patience, la pureté même est impure devant toi. Tu punis les crimes des pères dans les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération, mais tu gardes le souvenir du bien pendant la plus longue postérité.

Durant cette contemplation du Très-Haut dans sa gloire, le visage de Moïse était devenu resplendissant. Aussi, quand il redescendit au milieu d'Israël, tous, Aaron et le peuple, s'éloignèrent avec crainte en voyant les rayons que lançait son visage. Depuis lors, il fut obligé de voiler sa face toutes les fois qu'il paraissait devant le peuple, mais il ôtait le voile quand il entrait dans le tabernacle pour parler au Très-Haut qui l'écoutait comme un ami écoute son ami.

Le Tabernacle

Pour la construction du tabernacle, chacun des Israélites, selon sa fortune, apporta son offrande : c'était de l'argent, de l'or ou de l'airain, des étoffes de diverses couleurs, des peaux teintes, des bois, des aromates, des pierres précieuses, et tel était le zèle, que Moïse dut arrêter lui-même les offrandes.

Il appela alors Béséléel, de la tribu de Juda, et Elab, de la tribu de Dan, que le Seigneur avait désignés lui-même et remplis de la science nécessaire pour faire tous les objets destinés au culte de la nouvelle loi, et à la construction du temple portatif qui allait être à la fois le symbole de l'unité religieuse et de l'unité nationale. Ces objets étaient au nombre de sept :
1° le tabernacle;
2° l'arche d'alliance;
3° le chandelier d'or;
4° la table des pains de proposition;
5° l'autel des parfums;
6° l'autel des holocaustes;
7° le vase d'airain.

Le tabernacle, ou temple portatif, était une tente d'étoffe précieuse couverte d'une autre étoffe de poil de chèvre sur laquelle on étendait des peaux d'animaux pour la garantir des injures de l'air. Un voile partageait le tabernacle en deux parties, le saint ou lieu saint, qui avait vingt coudées de long, et le sanctuaire ou le lieu de la parole, nommé aussi le saint des saints, qui n'en avait que dix. Dans cette seconde partie était placée l'arche d'alliance. C'était un coffre de bois de Sittim de deux coudées et demie en longueur sur une et demie en largeur et en hauteur. Il était tout revêtu d'or et portait sur ses deux côtés deux chérubins d'or aux ailes étendues. Il renfermait les tables du Décalogue, la verge d'Aaron, et de la manne qui avait nourri le peuple dans le désert. A côté de l'arche, Moïse plaça le livre de la loi, tout entier écrit de sa main. La partie supérieure de l'arche s'appelait le propitiatoire. C'est là que Dieu se rendait sensible, c'est de là qu'il rendait ses oracles. Dans la première partie du tabernacle appelée le saint, on voyait d'un côté le chandelier d'or à sept branches, de l'autre une table d'or sur laquelle étaient douze pains de proposition qu'on renouvelait tous les jours de sabbat et qui étaient comme un hommage des douze tribus. Au milieu de cette première partie était l'autel des parfums. Au dehors et à l'entrée du tabernacle, dont la porte était tournée vers l'orient, s'élevait l'autel des holocaustes sur lequel on brûlait la chair et la graisse des victimes. Entre cet autel et le tabernacle se trouvait un grand bassin d'airain où les prêtres se lavaient avant d'exercer les fonctions de leur ministère. L'espace qui était autour du tabernacle s'appelait le parvis. Il était fermé d'une enceinte de rideaux soutenus par des colonnes d'airain que surmontaient des chapiteaux d'argent; cette enceinte avait 100 coudées de long sur 50 de large. Le tabernacle proprement dit n'avait que 30 coudées de long sur 12 de large et 10 de haut.

L'ouvrage terminé fut soumis à Moïse, qui l'approuva, et le premier jour de la seconde année depuis la sortie d'Egypte, le tabernacle fut dressé.

Consécration d'Aaron

Aaron, frère de Moïse, fut consacré devant tout le peuple comme souverain pontife, et ses fils, au-dessous de lui, comme sacrificateurs. Mais deux d'entre eux, Nadab et Abiud, qui n'avaient pas suivi les rites ordonnés, périrent consumés par un feu sorti du sanctuaire1.

