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Le séjour dans le désert

Le départ du Sinaï

Les dix plaies d'Egypte

Cependant la nuée lumineuse couvrait toujours le sanctuaire. Enfin, au vingtième jour du second mois de la seconde année, elle s'éleva et les trompettes sacrées annoncèrent le départ. Moïse dirigeait ce grand mouvement, et consacrant par la prière chaque départ et chaque station, il disait quand l'arche partait : Lève-toi, O Eternel ! Et tes ennemis dispersés s'enfuiront devant toi, et quand elle s'arrêtait : Retourne, O Eternel, aux 10000 milliers d'Israël !

Les soixante-dix anciens

Plus d'une fois encore, pendant cette nouvelle marche au travers du désert, Moïse entendit les clameurs séditieuses de son peuple qui, rebuté par les fatigues et dégoûté de la manne, regrettait l'abondance dont il jouissait en Egypte, dans cette maison de servitude. Dieu permit à Moïse de partager ce fardeau avec 70 des plus anciens d'Israël, qui reçurent une part de la sagesse dont il était rempli, et qui l'aidèrent dans les circonstances difficiles; mais le peuple fut en même temps puni de ses murmures. Un vent du Sud ayant amené une immense quantité de cailles, tous en mangèrent avidement, et beaucoup périrent. Ce lieu fut appelé les sépulcres de concupiscence. La soeur même d'Aaron, Marie, avait osé médire de Moïse : une lèpre honteuse qui la couvrit durant sept jours, montra sa faute et son expiation.

Espions envoyés dans la terre promise

Quand Israël eut dressé ses tentes à Kadès dans le désert de Pharaon, au midi du pays de Chanaan, Moïse envoya douze espions, un de chaque tribu, pour reconnaître le pays. Au bout de 40 jours, ils revinrent et racontèrent des choses merveilleuses sur la fertilité de cette terre, depuis si longtemps promise à leurs pères, montrant, en signe de leur véracité, une grappe de raisin que deux hommes pouvaient à peine porter1. Mais tous, à l'exception de Caleb et de Josué, parlèrent avec effroi de la taille et du courage des habitants. Ces hommes sont forts, disaient-ils, et auprès de ces fils d'Enach, race de géants, nous paraissions comme des sauterelles. A ces paroles de mensonge, les Hébreux poussèrent des gémissements et voulurent se choisir un chef pour retourner en Egypte. Josué et Caleb, qui s'élevaient avec force contre les récits de leurs compagnons, faillirent être lapidés. Pour la seconde fois, l'Eternel résolut d'anéantir Israël, et de donner à Moïse une autre nation plus puissante

1. "La Galilée serait un paradis si elle était habitée par un peuple industrieux. On y voit des ceps de vigne qui ont un à deux pieds de diamètre, et qui forment avec leurs branches de vastes salles de verdure. Une seule grappe de raisin, longue de deux à trois pieds, suffit, avec de l'eau et du pain, au souper d'une famille entière.... La vigne produit ici (dans le Liban) des grappes énormes, dont chaque raisin a la grosseur d'une prune." (Maltebrun, Précis de géogr., t. VIII, p. 208, d'après Schulzé dans Paulin, Coll. de Voy , VI, 262.)

Les Hébreux vaincus se rejettent dans le désert

Passant du découragement à la confiance, les Hébreux voulurent, malgré Moïse, entreprendre aussitôt la conquête du pays de Chanaan; mais vaincus par les Amalécites et poursuivis jusqu'à Horma, ils rentrèrent au désert où, pendant 38 années qu'ils y restèrent encore, Moïse eut à lutter - sans cesse contre leur indocilité et contre son propre découragement.

Seigneur, disait-il, toi seul es notre refuge; tu es plus que les montagnes, plus ancien que la terre, plus ancien que le monde; tu es de toute éternité.

Tu fais retourner l'homme en poussière, et tu dis : Générations nouvelles, paraissez, car mille ans sont pour toi ce que fut le jour d'hier, ce que sont les heures d'une nuit.

L'homme est comme l'herbe des champs; au matin elle fleurit, le soir elle se dessèche et tombe.

Les jours de la vie humaine sont de soixante-dix ans; la plus longue va jusqu'à quatre-vingts; mais toute sa durée n'est que travail et douleur. Elle passe rapidement, elle a passé, déjà nous ne sommes plus.

