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  Histoire du royaume de Juda depuis la captivité d'Israël jusqu'à la destruction du temple (721-587 av. J.C.) 

Ezéchias (726-697 av. J.C.)

La prière du roi Ézéchias
La prière du roi Ezéchias

La chute du royaume d'Israël et la captivité des dix tribus avaient jeté l'effroi dans Juda. La haine patriotique d'Isaïe se réveilla contre ce roi d'Assyrie, qui oubliait, dans son orgueil, qu'il n'était qu'un instrument des vengeances divines.

Malheur à Assur! C'est la verge de ma fureur, ma colère est dans ses mains !
Je l'ai envoyé, lui qui est ma vengeance, contre une nation perfide, et il a foulé aux pieds ses cités, il les a réduites en poussière.
Mais il n'a pas compris ma pensée, et dans son coeur il s'est dit : J'assujettirai beaucoup de peuples, car seul je suis roi.
N'ai-je pas conquis Babylone et Chalane ? N'ai-je pas pris l'Arabie, Damas et Samarie ?
Comme j'ai fait à Samarie et à ses idoles, je ferai à Jérusalem et à son Dieu.
Par la force de mon bras, par la sagesse de mon intelligence, j'effacerai les limites des nations.
De ma main je saisirai la terre comme je ferais d'un nid d'oiseau; j'en ramasserai les peuples comme quelques oeufs abandonnés. Qui aura l'aile assez puissante pour me fuir ?
Mais depuis quand donc la hache s'enorgueillit-elle, et non celui qui s'en sert ? Depuis quand la scie est-elle fière de ses oeuvres, et non celui qui la tire et la pousse? N'est-ce pas comme si la verge et le bâton se glorifiaient des coups que frappe la main qui les tient ?
O roi ! Jéhovah couvrira tes honneurs d'ignominie; le Dieu des armées allumera contre ta gloire une flamme inextinguible.
Et cette flamme brillera dans Israël, et elle dévorera, comme une herbe desséchée, la forêt immense.
Il viendra à Angé, il passera par Mageddo, il campera à Machmas.
Tu trembles, Rama, cité de Saül ! Tu fuis, fille de Gallim ! Tes cris retentissent dans Laïsa, ils retentissent jusqu'à Anathoth.
Mais voici que Jéhovah brise le fort et son orgueil : les grands seront abattus, l'humble se relève.

Un saint roi règnait alors dans Juda, et le prophète espérait peut-être que sa piété détournerait les malheurs prévus. Depuis six ans Ezéchias était sur le trône (726 av. J.C.). Il avait donné d'abord tous ses soins à la destruction de l'idolâtrie, et au rétablissement du vrai culte. Il avait détruit les autels des hauts lieux, brisé les idoles, abattu les bois profanes, et fait mettre en pièces le serpent d'airain de Moïse, parce que les enfants d'Israël avaient brûlé de l'encens devant lui. Puis il fit célébrer une pâque solennelle à laquelle furent conviés tous les fidèles des douze tribus, et jamais, depuis Salomon, Jérusalem n'avait vu dans ses murs une aussi grande affluence. Ezéchias, plein de confiance en la protection divine, osa refuser le tribut imposé à son père par Théglat Phalasar. Il attaqua aussi les Philistins, reprit les places de Juda qu'ils avaient enlevées, et ruina leur pays jusqu'à Gaza. Mais bientôt Sennachérib, fils de Salmanasar, marcha contre Ezéchias, avec une armée formidable, pour le faire rentrer dans le devoir (713 av. J.C.). Plusieurs places tombèrent, sans coup férir, au pouvoir des Assyriens, et le roi de Juda, frappé d'épouvante, se soumit à un tribut de 300 talents d'argent et de 30 talents d'or, qu'il ne put payer qu'en détachant les lames d'or qui revêtaient les portes du temple.

Contre les Assyriens, Ezéchias rechercha l'appui de l'Egypte. Isaïe repoussa hautement cette alliance. Revenir à Jéhovah, voilà le salut; car Jéhovah combattra encore pour son peuple fidèle :
Malheur à ceux qui descendent en Egypte pour lui demander secours, et qui mettent confiance en la multitude de ses chevaux et de ses chars de guerre, au lieu de chercher le Seigneur et de s'appuyer sur le saint d'Israël.
L'Egyptien est un homme, non pas un dieu; ses chevaux ne sont que chair : quels secours donneront-ils? Le Seigneur étendra sur eux sa main, et ils seront précipités, celui qui donne, comme celui qui reçoit cette vaine assistance.
Le Seigneur m'a dit : Comme le lion, quand il saisit sa proie, fait retentir les monts de rugissements qui portent au loin l'épouvante, ainsi Jéhovah descendra et combattra sur sa montagne de Sion.
Comme l'oiseau qui défend ses petits, ainsi le Seigneur - protégera et sauvera Jérusalem.

Ezéchias n'en persévéra pas moins dans cette politique funeste, et Sennachérib prit prétexte de cette alliance avec un royaume ennemi pour recommencer la guerre. Tandis que lui-même il assiégeait Lachis, son général, Rabsacès, marcha sur Jérusalem. Quand il fut arrivé à l'aqueduc de la piscine supérieure dans le chemin du champ du foulon, il s'arrêta et parla ainsi à trois officiers du roi qui étaient sortis à sa rencontre : Dites à Ezéchias : Voici comment parle le grand roi : Quel est ton espoir? En qui mets-tu ta confiance? Est-ce que tu attends secours du roi d'Egypte? Mais l'Egypte n'est qu'un roseau fragile. Si tu t'appuies sur lui, il cassera et te percera la main. Soumettez-vous à mon Seigneur, et je vous donnerai deux mille chevaux, si vous pouvez toutefois trouver assez de cavaliers pour les monter.