Dès lors le culte commença; la nuée sainte descendit sur le tabernacle, et la gloire de l'Eternel le remplit. Cette nue allait encore guider les Hébreux. Lorsqu'en effet leur voyage recommença, les Israélites suspendaient leur marche dès qu'elle s'arrêtait; quand elle s'élevait et avançait, ils se remettaient en route. Le jour c'était un nuage; la nuit c'était une flamme que tout Israël voyait au-dessus de la tente sainte.

1. La grande sacrificature devait être héréditaire dans la ligne d'Eléazar, le fils aîné d'Aaron. Si Moïse donna cette charge à Aaron, c'est que son frère avait joué après lui le principal rôle dans la délivrance des Hébreux. Mais le législateur ne fit rien pour ses deux propres fils Gersam et Eliézer, desquels il n'est jamais question dans l'Ecriture. On sait seulement (Paralip., I, chapitre xxIII, 14-17), qu'ils étaient compris parmi les Lévites, et qu'Eliézer eut une nombreuse postérité.

Prescription du Lévitique

Les 27 chapitres que le Lévitique renferme sont consacrés à l'explication des rites et au développement de la loi. Moïse y revient sur l'entretien du feu perpétuel1, l'interdiction du vin aux prêtres, la distinction des animaux purs et impurs2, sur la lèpre et les impuretés légales; sur la défense de sacrifier ailleurs qu'à l'entrée du tabernacle; sur celle d'imiter les coutumes de l'Egypte ou de Chanaan, et de sacrifier aux faux dieux; sur les défauts corporels qui excluent du sacerdoce; sur le jeûne qui doit être célébré le dixième jour du septième mois, sur la prière, la confession des péchés devant Dieu; enfin sur les sacrifices au nombre desquels se trouve celui du bouc émissaire, qui devait emporter dans le désert, au milieu des ennemis d'Israël, toutes les iniquités du peuple de Dieu. Le grand prêtre, dit Moïse, recevra de tout le peuple deux boucs pour le péché. Il jettera le sort sur eux, afin de savoir lequel sera immolé pour le péché et lequel sera le bouc émissaire; celui-ci, il l'offrira vivant au Seigneur; et lui ayant mis les deux mains sur la tête, il confessera toutes les iniquités des enfants d'Israël, et il en chargera avec imprécation la tête de ce bouc; puis il le fera conduire au désert, où il sera laissé libre3

Le Lévitique donne aussi les prescriptions pour les fêtes solennelles à la Pâque (sortie d'Egypte), de la Pentecôte (la loi donnée, 50 jours après, sur le Sinaï), des Tabernacles (séjour au désert) et de l'Expiation. Ces fêtes avaient un double but politique et religieux; car, pour les célébrer, toutes les tribus devaient se réunir devant l'arche, gage de l'unité nationale, et fraterniser ainsi quatre fois chaque année sous les yeux de l'Eternel. Les psaumes célèbrent souvent ce concours des tribus dans la ville sainte avec les chants, les danses et les festins sacrés, devant le temple du Seigneur. Je me suis réjoui avec ceux qui m'ont dit : Levons-mous et allons à la maison du Seigneur. Nos pieds ont franchi ton seuil, O Jérusalem, cité magnifique ! Les tribus sont montées vers toi, les tribus du Seigneur qui vont à la fête en mémoire d'Israël pour rendre gloire au nom du Très-Haut! Que l'abondance soit pour ceux qui t'aiment, O Jérusalem ! Que la paix habite tes maisons superbes; que les bénédictions du ciel descendent sur tes tours élevées4.

Que tes tentes sont belles, O Seigneur! Mon âme est enflammée de désirs; mon coeur languit après tes sacrés parvis. Comme l'oiseau qui a trouvé une demeure, comme la tourterelle qui a découvert le nid où ses petits grandiront, ainsi je soupire après tes autels, O Seigneur, O mon roi !