O Seigneur ! Instruis nos coeurs dans la sagesse; reviens à nous ! Ah, que ton courroux est long ! Ne seras-tu donc pas touché de miséricorde pour tes serviteurs ?

Donne-nous, Seigneur, un peu de joie pour tant de jours passés dans l'abaissement, pour tant d'années qui n'ont vu que malheurs !

Jette sur nous, jette sur tes oeuvres un regard favorable et dirige dans leur voie les fils de tes serviteurs1.

Des désordres, des révoltes éclatèrent plusieurs fois; le législateur réprima avec une impitoyable sévérité ces premières infractions à la loi. Ainsi il fit traîner au supplice et lapider deux hommes dont l'un avait oublié cette parole : Tu ne proféreras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu; et l'autre avait profané par une oeuvre servile le jour du sabbat.

Coré, Dathan et Abiron s'élevèrent contre Moïse et contre son frère, leur contestant le pouvoir : la terre, entr'ouverte sous leurs pieds, les engloutit, et le feu du ciel consuma 250 hommes du parti des rebelles. Leur mort fit éclater de nouveaux troubles. Dès le lendemain on s'éleva contre Moïse et Aaron, en criant : Vous avez fait mourir le peuple de l'Eternel; au même instant la nuée divine descendit sur le tabernacle, et une pluie mortelle frappa le peuple; déjà les séditieux tombaient consumés par un feu dévorant; Aaron supplia le Seigneur, et le fléau cessa. Le sacerdoce d'Aaron fut confirmé aux yeux d'Israël par un miracle : de douze baguettes, choisies pour représenter les douze tribus, celle d'Aaron de la tribu de Lévi fleurit seule, et donna des feuilles, des fleurs et des amandes : A ce signe, avait dit le Seigneur, vous connaîtrez mon élu. Pour en consacrer le souvenir, Moïse voulut que la branche fleurie d'Aaron fût déposée dans l'arche d'alliance auprès des tables de la loi.

Cependant la génération sortie d'Egypte disparaissait peu à peu. Après 33 campements, Moïse arriva au commencement de la quarantième année à Kadès, dans le désert de Sin, non loin du lieu où il s'était arrêté déjà dans sa première tentative pour entrer dans la terre promise.

Le manque d'eau excita une nouvelle révolte. Comme au mont Horeb, Moïse, en frappant un rocher de sa baguette, fit jaillir une source abondante; mais son frère et lui, ils avaient un instant douté de ce miracle, malgré la promesse divine, et Dieu lui dit : Toi et ton frère vous n'avez point cru en moi, aussi vous n'entrerez point dans la terre que je donnerai à votre peuple, et cette parole s'accomplit rapidement pour Aaron; car il ne tarda pas à mourir sur la montagne de Hor. Eléazar, son fils, lui succéda comme grand prêtre.

1. Psaume XC, attribué à Moïse.

Seconde tentative pour entrer dans la terre promise

Des bords de la mer Rouge, ils remontèrent à l'Orient vers le pays des Moab, traversèrent le torrent de Zared et vinrent camper sur la rive gauche de l'Arnon, qui sépare les Amorrhéens et les Moabites. Là, ils furent obligés de combattre deux princes puissants : Séhon, roi des Amorrhéens, et le géant Og, roi de Basan, qui occupaient la rive orientale du Jourdain depuis l'Arnon jusqu'à la montagne d'Hermon. Une double victoire remportée à Jassa sur Séhon et à Edrai sur 0gles rendit maîtres de cette partie du pays, dont tous les habitants furent exterminés. Un feu est sorti de Hesbon, chantait Israël, une flamme est sortie de Séhon, elle a dévoré les montagnes de Moab et les habitants des hauts lieux de l'Arnon.

Malheur à toi, Moab ! Et toi, peuple de Kémos, tu es perdu ! Tes enfants se sont enfuis, tes filles sont devenues les captives de Séhon et des Amorrhéens !

Mais leur joug a été brisé, car de Hesbon jusqu'à Desbon nous avons tout détruit. Nous avons tout ravagé jusqu'à Nophah ! Nous avons tout ravagé jusqu'à Médéba!