Alors les serviteurs du roi Ezéchias dirent à Rabsacès :
Parle-nous en syriaque, que nous comprenions, et non dans la langue des Juifs, afin que tout ce peuple qui est accouru sur les murailles ne puisse entendre ce que tu dis. Mais Rabsacès, se tournant au contraire vers le peuple, cria d'une voix forte en hébreu : Ecoutez ce que dit le grand roi, le roi des Assyriens : Ne vous laissez pas tromper par les discours d'Ezéchias il ne saurait vous délivrer de nos mains. Qu'il ne vous dise pas non plus : Le Seigneur vous sauvera. Est-ce que les dieux des autres nations les ont sauvées? Où est le dieu d'Emath et d'Arphath ? Où est le dieu d'Eppharvam ? Ont-ils pu défendre Samarie contre moi ? Quel est le dieu qui arrachera de mes mains la terre de son peuple; sera-ce celui de Jérusalem?

Quand on rapporta à Ezéchias ces insolentes paroles, il déchira ses vêtements et envoya les anciens des prêtres vers Isaïe, pour le supplier d'implorer le Seigneur. Le prophète lui répondit : L'Eternel a exaucé ta prière, et voici comme il parle à Sennachérib :
La vierge de Sion te méprise, et la fille de Jérusalem se rit de toi.
Qui penses-tu avoir insulté? Contre qui crois-tu blasphémer? C'est contre le saint d'Israël.
Tu m'as attaqué par ton insolence, et le bruit de ton orgueil est monté jusqu'à moi; c'est pourquoi je te mettrai un anneau aux narines et un frein à la bouche, et je te ramènerai dans le chemin par où tu es venu.
Tu n'entreras point dans Jérusalem, tu ne lanceras point tes flèches contre elle, tu ne l'entoureras point de tes soldats et de tes boucliers; car je la protège et je la sauverai à cause de moi et de David, mon serviteur.

La même nuit, l'ange du Seigneur passa dans le camp des Assyriens et frappa de mort cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Le lendemain, Sennachérib vit la plaine jonchée de cadavres; il reconnut la main du Dieu des Juifs et partit aussitôt; mais à peine était-il rentré dans Ninive, que deux de ses fils l'assassinèrent au milieu du temple de Nesroch, son dieu, et s'enfuirent en Arménie. Asar-Haddon, le troisième de ses enfants, lui succèda. Quelque temps après le roi de Juda tomba malade, et fut sur le point de mourir. Dans une plaintive élégie, le pieux roi implora la miséricorde du Seigneur.

Je ne suis encore qu'à la moitié de mes jours, et je m'en vais aux portes de l'empire des ombres ! Faut-il donc renoncer aux années qui me restaient encore?
Je ne verrai plus le Seigneur sur la terre des vivants, je ne verrai plus sur la terre le saint d'Israël; mes yeux ne rencontreront plus ceux d'un autre homme.
La vie me quitte; je suis comme la tente du pâtre; elle était dressée, mais on l'arrache, on la plie, elle a disparu. Le fil de ma vie a été tissé long et fort; mais voici que le tisserand approche, il va couper !
Du soir au matin, le jour et la nuit, j'ai été livré à un mal terrible, et mes membres ont été brisés comme sous la dent d'un lion.
Comme le petit de l'hirondelle, j'ai crié; comme la colombe, j'ai gémi. Mes yeux se sont usés à chercher au haut des cieux mon Seigneur.
Mais dans l'empire des ombres, qui te louera, O Jéhovah ? Les morts peuvent-ils bénir ? Peuvent-ils espérer encore en ta miséricorde ?
Ce sont les vivants qui publient tes louanges; laisse-moi te louer encore, laisse-moi enseigner à mes enfants ta justice.

L'Eternel, touché de ses plaintes, envoya vers lui Isaïe avec ces paroles : J'ai entendu vos prières et j'ai vu vos larmes; j'ajouterai encore quinze années à votre vie, et voici le signe que j'accomplirai ma promesse: l'ombre du soleil, qui est descendue de dix degrés sur le cadran d'Achaz, retournera de dix degrés en arrière. Le miracle eut lieu, et Ezéchias revint à la santé1.

Néanmoins le roi de Juda oublia quelquefois les préceptes du Seigneur : Mérodac-Baladan, roi de Babylone, lui avait envoyé des députés pour le féliciter de sa guérison, et sans doute aussi pour solliciter une alliance2. Ezéchias, enivré d'un fol orgueil, leur montra tous ses trésors avec une ostentation coupable. Il en fut puni; Isaïe lui dit : Ecoute la parole de l'Eternel : Il viendra un temps où tout ce qui est dans ta maison sera transporté à Babylone; un temps où tes enfants et ceux de ton sang seront traînés en esclavage. Le roi s'humilia. Ce que tu m'annonces est juste, répondit-il au prophète; mais au moins que la paix et la vérité règnent pendant les derniers jours de ma vie. Ce voeu fut exaucé : Ezéchias embellit encore Jérusalem de monuments utiles, fit construire un aqueduc pour donner des eaux à la ville, et s'endormit enfin avec ses pères. Manassé, son fils, régna en sa place (697 av. J. C.).