Heureux qui habite en ta demeure, il peut te louer sans cesse; heureux qui suit la route tracée pour arriver à toi; il grandira en vertu, car il aura vu dans Sion le Dieu des dieux.

Un seul jour passé dans tes parvis vaut mieux que mille écoulés ailleurs.

1. Ce feu servait à allumer le bois sur l'autel des sacrifices.

2. Dans les pays d'un climat brûlant la chair de certains animaux est malsaine. Moïse défendit aux Hébreux cette nourriture. Du nombre des animaux réputés impurs étaient tous ceux dont la corne du pied n'était pas fendue; de plus, le cochon, le lapin, le lièvre et les reptiles. Des défenses analogues se retrouvent chez divers peuples de l'Orient.

3. Lévitique, V, 5; XVI, 21.

4. Cantieum graduum, 421.

Le livre des Nombres; les lévites

Au Lévitique succède le livre des Nombres, le quatrième ouvrage de Moïse. Il s'ouvre, en effet, par le dénombrement de tout Israël, opération nécessaire pour établir l'ordre dans la marche et les campements, pour l'administration de la justice et la conservation des généalogies. Moïse compta 603550 hommes qui devaient être prêts à saisir les armes pour courir à l'ennemi. Mais, par une de ces précautions qui révèlent l'homme au coeur aimant dans l'austère législateur, il dispensa du service militaire celui qui aurait bâti une maison dont l'inauguration n'aurait pas encore été faite, ou planté une vigne dont il n'aurait pas encore goûté les fruits, ou célébré ses fiançailles avec une femme qu'il n'aurait pas encore épousée. Pour celui-là, dit-il, qu'il s'en aille et retourne à sa demeure, afin qu'un autre ne fasse pas la dédicace de sa maison et ne goûte le premier aux fruits de sa vigne, afin qu'un autre n'épouse pas sa fiancée.

La tribu de Lévi, celle à laquelle appartenaient le législateur et Aaron le grand prêtre, ne fut pas comprise dans ce dénombrement; car Dieu avait dit à Moïse : Au jour où j'ai frappé les aînés du pays d'Egypte, je me suis réservé les premiers-nés d'Israël. Je prends les lévites à leur place. Qu'ils servent donc Aaron, le grand pontife, qu'ils soient chargés de toutes les fonctions de mon culte et du service du tabernacle. Ils camperont autour de l'arche; à chaque départ, ils plieront la tente sainte, et durant la marche, ils la porteront avec les objets sacrés. A chaque station, ils la dresseront pour desservir le temple portatif. Si un profane en approche, il mourra1.

1. Le corps sacerdotal était composé du grand prêtre des prêtres ou sacrificateurs et des lévites. Le grand prêtre devait être, comme tous les prêtres, de la famille d'Aaron; il était consacré par l'onction sainte, l'imposition des mains et l'aspersion du sang des victimes. Il n'entrait qu'une fois l'an dans le saint des saints. Quand il consultait le Seigneur, il s'arrêtait devant le voile qui séparait le saint des saints du reste du sanctuaire. Il devait, comme les prêtres, être exempt de défauts physiques, d'infirmités, se garder de toute souillure, éviter le contact des morts, et n'épouser qu'une vierge. Les prêtres immolaient les victimes et accomplissaient les sacrifices de péché, de delit et de reconnaissance. L'épaule droite et la poitrine de la victime leur étaient réservées; mais, dans les holocaustes, tout devait être consumé. Il y avait aussi des sacrifices non sanglants, des oblations de pure farine et des libations de vin. - Les lévites, répandus dans quarante-huit villes, instruisaient le peuple et commentaient la loi. Comme elle était civile aussi bien que religieuse, c'étaient eux qui expliquaient le droit. Moïse les avait exclus du partage de la terre promise, mais le peuple leur devait la dîme des produits de la terre. - Il y avait en outre des serviteurs volontaires du temple, et les Nazaréens ou Naziréens qui étaient consacrés pour un certain temps au Seigneur, du gré de leurs parents ou du leur. Ils devaient s'abstenir, comme les prêtres, de toute liqueur enivrante, ne pas couper leur chevelure, et se garder de toute impureté. (Nomb. vI, 2, 20, et Juges, xIII, 4-6.)