Balaam

Balaam

Balac, roi de Moab et de Madian, recourut à diverses armes : il appela près de lui, pour maudire Israël, Balaam, devin et prophète d'un grand renom. Séduit par les riches présents du roi, Balaam monta sur son ânesse et se mit en chemin. Mais, dans une gorge étroite, un ange tenant une épée nue à la main, se présente au-devant de l'âne qui recule effrayé. Balaam, pour qui l'ange était invisible, presse en vain et frappe sa monture. Pourquoi me frapper ? dit une voix qui paraît sortir de la bouche de l'âne, ne t'ai-je pas toujours fidèlement servi ? et en même temps les yeux de Balaam s'ouvrirent; il vit l'ange et se prosterna à ses pieds. Poursuis ton chemin, lui dit le messager du Très Haut, va, mais tu ne diras que ce qui te sera inspiré. Balaam, arrivé près de Balac et conduit sur les hauts lieux consacrés à Baal, y fit élever sept autels sur chacun desquels il immola un veau et un bélier; puis, saisi de l'esprit de Dieu, il s'écria : Balac m'a fait venir d'Aram, le roi de Moab m'a appelé des montagnes de l'Orient. Viens, m'a-t-il dit, maudis Jacob, viens et lance l'anathème sur Israël. Comment lancerais-je l'anathème sur celui que Dieu n'a pas réprouvé? De la cime des monts je contemple ces tribus; du haut des collines je les vois et les comprends; le voilà donc ce peuple qui demeure seul au milieu des nations! Ah ! Qui dira le nombre des enfants d'Israël? - Que fais-tu ? s'écria Balac, je t'ai appelé pour maudire, et voilà que tu bénis !.

Il espéra que l'esprit de Dieu ne le suivrait pas, et il le conduisit sur une autre montagne; mais Balaam s'écria encore : Le Seigneur m'a conduit ici pour bénir; son Dieu, qui l'a tiré d'Egypte, est avec lui. Regarde ce peuple : comme un lionceau il se lève, comme le lion il se dresse; il ne se recouche point qu'il n'ait dévoré sa proie.

Du sommet de la montagne de Phogor, où Balac voulut aussi le conduire, Balaam découvrit tout le camp d'Israël, et s'écria dans un transport divin : Que tes tentes sont belles, O Jacob ! Que tes demeures sont brillantes, O Israël ! Elles semblent une forêt touffue, un jardin de délices près d'un fleuve, un bois de cèdres au bord des eaux. Que bénis soient ceux qui te bénissent, et que quiconque te maudira soit maudit ! Une étoile sortira de Jacob; un homme s'élèvera dans Israël; il brisera les chefs de Moab; il écrasera les enfants de Jetri. L'Idumée deviendra son domaine; l'héritage de Séir passera en ses mains. Amalec, toi, le premier des peuples, la destruction sera ton partage.

Balaam n'avait pu maudire, mais il donna à Balac un conseil perfide, et bientôt tout Israël, séduit par l'impureté des filles de Moab et de Madian, retomba dans l'idolâtrie, et le Seigneur fit périr vingt-quatre mille coupables. L'acte de Phinéès, fils d'Eléazar, qui poignarda ensemble un Hébreu et une femme madianite, apaisa sa colère, mais l'anathème fut prononcé contre ces peuples corrompus, et mille hommes de chaque tribu, envoyés contre eux, incendièrent les villes, passèrent les habitants au fil de l'épée, et dévastèrent le pays. Cinq rois, et avec eux Balaam, périrent dans ce massacre.

Derniers jours de Moïse

Après cette sanglante exécution, Moïse fit faire un second dénombrement d'Israël, et l'on reconnut que la menace du Seigneur était accomplie : la génération sortie d'Egypte n'existait plus; le terme marqué aux courses du peuple approchait. Moïse, averti de sa fin prochaine, choisit par l'ordre de Dieu Josué, fils de Nun, pour lui succéder. Il le présenta au peuple et au pontife; il lui imposa les mains et lui donna une partie de sa sagesse, pour que le peuple eût confiance en lui.