1. Isaïe lui fit appliquer des figues sur la partie malade. C'est un remède, encore aujourd'hui, conseillé par les médecins turcs et arabes en cas de peste. La peste qui venait de décimer l'armée de Sennachérib autour de Jérusalem avait sans doute atteint le roi.

2. Un fragment de Bérose, retrouvé dans la version arménienne de la Chronique d'Eusèbe, montre que ce Mérodac-Baladan, qui ne régna que six mois, était entouré d'ennemis et de dangers; il voulait donc se donner l'appui du roi de Juda.

Chants patriotiques d'Isaïe

Translation de l'arche
Isaïe

C'est principalement sous son règne qu'Isaïe avait fait entendre ces chants religieux et patriotiques qui consolaient Israël et soutenaient sa foi chancelante.

Dans son inébranlable confiance aux promesses du Seigneur, Isaïe mêlait toujours en effet aux menaces contre les Hébreux infidèles, des menaces plus terribles contre les nations impies qui servaient d'instrument aux vengeances divines. Ces ennemis si redoutés à leur tour tomberont. Toute cette puissance de Ninive, de Babylone et de l'Egypte, passera; mais la maison de Jacob, échappée aux tempêtes que ses iniquités ont déchaînées contre elle, vivra éternellement. Le poëte, inspiré, appelle et chante d'avance la chute de Babylone :
Lève-toi, lève-toi, bras du Seigneur, et arme-toi de force; lève-toi comme aux anciens jours, quand tu brisais le superbe, quand tu frappais le dragon d'une mortelle blessure.
N'as-tu pas desséché la mer et épuisé les flots de l'abîme? N'as-tu pas tracé un chemin au fond des eaux, pour que nous passions et que nous soyons sauvés !

Cette prière est écoutée et le prophète voit déjà l'orage s'amonceler contre Babylone.

Sur la montagne, O princes, dressez l'étendard, élevez la voix, faites signe de la main.
Les hommes forts accourent; ils seront les ministres de la fureur du Très-Haut.
Quel bruit de nations sur les montagnes ! Quelles voix de rois et de peuples assemblés ! Quelle armée belliqueuse le Seigneur a appelée des extrémités du monde.
Répandez-vous en cris plaintifs et en gémissements; car le jour du Seigneur est proche.
Toute main sera brisée, toute âme d'homme tremblera.
Ils seront comme le daim qui s'enfuit, comme la brebis qui s'égare, et personne ne les ramènera vers leur peuple, personne ne les reconduira à leur cité.
Car quiconque sera trouvé, périra; ceux qui se réuniront tomberont sous le glaive.
Sous leurs yeux l'ennemi écrasera leurs fils, pillera leurs maisons, prendra leurs femmes.
Le Mède que j'ai suscité ne cherchera ni l'argent ni l'or.
Mais il brisera les arcs des jeunes guerriers, et il sera sans pitié pour les enfants.
Babylone, que ton roi nomme l'illustre, tu deviendras comme Sodome et Gomorrhe.
Pour l'éternité tu seras veuve d'habitants; jamais, dans ton enceinte, l'Arabe ne dressera sa tente; jamais le pâtre ne viendra s'y reposer.
Mais les bêtes sauvages y feront leur repaire, les démons y établiront leurs danses, et le hérisson nichera dans tes palais superbes.

Ailleurs, il dit encore :
Descends, O vierge de Babylone ! Descends et assieds toi dans la poussière; car tu ne seras plus appelée la molle et voluptueuse ville de Chaldée.
Tourne la meule, mouds le grain, rejette ton manteau et passe à pied tes fleuves. C'est le Dieu des armées, c'est le saint d'Israël qui t'entraîne.
Marche dans les ténèbres, vis dans le repentir, O fille de la Chaldée; car on ne t'appellera plus la forte et la puissante.
Irrité contre mon peuple, je l'ai livré à tes mains; mais tu l'as traité sans miséricorde, comme un vieillard que tu aurais courbé sous un joug pesant.
Tu disais : Je serai pour l'éternité la maîtresse des nations. N'avais-tu donc pas compris, dans ton coeur altier, n'avais-tu pas prévu ce qui maintenant t'arrive ?
A présent, écoute ces paroles, toi, molle et voluptueuse fille, toi, qui dis dans ta pensée : Je suis l'unique; il n'y en a pas une autre qui soit semblable à moi. Jamais je ne connaîtrai l'abandon, jamais je ne saurai ce que c'est que la stérilité.
Ecoute : voici qu'au même jour arrivent pour toi la stérilité et l'abandon. Ils arrivent malgré les maléfices de tes enchanteurs, seule espérance de ta malice.
Tu disais : Nulle autre ne m'est semblable, et voici venir ta ruine. Ne sais-tu pas qu'une fosse est sous tes pieds et la misère sur ta tête ? Désormais plus de parure.
Appelle donc tes conseillers; que tes astrologues te sauvent. Sans doute ceux qui lisent au ciel sauront te dire ce qui doit t'arriver. Mais tous ils seront jetés au feu et ils brûleront comme un bois mort; d'eux il ne restera pas même un charbon. Oui, siège auprès d'eux, ils te seront d'un grand secours!

Ainsi, tour à tour fier, ironique et menaçant, le poète prophète poursuit sa guerre contre la grande prostituée. Déjà il entend le bruit de sa chute.