Résumé de la loi mosaïique; dogme de l'unité divine

Résumons dans ses traits généraux la législation que Moïse donna à son peuple; et d'abord déterminons bien quelle idée les anciens Hébreux se faisaient de la Divinité, puisque c'est sur cette croyance que repose toute la législation mosaïque.

Le Seigneur, créateur du ciel et de la terre, puissance éternelle, infinie, unique1, est un Dieu miséricordieux et clément, juste et bon, sévère mais non pas inexorable. Les prières d'Abraham et de Moïse arrêtent ou diminuent les effets de sa vengeance; et s'il punit le mal jusqu'à la quatrième génération, il tient compte du bien jusqu'à la postérité la plus reculée2. Il préfère la pureté de l'âme à tous les sacrifices : Et maintenant, O Israël, qu'est-ce que le Seigneur te demande sinon de le craindre, de marcher dans ses voies, de l'aimer et de le servir de toute ton âme et de toutes tes forces? La circoncision du corps, signe matériel de l'alliance, ne suffit pas; il faut aussi celle du coeur : Vous circoncirez votre coeur et vous n'endurcirez plus votre tête, car le Seigneur est le Dieu grand, fort et redoutable qui ne fait acception de personne, et qui ne reçoit point de don corrupteur, qui fait droit à l'hôte, à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger, qui le vêt et le nourrit3.

Ces derniers mots montrent que le Dieu des Juifs n'était pas seulement, comme on l'a prétendu, même aux yeux des Hébreux, un Dieu national, une divinité locale. Le Seigneur est dans les cieux et sur la terre, hors de lui il n'y a rien4. Il est le juge de toute créature, le Dieu de tout esprit et de toute chair5. C'est parce que l'idolâtrie s'est répandue sur la terre, qu'il s'est choisi un peuple à part, dont la mission sera de conserver son culte et son nom jusqu'au jour où toutes les nations reviendront à son temple. Moïse proclame clairement cette mission : Vous êtes, dit-il aux Hébreux, un peuple saint, un royaume de prêtres, observez ces commandements, ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des nations qui, entendant ces lois, diront de vous : cette grande nation est véritablement un peuple intelligent et sage6. Les Juifs étaient donc pour l'humanité tout entière comme la caste sacerdotale du culte du Seigneur, le Dieu universel, qu'elle devait révéler au monde quand les temps en seraient venus, et auquel, en attendant ce grand jour, elle appelait tous ceux qui venaient au milieu d'elle. Les Hébreux, en effet, accueillaient l'étranger qui voulait vivre sous leur loi; et ce droit de cité dont les républiques anciennes étaient si avares, ils le donnaient à qui croyait comme eux.

Le premier but de Moïse fut de sauver à tout prix ce dogme de l'unité de Dieu et de sa providence. C'est pour cela qu'au lieu de conduire les Hébreux droit à la terre de Chanaan, au pays de leurs pères, il les mena au désert et les y retint quarante ans, pour qu'ils y oubliassent l'Egypte et ses superstitions, pour que dans cette terre aride et nue ils revinssent au Dieu d'Abraham et de Job, au Dieu que Jéthro, le prêtre de Madian, adorait avec son peuple, à l'extrémité de la presqu'île, au pied de l'Horeb et du Sinaï.

1. Deutéronome, VI, 4.

2. Exode, XXXIV, 6-7.

3. Deutéronome, VI, 5; et X; 12.

4. Genèse, XXI, 25; Deutér., Iv.

5. Nombres, XVI, 20; et XXVII, 16.

6. Deutéronome, IV, 6; XIV, 2; et Exode, XIX, 6.

Pureté du culte; sacerdoce sans pouvoir politique

Afin d'enchaîner les Israélites à cette grande et sainte croyance, par un culte moral et pur, il multiplia les rites et les formalités. Mais ces prescriptions sans nombre devaient être comme mille liens qui, isolés, se seraient aisément brisés, qui, réunis, ne rompirent même pas sous le poids des siècles et des plus affreuses calamités.