Moïse permit ensuite aux deux tribus de Gad et de Ruben et à la demi-tribu de Manassé, qui possédaient de nombreux troupeaux, de s'établir dans les plaines de Jazer et de Galaad à l'Orient du Jourdain; mais elles devaient aider leurs frères à conquérir la terre promise. Le législateur avait fixé d'avance la limite des pays dont Israël pouvait s'emparer, et prévenu ainsi les discordes qu'aurait fait naître le partage. Craignant aussi pour son peuple le contact des idolâtres de la terre de Chanaan, il leur commanda de les exterminer tous jusqu'au dernier. Vous renverserez leurs tours, leurs idoles et leurs statues. Si vous ne les exterminez, ils vous seront comme un clou dans l'oeil, comme une flèche dans le côté. Qu'ils périssent ou vous payent tribut.

Deux mois devaient s'écouler encore avant l'accomplissement des quarante années de pèlerinage au désert. Moïse les employa à donner ses dernières instructions. Il raconta tous les bienfaits du Seigneur depuis la sortie d'Egypte, et sa juste sévérité contre ceux qui avaient offensé son saint nom; il rappela les lois promulguées sur le Sinaï, les rites des sacrifices, les fêtes du culte, les prescriptions morales du Décalogue, l'amour du prochain, de la vérité et de la justice, les peines portées contre l'idolâtrie, et l'anathème dont le Seigneur avait frappé les nations chananéennes. Toutes ces recommandations formèrent le livre du Deutéronome ou de la loi répétée. Après l'avoir lu au peuple, il le donna aux enfants de Lévi qui portaient l'arche d'alliance et à tous les anciens d'Israël, en leur disant : Tous les sept ans, quand sera venue l'année de rémission et le temps de la fête des Tabernacles, les fils d'Israël s'assembleront devant le Seigneur, les hommes et les femmes, les petits enfants et les étrangers qui se trouveront dans vos villes, et alors vous lirez les paroles de cette loi, afin que tous l'écoutent et l'apprennent1. Puis il appela Josué, lui donna ses derniers conseils, et, se sentant plus près encore du terme de sa carrière, il composa un cantique plein de la grandeur de sa foi et de son génie :
Cieux, écoutez; terre, prête l'oreille; que mes paroles soient comme la pluie du ciel qui tombe sur la terre aride, comme l'eau sur la plante desséchée, comme la rosée sur le grain qu'elle féconde, car je vais célébrer l'Eternel !
Les oeuvres de Dieu sont parfaites; toutes ses voies sont pleines d'équité. Cependant ils ont péché contre lui. Est-ce ainsi, peuple insensé, que tu témoignes ta reconnaissance au Seigneur ? N'est-ce pas lui ton père, ton créateur et ton maître ?

Il t'avait choisi pour être à lui; il avait pris Jacob pour son partage. Comme l'aigle défend son nid et instruit ses aiglons à prendre leur essor, le Seigneur, étendant ses ailes puissantes, t'a porté, peuple ingrat, et t'a conduit !

Et maintenant, accablé de ses dons, ce peuple s'est éloigné de lui pour adorer des dieux que ses pères n'avaient pas connus. Le Seigneur l'a vu, il a été ému de colère, et il a dit : Je leur cacherai mon visage; la famine consumera cette race corrompue, et j'armerai contre eux la dent des bêtes fauves; l'épée leur ôtera leurs fils, l'épouvante troublera leurs coeurs; tous périront : les jeunes hommes et les vierges, l'enfant et le vieillard, et j'effacerai leur nom de la mémoire des hommes, à moins que je ne diffère ma vengeance pour que leurs ennemis, enivrés d'orgueil, ne s'écrient point : Ce n'est pas le Seigneur, c'est notre main puissante qui a fait tout cela.

Ils seront punis cependant, mais Dieu prendra pitié de ses serviteurs quand il verra que la main de ceux qui les défendaient n'a plus de force et que leurs braves ont péri. Il dira : où sont vos dieux et toute votre confiance ? Comprenez maintenant que moi seul, je suis.

C'est moi qui fais mourir et c'est moi qui fais vivre; c'est moi qui frappe et moi qui guéris. C'est moi qui vis éternellement.

Qui pourrait se soustraire à mes coups ? Mon glaive sera comme l'éclair. Quand le jugement s'accomplira, je veux que mes flèches s'enivrent de leur sang, que mon épée se rassasie de leur chair.