Une vision terrible comme la tempête qui souffle au désert a effrayé mon âme.
Esclave, couvre la table; mangez, buvez, O princes ! Puis levez-vous et saisissez vos boucliers.
Car voici ce que m'a dit le Seigneur : Va et mets quelqu'un en sentinelle; tout ce qu'il verra il te le rapportera.
Je vois, dit la sentinelle, deux cavaliers; je vois un homme qui chevauche sur un âne, je vois un homme qui chevauche sur un chameau.
Ecoute, écoute attentivement.
Voici venir un homme monté sur un char; il s'écrie :
Elle est tombée Babylone, elle est tombée, et avec elle ont été brisées ses idoles.
Entendez, O vous les délaissés ! Vous qui pleurez dans la douleur, entendez ce que vous annonce Jéhovah, le Dieu d'Israël.

L'Ethiopie, l'Egypte et l'Idumée; Moab et Tyr, et tous les peuples qui environnent Israël, deviennent tour à tour l'objet de ses menaces prophétiques :
Quel est celui qui vient d'Edom ? s'écrie-t-il dans un chant contre l'Idumée; quel est celui qui vient de Bosor, avec sa robe teinte de rouge? Quelle beauté dans ses vêtements, quelle toute-puissance dans sa force !
C'est moi, dont la parole est la justice, moi qui viens pour juger et sauver.
Pourquoi donc ta robe est-elle rouge ? Pourquoi tes vêtements sont ils comme ceux des gens qui foulent les grappes dans le pressoir ?
J'ai foulé tout le pressoir, sans qu'aucun homme des nations fût avec moi. Je les ai foulés aux pieds dans ma colère; je les ai broyés comme la poudre, et leur sang a coulé sur la terre.
Car le jour où tout se paye est venu pour eux; le temps de racheter mon peuple est arrivé.

Dans un autre chant, Isaïe revient sur la punition de ces frères d'Israël qui l'ont abandonné au temps du malheur, et qui, par leur rivalité impie, ont hâté sa ruine :
Que les nations approchent, que les princes écoutent.
Les blessés et les morts seront jetés en monceaux, des miasmes infects s'en élèveront, et les montagnes dégoutteront de leur sang.
Alors toutes les étoiles du ciel seront languissantes, les cieux se rouleront comme un livre, et tous les astres tomberont comme tombent les feuilles desséchées de la vigne ou du figuier.
L'épée de Dieu va descendre sur l'Idumée, sur ce peuple de perdition.
Car le Seigneur s'est préparé un sacrifice dans Bosor, et il se fera un grand carnage dans la terre d'Edom.

En répétant ces chants de haine et de malédiction contre leurs oppresseurs, les Juifs se consolaient de leurs misères et conservaient l'espérance d'un meilleur avenir.

Manassé et Ammon (697-640 av. J.C.)

Manassé, âgé de douze ans seulement quand il monta sur le trône, manquait de la sagesse nécessaire pour suivre les pieux exemples de son père. Il s'abandonna à toutes les superstitions de l'idolâtrie, rétablit les hauts lieux et éleva des autels à Baal. Le Seigneur l'avertit plusieurs fois; mais le roi de Juda méprisa les prophètes et les maltraita. Isaïe lui-même, alors âgé de cent ans, périt par un affreux supplice : on scia son corps en deux avec une scie de bois. Alors l'Eternel, irrité, prononça cet oracle par la bouche de ses prophètes : Jérusalem sera traitée comme Samarie et comme la race d'Achab; je l'effacerai de la surface de la terre aussi facilement que s'efface ce qui est écrit sur des tablettes. Bientôt, en effet, le fils de Sennachérib, Asar Haddon, roi de Ninive et de Babylone, récemment soumise à ses armes, fondit sur Juda, s'empara de Jérusalem, et emmena Manassé captif à Babylone.

Instruit par le malheur, le roi de Juda reconnut la puissance du vrai Dieu, et s'humilia. Le Seigneur, touché de son repentir, le fit rendre à la liberté et le renvoya à Jérusalem. Il régna encore pendant trente-trois ans, fidèle cette fois, et jusqu'à son dernier jour, au Dieu d'Abraham et de Jacob (642 av. J.C.). Son fils, Ammon, lui succéda et n'imita que ses crimes. Ses serviteurs l'égorgèrent dans son palais, après un règne de moins de deux ans.

Histoire de Judith

Isaîe
Isaïe

Asar-Haddon, vainqueur une première fois du royaume de Juda, ne l'avait plus inquiété; mais Saosduchéus, son fils et son successeur, avait repris ses desseins. Il envoya son général Holopherne pour soumettre le pays de l'Occident : frappées de terreur, toutes les villes se rendaient sans résistance; les enfants de Juda seuls, se confiant dans le Seigneur, osèrent se défendre. C'est alors qu'Holopherne vint mettre le siège devant Béthulie, ville forte située sur une montagne et occupée par des Israélites fidèles au vrai dieu. Le général assyrien ayant fait couper un aqueduc qui portait l'eau nécessaire à la ville, les habitants furent réduits aux dernières extrémités, et se seraient rendus aussitôt sans les courageuses exhortations de leur commandant Ozias, qui leur persuada d'attendre pendant cinq jours encore la miséricorde du Seigneur.