Dans cette législation, trois choses : Dieu, la loi, le peuple; la loi, qui détermine ce qu'il faut penser et ce qu'il faut faire : au-dessous, les citoyens, tous égaux, tous libres1, partant tous responsables; au-dessus, Dieu, qui punit et qui récompense, suivant qu'on reste fidèle ou qu'on désobéit à la loi, sa parole incarnée. Pour guider le peuple dans l'accomplissement de ses devoirs, un dogme simple que tous comprennent, un culte pur auquel tous participent dans la même mesure, sous la direction d'une classe vouée au service de l'autel, mais retenue dans la pauvreté, ce qui l'empêche de s'élever jamais au despotisme.

1. La loi mosaïque, qui n'a pas formellement dégagé le dogme de l'immortalité de l'âme ni celui des peines et des récompenses à venir, ne sacrifie pas du moins la liberté de l'homme à la prescience divine. "Choisis", dit Moïse, "entre la vie et les biens d'une part, entre la mort et les maux de l'autre; tu auras les premiers si tu suis les commandements du Seigneur, les seconds si tu les oublies," Deutéronome, XXX, 15-20.

Egalité de tous devant Dieu et devant la loi

C'est en effet, malgré l'apparente complication de la loi, le régime patriarcal qui règne encore dans cette société. Le peuple hébreu ne forme qu'une grande famille dont le Seigneur est le père; et c'est par là que s'explique ce mélange d'autorité absolue dans les chefs que Dieu choisit et anime de son esprit, et de liberté, d'égalité dans les citoyens, tous fils du même père, tous enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

Dieu, le vrai, le seul chef d'Israël, est présent dans le tabernacle, et de là sortent ses oracles par la bouche d'un grand prêtre héréditaire. Cependant le gouvernement n'est pas théocratique, parce que si les lévites sont les intermédiaires habituels entre le peuple et le Seigneur, ils ne le sont qu'au nom d'une loi connue de tous et qui ne leur confère aucun privilège politique, pas même un costume différent de celui du reste du peuple1. Dispersés dans tout Israël, réduits à la possession de quarante-huit villages, ils ne sont pas comme les prêtres de l'Egypte et de l'Inde seuls dépositaires de la doctrine religieuse, de la science et des arts2. Ils n'ont pas comme eux d'immenses propriétés qui leur donnent encore la richesse et l'indépendance; en un mot, ils ne forment véritablement pas une caste sacerdotale, telle du moins qu'en eurent les pays oùù une race conquérante se superposa à une race conquise3.

L'esprit d'égalité qui règne dans tout le droit mosaïque ouvre d'ailleurs le temple au dernier d'Israël comme il ouvrira au plus obscur citoyen l'accès des plus hautes charges. Trois fois chaque année tous les Hébreux devaient comparaître par-devant le Seigneur, visiter son sanctuaire et immoler des victimes. Ici donc le chef de famille communique directement avec Dieu, non-seulement par la prière, mais par les sacrifices qu'il fait accomplir en son nom, que souvent il accomplit lui-même.

Pour les affaires importantes, le grand prêtre consulte le Seigneur, mais ce n'est pas lui qui exécute les ordres du Seigneur. Le pouvoir politique est séparé de l'autorité religieuse, car les mains qui tiennent l'encensoir ne peuvent tenir le glaive. Moïse lui-même abdique l'autorité militaire; il prie, Josué combat.

1. Les prêtres seuls avaient un costume particulier.

2. Les lévites eurent si peu le monopole même de l'enseignement religieux, qu'à côté d'eux s'élevèrent les écoles libres des prophètes qui exercèrent une si grande influence sur la religion et sur l'Etat. Dès le temps de Moïse, les soixante-dix anciens prophétisent. Quelques Hébreux s'en scandalisaient. "Plût à Dieu, répond le législateur, que tout le peuple prophétisât,»

3. En Egypte, le prêtre seul était circoncis; en souvenir de leur origine fraternelle et de leur égalité devant Dieu et devant la loi, tous les Juifs portaient ce signe,

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