Cieux, réjouissez-vous; anges du Seigneur, adorez votre maître; peuple, sois dans l'allégresse : car il vengera le sang de ses serviteurs.

Enfin, semblable à Jacob qui avait béni sa famille au moment où elle commençait à devenir un peuple, Moïse prononça sur chaque tribu une bénédiction prophétique, et dès lors il ne songea plus qu'à mourir. Dieu n'avait pas voulu qu'il entrât dans la terre de promission.

En vain, disait-il aux Hébreux, j'ai imploré la révocation de cette sentence, en vain j'ai demandé au Seigneur de permettre que je passe le fleuve et que je vois ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, et les riches montagnes du Liban; mais l'Eternel était irrité contre moi à cause de vous; il ne m'exauça point. Néanmoins il avait reçu la promesse qu'il verrait avant sa mort la patrie de son peuple. L'heure était venue; Moïse gravit donc le mont d'Abarim ou de Nébo, et de son sommet il contempla le pays réservé à son peuple, qui, avec ses montagnes, ses vallées fertiles et ses fleuves, semblait une fraîche oasis surgissant tout à coup du milieu des déserts. Ce fut en présence de ce magnifique spectacle que ses yeux se fermèrent. Il mourut ainsi au pays de Moab à l'âge de cent vingt ans, par le commandement du Seigneur qui l'ensevelit dans la vallée de Phégor. Nul homme jusqu'à ce jour n'a connu le lieu où son corps repose. Les tribus le pleurèrent pendant trente jours, et après lui il ne s'éleva plus du milieu du peuple de prophète à qui le Seigneur parlât comme à lui face à face, ni qui ait fait tant de prodiges devant tout Israël.

1. «A chaque moment", dit Bossuet (Disc. sur l'hist. univ., part. II, chap. III), "à chaque moment on avait besoin de la loi pour régler non-seulement les fêtes, les sacrifices, les cérémonies, mais encore toutes les autres actions publiques et particulières, les jugements, les contrats, les mariages, les successions, les funérailles, la forme même des habits, et en général tout ce qui regarde les moeurs. Il n'y avait point d'autre livre où on étudiait les préceptes de la bonne vie. Il fallait le feuilleter et le méditer nuit et jour, en recueillir des sentences, les avoir toujours devant les yeux. C'était là que les enfants apprenaient à lire. La seule règle d'éducation qui était donnée à leurs parents, était de leur apprendre, de leur inculquer, de leur faire observer cette sainte loi, qui seule pouvait les rendre sages dès l'enfance. Ainsi elle devait être entre les mains de tout le monde. Outre la lecture assidue que chacun devait en faire en particulier, on en faisait tous les sept ans dans l'année solennelle de la rémission et du repos une lecture publique, et comme une nouvelle publication, à la fête des Tabernacles, où tout le peuple était assemblé durant huit jours. Moïse fit déposer auprès de l'arche l'original de la loi. Mais de peur que, dans la suite des temps, elle ne fût altérée par la malice ou par la négligence des hommes, outre les copies qui couraient parmi le peuple, on en faisait des exemplaires authentiques qui, soigneusement revus et gardés par les prêtres et les lévites, tenaient lien d'originaux. Les rois (car Moïse avait bien prévu que ce peuple voudrait enfin avoir des rois comme tous les autres), les rois, dis-je, étaient obligés, par une loi expresse du Deutéronome, à recevoir des mains des prêtres un de ces exemplaires si religieusement corrigés, afin qu'ils le transcrivissent et le lussent toute leur vie. Les exemplaires, ainsi revus par autorité publique, étaient en singulière vénération à tout le peuple; on les regardait comme sortis immédiatement des mains de Moïse, aussi purs et aussi entiers que Dieu les lui avait dictés. Un ancien volume de cette sévère et religieuse correction ayant été trouvé dans la maison du Seigneur, sous le règne de Josias, et peut-être était-ce l'original même que Moïse avait fait mettre auprès de l'arche, excita la piété de ce saint roi, et lui fut une occasion de porter ce peuple à la pénitence. En un mot c'était un livre parfait qui apprenait au peuple de Dieu son origine, sa religion, sa police, ses moeurs, sa philosophie, tout ce qui sert à régler la vie, tout ce qui unit et forme la société.»

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