Il y avait alors dans la ville une jeune veuve nommée Judith, d'une beauté et d'une sagesse incomparables. Depuis trois ans elle vivait loin du monde dans la douleur et les larmes, jeûnant tous les jours, hormîs les sabbats et les fêtes, et portant un cilice. Apprenant à quelles extrémités ses concitoyens étaient réduits, Judith forma le projet de les délivrer. Sur le soir, elle avertit Ozias et les anciens de la ville, qu'elle allait sortir de Béthulie, leur demanda de prier pour elle, et cependant ne les instruisit pas de son projet. Pour la première fois depuis trois années elle quitta son cilice, reprit ses habits de fête, et se couvrit de senteurs précieuses. Puis, après s'être placée par la prière sous la protection de l'Eternel, elle partit, accompagnée d'une servante qui portait quelques provisions, et se présenta au camp des Assyriens; les gardes avancés l'arrêtèrent et la conduisirent auprès d'Holopherne. Le général ennemi fut touché des charmes de sa parole et de la beauté de ses traits. Il ordonna qu'on la conduisît dans la tente où étaient ses trésors, et, sur sa demande, il lui permit de se retirer chaque soir en un lieu écarté pour prier son Dieu.

Judith passa ainsi trois jours, ne prenant rien autre chose que les provisions apportées avec elle, afin de ne pas être souillée par une nourriture qu'auraient apprêtée des mains infidèles. Le quatrième jour Holopherne donna un grand festin, puis il fit venir Judith dans sa tente; mais, appesanti par les fumées du vin, il tomba aussitôt profondément endormi; les serviteurs se retirèrent, et Judith, restée seule avec lui, saisit son glaive suspendu à une colonne, au chevet du lit, et, le frappant de deux coups, lui trancha la tête. Elle sortit aussitôt, et les gardes, habitués à la voir passer tous les soirs avec sa servante, ne l'arrêtèrent pas. Elle courut vers Béthulie : Ouvrez, ouvrez, s'écria-t-elle, le Seigneur est avec nous. La foule en un instant se rassemble autour de Judith. Voici, dit-elle alors, la tête d'Holopherne, général des Assyriens; le Dieu vivant m'est témoin que son ange a veillé sur moi et me ramène pure au milieu de vous. Les acclamations du peuple saluèrent cette délivrance inespérée. Dès le lendemain, excités par les conseils de Judith, les habitants sortirent en armes, poussant des cris et sonnant de la trompette. L'armée assyrienne, effrayée par la mort de son général, s'enfuit de tous côtés, et fut taillée en pièces; 30 jours suffirent à peine pour enlever le butin. L'heureuse nouvelle se répandit rapidement dans toutes les villes de Juda; le grand prêtre vint lui même de Jérusalem avec les anciens pour féliciter Judith, et lui dit : Tu es la gloire de Jérusalem, et la joie d'Israël, tu es l'honneur de notre peuple, et tu seras bénie à jamais.

Josias (640-609 av. J.C.), Joachs et Joachim (609-598 av. J.C.). La captivité (606 av. J.C.)

Josias, fils d'Ammon, était âgé de 8 ans quand le peuple l'éleva sur le trône (640 av. J.C.). Sa mère Idida gouverna le royaume pendant sa minorité.

Dès qu'il fut maître du pouvoir, il donna des preuves éclatantes de sa piété; il poursuivit l'idolâtrie, détruisit l'autel élevé par Jéroboam à Béthel, brûla sur ses débris les ossements de ceux qui avaient adoré les idoles, et accomplit ainsi la menace faite en présence de Jéroboam : Autel, autel, il naîtra un fils à la maison de David; son nom sera Josias; il immolera sur toi les prêtres des hauts lieux qui t'encensent, il brûlera sur toi les ossements des morts.

Quand les hauts lieux eurent été détruits et les autels profanes renversés, Josias fit exécuter de grandes réparations dans le temple de Jérusalem. Pendant ces travaux le pontife Helcias trouva un exemplaire de la loi qu'on supposa avoir été écrit de la main même de Moïse; le roi se le fit lire, et en entendant ces prescriptions depuis longtemps oubliées et les menaces prononcées contre les transgresseurs de la loi, il fut frappé de douleur et de crainte. Pour conjurer ces maux en ramenant le peuple à son Dieu, Josias, debout sur les degrés du temple, fit une lecture publique du saint livre, renouvela l'alliance avec l'Eternel et, comme Ezéchias, célébra une pâque solennelle qui réunit une fois encore avant la captivité tous les fidèles d'Israël et de Juda. Mais il fut blessé à mort dans les plaines de Mageddo, en voulant arrêter l'armée de Nécho, roi d'Egypte, qui, conseillé par les Grecs établis en grand nombre à sa cour, traversait la Judée pour attaquer l'Assyrie, alors en pleine décadence (609 av. J.C.).

Joachas, fils de Josias, ne régna que trois mois et alla mourir sur les bords du Nil où Nécho l'avait emmené captif au retour de son expédition d'Assyrie. Eliakim, son frère aîné, fut proclamé roi à sa place par le vainqueur, qui changea son nom en celui de Joachim et exigea de lui un tribut de 100 talents d'argent et d'un talent d'or.

Une nouvelle révolution venait de renverser pour jamais l'ancienne Ninive. La décadence de cet empire avait commencé sous Saosduchéus ou Nabuchodonosor Ier, après la mort d'Holopherne et la défaite des Assyriens devant Béthulie. Elle continua sous Sarac ou Chinaladan, qui se rendit méprisable par sa mollesse et laissa, sans opposition, les Scythes ravager ses Etats. Nabopolassar, gouverneur de Babylone pour Sarac, engagea les peuples de son gouvernement à se révolter contre ce prince; il s'allia ensuite avec les Scythes, puis avec le roi des Mèdes, Cyaxare, et marcha contre Ninive (606 av. J. C.)

Voici venir par la montagne, s'écrie le prophète Nahum, celui qui apporte la bonne nouvelle, celui qui annonce la paix. Célèbre tes fêtes, O Juda; que le Seigneur entende tes prières; car maintenant ils ne viendront plus contre toi, ils sont détruits, ils sont effacés.
O Ninive! il monte vers toi, celui qui doit déraciner tes murs; il monte, et le souffle de sa colère te frappe au visage. Surveille les routes, prends les armes, rassemble tes forces, car le Seigneur va punir l'insolence des ennemis d'Israël et de Jacob.
Je vois les armes des forts, je vois les braves qui se jouent au milieu des flammes; les chars de guerre et les cavaliers s'avancent avec grand bruit, ils se heurtent, ils se choquent dans les chemins et les places.
Les visages des guerriers brillent comme l'éclair, leurs yeux lancent la foudre.
Les voici aux murailles, ils préparent leurs machines, les portes se sont ouvertes, et les palais se sont écroulés.
O ville de sang! O cité pleine de mensonges et d'iniquités ! Les chasseurs ne passeront pas à côté de toi.
J'entends le bruit des fouets, le cri des roues, les hennissements des chevaux; j'entends les chars dont l'essieu s'enflamme et les cavaliers qui montent.
Je vois les épées qui brillent, les lances qui étincellent, les soldats percés de coups, et cette ruine immense.
Pillez l'argent, pillez l'or, les richesses de Ninive sont infinies.
Ninive est détruite ! Elle est renversée, tous les coeurs sèchent d'effroi, les genoux tremblent, les corps défaillent, les visages sont livides et défigurés. -
Qui connaît maintenant cette caverne où le lion apportait à ses lionnes et à ses lionceaux sa proie sanglante?
O roi d'Assur! Vos pâtres se sont endormis, vos braves sommeillent, votre peuple s'en est allé sur les montagnes. Qui le rappellera ?

Ninive, en effet, succomba et fut détruite; Sarac se donna la mort : cette catastrophe mit fin au royaume de Ninive ou d'Assyrie proprement dit. Les Babyloniens, au milieu desquels venait de s'établir la horde belliqueuse des Chaldéens, héritèrent de sa puissance et devinrent pour un demi-siècle l'Etat dominant de l'Asie occidentale. Jérusalem, Tyr, l'Egypte même allaient être le but de leurs continuelles attaques. Jérémie, fils d'Helcias, suscité par l'Eternel pour publier ses oracles dans Juda, annonça en vain les projets du nouvel empire; Joachim refusait de l'entendre. Mais le Seigneur lui avait dit :
Ceins-toi les reins, et va leur montrer tous les maux qui fondront sur eux de l'aquilon.
Ne crains rien; je t'établis aujourd'hui comme une ville forte, comme un mur d'airain contre les rois de Juda, contre ses princes, ses prêtres et son peuple.
Ils feront effort contre toi; mais ils ne prévaudront pas, parce que je serai avec toi, moi l'Eternel.

Le nouveau prophète alla donc et prédit aux Juifs qu'ils allaient être réduits en captivité. Joachim hâta encore ce moment fatal en se mêlant imprudemment à la grande lutte des deux puissances qui se disputaient l'Asie occidentale. Il embrassa le parti de l'Egypte contre les Babyloniens, dont il s'attira la vengeance. La troisième année du règne de Joachim, Nabuchodonosor II, que son père Nabopolassar avait associé au trône, marcha contre Jérusalem, que le roi d'Egypte laissa sans défense, la prit, emporta les vases sacrés du temple et emmena Joachim captif à Babylone avec les principaux des Juifs (606 av. J. C.). C'est alors que commencèrent les soixante et dix ans de la captivité tant de fois annoncée par les prophètes; elle dura jusqu'au règne de Cyrus, qui, en 536, permit aux Juifs, par un édit célèbre, de retourner dans leur patrie et de rebâtir le temple.

Cependant Joachim recouvra la liberté et retourna à Jérusalem, à condition de payer un tribut au roi des Babyloniens. Mais l'expérience ne l'avait pas éclairé. Pour échapper au joug, il renouvela son alliance avec Nécho et se révolta. La défaite des Egyptiens à Carchémis laissa les Juifs exposés sans défense à toute la colère de Nabuchodonosor II. Pendant quatre ans, les généraux du monarque assyrien dévastèrent impitoyablement la Judée, et lui-même, vainqueur des Egyptiens pour la seconde fois, il entra dans Jérusalem et mit à mort Joachim.

Habacuc et Jérémie. sédécias (598-587 av. J.C.)

Malgré tant de misères, cette royauté durait toujours. Joachim ou Jéchonias, son fils, monta sur le trône après le départ des Assyriens, mais il ne l'occupa que trois mois. Nabuchodonosor reparut une troisième fois devant Jérusalem, s'en empara, et jeta dans les fers le jeune prince, auquel il donna pour successeur Mathanias, qui prit le nom de Sédécias.

Les Juifs et Sédécias lui-même, fermant les yeux à tous les désastres dont ils avaient été les victimes, persévéraient dans leur impiété et se laissaient abuser par de faux prophètes. Jérémie leur opposa en vain la parole de Dieu, qu'ils s'obstinaient à méconnaître. Il a beau peindre la désolation qui approche, ils entendent, mais ne comprennent pas.
Le lion, leur dit-il, le lion s'est élancé hors de sa tanière; l'exterminateur des nations s'est levé; il sort de son gîte pour faire de cette terre une solitude.
Il monte comme la nue; son char a le bruit de la tempête, ses chevaux la vitesse de l'aigle. Malheur, malheur à nous; nous périrons misérablement !
J'ai regardé la terre, et en elle il n'y avait que vide et néant; j'ai regardé les cieux, et ils n'avaient plus que ténèbres.
J'ai vu les montagnes, et elles tremblaient; j'ai vu les collines, et toutes chancelaient.
En vain mes yeux ont cherché un homme; les oiseaux mêmes du ciel s'étaient enfuis.
Le Carmel était désert; ses villes avaient été détruites.
Et toi, O Sion! Que fais-tu ? Couvre-toi de pourpre, mets tes parures d'or, peins ton visage de vermillon : tu seras belle, mais en vain. Ceux qui t'aimaient te repoussent; c'est ta vie qu'ils veulent.
Et voilà que j'entends une voix gémissante; c'est la voix de la fille de Sion qui se meurt; elle étend les mains, elle s'écrie : «Hélas, hélas ! Sur tant de cadavres la vie m'échappe!»

Habacuc ne fut pas mieux écouté.

Ainsi parle le Seigneur, disait au peuple ce prophète : Je vais susciter les Chaldéens, nation cruelle et rapide qui court toutes les terres pour s'emparer des tentes qu'elle n'a pas dressées.
Elle est terrible et illustre; elle ne reconnaît d'autre Juge qu'elle-même; ses chevaux sont plus légers que les panthères et plus rapides que les loups d'Arabie.
Ses cavaliers viendront de loin, comme l'aigle qui fond sur sa proie, et ils assembleront les captifs, comme le vent du désert amasse les montagnes de sable.

Mais le prophète avait ajouté :
Le contempteur et le superbe n'ira pas jusqu'au terme de ses désirs. Il a rendu son âme vaste et avide comme l'enfer; comme la mort, elle est insatiable, mais jamais elle ne sera comblée.
Malheur, malheur à qui ravit sans cesse; il rend plus lourd le collier qui l'enchaine. Malheur à qui bâtit dans le sang, malheur à qui fonde sur l'iniquité ! La pierre des murs criera contre lui, et le scarabée, caché dans le bois, rendra contre lui témoignage.
En vain il a placé son nid sur la cime des monts, pour que la main des méchants n'y puisse atteindre. La confusion sera dans sa demeure, parce qu'il a détruit nombre de peuples.
Et toi aussi, tu boiras jusqu'à satiété l'ignominie de ta gloire. Le calice du Seigneur s'approche de tes lèvres et la honte s'amasse sur ton nom,
Dieu viendra du côté du midi.... Il s'arrête, et la terre est ébranlée.... Il regarde, et les nations sont dans l'effroi, les montagnes se brisent, les collines se renversent, Madian et l'Ethiopie tremblent sous leurs tentes.
Est-ce contre les fleuves que s'est enflammé ta fureur ? Est-ce contre la mer que se dirige ta course impétueuse ?
Le soleil est monté au haut des cieux, la lune s'est arrêtée dans sa course; à leur lumière resplendissante, à l'éclat de tes armes, O Seigneur ! Tes flèches voleront.
Car tu viendras sauver ton peuple; tu enverras la mort sur la tête des impies, tu attacheras le joug à leur cou.

Abusés par les faux prophètes, par Hananias surtout, qui avait dit : Dans deux ans, le Seigneur brisera le joug de Nabuchodonosor, les Juifs pensaient que les menaces d'Habacuc étaient adressées au roi d'Assyrie, pour les maux dont trois fois déjà il avait frappé Jérusalem; et si Jérémie montrait la main du Seigneur levée contre Babylone, ils croyaient que la sentence portée contre leurs ennemis était pour eux un gage de salut.

Ainsi parle l'Eternel, disait Jérémie :
Je susciterai comme un vent destructeur contre Babylone et ses habitants.
J'enverrai contre elle des peuples qui la couvriront d'outrages.
Dans la main du Seigneur, Babylone était un calice d'or où toute la terre venait s'enivrer. Les nations ont bu de son vin, et elles sont devenues chancelantes et faibles. Aiguisez vos flèches, remplissez vos carquois, le Seigneur a excité le courage du roi des Mèdes, il veut perdre Babylone, parce que le temps de sa vengeance est arrivé, le temps où il vengera son peuple...
Comment la plus belle ville du monde est-elle tombée entre les mains de ses ennemis ? Comment est-elle devenue l'étonnement des nations ?...
Le Seigneur a ruiné Babylone; il a fait cesser les voix confuses de son grand peuple. Le bruit de ses ennemis retentissait comme celui des flots irrités, leurs cris éclataient comme le frémissement des grandes eaux.
Et maintenant ses princes, ses sages, ses chefs, ses magistrats et ses braves dorment d'un sommeil éternel.

Les Juifs étaient persuadés que ces menaces allaient recevoir leur accomplissement. Ils s'allièrent donc avec les Ammonites, les Moabites, les Tyriens et les Sidoniens, tous ennemis du roi d'Assyrie. Nabuchodonosor marcha contre Jérusalem; il fut forcé presque aussitôt d'en lever le siège pour aller combattre les Egyptiens, intéressés à ce que le royaume de Juda, ce dernier et faible rempart qui les séparait des Assyriens, ne fût pas renversé. Mais vainqueurs d'Apriès, les Chaldéens retournèrent en Judée, prirent les villes de Lachis et d'Azécha et reparurent enfin devant Jérusalem. Durant dix-huit mois les Juifs repoussèrent toutes les attaques; mais la famine triompha de leur constance. Dans la nuit du 9 au 10 juillet 587, ils pénétrèrent par une brèche dans la ville, d'où le roi s'enfuit avec quelques serviteurs vers le Jourdain. Arrêté dans la plaine de Jéricho, il vit ses fils, les princes et les chefs de Juda massacrés sous ses yeux. Lui-même il eut les yeux crevés par l'ordre du vainqueur, qui le conduisit chargé de chaînes à Babylone et le jeta dans une prison où il resta jusqu'à son dernier jour. Un mois après, Nébuzardan, chef des troupes royales, entra dans la ville, et aussitôt l'oeuvre de destruction commença. Le temple et le palais du roi furent incendiés, les murailles détruites, les ornements d'airain qui décoraient le sanctuaire brisés ou transportés à Babylone. On égorgea le grand prêtre et soixante des principaux habitants, et on emmena en captivité la plus grande partie du peuple. Quelques Juifs seulement furent laissés pour la culture des campagnes.

Alors Jérémie, assis au milieu des ruines de la cité sainte, soupirait dans l'amertume de son coeur et disait :
Comment est-elle maintenant solitaire, cette ville si pleine de peuple ? Elle est délaissée, la maîtresse des nations; elle paye tribut, la reine des provinces; elle pleure, et personne ne la console, ceux qui l'aimaient lui sont devenus ennemis.
Les routes de Sion gémissent, car personne ne vient plus à ses solennités; ses portes sont brisées, ses prêtres sont dans les larmes; ses vierges ont été ravies; et elle reste seule dans l'amertume de son coeur.
La fille de Sion a perdu sa parure; ses princes sont comme des béliers qui ne trouvent plus de pâturages, et l'ennemi les a chassés devant lui comme un vil troupeau.
O vous tous qui passez dans le chemin, considérez et voyez s'il y a une douleur semblable à la mienne !
Le Seigneur a retiré du milieu de mon peuple tous les hommes vaillants... C'est pour cela que je fonds en pleurs et que mes yeux répandent des ruisseaux de larmes1.
Les vieillards de la fille de Sion se sont assis dans la poussière et demeurent dans le silence; ils ont couvert leur tête de cendres; ils se sont revêtus de cilices.
A qui te comparer, O fille de Jérusalem, et comment te consoler, O vierge de Sion ? Le débordement de tes maux est semblable à une mer...
Tous ceux qui passaient ont frappé dans leurs mains en te voyant, ils ont dit : Est-ce là cette ville d'une beauté si parfaite qui était comme une couronne de joie pour toute la terre? Voici ce jour que nous attendions; nous l'avons trouvé, nous l'avons vu...
Comment l'or s'est-il obscurci? Comment l'argent a-t-il changé? Les pierres du sanctuaire ont été dispersées à tous les coins des rues...
Nobles fils de Sion, vous brilliez dans l'or; comment n'êtes-vous plus regardés que comme vases d'argile ?
Réjouis-toi donc, O fille d'Edom; mais la coupe viendra aussi jusqu'à toi; tu en seras enivrée, alors le Seigneur visitera ton iniquité et il décourira tes péchés.

Comme Isaïe, à ses chants de deuil, Jérémie mêlait des paroles d'espérance et il implorait pour son peuple l'inépuisable miséricorde du Très-Haut.

Souvenez-vous, Seigneur, de ce qui nous est arrivé, considérez et regardez l'opprobre où nous sommes.
Nos pères ont péché et nous avons porté la peine de leurs iniquités.
Des esclaves ont dominé sur nous... ils ont humilié les femmes dans Sion, et les vierges dans les villes de Juda; ils ont mis les princes à mort et ils ont outragé les vieillards.
Et maintenant la joie de notre coeur est éteinte, nos concerts sont changés en lamentations; la couronne est tombée de notre tête.
Mais vous, Seigneur, vous demeurerez éternellement, votre trône subsistera d'âge en âge ! Pourquoi nous oublieriez-vous toujours ? Rappelez-nous à vous, Seigneur, et nous reviendrons.

Cependant le nouveau gouverneur assyrien de la Palestine, Godolias, avait reçu l'ordre de traiter Jérémie avec de grands égards, et de lui laisser établir sa demeure où il voudrait; malheureusement il ne gouverna que deux mois. Ismaël, prince de la race royale de Juda, l'assassina dans un festin et tenta de s'emparer du pouvoir; mais le peuple, lassé de guerres et de révoltes, s'empressa de montrer sa fidélité à son nouveau maître, en s'ameutant contre Ismaël, qui fut forcé de fuir chez les Ammonites. Malgré cette preuve de leur zèle, les Juifs, redoutant la colère du roi d'Assyrie, et sourds aux exhortations de Jérémie, cherchèrent presque tous un asile en Egypte, où ils entraînèrent le prophète. Là, ils tombèrent dans les idolâtries des nations réprouvées, et Dieu frappa encore ces restes misérables d'un peuple infidèle même dans son malheur. Le roi de Babylone, après avoir soumis les nations environnantes, ravagea l'Egypte et n'épargna pas les Juifs. Dès ce moment les livres saints ne parlent plus de Jérémie et ne font pas connaître les détails de sa mort. On croit qu'il fut lapidé à Taphné par les Juifs, qui ne pouvaient lui pardonner la sévérité de ses reproches ni la sainteté de sa vie.

1. 1. Au chap. Ix, verset 21, Jérémie dit encore : «O femmes, apprenez à vos filles à pleurer; car la mort est entrée par vos fenêtres; vos enfants sont exterminés par les rues, les jeunes gens sur les places".

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